Censure, Marine Le Pen et futur Premier ministre… L’interview de Xavier Bertrand en intégralité
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Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Xavier Bertrand. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions ce matin. Vous êtes le président LR de la région Haute-France. Votre parole est désormais rare. Vous aviez été pressenti pour être vous-même Premier ministre, mais Marine Le Pen avait fait savoir qu'il n'en était pas question, que vous aviez été son adversaire dans la région Haute-France, adversaire du RN. Elle ne voulait pas avoir à traiter avec vous. Quel regard vous portez sur le séisme d'hier et sur les jours à venir ?
À la fois un sentiment de honte par le spectacle qui a été donné hier à l'Assemblée nationale par les extrêmes. Et un sentiment de colère également. Sentiment de colère parce qu'on est en train de rendre les Français responsables de cette situation. Alors que les Français choisis ont voté et ont imposé à la classe politique de trouver des solutions pour sortir de la crise dans laquelle nous sommes. Et au final aujourd'hui, c'est comme si les deux extrêmes, LFI et le RN, étaient devenus le centre de la vie politique. Mais s'il faut bien comprendre une chose, c'est qu'ils n'ont en tête que leurs intérêts à eux. Il n'y a que M. Mélenchon qui compte pour M. Mélenchon.
L'intérêt du pays, ça ne compte pas. Il n'y a que l'intérêt de Mme Le Pen qui compte pour le RN. Les intérêts du pays, ça ne compte absolument pas. Et on est tombé d'une certaine façon dans ce piège, dans les mensonges notamment de Mme Le Pen.
Les mensonges ? Bien sûr. Quels mensonges ?
Mais depuis le début, elle a dit « Bertrand, on n'en veut pas » parce qu'il était évident qu'elle me connaît. Elle sait quel est mon combat contre eux dans les Hauts-de-France. Vous savez, si entre deux élections régionales, j'ai réussi à les faire reculer de 17% les combattants, c'est parce que je connais les raisons du vote pour le Front National. Je sais quelle est la colère, les difficultés des concitoyens et je me bats pour eux et ils voient la différence.
Oui, mais pour autant, au-delà de cette façade, de ce discours, elle a dit « j'en veux pas », Michel Barnier, soi-disant, elle en voulait bien, c'est elle qui l'a fait tomber. Parce que c'est une menteuse.
Parce que la seule chose qui compte pour elle, ce n'est pas l'intérêt du pays, ce n'est pas l'intérêt de ces 11 millions d'électeurs qui, du coup, vont certainement payer plus d'impôts à cause d'elle. Ce n'est pas les intérêts des agriculteurs où la main sur le cœur, elle dit qu'elle les défend. Elle les plonge dans des difficultés plus importantes encore. La seule chose qui compte pour elle, c'est de sauver sa peau. C'est de sauver sa tête. Vous avez vu comme son ton a changé depuis les réquisitions du procès. Elle sait qu'elle est sous le coup d'une interdiction de se présenter aux élections.
Je vais redonner le contexte dont vous parlez. Effectivement, il y a quelques semaines, le réquisitoire du procès sur la question du travail des assistants parlementaires des députés européens du RN, ce réquisitoire qui pourrait être suivi par le jugement qui tombera lieu au printemps, qui demande l'inéligibilité immédiate, à application immédiate, de Marine Le Pen.
C'est exactement. Et depuis, il faut bien regarder les choses. La cible, ce n'était pas Michel Barnier. Michel Barnier qui a été courageux, qui s'est engagé pendant ces trois mois totalement pour essayer de trouver des solutions, qui a dû bâtir un budget dans des conditions invraisemblables et plus difficiles qu'il soit. Il a fait le maximum de ce qu'il pouvait faire. Mais il est tombé dans le piège des mensonges de Mme Le Pen. Et ce qui va se passer aujourd'hui, c'est très simple. Regardez, le problème n'est pas Michel Barnier pour les extrêmes. Le problème n'est pas le budget. Le sujet aujourd'hui pour eux, ils veulent accélérer le calendrier politique. La cible, c'est Emmanuel Macron.
La cible, c'est le chef de l'État. Mme Le Pen, aujourd'hui, elle voudrait que tout s'accélère pour qu'il y ait des élections le plus vite possible et avant la fin du mois de mars, avant la décision sur son jugement. Il n'y a que ça qui compte pour elle. Il n'y a que ça qui compte pour ces gens-là. Leurs têtes, leurs intérêts. Et aujourd'hui, clairement, l'intérêt général, l'intérêt du pays, ce n'est pas le problème des extrêmes. Ils ont intérêt au chaos. C'est ça qui est en train de se tramer. Et plutôt que de se dire aujourd'hui, il y a une censure, comment on va faire ?
La Ve République, elle a été conçue, elle a été pensée dans des situations qui pouvaient être des situations de guerre civile. Le général de Gaulle, à l'époque, a voulu une constitution qui soit vraiment très forte. Mais attention, cette constitution, ces institutions, elles tiennent aussi parce qu'il y a un chef de l'État. Et que l'on aime ou pas, que l'on apprécie ou pas, que l'on soutienne ou pas Emmanuel Macron, c'est le chef de l'État. Et on a besoin de cette solidité qui, demain, vous aviez une crise institutionnelle, et bien dans ces cas-là, là, le chaos serait bien pire encore.
J'ai bien compris que vous, personnellement, n'appeliez pas du tout à la démission d'Emmanuel Macron. Vous estimez même qu'il faut absolument qu'il reste. Il y a quand même deux choses dans ce que vous avez dit. L'un, vous dites Marine Le Pen ne pense qu'à son destin, personne. Quand vous écoutez les électeurs du RN, alors certains, j'en ai même eu sur l'antenne des RMC, où j'avais des électeurs de tous bords qui, pour certains, disaient « Oui, mais moi, j'attendais une forme de stabilité, je lui en veux, donc, de déstabiliser le pays. » Mais les sondages disent que la majorité des électeurs RN souhaitaient la destitution du Premier ministre.
Et puis, il y a aussi quand même une question, c'est que cette demande de démission d'Emmanuel Macron, elle ne vient pas que des rangs des extrêmes, comme vous dites, elle vient aussi de certaines voies de chez vous. Je vais venir dans un instant, mais sur cette question des électeurs du RN qui veulent la chute du Premier ministre et qui veulent même peut-être la chute d'Emmanuel Macron.
Je sais qu'ils en ont marre de tout, qu'ils pensent que si on renversait la table, que si tout tombait par terre, ça irait mieux. Mais la vérité, regardez, qui est-ce qui, à chaque fois, quand il y a une crise, quand il y a un chaos, qui passe à la caisse en premier ? Les plus modestes, les catégories populaires, les classes moyennes, notamment les 18 millions qui, s'il n'y a pas de budget, vont payer mécaniquement plus d'impôts. Les 1,5 million de Français qui ne payaient pas d'impôts parce qu'ils ne gagnaient pas assez, qui, du fait de la non-indexation, du barème de l'impôt sur le revenu, vont rentrer dans l'impôt.
Mais c'est vrai que ça, Mme Le Pen se garde bien, la menteuse qu'elle est, de leur dire la vérité. Et elle joue sur cette colère. Et elle exploite la colère. C'est la différence entre les extrêmes. Il y a la collusion des extrêmes, mais il y a une véritable différence entre eux et ceux qui veulent gouverner. Eux, ils ont besoin des problèmes pour être forts. Nous, nous cherchons, ce que je fais dans ma région, à régler les problèmes. C'est beaucoup plus facile d'exploiter les colères et les peurs. Mais cette collusion des extrêmes, dites-vous bien une chose, ils sont avec la même logique, le chaos. Vous savez,
la même logique, ce n'est pas juste qu'ils ont signé la même motion de censure. C'est que pour vous, il y a une véritable alliance qui va beaucoup plus loin que le simple fait de voter un même texte.
Bien sûr. Et les filles et le RN, la différence, il y en a qui ne portent pas de cravate, il y en a qui ont le costard-cravate, le Rassemblement national. C'est la même logique. Tout mettre par terre, créer une crise. Que les Français aillent moins bien, ce n'est pas leur problème, ça les arrange. Que la France aille moins bien, ce n'est pas leur problème, ça les arrange. C'est de ce chaos dont ils ont besoin. Et tous les républicains, tous les démocrates doivent comprendre ce qui se joue, et bien estimer qu'un parti politique est important. Il y a plus important qu'un parti. Il y a le pays.
Et c'est à ce moment où les Français nous regardent qu'on doit se hisser à ce niveau de responsabilité. Comprenez bien, l'accélération du calendrier judiciaire de Mme Le Pen a tout changé. Quand vous voyez que M. Mélenchon, hier, à l'Assemblée nationale, il écoute le discours de Mme Le Pen. Et il n'écoute pas le discours de M. Vallaud du Parti socialiste. Sans dire long. M. Mélenchon, il a compris une chose. Le nouveau Front populaire se craquelle de partout.
Et on se dit, heureusement, que ça ne va pas durer encore longtemps et que le Parti socialiste peut redevenir le Parti socialiste qu'on a connu, c'est-à-dire profondément républicain, profondément laïque, et qu'il ne soit pas tenté par une surenchère fiscale. Dans ces conditions-là, ce Parti socialiste n'a rien à voir avec elle. Il le sait, M. Mélenchon. Et Mme Le Pen, elle sait pertinemment qu'elle a intérêt à accélérer le calendrier politique parce qu'il y a son calendrier judiciaire que la presse. Les deux jouent le chaos.
Quand elle dit, hier, Marine Le Pen, que elle ne censurera pas un gouvernement à venir si, un, il la traite avec respect, le mot a été prononcé, et par Marine Le Pen et par Jordan Bardella, et deux, s'il s'engage à ne pas désindexer les pensions de retraite sur l'inflation. Elle dit, dans ce cas-là, on ne censurera pas. Vous ne la croyez pas ?
Elle n'a pas de parole. Mais c'est le propre, d'ailleurs, aujourd'hui, des extrêmes. Ils n'ont pas de parole. Elle avait dit quoi pour Michel Barnier ? Et elle a fait le contraire. Les menteurs à répétition ne changent jamais.
Est-ce que ça veut dire que Sébastien Lecornu est peut-être en train de tomber dans le piège ? Je m'explique. À l'instant, Sébastien Lecornu fait savoir qu'il faudrait discuter avec tout le monde, y compris
le RN. Que vous respectiez les formations politiques parce qu'ils représentent les Français, c'est une chose. Moi-même, dans mon hémicycle, à l'Assemblée régionale, je parle avec les différents responsables politiques, mais je les combats parce que je sais qu'ils ne sont porteurs que de malheurs. Et que de problèmes. Il ne faut pas tomber dans leur piège. Vous ne pouvez pas vous mettre dans la main des extrêmes. Il y a suffisamment de démocrates et de républicains pour qu'on puisse se parler. Et on attend beaucoup ce soir
du président de la République
qui nous dit clairement quelle est la voie qu'il veut proposer pour le pays.
On va y venir, mais si on vous suit, on comprend bien qu'il ne faut pas tomber dans le piège tendu par le RN et se mettre dans sa main. Elle avance masquée à chaque fois. Mais ça veut donc dire qu'il faut absolument et impérativement trouver une alliance avec le Parti socialiste. Sinon, il n'y a pas suffisamment de députés pour soutenir un hypothétique et fragile Premier ministre. Aujourd'hui, vous avez raison.
D'ensemble, c'est-à-dire l'ancienne majorité d'Emmanuel Macron, c'est-à-dire Renaissance, M. Attal préside le groupe, que ce soit le modem de François Bayrou, que ce soit Horizon d'Edouard Philippe, que ce soit Les Républicains, avec Laurent Wauquiez à l'Assemblée nationale, Elliot également, qui joue un rôle clé, comme au Sénat, c'est cet ensemble qui est le plus près de la majorité absolue pour faire passer des textes. Mais aujourd'hui, il faut aussi bien comprendre qu'il y a quand même aujourd'hui un certain nombre de points sur lesquels on peut quand même se mettre d'accord. Clairement, les Français veulent quoi ? Ils veulent vivre en sécurité.
Ça veut dire que sur la sécurité, la justice, l'immigration, ils veulent beaucoup plus de fermeté. Ils veulent vivre...
Vous pensez que vous pouvez convaincre des membres du Nouveau Front Populaire
avec cette question-là ? À des membres du Nouveau Front Populaire, je pense sincèrement qu'il y a aujourd'hui des sociodémocrates, une gauche républicaine qui est d'accord là-dessus. Les Français veulent vivre de leur travail. Les Français veulent aussi qu'il y ait des services publics forts, que ce soit la santé, que ce soit l'école, qu'il y ait une politique pour le logement. Il y a des urgences sur lesquelles nous sommes capables d'avancer, clairement. Et maintenant, chacun doit prendre ses responsabilités.
Mais je le redis encore une fois, toutes celles et ceux, vous l'avez dit tout à l'heure, je voudrais y revenir, toutes celles et ceux qui veulent le départ du chef de l'État se rendent coupables d'un coup d'État rampant. Voilà ce qu'ils veulent. Mme Le Pen, elle pleurnichait voilà dix jours pour dire « Ah, on veut mettre un terme à mon mandat ». Et elle, elle voudrait mettre un terme au mandat du chef de l'État. Quand on aspire aux fonctions les plus importantes dans un pays, on se garde bien de dire ou de faire n'importe quoi. On fait preuve de responsabilité. Elle est irresponsable, comme M. Mélenchon.
Un coup d'État rampant. Est-ce que David Lysnard, est-ce que Jean-François Copé sont complices de ce coup d'État, en demandant eux aussi, en disant eux aussi que la seule solution, c'est le départ d'Emmanuel Macron ?
Qu'il ne tombe pas dans le panneau. Le départ du président de la République, ça vous donne un nouveau but. Vous avez un budget tout de suite ? Bien sûr que non. Le départ du président de la République, ça vous donne une nouvelle majorité à l'Assemblée nationale ? Bien sûr que non. Le départ du président de la République avant son terme, est-ce que ça plonge le pays dans une vraie crise politique ? Évidemment. Et ça voudrait dire aussi une chose à Pauline de Malherbe. Il n'y a plus aucun responsable, quel qu'il soit. Un maire, un député, un sénateur, qui pourrait être sûr de pouvoir aller au terme de son mandat. C'est ce dont rêvent les extrêmes. C'est ce dont rêve M. Mélenchon.
Ça créera un précédent, en quelque sorte, d'après vous. Évidemment. Et plus aucun candidat à la présidence de la République ne serait assuré, s'il est élu, de pouvoir aller jusqu'au bout. Notre pays a besoin de stabilité.
Donc pour vous, c'est 2027, point barre ?
Bien évidemment. Et en attendant, le président de la République doit nous dire comment il voit les choses, quel est le chemin qu'il propose pour notre pays.
Mais est-ce que ça veut dire que tous ceux qui demandent à la démission, et on va venir aussi à ce que vous attendez de la déclaration et de l'allocution d'Emmanuel Macron ce soir, est-ce que ça veut dire que tous ceux qui laissent entendre qu'il faudrait accélérer le calendrier, je parlais à l'instant de Jean-François Copé, de David Lysnard, Edouard Philippe ne le dit pas officiellement, mais c'est intéressant de voir par exemple la série dont il est le scénariste dans cette série-là. Dans cette série-là, les élections présidentielles, comme par hasard, sont en 2025. Est-ce que ça veut dire que ces personnages-là,
est-ce que ça veut dire que ces personnages-là... On ne va pas faire rentrer la fiction dans la vie politique
pour une simple raison. Disons que certains, en tout cas, l'écrivent. Oui, attendez.
Déjà, il y a trop de monde à l'Assemblée nationale et surtout les extrêmes. Leur référence politique, c'est Baron Noir, ce n'est pas les mémoires du général de Gaulle. Alors on n'est pas obligé non plus de continuer à rentrer dans le délire faisant la part des choses.
Page série télé de Xavier Bertrand. Xavier Bertrand, ce soir, 20h, allocution du président de la République. C'est la première fois qu'il s'exprime, qu'il s'adresse directement aux Français depuis la dissolution. C'est important qu'il le fasse.
Qu'est-ce que vous en attendez ? Qu'il nous dise clairement quelle voie il propose pour le pays, quelle solution politique il souhaite pour le pays. Et encore une fois, on va regarder Emmanuel Macron, c'est le chef de l'État qui s'exprime. Le chef de l'État, il est aujourd'hui le symbole de la stabilité dont on a besoin compte tenu de la crise politique que l'on traverse. Vous savez, nous sommes un pays qui a des ressources, qui a un potentiel. La seule chose, c'est que les Français, eux, ont cette résilience, cette solidité, cette envie de s'en sortir. La classe politique doit être au même niveau de responsabilité
que les Français. Quand vous entendez les chefs d'entreprise, ce matin, je recevais notamment le patron de l'U2P, l'union qui représente tous les artisans, les commerçants, les indépendants. Il était extrêmement inquiet. Il lançait même un appel aux Français en disant « ne nous laissez pas tomber ». Il imaginait que dans cette période d'incertitude, la consommation allait sans doute baisser. Pour autant, il faut être quand même honnête, Xavier Bertrand, les marchés, ce matin, ne s'écroulent pas. La France est quand même assez solide. Est-ce qu'il n'y a pas eu une forme de catastrophisme
excessif ? Moi, je suis contre le catastrophisme parce que la réalité, c'est que nous avons le potentiel pour nous en sortir. La responsabilité, aujourd'hui, porte sur la classe politique, qui doit, encore une fois, placer l'intérêt général au-dessus des intérêts personnels. Et quelles que soient les ambitions de chacun, on doit comprendre que les Français vont se battre pour eux et qu'on se mette au service des Français. Ce n'est pas si compliqué que ça. Ils seront très sévères avec ceux qui vont se planquer. Ils seront très sévères avec ceux qui penseront uniquement à leurs ambitions. Et sur ces choses-là, vous savez, ils nous observent, ils nous regardent, surtout quand il y a une crise.
Et là, vous avez raison, c'est que il y a en plus des fondamentaux économiques. On voit bien que la Banque centrale européenne devrait baisser ses taux. On voit aujourd'hui qu'on a la possibilité avec notre potentiel économique de nous en sortir. Il ne faut pas qu'on soit plombé par les décisions politiques. Il ne faut pas qu'on soit plombé par l'irresponsabilité et le cynisme de certains.
Vous êtes d'ailleurs dans une région où la question industrielle, de la relance industrielle a été particulièrement importante. On sait qu'aujourd'hui, il y a environ 260 000 emplois qui seraient menacés de plans sociaux dans tout le pays. Un mot d'ailleurs sur une famille du Nord, la famille Muniez, à la tête d'Auchan et de Décathlon, qui, alors même qu'on est dans cette période de suppression d'emplois, annonce qu'elle va se verser 1 milliard d'euros de dividendes. Est-ce acceptable ?
Vous savez ce que j'attends d'eux, surtout ? Ils viennent d'annoncer un plan social important. J'ai rencontré les responsables d'Auchan. Ils ont toujours eu la tradition de respecter leurs salariés. Mais respecter leurs salariés, ce n'est pas leur faire un chèque de départ qui soit important. C'est de leur permettre de bosser à nouveau. Ceux qui perdent leur emploi aujourd'hui chez Auchan sont des gens qui ne sont pas proches de la retraite et avec des profils qui peuvent retravailler dans d'autres enseignes de la galaxie Auchan. Alors, Décathlon que Décathlon prenne des salariés de chez Auchan qui vont se retrouver sur le carreau. Voilà ce que j'attends.
J'attends qu'il y ait effectivement de la justice fiscale. Ce n'est pas la même chose que la surenchère fiscale que portent certains. Mais ce que j'attends surtout, c'est qu'on respecte les salariés. J'ai Nestlé, tiens. Nestlé. Premier semestre de l'an dernier, un peu plus de 5 milliards d'euros de bénéfices au premier semestre. Et là, ils nous disent, alors qu'ils ont largement les moyens, une entreprise à Ytoncourt, à côté de Saint-Quentin, dans 4 mois, si on n'a pas trouvé de repreneur, dans ces cas-là, on la fermera. Mais 4 mois, pourquoi pas 4 jours ? Ce que j'attends de ceux qui ont les moyens, c'est qu'ils respectent
les salariés. Oui, mais enfin, Xavier Bertrand, je vous repose la question. 1 milliard d'euros de dividendes, dans ce contexte-là, vous ne leur demandez pas d'y renoncer ?
Je vous le dis, très clairement, que les moyens qui existent aujourd'hui... Parce que
vous appelez à la responsabilité des politiques. Est-ce qu'il ne faut pas aussi appeler à la responsabilité...
Ça s'appelle l'exemplarité. Ça s'appelle aussi, à une époque, si on ne veut pas que les Français qui sont aujourd'hui vraiment en colère soient en colère contre tout le monde, si on ne veut pas, justement, qu'il y ait un vent de révolte qui souffre. Tout le monde doit entendre ce message. Mais, Apolline de Malherbe, le problème n'est pas seulement de regarder ce que va toucher un tel ou un tel, c'est qu'on trouve des solutions et qu'on respecte les gens.
Ça, c'est à la clé. Et la question, c'est aussi celle de l'incertitude. Combien de temps est-ce que ça peut durer, cette incertitude ? Est-ce que vous espérez que, dans la journée, on aura le nom d'un nouveau Premier ministre ? Le plus vite possible.
On ne va pas reconnaître ce que l'on a connu, effectivement, pendant cet été. Les situations politiques sont, effectivement, aujourd'hui telles qu'elles sont. Elles appellent des solutions rapides. C'est ce que, certainement, va nous dire le président de la République ce soir. Et il était très important qu'il s'exprime. Qu'il s'exprime
ce soir. Vous dites donc qu'il ne faut pas qu'il démissionne. Je voudrais quand même juste qu'on anticipe encore de quelques mois, puisque les prochaines élections législatives ne pourraient avoir lieu au plus tôt qu'en juillet prochain, un an après la précédente dissolution. Pour le coup, s'il n'y a pas de majorité à ce moment-là, est-ce que alors vous considérez qu'Emmanuel Macron doit partir ? Non,
ça sera sa responsabilité. Et dans un an, enfin dans moins d'un an, dans neuf mois, il y aura à nouveau la possibilité d'une nouvelle élection législative. Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que la classe politique n'aurait pas été capable de s'entendre. Je ne fais pas ce pari du pire. La politique du pire, ce sont les extrêmes. Moi, je fais le pari qu'à un moment donné, chacun peut comprendre et doit comprendre que c'est l'intérêt général qui prime. C'est ce que nous demandent les Français. Faisons très attention à la situation aujourd'hui. Vous savez, encore une fois, les partis, ça compte. Le pays, c'est plus important que le reste. Et je voudrais finir,
Xavier Bertrand, avec quand même cette liste de noms qui a commencé à être évoquée. Je parlais à l'instant de Sébastien Lecornu, qui dit qu'il est prêt à discuter, enfin qu'il faut discuter avec tout le monde, y compris le RN. Est-ce que vous vous dites qu'il peut effectivement reprendre le flambeau ?
Posez la question à Emmanuel Macron. C'est lui qui a la réponse, c'est lui seul. François Bayrou ? Posez la question
à Emmanuel Macron. Est-ce que des gens comme François Baroin, dont vous êtes proche, dont vous avez longtemps été proche ?
Écoutez, j'ai bien connu la période de l'été où on sort un certain nombre de noms. Et au final... Dont le vôtre. Exactement. Mais une chose est certaine, il n'y a qu'une personne qui a clairement en tête celui qui dirigera le gouvernement, c'est le président de la République, c'est à lui d'y répondre. Et pour vous, c'est mort ? Écoutez, vous connaissez les raisons pour lesquelles il n'a pas pu me choisir cet été. Ces raisons sont toujours sur la table. Mon combat contre le RN... Vous n'avez pas de regrets ?
Vous n'avez pas de regrets aujourd'hui ?
Non, le moment n'est pas de regrets. Moi, j'ai envie de m'impliquer, de m'engager pour mon pays, ce que je fais ici à ma façon, ce que je fais aussi dans ma région. Mais une chose est certaine, mon combat contre les extrêmes restera aussi
ma cohérence. Merci Xavier Bertrand. Merci d'avoir répondu à mes questions ce matin et réagi à ce séisme politique. Xavier Bertrand, président LR de la région Haute-France. Vous appelez donc à ce qu'Emmanuel Macron reste président et vous refusez ce coup d'État rampant de ceux qui demandent sa démission. Il est 8h52 sur AMC BFM TV.
Xavier Bertrand