Convention Education - Le forum : la jeunesse face aux dirigeant•es des partis politiques.
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Bonjour à tous. Déjà, est-ce que vous allez bien ? On va la refaire parce que là, ça manque un peu de... Bonjour à tous. Est-ce que vous allez bien ? Super. Tout le monde est bien installé ? Ok, super. On va commencer ce moment. Voilà. À ma gauche, comme un symbole, on a nos politiques. Et à droite, on a des responsables, associatifs. Une jeunesse, finalement, qui est plein de talent. Voilà. Aujourd'hui, on n'a pas tous la chance de vous voir. Moi, par exemple, je n'ai pas fait de grandes études. Je n'ai pas ce parcours-là que peut avoir un jeune issu de banlieue. J'ai grandi toute ma vie à Sarcelles, dans le quartier des Locher. Et moi, je me félicite, je me réjouis des moments comme ça.
On peut échanger avec vous directement. Parce que moi, je vous le dis, ça fait des semaines. Et des semaines, on a essayé de former un gouvernement avec des ministres. Moi, dans mon quartier, je peux vous trouver 19 ministres. Et ils vont bien vous gérer le pays. C'est une réalité. Aujourd'hui, ils vont vous questionner avec leur vécu, la vie qu'ils ont. Et je pense que c'est vraiment bénéfique pour vous aussi de vous en saisir. Et aussi d'essayer de vous intéresser à ces gens-là. Parce que nous, pour être issus de quartier, on n'a pas tout le temps l'habitude qu'on s'intéresse à nous. Et vraiment s'intéresser à des jeunes qui ont suivi ce parcours.
Parce que dans le quartier, il n'y a pas que des universitaires. Il y a aussi des jeunes qui n'arrivent pas à s'en sortir. Et c'est avec ces jeunes-là, je pense, qu'il faut construire un programme. Essayer de faire de la politique avec eux. Car ils peuvent apporter des réponses qui sont réelles. Des vraies réponses. On ne se limite pas qu'à notre environnement. Et même, plus que des réponses, faire deux de futurs politiques. Peut-être qu'un jour, les rôles s'inverseront. Ce sera eux qui passeront à gauche. Et vous, à droite. Mais, en tout cas, on l'espère. Et voilà, saisissez-vous deux. Et faites deux dossiers de grands politiques. Et donnez-leur une place. Parce qu'ils ont cette place-là.
Ils la méritent. Et je pense qu'ils pourront gérer le pays avec brio. Voilà. Là, on va passer au premier tirage au sort. J'ai l'impression que je tire les ballons d'or. Ousmane, non. Alors, on va commencer par la première question. Sur la mobilité. Sophia, tu vas voir la parole. Et c'est M. François Ruffin qui va y répondre.
Bien, merci beaucoup. Toujours un peu stressant de commencer en premier. Mais c'est pas grave. Je vous relève avec plaisir. Écoutez, moi, je suis très heureuse de vous retrouver toutes et tous ici. Parce que je suis en colère. Je suis en colère parce qu'en tant que jeune, en tant que jeune femme racisée, issue des quartiers populaires, notamment de Sevran, il faut le dire, tous les matins, je me lève. Je me lève pour prendre les transports, pour me rendre sur mon lieu d'établissement, pour aller étudier, pour aller m'instruire, pour avoir une chance de m'en sortir. Parce que finalement, on nous fait croire que c'est la seule manière de s'en sortir. Mais pour ça, il faut que je bouge.
Et donc, je me retrouve à prendre le RER, le RER B, que peut-être beaucoup connaissent ici, ou pas d'ailleurs. Et qui, bien trop de fois, me fait défaut. C'est-à-dire que je pars à l'heure de chez moi, mais je n'arrive pas à l'heure à la fac. Ce qui fait que ça impacte directement mes cours. Ça impacte directement ma concentration. Et, pour être honnête, mes notes. Parce que finalement, ce n'est pas ma faute si le RER ne fonctionne pas. Par contre, on va me retourner la faute si je ne travaille pas bien. Mais ça, c'est la faute de Pécresse. Et pour être honnête, en 2016, Pécresse... Et je pense que c'est important de le dire parce que Pécresse, en 2016, le pass Navigo était à 333 euros.
Et aujourd'hui, elle nous demande de payer 400 euros. Donc, est-ce que vous vous rendez compte de l'évolution économique du prix, sachant que les salaires n'augmentent pas, et sachant qu'en tant qu'étudiant, en tant que lycéen et lycéenne, c'est compliqué de se payer ? Et puis, à contrario, on a tout l'inverse. C'est-à-dire que dans les zones rurales, j'ai des amis qui sont obligés de se lever à 6h du matin parce que c'est le seul bus qui peuvent les amener à l'école. Le seul bus qui les fera arriver une heure avant. Donc, ils vont attendre une heure devant le lycée, une heure devant leur faculté, parce que, tout simplement, ils n'ont pas le choix. Et le soir, c'est la même chose.
Donc, c'est fatigant. En tant que jeune, on est fatigué de devoir attendre les transports. On est fatigué. Et à côté, on nous dit « Ah, mais oui, la question écologique est importante. » Je suis extrêmement d'accord. C'est une question centrale. Il faut la mettre au centre. Cependant, comment faire en sorte que la question écologique soit un point central si on ne nous permet pas d'avoir accès à un service public, finalement, de qualité ? Parce qu'aujourd'hui, oui, c'est un service public qui se privatise de plus en plus, malheureusement. Et aujourd'hui, on est obligé de subir ces retards, ces travaux, etc.
Et nous, on en a marre, en fait, parce qu'on ne paye pas un pass Navigo pour subir des retards. Si on paye un service public, c'est pour qu'il soit de qualité. Et depuis la Macronie, depuis Pécresse, c'est de pire en pire. Et ça, je pense qu'on peut le constater peu importe d'où on vient. Et pour faire le lien avec Parcoursup, parce que Parcoursup, c'est une plateforme, comme on l'a dit tout au long de la journée, qui sélectionne, qui trie les élèves, etc. Mais j'aimerais attirer votre attention sur quelque chose. Les élèves issus des Domtom. Les élèves issus des Domtom qui, à cause de Parcoursup, subissent la mobilité.
On nous dit souvent que la mobilité, c'est une chance et qu'il faut bouger pour pouvoir avoir des chances de réussir, etc. Mais la mobilité, en fait, elle est subie par ces élèves-là, issus des Domtom. Alors comment faire ? Comment faire quand on leur demande de bouger de leur île, de bouger de leur culture, de bouger pour aller en métropole, sans aide, sans accompagnement, sans argent, finalement ? Alors c'est une question réelle, parce que Parcoursup nous fait subir toutes ces inégalités-là.
Et ma question, et je terminerai là-dessus, c'est comment comptez-vous et quand comptez-vous faire de la mobilité un droit réel et non un luxe, quand on peut se le permettre, tout en gardant le cap de la lutte contre le changement climatique ? Merci beaucoup.
Merci. Merci pour ce témoignage, Sophia Rappelon, présidente Union syndicale des lycéens. Maintenant, M. François Ruffin, une réponse à apporter à ces questions-là, à ces témoignages-là. On vous écoute.
Bonjour à vous toutes et tous. Merci pour ta question. On a déjà eu un petit échangière. Moi, je file les off. Je tenais à savoir un peu ce que tu allais raconter aujourd'hui. Évidemment, moi, je dis RER, TER, même combat. Parce que ce que tu vis dans les RER de la région périsienne, on les vit dans les TER du pays, et en particulier des Hauts-de-France, avec des retards garantis, des gens qui perdent leur boulot à cause de ça parce qu'il y a des heures de retard, des gens qui cessent leurs études parce qu'ils n'en peuvent plus, et les profs, pareil. Donc voilà, on est aujourd'hui dans un désordre sur le terrain des déplacements.
Et il faut un investissement là-dedans, autant sur le train pour tous, et avec des tarifs pas chers, et avec des gares de proximité, et pas seulement dans... Oh là, vous savez, catastrophe. Et pas seulement... J'agite mes deux bras comme un italien. Et pas seulement dans les grandes métropoles. Ça, c'est la première chose que je répondrai. Et je dirais la même chose sur les marchandises. Normalement, on devrait avoir pour objectif, tu parles d'écologie, de mettre les marchandises au maximum sur des rails. Or, on sait que le symbole en étant le train Perpignan-Ragis, tout ce qui est produits frais, arrive maintenant par camion, et non plus par train. Donc on recule sur ce niveau-là.
Je dis juste comme ça, pour moi, le mot mobilité, c'est un mot du capital, c'est un mot de Bruxelles, c'est un mot qu'on doit rejeter. C'est, en fait, le capital veut que tout soit fluide, liquide, mobile. Il veut les capitaux, il veut les marchandises, mais aussi il veut les hommes et les femmes qui puissent se déplacer partout sur le territoire national et même partout dans le monde pour que la main-d'oeuvre réponde aux besoins du capital. Moi, je veux qu'on ait des droits au déplacement, des droits à aller voir ailleurs, des droits aux vacances.
Et quand tu racontes cette anecdote, en juin, je reviens d'un tournoi de foot avec un gamin du quartier Nord qui s'appelle Victor et qui me dit, putain, je ne sais pas ce que je vais faire cet été parce que l'été dernier, on avait le train à 49 euros, tous les TER et les intercités. Je suis allé voir ma grand-mère à Saint-Etienne, je suis allé voir mes cousins à Reims. Les trains, ils étaient bondés, il y avait plein de jeunes à l'intérieur. Cette année, le gouvernement, il a supprimé ça et je ne sais pas ce que je vais faire. Et moi, j'étais fier parce que le train à 49 euros, c'est nous qui l'avions poussé. C'était une victoire.
Et je me suis dit, un jour peut-être, je vais changer la vie de milliers, de millions de victors dans tout le pays. Et dire que cette mesure, elle est née d'une rencontre avec des gamins de quartier dans ma permanence à Amiens puisque je reçois le club de volleyball qui vient pour que je lui fasse un don pour pouvoir partir au Maroc. Et je dis, bon, d'accord, pourquoi pas, mais qu'est-ce que vous faites sinon vous l'étiez ? On ne fait rien. Et la mer, vous l'avez déjà vu, on ne voit pas la mer. Alors il y en avait dedans qui avaient de la chance. Ils avaient des cousins qui étaient en région parisienne. Et donc ils allaient passer leurs vacances en région parisienne.
Bon, c'est bien, sans doute, mais je trouvais ça un peu limité. Et donc, je le dis la même chose pour les gens qui passent leurs vacances au pied du clocher, que ça soit dans les quartiers ou au pied du clocher. Donc on s'est mis à porter avec Benjamin, avec Marie-Charlotte, avec Soumia, et avec Arthur, on s'est mis à porter un projet vacances pour tous qui supposait que chaque gamin devait avoir le droit de partir une semaine en vacances à la mer et à la montagne. Comment on peut aimer son pays si on n'en voit pas la beauté, si on ne rencontre pas la diversité à la fois des paysages et des gens ? Or, là, on parle de l'école. L'école est déjà marquée par l'inégalité.
Mais le temps des vacances est encore plus un temps d'inégalité. Il n'y a plus de cadre commun. Il y a ceux qui ont la chance d'aller voir le bout du monde, il y en a ceux qui verront les plages, et il y a ceux qui verront leur ville. Bon, voilà. Et donc, rétablir, finalement, une forme de droit au bonheur pour les vacances et pour l'été. Et donc, c'était né d'une récon... Malheureusement, le peu que Macron fait de bien, eh bien, aussitôt, il le supprime. Mais il y avait eu un petit pas dans cette direction-là. Dire, peut-être, que... Je disais tout à l'heure ma réticence sur la question de la mobilité que le capital nous volait mobile tout le temps.
J'ai regardé mobilité, caractère de ce qui est changeant rapidement, souplesse, flexibilité. Et on voit l'idéologie qui peut être derrière le caractère de la mobilité. Et à mon sens, elle touche aussi le lycée. J'ai une discussion hier avec mon fils, qui est en terminale, et qui est en classe de SES, qui me dit, mais je ne connais même pas les gens avec qui je suis dans la classe. Parce qu'il n'y a plus de groupe. Parce que la manière dont on a organisé le lycée, en faisant qu'il n'y a plus... Alors, les sections, moi, A, B, C, de mon temps, ok, d'accord. Mais après, il y a eu SES, L, S, fini. Maintenant, c'est à la carte. Chacun choisit ses options.
Et en fait, cette organisation fait qu'il n'y a plus de groupe possible, il n'y a plus de collectif possible, et ça devient... On a des particules élémentaires. Je dis que nous, nous avons pour fonction, à mon sens, la gauche, aussi, de remettre des repères. Là où la vie est liquide, on doit la rendre plus solide. Et ce qu'ils ont fait du lycée, en mettant les maths, en les enlevant, en les remettant, en faisant que le bac, il se passera en mars, et puis finalement, il revient en juin. Cette espèce d'instabilité permanente, en fait, à mon sens, c'est ce qui mine en profondeur la société. Et on doit avoir pour fonction de remettre de là-dedans.
de la stabilité, de remettre des repères clairs, voire des rites et des rituels, et qui permettent de rester ensemble et de faire ensemble. Je réagis, si vous me permettez, à la table ronde qui s'est déroulée juste auparavant. J'ai une minute. Mais ça m'ira. Enfin, je ne sais pas, en fait. J'entends la parole qui est interdite dans les lycées. Vous savez, quand on voit dans les entreprises, eh bien, aujourd'hui, la hiérarchie, le management va très mal parce qu'il y a un héritage de ce qu'est l'école à la française, qui est une école très hiérarchique et où, finalement, il y a peu de droits à l'échange et à la parole. Et ça se reproduit dans les entreprises.
Et les entreprises, les gens vont mal, les salariés vont mal parce qu'on reproduit d'abord ce découpage entre ceux qui sont du supérieur et ceux qui ne sont pas du supérieur. et aussi parce qu'il y a un échange qui ne va pas de soi. Enfin, dernière chose, sur la finalité. Je pense que l'école est malade des moyens mais elle est avant tout malade des fins. La finalité de l'école, elle est plus posée. Qu'est-ce que c'était la finalité de l'école au départ ? C'était de former des républicains voire des patriotes. Ensuite, c'était de faire que les paysans des ouvriers, des techniciens. Ensuite, c'était de former des cadres. Ensuite, c'était l'espoir de l'égalité des chances.
Mais on sait que ça ne marche pas, l'égalité des chances. Et je viens, moi, pour poser une possibilité. Moi, par exemple, qui est plutôt réussi à l'école, je suis un être extrêmement incomplet. Dès qu'on me donne un truc à réparer, à part mes toilettes, sinon c'est une catastrophe. Bricoler, je ne sais pas faire. Cuisiner, je ne sais pas faire. Jardiner, je ne sais pas faire. Et il me semble que l'école de demain, elle doit être une école où on apprend aussi tout ça. Pourquoi ? Parce que c'est un projet écologique, évidemment, d'avoir des êtres qui sont davantage faits d'autonomie. À mon sens, c'est un projet populaire parce que ça rend les apprentissages beaucoup plus concrets.
Et enfin, c'est pour moi un projet féministe parce que quand on a fait l'école mixte, vous savez, avant, il y avait l'école pour femmes, on apprenait à coudre, enfin, nos mères apprenaient à coudre, à tricoter, à cuisiner, ainsi de suite. Quand on a fait l'école mixte, plutôt que de se dire que les hommes devaient aussi apprendre ces savoirs-là, qu'est-ce qu'on a fait ? On a éliminé ces savoirs-là et ils ne sont plus enseignés à l'école. Et à mon sens, voilà l'un des projets que je voudrais porter pour l'école de demain. Merci à vous, en tout cas.
Je me permets une petite digression, M. Ruffin. C'est aussi par rapport au témoignage de Sophia qui vous dit que finalement, nous, on galère à prendre l'ERB et aussi moi, c'est l'ERD pour ma part. Et que ce soit dans les milieux ruraux aussi, parce que ce qui nous l'est tous, finalement, ce n'est pas de venir de quartier, c'est la pauvreté. Les milieux ruraux, ils galèrent à aller rien qu'au lycée sur une demi-heure. Finalement, vous, qu'est-ce que vous répondez à ça ? On met quoi en place pour faciliter ce transport-là, finalement, entre l'établissement et pour ces jeunes qui subissent leur situation.
D'abord, je vous l'avais dit, c'est Pécresse la responsable. Il faut faire un choix. Il faut 20 milliards d'euros pour les transports en commun. En gros, ça a été chiffré. Ça a été une demande qui a été validée par à peu près tous les présidents de région. Il faut 20 milliards d'euros par an pour qu'on ait des transports en commun qui se remettent à fonctionner partout dans le pays. Donc, c'est des choix d'investissement. Donc là, il y a un choix d'investissement à faire dans cette direction-là. Et puis, je peux vous dire que moi, par ailleurs, comme député, mais ça, c'est... Chacun fait ce qu'il peut à l'endroit où il se trouve. Moi, je me bagarre. J'ai des gamins à Domar-en-Pontieux.
Je suis désolé, mais c'est dans les campagnes. Tous les matins, ils doivent prendre le car pour aller à Amiens. Mais c'est pas seulement ça. C'est quand ils arrivent à Amiens, ils doivent prendre un autre bus pour les amener au lycée. Donc, en fait, ils ont pour une heure et demie de transport le matin, une heure et demie de transport le soir. Donc, évidemment, c'est une bagarre avec la région. C'est une bagarre avec la Transdev, la société de transport, pour dire qu'ils modifient un peu les parcours et qu'ils puissent les amener directement au lycée.
Merci à vous. On va passer à la problématique des enfants placés. On va avoir Rania Kissi, qui est juriste et ancienne enfant placée. À toi, la parole, Rania.
Bonjour à tous. Merci beaucoup pour l'invitation. Je suis Rania Kissi. Je suis une ancienne enfant placée. J'ai été placée jusqu'à mes 18 ans. Et à 18 ans, j'ai dormi à la rue. C'est-à-dire, au moment où je voulais aller sur les bancs de l'université, je me suis retrouvée sur les bancs de la rue en dormant dehors, en me douchant dehors, en mangeant dehors. Techniquement, aujourd'hui, je devrais être morte puisque je suis une femme qui a dormi à la rue. Et plus spécifiquement, aujourd'hui, on est le 15 et c'est aussi une journée de mobilisation pour les enfants.
Et donc, je ne peux pas m'empêcher de penser à l'idée qu'aujourd'hui, je ne devrais pas être en train de discuter avec vous, mais plutôt mon prénom sur un pancarte où on dira Rania est morte sous le silence de l'État. C'est ça ma réalité, c'est ça ma vie et c'est pour ça qu'aujourd'hui, je viens vous voir. Ça aurait pu s'arrêter là et la vie aurait pu s'arrêter là pour moi, mais c'est allé plus loin. On m'a repris par des recours et des choses de la sorte plutôt juridiques et je me suis retrouvée dans un centre pour anciens détenus. Donc, on peut s'arrêter deux secondes.
Moi, enfant, imaginez un corps de petite fille de 18 ans qui se retrouve à la rue en malnutrition qui dort dehors et donc qui se retrouve dans un centre pour anciens détenus. Et dans ce centre pour anciens détenus, on n'a pas trouvé autre chose que me mettre un ancien pédocriminel pour voisin de chambre. Cet ancien pédocriminel avait l'interdiction totale et absolue d'approcher ses propres enfants. C'est-à-dire que moi, à ce moment-là, on a jugé tout à fait normal qu'on puisse être son voisin de chambre. Alors attention, moi, je crois en la justice restaurative et il en faut dans notre pays. Ce n'est pas la juriste que je suis et la future avocate qui vous dira le contraire.
En revanche, est-ce que c'était la place d'une enfant de 18 ans ? Il me semble que non. On aurait pu dire que c'était un cas isolé et que c'était à un moment donné, on a fait ça, on a fait une erreur, c'était une erreur de dossier à un moment précis. La réalité, elle est que non. 43% des enfants placés, eux, redoublent. Ça veut dire que c'est 2,5 plus que la moyenne. 1 sur 3 qui n'a pas son bac. On est 0,001 qui accède à l'université. Autant vous dire rien du tout. Moi, quand je revois mon parcours, je me dis mais bordel de merde, mais en fait, ma réussite, qu'est-ce qu'elle est orpheline ? Mais en fait, des gens qui me ressemblent, il n'y en a pas et c'est ça le problème.
Ce que je viens vous raconter, vous savez, ce n'est jamais simple de se raconter. Ce n'est jamais simple de vous dire voilà par quoi je suis passée et qu'en fait, pendant des jours et deux jours, je pouvais puer parce qu'il n'y avait pas de moyens de se laver. Donc en fait, quand je viens et qu'on vient se raconter, c'est aussi une manière de comment on s'engage. Parce qu'en fait, moi, mon parent qui était l'État était le parent le plus défaillant et à un moment donné, on l'a incarné. Et en fait, qui l'a incarné ? Parce que moi, aujourd'hui, j'ai 28 ans mais quand je me suis retrouvée à la rue, j'en avais... C'était en 2015.
C'est-à-dire que la gauche, elle était au pouvoir et c'est là où ça doit nous questionner collectivement. qui est le moment. Non, on doit agir concrètement maintenant et on a les moyens. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, là, tout de suite, si je suis venue, c'est pour qu'une responsabilité soit prise. C'est peut-être Mme Marine Tondelier qui va me répondre mais c'est l'ensemble de la gauche qui doit prendre cette responsabilité-là. C'est-à-dire qu'on doit prendre un engagement, un mot et on doit s'y tenir. Et parce que, pour la petite anecdote, et je ne vous en veux pas, à la base, je n'étais pas invitée. Je me suis auto-invitée par un commentaire sur Instagram.
Et je ne suis pas du tout rancunière et moi, je suis prête à travailler. Je suis prête à travailler pour n'importe quelle personne qui arrive au pouvoir par la gauche en 2027 parce qu'on doit prendre ces responsabilités-là et je t'assure que je vais conclure dans trois mots. C'est-à-dire qu'on doit prendre un engagement, une responsabilité et on doit y aller et on ne doit pas tergiverser. Parce que, quand moi, je me raconte, c'est ma dignité que je vous délivre et c'est pas... Moi, je ne veux pas que vous ayez de la peine pour moi. Je vous jure, je gagne très bien ma vie. Et aujourd'hui, je suis très heureuse et je râle énormément. Moi, je ne suis plus du tout une victime.
En revanche, des enfants qui me ressemblent, il y en a. Et ce n'est pas les enfants de personne, c'est nos enfants et à partir du moment où on décide de prendre une écharpe, ça devient les vôtres. Je suis désolée, je ne sais pas combien d'enfants vous en avez. Et vraiment, je termine, vraiment, je termine là-dessus. On ne va plus t'inviter. Vraiment, vraiment, vraiment. Et donc là, vous avez, en 2027, une fois que l'un de vous devient président, vous devenez parent de 300 000 gamins en France et vous prenez la responsabilité. Merci beaucoup.
Qui d'autre que Marine Tondelier pour répondre à ce discours ? On vous écoute.
Eh bien, merci beaucoup, Rania. Je pense que c'est des interventions toujours très pertinentes mais aussi percutantes. Et je pense que la société a besoin d'être percutée sur ces sujets parce que je pense qu'on ne veut pas voir, on ne veut pas savoir et que... Je vais vous raconter une petite anecdote mais vous vous rappelez quand Gabriel Attal devient Premier ministre et qu'une de ses premières mesures c'est de dire on va supprimer les allocations familiales aux parents qui ne s'occupent pas bien de leurs enfants. Et on était reçus avec le groupe écologiste comme l'ont été toutes les forces politiques. Donc c'est en pleine crise agricole. Il y a plusieurs sujets.
Et puis moi, je parle toujours des enfants. Dans tous les rendez-vous qu'on fait, le premier avec Elisabeth Borne, on avait parlé des enfants à la rue. C'est un sujet que je revendique de mettre toujours et de re-remettre sur la table. Et je lui dis donc vous voulez supprimer les allocations familiales quand les parents ne s'occupent pas bien des enfants. Mais vous savez comment l'État français s'occupe des enfants de l'ASEU ? Parce que vous, il ne va plus vous rester beaucoup d'argent si on applique ce principe aussi au président de la République et aux ministres qui en ont la charge. La réalité de ce que tu racontes, malheureusement, ce n'est pas un cas particulier.
C'est une aide sociale à l'enfance. Moi, je viens de départements où c'est vraiment le pire, le Pas-de-Calais, le Nord. Dans le Pas-de-Calais, le directeur du service en charge de l'ASEU au département vient quand même d'être condamné pour détention de fichiers pédocriminels et recherches actives sur les réseaux sociaux et donc il n'a plus le droit d'approcher des enfants. Ça, c'était, je ne sais pas, c'était il y a 3 semaines, 4 semaines qu'on a appris ça ? OK. Moi, ma cousine, dont je sais depuis toute petite qu'elle sera assistante sociale, c'est vraiment, on a le même âge. Ça fait très longtemps que je sais qu'elle va faire ça comme métier. Elle a été 10 ans CCAS. Elle adore son boulot.
Elle a voulu aller au département. Elle a bossé à l'ASEU. Au bout de 4 mois, elle était en burn-out. Elle m'a dit, je n'ai pas les moyens de les aider parce qu'on n'y arrive pas. J'ai une très bonne copine qui est médecin de PIMI à Hélan Beaumont qui me racontait la fois de la NER qu'elle s'occupait d'un enfant d'un an qui avait déjà connu 10 familles. À un an, placée dans 10 familles différentes. Comment on peut garantir la stabilité émotionnelle d'enfants quand on s'en occupe comme ça ? Et puis, la réalité aussi, c'est l'exploitation sexuelle. On a beaucoup discuté avec Réunion.
On a eu une réunion lundi avec plein d'acteurs de la protection de l'enfance, à la fois des personnes concernées et des travailleurs qui sont au bout du rouleau et par qui ce système continue de tenir. Je ne sais même pas comment ils font. Donc, il ne faut pas dire prostitution des mineurs dans les foyers de l'AZEU, c'est bien de l'exploitation sexuelle. Et c'est de plus en plus prégnant. Je ne sais plus le pourcentage, Rania. Le pourcentage dans les enfants de l'AZEU, je crois que ça a doublé en 10 ans le nombre d'enfants de l'AZEU qui sont victimes d'exploitation sexuelle dans ces foyers.
On laisse quand même en France, en Seine-Saint-Denis notamment, et ce n'est pas de la faute du département de Seine-Saint-Denis. Chacun fait ce qu'il peut, les départements n'ont plus de moyens, mais en Seine-Saint-Denis, il y a des gamins qui a 12 ans, 13 ans, sont mis seuls dans des foyers qui sont en fait des hôtels Formule 1 avec par jour un bon qui s'appelle un bon kebab avec lequel ils ont le droit d'aller au kebab en bas juste dans celui-là acheter un kebab par jour. Et voilà. C'est l'accompagnement de l'aide sociale à l'enfance. Donc, il ne faut pas s'étonner que ça ne puisse pas se fonctionner. Il y a des meurtres quand même dans ces foyers, il y a des agressions sexuelles.
C'est terrible. Et j'ai vraiment honte de la manière dont on traite les enfants dans ce pays. D'ailleurs, j'étais en retard parce que j'étais avec d'autres collègues à la manifestation enfantiste qui est organisée Place des droits de l'homme. Il y avait beaucoup de monde d'ailleurs. Mais ce qui est hallucinant dans ce pays, c'est qu'on a donc un enfant qui meurt toutes les semaines sous les coups de ses parents. C'est ça, la statistique. Qu'on a un enfant toutes les trois minutes qui est victime d'agressions sexuelles ou d'inceste toutes les trois minutes. C'est-à-dire plus de deux pendant mon intervention. Et qu'on n'en parle jamais.
Donc je revendique en tant qu'écologiste, on dit souvent quelle planète on laissera à nos enfants. Moi, je revendique de dire mais quels enfants on laissera à notre planète. Parce que souvent, vous savez, les gens disent la société va très mal, tout ça, les gens vont très mal. Mais en fait, dites-vous que derrière beaucoup d'adultes abîmés, derrière beaucoup d'adultes abîmés, il y a des enfants qui ont été maltraités. Et je sais que pour avoir l'habitude d'en parler, dans des réunions publiques où ce n'est pas forcément le sujet, mais je mets toujours le sujet sur la table pour que les gens le regardent en face.
Je crois souvent le regard de personnes qui me regardent imperceptiblement dans le regard « je sens un merci » et je peux vous dire que c'est souvent beaucoup de monde dans les salles. Donc ça, c'est un truc qu'on ne doit pas lâcher, que personne ne traitera à notre place et que tu as raison, la gauche n'a pas toujours bien traité auquel il faut s'atteler. Mais moi, j'ai honte de voir comment sont pris en charge les enfants dans ce pays. Alors, tu me poses une question spécifique sur le cursus scolaire des enfants de l'ASEU. Il faut quand même savoir que 40% des enfants de l'ASEU atteignent leur majorité sans avoir été diplômés. Aucun diplôme.
Il faut savoir qu'à 17 ans, 23% des enfants confiés ne sont plus scolarisés dans aucune formation diplômante alors que c'est 9,6% dans le reste de la population. Et que ça s'explique par plein de choses, notamment le fait que c'est un système qui fragilise évidemment, que ce ne sont pas les capacités de ces enfants qui manquent. C'est de la stabilité, de l'écoute, c'est de l'accompagnement, c'est le droit de vivre une enfance qui ne soit pas faite uniquement d'administratif et de survie émotionnelle, ce qui est trop souvent le cas des enfants de l'ASEU. Et ça, voilà, on le sait, on est là pour le réparer et la société échoue à le réparer.
Donc ça, c'est un facteur explicatif et puis il y a un autre facteur qui est qu'en fait, souvent, l'orientation des enfants de l'ASEU est subie plutôt que choisie. Ça, il faut le dire aussi. En fait, il y a une sorte de stress, il faut en parler aussi, quand tu es à l'ASEU et que tu approches de tes 18 ans, en fait, quand tu as 17 ans, tu sais que dans un an, tu es mis dehors. C'est comme ça que ça se passe dans les foyers. Le jour de ton anniversaire, pour fêter ta majorité, tu finis sur le trottoir comme Rania, tu viens de l'expliquer.
C'est-à-dire que les enfants qui sont en foyers, toute l'année de leurs 17 ans et en général, les éducateurs qui les suivent aussi, qui sont impuissants face à ça, ont un compte à rebours dans la tête, tic-tac, tic-tac, dans trois mois, dans trois semaines, dans trois jours, c'est terminé.
Donc évidemment, que ton premier réflexe n'est pas de te projeter dans une grande étude supérieure, c'est de trouver une formation qualifiante, c'est de pouvoir très vite travailler et ça, c'est un vrai sujet et ça vient aussi de comment on organise l'aide sociale dans ce pays où vous avez pour vraiment inciter les gens à travailler entre 18 et 25 ans, il n'y a pas d'aide parce que si vous aviez le RSA à 18 ans, en fait, vous n'auriez pas le goût du travail. C'est ça, la logique qui est derrière et donc pour vous donner le goût du travail, on vous met sur le trottoir vraiment ce qui va vous stimuler. C'est ça quand même intellectuellement qui est derrière ce sujet et c'est la honte.
Alors les écologistes s'occupent de l'AZE dans un département, c'est la métropole de Lyon qui est aussi un département où on a mis en place ça et je pense qu'il faut le faire pour tous les enfants, 18-25 ans, c'est forcément, on ne laisse pas sans solution. Je vais vous dire aussi que 77% des jeunes placés souhaiteraient continuer après le bac. Donc comme quoi, ce n'est pas un truc qu'ils n'ont pas envie mais il n'y a que 4% qui arrivent à le faire. C'est le chiffre que tu as cité et donc en plus de cette aide, l'argent, on ne peut pas laisser des gens sans aucune ressource. Donc ça, c'est la base.
Ma première proposition était claire mais il faut aussi un plan scolarité protégé donc une sorte de protocole en fait contre la rupture scolaire. c'est des enfants qui nécessitent plus d'attention et qu'il y ait aussi des rendez-vous d'orientation très privilégiés. Alors le problème, c'est que dans les gens qui travaillent à l'école, souvent c'est de plus en plus difficile aussi donc ils ont moins de temps à dégager mais il faut que le jeune puisse dire ce qu'il veut vraiment, ce qu'il veut et qu'il puisse construire son orientation à lui qu'on ne la construise pas à sa place. Donc voilà.
Et vous savez que dans les villes écolons, on travaille beaucoup et dans d'autres villes de gauche, on travaille sur les villes à hauteur d'enfants. C'est-à-dire qu'on essaye de voir la société à la place d'un enfant, depuis la place d'un enfant. Par exemple, je ne sais pas, les enfants vont dire pourquoi il n'y a pas de banc entre ma maison et l'école ? Question simple. Ah bah parce que comme ton maire ne voulait pas que le SDF soit vu dans la rue, on a retiré le banc plutôt que d'aider les SDF à trouver un logement. Donc ça, c'est des trucs spontanés d'enfants qui disent des vérités. Moi, toutes mes rignons publics, les premières questions, je laisse aux enfants.
Ils ont une spontanéé qui est géniale. Et donc, il y a des villes à hauteur d'enfants qui existent. Et moi, je propose pour 2027, tous ensemble, avec les collègues des autres parties, qu'on travaille un pays à hauteur d'enfants parce qu'une société qui est bienveillante pour les enfants est bienveillante pour tout le monde. Merci à toutes et tous.
On va passer au sujet d'après. Non, vous avez pris un engagement, c'est pour ça. À part si vous avez un à proposer. Alors voilà, du coup, je vous ai écouté. On va passer à la thématique emploi et insertion. On va avoir Briama Dramé qui va questionner sur ce sujet-là et à la réponse, M. Olivier Faure.
C'est bon, je peux commencer ?
Quand tu veux.
OK. Tout d'abord, merci pour l'invitation. Franchement, aujourd'hui, j'arrive avec un sujet qui est très, très important, l'insertion professionnelle, un problème répandu, très, très répandu dans les quartiers, mais même à l'échelle nationale. Mais là, je vais vraiment me spécialiser parler des quartiers parce que voilà, quand on cherche un stage, on cherche une alternance ou on cherche un emploi saisonnier et qu'on se retrouve jugé par notre département, par une adresse, par un nom de famille, c'est compliqué. Quand on cherche un stage pour valider notre diplôme, on n'arrive pas à trouver, c'est compliqué. Mais revenons à la source du problème.
En soi, la source du problème, c'est le système scolaire. Le système scolaire qui est en obsolescence. Ce système scolaire qui, de base, va préférer, qui devient de plus en plus élitiste, système scolaire qui est vraiment vecteur d'inégalité et d'injustice. Par exemple, je vais prendre mon exemple personnel. Moi, qui ai fait un bac technologique. Les bacs technologiques et les bacs professionnels sont très mal vus aux yeux de la société. Donc, même si on réussit à avoir de bons résultats, à un moment ou à un autre, on est bloqué par Parcoursup qui a un deuxième problème, encore une fois.
Parcoursup qui est là au lieu d'ouvrir des portes, de faciliter l'accès aux études supérieures, ferme des portes et vecteur aussi d'inégalité. Moi, j'ai encore un exemple personnel, mais il y a de nombreux jeunes, il y en a des milliers et des milliers de jeunes qui sont dans la même situation que moi. Ils n'arrivent pas à trouver des formations qu'ils veulent. Par exemple, moi, je vais faire du droit, je vais faire des STMG, mais je ne peux pas y accéder étant donné que j'ai fait un bac STMG, je suis mal vu. et ce bac-là, il va vraiment rester sur moi toute ma vie peut-être parce que j'ai fait un bac STMG.
Pour les gens, je reste quand même un mauvais élève qui n'a pas réussi à avoir la filière générale et qui est dirigée soit vers la filière professionnelle ou la filière technologique alors qu'on apprend de nombreuses choses. Donc, je voudrais également souligner le fait qu'il faudrait une réforme dans le système scolaire. Et pour finir aussi, je voudrais parler du manque d'accompagnement, le manque d'accompagnement que subissent les jeunes de quartier au quotidien, les jeunes de quartier qui sont victimes d'asymétrie d'information. On n'a pas connaissance des filières élitistes, des filières avec un avenir. On n'a pas connaissance de nombreuses choses qui auraient pu nous aider.
En termes d'insertion professionnelle, on n'est jamais dirigé vers les domaines comme la politique, par exemple, ou les innovations, tout ce qui est ingénierie. Mais on est dirigé vers des emplois comme le commerce. Je ne dénigre pas parce que moi-même, je fais la même chose. Mais c'est un fait. C'est compliqué de trouver du travail lorsque tout le monde est dirigé vers les mêmes formations. L'offre et la demande. L'offre et la demande, encore un problème. Donc là, aujourd'hui, j'arrive à vous poser des questions. Qu'est-ce que vous allez faire concrètement pour réduire ces inégalités-là ?
Qu'est-ce que vous allez faire pour permettre aux jeunes de quartier et aux jeunes de manière globale à se sentir mieux étant donné qu'ils n'arrivent pas à accéder aux formations qu'ils veulent ? Ils sont constamment jugés, constamment stigmatisés, constamment rabaissés juste par le fait qu'ils ont accédé à une filière professionnelle ou à une filière technologique ? Qu'est-ce que vous allez faire pour les futurs citoyens de demain qui commencent déjà avec un malus, juste avec un diplôme, le nombre de diplômes qui devient un malus pour ces jeunes de quartier et pour ces citoyens de manière plus globale ? Parce qu'en fait, ce n'est même pas que nous.
C'est tous les jeunes, tous les étudiants, que ce soit dans les quartiers ou dans toute la France en globalité. Et également, qu'est-ce que vous allez faire pour changer ce système scolaire, ce système solaire qui est tant problématique, qui ferme des portes, qui brise des carrières et qui est la cause même de dépression et de problèmes mentaux pour les jeunes de quartier et les jeunes de manière globale ? Les jeunes, en tout cas en ce moment, dans la France actuelle, les jeunes ne vont pas bien. Retenez-le, les jeunes ne vont pas bien. Qu'est-ce que vous allez faire concrètement pour changer cette tendance-là ?
Merci. Pour répondre à l'ensemble de ces questions, Birama, rappelons, auteur d'un livre qui s'appelle De l'ombre à la lumière, réussir malgré tout. Alors je pense que tu as eu le temps en écrivant ton livre de te poser toutes ces questions-là que tu poses aujourd'hui à M. Olivier Faure. On vous écoute.
Bon, merci beaucoup Birama. à la première seconde de la première minute du premier jour de ta vie. Comme nous tous ici, nous sommes nés libres et égaux en droit. Mais après cette première seconde, cette première minute, ce premier jour, il y a eu un deuxième jour, puis un troisième, puis une année, une deuxième, une troisième. Et les témoignages que vous nous adressez aujourd'hui sont la démonstration qu'au-delà du principe posé par les Républicains, il y a une réalité, c'est que cette promesse, elle n'est pas tenue. Alors, il y a de bons exemples qui permettent de se dire que finalement, l'égalité des chances, ça existe.
La preuve, tu as écrit un livre, mais qui s'appelle, en fait, réussir malgré tout. Ce qui dit bien des choses, c'est que malgré le système, tu as pu réussir. Je pourrais donner mon exemple. Je suis un enfant d'un quartier, celui des Blossières, dans le Loiret. Je suis semi-racisé, je suis eurasien. Et quand j'allais à la fac, parce que tout à l'heure, Sophia a dû parler de mobilité, moi, j'y allais en faisant de l'autostop. Mais pour quelques parcours enchantés, la réalité, c'est que pour la plupart, ça s'est arrêté très tôt. Dans ma classe de CM2, quand je revois la photo de classe, nous sommes trois à avoir atteint un jour le baccalauréat.
Trois sur, à l'époque, je ne sais plus si on était 28 ou 30, peu importe. Mais enfin, ça dit quelque chose du fait que quand on est né dans un quartier, c'est plus difficile que quand on est né au cœur de Paris. Et au cœur de Paris, ça dépend même, là encore, des arrondissements. Et donc, comment est-ce qu'on fait pour réduire ces inégalités scolaires qui sont, en réalité, des peines à perpétuité ? On sait bien que dans un pays comme le nôtre, la formation initiale, elle est capitale. C'est un capital pour ceux qui l'obtiennent. C'est, en contraire, un handicap pour tous ceux qui ne l'ont pas. Parce que, dans notre pays, on est jugé sur les 25 premières années de sa vie.
Et c'est très difficile de s'en détacher après. La réalité aussi, c'est que nous sommes dans un système que l'on dit redistributif. Mais s'agissant du système scolaire, je prétends qu'il est très anti-redistributif. Je m'explique. Quand un enfant atteint des études très supérieures, un docteur, quand on obtient, ne serait-ce que Bac plus 5, ou quand on arrête ses études à 16 ans, la collectivité, l'État, n'a pas mis le même nombre de billets de banque, nombre d'euros, pour vous, entre quelqu'un qui s'est arrêté à 16 ans et quelqu'un qui s'est arrêté à Bac plus 5, il y a 110 000 euros d'écart. Avec un docteur, c'est 135 000 euros d'écart.
Si vous avez fait une classe préparatoire aux grandes écoles, la classe préparatoire aux grandes écoles, elle coûte, à la collectivité, 50 % de plus que quand vous êtes à la fac. Et la réalité, c'est qu'aujourd'hui, assez curieusement, puisque les enfants d'ouvriers sont très peu nombreux encore dans l'enseignement supérieur, eh bien, ce sont les ouvriers qui payent les études des enfants de cadre. C'est ça, le système dans lequel nous vivons. Et c'est la raison pour laquelle il y a besoin de corriger complètement le système.
Alors, tout à l'heure, Rania a donné un exemple qui est malheureusement un exemple trop fréquent pour les enfants de l'aide sociale à l'enfance, mais je voudrais qu'au-delà qui sont des cas, j'allais dire, presque spectaculaires, du pire du pire. Mais même dans l'aller au pire du pire, il y a déjà pas mal de rattrapages à organiser. Dans ce que tu écris dans ton livre et dans ce que tu as pu dire dans tes interviews, tu dis qu'il y a d'abord une question de, je reprends tes mots, je crois que tu as dit barrière mentale ou qu'il y a, enfin, je ne sais plus exactement ce que j'avais retrouvé, mais enfin, tu dis qu'au fond, le premier barrage, c'est en fait celui qu'on s'impose à soi-même.
Et tu l'as dit à l'instant, le problème, c'est qu'on ne sait pas quelles sont les filières qui sont les filières qui emmènent quelque part. On ne sait tout simplement pas qu'on aura un jour accès à des métiers qui nous paraissent tout à fait impossibles. Pour moi, l'idéal professionnel, quand j'étais à l'école primaire, puis dans les premières classes au collège, je considérais que la fortune c'était avoir un jour un canapé en cuir avec une chaîne IFI. C'était pour moi le symbole de la réussite. J'imagine que, enfin, tu peux imaginer qu'aujourd'hui, ce n'est plus du tout le symbole pour moi de la réussite.
Mais je n'imaginais pas que je pourrais être un jour cadre dans le privé, je l'ai été, puis membre membre du cabinet ministériel, je l'ai été, puis parlementaire, je l'ai été, je le suis encore, puis président de groupe, je l'ai été, puis même chef d'un parti politique auquel je n'avais jamais imaginé qu'il me laisserait la chance un jour de le diriger. Et donc, il y a d'abord un premier problème, c'est l'ambition. L'ambition que chaque enfant a pour lui-même. Et tout ce que... Je prends un exemple, et je vais être trop long, mais enfin, je prends l'exemple de ce qu'a fait la phérémonie de Paris.
qui a été chercher des enfants pour leur dire que désormais, ils pourraient apprendre un instrument de musique. De quoi ils se sont rendus compte ? C'est que quand ces enfants-là avaient accès à la culture, accès à un savoir, qui est un savoir musical en l'occurrence, qu'ils avaient un terrain sur lequel ils réussissaient, eh bien, leurs études, ça marchait mieux aussi.
Et donc, le problème qu'on a, et qui est colossal, c'est qu'il faut non seulement faire en sorte que l'école marche mieux, qu'elle se démocratise davantage, qui est davantage de mixité scolaire, mais faire aussi en sorte qu'on puisse compenser l'environnement que l'on a ou que l'on n'a pas à partir du moment où on est et où on est au hasard de son existence, quand on a la chance d'avoir des parents qui sont plus ou moins eux-mêmes cultivés, qu'ils ont eux-mêmes les ressources pour nous emmener plus haut, etc.
Et donc, sortir de l'érythocratie, parce que, en fait, le scandale d'aujourd'hui, je le dis, la droite nous parle en permanence de méridocratie et que chacun serait, au fond, responsable de sa réussite ou de son échec. Ça n'est pas vrai. Nous ne sommes pas responsables de nos échecs. Nous sommes, malheureusement, face à une société qui nous conduit à accepter nos échecs, qui nous conduit à croire que nous sommes condamnés à tel ou tel statut. Mais la réalité, c'est qu'aujourd'hui, la fortune, elle ne s'acquiert pas par ses mérites, elle s'acquiert principalement par l'héritage. C'est ce que les travaux de Piketty ont montré.
C'est ce que nous essayons de, à travers le combat que nous menons actuellement à l'Assemblée, que nous avons mené il y a quelques jours sur la taxe Zuckmann, c'est de faire en sorte qu'à un moment, eh bien, on puisse remettre, non pas seulement l'église au milieu du village, mais qu'on remette la mairie, qu'on remette la citoyenneté, qu'on remette la République au milieu du village, au milieu de la ville, au milieu de la collectivité, parce que c'est ça qui manque aujourd'hui. La République sociale, c'est notre objectif à tous ici.
Je parle là, effectivement, comme socialiste, mais je sais que ce que je dis là, il est partagé par tous ceux qui sont autour de cette table et c'est même ceux qui nous rassemblent les uns et les autres. La République sociale, la République écologique, faire en sorte que chacun ait sa chance, que chacun ait la possibilité d'aller vers le destin qu'il se construit et non pas simplement celui que la société a décidé pour lui. Et donc, ce que je voudrais, c'est qu'on ne réussisse plus malgré tout, mais qu'on réussisse grâce à toutes celles et ceux qui nous accompagnent. Alors, on pourrait parler longtemps encore. Donc, comment est-ce qu'on fait ? Eh bien, j'ai parlé de mixité scolaire.
J'aurais pu dire aussi qu'il faut parler à un moment, même si je sais que le terme est décrié, mais à un moment, il faut aussi accepter une forme de discrimination positive. Il faut forcément donner plus aux quartiers et à la ruralité qu'aux enfants qui de toute façon partiront à l'école alsacienne et seront de toute façon les enfants gâtés de la République parce qu'ils auront accès à des enseignants, accès à des quartiers, accès à un savoir que tous les autres n'auront jamais. Ça fait des années que je suis dans un jury, dans un lycée, à Moissy-Cramayel, dans ma circonscription, pour déterminer quels seront les enfants qui auront accès à cette voie spécifique pour entrer à Sciences Po.
Et ils sont quelques-uns chaque année à pouvoir y rentrer. Et c'est malheureusement trop peu, même si c'est un effort que Sciences Po a pu faire. Mais moi, j'aimerais que demain, on n'ait plus besoin de ces filières d'exception, mais qu'on puisse dire que chaque enfant de France a eu la capacité à trouver les moyens de son avenir. Et puis, je ne veux pas être plus long. M. Riffin, je me permets, parce que... M. Fort, désolé.
Mais c'est bien, c'est bien. Désolé, excusez-moi.
Ça trouve qu'il y a une forme d'amalgame qui se forme. C'est parfait. C'est la cohésion.
Excusez-moi, M. Fort. Du coup, on va être un peu limité sur le temps.
C'est vrai. J'arrête, j'arrête.
On va être un peu limité par le temps. Voilà. Et voilà, pour être juste dans la continuité, parce que je pense que vous étiez en train de conclure, et c'est bien, ça me permet aussi de faire un pont. Vous avez parlé de cette méritocratie. Quand on veut, on peut, mais donne-t-on toujours l'envie de vouloir à ces jeunes-là ? C'est ça la question qu'il faut se poser. Et moi, c'est sur ça que j'aimerais juste vous interpeller. Comme ça, ça vous permet de conclure. Finalement, quelle proposition forte vous proposez pour que ces jeunes-là, finalement, issus de classes populaires puissent essayer de réussir, que ce ne soit pas juste des exceptions statistiques ?
Et voilà, quelle mesure forte vous proposez, vous, avec la gauche pour nous aider que, finalement, les jeunes croient en l'école et bien plus que croient en l'école, croient en la République.
Je n'en ai qu'une seule parce que, en fait, j'en aurais beaucoup à donner mais j'ai bien compris qu'il fallait que je conclue. Est-ce que vous trouvez normal... C'est ça. Voilà. Parfois, elle peut s'exercer, y compris contre soi. Mais, donc, est-ce que vous trouvez normal que toutes les filières dites d'excellence, celles qui vont ouvrir aux carrières les plus importantes soient, pour la plupart, des filières qui soient privées ? Je pense, par exemple, aux écoles de commerce.
Qu'est-ce qui justifie, aujourd'hui, le fait que, si vous voulez faire une grande école de commerce, vous soyez obligés de débourser, chaque année, 8 000, 9 000, 10 000 euros par an et ça est réservé, forcément, à une élite financière ? Pourquoi est-ce que les savoirs qui sont enseignés à l'université sont les mêmes depuis le Moyen-Âge et pourquoi est-ce qu'on n'arrive pas à faire en sorte de développer aussi dans le public des filières d'excellence qui permettront à toutes et à tous d'accéder aux carrières qui sont les plus les plus hautes et faire en sorte que chacun ait aussi une égalité dans l'accès à des fonctions qui sont celles que chacun peut viser ?
Voilà une proposition parmi d'autres, il y en a beaucoup d'autres, mais j'aurais voulu aussi parler, mais on en fera un autre moment, j'en parlerai une autre fois, mais faire aussi en sorte de dire que tous ceux qui n'ont pas réussi malgré tout, parce qu'il y a toujours des gens qui ne réussiront pas leur parcours scolaire, comment est-ce qu'on fait pour leur accorder une seconde chance et comment est-ce qu'on fait pour que des gens qui n'ont pas forcément la maturité parce qu'ils ne sont pas rentrés dans un milieu qui leur permettait cette maturité-là, comment est-ce qu'on fait pour qu'à 25 ans, à 30 ans, à 35 ans, ils puissent se rattraper et ne se perdre une année à vie quand ils n'ont pas réussi à 20 ans ?
Merci à vous, monsieur.
Le temps passe, le temps file, on passe déjà à l'avant-dernière question. On va passer sur la question de la discrimination abordée par Mohamed.
Allô, allô, c'est bien, on m'entend. Alors moi, je viens de Nanterre, en 2012, l'un des territoires perdus de la République, il paraît, qui s'est fait connaître en 2023 à cause des révoltes et pas des émeutes urbaines, je tiens à le préciser. C'était politique ce qui s'est passé. Ce n'était pas une explosion soudaine de l'agressivité, ce n'était pas une régression ethnique comme certaines personnes puent le dire, c'était vraiment en fait le ras-le-bol, c'est juste la goutte qui a fait déborder le vase sur le moment. C'est des jeunes qui subissent la discrimination en permanence. J'ai vécu près de 18 ans à Nanterre.
J'ai pu, et je ne vais pas m'en sortir parce que je suis très fier de ma ville et je vis encore et que je ferai tout pour y rester encore une fois, peut-être même pour essayer de changer les choses sur le terrain. Mais une fois, j'ai eu mon bac, mon bac mention bien, je suis parti à la Sorbonne. À Panthéon-Sorbonne, il y a Tolbiac, Tolbi avec la Rouge, il y a Tolbi. Vous faites vos deux premières années à Tolbiac. Ensuite, vous passez au Panthéon à la Sorbonne. Et qu'est-ce qui se passe ? C'est le tri social. J'étais en licence à l'ABS qui n'est déjà pas la plus renommée des licences, mais ça encore, j'étais satisfait de ce que j'avais.
Mais quand vous voyez que les personnes avec qui vous avez fait vos premières années, enfin vos premières heures de TD, vos premiers partiels, etc., qui disparaissent au fur et à mesure que vous progressez dans le système LMD, licence, master, etc., ça vous fait un choc. Vous comprenez ce que c'est réellement le tri social au quotidien. Vous comprenez ce que c'est d'avoir des personnes qui malheureusement n'ont pas eu la chance d'avoir des parents qui viennent de telles écoles, qui ont pu bénéficier de telles formations, des personnes qui ont payé le réseau, des personnes qui ont subi vraiment les asymétries d'informations, ce à quoi tu faisais référence, mon ami.
En fait, moi, je vous demande, c'est qu'est-ce qu'on fait concrètement pour ces personnes qui malheureusement sont motivées et qui tentent, qui veulent, mais qui n'y arrivent pas. Tu faisais référence à la fameuse phrase, à la fameuse maxime, « Quand on veut, on peut ». Moi, je n'y crois absolument pas. Je crois à la République pourtant, mais je ne crois pas du tout à l'égalité des chances. Ça, c'est une réalité. C'est une triste réalité, mais aujourd'hui, en France, il y a des gens, il y a un milieu social qui pratiquent ce qu'on appelle le séparatisme scolaire.
Des personnes qui ne bougent pas du tout d'un pâté, des personnes qui ne bougent pas du tout d'un pâté de maison dans le 6e arrondissement de Paris, qui sont là, qui sont dans certains lycées, qui vont ensuite dans certaines grandes écoles et qui arrivent directement à intégrer certaines sphères et ça, on ne sait pas trop comment. Et ça, avec le réseau, avec certaines formations qui sont vraiment adaptées.
Et donc moi, je demande en fait comment on fait pour que tout le monde puisse y accéder, pour qu'on puisse vraiment enfin pratiquer, mettre, appliquer la liberté, égalité, fraternité, la devise qui nous rassemble tous et qu'on arrête enfin de traiter ces gens qui sont issus des territoires périodéaires publics et qui puissent enfin, excusez-moi, je me fouille un peu, qui arrivent enfin à accéder à certaines fonctions. Moi, je suis intéressé par les concours de la fonction publique, par les concours administratifs.
J'ai pu la chance d'avoir à travers des vacations, des stages et même une alternance actuellement dans un grand ministère régalien de comprendre que malheureusement les discriminations, c'est au quotidien et que même quand on arrive essentiellement qu'on arrive à avoir au fil du temps qu'on progresse, qu'il y a toujours des inégalités, des inégalités de réseau, des personnes qui vont noter le milieu et qui arrivent toujours à sortir plus que nous.
Je ne vous demande pas de mettre en place un grand plan, je ne vous demande pas de mettre en place de grandes mesures symboliques, je ne vous demande pas de prendre des personnes qui sont malheureusement habitées par un peu le biais du survivant qui se disent que vu que moi j'ai réussi, tout le monde peut réussir. Ça, c'est faux malheureusement. 95% des gens issus des quartiers populaires malheureusement subissent des discriminations au quotidien, surtout par l'école. L'école qui aujourd'hui malheureusement ne représente plus du tout l'idéal républicain. Donc moi je vous demande qu'est-ce que vous faites concrètement pour qu'on arrive enfin à appliquer la maxime liberté, égalité, fraternité.
Et surtout, je voudrais ensuite terminer par là puisque vu que personne n'a respecté le temps, je me permets aussi de parler... Ne t'inquiète pas, ne t'inquiète pas, 30 secondes madame, ne t'inquiète pas. De parler de mixité sociale. À Nanterre aujourd'hui, bon, ce n'est pas la seule ville qui subit ce phénomène et il y a la gentrification qui s'opère. Aujourd'hui à Nanterre, moi j'ai grandi au Bartholot, vous m'avez un peu volé ma phrase, monsieur Fort, je voulais parler des personnes qui sont passées par l'école honorée de Balzac. On était 30, aujourd'hui on n'est même pas 8 à être dans l'enseignement supérieur, donc 4 qui ne sont même pas en filière générale, en filière prestigieuse.
Il y a des personnes qui ont pu bénéficier de certaines passerelles comme la convention de l'éducation prioritaire de Sciences Po, ce ne sont même pas des personnes originaires de Nanterre, c'est des personnes qui sont originaires de Surenne, de Ney. Donc moi je voudrais aussi parler des stratégies parentales, ça c'est un truc qui pour le coup existe vraiment.
Vous avez juste à lire un peu de bourgeois, vous allez comprendre qu'il y a des parents qui viennent des grandes villes d'à côté, du grande ville du 92, le département le plus riche de France, et qui osent, qui ne se gênent même pas afin de venir dans certains lycées des grèves de Colombes, des pablos de Nanterre, ou encore des bagneux, des gens qui volent des places.
Donc moi je voudrais même qu'on parle de ces gens-là et qu'on mette fin à ce séparatisme scolaire, qu'on arrête, t'inquiète, dernière phrase, qu'on arrête de faire croire à ces jeunes qui n'arrivent pas, qui pourront rien faire de leur vie et qu'on fasse comprendre aussi que les élites ont une vraie responsabilité par rapport à ça. Merci Mohamed.
Pour répondre, voilà Clément Chinotin, j'espère que ça me permettra de ne pas confondre François Ruffin et Olivier Faure, si on puisse, qu'on s'apolitiser nous aussi un peu, tu veux.
Bonsoir à toutes et tous. D'abord merci pour ta question, Mohamed, qui est le cœur du sujet pour moi. Et je voudrais d'abord, puisque je m'exprime pour la première fois, remercier le travail qui a été fait par Lucie Castet et toutes ses équipes pour organiser cette convention. Un grand merci. Alors moi, je voudrais inscrire ma réponse d'abord dans une vision plus globale, c'est-à-dire dans le cadre du projet que je veux porter, c'est-à-dire la société des communs.
Je porte un constat général de la marchandisation de la société actuellement, de la concurrence généralisée qui est organisée et du fait que cette marchandisation et cette concurrence, elles ont un impact très concret, c'est qu'elles détruisent les possibilités, les conditions de la liberté, de l'égalité.
Et la proposition générale que je fais, la solution que je veux porter, c'est de renforcer les services publics et les sécurités collectives et de piloter une bifurcation globale pour faire en sorte qu'on puisse répondre à nos besoins, satisfaire nos besoins authentiques, pas ceux suscités par les marchés, mais nos besoins étant authentiques, et pour chacune et chacun, c'est-à-dire d'avoir à cœur la question de l'égalité. Et pour ça, il y a un outil privilégié, c'est l'État stratège.
Aujourd'hui, on n'a pas un État stratège qui pilote la satisfaction de nos besoins et qui a l'esprit public chevillé à cœur, c'est-à-dire l'idée qu'on va chercher le bien commun et qu'on permet de répondre de manière universelle à cette satisfaction des besoins. La société des communs, très concrètement, c'est d'aller vers le partage des richesses, le partage des savoirs, le partage des pouvoirs et le partage des temps de la vie, ce qui me paraît aussi très important.
Alors, quand on en arrive à l'école, l'école, c'est évidemment un des piliers dans cette logique de société des communs et je pense qu'un des enjeux majeurs, c'est d'investir dans l'école publique et dans ce qu'on appelle l'éducation populaire, c'est-à-dire qu'il y a le temps scolaire et tout ce qu'il y a autour qui est aujourd'hui décimé par les logiques d'austérité et de réduction de la dépense publique avec un sens pour l'école.
Il s'agit de transmettre des connaissances, il s'agit de transmettre le désir de savoir, il s'agit de donner des clés aussi à chacune et à chacun, aux citoyens et aux citoyennes en devenir pour comprendre le monde et pour pouvoir se situer et être émancipé dans ce monde et pouvoir, au passage, éventuellement le transformer. Donc ça, c'est le sens et l'orientation générale, mais ça veut dire une chose très concrète, c'est qu'il faut arrêter de goinfrer le privé. Aujourd'hui, l'État n'est pas stratège, il goinfre le privé.
Et donc, ce qu'il est en train de faire, cet État, c'est de financer la marchandisation de l'éducation et la concurrence qu'il organise lui-même entre le système privé et le système public. C'est quand même ahurissant, en réalité, quand on pense qu'il y en a au sommet de l'État des gens qui ont totalement abandonné l'esprit public et qui, en milieu de tout ça, en plus, organisent le tri des élèves. C'est-à-dire qu'ils favorisent la sélection et le tri en permanence des élèves.
Et donc, pour être concrète dans cet objectif que tu as pointé et que je partage, qui est de lutter contre la ségrégation, contre le séparatisme scolaire qui est aussi un séparatisme social, je vais faire une proposition concrète. Mais d'abord, pour aller dans ton sens sur le constat, peut-être dire deux chiffres qui, pour moi, résument l'état dans lequel nous sommes, enfin, là où on en est arrivés. 72% des élèves de l'enseignement professionnel considérés comme une école de la relégation, ce qui est quand même un grave problème, il faudrait qu'on ait une ambition un peu différente pour notre enseignement professionnel, mais il est néanmoins considéré comme une école de la relégation.
Eh bien, 72% des élèves sont des enfants d'oubriers, d'employés et de chômeurs. En classe préparatoire aux grandes écoles, plus d'un étudiant sur deux est enfant de 4 sup contre 5% qui sont des enfants d'ouvriers. Et alors, une fois que j'ai dit ça, le plus incroyable, c'est quand on regarde à qui on donne le plus d'argent public. Eh bien, on donne plus d'argent public aux enfants qui sont dans les classes prépa, par élève. Et c'est là où on se dit vraiment, on marche absolument sur la tête. Donc, il y a bien un état stratège qui doit piloter et réorienter l'affectation de cet argent public.
Et je voudrais dire aussi au passage que dans cette ségrégation, pour l'avoir vu de mes yeux vus, mon fils est né, je pense à lui parce que j'ai cette scène qui m'a tellement marquée. Moi, j'habite un quartier populaire en Seine-Saint-Denis et il a, quand il est rentré en 6e, j'ai eu un choc dans la classe de 6e, c'était une REP plus et le décalage entre la classe qu'il avait par rapport à la primaire, c'était immédiat.
C'est-à-dire que les phénomènes de contournement de la carte scolaire, tous les parents qui avaient foutu leur gamin dans le privé pour éviter d'être là et de voir, y compris, combien d'élèves étaient racisés dans sa classe en 6e par rapport à ce qu'il y avait, pourtant, je n'avais pas changé de quartier, en primaire, c'est flagrant, c'est immédiat, ça se voit et on se dit qu'il y a quelque chose quand même qui tourne absolument par rond. Et donc, je veux faire une proposition concrète. Je pense qu'il faut supprimer les REP, tout simplement. Il faut les supprimer. Il faut arrêter cette labellisation et cette stigmatisation des REP. Les REP, elles ont été créées il y a...
Je vais vous dire, on va remplacer par quelque chose, détendez-vous. Les REP, elles ont été créées il y a 40 ans et c'était justement l'idée qu'on allait donner plus de moyens aux établissements qui étaient en difficulté. Qu'est-ce qui s'est passé au fil des années depuis 40 ans ? D'abord, on leur a donné de moins en moins de moyens, ce qui fait qu'aujourd'hui, ce n'est pas vrai que ça compense. C'est faux. Entre-temps, on a stigmatisé ces établissements, ce qui fait qu'il y a des logiques de contournement de la part des parents et qu'il y a aussi des logiques de contournement de la part des enseignants qui ne veulent pas aller là-dedans dans ces établissements qui sont ciblés.
Eh bien moi, je pense qu'il faut sortir de la logique REP et partir d'un indice dont on a beaucoup parlé aujourd'hui, j'ai écouté les débats là depuis midi et demi, c'est l'IPS, c'est-à-dire l'indice de position sociale. Et ça, ça doit être notre point clé pour financer l'ensemble du système scolaire. C'est l'IPS et pas un label qui est réservé que aux quartiers populaires parce que c'est ça la réalité. Les REP, c'est que pour les quartiers populaires. En RICAT ou Stanislas, ils n'ont pas un label pour savoir que eux, pourtant, c'est essentiellement des élèves qui sont favorisés, qui font dans ces établissements.
Et bien moi, je pense qu'à partir de l'IPS, on refonde tout et on fait en sorte que réellement, on ait une stratégie avec un pilote dans l'avion qui donne des moyens aux élèves qui sont dans ces espaces-là. Et je termine puisque je vois que mon temps est compté. Je veux juste dire que, je l'ai dit, la lutte contre le séparatisme social, le séparatisme scolaire, la question des discriminations, du racisme, je n'ai pas le temps d'en parler, mais du sexisme aussi, tout ça, eh bien, il ne faut pas avoir au sommet de l'État des gens qui sont, pour ce séparatisme, qui sont racistes, qui sont, sectés sont favorables à une politique de classe.
Et donc, si on est sérieux, je veux juste dire ici que si on est sérieux avec ce que je viens de dire, et vous avez l'air de le partager, ça veut dire que la première étape pour répondre à la question que tu poses, c'est d'avoir le rassemblement de la gauche et des écologistes en 2027 pour se donner les moyens mais de faire vivre l'égalité concrètement.
Merci à vous, Mme Autain, pour ce message rempli d'espoir et de rassemblement. Je pense que c'est aussi un très important, surtout au niveau des REP, ça fait 30 ans qu'on est des REP, je comprends que si au bout de 30 ans, on n'est plus vraiment une priorité, sinon ce serait longtemps que ça serait réglé. On va passer au dernier sujet, environnement et écologie populaire. Pour ça, on a Aïssatou, qui est responsable associative locale à Trappes, je suis pour une association qui s'appelle Planète Rappes. T'as écouté Aïssatou.
Bonjour à tous, moi je m'appelle Aïssatou et je suis la présidente de l'association Planète Rappes. Donc moi je suis née à Trappes, à l'hôpital de Trappes, j'ai déménagé trois fois dans le même quartier, donc je suis une vraie trappiste. J'ai fait mes études toute ma vie à Trappes jusqu'au bac. J'ai été au collège Le Village d'ailleurs et des vagues souvenirs que j'ai de mes études, enfin de mes années scolaires sur l'écologie, c'était juste par exemple la journée pour la planète. On faisait des dessins et on décorait les écoles avec ces dessins-là ou par exemple on faisait des ramassages des déchets dans les quartiers.
Mais on n'a jamais eu de message clair et surtout profond sur ce que ça représentait de ramasser ces déchets, de trier, de respecter la planète. Et donc j'ai grandi, je me suis développée et par la force de la nature je suis arrivée en école d'infirmière. Donc je suis arrivée en école d'infirmière et là ça m'a bouleversée. J'ai appris énormément de choses, énormément de pathologies et il y a énormément de choses qui me perturbaient parce que je voyais que sur beaucoup de maladies il y avait les mêmes facteurs qui revenaient. La pollution, la mauvaise alimentation, plein de choses comme ça qui revenaient sur plein de maladies. Les cancers, le diabète, l'hypertension, etc.
Et je me suis dit mais moi c'est bien je veux sauver les gens. J'ai fait des stages et j'ai réussi parfois à aider les gens à avoir la guérison. Mais j'aimerais bien faire en sorte que ces personnes-là ne tombent pas malades parce que les facteurs de risque que je vois c'est des facteurs qui peuvent être évités. Et donc je me suis dit comment je pourrais au-delà de soigner les gens contribuer à leur santé et me sentir utile. Donc grâce à la mairie Trapp on a eu une formation on a été 25 jeunes on a été formé par l'association dans le climat et je me suis dit ok là j'ai aussi appris plein de choses et j'ai directement fait le parallèle avec mes études.
J'ai vu que par exemple en 2023 il y avait 50 1000 nouveaux cas de cancer en France. Je me suis dit mais c'est dû à quoi ? Et j'ai fait des recherches et j'ai vu que plus la pollution augmente et plus il y a de nouveaux cas de cancer. Donc je me suis dit là en fait il faut qu'au lieu de soigner les gens j'arrive à faire en sorte que je puisse sensibiliser mes patients pour faire en sorte qu'ils ne soient pas là à l'hôpital. Je ne veux pas les soigner moi. Je n'ai pas envie de les soigner. C'est ça. Et donc j'ai fait des recherches et j'ai trouvé la formation des co-infirmières.
Cette formation-là que j'ai découvert je l'ai découvert toute seule ça m'a aussi frustrée parce que je me suis dit pourquoi jamais personne ne m'a parlé de ça ? Je me suis dit pourquoi on ne met pas en valeur ces métiers-là de métiers durables et de métiers verts pour que les jeunes aussi puissent s'intéresser par ça et comment on fait pour que dès l'enfance les jeunes soient sensibilisés et formés et puissent un jour se dire ok moi je veux faire par exemple de la finance mais de la finance durable.
Je veux travailler mais avoir un bon métier un métier qui me plaît mais en même temps avoir une conscience écologique et me dire que ce que je fais ça ne contribue pas juste à ça ne contribue pas juste à détruire la planète. Je veux être quelqu'un d'irresponsable et quelqu'un d'engagé. Et donc la question que je vous poserais ce serait comment est-ce qu'on met ces métiers-là en valeur comment est-ce que dès l'enfance on éduque les enfants à ces questions-là et comment on fait en sorte qu'ils se sentent concernés et qu'ils prennent leur place dans la transition écologique.
Monsieur Lucas sur cette question écologiste c'est super important qu'elle la pose je pense que moi au niveau du milieu populaire on est le plus grand écologiste il n'y a pas plus écologiste que nous. Du coup on fait comment pour répondre à cette question-là.
Je vous remercie parce que c'est le hasard du tirage au sort qui fait qu'on termine par cette question et pourtant elle est centrale. Je ne sais pas quel âge vous avez mais je pense qu'on est à peu près de la même génération. Nous sommes la première génération dans l'histoire qui vit à peu de choses près une génération je précise qu'une génération c'est 20 ans ça va ? Ça va ? Nous sommes tous dans cette salle les premières générations si vous voulez génération sans mauvais jeu de mots pour génération le mouvement politique mais qui qui avons la certitude que nous allons vivre concrètement dans notre quotidien les effets du réchauffement climatique et l'extinction de la biodiversité.
Ça change tout ça change tout c'est le plus grand défi de l'histoire de l'humanité et c'est celui qui amplifie tous les autres parce que les plus précaires ceux qui vivent dans les passoires thermiques ceux qui vivent dans les quartiers les plus pollués à proximité des périphériques des rocades des autoroutes mais aussi ceux qui sont dans les collectivités les plus pauvres dans lesquelles on ne peut pas forcément rénover toutes les écoles et qui donc vont en souffrir tous ceux-là sont les premières victimes du réchauffement climatique de ces conséquences en termes de pollution vous l'avez rappelé donc c'est vraiment parce que l'école elle est ça a été dit ce matin par d'autres ou en début d'après-midi l'école elle est aussi le reflet de ce qui se passe dans la société et j'y reviendrai après on a une école qui a été pensée structurée il y a des décennies et on a fait des réformes parfois bonnes souvent mauvaises avec des objectifs mais au fond on n'a pas transformé ces dernières décennies les objectifs de l'école ce que François disait tout à l'heure on a beaucoup abordé la question des moyens qui est centrale avant d'aborder la question des finalités des objectifs de l'école et donc la question écologique la question du climat que vous posez la question de je ne vais pas dire la sensibilisation parce que je crois qu'on est la génération la plus consciente de ce qui est en train de se passer parce qu'on le vit je prends l'exemple des chiffres à l'époque de mes parents ou de mes grands-parents il y avait 7 journées de forte chaleur par an au maximum mon fils qui va avoir un an il aura en 2030 quand il aura 6 ans qu'il sera à l'école il aura au moins 20 jours de forte chaleur par an ça changera complètement ses conditions de scolarité parce que quand vous ne pourrez plus sortir dans la cour de l'école des journées entières pour aller à la récré quand même parfois vous ne pourrez plus aller à l'école parce qu'on a du retard énormément sur le bâti scolaire et j'ai lu le travail de mon collègue Arnaud Bonnet à l'Assemblée nationale sur ce sujet et qu'il y a des écoles moi j'en vois dans ma circonscription qui sont neuves qui ont été construites c'est souvent des collectivités de droite c'est même exclusivement des collectivités de droite quand vous avez des maires qui a 4-5 ans encore construisaient des écoles où on ne peut pas faire cours on est obligé d'installer des climatiseurs quand il y a une canicule ça montre aussi la déconnexion d'un certain nombre d'élus et de décideurs politiques avec la réalité de ce qu'on vit et avec la réalité des conditions d'études de nos gamins donc on est dans cette réalité-là il y a beaucoup de choses à faire je ne veux pas faire de la redite sur ce qui a été dit mais j'ai parlé bâti scolaire l'adaptation on ne peut pas avoir des écoles qui aujourd'hui sont des passoires thermiques sont des bouilloires thermiques sont des espaces dans lesquels il y a des cours bétonnés et donc Chalut de ce point de vue-là le travail de beaucoup de maires écologistes et de gauche à travers toute la France pour végétaliser les cours d'école et faire baisser la température de 4 ou 5 degrés et parfois en plus pour des enfants qui vivent dans nos quartiers populaires dans des immeubles sans jardin sans espace vert parce qu'effectivement on a des choix de municipalités qui ont décidé qu'en fait les arbres les bancs l'accès à la beauté à la nature c'était réservé au centre-ville ou aux plus riches dans les zones pavillonnaires mais qu'en quartier populaire vous n'aviez pas le droit à la végétalisation vous n'aviez pas le droit à la beauté et bien parfois la cour de l'école c'est le seul endroit où on est en extérieur et où on peut profiter de l'extérieur quand il y a de la végétalisation et donc un grand merci et un grand bravo aux élus qui s'engagent dans ces politiques-là partout à travers le pays ça c'est la première chose il y a François parlait tout à l'heure l'éveil à la sensibilisation à la beauté de nos paysages qui précède souvent l'engagement écologiste la découverte de la faune de la flore la découverte de ce qui fait qu'on a envie à un moment donné de se promener dehors et pas de se retrouver entre les balles des chasseurs mais c'est un autre débat tout ça tout ça s'apprend quand on a l'occasion de pouvoir s'évader partager et François a totalement raison quand il dit on ne peut pas demander aux gens d'aimer leur pays d'être conscients de l'environnement dans lequel ils vivent s'ils ne peuvent pas accéder aussi à autre chose et on parlait d'inégalité moi j'ai été frappé j'ai été assistant d'éducation le jour de la rentrée scolaire à 8h du matin vous posez une question qui va vous couper la classe en deux enfin la question que se posent les enfants eux-mêmes c'est toi t'as fait quoi pendant les vacances et là la classe se coupe en deux entre ceux qui ont pu partir qui ont des choses à raconter qui ont développé un imaginaire qui du coup seront très doués en histoire en géo parce qu'ils comprendront ce que c'est une montagne la mer une vallée etc qu'ils auront développé un imaginaire ils se seront reposés l'esprit et ceux qui n'ont pas pu partir et on voit en plus que ça a un impact sur les violences intrafamiliales sur le sentiment de solitude sur le sentiment de relégation d'abandon etc etc et donc ça c'est une question centrale parce que l'école c'est trois choses l'école c'est les moyens on est beaucoup revenus aujourd'hui on ne peut pas faire mieux avec moins de ce point de vue là il y a eu une bataille budgétaire en ce moment à l'Assemblée nationale jeudi la trajectoire qui nous est proposée une trajectoire terrible pour l'école publique une trajectoire d'inégalité de reproduction des inégalités où on donne plus on donne plus d'argent public aujourd'hui et ça a été dit par d'autres on donne plus d'argent public aujourd'hui à ceux qui sont déjà les plus favorisés à ceux dont on sait dès le jour de la naissance tu le disais Olivier qu'ils auront leur bac parce qu'ils ont le patrimoine culturel parce qu'ils ont les parents qui parlent la langue qui peuvent les aider qui ont accès à des livres à des bibliothèques on leur donne plus d'argent public en réalité au fur et à mesure de leur parcours scolaire qu'à des gamins qui ont besoin pour qui l'école est la seule source de salut pour s'en sortir pour s'émanciper pour devenir des citoyens qui ensuite pourront conquérir leur liberté et leur autonomie donc il y a de ce point de vue là des choses à transformer radicalement et c'est ma proposition parce qu'on est plusieurs à réfléchir sur ces questions depuis longtemps et je le disais ça fait 50 ans que l'école allait penser de la même façon avec des cours qui durent 50-55 minutes un enseignant derrière un bureau et on a adapté des choses et on a fait des choses bien moi je pense qu'il y avait des réflexions sur les rythmes qui étaient indispensables mais on reste finalement dans le même cadre et je me faisais la réflexion en parlant à quelqu'un que vous connaissez bien qui est là qui parle beaucoup de 6ème république en disant mais est-ce qu'on ferait pas la 6ème république pour l'école nous on veut une constituante pour dire c'est aux citoyens dans leur intégralité de dire quelles institutions ils veulent pour savoir comment ils vont reprendre le pouvoir la maîtrise de leur destin individuel et collectif pourquoi on ferait pas pareil pour l'école pourquoi est-ce qu'on mettrait pas sur pause on fait des réformes tout le temps chaque ministre de l'éducation qui arrive et Jean-Claude disait tout à l'heure il y en a eu 7 depuis 2022 il arrive il veut la réforme avec son nom pour dire j'ai fait quelque chose et on a même pas le temps d'appliquer cette réforme qu'elle est déjà remise en cause par une autre et on épuise les personnels éducatifs on épuise les familles dans une même famille vous avez 3 enfants s'il y a 3-4 ans d'écart entre les 3 enfants vous avez 3 systèmes scolaires différents en réalité auxquels ils ont été confrontés donc il n'y a même pas d'entraide intergénérationnelle qui peut se faire de ce point de vue là on met ça sur pause on abroge parcours sub d'abord on revient sur un stomp d'horreur fait par Blanquer d'abord et après on fait pause et on fait pas une convention citoyenne à la Macron pas un truc on demande aux gens leur avis puis après on fait autre chose non on prend un temps de plusieurs mois dans ce pays on réunit autour de la table les experts de la santé de nos enfants de la façon dont leur cerveau se développe des experts de toutes ces technologies qui aujourd'hui percutent complètement la façon dont on enseigne on ne dira pas ah c'est pas bien les écrans et les algorithmes oui c'est pas bien mais enfin ils sont là aujourd'hui tous les élèves ont ça dans la poche au lycée on ne l'empêchera pas on ne va pas faire une politique pour dire l'école c'était mieux avant non c'était pas mieux quand les filles et les garçons étaient séparés c'était pas mieux quand les profs pouvaient fumer en classe c'était pas mieux quand on pouvait infliger des sévices corporels enfin pardon ce fantasme de l'école d'antan où en plus la reproduction des inégalités était encore plus forte qu'aujourd'hui n'a pas de sens on met sur pause ces experts les élèves les parents les familles ce qu'on appelle l'alliance éducative les fédérations d'éducation populaire les associations tous ceux qui font vivre aussi à bout de bras la réussite scolaire de nos gamins les enseignants évidemment les personnels éducatifs administratifs de direction d'encadrement et on se pose sur ce que disait François tout à l'heure quel est l'objectif de l'école à l'heure du réchauffement climatique et de l'extinction de la biodiversité quel est l'objectif de l'école à l'heure où la science est attaquée par des obscurantistes partout à travers le monde l'école ne peut pas être neutre l'école la politique s'arrête pas à l'entrée de l'école elle y est rentrée parce que vous avez des gens qui a longueur de journée à la télévision dans les journaux sur les réseaux sociaux s'attaque à la science s'attaque à la vérité s'attaque à la santé regardez ce qui se passe j'ai lu le travail de mon camarade Arthur Delaporte sur les influenceurs on a des choses délirantes et donc il faut que l'école elle soit armée face à ça il faut que l'école elle puisse répondre à ça on fixe ces objectifs là et après on décline des moyens une trajectoire tous ensemble et on se dit qu'après comme ça pendant 30 ou 40 ans on n'est plus obligé de faire une réforme tous les 6 mois
merci on peut vous applaudir déjà dans un premier temps je vais inviter tout le monde à rester sur scène voilà j'espère que cet événement cet échange a été bénéfique on va être dans cette lignée là dans cette promesse de trappe on peut appeler ça comme ça et si vous obtenez le pouvoir je vous souhaite en tout cas qu'on puisse travailler dans cette ligne là et qu'on puisse répondre à tous ces problèmes
Marine Tondelier