Quel projet pour ré-enchanter la France ? Débat entre Karim Bouamrane et Natacha Polony.
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Bonjour, vous êtes journaliste, essayée, directrice de la revue l'audace. Vous venez de publier la France Cors et Âm chez Plomb et ce matin dans le Parisien, vous avez lancé un appel à tous les orphelins de la République. Bienvenue à Sens.
Merci beaucoup. Monsieur Boamran, bonjour. Vous êtes maire de Saint-Tou depuis 2020 et désormais candidat à l'élection présidentielle.
Alors, merci à tous les deux de nous faire l'honneur de votre présence. aux universités d'été de sens. Alors, réenchanter la France, le verbe peut sembler un peu décalé à l'heure où l'école de la République ne semble plus vraiment remplir sa promesse à l'heure où l'industrie vivote et où les Français semblent un petit peu ben perdre perdre confiance en le politique.
Alors, réfléchir à réenchanter la France, ce n'est pas finalement mettre la charrue avant les bœ puis me permettre parce que c'est peut-être la condition préalable à au redressement du pays. Parce que pour demander au peuple de consentir à des efforts de se réir projet, et bien encore faut-il qu'il se sente lié par quelque chose de plus fort qu'une simple communauté d'intérêt. Et peut-être faut-il qu'il réapprenne à faire nation.
Alors monsieur le maire, c'est vers vous que je me tourne en premier. Vous êtes au contact de vos administrés depuis plus de 6 ans. Vous aspirez aujourd'hui aux plus hautes fonctions de la République.
Comment réussir à refaire nation ? Par quoi ça passe ? Est-ce que ça passe par l'histoire, par la culture, donc la littérature, le cinéma ?
Est-ce que par exemple le succès tardif mais le succès du diptique sur de Gaulle dit quelque chose peut-être de cette attente ? Donc voilà. Est-ce que ça peut être aussi le sport ?
On a vu que les J 2024 avaient créé un engouement particulier qui était aussi inattendu. Merci. Bonjour à toutes et à tous cher Natacha.
Merci l'honneur de participer à ce débat à vos côtés. C'est c'est bien la le parallèle culturel, livresque et sportif que vous avez fait parce que qu'est-ce qui fait cause commune ? Un des plus beaux moments de ma de ma vie, c'était en 2024.
Et 2024, on a vu ce que c'était cause commune avec les Jeux Olympiques. On a été à Saint-Toin, une des villes hautes avec le village olympique. Et comme dirait Clone Nougaro dans Noua York, dès l'aérogar, on a senti le choc.
Le choc c'était que quelle que soit son origine sociale, sa couleur de peau, son orientation sexuelle, le nombre d'années passé en France, son phénotype, son genre, on était fier d'être français. Fier d'être français pourquoi ? Parce que un, on s'est senti en sécurité.
Sécurité pas uniquement, sécurité sur le plan physique, sécurité sur le plan affectif, sur le plan existentiel, sur le plan du projet. Le jour de la cérémonie d'ouverture, on se sentait protégé. On se disait bah tiens, peut rien nous arriver, peut rien nous arriver parce qu'on est la France, on est au centre du monde et on arrive à partager au travers de la culture, du sport, des émotions.
Et surtout, dernier élément, il y avait le jour de cette cérémonie malgré la pluie, une démocratisation en plus de l'excellence du beau. Donc par rapport à votre question Ambre et pour faire le parallèle avec les Jeux Olympiques, les Jeux Olympiques sont une bonne métaphore au même titre que le film sur de Gaulle sur ce qui fait cause commune. Ce qui fait cause commune c'est une nation qui protège, qui sécurise, qui démocratise l'excellence et qui nous donne des experts.
Un élément qui est déterminant dans notre existence, c'est que chaque jour vous nous donner la possibilité d'améliorer notre vie. On aura l'occasion d'y revenir sur ce qu'est-ce qui fait sans améliorer notre vie. Mais on le voit tous les jours lorsqu'on est ancré dans le réel en tant que élu de la République qui plus est élu local. hein, c'est avoir un logement des sang, c'est pouvoir bénéficier d'une éducation de qualité qui nous donne la possibilité de mieux vivre que nos parents, qui eux-mêmes devaient mieux vivre que nos grands-parents.
C'est d'être l'architecte de notre propre vie, choisir notre vie et ne pas la subir. C'est de pouvoir se soigner et ne pas faire 10, 20, 30, 40 km pour trouver un médecin et surtout attendre des heures et des heures lorsqu'il s'agit d'une urgence. c'est pouvoir bénéficier d'un logement de qualité parce qu'on sait très bien que 80 % de la source des inégalités c'est le logement et c'est surtout surtout surtout partager.
Vous avez parlé du triptique, moi j'en parlais d'un autre triptique, la liberté, l'égalité, la fraternité, ce qui doit signifier quelque chose et l'amour de la patrie. Donc c'est ce qui va faire cause commune et la métaphore, l'allégorie des Jeux Olympiques, ça a démontré que nous sommes un grand pays et nous pouvons faire cause commune au travers de valeurs communes, au travers d'un avenir commun, au travers de comment dire d'une espérance partagée. Alors euh madame Polonie, peut-être aimeriez-vous réagir à ce que vient à ce que vient de nous dire monsieur le maire et peut-être pour nous poursuivre pour élargir un petit peu le débat sur parce qu'alors derrière le Fer Nation, il y a aussi l'idée peut-être d'un récit national qui est en France tabou peut-être plus qu'ailleurs, plus qu'aux États-Unis, qu'en Angleterre, plus qu'en Pologne Et ce ce cette capacité à mobiliser le levier les leviers culturels et historiques en France ont l'air d'être plus moins moins évidente.
Pourquoi ? Pourquoi on a ce tabou-l avec le récit national en France ? Le tabou, il est gigantesque et il remonte à loin.
Et moi ce qui me frappe, c'est le fait que les Français en souffrent. C'estd que les Français se sentent appartenir à une nation. Ce sont les élites, les élites économiques et politiques qui pendant des des décennies nous ont expliqué que c'était ringard d'appartenir à une nation, que il fallait dépasser cela et ça s'est vu de toutes les manières possibles.
C'est-à-dire que nous avons abandonné un à un tous les symboles de la nation et évidemment le Front National, le Rassemblement national s'en est saisi. Mais il faut se souvenir de ce que ça de ce que ça a été, ne serait-ce que la laïcité qui découle de la promesse de 1789, la promesse du peuple souverain qui décide de sa loi en dehors de toute référence à une loi divine. Mais la laïcité n'intéressait personne.
Moi, je me souviens en 2005 quand il fallait organiser les 100 ans de la loi de séparation des églises et de l'État et même avant quand on essayit d'alerter sur le danger par exemple autour du combat après 1989 et les premières les premières affaires de voile islamique à l'école. Mais les professeurs qui se sont élevés pour essayer de faire respecter la laïcité ont été traité de raciste par la gauche notamment par la gauche par le Parti socialiste qui considérait que tout cela était ringar. C'est-à-dire, c'est d'ailleurs un ministre socialiste de l'éducation nationale, Lionel Jospin, qui au lieu de rappeler en 30 secondes que la circulaire Jeanz 1936 interdisait les signes religieux et les signes politiques à l'école, a préféré tergiverser et nous l'avons payé très cher.
Et à ce moment-là, donc ça n'intéressait personne et à partir du moment où le Rassemblement national s'est saisi de la laïcité, alors là, on s'est retrouvé accusé les défenseurs de la laïcité de parler comme le Front National. Et ça a été vrai pour la nation, ça a été vrai pour le drapeau, ça a été vrai pour tous les symboles de ce qui nous réunit et ça a provoqué une souffrance chez les Français. Pourquoi ? parce qu'ils avaient l'impression que ce qui fait le cœur de leur identité commune était nié.
Là aussi, le débat sur l'identité nationale a été abîmé abîmé par Nicolas Sarkozi qui a estimé qu'on pouvait traiter de ce sujet-là dans des préfecture pour l'instrumentaliser. En revanche, quand la rédaction de Charlie Hebdo a été massacrée, moi ce qui m'a frappé, c'était de me dire que les frères Kashi, Amedi Koulibali et avant cela Mohamed Mera qui a tué à bout portant des enfants juifs parce qu'ils étaient juifs, tous ces jeunes gens ont passé 12 ou 13 ans sur les bancs de l'école française. Et je pense que ça nous oblige à nous poser la question d'abord de notre échec collectif, de ce que nous avons raté et ensuite ça nous oblige à nous demander ce qui nous rassemble, qu'est-ce qui n'est pas négociable dans notre identité commune.
Pourquoi est-ce important ? Parce que les débats que nous avons, j'ai regardé le débat des candidats déclarés à l'élection présidentielle à la ref. On était sur des débats techniques pour savoir s'il fallait plus ou moins de baisse du nombre de fonctionnaires, plus ou moins de de modification des règles de protection sociale.
Mais pourquoi faire exactement ? Quel est le lien qu'il y a entre un salarié, un professeur, un chef d'entreprise, quel qu'il soit, c'est que nous sommes liés par la nationalité et la nationalité implique des devoirs. Quand on est citoyen d'une nation, on peut potentiellement aller donner sa vie pour préserver cette nation et il faut l'avoir en tête au moment où les dangers, la l'instabilité, voir l'agressivité de certaines puissances nous remet ça en mémoire.
Et bien cette ce devoir, il doit impliquer des droits et on ne doit pas les effacer. C'est-à-dire que ça a un sens d'être citoyen. Ça implique que on a aussi une protection de la part de l'État car en particulier en France la nation découle de l'État.
Et donc avoir eu des politiques qui pendant des années se sont ingénés, se sont ingénégés à détruire tout ce qui permettait à des citoyens de se sentir vivre dans la même nation au nom du fait que tout cela devait être dépassé, qu'il fallait être ouvert, qu'il fallait que et c'est la phrase de François Mitteran la France est ma patrie, l'Europe est mon avenir. ce qui phrase dans laquelle il manquait le fait que la France est aussi notre avenir. Voilà tout ce genre de chos à petit à petit brouillé les catégories et nous allons devoir reconstruire parce que c'est la demande des citoyens français.
Karine Boamran, Natacha Poloni a beaucoup parlé de votre famille politique en la métant responsable de l'image qu'on aujourd'hui une grande partie peut-être des de nos concitoyens sur ce qu'est le récit national à savoir une image plutôt péjorative. Est-ce que vous voulez réagir peut-être ? Je suis pas responsable des décisions qui ont été prises à l'époque de monsieur Jospin, notamment sur la circulaire et la référence des centenaires de la loi de la cité.
Et je partage que un des éléments de rupture avec notre rapport avec l'amour de la patrie et le respect des principes républicains des valeurs républicaines, cet épisode a joué un rôle défavorable. Je partage mais c'est un élément unifactoriel. Le fait que je je convergerai plus sur le propos de madame Polonie, c'est plus sur la conclusion de son propos où on il peut pas y avoir cause commune si il n'y a pas d'une part une instruction forte en terme de civisme et de rapport avec la nation et qu'est-ce qui fait nation.
Et justement qu'est-ce qui fait nation ? un état qui protège et aujourd'hui que ce qu'on soit côte d'armor ou que ce soit en laer dans les Sven en Saint-Sani ou dans le nord si vous n'avez pas le l'état qui assure et là vous êtes vous avez fait référence à l'idéal de 1789 en filigrane dans votre propos protéger protéger et protéger c'est quoi aujourd'hui nous sommes une grande nation mais une grande nation qui est en incapacité à pouvoir palier les 86 % de déserts médicaux le fait que il y Il manque, il y a 12 millions de françaises et de Français qui sont mal logés. Il manque 300000 logements chaque année.
Il y a dans notre pays, à mon époque, quand j'étais gamin, il fallait 15 ans lorsqu'on est issu d'un milieu populaire, rural ouvrier pour pouvoir doubler son pouvoir d'achat. Désormais, il faut 80 ans. C'est que le travail ne pai plus.
Aujourd'hui, nous sommes en incapacité à se dire qu'à compétence égale, lorsqu'on est une femme, on puisse bénéficier du même salaire. Aujourd'hui, on est en incapacité de dire qu'on peut protéger le vous avez dit ce qui fait le point commun entre tous les tous les concitoyennes et les concitoyens, c'est la nation. Il y en a un autre, c'est qu'on a tous été enfants.
Il y a 1700 enfants agressés chaque année sexuellement. On est en incapacité à se dire que les trois enfants par classe doivent être protégés au même titre que le nombre de féminicides que nous avons. Chaque année, on est en incapacité à protéger les femmes dans notre pays.
Donc oui, vous avez raison, il faut qu'on arrive à recanctuariser la notion de devoir au regard de ce que représente le drapeau bleu bleu blanc rouge. La liberté, l'égalité, la fraternité, la laïcité. Mais il y a un autre principe dans notre République qui est aussi consubstantiel à la création de notre République, c'est la démocratie sociale.
Et la démocratie sociale, ça protège. Et aujourd'hui, vous avez une bonne partie des personnes issues d'un milieu populaire, c'est-à-dire pauvre, qui soit rural ou qui soit urbain, qui soit périphérique ou qui soit central, qui ne bénéficie pas de cette protection qui est consubstantielle à la promesse républicaine et qui fait que au bout d'un moment, l'idéal républicain qui fait que aujourd'hui nous sommes ici à débattre en bonne compagnie avec un confort minimum minimum matériel fait que cette promesse elle est rompue. C'est la raison pour laquelle il ne pourra pas y avoir une un retour de l'amour patriotique comme l'avez évoqué avec la comparaison gauliste ou la le sentiment de faire cause commune que nous avons connu pendant les jeux olympiques si nous n'assurons pas le minimum minimorum de ce qui est protégé.
Et la protection, c'est l'accès à l'eau, l'accès à l'énergie, l'accès au logement, l'accès à la santé, l'accès à l'éducation et l'accès à une vie décente qui passe par plus de pouvoirs d'achat pour les classes moyennes et les classes populaires. Natacha Polonie, avant de passer à la question suivante, peut-être aimeriez-vous réagir, je crois à ce que vient dire, monsieur bien entendu parce qu'en effet, tout le sujet est là. comprendre comment on en arrive à une popérisation de l'État qui s'est associé à un mépris de la nation dans un pays, la France, dont la nation s'est constituée autour de l'État.
Et pourquoi est-ce que je dis ça ? Parce que le rôle de l'État qui a été abandonné, c'est un rôle justement de de stratège, c'est un rôle de prévision, c'est un rôle de constitution de l'ensemble de ce qui va protéger justement les citoyens. tout le discours, tout le débat qui a eu lieu juste avant, les propos du premier ministre ont évoqué la souveraineté, ont évoqué la capacité justement à assurer la défense de la France.
Mais en fait, c'est tout cela qui a été abandonné par les gouvernements précédents. C'est-à-dire que quand on se départit petit à petit de tous les outils par lesquels on peut garantir la protection des citoyens au nom notamment de l'idée que tout cela est parfaitement inutile et que justement la nation est un principe dépassable voire ringar. Et bien forcément, vous créez une inégalité, vous créez une souffrance et vous créez de la part des citoyens le sentiment que vous leur retirez la totalité de ce qu'ils ont.
Enfin, souvenez-vous de ce qu'a été le mouvement des gilets jaunes. Qu'est-ce que c'était ? C'était tout simplement des gens qui demandaient humblement le droit de vivre de leur travail parce qu'ils respectaient les règles, parce qu'ils respectaient leur rôle de citoyen.
Je rappelle qu'à l'époque ce mouvement a été traité par le ministre de l'intérieur de l'époque de Peste Brune, ministre de l'intérieur qui ensuite est devenu conseiller de Chine, une entreprise qui détruit l'industrie et le commerce français. Les citoyens voient cela et ils comprennent ce que ça signifie. De même quand vous avez des gouvernements successivement qui laissent des puissances étrangères racheter des actifs des des fleurons industriel.
Je veux dire le le torpillage d'Alcatel, ça date de 2005 qui a réagi depuis Alstom 2016. C'est c'est-à-dire que l'ensemble de ce qui de ce qui permettait la puissance, de ce qui permettait à la France de jouer son rôle et donc aux citoyens en effet de gagner leur vie parce que nous produisions, parce que nous avions des grands monopoles d'État et une des entreprises derrière et tout un réseau de sous-traitants qui vivaient de cela et donc des territoires qui étaient irrigués. Tout cela a été petit à petit détruit par une idéologie par une idéologie qui consistait à dire que ça n'était absolument pas grave de devenir une espèce de parc de loisirs, un un musée dans lequel et bien quelques citoyens vivraient de d'emploi de service et puis les autres on ne sait pas très bien.
C'estàd que cette souffrance, elle a été exprimée et elle a été exprimée par des citoyens qui avaient l'impression de ne pas être respectés. Et je pense que tout l'enjeu, c'est de comprendre comment la question de la nation, la question du retour de l'État dans son rôle doivent se jouer aujourd'hui, articuler à notre place évidemment dans l'Europe parce que tout ça se joue aussi à l'échelle de l'Europe et de la façon dont nous voulons voir l'Europe justement ne pas dépendre du reste du monde. Mais si nous ne traitons pas tous ces sujets en même temps, si nous nous contentons de quelques mesures techniques, nous allons continuer à nous enfoncer.
Pourquoi ? Parce que nous ne nous donnerons pas les moyens de retrouver ce qui fait les prérogatives d'un État et d'une nation. Le mot de souveraineté, c'est un mot qui implique des réalités et la France, le mot de nation implique aussi des réalités.
Moi, je crois Jean-Michel Blanquer a cité Ernest Renan. Ernest Renan, il faut le rappeler, le marteler à une conception de la nation qui est spécifique à l'identité même de la France, c'est-à-dire un plébiscite de chaque jour. Nous sommes une nation politique, nous choisissons d'être des citoyens unis.
Mais il ajoute un plébiscite de chaque jour appuyé sur un leg de souvenirs commun. Nous neissons pas de nulle part. Nous ne sommes pas là par hasard.
Nous portons une histoire et c'est ça qui fait que nous formons un peuple. Si on ne transmet pas cette histoire, si on abandonne le rôle de l'école qui consiste justement à forger ce creuset national, alors en effet, nous sommes comme l'a dit par exemple Gérard Colomb, nous sommes côte à côte voire face- à face. Bon, on il est vrai qu'on a élu un président de la République qui expliquait dans sa campagne qu'il n'y avait pas de culture française mais des cultures en France.
Je pense qu'à force d'accumuler ce genre de choses, en effet, nous sommes dans une situation où la nation et l'État sont attaqué. Vous vous parliez de l'école, madame Polonie. Euh en effet, réenchanter la France et le récit national ne passe pas uniquement par ceux qu'ils l'ont fait, mais par ce qu'ils le font et ce qu'ils le feront demain.
Et c'est en ce sens que l'école de la République qui est bien mise à mal ces derniers temps est essentiel. Euh en 1935, Paul Valérie euh disait euh "L'école n'est pas la seule à instruire les jeunes. Le milieu l'époque euh ont sur eux autant et plus d'influence que les éducateurs.
Euh à l'époque de Valérie, il y avait déjà la presse, il y avait euh évidemment des opinions politiques euh qui étaient largement diffusées aussi à la radio. Il y avait aussi la religion qui malgré la loi de 1905 était encore très présente dans les foyers. 90 ans plus tard aujourd'hui toutes ces influences là existent encore mais ont une caisse de résonance énorme qui est les réseaux qui sont les réseaux sociaux et plus largement internet.
Euh et on se demande si l'école est suffisamment armée, l'école qui n'a pas vraiment finalement tant évolué que ça euh depuis est suffisamment armée aujourd'hui pour euh servir de rempart à toutes ces influences là. Euh monsieur Boamran, si vous voulez commencer, façon très concrète, est-ce que l'école répond à tous ces enjeux ? Malheureusement non pour des raisons multifactorielles.
Le premier c'est le manque de moyens, le manque d'attractivité. Vous l'avez évoqué dans votre propos. C'est une des institutions qui a le moins qui a le moins été réformée ces 50 dernières années.
Quand vous regardez les résultats au niveau PISA mathématique, au niveau européen, c'est une catastrophique. Quand tu voyais le nombre de voyz le nombre de classes surchargées, le taux de classe surchargée en France, c'est le plus c'est le plus important d'Europe. Quand vous regardez euh le les moyens dédiés à l'école primaire, il est moins important proportionnellement au collège et au lycée.
Quand vous voyez la qualité du bâti qui est les prérogatives des maires avec les marges de manœuvre des collectivités territoriales de plus en plus limitée, c'est assez catastrophique. On l'a vu pendant la canicule où les conditions de travail pour les enfants, c'est très très compliqué. Et derrière, on met une pression énorme sur les enseignants dont la reconnaissance est de plus en plus fragilisé.
Bon, des raisons salariales entre autres. Moi, je pense que ce projet éducatif ne doit pas être l'exclusivité, l'apanage des enseignants. Il y a ce qu'on appelle le périscolaire et c'est là où la relation avec les maires et le rôle des maires et qu'on arrête la superposition.
Quand vous regardez aujourd'hui pour le projet éducatif où on parle de périscolaire, c'est de la culture, du sport et ça serait intéressant de réfléchir sur l'enseignement des matières fondamentales le matin et des matières dites culturelles, sportives l'après-midi en lien avec des éducateurs qui éduquent, en lien avec des responsables associatifs, en lien avec ceux qui justement donneraient des des des enseignements ancrés sur le civisme, l'histoire, le rapport avec l'espace, le rapport avec l'écologie, le rapport avec la nature, le rapport avec les langues étrangères, le rapport avec l'IA. Bon bah là, vous voyez bien que aujourd'hui on est encore exactement dans le même paradigme que le début du 20e siècle. Donc je pense qu'il faut réformer la cette notion d'école mais aussi d'enseignement. travailler main dans la main avec les maires, on sous-estime le pouvoir impactant des maires, des éducateurs, des associations sportives.
Aujourd'hui, vous avez le maire, les communautés de commune, le département, la région, la métropole, l'État et pour certains projets le fond européen. On va jusqu'à cette strate. Comment voulez-vous qu'aujourd'hui on arrive à être efficace au regard de la question que vous avez posé ?
Le rempart un projet éducatif pour d'une part épanouir l'enfant. Je sais pas si une partie des personnes ici ont des enfants, mais le cartable qui pèse 4 tonnes et le gamin qui a passé 7h dans une classe de 35°gr et qui revient complètement écuré. Bon, c'est un peu compliqué le fait que le directeur d'école qui là aussi n'a pas forcément un pouvoir hiérarchique en direction des enseignants, donc vous avez parlé de d'autorité, de management dans un de vos ouvrages, je pense que là aussi c'est problématique parce que c'est la seule institution où je vois un établissement où la personne qui est directeur ou directrice ne dirige pas.
Donc là aussi, il faudra m'expliquer à quoi sert un directeur à part être le coordinateur ou être le paillasson des parents lorsqu'ils sont hyper énervés. le rôle de la culture parce que on a tendance à sous-estimer l'impact de la culture. Vous avez démarré avec de Gaulle, je pense que si jamais on arrive à valoriser le patrimoine culturel, on éviterait de dire que il n'y a pas une culture française mais des cultures françaises.
Moi, j'ai été éduqué avec Jacques Brê, avec Léo Ferré, avec une bonne partie Brassince, avec les stones, mais le fait que ça m'a donné la possibilité de dire la langue française est riche, c'est pas la langue anglaise. Et en France, ça renvoie aussi au débat sur la francophonie. Nous sommes un grand pays avec une grande culture qui fait que si jamais il y avait pas l'école de Julferry, si jamais il y avait pas le le la loi, vous avez évoquer la loi de 1905, mais je pense aussi la loi de 1901 au niveau du rôle du patrimoine associatif en France et s'il n'y avait pas justement le pouvoir des maires, on pourrait justement avoir comme projet éducatif le plus grand rempart contre les intégrismes pour promouvoir la laïcité, pour promouvoir noir la démocratie sociale et faire en sorte que l'amour de la patrie ne soit pas récupéré par le rassemblement national et piétiner la République ne soit pas repris de façon dangereuse par la France insoumise.
Natacha. Alors, je commencerai moi par avoir une pensée émue pour les professeurs, les enseignants qui je pense et là vous me pardonnerez sont le la corporation qui a sans doute subi le plus de réformes dans les 40 dernières années et qui ont et ces réformes sont venues détruire l'école de la République et le métier d'enseignant et ces professeurs tiennent à bout de bras dans des conditions qui sont souvent indignes. Alors simplement simplement ce que nous devrions collectivement regarder, c'est le fait que l'école est le pilier de la promesse républicaine et que quand on a une école, toutes les les enquêtes internationales le disent, qui est la plus inégalitaire des pays de l'OCDE, celle dans laquelle le destin social est le destin scolaire est dicté par l'origine sociale.
Nous devons avoir honte collectivement. Et j'entendais tout à l'heure Jean-Michel Blanquer expliquer que c'était lié, c'est vrai, c'est lié au fait qu'il y a des concentrations d'élèves hallophones dans certaines classes, mais pas seulement. Nous n'avons que 3 % de très bons élèves, de très bons lecteurs dans nos classes.
C'est 9 % de la moyenne de l'OCD. C'estàd que les bons élèves qui s'en sortent sont beaucoup moins nombreux qu'ailleurs. C'est et tous les indicateurs en fait sont extrêmement négatifs.
Pourquoi ? Parce que l'école a été détruite. Et là aussi ce qui me ce ce qui m'inquiète terriblement c'est qu'il a fallu 25 ans pour qu'on s'en rende compte.
Moi, il y a 25 ans, je faisais partie de ceux qui essayaient d'alerter. On se faisait traiter de réactionnaires, on se faisait traiter éventuellement alors de populiste, de déclinistes parce qu'il ne fallait surtout pas désespéré bien en cours. Et ce qui est vrai pour l'école l'a été dans tous les domaines.
Et en fait ce qui provoque la colère des citoyens, c'est ce déni, c'est cette impression d'être pris pour des imbéciles quand ils ont alerté sur la désertification des territoires, sur la sur le recul des services publics, c'était la même chose. Ils étaient victimes du populisme. Donc dans tous les domaines, les alertes n'ont pas été entendues et les fondamentaux de ce qui fait notre pacte républicain ont été abîmés.
Donc tout ça va devoir être remis d'aplomb. Pourquoi ? Parce que il faut se demander ce qui nous rassemble, ce qui fait la France.
Quelle est la promesse française ? La France n'est pas née en 1789. Elle est le produit d'une histoire.
Mais cette histoire aboutit à cet idéal extraordinaire : liberté, égalité, fraternité. Et moi, je refuse de choisir d'ailleurs entre les mots du triptique républicain parce qu'il n'y a pas de véritable liberté sans un minimum d'égalité. C'est-à-dire que quand vous naissez dans un département dans lequel il n'y a plus d'industrie, donc il n'y a plus de services publics parce que évidemment une fois que l'industrie s'en va, vous avez les commerces qui s'en vont, la démographie est en berne et donc vous n'avez plus de service public.
Quand vous naissez là, à quel moment pouvez-vous réellement exercer votre liberté ? Le rôle de la puissance publique, c'est de réparer cela, c'est de compenser ces inégalités et c'est ce que la puissance publique a cessé. de faire parce que elle a préféré, nous avons préféré collectivement ou plutôt ceux qui ont gouverné ont préféré s'occuper de donner la mesure des barrières devant les écoles et de dire au maire qu'il fallait la faire arracher parce qu'elle était pas à la à la hauteur réglementaire.
Ça l'état était là. Mais en revanche, quand il s'agit de réparer les inégalités entre les territoires, il n'y a plus personne. C'est ça qui s'est passé.
Et petit à petit, on a vidé l'état de sa puissance d'agir tout en daignant évidemment le la légitimité de ceux qui dressaient le constat. Donc aujourd'hui, non seulement nous devons non pas revenir en arrière et rêver qu'on va rétablir l'école de la 3e République, nous devons partir de ce qui est et nous devons inventer un nouveau projet pour l'école qui consiste d'abord à constater tous nos défauts, hein. par exemple le fait qu'on paye beaucoup plus pour des lycéens que pour des élèves de primaire alors même que c'est là que tout se joue.
Que on continue à mentir aux élèves sur leur niveau mais à payer un milliard par an pour un baccalauréat qui ne signifie plus rien. Que on méprise les professeurs qui ne sont absolument pas encadrés. C'est c'est un ministère qui est totalement sous-administré et derrière voilà on s'étonne des résultats.
Donc il y a tout cela à faire. Je termine sur un point. L'IA va être un bouleversement gigantesque.
On laisse des élèves justement se demander dans quelle filière ils peuvent aller et quelle filière va leur permettre de trouver un emploi au lieu de se demander comment on va les rendre autonomes face aux IA. que nous ayons cessé de défendre notre souveraineté vis-à-vis des outils américains et criminels. En revanche, mettre des laboratoires partout d'enseignement de la manière dont on peut utiliser les IA, faire en sorte de devenir acteur et de retrouver véritablement notre souveraineté.
Ça c'est un projet pour l'avenir. Merci beaucoup Natacha Polonie. Karim Boamer ve les répondes vraiment 30 secondes.
Respecter les 30 secondes. Juste un mot qui a pas été utilisé, c'est renouvellement des élites parce que on a parlé de d'Idal républicain et aujourd'hui quand vous voyez que 75 64 % 65 % des étudiants qui rentrent dans les grandes écoles notamment les grandes écoles de commerce sont ici des milieux supérieurs qui reprendent à peine à peine le quart des étudiants. Aujourd'hui, si on veut que il y ait une promesse républicaine, il faut que les personnes ici des milieux pauvres, qui soient ruraux ou urbains, puissent intégrer justement des grandes écoles que ça soit pas l'apanage des classes supérieures qui est une véritable reproduction, renouvellement des élites soit politique, économique et culturel.
Voilà ce que je tiens à dire. Et ça c'est le rôle de l'école et c'est la responsabilité de l'école. Et bien merci beaucoup à nos deux premiers invités.
Karim Bouamrane