Législatives, « purge » à gauche, mesures du Nouveau Front populaires… Marine Tondelier est l’invitée de ce 15 juin 2024
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bonjour, je suis Thomas Soto et vous écoutez Les 4V, un podcast de France Télévisions. Bonne écoute. Bonjour à tous, bienvenue dans Les 4V. Marine Tondelier, vous avez donc signé cet accord pour un nouveau front populaire hier. On va revenir dans le détail justement sur la répartition des circonscriptions sur le programme. Mais d'ores et déjà, Jordan Bardella vous désigne comme son principal adversaire. Qu'est-ce qui vous fait dire que vous pourriez gagner ?
Je lui confirme que nous sommes ses principaux adversaires, puisqu'Emmanuel Macron, on n'a pas bien compris l'origine et le but de sa dissolution. Mais on voit bien qu'au bout de 4 jours, ce qu'il ne pensait pas possible, c'est-à-dire le fait que nous travaillions ensemble au sein du Front populaire et que nous concluons cet accord, s'est produit. Et donc il est au bout de 4 jours 10 points derrière nous dans les sondages. Donc ça montre bien que le mot majorité présidentielle n'a plus de sens et que cette majorité présidentielle est en sursis. Et nous sommes à un point du Rassemblement national, alors que nous sommes partis en campagne il y a 4 jours.
Et donc on voit bien cette dynamique qui s'est installée, qui doit maintenant dépasser très largement les partis politiques. Le Front populaire doit devenir vraiment populaire, c'est-à-dire ne pas être une alliance de partis politiques, mais les syndicats doivent s'en emparer. Nous allons manifester tout à l'heure Place de la République avec eux. Les associations doivent s'en emparer, la société civile et puis bien sûr tous les habitants de ce pays. Rejoignez-nous, on a besoin de vous. C'est le moment de faire changer la vie. Vraiment, c'est votre moment en réalité.
Alors il y a un contrat de législature qui a été mis en place concrètement. Par exemple, financièrement, vous proposez d'augmenter le SMIC à 1 600 euros net, indexer tous les salaires sur l'inflation, bloquer les prix sur les produits de première nécessité. Du côté de la majorité, le programme que vous mettez en avant a été chiffré selon eux à plus de 286 milliards d'euros. Comment vous financez ça ?
Leur bilan à eux a été chiffré à 9 millions de pauvres et un peu plus de pauvres chaque jour. Donc moi, je ne prends pas de leçon de cynisme des macronistes. Je pense que tout leur bilan, leur mépris, ce qu'ils sont en train de faire, les invite en réalité à l'humidité, leurs résultats électoraux aussi d'ailleurs.
Mais comment vous financez cela ?
On le finance en faisant l'inverse d'eux. C'est-à-dire qu'eux, ils font Robin des Bois à l'envers. Ils ne touchent pas aux plus riches, ils prennent aux plus pauvres. Nous, on va tout simplement faire l'inverse. Mais c'est normal en fait que les gens nous demandent comment vous allez financer, est-ce que c'est sérieux ? Mais je vous rappelle quand même que ce gouvernement, pourtant constitué de banquiers, de gens très respectables, très sérieux soi-disant, la dette n'a jamais été aussi importante dans ce pays que depuis qu'ils le gouvernent, que nous avons été déclassés par les marchés. Et nous, nous allons faire attention à ça. Peut-être même plus qu'eux. Peut-être même plus qu'eux.
Parce que nous n'allons pas refuser d'aller chercher l'argent là où il est, dans les super profits qu'il faut taxer. Je ne parle même pas de personnes. Des fois, on dit peut-être que les gens qui gagnent beaucoup d'argent, ils le méritent. Mais quand ce sont des super profits, c'est-à-dire des gains dus à la guerre, à la crise Covid, à la crise énergétique, qui font que tout d'un coup, quelqu'un qui fait le même travail qu'avant, gagne beaucoup plus d'argent, c'est juste logique d'aller le chercher pour financer de la répartition sociale. Ça s'appelle la justice, tout simplement, la justice.
Ce contrat de législature prévoit de booster et d'encourager le développement, par exemple, de la filière des énergies renouvelables. Mais il n'y a pas un mot sur le nucléaire. Est-ce que vous avez mangé votre chapeau pour obtenir des postes de députés ?
Vous me connaissez. Je pense que ce n'est pas trop mon genre. Les écologistes restent des écologistes. Toujours. Comptez sur nous. Mais ce qui se passe, c'est qu'on a écrit un contrat pour 100 jours et un contrat de législature pour 2 ans. En 2 ans et encore plus en 100 jours, vous ne fermez pas une centrale nucléaire en 2 ans. Ce n'est pas vrai. Et vous n'en ouvrez pas non plus. D'ailleurs, quand Emmanuel Macron vous propose des EPR, on voit bien que c'est pour 2040, 2045. Et donc l'urgence, là, c'est de déployer le renouvelable. C'est de déployer le renouvelable. C'est ça que nous devons faire en 2 ans.
Et si nous le faisons, non seulement nous n'avons pas forcément à ouvrir de nouvelles centrales nucléaires que nous n'arriverons pas à construire ni à financer. Deuxièmement, c'est beaucoup plus économe pour les finances publiques. Troisièmement, c'est plus efficace pour résoudre la crise énergétique parce que c'est maintenant. Et c'est la même chose pour la crise climatique. Les accords de Paris nous engagent avec des résultats pour 2030. Donc des EPR qui vont ouvrir en 2040 ne nous sauveront pas. Voilà. C'est là-dessus que nous nous sommes mis d'accord et j'en suis très heureuse.
Toutes les interrogations n'ont pas été élevées, notamment qui ira à Matignon si ce nouveau Front populaire emporte ses élections législatives ? Est-ce que vous-même, vous vous sentez capable, comme c'est le terme qui est employé par plusieurs de vos partenaires, capable de devenir Première ministre ?
Franchement, la question ne se pose pas comme ça. On a construit depuis 4 jours un collectif. C'est à ça que je tiens. Un collectif. Et c'est pour ça que je ne vais pas participer au défilé des gens qui, tous les matins, se déclarent candidats au poste. Pour moi, les choses sont claires.
Vous ne l'excluz pas ?
Pour moi, les choses sont claires. On voit comment le gouvernement se dessine, en fait, progressivement. Mais il est trop tôt pour dire qu'il sera Premier ministre. Et je vais vous dire pourquoi. Moi, par exemple, j'ai un avis. Je regarde les uns, les autres. J'ai dit, tiens, oui, peut-être. Et puis, on a tous des avis. On est tous en train de réfléchir. Mais pour moi, chaque jour de cette campagne, chaque jour de cette campagne, les actes des uns et des autres, les mues que nous sommes en train d'opérer chacun, dessinent celles et ceux qui, potentiellement, seront capables ou pas. Et donc, chacun va devoir faire ses preuves. C'est comme ça, la politique.
Jean-Luc Mélenchon, dont on parle beaucoup, est-ce que pour vous, c'est une ligne rouge ? Oui ou non ?
Je pense que si tout le monde met des lignes rouges, on s'en sort pas. Donc, c'est pas comme ça que moi, je participe. Moi, je suis à une table. Je discute avec les gens. J'ai compris que c'était une ligne rouge pour certains. J'ai compris que lui-même s'était mis quand même un peu en retrait sur ce sujet. Pour moi, le sujet s'est résolu un peu de lui-même sur Jean-Luc Mélenchon. Mais il n'y a pas de raison de mettre Doukaz. Il n'y a pas de raison de dire si c'est pas lui, je m'en vais. Si c'est lui, je m'en vais. Ce n'est pas comme ça qu'on doit travailler.
Alors, très concrètement, maintenant, chaque parti qui a obtenu des circonscriptions les répartis entre ses différents candidats. On a appris cette nuit qu'il y avait une sorte de purge à la France Insoumise, puisqu'il y a des députés sortants.
C'est pas une sorte. Je pense que c'est une purge.
Comme Alexis Corbière, Raquel Garrido, qui ne seront pas investis par la France Insoumise. Clairement, il paye le fait d'avoir critiqué Jean-Luc Mélenchon il y a quelques mois. Comment vous réagissez à cela ? Est-ce que vous-même, vous allez quand même les soutenir ?
Je pense que c'est une erreur. Je le dis comme ça. Je pense que c'est assez ridicule, par ailleurs, au vu des enjeux qui sont les nôtres. On aura peut-être un premier ministre d'extrême droite dans trois semaines et on fait tout pour que ce ne soit pas le cas. Mais tout nous invite au sérieux, à la décence et à l'intelligence. Et donc, moi, j'ai appris ça cette nuit. J'étais extrêmement choquée. Et je vous le dis, j'ai convoqué des instances ce matin pour pouvoir en discuter avec les écologistes et que nous voyons quelle suite a donné à cela. Mais je ne vois pas pourquoi nous ne soutiendrions pas des candidats qui sont des sortants.
Quand on a discuté avec tout le monde, il a toujours été clair que tous les députés sortants de nos forces politiques respectives seraient soutenus par le Front populaire, hormis des cas très précis, parce qu'il y aurait eu des VSS ou des affaires judiciaires.
Vous en parlez. Adrien Quatennens, par exemple, dans le Nord, est investi par la France Insoumise. Au seul titre de la France Insoumise, mais Adrien Quatennens est investi.
Oui, mais ils font l'inverse. C'est-à-dire que nous, on a investi tous les sortants, sauf un cas particulier de violences sexistes et sexuelles. Eux, ils font l'inverse. Et ça, je vais vous dire, ça n'est pas possible. Et donc, je vais en discuter avec Olivier Faure. Je vais en discuter avec Fabien Roussel. Parce que je pense que les candidats dont vous venez de parler, qui sont des sortants, qui ont beaucoup travaillé, alors qu'il peut y avoir des divergences internes. Je suis moi-même des fois des divergences internes avec certains candidats écologistes. Mais ce n'est pas comme ça qu'on fait en politique. On compose. Et donc, je souhaite qu'il soit soutenu.
Et je pense que c'est tellement une erreur, je vais vous dire, que je pense que ça n'ira pas jusqu'au bout. Et qu'on est au moment où chacun doit montrer qu'il est capable de gouverner. Et pour moi, être capable de gouverner, c'est quand on fait une erreur, quand on tente un truc et que tout le monde vous dit que ce n'est pas ça qu'il faut faire, c'est être capable aussi d'admettre que c'est une erreur, de ne pas le faire. Et s'ils le font quand même, nous, je pense, devons soutenir Raquel, Alexis, Daniel Simonnet, les autres candidats qui ne sont pas réinvestis par la France insoumise.
Est-ce que vous-même, vous serez candidate à ces élections législatives ?
Je me suis beaucoup posé la question parce que j'ai été trois fois candidate à Élimbeaumont, la ville où je suis né, la ville où j'ai grandi, la ville où j'habite. Je suis encore élue d'ailleurs là-bas et puis au Conseil régional des Hauts-de-France. Mais les choses sont simples, c'est la circonstruction Marine Le Pen est candidate. Donc il faut faire une campagne tous les jours. Et vous voyez bien que là, depuis dimanche soir, je n'ai pas eu le temps de rentrer chez moi. Je vais rentrer tout à l'heure après la manifestation. Et donc ce n'est pas sérieux pour moi de prétendre être candidate titulaire sur cette circonscription.
J'ai donc proposé, puis j'ai donné l'exemple, comme il fallait que chacun fasse un effort dans la négociation. J'ai proposé ma circonscription socialiste, mais je serai suppléante parce que je ne me voyais pas être candidate d'ailleurs. Et donc je serai au front aussi contre Marine Le Pen.
Très concrètement, on voit qu'Emmanuel Macron, ça fait moins d'une semaine qu'il a dissous l'Assemblée nationale. J'ai l'impression qu'il s'est passé énormément de choses depuis. Les propos d'Emmanuel Macron qui sont justement repris par l'une de nos concerts dans le monde. Il y a quelques jours à Oradur-sur-Glane, il aurait dit à quelqu'un qu'il interrogeait sur le centre de cette dissolution, qu'il lui demandait si ça allait bien vu le contexte. « Je prépare ça depuis des semaines, je suis ravi, je lui aurais balancé ma grenade dégoupillée dans les jambes. Maintenant, on va voir comment il s'en sort, aurait dit le chef de l'État. » Comment vous réagissez à ça ?
C'est une honte. Oradur-sur-Glane, c'est 643 morts, des hommes, des femmes, des enfants, qui le 10 juin 1944 sont assassinés par les hommes dans des circonstances terribles. Je rappelle quand même qu'ils ont été séparés entre les hommes, les femmes et les enfants, et que les hommes, on leur a tiré dessus pour mettre le feu ensuite au corps, mais on leur avait tiré dessus dans les jambes, exprès, pour qu'ils brûlent vif et non pas pour brûler leur corps.
Je ne sais pas si vous imaginez le cynisme d'un président, qui est en plus là pour se recueillir parce que c'est le 80e anniversaire de ce massacre, quelqu'un qui donne des leçons à lui, il peut gouverner, lui il ne peut pas gouverner, lui il est sérieux, lui il n'est pas sérieux. Mais quel cynisme ! Je vais vous dire, si n'importe quel autre candidat au législatif de France avait dit ce qu'a dit Emmanuel Macron, on ne parlerait que de ça depuis des jours, on exigerait sa démission. Et donc la moindre des choses, c'est qu'il s'excuse, qu'il s'excuse vite, parce que le cynisme et les calculs électoraux n'excusent pas tout.
Et je vois qu'en tout cas, il était très fier de son idée le 10 juin dernier d'avoir 10 sous. Je ne sais pas s'il est aussi fier que ça arriver aujourd'hui, alors que nous sommes 10 points devant lui après 4 jours de discussion. J'attends la fin de cette campagne avec impatience. Nous devons avoir un Premier ministre du Front populaire pour faire face à Emmanuel Macron.
Merci Marine Tondelier d'être venue dans les 4 V ce matin. Merci à vous.
Merci à tous les deux Marine Tondelier qui ne sera donc pas candidate titulaire à Hénin-Beaumont. Par ailleurs, elle dénonce une erreur ridicule à LFI qui a choisi de ne pas donner l'investiture à Raquel Garrido, Alexis Corbière ou encore Daniel Simonnet. Elle va convoquer Marine Tondelier. Les instances de son parti pour en discuter. Elle se dit prête à soutenir ses députés sortants. Voilà pour quelques-unes déclarations politiques. Et merci à Fabrice Penaud qui a traduit cette interview en langue des civils.
C'était Les 4 V, un podcast de France Télévisions. S'il vous a plu, n'hésitez surtout pas à vous abonner. Vous pouvez également retrouver tous les replays en vidéo sur france.tv.
Marine Tondelier