Le député achetait de la drogue dans le métro... - C dans l'air - 24.10.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 34 %Attaque 36 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:11OuverteRéponse partielle
Il n'y a pas un devoir d'exemplarité vis-à-vis de la population ?
- 2:35OuverteRéponse directe
La circonstance aggravante, c'est que le dealer à qui il a acheté de la drogue était un mineur.
- 4:08OuverteRéponse partielle
En attendant, a-t-il encore sa place sur les bancs de l'Assemblée ?
- 5:42OuverteRéponse directe
Ce dont on se rend compte, c'est que la drogue est partout, y compris au Sénat, on vient de le dire, y compris à l'Assemblée nationale.
- 11:39OuverteRéponse directe
Un député condamné pour consommation de drogue peut-il continuer à siéger ?
- 11:50OuverteRéponse directe
Vous comprenez qu'on s'est interdit, on en prend et on dit « c'est pas grave » et quelque part, le devoir d'exemplarité, on dit « bon, bah… »
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 7:12PrésentateurChiffre
« Il y a quand même un Français sur deux qui consomme du cannabis. Il y a 900 000 consommateurs quotidiens de cannabis. »
- 7:51PrésentateurChiffre
« La consommation de cocaïne arrive en deuxième position avec 600 000 utilisateurs au moins une fois dans l'année. »
- 26:50PrésentateurChiffre
« Le trafic de stupéfiants en France, c'est à peu près 6 milliards d'euros. »
- 26:56PrésentateurChiffre
« Entre 3,5 et 6, disons. La fourchette basse, c'est 3,5 et 6, c'est la fourchette auto. »
- 27:57PrésentateurChiffre
« Le marché des fleurs, il est en forte baisse, c'est à peine 2 milliards de chiffre d'affaires, les fleuristes. »
- 28:14PrésentateurChiffre
« C'est à peu près le double du marché des fleurs. »
- 28:37PrésentateurChiffre
« Il va gagner 150 euros par jour, mais ce n'est pas non plus le paradis. »
- 36:17PrésentateurChiffre
« Une overdose fatale à Paris tous les 12 jours. »
- 44:57PrésentateurChiffre
« il y a 72 000 places de prison en France, elles sont toutes pleines, on n'a jamais battu autant de records, là c'est le maximum du maximum. »
- 45:08PrésentateurChiffre
« En une année normale, à peu près, il y a 100 000 personnes qui sont présentées au parquet pour des affaires de drogue, 100 000, c'est-à-dire plus que toutes les places de prison aujourd'hui. »
- 45:25PrésentateurChiffre
« ces 100 000 personnes, elles vont être à 94%, c'est le dernier chiffre du ministère de la Justice, elles vont être condamnées à quelque chose. »
- 45:58PrésentateurChiffre
« les prisons n'avaient jamais été autant remplies de mineurs, des mineurs qui, en fait, sont totalement déscolarisés. »
- 52:46PrésentateurChiffre
« Les prescriptions d'antidépresseurs ont bondi de 60% en l'espace de 5 ans. »
- 53:33PrésentateurChiffre
« 143 000 jeunes supplémentaires sous traitement en France, des troubles dépressifs et anxieux plus nombreux. »
- 55:46PrésentateurChiffre
« celles des 12-25 ans ont augmenté de 15%. »
- 59:04PrésentateurChiffre
« C'est 1 000, 1 200 tonnes. »
- 59:19PrésentateurChiffre
« On a saisi 27 tonnes l'année dernière de cocaïne. »
- 1:00:23InvitéChiffre
« on est en Europe autour de 2 % de marchandises contrôlées. »
- 1:01:03PrésentateurChiffre
« il est toujours rémunéré, je crois, 7600 euros brut par mois de ses pensions de sénateurs. »
Temps de parole
- Présentateur61 %
- Invité18 %
- Invité 211 %
- Invité 37 %
- Invité 42 %
≈ 2,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
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Bonsoir à toutes et à tous. Pris en flagrant délit d'achat de drogue, le député Andy Kerbrat a été interpellé sur un quai de métro alors qu'il venait d'acheter 1,35 g de 3 MMC. C'est une drogue de synthèse désinhibante. Et circonstance aggravante, le dealer était mineur. Preuve que la drogue est partout, dans tous les milieux, jusque sur les bancs de l'Assemblée nationale. Question, qu'est-ce que cette drogue de synthèse utilisée notamment lors de ce qu'on appelle le chemsexe, le sexe sous drogue ? Le député doit-il démissionner ? Quels sont les ravages liés à ces drogues, aussi bien pour les consommateurs que pour les dealers pris dans des trafics ?
Rappelons que mardi, un jeune homme de 15 ans a été tué d'une balle dans la tête à côté d'un poids de deal à Grenoble. C'est le sujet de cette émission de ce C dans l'air, intitulé ce soir « Le député acheté de la drogue dans le métro ». Pour répondre à vos questions, nous avons le plaisir d'accueillir Laurent Valdiguier. Vous êtes journaliste d'investigation pour le magazine Marianne. Audrey Goutard, bonsoir. Vous êtes grand reporter spécialiste des faits de société à France Télévisions. Clotilde Champerache, maître de conférence au CNAM, au pôle sécurité, défense, renseignement. Et je cite votre livre « Géopolitique des mafias » qui ressort dans une version mise à jour chez Cavalier Bleu.
Et enfin, Étienne Girard, vous êtes rédacteur en chef du service Société à l'Express. Merci de participer à cette émission en direct. On commence avec vous, Étienne. Beaucoup pas droite réclame la démission du député, à commencer par Bruno Retailleau qui dit « Andy Kerbrat doit tirer les conséquences de ses actes ».
Oui, on est sur une instrumentalisation assez classique d'un fait.
Il n'y a pas un devoir d'exemplarité vis-à-vis de la population ?
En tout cas, c'est cohérent du côté de la droite avec leur idéologie qui est que quand on a transgressé la loi, on doit être sanctionné. La droite, effectivement, chacun est un peu dans son rôle ou dans son idéologie dans cette affaire, dans son idéologie habituelle. La droite considère que le preneur de drogue est avant tout un délinquant. Quand la gauche considère que le preneur de drogue peut être un délinquant, mais aussi et surtout un malade qui doit être pris comme tel. Il y a de la politique, il y a de la politisation dans cette affaire, mais il y a aussi une différence d'approche, de philosophie idéologique, tout simplement.
– Audrey Goutard, la circonstance aggravante, c'est que le dealer à qui il a acheté de la drogue était un mineur. Ça, ça nous renvoie que derrière tout acheteur, il y a un trafic. Un trafic qui, mardi, je le disais dans le lancement, a fait un mort à un jeune homme de 15 ans, alors qu'il était lui-même connu pour trafic de drogue. Enfin, il en est mort de ce trafic. – Absolument, absolument, et ça nous rappelle ce que disait Gérald Darmanin. D'ailleurs, derrière un joint, il y a du sang. On a du sang sur les mains lorsqu'on fume un joint. C'était en tout cas ses propos. Et c'est vrai qu'on peut difficilement envisager le trafic de stupéfiants sans envisager les consommateurs.
C'est vrai que, moi j'en parle souvent avec mon entourage, on a tous des entourages, on est d'une génération où on a toujours des copains qui fument des joints. Et on sait très bien que lorsqu'il fume, moi pour avoir fait des reportages dans les banlieues, dans les cités, dans les quartiers où ça vend,
eh bien il y a toujours derrière un homme, une femme de tout milieu qui vient et qui achète. Et c'est l'achat évidemment qui crée l'offre. Donc à partir de là, on ne peut pas nier qu'un député qui achète de la drogue, eh bien effectivement il alimente le trafic indirectement. Il n'y pense peut-être pas, mais il serait temps peut-être d'y penser justement. Et quand vous parliez de ce jeune homme de 15 ans qui a été tué justement dans une fusillade,
le trafic de stupéfiants c'est cela. C'est-à-dire que, quand on parle d'exemplarité, c'est qu'un député qui achète de la drogue, eh bien ça tombe très mal au moment où vous avez autant d'enfants,
parce que ce sont des enfants qui se font tuer dans des cités pour du trafic de drogue.
Question téléspectateur Laurent Valdiguié, c'est Gérard en Haute-Vienne. C'est très bien quand dit qu'Herbrat soigne son addiction, mais en attendant, a-t-il encore sa place sur les bancs de l'Assemblée ? Oui, alors pour reprendre ce que disait Étienne, là où la droite n'est pas tout à fait cohérente, c'est qu'il y a un an quand un des sénateurs Horizon, Joël Guerriot, celui qui avait mis de la drogue, Alors il est soupçonné d'avoir mis de l'ecstasie dans la coupe de champagne d'une de ses collègues, dans le but de la violette. De la députée Sandrine Jossot. Voilà, ça, ils seront confrontés le 6 novembre prochain, et c'est vraisemblablement la fin de l'enquête.
Donc il s'en expliquera éventuellement devant un tribunal. En tout cas, il a reconnu à ce stade qu'il avait chez lui de l'ecstasie. Et au Sénat, personne n'a demandé. Il est toujours au Sénat ? Voilà. Alors c'est vrai que Gérard Larcher lui a demandé il y a une dizaine de jours de se mettre un peu en vacances de ses fonctions au sein de la commission des affaires étrangères notamment. Mais enfin, il ne l'a pas fait. Alors qu'en réalité, le Sénat, comme l'Assemblée, pourrait décider de règles internes pour éventuellement faire le ménage.
Si les députés et les sénateurs estimaient que, comme le dit le télétacteur, ce n'est pas très glorieux de voter la loi quand on est soi-même sous le coup de la loi et d'être député, d'acheter de la drogue. Cela dit, il y a aussi des députés qui sont en ce moment au procès de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics et recèlent, qui sur le papier risquent une peine d'inligibilité et puis qui commandent tout ça aussi. Donc vous voyez bien que les frontières entre tout ça, elles sont quand même un peu floues. Clotilde Champérage, ce dont on se rend compte, c'est que la drogue est partout, y compris au Sénat, on vient de le dire, y compris à l'Assemblée nationale.
Je vais citer, et tout ça, on l'avoue, Caroline Janvier, ancienne députée Renaissance du Loiret, qui dit, oui, il y a des soirées où la drogue circule. Alors elle ajoute, comme il y a des dîners ou des fins de session parlementaires où il y a une consommation excessive d'alcool. Elle a l'air de banaliser au fond la drogue au même niveau que l'alcool en termes d'acceptabilité, dans tous les cas, dans la sphère politique.
Oui, il y a une banalisation de la drogue, une désinhibition du rapport à la drogue. Et effectivement, il y a cette idée que, finalement, la drogue, c'est aussi l'expression d'une liberté, un choix qu'on fait de prendre des substances.
Et c'est nouveau à l'Assemblée nationale, du temps du général de Gaulle, pour parodier ?
Non, non, je pense que c'est quand même assez nouveau. Alors ceci étant, il y a toujours eu aussi des drogues stigmatisantes et des drogues moins stigmatisantes. À une époque, il y avait l'héroïne pour les pauvres et la cocaïne pour les riches. En plus, l'héroïne, on voyait plus vite la dégradation physique des personnes, alors que la cocaïne, on peut tenir socialement son rang avec la cocaïne. Et ça se voit d'ailleurs aux États-Unis. On pénalisait beaucoup plus le consommateur d'héroïne, qui était souvent noir et pauvre, alors que le consommateur blanc des classes aisées, les traders dans la finance, consommaient, on le savait.
Mais ça, c'était toléré parce que c'était la drogue des puissants, d'une certaine façon.
Laurent Valdiguier ? Il y a quand même un Français sur deux qui consomme du cannabis. Il y a 900 000 consommateurs quotidiens de cannabis. Donc forcément des députés ? Donc forcément des députés. 900 000 personnes en France, ça veut dire... Tout à l'heure, j'ai fait la division du nombre de places de cinéma qu'il y avait en France. Il y a 181 millions de tickets de cinéma vendus dans l'année. Si vous divisez par 365, ça fait 490 000. Il y a deux fois plus de consommateurs de cannabis en France quotidiennement que de gens qui vont au cinéma. Rendez-vous contre le nombre ? Donc en réalité, c'est quand même une consommation illégale, illicite de masse. Puisqu'on est dans les chiffres, il y a...
Donc c'est une étude, il y a la consommation de cocaïne arrive en deuxième position avec 600 000 utilisateurs au moins une fois dans l'année. Ce qui est énorme, puisque je veux... Si on fait un classement quand même des stupéfiants, la cocaïne entraîne effectivement une dépendance et a des répercussions physiques qui sont tout à fait flagrantes. Même si pour le cannabis, effectivement, des médecins disent qu'il y a une répercussion physique. Mais c'est vrai que la cocaïne s'est énormément développée en France ces derniers temps et il y a de plus en plus de consommateurs de cocaïne. Et donc, Étienne Girard, il y a beaucoup d'hypocrisie, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que si c'est banalisé, mais même au gouvernement, oui, on ne le dit pas, mais il y a sûrement des ministres importants qui consomment de la drogue. Personnellement, je n'en sais rien. On n'en sait rien, mais à vous entendre, on se dit qu'il n'y a pas de raison qu'il n'y ait pas de ministre. Comme vous dites, il n'y a pas de raison.
C'est-à-dire qu'on ne sait pas s'il y en a eu. On sait qu'il y en a parmi les députés. Peut-être que parmi les ministres du quinquennat et du début du deuxième quinquennat d'Emmanuel Macron, oui, il y en aura eu un ou deux.
Pourquoi c'est le quinquennat d'Emmanuel Macron ? C'est un par hasard ou parce que...
Non, parce que c'est le mandat actuel. Non, mais ici, il y a quand même une raison. C'est qu'on a changé avec Emmanuel Macron un peu de sociologie et de génération chez les députés. Et peut-être que ce changement de sociologie de génération explique pourquoi il y a plus d'affaires qui sortent. On a plus de parlementaires, pas que macronistes d'ailleurs, qui sont un peu plus jeunes. On a plus de parlementaires qui viennent de métiers de la société civile dans lesquels la consommation de drogue est un peu plus banalisée. Avant l'affaire d'Annie Carbrat, on a eu l'affaire d'un avocat qui, lui, était convaincu de consommation de cannabis. C'était Emmanuel Pellerin.
Il n'avait pas non plus démissionné d'ailleurs, mais il ne s'était pas représenté aux élections de 2024. Ça, c'est pour un peu le schématiser. Et en même temps, Joël Guerriot, le sénateur convaincu d'avoir pris des drogues de synthèse et soupçonné de l'avoir fait dans l'optique de violer une députée, il ne correspond pas du tout à cette nouvelle sociologie. Il est plutôt âgé. Il n'est pas du tout ni de profession libérale, ni de profession festive. Donc, il y a un changement de sociologie. Et en même temps, il faut le dire, la drogue et les drogues les plus dures touchent des parties de la population qu'on n'aurait pas imaginées il y a encore quelques temps.
Parce qu'il y a plus d'offres, il y a plus de drogues en circulation. Donc, c'est moins cher, ça touche plus de monde. Oui.
Et puis, on est dans une société de la performance. Donc, il faut comprendre aussi que ces nouvelles drogues, notamment les drogues de synthèse, c'est des psychostimulants. Donc, effectivement, ces drogues, elles adhèrent complètement à ce qu'est notre société aujourd'hui. Et vous parliez, donc vous vous interrogez. Là, on est en train de banaliser la drogue et de dire qu'en plus, ça aide à être performant. Non, mais ça s'appelle... Non, moi, non. Mais en tout cas, c'est effectivement ce que pensent ceux qui les consomment. Qui les consomment, d'accord.
Et c'est vrai que dans une société où la performance est de plus en plus importante, où l'effort est de plus en plus important et en tout cas reconnu, vous avez effectivement notamment dans le haut du panier de la société, vous parliez des députés, des politiques, des hommes d'affaires, etc., qui sont très sollicités et à qui on demande beaucoup. Eh bien, vous avez effectivement cette tentation. Et d'ailleurs, ce n'est pas par hasard qu'on retrouve un député qui achète une drogue chimique. Ce sont des cocktails qui sont tellement bien faits et tellement, en même temps dangereux qu'ils touchent ces populations-là. Il y a quand même beaucoup de réactions de téléspectateurs qui sont choquées.
Je vous en donne une. Antoine à Paris. Un député condamné pour consommation de drogue peut-il continuer à siéger ? Bon, Clotilde Champéras, vous comprenez qu'on s'est interdit, on en prend et on dit « c'est pas grave » et quelque part, le devoir d'exemplarité, on dit « bon, bah… »
Non, je ne comprends pas, d'autant plus que c'est un député qui a prononcé des paroles extrêmement dures sur le trafic, qu'il fallait lutter contre. Donc, il faut à un moment aligner les paroles et les actes. Je pense qu'on manque, et ça rejoint aussi la question de comment on traite pénalement la question des infractions aux stupéfiants. Il y a un problème de cohérence, d'ensemble, dans la société française, aussi en Europe, de façon plus générale. Et maintenant, il faut aligner les choses. C'est vrai qu'il y a des professions, on demande un casier judiciaire. Là, c'est l'impunité.
Il y a des gens qui perdent leur travail parce que, justement, ils sont contrôlés positifs aux drogues ou ils s'effondrent à cause de la drogue. Eux, ils en payent les conséquences. Et là, on voit un député qui, effectivement, a quand même ce devoir d'exemplarité, qui fait des grands discours sur les drogues, qui fait autre chose dans le dos. En plus, là, ce n'est pas de la drogue de la performance au sens « je prends de la cocaïne parce que j'ai une masse de travail énorme à abattre ». Parce qu'on a des professions qui vivent aussi, qui tiennent le coup grâce à la drogue. Ça, il ne faut pas l'oublier. C'est-à-dire qu'on n'est pas toujours dans la drogue festive.
Il y a la drogue dans le secteur de la restauration, dans le secteur des marins-pêcheurs parce qu'il y a des rythmes. Il y a cette performance. Si tu tombes, tu ne te relèves pas, donc tu prends de la cocaïne. Et il y a un discours aussi qui est problématique. Alors là, beaucoup chez les politiques, c'est « moi, je dors 4 heures par nuit ». Alors, il y a des personnes qui arrivent biologiquement à le faire, mais ce n'est pas le cas de la majorité des gens. J'ai trouvé très bien que des médecins disent « ben non, il faut dormir plus pour gérer les choses ».
Et justement, les drogues qui proposent d'être performants en dormant très peu, ça peut être aussi porté par ce discours-là de « je ne dors quasiment pas, je travaille tout le temps et j'abats un travail de fou ».
Justement, Louise, question téléspectateurs, comment les députés font-ils pour tenir leur rythme de travail infernal ? C'était l'ancien président de l'Institut Montaigne qui prenait de la cocaïne, je crois, en disant « ben c'est pour tenir le coup ». Alors, c'est une fausse issue, mais il y a cette idée de la performance d'en parler. Laurent Bigorgne. Oui, Laurent Bigorgne, voilà. C'est lui qui a expliqué ça après avoir été dénoncé par une de ses collaboratrices, elle aussi, sous emprise de GHB, parce qu'elle a estimé qu'il a été condamné à 12 mois de prison avec sursis. Lui aussi, derrière, il y avait une tentation de soumission chimique, c'est ça ? Exactement.
A posteriori, il a expliqué à l'audience du tribunal correctionnel qu'il prenait aussi beaucoup de cocaïne à cause de son surmenage. C'est vrai que les gens ne doivent pas comprendre tout ça. On comprend les questions des téléspectateurs. Les députés, ils doivent être exemplaires, ils font la loi. La loi, elle est censée réprimer. Alors, bien sûr, il y a une espèce de gigantesque mauvaise foi, on va le voir. Ensuite, quand on va raconter comment se passe la lutte contre les trafics, il y a une gigantesque mauvaise foi à quoi on s'attaque. Mais les députés doivent faire la loi.
Donc, c'est vrai que voir un député acheter dans le métro un jeune mineur du 3MMC, le 3MMC, on a entendu parler pour la première fois un petit peu publiquement comme ça, avec l'affaire Palmade. Parce que ça fait du mal non seulement à ceux qui en prennent, mais on sait les dangers pour la conduite au volant. L'affaire Palmade, Palmade, il était noyé de 3MMC. Et effectivement, il a causé un accident. Non, c'est des drogues qui sont à peine détectées sur le bord de la route, parce qu'il n'y a pas vraiment de test de ça. C'est des drogues de synthèse, ça va plus vite que l'appareil pour lutter contre. Donc, c'est vrai que les gens, je comprends qu'ils ne comprennent pas.
On va revenir sur cette drogue de synthèse qu'a reconnu avoir acheté ce député LFI, qui a donc été pris en flagrant délit d'une drogue de synthèse. L'affaire a pris une tournure politique entre soutien des uns et appel à la démission des autres. Sujet de Mathieu Lignot et Christophe Roquet. L'Assemblée nationale secouée par un scandale de drogue. Le député Andy Kerbrat a été arrêté la semaine dernière lors d'une transaction dans le métro parisien. Il venait d'acheter de la drogue. Il reconnaît l'effet dans un communiqué. J'assume entièrement ma responsabilité. Face à des problèmes personnels et des fragilités psychologiques, j'ai pu consommer des drogues de synthèse.
Et je suis pleinement conscient de leur effet sur la santé. Le député insoumis révèle son addiction à la 3-MMC. Une drogue de synthèse qui reproduit des effets de la cocaïne, de l'ecstasie et des amphétamines. Un produit souvent utilisé pour le chemsex, une pratique qui mélange rapports sexuels et prises de stupéfiants. Andy Kerbrat a signé une pétition contre ce phénomène le jour de son arrestation et s'engageait publiquement contre le trafic de drogue. Je le rappelle, la lutte contre la drogue, avant tout, avant de mettre des bleus dans la rue, c'est la police judiciaire, c'est le démantèlement des réseaux et des trafics humains.
Le fait d'hiver devient un sujet médiatique et les politiques s'en mêlent. Les appels à sa démission se multiplient.
Je sais qu'à sa place, je quitterais l'Assemblée nationale. Manifestement, il ne fait pas ce choix-là pour l'instant et j'ai l'impression que tout le monde lui trouve des excuses. Ça fait aujourd'hui beaucoup de mal à notre institution quand des députés, des élus, des parlementaires,
quels qu'ils soient, donnent cette image alors qu'ils devraient montrer l'exemple. Est-ce que les électeurs de M. Kerbrat savent qu'il est consommateur de drogue, savent que la semaine, il fait la loi de la République et que le week-end, il la défait à titre personnel ? Devoir d'exemplarité pour certains opposants politiques. D'autres à gauche défendent Tandik Kerbrat. Contre l'addiction qui le domine, pour l'instant, il engage un traitement. Je lui exprime mon soutien très amical dans cette lutte. Nous l'entourerons pour cela.
Les députés doivent être le plus exemplaires possible. Après, vous savez, les députés, ce sont aussi des êtres humains, des hommes, des femmes, comme tout le monde. Et qui peuvent être sanctionnés quand ils font des fautes et qu'ils sont pris en flagrant délit. Ils peuvent effectivement être sanctionnés.
D'ailleurs, il le sera sans aucun doute. Les débats vont plus loin. Faut-il s'attaquer plus durement aux consommateurs de drogue ? Ou alors le considérer comme un malade ? Deux modèles politiques s'affrontent. On ne peut plus dire que fumer un joint, un rail de coque, tout ça c'est récréatif. Non, parce que le joint, ce rail de coque, il a le goût des larmes, il a le goût du sang. Au bout de la chaîne, il y a des jeunes, des enfants qui ont lard de coup de couteau, qu'on brûle vif. C'est ça, je veux responsabiliser les consommateurs parce que sans demande, il n'y a pas d'offre.
Oui, la consommation de drogue met en danger les personnes qui consomment, en premier lieu les personnes qui consomment, et d'autres personnes, c'est évident. Raison pour laquelle nous devons changer de regard, puisque la lutte contre la drogue est un échec en France. Nous faisons partie des pays qui consomment le plus de drogue.
Ce n'est pas la première fois que le Parlement est entaché par des affaires de drogue. Un député renaissant se met en retrait en 2023. Emmanuel Pellerin est accusé d'avoir consommé de la cocaïne. Au Sénat, le centriste Joël Guerriot est accusé d'avoir drogué une collègue députée pour abuser d'elle. Il n'a toujours pas démissionné de son mandat. L'enquête est toujours en cours. Pour des parlementaires, il ne faut pas être naïf. On va faire chez tous les ministres, leurs cabinets, tous les parlementaires, tous les sénateurs,
tous les députés, tous les maires, etc., des tests sanguins pour savoir s'ils sont positifs. Ah mais je veux bien. Je dis juste que les politiques ne sont pas extérieures à la société. Qu'il y a des problèmes de drogue dans la société, et donc elles existent aussi en politique.
Le député Andy Kerbrat a annoncé se mettre pour l'instant en retrait et entamer des soins pour son addiction à la drogue. Plotide Champérage, question téléspectateurs. Dans quel but et quel contexte ces drogues sont-elles consommées ? Entre parenthèses, divertissement, fête, sexe, travail, etc. C'est vrai que cette drogue 3MMC, on parle de chemsex, ça veut dire en français, c'est du sexe sous drogue, chimique ?
Oui, sous drogue. Alors, cette drogue-là, elle est encore très peu présente en France. Ce n'est pas la majorité. Ce qui est le plus consommé, c'est le cannabis, ensuite c'est la cocaïne. Mais c'est vrai qu'il y a tous ces nouveaux produits de synthèse qui vont arriver, qui sont plus complexes à trouver, mais qui peuvent se trouver. Celle-là, elle est associée vraiment au chemsexe, c'est-à-dire effectivement des pratiques sexuelles à plusieurs, sous emprise de stupéfiants. Toute la nuit, on... Voilà, et c'est pas productif. Je ne sais même pas si c'est récréatif, parce que quand on lit des témoignages de personnes addictes, on voit que finalement, la notion de plaisir sexuel est perdue.
Et c'est vraiment la drogue qui devient le compagnon de route. C'est-à-dire que c'est la drogue qui recherchait, pas tellement le rapport.
Pierre Palmade, il y avait succombé, et à la fin, il y a une addiction qui fait qu'on... Pour avoir un rapport sexuel, on...
Sans drogue, il n'y arrive plus.
Il n'y arrive plus, oui.
C'est là où on voit que ce sont aussi des malades.
C'est-à-dire qu'en fait, il ne faut pas tout mélanger. C'est-à-dire que d'un côté, il y a le statut, en l'occurrence pour ce député, son statut et sa parole. D'autant plus, comme vous le disiez très justement, et qu'il a été très dur vis-à-vis des filières, de la drogue, etc. Il y a un côté tartuffe. Il y a un côté tartuffe. Mais bon. Voilà. Donc, il y a ce côté, effectivement, le statut, la parole et le devoir, effectivement, d'exemplarité. Et d'un autre côté, il y a le malade. Et c'est tout le problème dans notre société française aujourd'hui. C'est qu'on n'arrive pas à parler sereinement de la drogue comme d'une maladie, une addiction.
Et c'est une addiction pour toutes les raisons que vous venez d'exposer. Mais aussi comme un vrai problème d'ordre public. Parce que c'est un problème d'ordre public, comme on le voit et comme l'a dit le ministre de l'Intérieur. Laurent Valdiguier, on ne cesse de dire que la drogue fait des ravages. Et pourtant, de plus en plus de Français y succombent. Par quel miracle, par quelle technique la drogue se diffuse-t-elle à ce point ? Puisqu'on ne cesse de dire à nos enfants, n'en prenez pas. Et ils en prennent. Donc, c'est quoi ? C'est la véhicule d'une image cool, une image de performance ? Quelles sont les techniques de marketing, presque, j'ai envie de dire, qui font que la drogue...
Si je savais ça. C'est vrai que les drogues de synthèse, c'est assez récent. C'est le milieu des années 2010. Mais c'est une autre technique. L'héroïne, il faut le pavot d'Afghanistan. La cocaïne, il faut la coca, la feuille d'Amérique du Sud. Le cannabis, il faut le chanvre, principalement du Maroc. Là, c'est fait avec des produits chimiques. On ne sait pas trop où. Dans un laboratoire, c'est... Dans des labos en Chine, en Pologne, aux Pays-Bas, enfin bon. Et puis, alors, surtout, c'est diffusé différemment. Et alors, c'est très facile d'en obtenir. Au moment de palmade, en trois clics sur Internet, vous pouvez trouver... C'est beaucoup moins cher que le gramme de cocaïne.
Le gramme de cocaïne, c'est 60 euros à peu près. Là, vous en trouvez à 30, 40 euros. C'est d'envoi de boîte aux lettres demain matin, assez facilement. Quand je dis assez facilement, c'est... Il n'y a pas besoin d'avoir des gros logiciels secrets sur Internet. Avec tout ordinateur, vous pouvez en commander facilement. Donc, c'est toute une économie différente. Et c'est toute une économie différente parce que le trafic de drogue depuis tant d'années a généré un... C'est une grande surface à ciel ouvert. Donc, ça a des moyens de marketing, des moyens de distribution, des moyens de vente extrêmement sophistiqués.
C'est presque un paradoxe d'aller acheter ça et de se faire piquer à acheter ça dans le métro à un dealer mineur. Parce qu'en réalité, il y a tellement de moyens... Sur les réseaux sociaux. Sur les réseaux sociaux pour se faire livrer à domicile ou dans un endroit sécurisé. Clotilde Champerach, on parle d'un marque... J'ai exprès employé l'utilisation marketing. Comment on achète de la drogue ? On va sur les points de deal et c'est un peu glauque dans des quartiers malfamés. Ou est-ce que sur son téléphone portable, la drogue vient à vous avec un visage souriant ?
Justement, alors, c'est les propos du ministre Rotaio qui dit... S'il n'y avait pas de demande, il n'y aurait pas d'offre. C'est beaucoup plus complexe que ça. Il y a une offre qui vient chercher le consommateur. Alors, ça se grève sur un contexte social aussi où il y a des gens qui ont besoin de prendre des substances. Parce qu'ils ne vont pas bien. Je pense que ça, il faut le comprendre. Il y a aussi la question du rapport au droit qui est en train de se perdre. On fait ce qu'on veut et si c'est en infraction, pourquoi pas ? C'est ma liberté. Si j'ai envie de me faire du mal avec une drogue, je le fais parce que je l'ai décidé. Ce discours-là, il existe aussi.
Et puis, il y a tout le marketing. Alors, on peut toujours aller sur un point de deal, mais effectivement, souvent, c'est les fours dans les cités. Ce n'est pas forcément un endroit où on a envie d'aller. C'est là qu'on va toucher d'autres consommateurs. Il y a des centrales d'appel. Alors, en plus, parfois, certaines sont ciblées Chemsex. Donc, on sait exactement ce qu'on va trouver et éventuellement avec qui consommer. Et puis, il y a tout ce qui s'est fait en ligne. Alors, beaucoup par les applications téléphoniques. Et alors, là, on est dans un déferlement où le consommateur, il est relancé. Ce qu'on ne fait pas sur les points de deal. C'est-à-dire qu'il va recevoir des offres.
Il y a des offres professionnelles. Il y a des goodies. On fait un emballage sympathique. Alors, en détournant des noms de marques, Haribo, ça devient Haribo. Il y a une mise en scène. Quand le RSA tombe, les SMS arrivent en disant, venez vous approvisionner. On offre aussi, vous commandez de la cocaïne. On vous donne un cachet d'ecstasy pour goûter. Donc, on emprisonne la personne qui est déjà dans une logique d'addiction. On l'emprisonne dans un cercle vicieux où il va consommer. Donc, là, c'est quand même l'offre qui crée une demande. Et puis, par ailleurs, la cocaïne, on n'a jamais autant planté de coca qu'à l'heure actuelle.
On a une masse de matières premières, ce qui explique aussi la baisse du prix. Et donc, une consommation. Donc, il y a tout ça. Il y a une accessibilité en termes de prix, en termes de on vient vous chercher, on vous livre à domicile sur votre lieu de travail. Il y a aussi les consommateurs revendeurs qui vont proposer à leurs camarades, à leurs collègues, etc. Donc, ça se répand, c'est extrêmement capillaire.
Et donc, dans une soirée, avant d'aller à un festival, tiens, on m'a offert, mon dealer m'a offert une pastille d'ecstasy. Tu veux qu'on essaye ? C'est comme ça que ça se passe ? Oui, c'est comme ça que ça se passe. Et puis, en plus, ça demande de moins en moins de main-d'œuvre. Il faut comprendre qu'effectivement, le trafic de stupéfiants, ça marche comme une grosse entreprise. Et donc, c'est une multinationale. Vous parliez de la cocaïne qui, aujourd'hui, arrose l'Europe.
C'est parce que le marché américain était saturé. Donc, effectivement, ce marché s'est déplacé vers l'Europe. Donc, c'est pas cher ? C'est pas cher pour des raisons, vous disiez, effectivement, aussi, parce que la coca, elle est plantée, plantée, plantée. Donc, voilà, c'est l'offre et la demande. Et puis, effectivement, on pousse, par un marketing agressif, le consommateur à consommer.
En même temps, on voit, il y a eu des études qui ont été faites sur que représente le trafic de stupéfiants en France. C'est à peu près 6 milliards d'euros. Et combien de personnes travaillent dans cette immense entreprise ? On compte à peu près 200 000 personnes qui seraient de près liées au trafic de stupéfiants. Donc, c'est un peu plus que la ville de Bordeaux, si je me trompe. Et, effectivement, on voit bien que c'est toute une ville moyenne qui bosse pour vendre, effectivement, dans les soirées, et beaucoup, par le biais des réseaux sociaux, cette drogue qui est extrêmement disponible. Et surtout, qui n'a plus l'air d'une drogue.
Parce que quand on voit la drogue chimique, aujourd'hui, elle a des couleurs attrayantes. Elle est rose, etc. C'est une petite pilule comme un cachet aspirine. Oui, une petite poudre rose qui est fabriquée et qui est avec des molécules extrêmement sophistiquées. Donc, les policiers ont du mal, d'ailleurs, à les identifier parce qu'elles changent tout le temps pour qu'effectivement... Les chiens renifleurs, ça ne fonctionne pas. Par exemple, etc. Donc, vous voyez, regardez, on voit à l'image, ça donne envie, c'est comme un bonbon, c'est ludique. Et donc, les gens n'ont même pas en tête l'idée que c'est extrêmement dangereux et illégal.
On a une idée, d'ailleurs, Laurent Valdiguier, 6 milliards de chiffre d'affaires, 200 000... Entre 3,5 et 6, disons. La fourchette basse, c'est 3,5 et 6, c'est la fourchette auto. Pendant longtemps, je disais, c'est l'équivalent du marché des fleurs. Et en réalité, là encore, je me suis gouré, le marché des fleurs, il est en forte baisse, c'est à peine 2 milliards de chiffre d'affaires, les fleuristes. C'est à peu près le double du marché des fleurs. Donc, quand vous voyez un fleuriste en France, imaginez que c'est un point de deal et vous le multipliez par 2. Et vous avez le business de la drogue en France. C'est effectivement une ville comme Bordeaux.
Alors, tout le monde n'en vit pas de manière florissante, parce qu'il ne faut pas croire que le jeune guetteur de cité, ça soit non plus... Il va gagner 150 euros par jour, mais ce n'est pas non plus le paradis. En réalité, les gros bonnets, c'est une des conclusions du rapport d'enquête du Sénat, qui est un rapport d'enquête accablant. Accablant en premier lieu pour l'État, pour la façon dont il est désorganisé, ou en tout cas organisé façon puzzle dans cette lutte-là. Mais le constat du rapport du Sénat de ce printemps, c'est de dire que les phénomènes, il y a une submersion française et un ancrage dans des endroits, dans des petites villes, dans des petites cités, à la campagne.
Vous parliez des marins pêcheurs, des agriculteurs. Et qu'en fait, cette submersion, aujourd'hui, l'État a beaucoup de mal à y faire face et à savoir surtout quoi faire. Donc, Étienne Girard, la drogue est partout, jusque dans les campagnes, elle est protéiforme. C'est fini l'image du drogué qui s'injecte avec une... très glauque, de l'héroïne dans le sang avec une seringue.
Alors, ça existe encore dans l'Est de la France, notamment, des drogues très peu chères qui s'injectent un peu à la façon de l'héroïne d'antan sont toujours diffusées. Mais la prise de pilules, la prise de cocaïne, c'est totalement, elle, démocratiser la cocaïne, ça a quintuplé en 20 ans, fois 5. C'est énorme. Et surtout, là où, il y a quelques années, il fallait aller dans la grande ville. Il fallait aller au four, oui, comme on dit, du point de deal, dans la grande ville, pour en trouver. Aujourd'hui, c'est à domicile, mais c'est pas simplement à domicile à Paris, à Marseille, à Lyon, dans les grandes villes. C'est à domicile, y compris dans les petites et moyennes villes.
C'est-à-dire que l'offre est tellement abondante, la demande est tellement abondante, qu'on a, à côté des multinationales de la drogue, dans les grandes villes, des filiales, des petites filiales, un peu partout, qui maillent le territoire, mais mieux que la SNCF, et où on va sur une plateforme. Alors, ils appellent ça, en détournant la marque, Ubercheat, Ubercook, parce que c'est exactement le même principe. C'est, on est sur Telegram, sur WhatsApp, sur une messagerie cryptée. On va dire, mon adresse, c'est ça. Et le dealer vient à la porte, voire rentre dans l'immeuble, et va donner de la main à la main la drogue.
Ce qui veut dire que vous êtes à une fête, dans une petite ville, à la campagne, avec des copains. C'est terrible à dire, on est sur la transgression de la loi. Mais vous pouvez dire, dans une heure, on a envie d'avoir de la drogue, et bien c'est possible.
Et le copain un peu bu, il dit, tiens, essaye, tu vas voir. C'est comme ça que ça se passe.
Oui, ça peut être comme ça. Ce n'est pas toujours comme ça, mais ça peut être aussi simple que ça.
Alors, pourquoi parle-t-on du piège de la drogue ? Parce que derrière sa consommation, il y a une addiction. Une addiction qui peut ruiner des vies entières. Justement, je vous propose de partir à Montpellier pour retrouver Hélène Donadieu. Bonsoir, madame. Vous êtes chef du service en addictologie au CHU de Montpellier. Toutes ces drogues, d'ailleurs, on a coutume de dire qu'il n'y a pas de petite drogue. Néanmoins, en termes d'addiction, quand on parle de cocaïne, quand on parle de cannabis, quand on parle de drogue de synthèse, est-ce que l'addiction est la même d'une drogue à l'autre ?
Bonsoir d'abord. L'accroche à une substance ne va pas dépendre exclusivement de la substance elle-même, mais de la vulnérabilité de la personne qui la prend, des conditions dans lesquelles il les prend. Et chaque substance psychoactive va avoir un propre pouvoir d'accroche, on va dire. Alors, vous seriez surpris d'apprendre que la substance qui accroche le plus, c'est la nicotine, dont on ne parle pas trop ce soir, qui est également le plus gros tueur en France en termes d'addiction. Je crois que c'est quand même important de le dire. Et après, c'est la façon dont vont se manifester les usages avec les conséquences qui vont être un peu différentes en fonction des substances, en effet.
Souvent, on entend « oui, mais je le prends d'une manière festive, récréative de la drogue et t'inquiète pas, je gère ». Est-ce que c'est quelque chose d'entendable ou est-ce qu'il y en a qui, véritablement, arrivent à gérer leur consommation de drogue ?
Ah ben oui, oui, oui. Il y a ce qu'on appelle de l'usage récréatif. En fait, il faut distinguer l'usage récréatif totalement contrôlé par la personne, qu'elle dise « je gère » ou qu'elle ne le dise pas, parce que ça, ça ne veut pas dire grand-chose, de la maladie elle-même, qui est l'addiction, où là, par définition, la personne a totalement perdu sa capacité de choisir quand est-ce qu'elle consomme, comment elle consomme, pourquoi elle consomme, et ce, quelles que soient les conséquences de sa consommation. Donc, il faut vraiment bien différencier les deux. Il faut différencier « je consomme, on consomme, on consomme ».
D'accord. Quel est le profil des patients qui viennent vous voir ? Est-ce que certains sont surpris de voir qu'en fait, ils ne géraient pas et que ça se termine chez vous ? Et un mot peut-être sur ces drogues de synthèse dont on parlait, ce phénomène du chemsexe. Est-ce qu'à Montpellier, vous avez déjà eu des cas à traiter ?
Alors, en ce qui concerne le profil des personnes, globalement, une personne qui va venir rencontrer un addictologue, c'est qu'elle se pose des questions sur son usage et que donc, elle a quelques petites conséquences, quelques petits ressentis. Et la plupart du temps, la maladie addictive est là. Et on va travailler ensemble sur, enfin, évaluer d'abord le niveau de sévérité de l'addiction et puis surtout accompagner l'autodétermination de la personne pour aller dans le sens où elle veut par rapport à son comportement vis-à-vis d'utilisation de substances. En ce qui concerne le chemsexe, oui, je m'occupe beaucoup de cet usage.
Donc, j'accompagne de manière extrêmement régulière des usagers de chemsexe sur la ville de Montpellier.
Et donc, ce sont, alors, au début c'était un usage récréatif et puis comme on l'a dit, ils ne peuvent plus s'en passer, y compris pour avoir des rapports sexuels ?
Alors, la très très grande majorité des personnes que j'accompagne en consultation sont au stade de l'usage problématique et ils ont pour tous commencé par un usage récréatif. D'abord, de temps en temps, la substance a commencé à prendre de plus en plus de place dans leur vie et notamment à viser sexuel et ensuite, ils ont perdu le contrôle de cette consommation, eu des conséquences et viennent en consultation pour aborder cette problématique de santé.
C'est quoi l'usage problématique ? Il peut y avoir un usage non problématique de cette drogue de synthèse, 3MMC ?
Oui, oui, oui, comme pour toutes les substances, il peut y avoir un usage non problématique. Quand je dis un usage non problématique, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de prise de risque ponctuelle au moment de l'usage. Ça, ça n'existe pas. Une prise d'une substance psychoactive fait prendre de manière ponctuelle un risque, mais ça ne veut pas dire qu'on a une addiction. J'entends par usage problématique addiction. Donc, c'est des personnes qui ont des conséquences de cette consommation et qui souhaitent modifier les choses. Et ce n'est pas que de la 3.
Il y avait un article dans le Parisien, « Une overdose fatale à Paris tous les 12 jours ». Voilà. Donc, j'imagine que ce sont des gens qui n'imaginaient pas se retrouver en overdose et qui n'imaginaient pas qu'ils sombreraient dans la consommation problématique jusqu'à ce qu'elles les surprennent.
Non, mais je crois qu'il n'y a personne qui souhaite être atteint d'une maladie, pas plus quelqu'un qui prend une substance que quelqu'un qui fait une autre action dans sa vie. Personne ne souhaite être atteint d'une maladie, d'une maladie chronique et d'une maladie potentiellement mortelle. Donc, personne ne s'attend à ça quand on commence et qu'on prend pour la première fois. Malheureusement, ça peut atteindre beaucoup de personnes. Et je veux juste rebondir sur le chiffre que vous avez énoncé sur Paris. C'est des choses qu'on constate partout en France.
C'est un usage qui nous inquiète énormément et pour lequel il faut qu'on ait une action forte à la fois sur le plan soignant et avec les associations communautaires pour soutenir le plus possible les limités, les prises de risques et les décès associés à la pratique du chemsexe.
Merci beaucoup Hélène Donadieu, donc chef de service en addictologie au CHU de Montpellier. Je vous propose maintenant un document que nous avons réalisé assez dans l'air. On entend régulièrement à quel point la justice française est engorgée, notamment à cause du trafic de drogue. Au tribunal correctionnel de Bobigny, certaines affaires conséquentes sont désormais jugées lors d'audience en corruption immédiate. Des audiences où l'on peut parfois passer six heures à juger les membres présumés d'un réseau de trafic. Les équipes de C dans l'air ont exceptionnellement pu se glisser dans l'une de ces audiences.
Je vous propose de regarder ces images rares de signer Théo Manval, Erwann Illion, Pierre de Horne et Dominique Lemarchand. L'audience correctionnelle est ouverte, veuillez vous asseoir. 13h37 au tribunal de Bobigny.
C'est numéro 8, monsieur ***, monsieur ***.
Devant la 18ème chambre correctionnelle s'ouvrent les comparutions immédiates, les affaires du quotidien jugées chaque après-midi, cinq jours par semaine. Est-ce que vous acceptez d'être jugé aujourd'hui ou est-ce que vous préférez un délai pour préparer votre défense ? Moi je vais me faire juger aujourd'hui. Ici, la plupart des dossiers a trait aux stupéfiants, comme ces deux Brésiliens soupçonnés d'être des mules du trafic de cocaïne, arrêtés quelques jours plus tôt à la descente d'un avion en provenance de Sao Paulo. Vous serez porteur d'un total de 1303 grammes d'une poudre blanche dont les tests établiront qu'il s'agira de cocaïne. A quel moment vous deviez toucher l'argent ?
En rentrant au Brésil, c'est le chef qui devait me payer.
Cette affaire-là sera jugée en moins d'une heure. Le lot des audiences de comparution immédiate. Le tribunal vous condamne à la peine de 14 mois d'emprisonnement et ordonne votre maintien en détention. Au revoir madame, au revoir monsieur. Mais cinq dossiers plus tard à 20h... L'audience, correctionnez les reprises, veuillez vous asseoir. ...arrive une affaire bien plus conséquente. Cinq prévenus, dont quatre déjà en détention depuis leur arrestation deux mois plus tôt. Bonsoir messieurs. Bonsoir. Bonsoir madame.
Bonsoir.
Soupçonné d'avoir participé à un vaste trafic de drogue dans toute l'île de France. Pas une affaire classique de comparution immédiate. À Bobigny, les dossiers sont nombreux, les juges d'instruction ont énormément de travail et le ministère public se dit qu'après tout, pour un dossier de quatre ou cinq prévenus, l'enquête est à peu près terminée. Il faut à un moment trouver une autre réponse pénale, peut-être un peu plus rapide. et c'est le choix de la comparution immédiate. Et on essaie de trouver un temps d'audience qui corresponde à l'importance de ce dossier-là. 4 000 euros en liquide et près d'un kilo de cannabis retrouvés en perquisition.
Le tribunal y consacrera cinq heures au cours desquelles se dessinent les nouveaux modes du trafic. C'est quoi MagicDry ? C'est une page Telegram. Oui. Et elle fait quoi MagicDry ? Ce sont effectivement des plateformes sur Internet, WhatsApp ou Signal. et sur lesquelles on commande des produits spéciants. Depuis quatre ou cinq ans, ça commence à être de plus en plus marqué parce que les trafics à l'ancienne attisent beaucoup de violence et attirent beaucoup d'attention de la part des pouvoirs publics.
Votre amie, elle vous dit franchement c'était de la frappe, je ne sais pas c'est qui tu m'as envoyé, mais la personne m'avait livré assez rapidement. Donc elle sous-entend que c'est vous qui envoyez le livreur, monsieur.
Je ne sais pas du tout, comme je vous ai dit, ça peut être des messages qui ont été transférés, je ne suis pas le destinataire à lui envoyer.
Vous avez beaucoup de messages dont vous n'êtes pas le destinataire à votre téléphone. C'est incroyable.
Au fil des débats, apparaît aussi la facilité avec laquelle certains jeunes tombent dans le narcotrafic, livrant des colis d'une adresse à une autre, comme cette jeune femme d'à peine 19 ans. Pourtant salariée d'un vrai travail à 1 400 euros par mois.
Je l'ai fait pour avoir un peu d'argent en plus.
Un peu d'argent en plus.
J'en ai vraiment besoin.
Combien ?
Entre 20 ou 30 euros, la livraison.
C'est toute la tragédie de cette affaire, la concernant, alors qu'il y a encore quelques années, les gens de sa génération
allaient livrer des pizzas, travailler chez McDo. Aujourd'hui, malheureusement, beaucoup s'adonnent à la livraison,
certes, de produits. C'est stupéfiant. Sans avoir pleinement conscience de ce qu'ils sont en train de faire. Les plus capés, en revanche, sont bien souvent en état de récidive, comme ce jeune homme décrit comme le chef d'orchestre de la bande.
C'est la quatrième fois que monsieur est poursuivi et renvoyé devant un tribunal pour du trafic de stupéfiants. Mais surtout, et c'est mon deuxième point, monsieur, il est condamné le 4 avril 2023. Et fin mai, il est déjà en train de se réabonner à du trafic de stupéfiants.
Les premières condamnations avec sursis n'ont pas toujours un effet dissuasif, posant la question de la sévérité des peines prononcées. Il y a une surpopulation carcérale qui existe, premièrement, et que deuxièmement, ça veut dire que si on est tout de suite au maximum, la deuxième fois, qu'est-ce qu'on fait ? Donc la gradation des peines, c'est aussi se dire, on multiplie les condamnations, mais si on recommence, là, les peines vont être sensiblement plus importantes. Il faut qu'ils s'en emparent. Après, s'ils ne s'en saisissent pas, c'est aussi leur responsabilité. Ce jour-là, l'audience se sera étirée de 13h jusqu'à plus d'une heure du matin.
Monsieur ***, le tribunal vous condamne à la peine de 18 mois d'emprisonnement et ordonne votre maintien en détention. Vous, madame ***, le tribunal vous condamne à la peine de 8 mois d'emprisonnement intégralement assorti du sursis simple. Si vous avez des difficultés avec la justice d'ici 5 ans, ces 8 mois sursis peuvent se transformer en 8 mois d'emprisonnement ferme. Une justice donc parfois nocturne. Le prix à payer pour des greffiers, avocats, juges, procureurs qui tentent de la faire avancer dossier après dossier.
Audrey Goutard, dans ce document, c'est vrai qu'on a vu l'avocat de cette jeune fille dire il y a quelques années, pour gagner, faire des petits extras, elle aurait probablement livré des pizzas. Et bien maintenant, vu la prégnance de ces réseaux dans certains quartiers, elle livre de la drogue.
Il y a la prégnance et puis ce que je vous disais, c'est-à-dire qu'il y a une réorganisation des réseaux, comme je vous le disais, ça travaille comme des grandes entreprises, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, on a parlé tout à l'heure de Ubercheat, Ubercoque, donc effectivement, les trafiquants ne sont plus, les petites mains, si vous voulez, du trafic, ne sont plus au pied de la tour à attendre le chaland.
où les jeunes femmes, généralement, moi je me souviens avoir fait beaucoup de reportages justement dans les quartiers et sur les points de deal, les jeunes femmes, généralement, leur appartement servait de nourricière, c'est-à-dire qu'elles étaient là pour récupérer la drogue, la conserver, et contre de l'argent. Alors maintenant, effectivement, elles prennent la drogue et elles se déplacent parce qu'une jeune femme, on l'a bien vu, même si elle était floutée, elle avait l'air d'une petite jeune fille bien sous tout rapport, et effectivement, elle n'est pas identifiée par les policiers comme étant trafiquante.
Donc voilà, c'est un marché qui passe son temps, c'est une entreprise qui passe son temps à s'adapter à la demande, à l'air du temps, à la pression policière et ils y arrivent plutôt globalement très bien. Laurent Valdigué, comme une entreprise, ces réseaux font du recrutement et alors, hier, mardi à Grenoble, c'est 15 ans, donc on recrue notamment chez les mineurs qui est une main d'oeuvre plus malléable. C'est pour ça que les règlements de comptes explosent depuis deux ans, notamment à Marseille et autres, parce que les réseaux sont en concurrence, donc c'est des zones de concurrence.
La justice, pour rebondir ce que disait Audrey, pour donner un ordre de grandeur au reportage qu'on a vu, il y a 72 000 places de prison en France, elles sont toutes pleines, on n'a jamais battu autant de records, là c'est le maximum du maximum. En une année normale, à peu près, il y a 100 000 personnes qui sont présentées au parquet pour des affaires de drogue, 100 000, c'est-à-dire plus que toutes les places de prison aujourd'hui. Et la justice n'est pas laxiste, ça aussi c'est une autre idée fausse, la justice n'est pas laxiste du tout, ces 100 000 personnes, elles vont être à 94%, c'est le dernier chiffre du ministère de la Justice, elles vont être condamnées à quelque chose.
Alors, pas toutes à de la prison ferme, parce que sinon, il faudrait construire l'équivalent de places de prison que celles existantes. mais elles sont condamnées à des peines d'intérêt général, à des peines de sursis, c'est-à-dire mises à l'épreuve, comme disait le magistrat tout à l'heure. Et puis, pour les trafiquants, elles sont condamnées à des peines de prison ferme. Et, Etienne Girard, ce matin, il y avait un reportage du Figaro qui disait que la justice n'avait jamais été, les prisons n'avaient jamais été autant remplies de mineurs, des mineurs qui, en fait, sont totalement déscolarisés.
les gardiens de prison, les surveillants pénitentiaires parlent d'enfants qui vivent dans un tiers monde intellectuel et économique et qui ne voient pas d'autre solution que la délinquance pour gagner de l'argent.
Absolument. On ne recrute pas des dealers ou des guetteurs dans les couches favorisées ou même les couches moyennes de la population, il ne faut pas se mentir. C'est un recrutement qui prospère sur la misère sociale. Il y a deux grandes filières. Il y a la filière de proximité au quartier, comme on dit, généralement, ça peut se faire. C'est la filière classique. Ça peut se faire des 13-14 ans. On commence par appâter avec un billet, des gros billets, 100-200 euros. On demande aux petits jeunes de 13-14 ans d'aller chercher une canette avec un billet de 100 euros. Garde la monnaie.
L'adolescent se rend compte qu'il peut gagner énormément d'argent selon ses critères, mais autant d'argent que ses parents, par exemple, en vendant de la drogue. C'est comme ça qu'il est ferré. Et puis, les têtes de réseau aiment ce recrutement de proximité parce que ça permet ensuite d'avoir des complicités dans l'immeuble, des familles complaisantes. Et un autre recrutement qui est plus neuf, qui est lié à cette ubérisation, c'est le recrutement sur CV. On poste une annonce très classiquement, comme on le ferait sur n'importe quelle plateforme de recrutement, sur WhatsApp ou Telegram, recrutent, guetteurs, vendeurs, à tel ou tel endroit, dans telle ou telle ville.
Il y a les tarifs, il y a tout, il y a l'expérience demandée et il y a des petits jeunes, des adolescents qui peuvent avoir 14 ou 15 ans et qui vont traverser toute la France pour aller en région parisienne ou à Marseille devenir guetteurs parce qu'ils sont déscolarisés et ils y voient une façon de gagner des sommes qu'ils n'auraient jamais gagnées en ayant recours à un travail normal. Et ça, cette filière-là, elle est en pleine explosion, elle est en pleine expansion et la police est un peu dépassée
par le phénomène. Un peu dépassée, Clotilde Champerrage, est-ce qu'il faut s'inquiéter d'une mexicanisation, c'est le mot qu'on emploie, des méthodes de ces réseaux ? Aux Pays-Bas, on a découvert que les réseaux avaient des salles de torture, pratiquaient la torture pour faire entendre leurs lois. Là, on a vu, donc je l'ai dit mardi, un enfant de 15 ans, un dealer de 15 ans qui a été abattu d'un froidement d'une balle dans la tête.
Ça, c'est ce qui retient l'attention parce que c'est tellement monstrueux, ça touche les personnes. Un enfant qui meurt, on se dit qu'il n'avait pas à tomber pour des trafics auxquels probablement il n'a rien compris lui-même. Ceci étant, là, c'est l'économiste qui parle, il faut faire très attention à ce qui se passe derrière ces trafics de stupéfiants. Là, on parle beaucoup des petits qui vont distribuer au consommateur final avec des jeunes qui ne font pas partie des groupes criminels.
Donc ça, c'est très important et la proximité, ça joue, mais recruter quelqu'un d'une autre ville, c'est aussi totalement le désorienter, le faire travailler sur un endroit qu'il ne connaît pas et là, on n'est pas dans on va gagner plein d'argent facilement, c'est de l'exploitation. On est dans l'esclavage moderne au service du trafic de stupéfiants. Derrière, il y a de grosses organisations criminelles qui gèrent les importations de gros et celles-là... Elles ne sont pas en France ? Non, globalement, pas en France.
Alors, ils peuvent avoir des représentants sur le territoire parce que ces organisations criminelles, elles ne sont pas d'origine française en général, mais elles ont leurs représentants sur les différents territoires où la drogue va arriver et ces grandes organisations criminelles-là, elles coopèrent énormément.
Donc, il peut y avoir des règlements de comptes mais globalement, on est dans la paix criminelle avec des coopérations, des sous-traitances et justement, le décryptage des messageries Encrochat et SkyEase ici, ça montre que les organisations criminelles se regroupent parfois, celles de moyenne importance, pour commander en commun, faire des opérations de portage, pour acheter de la drogue en plus grande quantité, donc négocier le prix auprès des très gros importateurs qui sont les intermédiaires de gros. Et ceux-là, ces importateurs, on ne les trouve jamais et ils ne touchent même pas, par exemple, la cocaïne. Elles ne passent pas par eux. Eux, ils gèrent la transaction.
Est-ce que ce dont on a parlé aux Pays-Bas ou ce qui se passe à Marseille doit nous inquiéter parce que, si les trafics s'enquistent, ils deviendront de plus en plus violents ? Bien sûr, oui, on doit être très inquiet parce qu'on le voit bien et on le voit de plus en plus, il y a des faits de corruption qui ont été identifiés en France, notamment par le biais de surveillants de prison, par le biais de douaniers, d'élus, etc. Donc, oui, on doit être inquiet parce que c'est un système effectivement mafieux.
Mais vous savez, souvenez-vous aux États-Unis la prohibition, à un moment donné, on a légalisé, on a relégalisé l'alcool parce que, justement, il y avait une telle pression des mafias et c'était devenu tellement insupportable et l'État n'arrivait tellement pas avec sa police à gérer le trafic, ces trafics, qu'effectivement, l'État a décidé de légaliser.
Alors, la question qui va se poser un jour, peut-être en France et en Europe, ça se pose déjà en Allemagne puisque l'Allemagne a dépénalisé en partie, il va y avoir un vrai questionnement de savoir est-ce qu'on somme les armes lourdes et on met des militaires sur les points de deal et on fait intervenir l'armée ou est-ce qu'effectivement, on essaie de trouver d'autres solutions ? Moi, je ne vends rien et je ne suis militante de rien mais il faut, en observant, il faut se rendre compte que les trafiquants sont en train de gagner la guerre parce qu'on doit parler d'une guerre. Et la dépénalisation permettrait de tuer le trafic ? Ben, regardez, je ne dis pas que ça va...
Moi, je n'ai pas d'avis sur la question et je ne peux pas... Mais regardez ce qui s'est passé avec la prohibition. À un moment donné, l'État n'arrive pas à faire face. On peut avoir tous les grands mots qu'on veut. Moi, ça fait 20 ans que je suis ces sujets-là. J'ai été dans les cités, j'ai interrogé énormément de trafiquants et je peux vous dire qu'ils sont malins et que ce ne sont pas des idiots à part les hommes de main mais globalement, ce sont loin d'être des idiots, ce sont des hommes d'affaires et ils sont en train de remporter la partie.
Alors, un autre type de consommation inquiète, ce sont celles des antidépresseurs et des anxiolotiques qui a bondi chez les jeunes en 4 ans, rencontre avec un psychiatre qui est obligé de refuser certains patients faute de place dans son service. C'est un sujet de Nicolas Bidard et Dominique Lemarchand. C'est un constat préoccupant sur la santé mentale des 12-25 ans. Les prescriptions d'antidépresseurs ont bondi de 60% en l'espace de 5 ans. Chef d'une unité psychiatrique de l'enfant et de l'adolescent, le professeur Olivier Bonneau observe le phénomène.
Vous voyez sous mon doigt qui est en gris bleu, elle indique en fait la consommation de psychotropes et ici donc d'antidépresseurs depuis 2016. Et on voit très bien qu'à partir de début 2020, ça sort de la courbe orange qui était attendue pour aller vers une courbe de réelle consommation qu'on a donc maintenant qui est largement augmentée. Il y a aussi en même temps que l'augmentation de la consommation, une augmentation du nombre de gens ayant des idées suicidaires, des tentatives de suicide et des symptômes de dépression.
143 000 jeunes supplémentaires sous traitement en France, des troubles dépressifs et anxieux plus nombreux, accentués par de multiples facteurs selon le professeur de psychiatrie. Le confinement par lui-même, le fait d'être resté chez soi, d'être coupé des contacts sociaux a été un formidable accélérateur parce qu'extrêmement déstabilisant, parce qu'au fond, les adolescents ont besoin d'avoir des rapports. Après, il y a d'autres facteurs qui interviennent. Il y a le facteur de l'éco-anxiété.
C'est vrai que l'éco-anxiété, dès qu'on a plus que 40 ans, on a l'impression que ça va être un peu lointain et que le dérèglement climatique va avoir un impact, mais qu'on ne sera probablement plus là pour le voir. Quand on est plus jeune, on a le sentiment qu'on va le voir pendant sa vie. Et surtout, on a le sentiment qu'on va le voir pendant sa vie et qu'on n'a pas prise dessus. Et que probablement, les adultes n'ont pas l'air de prendre la mesure des événements. En réalité, cette augmentation, elle est due à l'augmentation des prescriptions.
Ça veut dire qu'il y a des gens qui prescrivent plus ces produits parce qu'ils sont confrontés à plus de gens en souffrance, à plus d'individus qui viennent les voir et qui viennent consulter en règle générale des médecins. Beaucoup de médecins généralistes qui sont les médecins de premier recours. Et donc, du coup, se sentant un peu démunis, ils ont souvent cette réponse médicamenteuse qui n'est pas forcément une mauvaise réponse en soi, mais qui ne peut surtout pas être la seule réponse. Car le reste de la réponse se trouve dans les psychothérapies. Mais les besoins sont tels que le psychiatre doit refuser des demandes.
Autre phénomène constaté chez les jeunes patients, une consommation de drogue plus importante et plus précoce. Est-ce que les gens les utilisent pour masquer un mal-être ou éventuellement atténuer leurs symptômes d'un vrai trouble psychiatrique, que ce soit d'ailleurs un trouble dépressif ou d'autres troubles ? Ça arrive, ça peut être effectivement une réponse qu'un certain nombre de gens peuvent trouver dans autre chose. Ce qu'il faut dire, c'est que 1, ça ne marche pas, 2, ça aurait plutôt tendance à aggraver les choses. Donc, ce n'est pas une bonne solution. Alors que les prescriptions de psychotropes chez les 26-60 ans ont stagné depuis 2019, celles des 12-25 ans ont augmenté de 15%.
Clotilde Champérasche, peut-on comparer la consommation d'anxiolithique et la consommation de stupéfiants ?
Celle d'anxiolithique, elle est encadrée, elle fait l'objet d'une prescription, d'un suivi normalement. Le problème là qui est soulevé, c'est effectivement d'aller au-delà du médicament parce que la solution n'est pas dans la pilule. Il faut un encadrement psychologique et ça rejoint aussi la question de se traiter pour une addiction parce que nous n'avons pas les capacités pour accueillir toutes ces personnes qui peuvent être en détresse et ça me fait parler aussi d'autres choses parce qu'on ne l'a pas mentionné, on voit toujours les ministres de l'Intérieur successifs s'exprimer sur le trafic de stupéfiants et on n'entend toujours pas le ministre de la Santé.
Moi je suis stupéfaite qu'il n'y ait pas de campagne de prévention, de rappel, ce qui permettrait aussi de sortir du côté la prohibition, on y renonce parce qu'on n'arrive pas à gérer. La prohibition, elle a un sens. La prohibition, ce n'est pas je restreins vos libertés parce que j'en ai envie, que je suis tout puissant et que j'ai décidé qu'il ne fallait pas consommer de substances stupéfiantes. La prohibition, c'est de dire ces produits-là, ils ont des effets sur la personne qui peuvent être extrêmement problématiques sur le consommateur et sur l'entourage du consommateur aussi.
La conduite sous stupéfiants, c'est dramatique, il y a des gens qui se prostituent pour acheter une dose, enfin, il y a des enchaînements atroces et c'est pour cette raison qu'on a prohibé ces substances. Et le rappeler, le marteler s'il le faut, ça me paraît une nécessité absolue. Et en plus, c'est présenté dans ce cas-là, non pas comme une interdiction, la prohibition, mais comme une protection. Donc, ça redonne du sens, ça redonne de la cohérence à cette logique-là et c'est ça qu'il faut redonner. Et montrer que les drogues, ce n'est pas la liberté, ce n'est pas je fais ce que je veux quand je veux et je gère, au contraire, c'est un esclavage.
Et vous le disiez, peut-être faire davantage d'efforts sur le traitement pour sortir de la dépendance.
Et traiter aussi, parce que dans les solutions, alors bon, là, c'était plutôt des trafiquants qu'on voyait dans le reportage précédent, mais le consommateur, l'injonction thérapeutique, ça existe en France, mais on ne la pratique pas parce qu'il n'y a pas les structures. Donc, on va faire plutôt de l'amende forfaitaire délictuelle qui ne règle aucun.
Quand on vide la colline du crack en dispersant les personnes qui sont complètement addictes au crack, on ne règle pas le problème ?
On le déplace, on le déplace, mais en plus, le crack, c'est une des drogues les plus addictives qui donne lieu à des comportements, le syndrome de la poule où on gratte le sol pour chercher des boulettes. Mais en même temps, on est dans une société où sur Internet, vous avez des tutos qui vous expliquent comment créer, enfin fabriquer, vous mettre votre pipe à crack. Donc, qu'est-ce qu'on fait là ? On laisse ces tutos, on ne les interdit pas. Enfin, on est plein d'incohérences dans notre façon de gérer ce problème des stupéfiants.
Allez, tout de suite, on revient à vos questions. Frédéric, dans le Rhône, pendant ce temps-là, en Colombie, la production de cocaïne explose. Pourquoi ? À cause de la demande européenne. Laurent Valdiguier, est-ce que ces pays-là, d'ailleurs, n'en ont pas assez de toute cette corruption que charrie et qui leur pourrissent la vie la consommation mondiale de drogue ? C'est 1 000, 1 200 tonnes. Enfin, c'est... Quand on met bout à bout les chiffres de production, c'est hallucinant. Alors, c'est vrai aussi que ce n'est pas parce que les saisies de cocaïne augmentent d'année en année. Je crois que c'est 27 tonnes. On a saisi 27 tonnes l'année dernière de cocaïne. Les prix ne baissent pas.
Donc, ça veut dire qu'il en rentre encore plus que ce qu'on saisissait avant. Je crois qu'il y a un conteneur sur 5... Il y a 5 % des conteneurs du Havre. La grosse porte d'entrée de la cocaïne, c'est le port du Havre. Il y a un conteneur sur... Il y a 5 % des conteneurs qui sont fouillés. Comment... Alors, justement, comment sont surveillés les ports de France dans lesquels la drogue arrive ? Clotilde Champérage. Comment on s'assure que dans les conteneurs au Havre, il n'y a pas de drogue ?
On ne peut pas.
On ne peut pas.
Parce qu'on a une massification du commerce international. Là aussi, on a un problème de cohérence. On a choisi l'efficience économique. Donc, le moins de contrôle possible. Parce qu'un contrôle douanier, c'est lourd. Il y a plusieurs types de contrôles. Parfois, on fait ouvrir, on regarde les premiers cartons et puis on dit c'est bon. Ou alors, il y a le contrôle total parce que la drogue, elle peut être cachée dans les parois du conteneur. Donc là, il faut tout sortir, démonter la structure. Aucune autorité portuaire n'a envie qu'on fasse des contrôles. Donc, on est en Europe autour de 2 % de marchandises contrôlées.
Ce qui veut dire qu'on laisse massivement et consciemment, là aussi, c'est un choix politique, des marchandises illégales entrées, pas que les drogues. Les armes en pièces détachées, ça passe facilement parce que c'est très complexe à identifier, la contrefaçon, etc.
Laurent, dans la somme, quid du sénateur Joël Guerriot qui s'est mis en retrait de ses fonctions ? Est-il toujours rémunéré par nos impôts ? Joël Guerriot, on en a parlé au début de cette émission, qui est soupçonné d'avoir voulu droguer la sénatrice Sandrine Jossot en mettant du GLB, je crois, dans sa coupe de champagne ? Alors oui, il est toujours rémunéré, je crois, 7600 euros brut par mois de ses pensions de sénateurs. Il a perdu tout ce qui est présence supplémentaire pour les commissions auxquelles il ne participe plus parce qu'il n'a pas mis les pieds au Sénat depuis un an. Mais il sera jugé ? Alors, il est confronté le 6 novembre prochain à la plaignante.
Il nie, depuis le début, il nie. Oui, il dit que c'était pas de chance qu'il ait pris un verre. Il dit qu'il était dépressif et que la veille, un ami lui avait proposé de la poudre qu'il avait mis dans une première coupe de champagne et puis il avait abandonné cette coupe et par erreur, il l'a distribué à sa... Il avait perdu son chat. Oui, c'est ça,
il y a une histoire de chat.
Donc, c'est vrai que c'est... Il sera jugé, vraisemblablement. Dominique dans l'1. La consommation de drogue touche-t-elle davantage les hommes que les femmes ? Un peu plus. Je suis en pérage.
Ça dépend quelle drogue.
Ça dépend quelle drogue.
Globalement, les hommes sont un peu plus touchés mais les femmes sont en train de rattraper leur...
En tout cas, au niveau des trafiquants, ce sont essentiellement les hommes et au niveau de la consommation, effectivement, ça dépend parce que les femmes sont beaucoup plus sensibles aux antidépresseurs. Enfin, alors après, on appelle ça une drogue, pas une drogue, enfin voilà, mais en tout cas, si on parle d'addiction, l'alcool et les antidépresseurs, les psychotropes... Pas de femmes dans les trafics, vous disiez, parce que c'est tellement violent. Un peu plus quand même. Moins de femmes. Ce n'est pas les patronnes. Les femmes, c'est celles qui... Elles peuvent passer sous les radars.
Elles peuvent se méfier, oui, parce que maintenant, ce que j'allais dire, c'est qu'elles passent... Voilà, ce que j'allais dire, c'est qu'elles passent... Le profil propre...
Elles sont utilisées... Il y a beaucoup de femmes, par exemple, qu'on appelle des mules. Ce sont les femmes qui circulent dans les aéroports et qui passent d'un pays à l'autre pour justement en transport. Qui ingèrent de la drogue pour la faire circuler. Et donc, effectivement, la femme est plus invisible, mais à la tête des gros trafics, à ma connaissance, pour l'instant, ce sont les noms d'hommes qui ressortent le plus.
Dans le top 20,
c'est que des hommes. Voilà. Claudius en Meurthe et Moselle, un député qui consomme de la drogue, est-il apte à voter des lois ? On en revient... À l'exemplarité. À l'exemplarité. Puis-même, à sa capacité de discernement. Alors là, c'est une drogue particulière que vous décriviez particulièrement bien. Mais le fait est, c'est que... Est-ce que... Quand on est sous une substance toxique comme une drogue, est-ce qu'on peut avoir un bon discernement ?
Alors... ...