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interviewC à vous· 2 octobre 2025 18 min

Son prénom, sa veste, ses ambitions… Marine Tondelier se confie

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

J'étais aux épreuves gratuites. C'était une belle fête. C'était chouette.

On dit que ça ne coûte rien, mais finalement, ça coûte de l'argent à l'Etat. C'est tous les contribuables qui paient. Soit on dit qu'il y a de l'argent... - A.-E.Lemoine: Une fête qui a été unanimement saluée par les Français. - M.Tondelier: Soit on dit que ça coûte de l'argent et que ce n'est pas grave, soit on dit que l'argent est rare et il faut interroger toutes les réponses, pas seulement ceux qui ont 5 euros en moins d'APL... - A.-E.Lemoine: En 2010, vous étiez une étudiante qui manifestait contre la réforme des retraites. - Demain, ils manifesteront pour leur retraite.

Leur moyenne d'âge ne dépasse pas les 25 ans. C'est la gauche version jeune, politique et syndicale, avec ses propres mots d'ordre. - M.Tondelier: La retraite, ce n'est pas simplement une histoire d'adultes, mais aussi une histoire de jeunes adultes, étudiants, jeunes travailleurs. - A.-E.Lemoine: Vous pourriez dire ça aujourd'hui? - M.Tondelier: A l'époque, je me disais déjà: "Vu comment ça se passe climatiquement, je ne sais pas si j'arriverais un jour à la retraite." Je continue à me poser la question. - A.-E.Lemoine: Vous avez participé à la manifestation pour tenter de peser sur le prochain budget.

La manifestation est en baisse par rapport au 18 septembre. - M.Tondelier: C'était un record, le 18. - P.Cohen: Non, ce n'était pas un record.

C'était moins que la mobilisation contre la réforme des retraites. - M.Tondelier: C'est une grosse mobilisation qui a surpris beaucoup de gens.

J'ai fait tous les mouvements...

En 3 semaines, il y a eu 3 grosses manifestations. Elles ne peuvent pas toutes être record. C'est quand même inédit.

On n'a pas de gouvernement. On a 3 gros mouvements en 3 semaines. Il se passe quelque chose, dans ce pays. - A.-E.Lemoine: Vous allez dire quoi à S.Lecornu, que vous rencontrez demain?

Il étudie quelques pistes de prélèvements en faveur des salariés...

Rien n'est arbitré. Ca vous laisse espérer des annonces? - M.Tondelier: On va avoir une explication de texte assez salée.

Ce ne sera pas juste au nom des Ecologistes, ce sera au nom des Français. On a un président de la République...

On les confond...

On a un Premier ministre qui a adopté la stratégie du chloroforme. Il veut tous nous endormir. Ca fait 3 semaines qu'il ne fait rien, qu'il ne dit rien.

Il ne nomme personne nulle part, et même en faisant ça, il est impopulaire. - E.Tran Nguyen: Ce n'est pas de l'humilité? - M.Tondelier: Il nous a promis une rupture.

Pour l'instant, la rupture est plutôt avec les Français. Ca va être assez dur. C'est la vie.

C'est la franchise que nous lui devons. Il faut qu'il entende que quand, pour la 1re fois dans l'histoire de la Ve République, un gouvernement est renversé parce qu'il demande la confiance du Parlement et qu'on lui refuse, c'est inédit. C'est le 3e de suite qui tombe.

Dans une démocratie saine, on arrêterait tout, on remettrait tout à zéro. On transformerait la manière de faire...

Ils tombent et ils font la même chose. Ils nous ressortent des mesures...

C'est le programme de Sarkozy version Shein. C'est la version discount de Sarkozy, avec des mesures...

Ils recyclent de vieilles recettes de droite. Par exemple, l'exonération des mesures supplémentaires, c'est Sarkozy. On a démontré que c'était un effet d'aubaine, qui avait un effet négatif sur l'emploi.

Ils nous disent que 2 personnes qui gagnent le Smic qui sont en couple...

En plus, il ne faut pas avoir d'enfant. Ca concerne peu de personnes. Ils ne paieront plus d'impôt sur le revenu.

Finalement, ça ne concerne personne. C'est tragi-comique. Ca me ferait rire si ça ne me faisait pas pleurer.

A la fin, ils recyclent le programme de la droite. C'est le seul truc écologiste qu'il fait, ce recyclage. Il ne parle pas d'environnement.

Depuis le début de l'année, on a eu 43 reculs environnementaux. Tout le monde sait ce qu'il se passe, en 2025. Il a fait une interview complète au "Parisien" sans en parler.

Je ne peux plus rien pour lui. Il n'avait pas à être là. - A.-E.Lemoine: Vous ne lui laissez pas sa chance? - M.Tondelier: On lui a laissé sa chance... - A.-E.Lemoine: Vous n'avez pas peur? - M.Tondelier: On devrait être à sa place... - P.Cohen: Il a peur? - M.Tondelier: Il a peur de son électorat.

J'ai fait un débat avec Sylvain Maillard lundi soir... - P.Cohen: Un macroniste. - M.Tondelier: Il dit: "Si vous aviez été nommés, on vous aurait censurés en 15 minutes." Je dis: "C'est marrant, parce que vous nous appelez à la responsabilité et vous m'expliquez que vous nous censureriez en 15 minutes." Il n'y a rien qui va.

Dans n'importe quel autre pays d'Europe, on se dirait que la démocratie ne va pas bien. - P.Cohen: Dans les autres pays, les oppositions font des concessions. - M.Tondelier: On n'est pas assis à la place de S.Lecornu.

C'est une concession, certes non consentie, mais elle est énorme. Citez-moi une seule chose qu'il ait faite depuis 3 semaines qui serait le début d'un commencement d'un argument pour ne pas le censurer. Je le prends avec grande sincérité.

Je n'ai aucun argument pour ne pas le censurer. - A.-E.Lemoine: On en vient à "Demain, si tout va bien...", ce livre dans lequel vous essayez de mieux vous faire connaître des Français.

Vous venez d'Hénin-Beaumont. C'est un territoire où on a 5 ans d'espérance de vie en moins que si on naît à Paris. - M.Tondelier: J'ai été élue face au RN. - A.-E.Lemoine: Vous en avez bavé.

Vous racontez les insultes qui pleuvaient au conseil municipal. "Rabat le capot, on voit le moteur", quand vous mettiez une robe. "Hystérique", "salope"...

C'était d'une telle violence? - M.Tondelier: Oui, c'était très violent.

Sans mon parti, je n'aurais jamais tenu. Je suis dans un parti qui fait confiance aux femmes, aux jeunes. Le parti a pris soin de moi.

Je faisais les conseils municipaux en Facebook Live. Les gens suivaient ça...

Je pensais que tous les conseils municipaux étaient comme ça. Tout le monde disait que rien n'allait dans mon affaire. "Comment tu vas?" J'ai eu beaucoup de mains dans le dos, des messages de sympathie qui m'ont aidée à tenir.

Ils ont essayé de me faire craquer, mais ils ont contribué à me former. J'ai été forgée dans l'adversité. Je vois aujourd'hui...

J'essaie toujours d'être optimiste et de voir les choses de manière positive. Ils ont contribué à faire la femme politique que je suis aujourd'hui, rompue à toutes les épreuves, avec un sens de l'humour et plein de choses que je me suis créées comme carapace et comme ripostes improvisées sur le terrain pour tenir. - A.-E.Lemoine: Une autre Marine s'est implantée à Hénin-Beaumont, M.Le Pen.

Vous dites que c'est difficile de s'appeler Marine. - M.Tondelier: Ce n'est pas facile.

Elle a privatisé ce prénom pour en faire sa marque. Il fallait effacer Le Pen à tout prix. Marine, c'était la mère de famille, blonde...

Tout le monde disait qu'elle était belle...

Ma mère m'avait appelé Marine parce qu'elle avait lu dans "Paris Match" que M.Platini avait appelé sa fille Marine. M.Platini est vert, ce n'est pas un hasard!

Dans ma ville, le nombre de blagues...

C'était aussi l'époque où Diam's a chanté "Marine". Tout le monde répétait ce prénom dans les soirées. J'ai participé à un podcast d'une journaliste qui interrogeait des Marine et qui leur demandait ce que ça faisait de s'être fait approprier ce prénom par le RN. - P.Cohen: En plus, ce n'est pas son vrai prénom. - M.Tondelier: Elle a le droit. - A.-E.Lemoine: Vous vous êtes forgé une cuirasse en étant élue d'opposition au RN.

La veste verte que vous portez, qui se décline dans toutes les nuances de vert... - M.Tondelier: Aujourd'hui, vert forêt. - A.-E.Lemoine: C'est devenu un symbole.

Les militants réclament votre présence et celle de la veste sur le terrain pour venir les soutenir. Cette veste vous vaut des menaces mesquines. "Libération" dit: "Elle a une veste verte, mais ses sous-vêtements sont rouges." C'est ce que dit un hollandais. - M.Tondelier: Un hollandais de F.Hollande, pas des Pays-Bas!

Si j'avais un soutien de M.Tondelier qui insultait quelqu'un avec des propos déplacés, je m'empresserais de faire un démenti public. On l'a appelé "le hollandais anonyme".

Personne ne s'est excusé. C'est malvenu de commenter les sous-vêtements de ses "adversaires"...

Ses collègues politiques. Ca veut dire que j'étais trop proche de LFI, mais il peut le dire sans parler de mes sous-vêtements. - P.Cohen: Ce livre est davantage un récit qu'un programme.

Il y a des éléments de programme...

Il y a la lutte contre la solitude, l'idée d'une écologie populaire, des thèmes qui pourraient faire un programme présidentiel. Cette semaine, un grand sondage présidentiel a été publié pour "L'Opinion". Une demi-douzaine de configurations, pas de candidat écologiste, pas de M.Tondelier. - M.Tondelier: On se demande pourquoi. - P.Cohen: Vous avez saisi la commission des sondages.

C'est la 1re fois qu'une déclaration de candidature est faite dans une saisine de la commission des sondages. - M.Tondelier: Il y a toujours eu une candidature écologiste depuis René Dumont en 1974 sur sa péniche avec son verre d'eau.

Il y a toujours eu des candidats écologistes. On voit que les sondeurs ont toujours joué un rôle particulier dans notre démocratie. C'est difficile.

Ce n'est pas une science exacte, mais quand vous bidouillez d'avance les scénarios pour qu'il y ait plein de candidats à droite et que 2 à gauche... - A.-E.Lemoine: C'est du bidouillage? - M.Tondelier: Oui.

Ca se voit beaucoup. C'est une commande journalistique. Ces médias font des commandes politiques bien précises... - P.Cohen: Vous ne faites pas le pari de l'union de la gauche? - M.Tondelier: Les Ecologistes ne se laisseront pas faire.

Nous faisons partie de l'union de la gauche...

Vous prenez les 2 extrémités du camp de la gauche et des Ecologistes. Est-ce que c'est la meilleure manière De fédérer notre camp? Je ne pense pas.

Je n'ai pas de certitude pour 2027 à part celle de l'union. J'ai plein de divergences et de fâcheries avec LFI, avec le PS, mais quand l'histoire l'exige, nous sommes toujours là et nous travaillons avec nos partenaires. Il y a une bascule fasciste au niveau mondial.

Les Etats tombent les uns après les autres...

Le prochain qui peut basculer, c'est la France. J'ai la modestie et l'humilité de considérer... - P.Lescure: A la fin de votre livre, il y a une chose assez rare.

Il y a 8 pages que vous définissez comme un bêtisier des instants inattendus de vie militante. - M.Tondelier: Mieux vaut en rire que d'en pleurer. - P.Lescure: Ce jeune électeur du NFP "Je peux faire une photo avec vous?

C'est pour ma belle-mère qui vous déteste." - M.Tondelier: J'ai dédicacé un livre pour quelqu'un qui est chasseur et de droite.

Je dédicace des livres pour des gens qui sont super contents. Il y a aussi beaucoup de dédicaces pour ceux qui me détestent. - P.Lescure: "Je n'aime pas la politique, mais vous êtes une des moins connes." - M.Tondelier: C'était à Nice, au sommet pour Gaza.

On pensait que je serai flattée. - E.Tran Nguyen: Ce qui m'a marquée, c'est le début du livre.

Le 1er chapitre, c'est le jour où vous avez craqué. C'était le 1er juillet 2024, à la matinale de France Inter. C'est après la dissolution surprise d'E.Macron.

Juste avant vous, il y a B.Le Maire interrogé sur une quelconque consigne de vote. Alors que le RN est en tête au 1er tour, suivi par le Nouveau Front populaire...

Le ministre renvoie dos à dos le Nouveau Front populaire et LFI. - M.Tondelier: Je suis atterrée et en colère. - On vous sent très émue. - M.Tondelier: Ca fait 10 ans que je vis dans une ville tenue par le RN.

B.Le Maire a eu un comportement de lâche et de privilégié. C'est hors sol, lunaire.

Ce n'est pas à la hauteur de l'histoire. - E.Tran Nguyen: On s'est demandé si un personnage public pouvait pleurer en public. - A.Juppé: C'est un arrachement de séparer... - S.Royal: Beaucoup de déceptions... - Aucune femme dans cet hémicycle n'a accepté les procès en opportunisme politique sur la question des violences.

Aucune femme! Je sais de quoi je parle! - Arrêtez d'interpeller madame la rapporteure! - E.Tran Nguyen: Comment sont perçues ces larmes?

Les avis sont mitigés. Les téléspectateurs se divisent en 2 camps. Il y a le camp de ceux qui pensent que les personnes politiques sont des humains, et les autres qui pensent qu'ils doivent avoir le cuir tanné et que les larmes ne sont qu'une arme de communication.

Seuls 26 % des Français ont confiance en la politique. Vous dites ceci dans votre livre. Ca m'a rappelé E.Philippe, qui, au moment de la sortie de son dernier livre, a dit "je suis en colère"...

M.Barnier avait répondu: "La colère n'est pas un programme." Sous-entendu que les émotions n'aident pas les Français.

Vous êtes d'accord? - M.Tondelier: Je ne suis pas d'accord.

En politique, il y a convaincre et persuader. La politique est une affaire d'émotions, d'enthousiasme. C'est ce qui s'est passé l'été dernier.

J'ai pleuré. Je pleurais depuis 10 minutes dans le petit salon de France Inter. J'ai écouté B.Le Maire en me disant: "Mais s'il fait ça là, alors qu'il est ministre, c'est que toute la Macronie le fait sur toutes les matinale de ce pays." Un 1er tour se joue dans les premières 24 heures.

Je pensais qu'il était trop tard. Je pleure au début...

Je ravale mes larmes. Je me dis que je vais finir noyée dans mes larmes. Ca aurait été long pour tout le monde, 10 minutes de larmes.

Je refais l'interview et je parle des personnes qui m'interpellent, la peur au ventre dans la rue toute la semaine, qui me disent "je suis LGBT", "je suis une femme", "je défends les droits de l'homme"...

Les gens avaient peur. Ces personnes au plus haut de l'Etat sont des privilégiées. Je n'ai pas changé d'avis sur la question.

En sortant, je me suis dit: "C'est la fin pour toi. Tu viens de craquer." Ce n'était pas un craquage.

Ca a été vécu comme un miroir tendu à l'émotion des Français. Quand je descends dans le hall de la Maison de la radio, une dame se jette dans mes bras. J'ai dû aller me cacher quelque part parce que tout le monde se jetait dans mes bras...

Je devais faire campagne. C'était un moment dur... - A.-E.Lemoine: Ca a contribué à vous faire connaître?

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