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interviewFrance Inter — L'invité de 8h20· 6 novembre 2019 26 min

François Ruffin : "Le bonheur n’est plus dans les biens mais dans les liens"

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:02
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député de la France Insoumise de la Somme qui publie « Il est où le bonheur ? » Aux éditions, les liens qui libèrent vos questions dans 10 minutes au 01 45 24 7000 sur les réseaux sociaux et via l'application mobile de France Inter. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Votre livre va, c'est certain, créer le débat car il empoigne la question écologique de manière radicale et brise le consensus qui l'entoure. On va y venir longuement dans quelques instants. Mais ce livre commence par une inquiétude, la vôtre François Ruffin, dans le silence de la nuit. C'est l'inquiétude pour vos enfants.

J'ai envie de chialer quand je songe au monde dévasté qui se dessine, celui qu'on leur laissera. Cet effroi, François Ruffin, venu des tripes plus que des chiffres et des graphiques, est-ce la véritable impulsion de votre combat écologique ?

1:07
François Ruffin

Je pense que ça aide d'avoir des enfants et de se dire, bon, dans quel monde de merde ils vont vivre. Là, on nous annonce que le marais Poitvin va passer sous la flotte d'ici 2030. C'est rien, c'est dans 10 ans. L'île d'Oléron, pareil. Quand les rivières sont retrouvées à sec pendant l'été, ça va créer un univers terrible pour nos gosses.

1:26
Présentateur

Et donc, quand on a des enfants, on voit immédiatement l'enjeu ?

1:30
François Ruffin

Oui, c'est une angoisse. Maintenant, ma question, c'est comment je transforme l'angoisse en espérance ? Moi, je suis habité par la question écologique depuis des années et des années. Une critique de la croissance, la condition animale, un certain nombre de choses, puis la conscience d'un effondrement écologique. Je veux dire que dans ce qu'on aura vécu, il y a déjà 80% des insectes qui ont disparu et ont valé vers 95%. Quand j'étais jeune, mon père me racontait, quand on est à Taproyard, dans la ferme familiale, comment les hirondelles volaient bas parce que ça allait choper les insectes qui volaient bas eux-mêmes.

Et moi, il a fallu que j'attende des années pour l'expliquer à mes gamins parce qu'il n'y a plus d'insectes, donc il n'y a plus de hirondelles.

2:08
Invité

Alors, on va parler de votre message d'espérance, parce qu'il y en a aussi de l'espérance, effectivement, dans ce livre. Mais vous écrivez ce qui nous sauvera. Ce ne sont pas les biens que nous pouvons acheter ou accumuler, mais les liens que nous pouvons tisser. Au fond, l'écologie, c'est aussi ça pour vous, une éthique, une autre manière de considérer ses proches et son prochain, une vision presque chrétienne, François Ruffin. D'ailleurs, vous dites que dans le livre, vos amis se moquent de vous en disant que vous êtes un peu le curé qui veut, je cite, semer les graines de l'espoir.

2:36
François Ruffin

Moi, je suis agnostique. Il y a quelque chose de catho. Moi, je suis agnostique. Maintenant, je crois qu'il y a un au-delà de l'homme. C'est-à-dire que l'homme, ça ne peut pas être un acheteur d'iPhone 11 et qu'on lui promette que l'idéal et le progrès pour demain, c'est qu'il y aura la 5G et que ça lui permettra d'être connecté à son frigo. Ce n'est pas possible, ça. Donc, ça, je suis habité par ça, au-delà de l'angoisse pour demain. Mais là, ça la pose d'autant plus concrètement. On va vers une destruction de la planète. On est dans un temps qui nous ouvre une espérance. Parce qu'aujourd'hui, depuis les années 70, il n'y a plus de connexion en France entre la croissance et le bonheur.

Jusqu'en dans les années 70, il y a une connexion. Le niveau de bien-être s'élève, l'espérance de vie et même le bonheur subjectif. Mais en France, c'est fini depuis les années 70. Et c'est vrai dans tous les pays développés. À partir du moment où on passe 20 000 dollars par tête de pipe, il n'y a plus de lien entre PIB et croissance. Donc, ça veut dire qu'on vit un temps particulier qui est une chance, qui est que maintenant, il n'y a plus besoin de produire plus, il n'y a plus besoin de faire grossir le gâteau. Il faut mieux le répartir. Mais il n'y a pas besoin de faire davantage grossir le gâteau.

Donc, ça veut dire qu'à partir du moment où le bonheur n'est plus dans les biens, il est dans les liens. Il est dans la qualité de relation qu'on entretient avec nos voisins, nos cousins, nos collègues. Et ça a été démontré par des tas d'études. Vous savez, il y a des études où on met des gouttes là, avec du rhum. Sur le nez. Là, c'est sur le nez. Les gens attrapent le rhum.

3:57
Invité

On met la radio.

3:58
François Ruffin

Et au bout de... Sur 100 personnes, et les personnes qui ont des amis guérissent plus vite. Pourquoi ? Pareil pour les... On fait une cicatrice sur la main. Les personnes qui ont de bonnes relations amoureuses guérissent plus vite. Pourquoi ? Parce que la société génère un stress permanent. Une angoisse parce qu'il n'y a pas de lien. Et les gens qui ont des bonnes qualités de lien, ils mettent toute l'énergie de leur corps dans le fait que leur corps guérisse et non pas dans comment je vais être jugé quand je sors dans la rue. Et donc voilà. Aujourd'hui, c'est pour ça que je place au cœur de mon projet, moi, les métiers du lien.

Auxiliaire de vie sociale, assistante maternelle, accompagnant d'enfants en situation de handicap. C'est-à-dire tous ceux qui s'occupe des personnes les plus précieuses, personnes âgées, enfants, handicapés, et qui dans notre société sont maltraités.

4:36
Présentateur

François Ruffin, dès lors qu'on dit qu'il faut sauver la planète, c'est la condition de possibilité de tout le reste. Est-ce qu'on ne renvoie pas de fait la question sociale à un horizon encore plus lointain ? On réglera la question des inégalités si la température n'a pas trop augmenté en 2100 ou en 2150. Est-ce que ça n'est pas, je dirais, purement logique ?

4:58
Invité

Ce que dit un peu Thomas Piketty, c'est-à-dire que c'est devenu le nouveau graal écologique et on en oublie la question des inégalités.

5:07
François Ruffin

Dans notre pays aujourd'hui, les 10% les plus riches émettent 8 fois plus de gaz à effet de serre que les 10% les plus pauvres. Et d'ailleurs, c'est une donnée sortie d'un article de Thomas Piketty. Donc, ça veut dire qu'il y a une injustice qui est une injustice économique, mais qui est aussi une injustice écologique. Et si on règle ça par des taxes, ça veut dire que c'est les plus pauvres qui sont les plus pénalisés. Les plus pauvres qui consomment déjà 15% de leur budget passent en énergie contre 5% pour les plus riches.

Donc, il y a la nécessité, si on veut opérer une transition, si on veut opérer une transition écologique, il y a la nécessité que ça passe par de la justice, qui est certes du consommer moins, mais que ça commence par les riches d'abord, le répartir mieux. Comment on peut expliquer aux gens qu'il y a des soucis avec leurs voitures si pendant ce temps-là, il y a des jets privés qui circulent tous azimuts avec des grandes personnalités qui se présentent écolo à l'intérieur, et qu'il y a des yachts

6:00
Invité

qui font 100 000 litres de l'heure ? Vous dites clairement, les riches, c'est l'ennemi. Vous dites, les riches raseront les forêts, videront les mers, feront fondre les pôles et affameront des continents. Rien que ça. Mais une fois que les riches auront renoncé, François Ruffin, une fois qu'ils auront renoncé à tout ce que vous dites, leur yacht, leur jet, leur villa, est-ce que vous pensez sérieusement que la question de l'écologie sera réglée ou vous voulez juste faire un exemple, un exemple en place publique, en fait ?

6:24
François Ruffin

Aujourd'hui, ce n'est pas les riches, là. Est-ce que vous écrivez un livre ? Non, ce n'est pas les riches. C'est dans les mains de qui se trouve la société aujourd'hui. Le CETA est passé à l'Assemblée nationale. C'est Jason Langrish, qui est un lobbyiste du pétrole canadien, qui a fait passer cet écart-là. On a eu le secret des affaires à l'Assemblée nationale. C'est le lobby de la chimie qui a fait passer ça à l'Assemblée nationale. Si jamais on veut un changement de direction, là, on fonce droit dans le mur. On a les manettes du monde qui sont laissées entre des dirigeants qui sont les plus fous, les plus cyniques ou les plus aveugles ou les plus inconscients.

Je ne sais pas, mais enfin, ils foncent droit dans le mur. On peut comprendre pourquoi. Parce qu'on se dit, on est tous sur le même bateau. Mais non, eux, ils sont déjà dans les canaux de sauvetage. Ils se tirent. Ils préparent leur exil climatique. Moi, j'ai une amie qui se trouvait en Angleterre, à la City. Elle a un ami banquier. Qu'est-ce qu'elle revient en me disant ? Eh bien, ils sont déjà en train d'acheter des résidences en Scandinavie. Ils apprennent le suédois à leurs enfants. Parce que là-bas, le réchauffement climatique tardera.

Et on a des études, par exemple, les études handies de la NASA, qui montrent que dans les moments d'effondrement, les élites, elles s'effondrent avec une, deux, trois générations de retard. Donc ça veut dire qu'elles peuvent continuer à foncer dans le mur en retardant le délai. Donc si on leur laisse les manettes à eux, c'est mort. On est mort. On est cuit. Donc il nous faut appuyer sur le frein et changer de direction. Maintenant, ce n'est pas parce qu'on leur reprend les manettes que ça suffit. Derrière, il faut vraiment changer de direction.

7:52
Présentateur

Mais vous voulez faire quoi ? Qu'on essaye de comprendre. On entend la dénonciation, celle que vous venez de faire et qu'on peut lire dans votre livre. Mais il faut humilier ces élites en place publique, les décapiter, les spolier par l'impôt, comme dit Piketty. Quel sort réservez-vous exactement à ces gens-là ? Ce dont vous venez d'écrire la vie, les modes de vie.

8:14
François Ruffin

Je ne suis pour aucune guerre civile. C'est clair. Maintenant, en revanche, il faut chasser l'imaginaire qu'ils nous imposent de nos têtes. Il faut leur reprendre la démocratie, c'est le pouvoir au peuple et qui ne doit pas être laissé à une élite dirigée par les intérêts multinationales avant les intérêts généraux. Donc déjà, il y a une reprise en main de notre destin commun. Une reprise en main de la démocratie. Et ça, ça ne suppose pas de pendaisons et ainsi de suite. Je suis pacifiste.

8:39
Invité

Vous êtes pacifiste, mais vous dites quand même que rien n'arrivera sans débordement populaire. Il y a un appel d'une certaine manière. Alors évidemment, pas à une guerre civile, ne soyons pas caricaturaux, mais vous dites qu'il faut quand même... D'ailleurs, vous en appelez aux jeunes.

8:52
François Ruffin

D'accord, mais attends, le débordement populaire, l'exemple qui est donné dans mon livre et qui est mon exemple local, c'est le front populaire. Combien de morts le front populaire ? Zéro. D'accord ? Un débordement populaire par des occupations d'usines, mais qui est extrêmement pacifiste et qui est même un débordement de la joie. Et moi, ce que je veux, c'est un débordement de l'espérance. Aujourd'hui, le problème dans notre pays, c'est qu'il y a une chape de plomb de la résignation qui s'est mise sur les cœurs. Et pourtant, en dessous, il y a comme un volcan un désir d'autre chose. Les gens, quand on le répète, concurrence, mondialisation, croissance, ça ne les intéresse plus.

C'est un monde qui est mort. Ça les inquiète plus qu'autre chose. Et en dessous, on sent, pour moi, les gilets jaunes ont été une expression. Nuit debout en a été une autre expression. Il y a, dans notre pays et dans d'autres pays, un désir d'autre chose. Il faut le réveiller. Il faut que ce volcan-là puisse... D'accord.

9:42
Invité

Vous parlez d'espérance ce matin, mais quand même, quand on lit le livre, vous en appelez aux jeunes avec ce livre. Et des jeunes qui vous troublent, vous le dites, vous l'expliquez, ils vous troublent parce que vous les trouvez trop dans le consensus et pas assez subversifs, pas assez dans le conflit. Et vous leur dites que non, le combat écologique n'est pas un combat du consensus, qu'il faut du dissensus, qu'il faut de la discorde, qu'il faut du conflit. Donc, d'une certaine manière, vous avez... Ce n'est pas seulement un discours sur l'espérance, je veux dire, assumez ce que vous écrivez.

10:08
François Ruffin

Oui, mais je n'ai pas de problème. Le conflit, il n'y a pas de démocratie sans conflit. Il y a des intérêts qui sont des intérêts contradictoires. Il y a l'intérêt général et l'intérêt du multinational. Qui ont privilégié ? Bon. La première chose que je dirais sur les jeunes, ce qui me marque, d'abord, c'est leur niveau de conscience écologique. C'est-à-dire que, moi, il a fallu que je l'acquière, j'ai lu du Hervé Kempf, enfin, je ne suis pas né avec ça, du Pablo Servigne, et ainsi de suite. Eux, ils l'ont en eux. Donc, ça prend un très haut niveau de conscience écologique qui rend les discussions passionnantes. Mais, à côté de ça, il y a un niveau politique qui n'est pas le même.

Et qui fait que, on a une grande candeur, on fait des manifestations, le gouvernement, il voit bien qu'on a des problèmes. Pourquoi il ne les règle pas ? Alors qu'on lui demande, on lui demande gentiment. Et puis, ça donne, en l'espace d'un moment, le basculement possible vers, puisque, eux, ils sont en train de nous menacer, on va les menacer. Et vers un passage possible à la violence. Et, notez bien dans le livre que je ne souhaite ni la candeur, ni la violence.

11:07
Présentateur

Le capitalisme vert, vous n'y croyez pas, François Ruffin, vous dites que, en substance, c'est du pipeau, voire une escroquerie. En même temps, vous ne croyez pas non plus aux petits colibris de Pierre Rabhi, c'est-à-dire à l'ensemble des petits gestes que nous tous pouvons faire pour la planète, essayer de la sauver. Vous dites que ce discours vous agace.

11:27
François Ruffin

Pour quelles raisons ? On ne s'en sortira pas par des petits gestes. Dans l'exemple des luttes sociales, on n'a pas mis fin au travail des enfants, on n'a pas mis fin, on n'a pas obtenu les 8 heures par jour, on n'a pas obtenu les congés payés parce que les consommateurs se sont dit, bon, je ne vais plus aller acheter du textile produit dans des usines où il y a eu le travail des enfants. Ils ne font pas des petits gestes, il faut des grandes lois. Il faut des lois. Mais je ne méprise pas le petit geste. Je pense qu'il faut le lien entre les deux.

C'est-à-dire que, par exemple, si on regarde ce qui se passe dans le cadre de la création de la sécurité sociale, puisqu'on a mis un siècle pour créer un État social, la question c'est comment on va rapidement créer un État écologique. Moi je pense qu'on peut s'appuyer sur les luttes sociales. La Sécu, c'est quoi ? C'est des luttes à la base qui permettent des caisses de solidarité et ainsi de suite. Mais ça n'est généralisé, ça n'est possible que parce qu'à un moment, il y a une loi en 1945 qui prévoit un vaste programme qu'Ambroise Croisa. Et donc il faut le lien entre les deux. Il faut des initiatives à la base parce que ça donne le sentiment d'une utopie concrète, que c'est possible.

Par exemple, aujourd'hui, ce qui se passe dans l'agriculture avec la multiplication des amaps, des biocops et ainsi de suite, ça donne l'idée qu'une autre agriculture est possible demain. Mais en revanche, du coup, il faut faire des lois. Il faut faire des lois qui indiquent quelle agriculture on veut, par exemple.

12:39
Invité

Vous assumez la contrainte. En fait, dans votre discours, vous dites, il faut des lois, il faut la contrainte, la vertu sociale ne suffit pas, il y aurait une écologie punitive sous la contrainte que, d'une certaine manière, on pourra restreindre les libertés comme celle de circuler, comme celle de commercer, comme celle d'entreprendre, de s'enrichir, qu'au fond, il faut assumer des lois qui pourraient être liberticides au nom de sauver la paix.

13:05
François Ruffin

Non, mais je ne suis pas d'accord, du coup, ni avec liberticide, ni avec punitive. Je ne veux de loi ni punitive, ni liberticide, mais quand vous dites fin du travail des enfants, je suis désolé, ce n'est pas liberticide ou alors c'est liberticide parce qu'il y a une limite qui est mise au choix des entrepreneurs. Je suis pour, en effet, qu'il y ait un encadrement de l'économie, que du coup, il y ait des lois qui posent qu'on doit avoir, par exemple, un quota d'usage d'émissions de gaz à effet de serre. Oui, je suis pour des lois qui sont des lois qui contraignent, qui encadrent, qui régulent l'économie.

13:39
Présentateur

Oui, donc on ne pourra pas y arriver simplement sur la bonne volonté.

13:43
François Ruffin

C'est ça, des individus. Les bonnes volontés individuelles ne suffisent pas à un moment. On ne peut pas avoir des petits gestes, on fait attention à son robinet et tout ça et dans le même temps, on signe le CETA qui va nous permettre d'importer des viandes avec des farines animales du Canada. Le grand absent de ce texte et le climat, ce n'est pas moi qui le dis, c'est la commission shooter qui a été mise en place par le Premier ministre. Donc si jamais vous construisez un truc où en bas on dit aux gens faites des efforts, faites des petits gestes et la macroéconomie, c'est le libre-échange et c'est Nicolas Hulot qui le dit. Maintenant, il faut en finir avec l'été de traité de libre-échange.

On ne va pas s'en sortir en construisant trois éoliennes. L'élite est en train de calciner la planète. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Nicolas Hulot. Donc à un moment, il faut des choix macroéconomiques, il faut des choix légaux qui permettent d'avancer vers la transition écologique, vers un état écologique comme on a avancé vers un état social.

14:30
Invité

Mais votre société rêvée, c'est quoi ? Parce qu'il faut aller au bout, il faut assumer. Une fois qu'on conversera entre nous, qu'on aura jeté nos iPhones parce qu'il y a un petit chapitre sur l'iPhone et la 5G, tout ça, une fois qu'on aura renoncé à voyager, est-ce que vous pensez, pour reprendre le titre de votre livre, qu'on aura trouvé le bonheur ?

14:50
François Ruffin

Alors, moi, je ne dis pas aux gens arrêtez de voyager. Je ne dis pas aux gens enfermez-vous dans un pays. Ce n'est pas parce qu'on régule qu'on met des barrières autour d'un pays. En revanche, c'est quoi ? C'est la décence commune. Une vie digne. Se nourrir dignement. Se loger dignement. Se soigner dignement. Plutôt que des rêves de millionnaire. Ce sont, je l'ai dit, les liens avant les biens. Ce n'est plus le téléphone. Je ne dis pas aux gens de jeter leur iPhone. Je n'en ai pas un, j'ai un Samsung machin là. Mais je veux dire, ce n'est pas ça. C'est le progrès. La gauche, je suis de gauche, la gauche doit aujourd'hui reposer qu'est-ce que le bonheur ? Qu'est-ce que la réussite ?

Qu'est-ce que le progrès ? Le progrès technologique, s'il y en a, on le prend. Mais c'est bon. Maintenant, c'est le progrès humain. C'est comment on s'occupe

15:46
Invité

de nos progrès. Vous avez trouvé la définition du bonheur ?

15:49
François Ruffin

Pour moi ? Je sais ce qui peut me rendre heureux. Je sais que quand je vais au Parc Saint-Pierre et que je fais un épervier comme ce dimanche avec mes enfants, j'éprouve du bonheur. Je sais que quand j'écris un livre et que je mets mes idées en norme, j'éprouve un sentiment de bonheur. Donc voilà, je pense que aujourd'hui, ce n'est pas de consommer plus et d'avoir un deuxième frigo et même s'il est connecté et qu'il y a la 5G sur mon téléphone, qui va m'apporter plus de bonheur. Or, c'est quand même l'horizon qui nous est proposé. C'est l'horizon qui nous est proposé. Moi, je suis en commission des affaires économiques régulièrement par le pouvoir, mais c'est l'horizon.

Il faut savoir que chaque jour, d'après les profs de sciences cognitives, on voit 5000 marques. Vous croisez 5000 marques par jour. Voilà l'imaginaire qu'ils nous mettent dans la tête. Que la réussite, c'est d'aller passer forcément ces vacances à l'autre bout de la planète, que c'est forcément d'acheter le nouvel iPhone, d'avoir l'audi machin parce qu'on aura la femme et tout ça qui ira avec. Et moi, je pense qu'il y a un au-delà de ça. L'homme, il ne veut pas ça au fond.

16:48
Présentateur

Allez, on va au standard où nous attendent les auditeurs de France Inter. Bonjour Gilles et bienvenue.

16:54
Locuteur non identifié

Oh merde. Bonjour. Qui a dit à merde au standard.

16:58
Présentateur

C'est vous Gilles ou pas, non ? Oui, c'est moi. Oui, bonjour. Allez, on vous écoute.

17:01
Locuteur non identifié

Oui, bonjour François Riffin. Globalement d'accord avec beaucoup de choses de ce que vous dites. Je sais que vous proposez de supprimer les avions pour les courtes distances. Apparemment, il y a une étude scientifique qui dit que l'aviation mondiale, civile et militaire ne représente que 3% des émissions de gaz à effet de serre. Donc, est-ce que ce n'est pas placer le terrain de l'écologie uniquement sur un terrain finalement de lutte des classes alors que la consommation de bœufs est bien plus importante dans ces causes et que les McDo, les fast-foods, les compagnies ont bien plus d'impact sur la planète négatif ? Or, qui va dans ces lieux-là ?

Essentiellement, les classes populaires et donc, c'est peut-être un petit peu simpliste de croire que nous serions les victimes des méchants et que le monde est divisé qu'entre consommateurs victimes d'un monde au-dessus d'eux.

17:50
Présentateur

Merci, Gilles. Merci beaucoup, Gilles, pour cette question.

17:54
François Ruffin

François Ruffin vous répond. Alors, je n'ai pas comme seule mesure l'interdiction des vols aériens lorsqu'il y a des liaisons en train qui mettent moins de 2h30 en plus parce qu'il faut être précis dans la mesure que je propose et il est évident que je me bagarre depuis 2 ans pour une autre agriculture. Une autre agriculture qui garantisse un revenu aux agriculteurs via des prix planchers, des quotas d'importation et ainsi de suite mais qui permettent d'aller vers une transition et je suis bien conscient qu'il faut consommer moins de viande. C'est certain.

Et il faut consommer moins de viande parce qu'aujourd'hui ça fait du mal aux éleveurs industriels qui ne sont pas heureux dans ce truc-là, les ouvriers qui abattent les poulets et ainsi de suite, ça ne les rend pas heureux et la condition animale, j'y suis sensible en plus de l'écologie. Donc c'est pas comme si je découvrais ce sujet-là. Maintenant, quand même, je le redis, les 10% les plus riches en France émettent 8 fois plus de gaz à effet de serre que les 10% les plus pauvres. C'est-à-dire qu'à un moment si vous voulez entraîner les gens vers une transition, il faut que ceux qui sont les plus responsables de ça soient eux-mêmes restreints ou se restreignent.

Or aujourd'hui, ce n'est pas le cas.

18:55
Présentateur

Une question de Denis sur l'application France Inter. Dans le sillage de celle que vient de vous poser Gilles, Denis vous dit un très haut niveau de conscience écologique des jeunes. Mais dans quelle sphère évolue M. Ruffin ? Il ne voit pas l'addiction de la jeunesse au smartphone. Il ne voit pas l'addiction aux emballages à McDo, aux emballages dans les fossés, sur les routes de campagne, etc. Vision donc mythifiée et peut-être un peu floue de la jeunesse. Et fantasmée. François Ruffin, c'est la question que vous pose Denis.

19:27
François Ruffin

D'abord, quand on dit la jeunesse, c'est vrai qu'il faut, il y a nécessité d'être plus précis et qu'aujourd'hui, il y a une conscience écologique qui est peut-être aussi liée à une conscience de classe, qui est liée à un niveau d'éducation et qui fait que essentiellement ce sont par exemple les lycées généraux des grandes villes qui se sont mobilisées autour de Youth for Climate. Maintenant, c'est la locomotive ça. C'est la locomotive. On voit qu'elle va entraîner la société. Maintenant, la question c'est comment elle raccroche les wagons derrière ?

19:54
Invité

Donc l'élite a du bien aussi ?

19:56
François Ruffin

Pardon ? L'élite a du bien ? Attendez, moi je ne suis pas contre l'élite. Je suis contre une élite qui se vend aux multinationales et qui met au cœur de sa pensée la concurrence, la croissance, la mondialisation et les intérêts financiers. Mais je pense qu'il faut des gens qui portent en avant. Maintenant, ah oui, ça c'est certain, je l'ai toujours dit. Donc il n'y a pas de problème. Il faut qu'il y ait des locomotives qui portent en avant sur le terrain de la conscience et sur le terrain des gestes. Mais là, je crois que ce qui exprime mieux sur Unclimate, ce n'est pas seulement leur petit segment, c'est que ça va, ça augmente.

20:33
Présentateur

Allez, on retourne au standard. Patrick nous attend et nous appelle. Bonjour Patrick. Oui, bonjour. On vous écoute.

20:41
Locuteur non identifié

Bonjour. Donc, M. Ruffin, je suis depuis un certain temps en particulier sur la chaîne sur Internet Thinkerview mais sur d'autres médias avec d'autres personnalités comme Jean-Marc Sankovici ou encore Alors dites-nous, dites-nous Patrick, dites-nous. Donc ma question, est-ce que vous envisagez de vous présenter à la prochaine présidentielle et si c'est le cas, moi je souhaiterais personnellement participer à cette aventure.

21:16
Présentateur

Voilà, merci Patrick pour cette question. Alexandre, François Ruffin ne souhaitez-vous...

21:21
Invité

Lève les yeux au ciel. François Ruffin lève les yeux au ciel.

21:23
Présentateur

Il va répondre ne souhaitez-vous pas fonder votre propre parti politique et ainsi vous dissocier de la France insoumise. Il y a beaucoup de questions François Ruffin sur ce thème-là. Quelle est votre réponse ?

21:33
François Ruffin

D'abord, je pense que des partis, chacun a sa boutique donc ce n'est pas ça qui fait fonctionner. Maintenant, moi, mon objectif aujourd'hui c'est de créer un nouvel imaginaire, de créer un nouvel imaginaire à gauche avec de l'espérance. Qu'est-ce que la réussite ? Qu'est-ce que les progrès ? La rupture avec la croissance et la concurrence. On va vers de l'entraide et ainsi de suite. Donc je mène une bataille idéologique pour replacer de nouvelles idées qui sont des idées profondes qui vont ensuite se traduire par des mesures. Et personnellement, je ne crois pas que mon bonheur soit à l'Elysée. Je pense que le pouvoir isole et beaucoup de pouvoirs isolent beaucoup. Donc vous ne voulez pas

22:06
Invité

être président de la République ?

22:07
François Ruffin

Non, en tout cas je pense que mon bonheur n'est pas là.

22:10
Invité

Donc vous ne voulez pas être président de la République ?

22:13
François Ruffin

On verra ce qui se passera. On verra ce qui se passera. On verra. Moi ce que je souhaite c'est clair c'est qu'il faut rassembler. On ne peut plus être dans une logique partidaire et suicidaire. D'accord, d'accord.

22:26
Invité

Vous voulez rassembler. Vous voulez un front populaire écologique. C'est ça que vous rêvez ? C'est-à-dire une alliance des rouges et des verts. Avec qui ? Avec qui maintenant ? Sérieusement. Aujourd'hui, vous avez le casting politique à gauche tel qu'il est. Vous faites l'alliance avec qui ? Parce qu'en ce moment ce n'est pas tellement ce qui se passe, notamment pour les municipales. Quand on voit à Montpellier comment l'Europe Écologie et la France Insoumise ne se mettent pas d'accord, ne vont pas ensemble. Non mais c'est aussi ça la politique François Ruffin ? Vous n'aimez pas répondre à ces questions-là mais c'est aussi ça la politique.

22:55
François Ruffin

Si vous savez que j'ai la tambouille je n'aime pas ça. Bon ben voilà. Maintenant Montpellier c'est plutôt l'exception qui confirme la règle. C'est-à-dire que je trouve que dans l'ensemble à la France Insoumise il y a plutôt eu un côté coulant et puis bon on voit ce que les militants sur le terrain ont envie de faire. Je pense que dans l'ensemble ça se passe plutôt pas mal. Alors il y a le cas Montpellier mais il y a des tas d'endroits où ça se passe bien. Maintenant, moi ce qui m'intéresse vous me dites avec qui construire ? Mais avec les gens. Avec les gens qui font des AMAP avec les gens qui se bougent le derrière. Oui d'accord.

23:20
Invité

Mais en 2022 c'est demain c'est-à-dire ? C'est demain 2022 ? Non c'est dans deux ans, trois ans. Oui non c'est dans moins de deux ans puisque est-ce que vous voyez sérieusement Yannick Jadot se retirer pour Jean-Luc Mélenchon ou Jean-Luc Mélenchon se mettre derrière Yannick Jadot. Je veux dire à la fin il faut des incarnations. Vous parlez du Front Populaire le Front Populaire c'était Blum c'était Thorez. Aujourd'hui c'est quoi les incarnations ?

23:38
François Ruffin

Déjà vous avez dit le Front Populaire c'était Blum c'était Thorez et c'était pas que lui. D'accord ? C'était Hériot. Donc ça veut dire Mais c'était des gens mais c'était pas que des idées. Ça veut dire des incarnations multiples quand même. Et moi ce qui m'intéresse par exemple dans la Révolution Française qui est un autre grand moment que j'adore c'est que Vous m'évitez la question là. On verra. Comment peut-on savoir deux ans avant une élection Est-ce qu'il faut

24:01
Invité

un seul candidat unique à gauche ? Oui je souhaite.

24:06
François Ruffin

Je pense qu'il faudrait une pétition qui dise arrêtez vos conneries.

24:11
Invité

Dis à Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot arrêtez vos conneries c'est ça ?

24:13
François Ruffin

À moi pourquoi pas parce qu'on va pas s'exclure on va pas s'exclure du lot des petites entreprises il faut faire son autocritique peut-être aussi. Donc voilà des ambitions individuelles mais je pense que en tout cas sans une poussée de la base il n'y aura pas d'unité en 34 ça s'est fait parce qu'il y a eu une poussée des socialistes et des communistes à la base qui l'ont souhaité et surtout derrière s'il n'y a pas une poussée de la base quand bien même on aurait le pouvoir on n'en fera rien parce qu'en face il y aura toujours des pouvoirs établis qui seront considérables le MEDEF la Banque Centrale Européenne la Commission et ainsi de suite il faudra être poussé pour aller affronter ça.

24:48
Invité

François Ruffin une dernière question vous allez manifester le 10 novembre prochain contre l'islamophobie parce que vous avez signé la tribune contre l'islamophobie

24:54
François Ruffin

moi j'étais à Bruxelles en train de manger des frites et des gaufres avec mes enfants donc c'est pas mon truc maintenant je vais vous dire

25:01
Invité

ça veut dire quoi ça ?

25:02
François Ruffin

je ne dirai pas dimanche je joue au foot donc voilà vous savez je ne fais pas de média le dimanche non plus parce que je joue au foot en revanche je vais vous dire ma conviction profonde là dessus vous regrettez

25:09
Invité

d'avoir signé cette tribune ?

25:10
François Ruffin

non je vais vous dire ma conviction profonde sur le fond je ne veux pas de guerre de religion et pour être très clair pour moi ça s'incarne par exemple je vais à la piscine avec mes gosses je les accompagne à l'école et il y a la maman de Nada son mari tient un kebab en face de l'école Saint-Pierre sa fille est super gentille son fils est super gentil la maman porte un foulard je ne veux pas moi que demain on dise à la maman de Nada que pour monter dans le car et pour accompagner les gamins à la piscine elles doivent enlever le voile ça c'est très clair c'est très clair on ne touche pas à la maman de Nada on ne touche pas c'est la personne la plus gentille qui existe donc on ne fait pas une loi qui vient toucher à la maman de Nada et aux autres

25:50
Invité

et sur la tribune sur l'islamophobie

25:52
François Ruffin

ce n'est pas mon truc vous savez bon voilà c'est pourquoi vous l'avez signé je vous ai dit ma conviction profonde j'étais en vacances

25:59
Invité

bon allez vous assumez patron on y va on y va

26:01
Présentateur

merci François Ruffin il est où le bonheur votre livre aux éditions les liens qui libèrent 8h47

François Ruffin : "Le bonheur n’est plus dans les biens mais dans les liens" — François Ruffin · Pourquijevote