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interviewRCF — L'Invité de la Matinale (sur Site radio)· 15 juillet 2026 13 min

Euthanasie : désormais, comment la société civile peut-elle agir ?

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Ce programme est disponible grâce aux dons de nos auditeurs. Pour diffuser un message d'espérance, rendez-vous sur rcf.fr. RCF Notre-Dame RCF Notre-Dame, il est 8h10 dans 20 minutes, nous prendrons la direction de Rome pour le journal de Radio Vatican. A la une ce matin, le vote en France a une courte majorité de la proposition de loi créant un droit à l'aide à mourir. Vous entendrez les craintes au Vatican de l'Académie Pontificale pour la vie, mais aussi celles de l'Église de France. Quelle parole pourra être celle du pape lors de sa venue dans l'Hexagone ? Réponse à 8h30. Mais tout de suite, Louis Dauphrenne, votre invité est Régis Passerieux.

0:52
Invité politique

Oui, au lendemain de l'adoption au Parlement de la loi sur l'aide à mourir, un nouveau chapitre s'ouvre, car c'est moins un épilogue qu'un prologue. Recours, action justice, nouveaux textes, tous les moyens sont envisagés. Au minimum, le Conseil constitutionnel sera saisi par le Premier ministre Sébastien Lecornu et le président du Sénat Gérard Larcher. Mais Olivier Falorni dit n'avoir absolument aucune crainte eu égard à cette procédure. Hier, le représentant des évêques de France, Mgr Jordi, dénonçait une violence institutionnelle et un débat démocratique volé. Pourtant, le vote a bien eu lieu. L'euthanasie est passée donc à 50 voix d'écart.

Aux fonctionnaires, anciens membres du Bureau national du Parti socialiste, Régis Passerieux a aussi officié dans le privé, en accompagnant plusieurs grandes entreprises françaises dans leur développement international, en particulier en Chine. Il connaît bien cette question, la question éthique dont nous allons parler, mais ce n'est pas le seul sujet qu'il a coutume d'étudier. Après avoir quitté le Parti socialiste, il crée un mouvement qui s'appelle Refondation, porteur de valeurs, comme le personnalisme dans la sphère publique.

Et puis depuis deux ans, il préside l'Institut pour la refondation publique, apolitique si on peut dire, qui vise à une transformation profonde des méthodes de gestion de l'État et du secteur public. Alors, quelle lecture fait-il de cette loi sociétale, majoritairement soutenue par la gauche comme on l'a vu, mais qui transcende aussi les partis politiques ? On va lui poser la question. Bonjour Régis Passerieux. Bonjour. Vous vous étiez impliqué quand même dans ce sujet ?

2:12
Présentateur

Bien sûr, oui, oui, parce qu'à un moment donné, nous devons les uns les autres comprendre qu'il y a des tournants dans la vie de notre société, des choses qui touchent au symbole, à la conscience, qui impliquent un engagement et une certaine forme de prise de risque, parce que ce sont des sujets difficiles, qu'il faut respecter à la fois les convictions de chacun, mais en même temps, à un moment donné, il faut prendre position, parce que notre société évolue sur une pente dangereuse. En vertu de quels principes avez-vous pris position ? Écoutez, je crois que ce qui est frappant dans ce qui se produit en ce moment, c'est que nous sommes un aboutissement.

Quelque part, on est allé jusqu'au bout d'une société matérielle, avec laquelle, petit à petit, tout ce qui est dépassement de soi-même est brisé par un individualisme purement matérialiste, qui nous dévore tous au quotidien, qui nous dévore par l'information, qui nous dévore par la pression quotidienne de la consommation, et on arrive maintenant à faire de la mort un choix marketing, pratiquement, dans lequel on aura un package, et là aussi, un choix à faire sur la vertigineuse d'idée du sens de notre vie. Et là, c'est un aboutissement d'une évolution profonde, et c'est un moment assez grave, parce que la dernière barrière, en quelque part, vient d'être franchie.

Alors, à la fois, quand on arrive là, peut-être que, tout d'un coup, on a la chance d'avoir un réveil, on le sent, d'ailleurs, un petit peu, par la force de la levée des consciences qui s'opèrent, qu'elles soient laïques, qu'elles soient spirituelles, on voit qu'elles viennent de plusieurs horizons, philosophes, penseurs, mais aussi hommes de foi, l'ensemble des gens se retrouvent. Et je pense qu'il ne faut pas se décourager à un moment comme celui que nous traversons, nous devons, justement, peut-être considérer que c'est un nouveau mouvement qui doit se mettre en œuvre.

4:14
Invité politique

Régis Passerieux, il y a un élément, quand même, qui intrigue, et je voudrais vous poser la question. Comment se fait-il que la gauche ait majoritairement soutenu cette initiative sociétale, qui peut très bien s'inspirer de l'éthique libérale, et de la manière extrêmement, finalement, individualiste de concevoir les choses, et puis surtout, avec le risque que les pauvres soient finalement les premières victimes de ce genre de dispositions, puisque ce sont sans doute les premiers qui se verront appelés à disparaître, et que d'une certaine façon, les personnes qui auront suffisamment de moyens pourront peut-être payer pour rester en vie et avoir le luxe des soins palliatifs ?

4:48
Présentateur

Écoutez, ça fait un petit moment que la gauche, ce qu'on appelait la gauche, a abdiqué sur les règles, les valeurs, les liens sociaux, les liens personnels, l'enracinement des gens dans leur vie, dans leur environnement, pour accepter finalement une société liquide, une société fluide, une société dans laquelle on a surtout des droits, et au fond, on consomme le social comme on consomme au supermarché, ce qui est assez dramatique. Mais il y a une sorte de pont matérialiste qui s'organise.

Je dirais que du côté du libéralisme progressiste, très tourné vers la mondialisation, et une vision de flux qui me paraît aujourd'hui dépassée, et ce qui est aujourd'hui la gauche dominée par LFI, en fait, dans la réalité, mais culturellement, le combat, je dirais, le culture-kampf de la gauche a été gagné par LFI, y compris sur les écologistes, sur les socialistes qui ont totalement abdiqué, il y a une espèce de matérialisme qui est commun. Et ce matérialisme, il est peut-être un matérialisme du politique qui va changer les choses par la capacité à mettre en place des leviers matériels, en redistribuant de l'argent, en redistribuant des moyens, ou de manière marchande.

Mais finalement, c'est la même chose. C'est imaginer que l'homme va pouvoir, uniquement par la mécanique matérielle, et c'est curieux de voir cette espèce d'alliance, qu'on retrouve d'ailleurs sur les sujets internationaux, qu'on retrouve sur la tolérance au communautarisme, et quelque part qui s'oppose, au contraire, à une vision du bien commun, qui pourtant, la gauche portait en large partie, et une partie de la droite portait aussi, et que les deux côtés ont abdiqué.

6:44
Invité politique

Finalement, Régis Passorieux, il y a d'une certaine façon deux camps. Il y a d'un côté la vision du bien commun, d'une unité de l'homme, et puis de l'autre, l'extension infinie des droits.

6:53
Présentateur

Oui, je crois que la gauche a glissé petit à petit vers un consumérisme des droits, qui est un consumérisme tout de même, voire un consumérisme historique, de matérialisme historique qui est assez ancien, et que de l'autre côté, une certaine partie de la droite, qui défendait des valeurs de stabilité, de transmission, a basculé vers l'identitaire.

Et donc, entre les deux, il y a une société française stupéfaite, qui attend qu'on reparle de la reconstruction d'une société subsidiaire, d'une société avec des corps intermédiaires, d'une société avec des voisinages, d'une société avec du partage, et que les gens, les personnes qui ont envie que ça se reconstruise, qui sont d'un héritage culturel, spirituel, qui peut être différent, on n'arrive pas à converger ensemble, alors que potentiellement, ce qu'ils portent est très majoritaire dans le pays. Donc il y a une espèce de rapte, vous voyez, il y a une espèce de rapte d'avis politique qui est assez étonnant.

Il y a une espèce de vol, vraiment, une rasia sur la politique, et c'est assez symptomatique, et la manière dont cette loi, d'ailleurs, est passée est assez symptomatique de cela. C'est-à-dire qu'on a organisé une espèce de manip, comme on a organisé dans les AG des étudiantes des années 70 ou 80, avec beaucoup de sagacité, beaucoup d'habileté, pour vite passer, on a organisé une simili-concertation publique au CESE qui était tout à fait téléguidée. Ensuite, on a organisé un calendrier assez subtil, on a fait appel à la motion, et puis on passe comme ça très rapidement, avant la vacance d'été, et surtout, on ne voit aucune grande voix politique, c'est assez symptomatique.

Alors, c'est ce qui vous frappe, effectivement. Oui, c'est-à-dire que cette espèce de rap se fait avec une dépolitisation quand même assez grave. Quand la loi 1905 a été adoptée, vous aviez, évidemment, Récien Pouillant, Jaurès, à la tribune, un débat dans le pays, une opinion convoquée, une commission parlementaire qui était devant l'opinion, puis des grandes voix qui s'opposaient, puis un équilibre qui a été trouvé de sagesse intérieure par la République. Là, hier soir, qu'est-ce qu'on a vu ? Une loi de pacification en 1905. Oui, une loi, à mon avis, d'ailleurs, de pacification, malgré les léheures que vous avez mis le Poulard.

Finot, c'est une loi qui a trouvé un grand équilibre parce qu'elle a été construite dans une grande symbolique. Là, au contraire, on a vu hier soir l'absence de Premier ministre, aucun candidat, enfin, pratiquement aucun candidat à la présidentielle, ils ont fait connaître leur vote ou leur réserve ou leur adhésion, mais finalement, aucun président de groupe parlementaire important était là. Aucun candidat présidentiel n'a pris la parole pour dire ce qu'il pensait au tréfonds de lui-même et on voit ainsi un soi anthropologique, un soi sociologique majeur de la société se faire sans que...

et les candidats potentiels à la présidentielle être dans un effacement et s'effacer eux-mêmes, effacer la politique, effacer leurs responsabilités. Ça prouve qu'on est vraiment dans une liquifaction qui n'est plus seulement sociologique, mais une liquifaction du débat et c'est d'une grande gravité.

10:12
Invité politique

Si on se situe par rapport à la présidentielle, si on ouvre éventuellement à d'autres sujets, Régis Passerieux, qu'est-ce qui mérite d'être refondé dans la vie politique ? La question est immense, mais elle ouvre

10:21
Présentateur

le débat de la présidentielle. Écoutez, moi je crois que j'étais de ceux qui ont essayé de faire une tentative pour rassembler justement et faire converger par le sommet, par l'acquisition d'une posture politique, un programme politique, une mobilisation politique, ceux justement qui ont envie de rebâtir une société. avec des divergences, pour avoir plus ou moins libéral, plus ou moins pour le marchand, mais de reconstruire une société quoi qu'il en soit.

Aujourd'hui, je pense qu'on est arrivé à un tel état de décomposition du débat, d'éclatement du débat, de démission des grandes voies politiques, d'un affaiblissement de la culture des leaders, des chefs politiques qui aujourd'hui ne comprennent pas les problèmes de notre société. On a tellement de coups de boutoir portés par le monde sur nos équilibres internes qui vont déstabiliser encore plus notre équilibre social et on sous-estime tout ce qui va se passer en termes d'émiettement encore dans les semaines, dans les mois qui viennent. Les gens s'accrochent sur le prix de l'essence mais ça va être beaucoup plus de choses qui vont être déstabilisées dans les temps qui viennent.

Par exemple, par exemple, Régis, c'est pas sérieux. Qu'il faut, oui, mais par exemple, vous avez aujourd'hui tous les circuits alimentaires, de production agricole qui vont être déstabilisées par toutes les guerres sur les engrais. Donc inflation, etc. Donc tout va se trouver mis en cause et aujourd'hui, à partir de là, c'est pas par le sommet qu'on va pouvoir reconstruire. Je pense qu'aujourd'hui, toute action politique venant du sommet va échouer. Pourquoi ?

Parce qu'il n'y a plus de relais dans la société pour accompagner un mouvement politique donc les choses doivent se refonder aujourd'hui comme vous le dire, à partir de la subsidiarité en reconstruisant des initiatives horizontales dans la société, en refondant toute une série de relations. Il faut refaire de la politique au niveau local mais pas pour reconduire et refaire au niveau local.

12:18
Invité politique

Repartir de la base.

12:19
Présentateur

Repartir de la base. Je dirais, contre la pression financière, marchande et la pression des normes juridiques qui sont en train de tout vouloir homogénaliser, il va falloir reconstruire une société en faisant de la politique à partir de la base. Et il y a des initiatives à prendre ce sens. Nous, nous allons par exemple, il y a deux choses à faire. Il faut que l'État change et coopère avec la société et il faut que nous soyons capables d'utiliser le numérique pour le bien. Et ça, ce que le pape vient d'écrire ouvre un chemin intéressant.

12:52
Invité politique

Merci beaucoup, Régis Passorion. On aura l'occasion d'en reparler au travers de l'Institut pour la refondation publique que vous présidez. Merci, à bientôt.

13:00
Présentateur

Et merci, Louis Dauphrenne. L'invité de la matinale est à retrouver en podcast crcf.fr et merci,

13:05
Locuteur

à bientôt.