Le pouvoir selon Trump : Les médias
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« La presse est compromise, corrompue. »
- 0:28PrésentateurFait
« Tel ou tel journaliste est nul, il faut le virer, surtout si c'est une femme, elle est moche. »
- 0:35PrésentateurFait
« Petite truie a-t-il même osé en rabrouant une correspondante de Bloomberg »
- 1:48Locuteur non identifiéFait
« Le président prétend qu'en pleine campagne présidentielle, le magazine a diffusé une interview tronquée de Kamala Harris »
- 2:00PrésentateurChiffre
« Trump réclame 10 puis 20 milliards de dollars à CBS. »
- 2:19PrésentateurChiffre
« une opération qui rapporterait un milliard de dollars à sa famille »
- 2:44PrésentateurChiffre
« les avocats sont prêts à négocier un compromis à 16 millions de dollars »
- 3:47PrésentateurFait
« il se félicite de l'issue d'un procès intenté au conseil d'administration du prix Pulitzer »
- 4:03PrésentateurFait
« des articles faux, malveillants au sujet de la Russie »
- 4:31Locuteur non identifiéFait
« Je crois que CNN et MSDNC, et dans mon opinion, sont vraiment corruptes et illégales. »
- 4:41PrésentateurFait
« il annonce attaquer en diffamation Rupert Murdoch »
- 4:58PrésentateurChiffre
« Il réclame au Wall Street Journal 10 milliards de dollars »
- 5:15PrésentateurChiffre
« Le président exige 10 milliards de dollars en guise de dédommagement »
Temps de parole
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Le pouvoir selon Trump par Christine O'Krent Cinquième épisode, Les Médias
Donald Trump ne cesse de l'affirmer.
La presse est compromise, corrompue. Tel ou tel journaliste est nul, il faut le virer, surtout si c'est une femme, elle est moche. Comment peut-elle rester à l'antenne ? Petite truie a-t-il même osé en rabrouant une correspondante de Bloomberg qui le pressait au sujet de l'affaire Epstein. Lui qui, pendant des années, avait tant courtisé les médias pour assurer sa célébrité et satisfaire son narcissisme, le voilà qui les pourfend, les insulte, les poursuit en justice pour des montants astronomiques et utilise pour les soumettre l'appétit financier de leurs propriétaires. Voici donc quelques épisodes révélateurs.
Donald Trump poursuit en justice le plus célèbre des magazines d'information de la télévision américaine, 60 Minutes, sur CBS News, qui est à l'antenne depuis 1968 et qui rassemble chaque dimanche soir 7 millions de téléspectateurs.
Le président prétend qu'en pleine campagne présidentielle,
le magazine a diffusé une interview tronquée de Kamala Harris en enlevant au montage un passage qui aurait nuit à sa rivale démocrate. La chaîne s'en défend, preuve à l'appui. Trump réclame 10 puis 20 milliards de dollars à CBS. La chaîne appartient au groupe Paramount, dont la propriétaire, Mme Redstone, a généreusement contribué à la campagne du candidat républicain. Elle souhaite le fusionner avec Skydance, le studio de Hollywood, une opération qui rapporterait un milliard de dollars à sa famille et qui exige l'approbation de l'autorité fédérale du contrôle des médias.
Un peu plus tard, le président furieux dénonce la façon dont le même magazine a traité de sa politique concernant l'Ukraine et le Groenland. Shari Redstone, la propriétaire, en fait part au patron de la chaîne. Quelques jours après, on apprend que les avocats sont prêts à négocier un compromis à 16 millions de dollars pour régler l'affaire de l'interview litigieuse. CBS annonce par ailleurs mettre un terme au contrat de Stephen Colbert, le talentueux animateur du Late Show qui ose tourner en dérision le président des États-Unis. Le « sans-talent » Colbert, comme le surnomme depuis longtemps Donald Trump. La fusion a lieu.
Barry Weiss, une journaliste pugnace de tendance conservatrice, est nommée à la tête de CBS News et interdit un reportage de 60 Minutes sur la prison qui accueille au Salvador les sans-papiers expulsés des États-Unis. Autre épisode. En mai 2025, le président signe un décret pour mettre fin au financement, par le budget fédéral, de NPR, la National Public Radio, et de PBS, la télévision Public Broadcasting System, accusé de commentaires orientés partisans et de propagande gauchiste. Au même moment, il se félicite de l'issue d'un procès intenté au conseil d'administration du prix Pulitzer qui récompense chaque année les meilleurs articles, essais ou photos publiés dans les médias américains.
En cause, je cite, le poste signé de Donald Trump lui-même, j'ouvre les guillemets, des articles faux, malveillants au sujet de la Russie. La Russie, le canular de la Russie, par le New York Times en faillite et cette poubelle de Washington Post. Le canular de la Russie, autrement dit, les enquêtes sur l'ingérence russe au profit de Donald Trump dans l'élection présidentielle de 2016, reste l'une des obsessions du président des États-Unis.
Je crois que CNN et MSDNC, et dans mon opinion, sont vraiment corruptes et illégales.
En juillet 2025, il annonce attaquer en diffamation Rupert Murdoch, le mania de la presse anglo-saxonne qui contrôle Fox News, depuis longtemps acquise à Donald Trump, depuis sa création en 1996, et aussi le Wall Street Journal. Il réclame au Wall Street Journal 10 milliards de dollars, car il a osé publier une lettre salace que Donald Trump aurait envoyée à Jeffrey Epstein pour son anniversaire. Fake news, fulmine la Maison-Blanche. En décembre dernier, c'est au tour de la BBC d'être prise dans la tourmente. Le président exige 10 milliards de dollars en guise de dédommagement pour un montage qu'il juge trompeur des propos qu'il avait tenus lors de l'assaut du Capitole le 6 janvier 2021.
Le documentaire avait été diffusé un an plus tôt dans le cadre du magazine Panorama. Le directeur général de la BBC et la directrice de l'information ont dû démissionner, tandis que le débat sur le fonctionnement et l'impartialité du service public se poursuit au Royaume-Uni. Au-delà des montants faramineux obtenus par ses avocats, l'unité de compte favorite du président américain semble être le milliard de dollars, le fait est que Donald Trump, mieux que personne, en prodige de la communication politique en a compris les bouleversements.
Il sait la puissance du numérique, le rôle des influenceurs et des animateurs de podcasts qui ont désormais un accès privilégié aux conférences de presse de la Maison-Blanche. Ce président qui ne lit pas les notes de ses collaborateurs, même pas, paraît-il, le rapport quotidien des services de sécurité, eh bien il s'informe en regardant les programmes télévisés et il les commente sur les réseaux sociaux. Le format convient parfaitement à son mode d'expression et à sa faconde. Plus les idées sont simples, les mots brefs, les formules lapidaires et brutales, plus le message imprime en profondeur l'espace médiatique. Et dans cet exercice, Donald Trump n'a pas son pareil.
En campagne permanente, c'est ainsi qu'il entretient un contact direct avec ses électeurs. Maître de la première puissance du monde, Donald Trump est en fait le commentateur de sa propre légende, le chroniqueur de son épopée présidentielle qu'il situe volontiers dans une vérité alternative, comme si le réel ne pouvait lui rendre suffisamment justice.