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AutreFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 21 août 2025 25 minContradictoireMixte

"On va encore bricoler" : avant la rentrée scolaire, syndicats et parents d'élèves s'inquiètent du manque de moyens

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Présentateur

Transinter, Hélène Philippe, le 6-9.

0:06
Invité

Déjà trois jours que les élèves ont repris le chemin de l'école à La Réunion. Ce sera la semaine prochaine à Mayotte et le 1er septembre pour tous les autres. La rentrée scolaire dans le grand entretien. Et oui, déjà, l'école est toujours au temps de défis. Nous sommes, sommes-nous prêts ? Enfants, parents, enseignants, chefs d'établissement, on en parle ce matin avec nos invités. Bruno Bobkiewicz, bonjour. Bonjour. Pour représenter les directeurs d'établissement, vous êtes le secrétaire général du SNPDEN-UNSA. Sophie Vénétité, bonjour. Bonjour. Pour les enseignants, secrétaire général du SNES-FSU. Et en ligne avec nous, Grégoire Ancel. Bonjour à vous.

Vous êtes Grégoire Ancel, le vice-président du syndicat de parents d'élèves, la FCPE. Toutes vos questions au standard, évidemment. Vous nous appelez au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France. Et la première des questions, sans doute, est-ce qu'on y arrivera cette année, Sophie Vénétité, à avoir un prof devant chaque classe à la rentrée ? Non, on n'aura vraisemblablement pas un prof devant chaque classe à la rentrée. On n'aura pas non plus un prof devant chaque classe tout au long de l'année, parce qu'il est important de ne pas se concentrer uniquement sur la rentrée. Ça fait plusieurs années que ces deux objectifs ne sont pas atteints.

Et vraisemblablement, ils ne seront pas atteints cette année au regard encore du manque de professeurs. On sait que les concours de recrutement n'ont pas fait le plein. C'est près d'un millier de postes d'enseignants qui n'ont pas été pourvus, parce que notre métier n'est pas suffisamment attractif. Et on sait qu'encore une fois, on va bricoler, parce que l'éducation nationale est la plus grande enseigne de bricolage de ce pays. La preuve, le ministère a un site de petites annonces pour recruter. J'ai regardé hier soir, il y avait près d'un millier de petites annonces pour recruter des professeurs contractuels. Un millier de postes vacants, en gros, à la rentrée, Bruno Bobkiewicz.

Ce n'est pas si mal ? Il y a en tout cas une petite amélioration sur les deux dernières années ? On avait effectivement noté une amélioration quant aux nominations à la rentrée 2024. C'est un peu tôt pour savoir la façon dont les choses vont se passer. On sait que les services des rectorats sont au travail, et c'est au 1er septembre qu'on jugera. Il y a évidemment beaucoup d'inquiétudes, parce que c'est le serpent de mer, et c'est toujours l'inquiétude des parents d'élèves, et évidemment des professionnels que nous sommes.

Les facteurs ne sont pas forcément très positivement réunis, et je partage l'idée qu'au-delà de la photo de rentrée, c'est bien la question des remplacements et des affectations toute l'année sur lesquelles il faudra être vigilant, parce qu'en l'occurrence, là, on a eu une vraie dégradation l'année dernière. Grégory Ancel pour la FCPE, c'est vrai que c'est l'inquiétude principale des parents, cette question ?

2:54
Présentateur

Tout à fait, c'est une grande inquiétude, parce que ça vient perturber les apprentissages, la vie de la classe, les repères des élèves, et les parents voient bien qu'il y a un manquement important dans la continuité de l'éducation qui est offerte à leurs enfants. Et nous, on se bat pour ces remplacements. Déjà, je crois que c'est important de dire qu'un enseignant absent, c'est normal. Être malade, se former, papa, maman, préparer, encadrer une sortie scolaire, c'est normal. Ce qui ne l'est pas, c'est de ne pas être remplacé au fil de l'eau. Et on voulait aussi attirer l'attention sur un phénomène important.

On s'est évoqué, il y a beaucoup de recrutements de personnes contractuelles au fil de l'eau pour pallier aux absences. Et on est en train de glisser petit à petit d'un enseignant devant chaque classe à un adulte devant chaque classe. Or, pour nous, nous voulons des pédagogues. Nous voulons des personnes en capacité d'enseigner, d'évaluer, d'accompagner les élèves, de tenir une classe, parce qu'enseigner, c'est un métier. Donc, attention à la qualification des élèves. Et l'étude PISA montre bien que ce n'est pas parce que vous avez un adulte devant la classe que ça fonctionne. C'est un métier.

3:56
Invité

Sophie Vénétité, c'est la question des contractuels que soulève là Grégory Ancel. Oui, c'est la question de nos collègues contractuels qui sont recrutés tout au long de l'été, dans les prochains jours, et qui sont parfois, bien souvent même, lancés dans les classes avec seulement quelques jours de formation. C'est extrêmement difficile pour eux. C'est un peu être lancés dans le grand bain sans avoir complètement appris à nager. Et c'est vrai que ça rend les choses compliquées pour eux, mais aussi pour les élèves. Et ça renvoie à un impératif pour l'éducation nationale. Enseigner, c'est un métier qui s'apprend. C'est un métier qui s'apprend au long cours.

Et quelque part, avec cette modalité de recrutement du type job dating, on envoie un bien mauvais signal sur ce qu'est le métier d'enseignant. Mais il répond à la crise des vocations de ce métier des enseignants ? Non, ce n'est pas par des recrutements de contractuels qu'on va répondre à la crise de recrutement. La crise de recrutement, elle est devenue structurelle. Elle est profondément ancrée dans notre pays. Ça fait quand même 15 ans que l'éducation nationale n'arrive pas à pourvoir tous les postes au concours de recrutement. Donc, il y a une multitude de facteurs. Il y a bien évidemment la question salariale. Nos métiers sont encore très mal payés. Mais il y a aussi d'autres éléments.

La question des conditions de travail, la question de la considération, la question de la place sociale. Tout ça, c'est des choses qui ont été profondément dégradées ces dernières années et sur lesquelles il est urgent qu'il y ait plus qu'un signal politique. Il faut qu'il y ait des décisions fortes en matière de salaire, de conditions de travail pour qu'enfin l'école occupe une vraie place dans ce pays, la place qu'elle devrait avoir, qu'elle n'aurait jamais dû quitter, c'est-à-dire une place centrale. Bruno Bobkiewicz ? Oui, il y a une question générale globale d'attractivité des métiers. Parce qu'il n'y a pas que les enseignants à l'éducation nationale.

Il y a aussi beaucoup d'autres catégories de personnel. Il y a évidemment un focus sur les enseignants à la rentrée. Mais il faut admettre qu'on souffre aussi beaucoup d'absence de personnel en dehors des enseignants. Et il faut bien entendre ça. Mais oui, il faut travailler. Et c'est un sujet de long cours qui prend du temps et qui est complexe. La question d'attractivité, ça passe par les salaires, ça passe par les conditions de travail. Sophie Vénétité l'a dit. On partage complètement cette idée. Ça va prendre du temps, mais il faut vraiment s'engager. Ça coûte beaucoup d'argent. Et malheureusement, le contexte budgétaire est très inquiétant de ce point de vue.

Vous parlez du manque de personnel en général. L'école manque, par exemple, cruellement d'AESH. Grégoire Ancel, c'est professionnel qui accompagne les élèves en situation de handicap. C'est le parcours du combattant, ça, pour les familles qui sont concernées ?

6:37
Présentateur

Oui, elles en témoignent tous les jours. Et effectivement, aujourd'hui, avoir une notification MDPH, l'avoir honoré, c'est-à-dire avoir un adulte qui accompagne l'élève au quotidien, dans beaucoup de cas, ce n'est pas possible, ça ne fonctionne pas. On a aujourd'hui un manque de moyens criants pour l'école inclusive. N'oublions pas que c'est le droit à l'éducation de l'enfant. C'est un droit fondamental qui se joue là. Et aujourd'hui, les parents nous témoignent de la difficulté à pouvoir intégrer leur enfant et à faire valoir ce droit.

Aussi, la difficulté, et on parle beaucoup de la santé mentale des enfants et des jeunes, avoir un rendez-vous chez un neuropsychiatre, chez un psychiatre, chez un psychologue, c'est plusieurs mois d'attente. Et donc, c'est une nuit de tous les instants. Et puis après, c'est un dialogue constant avec les enseignants, avec les équipes de direction pour intégrer au mieux ces élèves. Et aujourd'hui, dans beaucoup de cas, ça ne fonctionne pas. Et on a un vrai signal d'alarme sur le sujet qui se dresse au quotidien. Et c'est d'autant plus difficile dans des classes dont les effectifs sont trop importants pour permettre une bonne intégration. Donc, il y a aussi un enjeu autour de tout cela.

Et je voudrais revenir juste un instant sur les conditions de travail des enseignants. Ce sont aussi les conditions d'études et de scolarité de nos enfants. Donc là, il y a effectivement beaucoup, beaucoup de choses à faire. C'est un enjeu majeur.

7:54
Invité

C'est un engagement de tous les jours, ça, Sophie Vénétité, pour les enseignants. Oui, le métier d'enseignant, c'est un très beau métier. Et on a choisi ce métier pour transmettre des choses à nos élèves, pour les faire réussir, pour les voir grandir. Et c'est pour ça qu'on a choisi ce métier et qu'on se projette vers cette rentrée. Mais force est de constater que ce métier a été très abîmé et que le contexte dans lequel on le fait est aussi très compliqué. Et c'est ça qui est assez terrible aujourd'hui. C'est-à-dire que l'éducation nationale, en fait, aujourd'hui, elle tient par le dévouement des personnels, des professeurs, de tous les personnels.

Et ça, aujourd'hui, ça rend les choses quand même... Enfin, c'est pas normal. On devrait avoir tout un environnement qui est propice à faire réussir nos élèves. Aujourd'hui, quand vous êtes enseignant, vous êtes dans des classes qui sont surchargées. On a les classes les plus chargées d'Europe. Vous voulez faire une sortie scolaire ? Eh bien, on vous dit qu'il n'y a plus d'argent pour louer un quart. Vous voulez faire une sortie culturelle ? On vous dit que le pass culture a été supprimé. On vous dit que tout ce qui est fourniture du type papier et autres dans l'établissement, eh bien, il n'y en a plus à cause des restrictions budgétaires.

Donc, aujourd'hui, l'éducation nationale, elle est à l'os. Donc, oui, on aime notre métier. Oui, on veut faire réussir nos élèves. Mais le contexte est tel que ça devient extrêmement difficile et que l'école, aujourd'hui, elle est à un point de bascule. Et il va falloir vraiment des mesures politiques très fortes, notamment en matière budgétaire, pour nous aider et nous porter dans cette mission qui, par ailleurs, concerne toute la société. L'école n'est plus la mer des batailles, comme ce que le gouvernement avait promis ces dernières années, selon vous, Bruno Bobkiewicz ?

On a, objectivement, depuis 2017 notamment, créé de nombreux dispositifs qui ont coûté beaucoup d'argent et qui n'étaient demandés par personne. Je pense au SNU, je pense au PACTE, le PASCULTURE, qui représente aussi des volumes importants financiers. Et puis là, on voit bien que le contexte financier oblige à revoir tout ça. Donc, on est dans une logique de stop and go permanente depuis toujours. Et ça, c'est très compliqué à gérer pour les personnels parce que c'est une fois oui, une fois non. On y va, on arrête. Et ça, c'est très compliqué à gérer. On ne peut pas créer une politique éducative et pédagogique avec ce type de fonctionnement.

Oui, un jour, non le lendemain, ce n'est pas possible. L'école a échappé à la suppression de 4000 postes d'enseignants l'année dernière dans le précédent budget qui était justifié par le gouvernement par la baisse démographique des années à venir. Vous ne pensez pas être épargné cette année dans le projet de budget qui a été présenté par François Bayrou ? Il est fort probable que les choses, effectivement, soient revues à la baisse. On nous avait promis, effectivement, le maintien de ces postes, notamment sur des logiques de remplacement des personnels. On jugera sur pièce. Je vous ai vu grimacer Sophie Vénétité sur l'argument de la baisse démographique.

Oui, c'est vrai que l'année dernière, le gouvernement a dit « Regardez, il y a moins d'élèves, c'est la raison pour laquelle des postes vont être supprimés. » Mais la question des postes d'enseignants ne peut pas être guidée par la boussole démographique. D'abord, ça n'a jamais été la boussole des derniers gouvernements puisque depuis 2017, on a eu une augmentation du nombre d'élèves dans les collèges et les lycées et pourtant, on a eu des suppressions d'emplois. Pour vous donner un ordre de grandeur, depuis 2017, il y a eu près de 8000 élèves en plus dans les collèges et les lycées et il y a eu un peu plus de 8800 suppressions de postes d'emplois d'enseignants.

Donc, c'est faux que ce gouvernement suit la démographie. Il suit une boussole, c'est une boussole budgétaire. Or, on ne peut pas aujourd'hui se dire qu'on va encore supprimer des postes d'enseignants dans les collèges et les lycées. On est dans une situation où on a les effectifs les plus chargés d'Europe au niveau collège, où il y a des besoins immenses en termes d'accompagnement des élèves. On a besoin de travailler au plus près des élèves, de travailler en petits groupes pour préparer les citoyens de demain. Et je pense que tout le monde voit bien le monde dans lequel on vit, la complexité du monde dans lequel on vit.

On a besoin de faire grandir nos élèves dans ce monde-là, de leur faire comprendre les crises dans lesquelles ils vivent, le monde dans lequel ils vivent. Et ça, ça nécessite plus d'enseignants. Donc, il est hors de question, en tout cas pour nous au SNESFSU, il n'est pas question qu'il y ait des suppressions de postes sur le budget 2026. S'il y en a, bien évidemment qu'on se mobilisera, parce que si on voudrait ne serait-ce que retrouver le taux d'encadrement de 2017, il faudrait un peu plus de 10 000 emplois juste pour retrouver le taux d'encadrement. Supplémentaires ?

Il faudrait effectivement 10 000 emplois supplémentaires par rapport à la situation actuelle juste pour retrouver le taux d'encadrement. Donc, il est hors de question de supprimer encore des emplois vu la situation catastrophique de l'éducation nationale. On est à l'os aujourd'hui. La question de l'encadrement des effectifs, elle est aussi essentielle pour vous, parents d'élèves, Grégoire Ancel ?

12:37
Présentateur

Oui, tout à fait. On est complètement d'accord. La baisse démographique, c'est en fait une opportunité à saisir pour baisser les effectifs dans les classes, avoir de plus en plus d'adultes dans l'école, parce qu'aujourd'hui, on constate qu'on a moins d'écoles, alors qu'on ne demande qu'une chose, c'est mieux d'école et plus d'école. Il y a un proverbe africain qui dit qu'il faut tout un village pour élever un enfant. Et nous, on constate au quotidien qu'on retire des adultes dans le village et qu'on constate que le climat scolaire se dégrade, que les enfants ne sont pas suffisamment accompagnés, qu'il y a des besoins criants d'accompagnement, ça a été évoqué.

Et donc, il faut absolument qu'on ait un projet de société pour l'école. Parce qu'aujourd'hui, ça gaudille. On ne sait pas bien dans quel sens va l'école. On voit un axe qui dessine et ce n'est pas celui du tout que l'on veut. Et si on veut une école qui prépare des citoyens...

13:19
Invité

De quel axe vous parlez ? Vous parlez des moyens budgétaires ou d'autres choses ?

13:23
Présentateur

Des moyens budgétaires, du fait qu'aujourd'hui, il y ait un choix d'école qui ne soit pas celui que l'on souhaite. Nous, on est pour l'école publique. Une école qui fabrique le citoyen, une école qui permet la rencontre et qui est un vrai service public qui permet de concevoir et de construire une société dans laquelle chacun a sa place et non pas une école où on est séparés, divisés, triés. Et c'est ça l'axe sur lequel on s'est battus, notamment avec les syndicats enseignants en refusant le choc des savoirs. C'est cette capacité à avoir une école qui fédère, qui rassemble, qui est construite. La réforme de Gabriel Attal

13:56
Invité

avec ces groupes de niveau qui avaient été instaurés. L'école, elle bouge quand même, Bruno Bobkiewicz ? Elle avance ? Alors, je ne sais pas si elle avance, mais en tout cas, elle bouge. Donc, le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on fait toujours preuve d'inventivité puisque d'année en année, il y a toujours des nouveautés. Là, ce sera les modalités d'obtention du DNB, nouvelle épreuve de mathématiques et d'autres sujets encore. J'entends le stop and go dont vous parliez tout à l'heure. Ce dont les personnels de direction que je représente souffrent, c'est bien cette logique de changement permanent.

Alors là, on est sur une année qui va plutôt impacter des modalités d'examen que des réformes profondes. Néanmoins, ces changements bouleversent profondément nos métiers et c'est pour les personnels de direction toujours plus de travail et c'est ça qui est compliqué. Mais sur les questions d'égalité fille-garçon, par exemple, Sophie Vénétité en a fait des progrès. En tout cas, il y a un élément qui est très important en cette rentrée, c'est la mise en oeuvre du programme d'Evars, l'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. C'est un programme pour lequel, d'ailleurs, l'ensemble des organisations syndicales se sont engagées. C'est un programme qui va permettre...

Parents d'élèves, enseignants, ça fait l'objet d'une grande consultation. Pour le coup, il y a eu un travail qui a été bien mené, un travail dans lequel on s'est investi et c'est un programme qui va nous permettre d'avancer sur les questions d'éducation à la vie sexuelle, d'éducation aussi aux relations filles-garçons. On va, par exemple, travailler la question du consentement dont on voit bien qu'elle est absolument centrale pour construire une société plus égalitaire entre les filles et les garçons.

Donc ça, ça fait partie des éléments, ça fait partie des notes d'espoir qu'on a eues l'année dernière parce que c'est aussi une victoire face à toutes les pressions des conservateurs, des réactionnaires. On sait que ce programme, il a été très critiqué par l'extrême droite et par d'autres. Et bien, c'est aussi la fierté, c'est aussi notre fierté, notre fierté d'enseignant, de l'école publique, que de porter ce genre de programme et de porter cette ambition de faire vivre, d'apprendre ainsi à faire vivre les élèves ensemble. Même si on sait qu'après, sur les questions d'égalité, filles-garçons, il reste beaucoup de choses à faire.

Mais voilà des choses qu'on arrive à faire et qu'on arrive à porter, il en reste bien d'autres. Mais c'est aussi la preuve que quand on écoute les personnels de l'éducation nationale, les choses peuvent avancer parce que là, pour le coup, on a eu un vrai travail de concertation. Donc il faut que, pour cette année, les choses ne se limitent pas à ce programme des VAR. C'est qu'on ait vraiment, enfin, un ministre, en l'occurrence, une ministre, qui nous écoute. Grégoire Ancel, sur cette question, sur cette question de la formation à la vie affective, vu de votre fédération de la FCPE des parents d'élèves, vous vous félicitez aussi. C'est un travail auquel vous avez participé.

16:41
Présentateur

On a participé, ça a été dit, c'était un travail exemplaire qui fait l'honneur de l'école publique puisque là, on a enfin un programme clair qui va de la maternelle au lycée pour effectivement expliquer toute autre chose extrêmement importante, permettre de libérer la parole. Et je crois qu'il faut absolument faire confiance aux enseignants dans la mise en oeuvre de ce programme, les préserver de toute pression. C'est extrêmement important.

Aujourd'hui, si on veut pouvoir construire ces sociétés où les filles et les garçons se parlent, où on peut dire que le corps d'un enfant c'est quelque chose qui est inviolable, où on va venir permettre le respect, la discussion, de pouvoir faire aussi une politique de santé publique forte pour permettre aux enfants de se construire, eh bien, ce programme-là, il doit être sanctuarisé. On doit préserver les enseignants de toute pression et on doit lui permettre de se déployer sereinement, tranquillement, dans le temps.

17:36
Invité

L'école s'est aussi emparée de la question du numérique, Grégoire Ancel. Il y avait ce paradoxe quand même de demander aux élèves de limiter l'usage des écrans tout en leur imposant un outil numérique, Pronote en l'occurrence à la maison pour les devoirs, pour leur transmettre tout un certain nombre d'informations liées à l'école. C'est une bonne chose que la ministre Elisabeth Borne ait interdit son utilisation le soir et le week-end. Bonne chose pour les enseignants et pour les élèves, Grégoire Ancel ?

18:02
Présentateur

Oui, cette régulation, nous la demandions à la LCPU depuis des années. D'autres nous ont beaucoup rejoints sur ce sujet-là. Il y a eu un travail collectif là aussi qui a été exemplaire. Et ça vient mettre de la régulation et mettre fin au Far West numérique. Et c'est important pour le climat scolaire entre les parents, les enfants, les équipes éducatives, les chefs d'établissement, les enseignants et toutes celles et ceux qui font vivre l'établissement. Et le fait de pouvoir geler ces ENT à certains moments va permettre de faire baisser la pression à la maison et dans les établissements. Et c'est vraiment une mesure qui ne coûte rien, une mesure de bon sens et qui va dans le bon sens.

18:38
Invité

Sophie Venetita, sur ces ENT, les environnements numériques de travail. Oui, alors c'est vrai que quelque part on a l'instauration d'une forme de droit à la déconnexion et c'est important quand on sait ce qu'est la charge de travail des enseignants, des sollicitations qui sont multiples sur les environnements numériques de travail. On était arrivé à une forme de pression quasiment 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, y compris pendant les vacances avec parfois des élèves ou des parents d'élèves qui nous sollicitaient un peu à n'importe quel moment pour nous demander quelque chose.

Mais plus globalement, il s'agit quand même de penser bien évidemment la place du numérique dans l'éducation nationale, ce qui impose aussi d'avoir une réflexion sur la place de l'intelligence artificielle dont on voit bien qu'elle est en train de bousculer plein de choses et qu'il faut vraiment l'aborder plutôt avec un principe de précaution nous semble-t-il. Et plus globalement, ça renvoie aussi cette question des environnements numériques de travail, du droit à la déconnexion à ce qu'est aujourd'hui la charge de travail des enseignants, le temps de travail des enseignants.

On sait qu'on a un temps de travail qui est particulièrement élevé, plus de 40 heures par semaine selon les enquêtes du ministère de l'éducation nationale. Entre les heures de courant physique et toute la préparation. Et toute la préparation. On sait qu'on a aussi une charge de travail qui s'est accrue et ça entre aussi en compte dans la dégradation de nos métiers et dans ce qui pèse au quotidien sur les personnels de l'éducation nationale.

Donc plus globalement, c'est vraiment la question des conditions de travail et c'est vrai qu'il y a une question, les différents ministres, parce qu'on a eu beaucoup de ministres ces dernières années, nous ont sorti plein de gadgets, mais qui ont surtout servi à alourdir le quotidien des enseignants, à alourdir tout ce qu'il y a autour de la tâche d'enseigner. Et à un moment, il va falloir aussi qu'on puisse nous mettre dans de bonnes conditions pour travailler avec, par exemple, moins d'élèves par classe. Ça, ça serait une mesure pour améliorer les conditions de travail.

On a beaucoup de messages sur l'application de Radio France, d'auditeurs, sans doute sont-ils peut-être un peu dans le métier, qui pointent pour expliquer le manque d'attractivité du métier, du secteur, et notamment le fait qu'on manque de remplacement. Beaucoup pointent le fait qu'on freine, en tout cas, la mobilité des enseignants, soit une difficulté. Alors, c'est vrai que la mobilité peut, est aujourd'hui, d'une certaine manière, entravée, elle est entravée par le manque de postes disponibles. Parce que, comme ces dernières années, il y a beaucoup de postes d'enseignants qui ont été supprimés, forcément, vous avez moins de postes disponibles pour muter.

Et ça, on a bien vu qu'il y a des académies où, effectivement, il est plus compliqué de muter parce que vous avez moins de postes disponibles. Donc, quand on demande de créer des postes d'enseignants... Ça veut dire qu'on peut se retrouver dans une situation où un enseignant a demandé une disponibilité, arrive dans une académie en attendant l'ouverture d'un poste et peut l'attendre, parfois plusieurs années, sans qu'il ait le droit, à ce moment-là, de faire des remplacements dans des établissements. Il n'arrivera pas dans une académie sans qu'il y ait de postes disponibles. Par contre, c'est vrai qu'il y a des collègues qui peuvent attendre un certain nombre d'années avant de pouvoir muter.

Et on a vu ces dernières années que, vraiment, cette mobilité était de plus en plus entravée par le manque de postes disponibles. Donc, quand on dit qu'il faut créer des postes de professeurs, c'est bien évidemment pour améliorer les conditions de travail, mais c'est aussi, d'une certaine manière, pour rendre le mouvement plus fluide pour l'ensemble des enseignants qui veulent muter. Il y a de l'attribution des postes sur des établissements parfois très éloignés, note Elisabeth, une auditrice, et un frein supplémentaire à l'attractivité du métier. Ça incite même certains à le démissionner. Alors, oui, on sait que la question de la démission, elle monte chez les enseignants.

Elle s'explique par plein de facteurs. Alors, après, nous, au SNES-FSU, on a fait une enquête en fin d'année dernière pour savoir un peu à la fin d'année quel était l'état d'esprit de nos collègues, une photographie de leur état d'esprit. Et ce qui nous a frappés, c'est que près de deux tiers des enseignants avaient pensé à démissionner ces deux dernières années. Et la raison principale pour 50% d'entre eux, c'était les salaires et ensuite, c'était la dégradation de l'école publique. Donc, il ne faut pas perdre de vue ça. Aujourd'hui, ce qui pèse sur le quotidien des personnels, c'est la question salariale et la dégradation de l'école publique.

Ce qui montre une chose, c'est que les enseignants, non seulement, ils font vivre l'école, mais ils sont aussi profondément attachés à l'école publique. Et s'il y a bien un message aussi à faire passer en cette rentrée, c'est qu'il faut consolider, renforcer, faire vivre l'école publique parce que c'est certainement ce qu'il y a de plus précieux dans notre pays et c'est aussi ce que nous on fait vivre et auquel on est très attachés. Et pour vous, chef d'établissement, Bruno Bobkiewicz ? Oui, la question de la mobilité géographique est un frein à la question d'attractivité à la fois chez les enseignants mais les autres catégories de personnel.

Vous avez aujourd'hui en France la plupart des enseignants qui sont obligés de s'expatrier loin de chez eux, je pense à de nombreuses académies proches de la mer en général et qui finissent pour une bonne partie d'entre eux à Créteil et à Versailles et ça ne les fait pas rêver. Et donc un certain nombre d'entre eux, en tout cas pour débuter leur carrière. Et donc c'est un sujet complexe parce qu'effectivement la régionalisation des concours serait aussi une difficulté mais il faut avancer sur la réflexion sur cette question parce que elle freine la question d'attractivité.

Avancer aussi sur les rythmes scolaires, Emmanuel Macron a lancé avant l'été, a remis dans le débat la question des rythmes en lançant une nouvelle convention citoyenne sur le sujet. Qu'est-ce que vous en pensez ? Est-ce qu'il faut réduire les vacances ? Les journées sont trop longues ? Non, écoutez, on a bien vu quelle était la manœuvre du Président de la République. Il a lancé cette convention citoyenne en disant que les vacances d'été étaient trop longues.

Ce qui est faux, la France n'a pas les vacances d'été les plus longues donc on voit bien qu'on est sur une manœuvre du Président de la République qui cherche à faire diversion au regard de l'État terrible et désastreux de l'école publique. Question des rythmes scolaires, Bruno Bobkiewicz en a un mot. Il y a la question de la répartition potentiellement sur la semaine. Il y a certainement des petites niches sur lesquelles effectivement des améliorations sont possibles. Maintenant, quand on lance cette question, on est plutôt sur une logique de dégradation de l'image de l'éducation nationale en laissant penser que toute cette bande de feignants doivent travailler davantage.

Ou alors d'un débat de société pour réimaginer la manière de partager le temps de travail des parents, des élèves. Oui, sauf qu'on est très dépendant d'autres organisations que celles de l'éducation nationale. Les professionnels de tourisme monteront le créneau rapidement. C'est un serpent de mer qui est évoqué depuis de très nombreuses années. Si on en est là aujourd'hui, c'est qu'en réalité il n'y a pas de solution idéale. Merci beaucoup à tous les trois. Bruno Bobkiewicz pour représenter les directeurs d'établissement. Vous êtes le secrétaire général du SNPDEN UNSA, Sophie Vénétité. Merci à vous pour les enseignants secrétaire général du SNES, FSU.

Et merci Grégoire Ancel d'avoir été en ligne avec nous, vice-présidente et parents d'élèves, la FCPE. Sous-titrage Société Radio-Canada