Philippe Martinez, sur le chômage : "Il y a un décalage entre la communication gouvernementale et la réalité"
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Questions et réponses
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- 0:19OuverteÉludée
Le gouvernement se réjouit de la bonne santé de l'économie française.
- 1:02RelanceRéponse directe
C'est-à-dire on manque d'emplois ?
- 1:11RelanceRéponse directe
Difficulté de recrutement ?
- 2:05OuverteRéponse directe
Ce que vous interrogez c'est la qualité de ces emplois créés ?
- 2:10FerméeRéponse partielle
C'est ce que vous dites ?
- 3:15OuverteRéponse directe
Et pour les jeunes, Philippe Martinez, est-ce que la situation ne s'est pas quand même améliorée ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:40Invité politiqueFait
« Pas du tout parce qu'il y a un décalage entre la communication gouvernementale et la réalité dans le monde du travail en général et puis parmi la jeunesse aussi. »
- 0:52Invité politiqueFait
« Moi ce que je constate et je fais beaucoup de déplacements c'est qu'il y a un développement de la précarité. »
- 1:12Invité politiqueFait
« Parce que les conditions de travail ne sont pas bonnes, parce que les salaires ne sont pas au niveau. »
- 1:41Invité politiqueFait
« Et puis il y a beaucoup de précarité, c'est-à-dire des CDD, des intérimaires. »
- 2:10Invité politiqueFait
« Non, je n'ai pas dit ça. Premièrement, il y a eu beaucoup de radiations, ça c'est une chose. »
- 2:24Invité politiqueFait
« Quel type d'emploi on a ? Beaucoup de précaires, beaucoup de CDD, des emplois qui peuvent durer une semaine, voire quelques jours. »
- 2:37Invité politiqueFait
« On a créé des nouvelles appellations, si je puis dire. Où sont-ils comptés ? Par exemple, on a inventé les CDI-I, contrat à durée indéterminée, intérimaires. »
- 3:50Invité politiqueFait
« Il y a des diplômés Bac plus 5 qui sont payés à peine le SMIC, ils sont en temps partiel. »
- 5:03Invité politiqueChiffre
« Il y a encore 75% des branches qui démarrent en dessous du SMIC. »
- 7:27Invité politiquePromesse
« Nous, nous proposons qu'il soit à 2 000 euros, c'est-à-dire le salaire de base. »
- 11:46Invité politiqueChiffre
« les femmes sont encore moins, sont toujours moins payées que les hommes à qualification égale ? C'est proprement scandaleux, alors on a des beaux discours là aussi, mais la réalité c'est que les femmes sont moins bien payées que les hommes à hauteur de 20% »
- 13:14Invité politiqueChiffre
« Pas vraiment, non. Parce que le gouvernement dit qu'on va recapitaliser à 2 milliards, mais il vient de prendre 8 milliards, vous vous en rappelez, il vient de prendre 8 milliards EDF pour faire en sorte que les entreprises privées de l'énergie puissent préserver leur marge. »
- 15:31Invité politiqueFait
« Puisque nous, nous pensons que le nucléaire, c'est une énergie d'avenir, puisque c'est la seule énergie décarbonée et fiable. »
- 24:33Invité politiqueFait
« que ce n'est pas que le programme de l'extrême droite, c'est d'abord un programme ultra-libéral, voilà, augmenter les salaires en supprimant les cotisations sociales, c'est à la mode pour les partis de droite, y compris pour le président de la République »
- 25:09Invité politiqueFait
« sans les immigrés, qui payent les cotisations, qui font tourner l'économie, je ne suis pas sûr, enfin, je suis convaincu que le pays irait beaucoup moins bien. »
Temps de parole
- Invité politique69 %
- Présentateur14 %
- Présentateur 211 %
- Invité4 %
- Invité 22 %
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France Inter. Alexandra Ben Saïd, Jérôme Cadet, le 7-9. Bonjour Philippe Martinez. Bonjour. Secrétaire général du syndicat CGT, merci d'être avec nous ce matin. Les auditeurs d'Inter vous interpellent au 01 45 24 7000 ou via les réseaux sociaux et l'application France Inter. Philippe Martinez, le gouvernement se réjouit de la bonne santé de l'économie française. 7% de croissance l'an dernier, l'une des plus fortes croissances de la zone euro et un taux de chômage selon les chiffres de l'INSEE publié vendredi. Un chômage au plus bas depuis 2008 à 7,4% du jamais vu même depuis 40 ans pour le chômage des jeunes. Est-ce que vous applaudissez ?
Pas du tout parce qu'il y a un décalage entre la communication gouvernementale et la réalité dans le monde du travail en général et puis parmi la jeunesse aussi. Moi ce que je constate et je fais beaucoup de déplacements c'est qu'il y a un développement de la précarité. Partout on manque d'emplois et puis les...
C'est-à-dire on manque d'emplois ?
L'attractivité des métiers comme on dit officiellement c'est une réalité. C'est-à-dire des emplois non pourvus parce que...
Difficulté de recrutement ?
Parce que les conditions de travail ne sont pas bonnes, parce que les salaires ne sont pas au niveau. Je pourrais faire le parallèle, il n'y a jamais eu autant de conflits dans les entreprises dans le cadre d'une campagne électorale. C'est un signe aussi, j'étais par exemple à la FNAC vendredi, ils sont en grève parce que leur grille de salaire démarre en dessous du SMIC. Ils n'ont pas touché la prime Covid alors que ce sont des magasins qui sont restés ouverts. Et puis il y a beaucoup de précarité, c'est-à-dire des CDD, des intérimaires. Voilà, et je peux vous citer des exemples comme ça.
J'étais également sur un piquet de grève au château de Neuville, un EHPAD, où là aussi on a des problèmes d'emploi, des problèmes de salaire. Donc il y a un décalage entre la communication du gouvernement et la réalité dans les entreprises et la réalité des chômeurs aussi.
650 000 créations d'emplois en 2021, il y en a eu 300 000 en 2019. Ce que vous interrogez c'est la qualité de ces emplois créés ? Ce ne sont pas des vrais emplois en fait ? C'est ce que vous dites ?
Non, je n'ai pas dit ça. Premièrement, il y a eu beaucoup de radiations, ça c'est une chose. Il y a beaucoup de personnes qui se désespèrent et qui ne vont pas s'inscrire à Pôle emploi. Et la troisième chose, vous avez raison, c'est la qualité de l'emploi. Quel type d'emploi on a ? Beaucoup de précaires, beaucoup de CDD, des emplois qui peuvent durer une semaine, voire quelques jours. On a créé des nouvelles appellations, si je puis dire. Où sont-ils comptés ? Par exemple, on a inventé les CDI-I, contrat à durée indéterminée, intérimaires. C'est compté dans les CDI, mais ce sont des intérimaires, puisque ce sont des missions de 4 ans, 3 ans.
Et puis dans la logistique, on a inventé les CDI-O. C'est la même chose. Donc voilà, quelle qualité de l'emploi ? Parce que vous savez bien que quand on est précaire, pour construire sa vie, c'est compliqué. Essayez de louer un logement, si avec un contrat CDD, on vous dit, vous revenez un petit peu, parce que vous n'êtes pas fiables financièrement.
Et pour les jeunes, Philippe Martinez, est-ce que la situation ne s'est pas quand même améliorée ? Alors, vous dites précarité, mais on a quand même un chômage des jeunes qui est très notre point noir au plus bas depuis 40 ans. Il y a eu ce boom de l'apprentissage. Il y a le plan un jeune, une solution, ça c'est ce que dit le gouvernement. Est-ce que vous n'y trouvez pas quand même des points positifs ?
Moi je comprends la jeunesse qui est dans la galère, et quand elle trouve un petit boulot, ou un boulot même précaire, c'est mieux que rien. Mais est-ce qu'on peut se contenter, pour construire son avenir, que c'est mieux que rien ? Il y a des diplômés Bac plus 5 qui sont payés à peine le SMIC, ils sont en temps partiel. Donc en fait, quel avenir on promet à cette jeunesse ? Oui, il y a de l'apprentissage, mais l'apprentissage, il est aussi lié aux aides de l'État. Nous, nous avons demandé à M. Castex de conditionner ces aides sur l'apprentissage à un CDI dans la suite de l'apprentissage.
Vous voyez, parce qu'il faut fiabiliser, fidéliser ces contrats, parce que sinon, les jeunes, ils le sont déjà beaucoup, mais ils vont être dégoûtés.
Vous en parlez depuis le début de cette interview, vous dites qu'il y a des conflits dans les entreprises, les négociations sur les salaires, ça ne se passe pas bien en ce moment ? Quel est le degré de conflictualité ?
Il y a beaucoup de conflits dans diverses entreprises, vous en avez cité deux, mais y compris dans des grandes entreprises. Je pense à Dassault, où le conflit dure depuis un moment, chez Thalès, où c'est l'ensemble des syndicats qui se mobilisent sur les salaires. Pourquoi il y a un problème ? C'est parce qu'on a augmenté le SMIC, mais dans la réalité, dans les entreprises et dans les branches, on n'est pas au niveau. Il y a encore 75% des branches qui démarrent en dessous du SMIC. Qu'est-ce que c'est que le SMIC ? C'est le paiement d'une qualification pour un salarié ou une salariée qui n'a pas de diplôme, c'est-à-dire pas de qualification reconnue par un diplôme.
C'est la première ligne de la feuille de paie. Or, beaucoup d'entreprises néglissent cette première ligne, elle est en dessous du SMIC, et par le biais de quelques primes, fait qu'on arrive à un salaire net au-dessus du SMIC. Nous, ce qui compte, c'est premièrement le brut, parce que le salaire net, certains d'ailleurs proposent, et M. Macron l'a fait, et d'autres l'ont fait avant lui, de supprimer les cotisations sociales pour essayer de faire en sorte que le salaire net soit en dessous du SMIC. Mais les cotisations sociales, c'est la retraite, c'est l'hôpital, et l'hôpital, par exemple, a besoin d'argent. Enfin, cette crise l'a montré.
Donc les négociations ne progressent pas, c'est ce que vous nous dites, Philippe Martinez. Pourtant, on a le sentiment qu'aujourd'hui, plus que jamais, le rapport de force, il est favorable aux salariés. Il y a des difficultés de recrutement dans beaucoup de branches, dans beaucoup d'entreprises.
Oui, mais il y a, évidemment, c'est une prise en compte, et ça, c'est le fruit de démobilisation, le fruit de nos explications auprès des salariés. Mais il y a des conflits qui sont durs, difficiles. Il y a des bons résultats. Il y a dans des entreprises où des augmentations de salaires se font de 4, 5%. Et puis, il y a des endroits où c'est très dur. Et c'est marqué aussi par une forte répression vis-à-vis des grévistes, et notamment des délégués syndicaux, quels qu'ils soient. Je connais plus ceux de la CGT, où dès qu'on demande quelque chose, dès qu'on fait grève, on a une lettre de licenciement. Et j'ai beaucoup d'exemples comme ça. On est traîné devant les tribunaux. Oui, oui.
Vous dites qu'en ce moment, ça s'accentue, cette pression ?
Oui, ça s'accélère. Ça nécessite de mettre les paroles en concordance avec les actes. Plus on parle de dialogue social, et plus il y a de répression syndicale. Voilà, je vous ai cité l'EHPAD de Neuville-sur-Oise, dans le Val-d'Oise. Eh bien, la déléguée syndicale, c'est hors PA en plus petit, si vous voulez. Parce que ce n'est pas un groupe mondial, c'est un petit groupe où il y a 4 EHPAD. Eh bien, la représentante syndicale est menacée de licenciement. Enfin, elle est licenciée, donc il y a un recours. Et puis, elle est traînée devant les tribunaux, parce que, soi-disant, elle est agressive, etc. Enfin, c'est vraiment scandaleux. Il faut réévaluer le SMIC, Philippe Martinez. Évidemment.
À quel niveau ? Nous, nous proposons qu'il soit à 2 000 euros, c'est-à-dire le salaire de base. 2 000 brut ? Je viens de vous expliquer que le salaire de base, c'était la première ligne, c'est-à-dire le paiement d'un salarié qui n'a pas de qualification reconnue par les diplômes. 2 000 de base. Après, sur ces 2 000, il y a des primes, il peut y avoir des primes, etc. Moins les cotisations, ça vous fait un net.
Aucun candidat à la présidentielle ne propose une telle augmentation, Philippe Martinez. Jean-Luc Mélenchon propose un SMIC à 1 400 euros net. Fabien Roussel à 1 800 brut, pour donner deux exemples. Est-ce que ce n'est pas irréaliste ?
La proposition de la CGT ? Pas du tout. Pas du tout. Parce que, moi, nous, on se met à la place de ceux qui vivent normalement, qui ont un loyer à payer, une voiture, de l'essence, des transports, de l'énergie. Et bien, vous verrez qu'avec 2 000 euros de salaire de base...
Ça veut dire que ces candidats-là, ils ne se mettent pas à la place des salariés ?
Ça veut dire qu'il faut qu'ils fassent encore un effort pour mesurer les difficultés de la vie. Et puis, bien parler de choses. Les candidats, la grande majorité, parlent beaucoup de salaire net. Et avec des solutions qui sont vieilles, j'allais dire, depuis 30 ans. C'est-à-dire, donner d'une main, en parlant du salaire de base, en piquant dans l'autre main, les cotisations sociales. Et après, on s'étonne qu'il n'y ait pas assez d'argent pour la santé.
Ça sent les propositions, par exemple, de Valérie Pécresse, Marine Le Pen. C'est ceux dont vous parlez.
M. Macron l'a fait.
Vous dites que tout n'est pas bon à prendre, en fait. C'est ça ?
Évidemment, évidemment. Quand on vous met de l'argent dans une poche et qu'on vous pique le double dans l'autre, et après, on nous dit qu'il faut travailler plus longtemps, il n'y a pas d'argent pour les hôpitaux, donc il faut fermer des... et on en ferme encore des lits, des services. Mais ce n'est pas nouveau. Je pense que ça fait au moins 30 ans, quels que soient les présidents de la République et les gouvernements, qu'on parle de ça. Suppression des cotisations sociales. Alors peut-être que ceux qui nous écoutent ne comprennent pas bien, ils parlent de charges.
C'est vrai, différence de vocabulaire. Philippe Martinez, pour améliorer le pouvoir d'achat des Français, il y a aussi ce que fait l'État contre l'inflation. Il vient de dépenser 15 milliards pour les ménages, pour les protéger de l'inflation, notamment la hausse des prix des carburants. Que dites-vous ? Vous dites, comme Valérie Pécresse, il est en train de faire campagne avec un chéquier, oui, comme Valérie Pécresse, ou bien vous dites, il fallait le faire et c'est bien ?
Moi je dis comme la CGT. Vous savez, une prime, c'est comme on dit, ça met du beurre dans les épinards, mais c'est un mois. On va faire ses courses toutes les semaines. Les loyers pour ceux qui en payent, c'est tous les mois. L'assurance de la voiture ou de la maison, c'est tous les ans ou tous les mois quand on est mensualisé. Donc c'est beaucoup de communication, mais ce qui compte vraiment, c'est ce qu'on touche à la fin de chaque mois.
Et vous avez pensé quoi des convois pour la liberté ? Dans ces convois, il y avait justement, alors il y a beaucoup de choses, il y avait beaucoup de choses, des anti-vaccins, des personnes qui s'inquiètent pour les libertés publiques, et puis quand même ce souci sur la hausse des prix. Qu'est-ce que vous en avez pensé ?
Ça exprime une colère dont je viens de vous décrire une partie, là où on connaît. C'est une colère qui s'exprime dans des entreprises, chez des retraités qui ne connaissent pas les syndicats, ou qui ont peut-être une mauvaise image des syndicats, et qui, en tout cas, ça exprime bien un mécontentement profond dans le pays, qu'on soit dans une grande entreprise, dans une petite, qu'on soit au chômage ou à la retraite, il y a une vraie colère. Et un des principaux motifs de colère, c'est la question du salaire, comment je fais pour boucler ma fin de mois ?
Une colère sourde, froide, disait il y a quelques jours Laurent Escur, le patron du syndicat UNSA, qui pourrait exploser aussi dans les semaines qui viennent, Philippe Martinelle.
Oui, oui, d'ailleurs c'est avec l'UNSA et d'autres que nous organisons une nouvelle journée interprofessionnelle de mobilisation le 17 mars, qui fera suite à une journée qui est inscrite dans le paysage tous les ans, mais qui revêt une importance, j'allais dire encore plus forte cette année, c'est le 8 mars. Comment se fait-il que dans ce pays, malgré des lois et des lois, les femmes sont encore moins, sont toujours moins payées que les hommes à qualification égale ?
C'est proprement scandaleux, alors on a des beaux discours là aussi, mais la réalité c'est que les femmes sont moins bien payées que les hommes à hauteur de 20% et c'est souvent dans les métiers, je vous ai décrit, c'est souvent dans les métiers qu'on a appelé de deuxième ligne ou dans les métiers à prédominance féminine, la santé, le médico-social.
Et ça, ça peut se résoudre, vous dites cela, mais est-ce que ça peut se résoudre très rapidement ?
Ben oui, il suffit d'appliquer la loi et de pénaliser les entreprises qui ne respectent pas la loi. Si vous, vous ne respectez pas la loi, il se passe quelque chose. Pourquoi, alors qu'il y a des lois qui prévoient cette égalité entre les femmes et les hommes, il y a encore des écarts qui vont jusqu'à 20% ?
Donc il y a une complaisance du gouvernement qui ne fait pas son travail en la matière ?
Le gouvernement, mais vous l'avez sans doute noté, dit souvent on va se fâcher, on va leur tirer les oreilles.
Ben il faut plus que ça. Un autre dossier est en lien, et un dossier chaud en lien avec cette question du pouvoir d'achat, lié au prix de l'énergie d'ailleurs, c'est l'avenir d'EDF. Vendredi, l'État a annoncé qu'il allait recapitaliser, c'est-à-dire injecter un peu plus de 2 milliards d'euros dans EDF pour compenser les pertes liées à l'arrêt de nombreux réacteurs en ce moment, et aussi les pertes liées au bouclier tarifaire, la hausse des tarifs qui a été limitée. Vous aviez fin janvier avec d'autres syndicats appelés à la grève chez EDF, Philippe Martinez, pour, je cite, mettre fin au saccage d'EDF par le gouvernement. Est-ce que vous avez le sentiment d'avoir été entendu ?
Pas vraiment, non. Parce que le gouvernement dit qu'on va recapitaliser à 2 milliards, mais il vient de prendre 8 milliards, vous vous en rappelez, il vient de prendre 8 milliards EDF pour faire en sorte que les entreprises privées de l'énergie puissent préserver leur marge. C'est l'argent qui va manquer à EDF en revendant l'électricité. On recapitalise de 2 milliards et on leur pique 8 milliards. C'est de l'argent qui va manquer pour des investissements, pour de la recherche et du développement. Or, il y a besoin dans une entreprise comme EDF, dans l'énergie, d'investir, de développer, de faire de la recherche sur des tas de domaines. Et puis, c'est quel contour de l'entreprise ?
Qu'est-ce qu'on va garder dans EDF nationalisé ? Nous, nous pensons qu'il faut un mix énergétique en matière de production, le nucléaire, l'hydraulique et le renouvelable. Il faut intégrer la distribution. C'est ceux qui, les agents qui viennent chez vous, remettent le courant, qui est en ce moment avec la tempête. Et puis, il faut aussi développer la recherche.
L'État détient à peu près 84% d'EDF. A Bercy, on dit que toutes les options sont sur la table, et pourquoi pas la nationalisation ? C'est ce qu'il faudrait faire ?
Oui, oui, mais c'est quel contour de la nationalisation ? Il y a quelques mois, M. Le Maire disait, on va nationaliser en gardant juste le parc nucléaire, et puis le reste, on le livre à la concurrence. Il faut une entreprise intégrée, qui prend en compte le mix énergétique, qui a besoin des trois modes de production, mais aussi la distribution. Et puis, dans une nationalisation, c'est bien aussi quand on écoute un peu plus les salariés. Vous voyez, c'est eux qui connaissent leur boîte.
Alors, vous dites, on a besoin des trois énergies. En mai 2020, vous avez rédigé un projet qui s'appelait « Plus jamais ça », signé par la CGT, mais aussi par Oxfam, Greenpeace, entre autres. Et c'était des mesures pour une économie plus écologique et plus sociale. La mesure 29, aucun investissement public pour soutenir de nouveaux projets nucléaires. Là, Emmanuel Macron vient de dire, on relance la filière, on va construire six nouveaux EPR. Vous êtes d'accord ?
Ou vous avez changé d'avis ? Non, non, je n'ai pas changé d'avis. Vous savez bien que, dans ce collectif « Plus jamais ça », un des sujets de divergence profond avec Greenpeace, c'est la question du nucléaire. Puisque nous, nous pensons que le nucléaire, c'est une énergie d'avenir, puisque c'est la seule énergie décarbonée et fiable.
Mais en 2020, vous disiez, plus aucun nouveau investissement public.
L'investissement public, il passe comment ? Vous avez un actionnaire. L'actionnaire, c'est l'État. Et bien que l'actionnaire, il finance son entreprise, je n'y vois pas d'importance, pas de problème.
Même si c'est pour faire du nucléaire ?
Il faut faire de la recherche. Par exemple, il y a un problème, les déchets. Il y a dans les cartons des ingénieurs, des solutions, en tout cas des pistes de solutions. Il faut de l'argent. Mais quand je vous dis que, vous l'avez constaté, que l'État vient de voler 8 milliards à EDF pour garantir les marges aux entreprises privées, et bien ces 8 milliards, ils auraient dû servir justement à de la recherche, au développement. Et puis dernière chose, c'est comment on réfléchit sur l'ensemble de la filière. Pourquoi il y a des problèmes aujourd'hui dans les centrales ? C'est parce qu'on a beaucoup externalisé, tout ce qui est maintenance, tout ce qui est fabrication.
Et donc il faut réinternaliser un certain nombre de métiers pour éviter qu'on ait des problèmes auxquels on est confronté aujourd'hui.
Mais pour que ce soit clair, il faut que l'État finance la création de nouvelles centrales nucléaires. Vous approuvez Emmanuel Macron sur ce point ?
Il y a besoin de... Oui, il y a besoin de...
Ce n'est pas ce que vous disiez en 2020. Ce n'est pas ce que vous avez signé en 2020.
Mais vous n'avez pas compris ce que je viens de vous expliquer. Si vous voulez, je vous recommence mon propos. Quand un actionnaire... Vous le développez souvent le samedi matin. Quand un actionnaire privé met de l'argent dans son entreprise, tout le monde trouve ça normal. Quand c'est l'État qui joue son rôle d'actionnaire, personne n'est d'accord. Personne n'est d'accord. D'ailleurs, bien souvent, et on le voit en ce moment, quand l'État... On demande à l'État d'intervenir, je ne sais pas, dans une entreprise comme Renault où il est actionnaire. Premier actionnaire. Il dit, non, non, je ne peux pas. C'est des décisions d'entreprise. Donc c'est bien la conception d'une entreprise publique.
Et oui, il y a besoin de ne pas piller les entreprises publiques pour donner de l'argent aux entreprises privées. Et puis que l'État, quand il joue son rôle d'actionnaire, il le fasse, dans toutes circonstances, comme on l'autorise
à un actionnaire privé. Question sur l'actualité de la campagne présidentielle avant d'accueillir les auditeurs d'Inter. Plusieurs cadres de la CGT ont choisi d'apporter leur soutien aux candidats du Parti communiste dans cette campagne. Fabien Roussel, le journal en ligne Mediapart, affirme qu'il a été, pendant cinq ans à l'Assemblée nationale, entre 2009 et 2014, un assistant parlementaire fantôme qu'il touchait 3 000 euros par mois sur des fonds de l'Assemblée, alors qu'il travaillait en réalité pour son parti. Fabien Roussel s'explique ce matin sur Twitter en expliquant que de nombreux témoins peuvent prouver son travail.
Il est dans tous les discours, les questions que mon député a posées. J'ai été assistant parlementaire. Quelle révélation, dit Fabien Roussel, sur Europe 1 à l'instant ? Vous souhaitez qu'il s'explique davantage sur cette période ?
D'abord, je n'ai pas compris votre question parce que vous démarrez par les cadres de la CGT. Donc, à la CGT, on est citoyen et on a le droit de jouer son rôle de citoyen et d'appeler à voter ou soutenir qui on veut. Du moment qu'on ne le fait pas, en tout cas, à la direction nationale avec son étiquette CGT. sur la deuxième partie de votre question, si j'ai bien compris, moi, je n'ai rien à vous dire là-dessus. Je pense qu'il va y avoir des explications comme d'autres en ont fournies à une certaine époque.
Est-ce que ça peut discréditer sa candidature ?
On verra la suite des événements. Je ne suis pas là pour faire ni du judiciaire ni pour commenter la vie politique hormis sur les questions sociales et économiques.
Vous allez recevoir tous les candidats, la CGT. Vous avez déjà reçu Yannick Jadot et Anne Hidalgo, je crois.
Et Arnaud Montebourg quand il était candidat. Quand il était candidat.
Est-ce que vous allez recevoir tout le monde ?
Tous ceux qui souhaitent nous rencontrer seront reçus. Madame Pécresse a demandé à nous voir. Pour l'instant, il n'y a pas de rendez-vous. Hormis d'eux, parce que nous ne fréquentons pas les racistes et les xénophobes, ceux qui pointent les immigrés comme la cause de tous nos problèmes. Donc vous avez compris de qui je parle. Ceux qui veulent nous voir, eh bien, il n'y a pas de problème. On en a, comme vous l'avez dit, déjà reçu deux.
Pierre, nous attend au Standard de France Inter. Bonjour Pierre. Bonjour. Vous nous appelez du Finistère.
Oui. Bonjour. Déjà, merci de prendre ma question. Je vais commencer par un petit constat sur le Finistère. Quand on regarde les associations, le pôle emploi agricole, il y a des offres d'emploi d'une quantité énorme, mais vraiment énorme, où on n'arrive pas à recruter. Alors que ce soit un salarié d'exploitation agricole, que ce soit mécanicien même qualifié dans les concessions agricoles, que ce soit les centres comptables n'arrivent pas à trouver. Pour vous dire, il y a même des exploitants qui te trouvent, notamment en production portine, qui ne trouvent plus de salariés et qui, de ce fait, n'arrivent même pas à partir en vacances. Et là, c'est des burn-out, c'est tout ce qu'on veut.
Tout ce qu'on veut. Et après, ce que je veux dire, c'est que, moi, je veux bien, mais qu'on remonte les salaires. mais quand, dans certaines branches agricoles, déjà, agricoles que ce soit ou artisanat ou commerçant, quand le patron gagne moins que le salarié, on fait comment ?
Merci, Pierre, pour cette question. Je précise que vous êtes, et on l'avait compris, agriculteur, donc dans le Finistère. Philippe Martinez vous répond.
Ça fait partie des branches que je citais, dont je citais l'exemple tout à l'heure, où les salaires sont bas, en dessous du SMIC, les grilles, et puis des conditions de travail. Moi, je prendrais le problème à l'envers. Plus les salaires sont décents, permettent de vivre, plus on peut s'acheter de la nourriture de qualité, et plus ça fait marcher l'activité des agriculteurs. Je pense aussi, Pierre n'en a pas parlé, mais qu'il y a un petit problème dans la distribution, c'est-à-dire, il y a des grands distributeurs qui font beaucoup, beaucoup de marge sur le dos, et des clients, et des agriculteurs.
Une question d'Aurélie, peut-être pour compléter. Aurélie, elle vous dit, avec un SMIC à 2000 euros brut, est-ce que vous n'avez pas peur de la hausse des prix ? Ça, c'est quand même une question. Si on augmente trop les salaires, est-ce que ça ne va pas alimenter l'inflation ?
Premièrement, l'inflation, elle est là, et les salaires n'ont pas augmenté. D'accord ? La deuxième chose, c'est que non, au contraire, quand on augmente les salaires, évidemment, ça peut augmenter les prix, ça peut faire augmenter les prix. Je pense qu'il y a d'autres solutions aussi pour maintenir le niveau des prix, mais la consommation, c'est bon pour l'économie. Je crois que c'est presque 50% du PIB en France qui repose sur la consommation. Donc, plus on a d'argent pour consommer, comme vous et moi, on ne va pas cacher notre argent dans les îles Vierges ou je ne sais quel paradis fiscal, on va consommer.
Et donc, c'est bon pour toute l'économie et notamment pour les agriculteurs, mais je pense aussi aux restaurants, aux cafés, etc.
Question de Gilles de Grenoble. Bonjour Gilles. Oui, bonjour. Nous vous écoutons ?
Voilà, écoutez, en mars 2019, a été créé un regroupement d'associations qui s'appelle le Pacte de Pouvoir de Vivre. Ça regroupe une soixantaine d'organisations qui sont des acteurs dans la protection de l'environnement, la lutte contre la pauvreté, le soutien aux migrants, le monde d'étudiants, le monde du travail. Enfin, il y a une soixantaine que je ne vais pas citer, mais il y a y compris des syndicats, la CFDT, la CFTC, et je me demande pourquoi, je trouve dommage que la CFDT n'y participe pas, et je voulais savoir pourquoi elle n'y participait pas, est-ce que la proposition là a été faite ou pas ?
Réponse de Philippe Martinez. Merci Gilles.
Merci Gilles pour la question. Quand le Pacte du Pouvoir de Vivre s'est constitué, on ne nous a pas sollicité, et donc, je trouve ça dommage. Ceci dit depuis, on a nous aussi un collectif qui s'appelle Plus Jamais Ça, et on essaie de travailler ensemble Plus Jamais Ça et Pacte du Pouvoir de Vivre, parce que je pense que sur les questions environnementales, sur les questions de pauvreté, sur les questions antiracistes, eh bien, les syndicats, les ONG, et les associations, doivent s'unir dans l'intérêt de ceux que nous défendons.
Alors, vous parlez de l'antiracisme. Le premier comportement des classes populaires, c'est l'abstention, et ensuite, une partie des ouvriers et des employés, une partie qui a beaucoup progressé ces dernières années, vote à l'extrême droite. Est-ce qu'en 2022, vous voyez une raison pour qu'il en soit autrement ?
On est forcément inquiet, et donc, il faut multiplier les initiatives, les formations, c'est ce qu'on fait à la CGT, de nos militants, de nos syndiqués, pour expliquer, comme vous l'avez très bien dit tout à l'heure, que ce n'est pas que le programme de l'extrême droite, c'est d'abord un programme ultra-libéral, voilà, augmenter les salaires en supprimant les cotisations sociales, c'est à la mode pour les partis de droite, y compris pour le président de la République, et puis en même temps, c'est vieux comme le monde de pointer les immigrés comme responsables de tous les maux, ça fait, j'allais dire, un siècle que ça existe, depuis qu'il y a de l'immigration, si ça avait été une solution de réduire la place des immigrés, je crois que ça serait, nous, on défend les immigrés, quels qu'ils soient, les travailleurs sans papier, parce que sans les immigrés, qui payent les cotisations, qui font tourner l'économie, je ne suis pas sûr, enfin, je suis convaincu que le pays irait beaucoup moins bien.
Philippe Martinez, votre proposition de porter le SMIC à 2000 euros fait beaucoup réagir, il y a eu une question tout à l'heure qu'Alexandra a relayée, je vous en livre une autre, question de Valérie, je suis à la tête d'une TPE, je voudrais demander à monsieur Martinez, comment on fait pour augmenter les salaires sans augmenter nos prix, nous n'avons pas la trésorerie ?
Bien, je ne sais pas quelle est l'activité de cette TPE, en tout cas, je suis sûr qu'il y a quelqu'un qui lui commande des pièces, un grand groupe par exemple, et bien, il doit y avoir, or c'est toujours les grands groupes, ceux du CAC 40 qui profitent du travail des autres. Si on répartissait un peu mieux les richesses, y compris dans une filière, par exemple, en gelant les dividendes versés aux actionnaires, et bien, ça permettrait de mieux payer l'activité des patrons des TPE, PME, et puis qu'ils revalorisent le salaire, vous voyez, il faut aller prendre l'argent là où il y en a, et vous savez que le CAC 40 a explosé cette année malgré tout ce qu'on a pu dire sur la pandémie.
Merci à vous,
Philippe Martinez, secrétaire général du syndicat CGT. France Inter France Inter France Inter
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