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AutreFrance Culture — Affaires étrangères (sur Site radio)· 6 janvier 2024 59 minContradictoireMixte

6 janvier 2024 : la campagne présidentielle et le traumatisme américain

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Présentateur

Maintenant, j'ai le plaisir de passer le témoin à Christine O'Krent pour Affaires étrangères. France Culture, Affaires étrangères, Christine O'Krent. Bonjour et mes meilleurs voeux à vous tous. En ce 6 janvier, au début d'une année qui sera scandée par les péripéties de la campagne présidentielle américaine, rappelons-nous cet autre 6 janvier en 2021, l'assaut furieux lancé contre le Capitole à Washington par des partisans de Donald Trump chauffés à blanc, niant comme lui sa défaite électorale face à Joe Biden et tentant jusqu'au bout d'en inverser le résultat. Trois ans plus tard, le traumatisme demeure et il est profond. Jamais le débat public américain n'est apparu aussi radicalisé.

les fractures partisanes, culturelles, générationnelles, autant à vif. Voilà donc face à face à nouveau Donald Trump, 77 ans, et Joe Biden, 81 ans. Le premier promet l'enfer à tous ses ennemis et offre la vengeance à tous ses élateurs. Le second l'accuse d'entretenir la violence politique aux dépens de la démocratie et cherche à se prévaloir de bons résultats économiques. L'échéancier politique des deux grands partis va s'enclencher comme d'habitude dès le 15 janvier dans l'Iowa. Côté républicain, ce sera la première mesure sur le terrain de l'avance prise par Trump sur ses concurrents. Une avance considérable d'après les sondages. Mais le calendrier le plus crucial sera d'ordre judiciaire.

Le candidat Trump, poursuivi pour 91 infractions présumées, doit comparaître dans quatre procès au pénal. Pourrait-il devenir inéligible ou pourrait-il être élu même en prison et se gracier lui-même ? Sa fonction antérieure lui accorde-t-elle l'immunité, malgré ses encouragements à l'insurrection de 2021 ? Deux états, le Colorado et le Maine, veulent l'empêcher de se présenter. Ce sera la Cour suprême de trancher et elle en discutera dès le 8 février prochain, un mois donc avant les primaires dans plusieurs états. Les neuf juges suprêmes, dont six conservateurs, s'engagent donc sur un champ de mines juridiques et politiques.

Quel serait le meilleur chemin pour restaurer la démocratie dans cette Amérique en proie à tant de convulsions ? C'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous, Anne Desin. Vous êtes professeure émérite de droit et de civilisation américaine à l'université Paris-Nanterre. Dans la même université, Elisa Schell, vous enseignez la science politique et vous êtes rédactrice en chef de la revue politique américaine.

J'ai le grand plaisir d'accueillir Philippe Etienne, ancien ambassadeur de France aux Etats-Unis, président du comité d'organisation du 80e anniversaire de la libération de la France, et Éric Chanet, conseiller économique à l'Institut Montaigne et président d'une société de consulting macroéconomique. Philippe Etienne, vous avez été quatre ans ambassadeur de France à Washington. Vous avez quitté ce poste en février de l'an dernier. Vous avez été deux ans le conseiller diplomatique du président de la République. Vous avez donc suivi de très près, et vous continuez de le faire, cette vague de radicalisation de la vie politique américaine dont on a du mal, je crois, à apprécier la violence.

La violence verbale, mais aussi les risques de violence tout court, de violence physique.

3:57
Invité

Oui, absolument, et merci d'abord beaucoup de cette invitation, et je suis ravi de me trouver avec ces trois collègues ici, sur ce sujet si important. J'étais à Washington, j'étais chez moi, le 6 janvier, il y a trois ans, et j'ai vécu cet événement, comme je crois, dans le monde entier, mais d'abord les Américains eux-mêmes, avec stupéfaction. Mais comme vous dites, c'est aussi la confirmation d'une radicalisation profonde dans la société américaine, qui se traduit aussi, et pas seulement le 6 janvier, par des actes de violence. Et puis, c'est aussi la transformation du paysage politique américain.

Il y a le niveau de la société, mais il y a aussi le niveau des partis, et notamment la transformation profonde du parti républicain. Le parti d'Abraham Lincoln, au départ, qui, ces dernières années, a abandonné toute l'appareil idéologique que lui avait donné Ronald Reagan, et encore George Zabell-Youbush, plus récemment. Un parti libéral qui est devenu un parti, en majorité, pas totalement, il y a bien sûr des républicains qui ne sont pas d'accord. en faveur de toute la politique défendue par Donald Trump. Donald Trump, d'ailleurs, n'a pas créé cette évolution. Il faut toujours rappeler que quand il est élu en 2016, il a en fait profité d'une tendance qui avait déjà commencé.

Bien sûr, il l'a amplifié. Puis vous avez rappelé son discours aujourd'hui. Donc voilà, c'est tout cela que j'ai vécu, en effet, pendant 6 années, 2 années à Paris, et 4 années à Washington. Et cette radicalisation est préoccupante.

5:45
Présentateur

Dès hier, le président Biden, en Pennsylvanie, a prononcé en fait son premier discours de campagne, un discours extrêmement vigoureux, où il a accusé son adversaire républicain. Il est à peu près certain que Trump sera le candidat républicain, même si des élections primaires doivent le valider. Et donc Biden l'accuse de menacer mortellement la démocratie et d'utiliser une rhétorique à connotation nazie. En effet, il suffit de se référer aux nombreux messages de Trump sur les réseaux sociaux et ses propres discours électoraux, où il parle de vermine, des immigrés qui empoisonnent le sang des Américains.

Il oublie d'ailleurs sa propre mère et deux de ses trois épouses, qui étaient des immigrés aussi. Philippe, comment comprendre que Biden lui-même, et évidemment, nous, ça nous choque, accuse en fait Trump d'être nazifié ?

6:53
Invité

Alors, je pense qu'il faut comprendre dans quelle position se situe Joe Biden actuellement. Il a toujours présenté sa première présidence dans son discours le jour où il a prêté serment quelques semaines après l'insurrection du Capitole. Il a dit qu'il voulait rétablir l'unité des Américains et il se battait pour l'âme des États-Unis. Donc, c'est quelque chose qu'il a dit de toute façon depuis le début. Mais là, il est poussé, y compris au sein de son propre parti où s'expriment des doutes sur son âge. Vous avez dit très justement, Christine, qu'il s'est exprimé avec vigueur. C'était ça aussi l'objectif de son premier discours de campagne.

Il aurait sans doute voulu entrer en campagne plus tard, parce que c'est très tôt, pour un président en activité. Il est aussi président des États-Unis. Donc, c'est une entrée en campagne qui doit convaincre. Qu'il doit convaincre, parce que pour l'instant, les sondages montrent, il est très bas dans les sondages, mais on est à un an de l'élection. Enfin, maintenant moins d'un an, mais c'est encore pour lui possible de remonter la barre. Mais il doit s'engager plus vite.

8:02
Présentateur

Et montrer qu'il n'est pas gâteux, pour parler.

8:04
Invité

Et montrer qu'il est vigoureux. Et puis, le deuxième objectif, c'est de montrer qu'il peut encore gagner sur son thème de 2020, qui est finalement, ou plutôt la modalité de 2020, qui est la mobilisation anti-Trump. Puisque c'est ça qui s'est passé en 2020, où il y a eu une énorme mobilisation. Trump a eu en 2020 plus de voix qu'en 2016, mais dans les États qui font la décision, parce que c'est la caractéristique de ce système, que tout est décidé dans cinq ou six États, et pas par les autres Américains, eh bien, les démocrates sont repassés devant, grâce à une extraordinaire mobilisation anti-Trump, face à une mobilisation pro-Trump.

Donc, rejouer cette carte, alors qu'il a beaucoup de mal sur l'économie et sur d'autres sujets, c'est aussi, sans doute, l'autre objectif qu'il poursuit avec ce discours à Valley Forge, un lieu symbolique de l'histoire des États-Unis, qui n'a pas choisi au hasard, lieu symbolique de l'histoire, mais aussi Pennsylvanie, l'un des États, l'État le plus important parmi les swing states, l'État qui fera le plus la décision.

9:07
Présentateur

Anne Désine, la décision, elle va dépendre d'abord de la Cour suprême, qui, encore une fois, on se souvient de 2000, et là, c'était W. Bush contre Al Gore, et c'est encore la Cour suprême à ce moment-là qui a en fait basculé, en quelque sorte, en faveur du candidat républicain.

Mais là, la Cour suprême a annoncé, dans la nuit, dans la nuit pour nous, que dès le 8 février, elle allait se saisir de la demande de l'État du Colorado, qui a, enfin, je vois déjà que vous francez le sourcil, donc je reformule, elle va se saisir du recours déposé par le Parti républicain du Colorado contre la décision de la Cour suprême du Colorado, d'empêcher Trump de figurer lors de la primaire qui aura lieu dans le Colorado pour le Parti républicain. Donc, expliquez-nous, s'il vous plaît, dans l'ordre, le rôle que va jouer la Cour suprême, il y a ce premier cas, il y en a bien d'autres.

10:19
Invité

Alors, effectivement, c'est un petit peu complexe, mais en premier point, je voudrais dire qu'il faut que l'on nuance ce que va faire la Cour suprême. La Cour suprême est consciente des risques de violence dont a parlé l'ambassadeur Etienne. Ils sont réels. Donc, quelque part, elle va essayer de décider, comme on dit en termes juridiques, à minima. Elle va essayer de prendre le point de droit ou même de procédure le plus étroit de façon à ne pas jeter dans la rue 50% de la population. Car si elle dit blanc, ce sera 50% de démocrate. Si elle dit noir, ce sera les autres. Donc, ça, c'est la première idée, le risque de violence. Un autre qui est sous-jacent, c'est la désinformation.

Car il faut se rappeler qu'il y a encore 60% des Républicains qui sont convaincus que Biden n'a pas été élu et que l'élection a été volée. Et qu'à cause de la pléthore d'actions en justice sur lesquelles je vais parler, il y a en fait de moins en moins de personnes qui considèrent que Joe Biden a été élu. C'est-à-dire que cette pléthore d'actions en justice est contre-productif pour les démocrates et pour Biden. Et le dernier point qu'il faut avoir en tête en passant en revue ses actions en justice, c'est le danger d'impunité. Si rien n'est fait, cela veut dire qu'un président à l'avenir peut refuser de céder le pouvoir, peut lancer ses troupes dans une insurrection.

et donc la Cour suprême va devoir équilibrer l'aspect juridique qui est de créer une jurisprudence car sur les points importants dont la section 3, il n'y a pas de jurisprudence, très très peu. La section 3 de l'article. Du 14e amendement. Du 14e amendement qui remonte à 1868 après la guerre de sécession. Donc équilibrer le juridique et le politique. Alors les affaires, il y en avait déjà 4. C'est-à-dire que Trump fait l'objet de 4 mises d'accusation au pénal. Et je ne parle pas du civil, tout le reste. Donc on va juste se concentrer sur le pénal. Il y en a 2 dans les Etats.

New York, c'est une affaire fumeuse parce qu'il a utilisé un peu d'argent de son avocat pour payer une actrice du porno. Ce n'est vraiment pas important. mais l'affaire de Géorgie, il y a des preuves, il y a des enregistrements que lui et ses petits camarades ont essayé de changer les résultats de Géorgie.

12:32
Présentateur

En disant trouvez-moi

12:33
Invité

11 248 voix. Exactement.

12:36
Présentateur

Même pas s'il vous plaît.

12:37
Invité

Alors en termes de calendrier, nous n'avons pas de date de procès. En revanche, en termes d'équilibre des pouvoirs, il ne pourrait pas se gracier parce que ce serait une condamnation s'il y a un jour condamnation au niveau de l'Etat. Et le droit de grâce et fédéral ne s'applique pas à cela. Donc ça, ce sont les deux procédures étatiques. Les deux dont on parle beaucoup en ce moment et surtout la première, celle qui a lieu à District of Columbia, donc dans la capitale fédérale, c'est celle qui porte sur l'insurrection. Sauf que le procureur, enfin le jury d'abord, puis le procureur ne mentionnent pas le mot insurrection.

Trump est inculpé, cas de chef d'inculpation, mais qui tourne autour de l'obstruction, obstruction à une procédure, etc. Et l'autre, privation de liberté et de droit, en l'occurrence, le droit de vote de tous ces gens qui ont voté Biden en 2020 et dont on voulait supprimer le droit de vote. Et pourquoi ne pas mentionner l'insurrection alors que son rôle est prouvé, me semble-t-il ? C'est factuel et c'est difficile et je pense que ça a été un calcul d'opportunité politique par le procureur spécial, peut-être le risque de violence dont je parlais, mais également, est-il sûr d'obtenir, par un jury populaire, l'unanimité nécessaire, beyond a reasonable doubt, au-delà d'un doute raisonnable ?

Et comme il n'est pas sûr, je pense qu'il a voulu jouer la sécurité. Mais ça ne simplifie pas la tâche dans l'autre affaire, l'affaire du Colorado. Mais juste pour finir, au District of Columbia, quand il a vu, quand Trump et ses avocats ont vu que le procès s'approchait, ils ont invoqué l'immunité. Le président jouit de l'immunité, il ne peut pas y avoir de procès. Donc la juge de première instance a bien réfléchi, elle a rédigé une longue opinion, elle a dit, mais vous ne jouissez pas de l'impunité, de toute façon, vous n'êtes plus président, et il y a quand même une jurisprudence.

Rappelons-nous, Clinton Jones, Clinton avait dit, je ne peux pas témoigner, je suis président, et la Cour suprême avait dit, si, si, vous pouvez témoigner. Donc voilà. Donc la première juge a dit, vous ne jouissez pas de l'impunité, et Trump a immédiatement fait appel. Alors, faire appel, ça veut dire que ça suspend la procédure, cela veut dire que la date du procès qui était prévue pour début mars, je m'y perds dans les dates, je crois que c'est le 6 mars ou le 9 mars, doit être retardée, car il faut attendre que la Cour d'appel se prononce. Et ça c'est bon pour lui,

14:55
Présentateur

dans l'impunité, c'est le 5 mars, qu'il y a le fameux Super Tuesday, où ont lieu énormément, dans beaucoup d'États,

15:04
Invité

les primaires du Parti républicain. Alors c'est surtout bon pour lui, parce que ça s'inscrit dans ses manœuvres dilatoires, et plus il retarde les procès, moins il a de chances d'être condamné avant l'élection.

15:14
Présentateur

Qui est le 5 novembre, il faut le rappeler.

15:16
Invité

C'est là que le procureur spécial a essayé de court-circuiter la Cour d'appel en saisissant la Cour soprême et en lui demandant d'agir en procédure d'urgence. Ce qu'elle avait fait dans US vs Nixon, mais ce qu'elle a refusé de faire là. Ce qui fait que l'affaire va être jugée par la Cour d'appel, mais la bonne nouvelle pour la démocratie et pour le procureur spécial, c'est qu'elle, elle a accepté de mettre l'affaire en priorité, et l'audience a lieu la semaine prochaine, le 9, l'audience de la Cour d'appel. La Cour suprême a refusé de se saisir, ce qui, alors on peut se dire, elle est du côté de Trump.

Ce que je pense moins, c'est qu'elle est très contente si la Cour d'appel rendait une décision disant qu'il n'y a pas d'immunité, ça éviterait à la Cour suprême de se trouver en première ligne sur la question de l'immunité. En revanche, elle va l'être... Donc, ça veut dire que

16:02
Présentateur

ce problème juridique fondamental serait réglé

16:07
Invité

au niveau de la Cour d'appel. Au niveau de la Cour d'appel, et ça suffit. C'est-à-dire qu'ensuite, Trump va faire appel à la Cour suprême et la Cour pourra dire... Non, parce que la Cour peut dire, moi je considère que la décision d'appel s'applique. Et donc, elle n'est pas en première ligne. Qui, nous en parlions, est sans doute la priorité du chief justice. Mais alors, je n'ai pas répondu sur l'insurrection. Vous me donnez une seconde ou non ? Une et demie. Une et demie. Alors, sur la question de l'insurrection, le rôle de la Cour suprême, c'est d'harmoniser le droit. Donc, elle va harmoniser, mais elle va harmoniser en prenant peu de risques.

Il est très possible qu'elle se défaut soit sur des questions de procédure, soit en disant il faut une loi de transposition du Congrès qui précise qu'il y a une insurrection, etc. Et donc,

16:50
Présentateur

on voit à quel point les considérations politiques l'emportent puisque même des États à grande majorité démocrate comme la Californie ont décidé de ne pas faire comme le Maine et le Colorado. Donc, on voit à quel point tout cela a commencé par la Cour suprême et même est intensément politique. Eric Chanet, on se souvient avec une certaine nostalgie de cette formule d'un conseiller de Bill Clinton à l'époque, c'était au siècle dernier, James Carville, si ma mémoire est bonne, qui disait « It's the economy, stupid ».

Et donc, est-ce que l'économie qui semble aller très bien à l'économie américaine, est-ce que cela peut avoir, est-ce que cela peut être un facteur déterminant dans cette élection de novembre prochain ? Vous avez raison, Christine, de dire que l'économie américaine va vraiment bien et quelles que soient les métriques qu'on utilise, le taux de chômage est en dessous de 4% depuis maintenant deux ans, à 3,2% et même quand on compte tous les gens qui ne sont pas officiellement comptés comme chômeurs, on arrive à 5%, ce qui en France serait un rêve presque inatteignable.

Les salaires, les salaires accélèrent après le choc inflationniste sur lequel on reviendra peut-être parce que ça a été quand même un traumatisme, je pense, pour les consommateurs américains et puis pour les travailleurs américains. Les salaires accélèrent fortement. Les derniers chiffres sont éloquents. Dans l'industrie manufacturière, qui est tellement importante pour Joe Biden qui cherche à la faire revivre, on est sur un rythme de 5% d'augmentation, c'est-à-dire plus élevé que l'inflation qui, elle, est en train de retomber. C'est encore une bonne nouvelle.

Ce ne sont pas les prix qui descendent, c'est simplement l'augmentation des prix qui redevient nettement inférieure à celle des salaires. Quand on regarde aussi le taux d'emploi, il y a des gens qui ont cessé de travailler pendant la crise du Covid, on pense qu'ils ne reviendront jamais, d'ailleurs maintenant les années, petit à petit, nous en éloignent, mais on est à un taux d'emploi qui est historiquement élevé. Et enfin, une chose qui, politiquement, devrait être importante, on va arriver au paradoxe peut-être économique de cette élection, c'est que les salaires qui augmentent le plus aux Etats-Unis sont plutôt ceux des ouvriers, des employés, plutôt des moins qualifiés. Et non pas...

Ce qui est le pari politique de Biden, il y a trois ans, reconquérir ses classes moyennes, blanches souvent, dévalorisées, et qui avaient été conquises en quelque sorte par Donald Trump. Oui, avec une insistance que je trouve très rooseveltienne dans le programme de Biden et dans ses premières décisions lorsqu'il a été élu, qui était de favoriser les bons emplois bien payés, syndicalisés. Donc, les trois éléments. Mais ce qui se passe maintenant, c'est quelque chose qui est encore plus intéressant, c'est que ce n'est pas forcément les bons emplois bien payés, syndicalisés, qui se développent et qui ont les meilleures augmentations de salaire, c'est plutôt au bas de l'échelle.

En particulier pour les Noirs, puisqu'on a des statistiques américaines par origine ethnique, pour les Noirs et pour les Hispano-américains. Donc, on a cette économie qui va très bien, le restera-t-elle ? Ça, c'est en revanche quelque chose qui est moins certain et pourtant, Larry Summers le faisait remarquer, le sentiment n'est pas bon sur l'économie. Et il y a deux éléments quand même là-dedans qui peuvent l'expliquer. Premièrement, le choc inflationniste a été énorme. Alors, nous avons eu le même, c'est quelque chose qui a été largement partagé, on peut en voir les conséquences.

Vous avez vu qu'en Allemagne, maintenant, on se retrouve quasiment avec des gilets jaunes à la suite d'une augmentation des prix du carburant pour les agriculteurs. Mais le choc a été très violent et la conséquence sur la politique monétaire a été que la Réserve fédérale avait beaucoup de retard, beaucoup d'économistes lui ont reproché ce retard, mais enfin, elle a fini par faire le travail, elle a remonté les taux d'intérêt de 5 points. On est parti quasiment de zéro pour arriver à 5,5. Et ça a fait s'envoler les taux d'intérêt pour les prêts logements, pour les prêts hypothécaires.

Et là, c'est quelque chose qui est extrêmement important pour toutes les familles américaines parce qu'on s'endette pour acheter des logements, mais aussi, pour beaucoup, les emprunts sont à taux variable et lorsque les taux d'intérêt montent, la facture à payer à la fin du mois est plus importante avec la menace de tout simplement ne pas pouvoir continuer à rembourser ces prêts hypothécaires. Et donc, c'est de choc que ça t'explique ? Explique que 55,5% des Américains estiment que la politique économique de Biden est nuisible. Oui. Alors là, j'avoue que c'est des sondages dans lesquels peut-être la manière dont la question est formulée appelle la réponse.

Mais c'est exact qu'il y a un sentiment qui n'est pas un sentiment de tout va bien Mme la Marquise. quand même sur ces deux points qui, à mon avis, sont à l'origine de cette insatisfaction des Américains, l'inflation et les taux d'intérêt, les choses vont dans le bon sens. L'inflation est en train de baisser rapidement et les taux d'intérêt à long terme baissent depuis que la Réserve fédérale a fait savoir que non seulement elle n'augmenterait plus les taux d'intérêt mais qu'elle va les baisser cette année. Donc, ces deux points si je puis dire d'accrochage vis-à-vis du public américain sont en train de s'arranger.

Pour moi, la grande inconnue c'est quand même on a eu un resserrement monétaire très important qui n'a pas eu un effet énorme sur l'économie tout simplement parce qu'il y avait une énorme épargne qui avait été accumulée pendant le Covid. Aux Etats-Unis, le gouvernement comme en Europe a vraiment abondé si je puis dire les comptes bancaires des entreprises et des ménages donc ça a permis de tenir le coup lors de la remontée des taux d'intérêt. Oui, mais tout ça ça ne dure qu'un temps. Et les conséquences du resserrement monétaire pourraient se faire ressentir avec un peu plus de retard que d'habitude. Pas de chance. Ça pourrait très bien être dans les six mois à venir.

Dans les six mois à venir Élise Schell, ce que l'on va aussi scruter bien sûr avec beaucoup d'inquiétudes et de risques de contamination dans nos propres habitudes culturelles c'est la radicalisation d'une certaine jeunesse et de la jeunesse la mieux éduquée celle qui a accès en particulier aux grandes universités avec cette obsession identitaire c'est-à-dire que chacun désormais doit nécessairement se définir en fonction de son origine ethnique de son genre de ses orientations sexuelles avec l'obsession des micro-agressions d'un côté et de l'autre les anathèmes antisémites odieuses que l'on a constatées sur les campus des universités les plus prestigieuses du monde donc selon vous comment est-ce que ces fractures générationnelles et culturelles vont peser sur cette campagne électorale ?

24:05
Invité

Observons tout d'abord que la politisation des campus américains remonte aux années 60 donc ce n'est pas une chose entièrement nouvelle que sur les campus universitaires on fasse de la politique ces dix dernières années on a observé effectivement une nouvelle tendance de l'extrême gauche s'exprimer et revendiquer des formes de justice sociale via la protection des minorités de couleur de sexualité de handicap etc donc ces luttes intersectionnelles définissent la vie des campus les plus huppés vous avez tout à fait raison de le rappeler ce ne sont pas tous les campus universitaires mais plutôt les plus aisés depuis une dizaine d'années là l'enjeu pour cette élection pour Biden c'est véritablement le vote des jeunes puisque la part des jeunes augmente dans l'électorat général pour des raisons démographiques et Biden est dans une puisque on sait qu'il sera le candidat démocrate Biden est dans une situation particulièrement délicate puisqu'il doit à la fois ménager les générations les plus anciennes de l'électorat les boomers ou ceux qui ont connu la lutte par exemple pour les droits civiques qui sont plutôt sur ce registre là et des générations plus jeunes plus attachées aux valeurs moins sur des aspects on va dire transactionnels par exemple la question des prêts étudiants etc.

n'est pas aussi puissante que leur représentation de la justice sociale donc cette jeunesse américaine elle vote d'abord sur des valeurs et l'enjeu pour les démocrates comme toujours c'est de mobiliser davantage d'électorat ils ont besoin de plus d'électeurs pour pouvoir espérer l'emporter

26:05
Présentateur

mais c'est là où l'origine ethnique compte parce qu'on voit que dans les états clés et en particulier ces états là où il y a désormais une minorité ethnique d'origine arabe en particulier ou même d'origine hispanique qui avait voté démocrate la dernière fois ceux-là et je parle surtout des électeurs d'origine arabe bouleversés par ce qui se passe à Gaza peuvent au contraire s'abstenir sinon même

26:42
Invité

voter Trump bien sûr il y a des divergences au sein des minorités donc les minorités ne votent pas d'un seul bloc bien sûr et les événements du 7 octobre ont réactivé des passions politiques particulières chez cet électorat et donc Biden ne peut pas aller directement dans ce sens mais ne peut pas non plus trop le contredire donc c'est un exercice d'équilibriste entre un antisémitisme qui s'exprime de plus en plus sur les campus disons les choses clairement et une lutte pour la justice sociale et la défense des minorités que le parti démocrate est quand même celui qui est censé représenter ces minorités même si dans ces minorités on peut trouver un vote plus conservateur chez les latinos par exemple sur les questions de l'avortement oui ce qui avait été une surprise d'ailleurs la dernière fois qu'une partie de la classe moyenne noire une petite partie mais peut être plus séduit par un vote Trump des entrepreneurs plus conservateurs qui se vote et progresse légèrement donc vraiment Biden doit conquérir à la fois les minorités et les jeunes à l'approche de ces élections pour l'emporter alors il a face à lui un adversaire de choix si c'est bien Trump qui est désigné puisque beaucoup s'en désolent mais Donald Trump serait le meilleur adversaire pour Joe Biden puisqu'une figure particulièrement repoussoire donc les questions culturelles permettent à chaque camp d'effrayer un petit peu les parts modérées des électorats donc du côté républicain c'est la menace de l'avortement du pro-choice qui est agité comme étant nuisible mais aussi bien sûr ce qu'ils appellent la culture woke du côté des campus et inversement Biden peut se prévaloir d'être un candidat qui va défendre la démocratie et les droits des femmes et des minorités donc on a vraiment un jeu à front renversé sur ces questions culturelles

28:55
Présentateur

un désigne et c'est là où on retrouve bien évidemment le rôle de la cour suprême puisque sur cette question cruciale de l'avortement et on l'a vu dans les élections partielles les dernières élections partielles on a vu que les femmes votant traditionnellement pour le parti républicain dans certains états cette fois ont voté démocrate précisément parce que la cour suprême a supprimé le droit à l'avortement au niveau fédéral il demeure dans certains états mais pas au niveau fédéral donc là aussi un rôle sociétal de la cour suprême

29:32
Invité

oui tout à fait d'autant qu'elle a accepté une affaire l'affaire du le médicament qui est utilisé pour les avortements médicamenteux un juge c'était de Louisiane je crois a dit ah non non la FDA donc l'agence des médicaments a usurpé ses pouvoirs il va falloir il faut limiter la circulation de ce médicament c'est à dire qu'en fait ce qu'est c'est de faire la droite après avoir dit laissons chaque état décider les états progressistes il y aura un droit à l'avortement les états autres n'auront pas de droit à l'avortement maintenant ils veulent essayer d'imposer des règles sur tout le territoire et ça se fait via la circulation de ce médicament qui représente la moitié des avortements durant les douze premières semaines donc en première instance le juge a eu il avait été choisi exprès par les requérants parce qu'il est juge unique donc on était sûr de tomber sur lui et on savait la décision qu'il allait rendre la cour d'appel a un petit peu modéré mais ça reste une décision très anti-avortement et donc la cour suprême a accepté l'affaire ça veut dire qu'elle ne s'était pas prononcée depuis 2021 l'arrêt d'Obs dont vous parliez effectivement qui a mis fin à un droit fédéral à l'avortement et donc comme tous les autres les autres affaires dont nous parlions il y a cette affaire et je crois que l'élection va jouer sur la participation c'est à dire est-ce que toutes ces affaires vont plutôt mobiliser les démocrates pour aller voter ou plutôt mobiliser les républicains avec en arrière-plan toujours cette désinformation car il faut bien voir que sur l'économie les médias de droite Fox les réseaux etc expliquent que le programme de Biden est un programme socialiste un marxiste marxiste parfois

31:17
Présentateur

disons les choses

31:18
Invité

et donc il y a tout cela la désinformation la participation et la cour suprême qui est vue un petit peu comme un arbitre mais je répète elle est au coeur du problème mais je ne pense pas que c'est elle qui va résoudre l'élection Philippe Etienne

31:33
Présentateur

venons-en à une autre dimension du système politique américain qui à chaque fois nous saisit quand même qui est l'argent et l'importance en particulier des fondations privées très richement dotées que ce soit du côté disons progressiste comme celle de George Soros qui est vilipendée à longueur de journée et de nuit par les réseaux sociaux trumpistes mais aussi évidemment du côté républicain et en particulier cette fondation qui s'appelle Heritage Foundation et qui a publié carrément le programme Trump 2 pour 2025 et c'est un programme donc financé à coups de millions de dollars avec toutes sortes d'experts réputés et qui recommande en fait en gros la destruction de l'état fédéral je simplifie mais

32:35
Invité

pas de beaucoup sur l'argent d'abord et après sur l'idéologie sur l'argent il y a une jurisprudence de la cour suprême United Citizens de 2010 je crois qui a complètement bouleversé le système de financement de la vie politique en supprimant tout plafonnement il y avait des systèmes de plafonnement bien plus à des plafonds beaucoup plus élevés qu'en France de toute façon mais là aucun plafonnement donc évidemment ça donne des possibilités de financement extraordinairement plus développés et ça renchérit le coût des campagnes les campagnes électorales ont un coût incroyable en particulier les campagnes présidentielles d'ailleurs chaque représentant à la chambre des représentants qui est réélu doit être réélu tous les deux ans s'il veut garder son mandat passe beaucoup de temps à trouver de l'argent à trouver de l'argent pour la prochaine élection puisque les élections pour la chambre sont tous les deux ans mais bon alors aujourd'hui ce qui est intéressant pour le financement de la campagne républicaine et on l'a vu dans le discours d'hier soir de Donald Trump ce qui peut nous faire faire un petit détour par les primaires républicaines c'est que Donald Trump a accusé Nikki Haley d'être la candidate de l'establishment et effectivement Nikki Haley a recueilli des financements de gros donateurs y compris de certains donateurs démocrates

33:52
Présentateur

donc Nikki Haley qui a percé

33:54
Invité

le fait que Donald Trump hier soir commence à l'attaquer c'est intéressant et donc

34:01
Présentateur

il avait lui nommé ambassadrice

34:04
Invité

aux Nations Unies elle était gouverneure de Caroline du Sud donc les primaires républicaines qui commencent par ces très curieux caucus de l'AEOA qui sont vous savez le système enfin c'est très bizarre comme système mais qui se poursuivent ce sont des réunions

34:18
Présentateur

de citoyens engagés

34:21
Invité

qui discutent et puis après il y a les primaires plus traditionnelles du New Hampshire et de Caroline du Sud donc vont montrer un peu donc c'est un petit détour que je fais pour les primaires républicaines où en est le rapport de force à la fois entre les deux challengers les plus sérieux de Trump qui sont Ronald Santis et Nikki Haley et surtout entre Trump et eux deux est-ce qu'il y a une menace réelle pour Trump les sondages montrent apparemment non mais enfin on le saura vraiment après ces trois primaires évidemment après le super Tuesday du 5 mars alors l'idéologie et la fondation Heritage moi je me souviens comme ambassadeur j'ai rendu visite j'ai été invité d'ailleurs par la fondation Heritage ils font même des réunions avec les ambassadeurs à Washington c'est vrai que c'est assez impressionnant je me souviens une fois j'ai demandé dans d'une de ces réunions si au cas où un candidat républicain serait de nouveau président des Etats-Unis les Etats-Unis sortiraient de nouveau de l'accord de Paris sur le climat réponse à la fusée immédiatement oui évidemment donc on est dans une dans un dans une organisation idéologique qui donne son son substrat à la candidature Trump et la fondation Heritage fédère je crois plusieurs dizaines je crois 75 organisations et a fait ce programme et l'élément le plus alors il y a deux éléments qui sont très intéressants dans ce programme et bon plutôt inquiétant effectivement c'est l'élément que vous avez cité qui est une vision unitaire de l'exécutif ça remonte ça s'appuie sur une vision où le président dirige tout l'exécutif et donc ça va jusqu'à dire qu'on va cette fois par rapport à 2017 on va se séparer tout de suite de toute une série de gens qui ne sont pas fiables donc ça c'est quand même assez fort cette idée d'épuration en quelque sorte de l'administration fédérale voire

36:24
Présentateur

encore c'est dit

36:24
Invité

en langage diplomatique voire de suppression de certaines agences il y a un deuxième élément qui a joint plus l'économie mais qui est plus porté par Donald Trump lui-même et qui nous amène à l'international dont il faudrait peut-être un peu parler aussi c'est finalement le retour à des tendances totalement isolationnistes mais surtout sur le plan commercial puisque en plus du retrait de tout accord multilatéral on nous promet d'élever des barrières tarifaires comme Donald Trump les mêmes temps qui vont totalement perturber le commerce international et donc vu la place des Etats-Unis qui vont avoir des répercussions considérables sur le commerce mondial c'est présenté comme lié à la Chine mais en fait on l'a vu pendant le mandat de Donald Trump entre entre 2017 et 2020 on voit très bien que ça a des effets sur l'Europe et au commerce transatlantique

37:21
Présentateur

cela dit l'administration Biden a persévéré sur les mêmes

37:25
Invité

mais oui mais alors pourquoi parce que plusieurs de nos collègues l'ont dit ici ce matin Joe Biden lui à la limite il hérite du parti démocrate qui n'a jamais été un parti libre-échangiste et dont le problème c'est de vous l'avez dit Christine de reconquérir l'électorat ouvrier et les classes moyennes la nouveauté comme je le disais aussi au début c'est le parti républicain qui était un parti plutôt libre-échangiste et donc évidemment Joe Biden après avoir été vice-président d'un président Obama qui a dû finalement accepter ou qui a favorisé des accords de libre-échange notamment le fameux accord passif transpacifique et bien lui il ne va jamais revenir à cette politique d'ailleurs il y a un mot qui est tabou dans l'administration démocrate et dans les républicains d'aujourd'hui c'est le mot libre-échange vous n'entendrez plus jamais parler d'accord de libre-échange

38:14
Présentateur

Eric Chanet précisément plus d'accord de libre-échange mais aussi dans l'hypothèse d'une administration Trump 2 et encore une fois c'est noir sur blanc dans ce programme 2025 de cette fondation qui en plus ça a provoqué d'ailleurs vous l'avez sûrement vu dans le Washington Post un papier assez drôle pour dire voilà les conditions que vous devez remplir si vous voulez participer entrer dans la prochaine administration Trump si elle intervient donc entre autres il faut évidemment souloyer une prostituée avec l'argent de votre avocat enfin bref c'est assez saisissant mais plus sérieusement ce rôle des milieux d'affaires et en particulier ce rôle des fondations républicaines qui comme vient de lire Philippe Etienne tourne le dos à la doctrine traditionnelle Rockefeller du Grand Old Party qu'est-ce que cela veut dire au cas où Donald Trump est réélu ?

Oui alors je je voudrais revenir sur ce que l'ambassadeur Etienne nous disait le pendule vers le protectionnisme ça fait longtemps qu'il est en marche il a accéléré avec Trump avec les thèses un peu délirantes de son conseiller Peter Navarro qui disait la Chine nous a assassinés mais il a continué sa course avec Joe Biden est-ce que ça accélérer à nouveau avec Trump c'est probable mais je ne crois pas que ça décélérerait beaucoup si les démocrates gagnaient cette élection on a vraiment changé de paradigme et c'est une des conséquences du fait que la mondialisation qui d'une certaine manière quand même a abouti à des résultats extraordinaires qui a sorti de la pauvreté des milliards de gens dans le monde entre 2000 et 2008 a eu ces conséquences dont vous avez souvent parlé sur les classes moyennes en particulier dans l'industrie et donc le pendule va continuer je crains à aller dans ce sens là avec des conséquences néfastes pour le commerce mondial et pour nous alors le point qui est peut-être essentiel sur lequel il y a quand même une grande divergence entre Trump et Joe Biden c'est sur la question climatique alors paradoxalement dans les deux cas c'est protectionniste Trump va protéger le charbon le pétrole de l'Alaska Joe Biden lui veut favoriser et continuerait à le faire s'il était réélu l'électrification de l'économie en privilégiant évidemment ce qui est fabriqué aux Etats-Unis qui va dans le sens de la décarbonation c'est une politique protectionniste donc dans les deux cas c'est protectionniste mais pour le climat c'est radicalement différent parce qu'on ne parle pas d'un petit pays on parle des Etats-Unis et avec une politique Trump non seulement il y a les éléments symboliques comme l'accord de Paris mais les éléments de politique économique consisteraient à revenir sur toutes les incitations avec des centaines de milliards de dollars à la clé que l'administration Biden a introduite dans l'économie pour la décarboner donc une élection de Trump aboutirait je le crains à une recarbonation de l'économie américaine y compris par l'usage du charbon et comme il s'agit du plus gros émetteur et de loin de gaz et effet de serre les conséquences on n'en a pas parlé mais les conséquences pour le climat d'une élection de Trump seraient vraiment extrêmement inquiétantes pour l'Europe je crains que nous ne souvions l'exemple américain Joe Biden je me souviens lors des primaires au tout début des primaires voulait utiliser le prix du carbone ce qui est la méthode européenne qui est remarquable puisque l'Europe est quand même parmi tous les pays industrialisés le pays où les émissions de gaz à effet de serre sont les plus faibles et décroissent le plus rapidement il l'a vite abandonné lorsqu'un de ses conseillers lui a dit mais vous avez vu les gilets jaunes en France quand on veut augmenter le prix des carburants à cause du carbone voilà à quoi vous exposez donc Biden a laissé tomber ça et a adopté une politique d'incitation de subvention pour électrifier le pays etc.

et ceci nous pose un véritable problème en Europe où on est tenté de suivre un petit peu la même voie d'ailleurs vous avez pu remarquer que la France suit un peu la même voie par exemple pour les importations de véhicules et donc cette tendance protectionniste qui dans les deux cas se continuerait de mon point de vue engendrera assez inévitablement des réponses de type protectionniste et la conséquence comme vous le disiez monsieur l'ambassadeur c'est le commerce mondial le commerce mondial qui déjà croit maintenant quasiment plus on est dans une période extraordinaire ce n'est pas la démondialisation brutale mais c'est une démondialisation douce il me semble que nous risquons d'aller dans un monde où la fragmentation entre les zones économiques soit plus prononcée encore plus avec Trump mais même avec Biden et avec évidemment toujours l'obsession de la Chine qui est à peu près le seul terrain bipartisan qui demeure au Congrès mais quand même assez partagé avec l'Europe de plus en plus et de plus en plus avec l'Europe Élise Schell il faut quand même à ce moment-ci de notre discussion revenir aux particularités de ce système électoral qui nous semble quand même il faut bien le dire absurde puisqu'il n'y a jamais que quoi cinq ou six états qui vont décider encore une fois de cette élection toujours les mêmes d'ailleurs et des états qui sont de plus en plus colorés de façon massive parce que chaque parti au pouvoir procède minutieusement à un redécoupage électoral au sein de chaque état pour que surtout des voisins n'aient pas de discussion politique entre eux donc ça devient extraordinairement et c'est très malsain homogène politiquement donc ma question est-ce qu'encore une fois on va voir dans cet immense pays-continent seulement 10% à peu près des électeurs américains décider du sort de cette démocratie

44:42
Invité

le système démocratique américain est effectivement très complexe alors commençons déjà avec les primaires les primaires ou les caucus sont organisés au niveau des états selon des règles qui peuvent évoluer d'un cycle électoral à l'autre c'est à dire qu'en fonction des cycles électoraux ce ne sont pas forcément les mêmes électeurs qui vont pouvoir voter aux primaires les primaires peuvent être ouvertes à tout électeur semi-ouvert ou semi-fermé suivant la manière dont on voit les choses à des électeurs qui sont pas nécessairement affiliés à un parti ou à un autre mais qui vont devoir remplir une déclaration ou encore fermés donc on peut moduler les électorats en fonction des cycles électoraux et des intérêts en jeu dans chacun des états ajoutons à cela que pour ce cycle électoral on a aussi des candidatures dites indépendantes repensons à Mitromny par exemple à l'entreprise no label à l'initiative no label de présenter un certain nombre de candidats qui ne sont ni démocrates ni républicains qui peuvent changer les équilibres au niveau des états alors bien sûr ce n'est pas un candidat indépendant qui va l'emporter là c'est Robert Kennedy héritier du nom c'est Robert Kennedy c'est Mitromny ce ne sont pas nécessairement des complotistes mais oui Robert Kennedy en l'espèce donc on a une situation très serrée puisque un état peut se gagner à 10 000 20 000 voix à quelques fois la géorgie dont on parlait tout à l'heure est le cas le plus emblématique puisque à 15 000 voix près l'état peut basculer d'un côté ou d'un autre donc on est dans des configurations qui sont fortement soumises à incertitudes et dans un contexte où il faut le rappeler où les deux candidats favoris sont particulièrement impopulaires alors Trump est certes très populaire dans son camp en tout cas sur son socle on va dire électoral habituel plutôt blanc et peu éduqué mais au global il y a entre 2 sur 3 et 3 sur 4 américains qui ne veulent pas d'un rematch Biden-Trump donc on est vraiment sur des étiages très très serrés au niveau des états ce qui peut jouer à la fois au niveau des primaires et au niveau des élections générales donc qui auront lieu en novembre puisque pour gagner une élection présidentielle aux états unis il n'est pas nécessaire d'avoir le plus de voix la question c'est la répartition des voix c'est à dire que gagner un état avec 70% des voix ça n'a aucun intérêt ce qui est intéressant c'est de gagner le plus d'états possible même avec une toute petite avance pour pouvoir remporter le plus de grands électeurs donc c'est là aussi et là

47:51
Présentateur

dans ce système là on voit que les états ruraux relativement peu peuplés ont un poids déterminant et totalement anormal et ça remonte encore une fois à l'histoire

48:03
Invité

de la guerre des sécessions mais ça a pu profiter aux démocrates comme aux républicains dans l'histoire politique américaine puisque tantôt l'un tantôt l'autre ayant le plus ou le moins de voix peut être élu avec plus ou moins de voix que l'autre donc je dirais que ça a profité aux deux parties ce système du collège électoral

48:21
Présentateur

un mot sur cette espèce de cycle véritablement vicieux où l'on voit que à chaque flambée identitaire disons wokiste pour employer le vocabulaire approximatif à chaque flambée wokiste il y a une flambée trumpiste c'est à dire qu'en fait les deux extrêmes se nourrissent l'un l'autre

48:42
Invité

c'est à dire que chaque camp essaye d'effrayer les modérés de l'autre camp donc mettre en avant le mouvement wok de la part des républicains c'est une manière d'effrayer les démocrates les plus modérés en France on l'avait vu aussi lorsque la menace dite wokiste à l'université avait été agitée par la ministre de l'enseignement supérieur sur CNews c'était aussi une stratégie de la part du camp modéré pour effrayer les modérés à l'approche d'échéances électorales donc bien sûr qu'il y a une réutilisation de cette thématique par les républicains particulièrement d'ailleurs par Ron De Santis et par Vivek Ramaswamou Ramaswamou Lui il a dit qu'il allait gagner

49:31
Présentateur

la maison blanche en attaquant Mickey Mickey Mouse enfin pour simplifier ça ne lui a pas vraiment réussi mais on voit quand même toujours cette enfin oui cette correspondance en quelque sorte ces flux qui se répondent l'un à l'autre Eric Cheney il nous reste le temps d'un dernier tour de piste si j'ose dire la façon dont les milieux d'affaires réagissent en particulier à cette virulence d'une certaine jeunesse plutôt privilégiée dans les campus auxquels bien évidemment les réseaux sociaux trumpistes les médias disons ultra conservateurs donnent beaucoup d'ampleur est-ce que dans les milieux d'affaires qui voient d'abord évidemment leur intérêt est-ce que cela a une influence alors les milieux d'affaires sont très prudents parce que l'important c'est de pouvoir continuer à travailler et à faire prospérer ces affaires donc vous le savez très souvent les entreprises ou les dirigeants d'entreprises qui en ont les moyens versent des sommes à peu près équivalentes aux candidats démocrates et aux candidats républicains si vous faites si vous faites allusion au financement des universités à Ivy League là c'est un petit peu différent je dirais traditionnellement il y a des financements qui viennent d'une partie plutôt libérale des milieux d'affaires et c'est ce qui a provoqué quelques problèmes à Harvard récemment moi je dirais que il y a les milieux d'affaires risquent d'être très neutres dans leur ensemble sur cette élection parce que de toute façon il y aura un président américain il faudra vivre avec ça c'est une bonne vieille tradition qui sera respectée regardez le cas d'Elon Musk qui est très intéressant Elon Musk est je pense un suprémaciste blanc maintenant il ne s'en cache pas trop mais en même temps il est le grand champion de l'électrification de l'économie c'est pour ça qu'il a lancé il y a très longtemps Tesla donc de la décarbonation de l'économie donc les woke devraient considérer que lui c'est quelqu'un de bien alors qu'il devrait considérer que Trump sera une catastrophe pour le climat et donc je ne pense pas que les milieux d'affaires vont avoir une grande importance mis à part les donations pour les campagnes électorales mais dont vous l'avez rappelé chacun parvient à extraire énormément d'argent pour sa propre campagne d'ailleurs à chaque communiqué des deux côtés mais surtout côté Trump quand il dit l'escroc Biden la famille escroc Biden on va tous les envoyer en prison etc surtout donner 25 dollars 40 dollars etc etc Anne Désine la façon dont le système judiciaire extrêmement politisé depuis toujours et je dirais légitimement selon le système américain puisque les juges aussi sont élus dans les états on en revient encore une fois à votre cour suprême

52:37
Invité

oui mais avant cela j'aimerais bien dire un petit supplément sur les milieux d'affaires parce que dans le financement des élections il y a ce qui est visible et de côté visible ils répartissent les risques donc ils donnent aux deux candidats mais il y a tout ce qu'on appelle le dark money l'argent opaque qui a été libéré par la décision citizens dont parlait l'ambassadeur Etienne et là nous avons des richissimes milliardaires des fondations les frères coq la fondation Bradley qui de façon souterraine alimente ces groupes qui infléchissent la politique Les frères coq pardon je vous interromps qui ont lâché Trump pour Nicky Haley Voilà mais parmi ces gros financeurs ils financent la Federalist Society on revient à la cour suprême et c'est grâce à la Federalist Society qui créé en 1981 petit à petit s'est créé des bébés juges et a réussi grâce à Trump en mettre trois à la cour suprême et donc nous avons cette situation où la cour suprême certes est politique et où la crainte est qu'elle devienne totalement partisane là la juge O'Connor qui était une modérée un petit peu centriste est décédée récemment et elle disait l'un de mes regrets c'est d'avoir voté dans la décision pour donner enfin elle ne l'a pas exprimé comme ça la victoire à George Bush elle considérait que la cour a été trop politisée dans cet exemple et elle semblait dire au Chief Justice Roberts qu'une bonne idée maintenant ce serait de ne pas reproduire la même erreur

54:01
Présentateur

ce qui veut dire que c'est le Chief Justice qui va peser

54:06
Invité

conservateur mais disons modéré et institutionnaliste attaché à la légitimité de la cour qui va essayer de faire pression sur Brett Kavanaugh et la juge Barrett pour leur dire soyons prudents prenons une décision à minima qui ne jette pas la moitié de l'Amérique dans la rue

54:24
Présentateur

Philippe Etienne on arrive véritablement à la conclusion de cette conversation il y en aura d'autres bien évidemment d'ici le 5 novembre je ne vais pas vous demander un pronostic mais mais oui finalement à condition que

54:39
Invité

tout le monde en donne

54:40
Présentateur

alors rapidement

54:41
Invité

non mais moi je pense que l'élection va se jouer sur des éléments qu'on a déjà évoqués bien sûr les affaires judiciaires et leur déroulement mais on voit très clairement que la tactique de Trump va être de repousser repousser comme vous l'avez dit l'économie vous avez ça a été très bien dit est-ce que l'amélioration sur les taux d'intérêt et la baisse de l'inflation va arriver va avoir des effets assez immédiats pour améliorer l'image de Biden sur le plan économique et de ce point de vue là les événements internationaux les électeurs américains ne sont pas passionnés par la politique étrangère ils ne sont pas passionnés par la guerre en Ukraine on n'a pas parlé de l'enjeu énorme qui est le maintien du soutien américain en Ukraine par exemple qui est un enjeu énorme pour le monde mais ce ne sont pas des affaires qui intéressent directement les américains Gaza c'est un peu différent parce que vous l'avez dit là ça introduit des divisions sur les campus et dans chez les progressistes et ça affaiblit objectivement les démocrates qui trouvent un motif de division en leur sein par contre cette question internationale confère ce qui est en train de se passer dans le golfe arabo-parsic

55:48
Présentateur

et les deux Corées là je vois que ce matin la Corée du Nord vient de tirer 60 obus près d'une île sud-coréenne à nouveau

55:59
Invité

il y a d'une part des tensions qui peuvent devenir très graves vous allez traiter l'élection de Taïwan prochainement mais là je pense aux retombées économiques qui pourraient retarder la baisse de l'inflation notamment ce qui est en train de se passer c'est sans doute pas une coïncidence dans le golfe arabo-persic qui détourne tous les tous les portes-conteneurs dans le monde voilà ce sont donc le pronostic donc ce sont tous ces éléments qui font qu'aujourd'hui et puis aussi quand même la performance des candidats parce qu'on a deux candidats vous l'avez dit tous les deux assez impopulaires et tous les deux qui ont leur âge Donald Trump non plus les jeunes et la possibilité d'avoir des listes de candidats tiers tout cela a été dit donc voilà pour l'instant Donald Trump a l'avantage mais le résultat n'est pas donné aujourd'hui

56:52
Présentateur

alors Trump ou pas Trump

56:55
Invité

je ne sais même pas qui sera candidat Christine

56:58
Présentateur

aujourd'hui

57:00
Invité

je vous dirais que Donald Trump est élu je crois que le 5 novembre en fonction des deux candidats qui seront là sans doute Biden et Trump Biden a encore une chance si l'économie notamment s'améliore dans la perception qu'en ont les américains d'être réélus

57:16
Présentateur

et bien merci merci à vous quatre merci à vous Anne Désine je rappelle votre dernier ouvrage les Etats-Unis et la démocratie très bon titre l'armatant en 2020 Elisa Schell vous avez co-signé avec Elisabeth Fauquer un livre sur la politique de santé américaine et aussi un ouvrage aux éditions IG comprendre la politique de santé aux Etats-Unis Eric Chanet vous avez publié pour l'institut Montaigne une étude sur les Etats-Unis maxi-relance et néo-roseveltisme c'était en 2021 et Philippe Etienne je rappelle donc votre mission actuelle pour organiser la commémoration du 80ème anniversaire de la libération ce qui va vous occuper tout au long de ce semestre à la réalisation ce matin Luc-Jean Reynaud à la technique d'Ali Yaha Mercian Nesic m'a aidé à préparer cette émission ainsi que la documentation de Radio France ils se joignent à moi bien sûr pour vous souhaiter à tous une excellente année une passionnante année à l'écoute d'affaires étrangères et voici Nora Amadi sous les radars bon week-end et à samedi prochain bon week-end

58:39
Locuteur

bon week-end