Campagne de Macron : de l'argent liquide venu d'Algérie ? | Yanis Mhamdi & Jean-Baptiste Rivoire (Off Investigation)
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- 3:06OuverteRéponse directe
Bonjour Anis, bonjour Jean-Baptiste.
- 3:09OuverteRéponse directe
Le point de départ de votre enquête, c'est un voyage assez troublant du candidat Emmanuel Macron à Alger au cours duquel il rencontre souvent secrètement la fine fleur de l'oligarchie locale.
- 3:57OuverteRéponse directe
Il y a Alexandre Benalla et Alexandre Djouri. Est-ce que Benalla a participé à ces rencontres avec ces hommes d'affaires ?
- 5:09OuverteRéponse directe
Emmanuel Macron a-t-il bénéficié des mêmes largesses que ses prédécesseurs ?
- 6:47RelanceRéponse directe
Il y a eu de l'argent liquide qui a circulé dans la campagne. D'où vient cet argent liquide ?
- 8:22OuverteRéponse directe
Alexandre Giury, finalement, il a été arrêté, enfin il a été extradé en France, et puis aujourd'hui il est retourné en Suisse alors qu'il était censé être en liberté surveillée.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 9:22InvitéChiffre
« J'ai donné 18 millions d'euros à Macron. »
- 10:44InvitéChiffre
« Il récolte environ, sur toute la campagne, 5 millions d'euros de dons. »
- 10:58InvitéChiffre
« Au final, il va déclarer 16 millions, Emmanuel Macron. »
- 11:25InvitéFait
« C'est reconnu par Alexandre Benalla, c'est qu'ils vont utiliser de l'argent liquide pour donner à des gens de la sécurité de la campagne. »
- 12:09InvitéFait
« Un lanceur d'alerte vient voir les enquêteurs du CNAPS et leur dit, écoutez, il y a un problème, c'est qu'il y a eu de l'argent liquide qui a circulé durant la campagne d'Emmanuel Macron. »
- 13:49InvitéChiffre
« C'est 13 millions de personnes à l'époque en Algérie qui sont dans la rue, c'est énorme. »
- 25:33InvitéChiffre
« Il va gagner près de 3 millions d'euros, dix fois plus que ce qu'il gagne dans la fonction publique. »
- 26:33InvitéFait
« Il a parlé de 3 millions d'euros. Plusieurs témoins du monde des affaires nous disent que c'est totalement invraisemblable et qu'en fait, il a probablement gagné beaucoup plus et qu'une partie de l'argent n'aurait pas été déclaré au fisc français. »
- 28:22InvitéChiffre
« Les gens ont donné à peu près 200 000 euros. »
- 29:21InvitéFait
« les annonces de Macron sur la redevance, la façon dont il s'apprête à déstabiliser l'audiovisuel public »
- 29:39InvitéChiffre
« Si tu décides que 25 millions de foyers payent 138 euros par an, Airnot, elle sait exactement et Radio France, ils savent exactement sur quoi ils peuvent compter. »
- 29:48InvitéFait
« Je me demande s'il n'a pas supprimé la taxe d'habitation uniquement juste pour shooter la redevance et pour shooter l'audiovisuel public. »
- 32:22InvitéFait
« comment Emmanuel Macron a possiblement reçu un soutien financier d'Alger. »
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Le président français Emmanuel Macron a-t-il bénéficié, avant son accession au pouvoir, du soutien discret d'un certain nombre d'oligarques algériens historiquement liés au régime d'Abzilaziz Bouteflika ou au gros bonnet de l'armée ? C'est cette piste qu'explorent mes confrères Yanis Mamdi et Jean-Baptiste Rivoire du tout nouveau média vidéo Off-Investigation spécialisé dans l'enquête. Ils viennent de publier sur la chaîne YouTube et le site internet de leurs médias, Off-Investigation, le rappel, un documentaire passionnant que je vous invite à prendre le temps de regarder.
13 février 2017. Le candidat d'En Marche arrive à Alger pour une visite express de deux jours. Accueilli par le ministre algérien des Affaires étrangères Ramtan Lamamra, il est reçu avec les honneurs d'un chef d'État. En plus des officiels, Emmanuel Macron va prendre le temps de rencontrer le forum des chefs d'entreprise, le FCE, l'équivalent algérien du MEDEF. Des mecs comme Diori, ça fait partie des réseaux des véritables décideurs de la relation franco-algérienne. Ce n'est pas les politiques qui décident, ce sont des mecs comme Diori. Cette rencontre avec Emmanuel Macron, Alexandre Diori ne nous l'a ni confirmée ni démentie.
Mais d'autres observateurs l'ont également évoquée au cours de notre enquête. Célèbre marchand d'armes français, lié au service algérien depuis les années 1980. Bernard Chenel a lui aussi eu vent de cette rencontre secrète entre Macron et Diori à Alger en février 2017. Il y a eu un déjeuner d'organisé avant qu'il soit président, avant la campagne. Comme par hasard, c'est Diori qui a préparé ce déjeuner. Il était intime avec un monsieur qui s'appelle Hadar. Le déjeuner a été organisé avec ce monsieur Hadar. Il y avait Diori, Benalla qui était là comme par hasard. Alexandre Benalla, qui accompagnait Emmanuel Macron lors du voyage, aurait donc lui aussi été présent. Lui, le conteste.
Selon Bernard Chenel, ce petit déjeuner secret à l'hôtel El Horaci visait à s'accorder sur les conditions du soutien des milieux d'affaires algériens à la candidature d'Emmanuel Macron. Emmanuel Macron a-t-il bénéficié des mêmes largesses que ses prédécesseurs ? À quelques mois de la présidentielle de 2017, en tout cas, d'importantes sommes d'argent liquides à la provenance indéterminée étaient apparus au cœur de sa campagne.
Bonjour Anis, bonjour Jean-Baptiste. Salut Théo. Le point de départ de votre enquête, c'est un voyage assez troublant du candidat Emmanuel Macron à Alger au cours duquel il rencontre souvent secrètement la fine fleur de l'oligarchie locale
alors qu'il n'est plus ministre de l'économie. Oui, c'est ça. C'est qu'en fait, quand il se présente à la campagne présidentielle de 2017, donc en février 2017, il se rend à Alger et là-bas, il va rencontrer discrètement trois hommes d'affaires parmi les plus puissants du régime algérien, à savoir Issa Vrebrabe, qui est encore aujourd'hui la première fortune du pays. Ensuite, on a Ali Haddad, qui était la deuxième fortune du pays, et donc les frères Koulinev, qui sont eux la quatrième fortune du pays.
Il le fait en étant accompagné par un certain nombre de personnages un peu mieux connus des Français. Et dans cette séquence, ils sont omniprésents. Il y a Alexandre Benalla et Alexandre Djouri. Oui, c'est ça.
Alors Djouri, c'est compliqué, sa présence à Alger. Voilà, elle n'est pas officielle. C'est des rencontres qui sont officieuses, qui sont souvent cachées. Benalla, on le voit, il est dans la délégation d'Emmanuel Macron. Il l'accompagne, Emmanuel Macron. Sur les vidéos, dans le documentaire, on le voit très bien. Et la question, c'est de savoir, est-ce que Benalla a participé à ces rencontres avec ces hommes d'affaires ? Lui, il le conteste, mais nous, selon les informations qu'on a eues, nous, notamment une rencontre avec Haddad. Donc, il faut savoir, Ali Haddad, c'est la deuxième fortune du pays. On le surnomme le patron des patrons.
Il est à la tête, en fait, du FCE, qui est l'équivalent du MEDEF français. Et Haddad, c'est vraiment l'homme de main d'Abdelaziz Bouteflika et de Saïd, son frère. Et donc, Emmanuel Macron va les rencontrer, les patrons algériens, une première fois à l'hôtel El Horaci. Et nous, selon les informations qu'on a, et selon les informations qui ont été révélées précédemment par Marc Endevelle, c'est qu'avant cette rencontre officielle, devant les caméras, donc à l'hôtel El Horaci, Emmanuel Macron a rencontré Ali Haddad discrètement, avec la présence d'Alexandre Djury à ce moment-là. Et il y aurait eu un deal qui aurait été passé.
Voilà, Ali Haddad aurait convenu d'un soutien financier pour la campagne d'Emmanuel Macron, en échange d'un soutien politique d'Emmanuel Macron au régime d'Alger.
Alors, ce qui est important, c'est qu'il faut replacer un peu ces personnages. Par exemple, Alexandre Benalla, il est sorti de l'ombre au moment de l'affaire de la Contre-Escarpe. Il avait tabassé des manifestants. On a vu tout un système de protection organisé autour de lui. Et on se disait, bon, finalement, ce n'est qu'une sorte de garde du corps amélioré, un chef de cabinet adjoint. On se rend compte que, manifestement, Alexandre Benalla, qui n'est pas d'origine algérienne mais marocaine, est plus qu'un garde du corps. Et que, finalement, le système de protection qui s'est organisé autour de lui est peut-être justifié par quelque chose.
En tout cas, c'est vrai que Benalla a un rôle beaucoup plus important qu'on pourrait le penser. Ça fait plusieurs années que pas mal de gens se demandent quel était son rôle exact. Mais il est toujours très près de Macron dans des moments cruciaux. Là, par exemple, il est présent au voyage d'Alger. Et moi, une des questions que je me pose aujourd'hui, c'est est-ce qu'au fond, Macron n'a pas surprotégé Benalla après l'affaire de 2018 parce que Benalla connaissait pas mal de secrets de la Macronie. Et par exemple, quand on sait qu'il est au cœur du voyage d'Alger ou manifestement ce deal du soutien financier en échange de soutien politique.
Voilà, je pense que ça fait partie des choses dont Benalla est probablement au courant. Ce qui expliquerait qu'Emmanuel Macron n'ait pas pu vraiment le sanctionner en 2018. Je vais rebondir là-dessus pour dire qu'on a des faits aussi qui montrent que Benalla est quand même très important dans le dispositif à l'époque. C'est que déjà, il est très proche aujourd'hui d'Alexandre Giury. Il suffit de regarder, il y a une interview qui a été faite à l'époque sur LCI où Alexandre Giury vante les mérites d'Alexandre Benalla. Ils sont très proches, c'est documenté. Et puis aussi, dans le documentaire, on explore cette piste.
À un moment, il y a de l'argent liquide qui circule dans la campagne, notamment auprès des équipes de sécurité. Et qui était alors le directeur de la Sûreté d'En Marche ? C'était Alexandre Benalla et c'était lui qui distribuait cet argent liquide aux équipes de sécurité. Donc, son rôle est extrêmement important dans cette histoire. Il distribue de l'argent liquide dans la campagne Macron vers mars-avril 2007, juste après le voyage à Alger, où des sources nous disent qu'en fait, les macronistes ont pris de l'argent en liquide en Algérie.
Alors, il faut qu'on resitue aussi Alexandre Giury, parce que les journalistes ont l'impression que tous ces personnages sont très bien connus. Alexandre Giury, c'est une sorte d'intermédiaire véreux, on dira. Je ne pense pas qu'on sera accusé et condamné en justice pour cela. Qui a travaillé pour la Sarkozy, pour Charles Pasquois, et qui finalement se retrouve au service de la Macronie, comme d'ailleurs beaucoup de barbouzes et de personnages interlopes de la Sarkozy.
En tout cas, il est assez peu connu. C'est un personnage mystérieux. C'est un homme d'affaires franco-algérien, intermédiaire en grands contrats. Il se présente comme quelqu'un qui facilite les affaires. En fait, souvent, c'est quelqu'un qui va se retrouver au cœur des contrats et qui va gérer un peu ce qu'on appelle les commissions, les commissions pour les acheteurs, voire parfois peut-être des rétro-commissions. En tout cas, c'est ce que l'écrivait Pierre Payan avant de décéder dans un livre qu'il avait consacré à Giury. Donc Giury est toujours un peu au cœur du système sulfureux.
Et comme par hasard, quand Macron va chercher du soutien auprès des milieux d'affaires algériens, Giury n'est pas très loin, voire il est présent. Et quelques mois plus tard, quand Macron va retourner à Alger en tant que président, Giury, qui est recherché par la justice française parce qu'il est soupçonné d'avoir trempé dans le supposé financement libyen de Nicolas Sarkozy, et bien Giury, alors qu'il est recherché par la justice française, se pointe à Alger et est officiellement invité à l'ambassade de France en présence d'Emmanuel Macron par l'Elysée. Et il va venir plaider sa cause pour essayer que la justice...
En gros, quelqu'un qui est recherché par la justice française, en fait il est...
Invité par le président de la République française à l'ambassade à Alger pour une réception officielle. Donc là, on a un peu l'impression qu'Emmanuel Macron, on a un peu envie de lui dire, mais il y a des lois en France ou pas pour Giury ?
Et en plus, Alexandre Giury, finalement, il a été arrêté, enfin il a été extradé en France, et puis aujourd'hui il est retourné en Suisse alors qu'il était censé être en liberté surveillée, quoi, quelque part.
C'est ça qui est le problème, voilà un deuxième acteur qui semble être un petit peu au cœur des relations franco-algériennes de Macron, il sait des choses, il participerait à des rendez-vous secrets, et dans les mois qui vont suivre, certes l'Angleterre va l'arrêter puis l'extrader en France, mais très vite les autorités françaises vont le libérer de la prison de Fresnes, avec un bracelet électronique, pour un problème de santé, mais enfin on le libère, et quelques mois plus tard, alors qu'il est quand même sous le coup d'accusations graves de la justice française, on le laisse repartir tranquillement chez lui à Genève.
Donc la question c'est, est-ce qu'au fond, Giury connaît pas lui aussi un peu des secrets de la Macronie, et qui finalement il tient un peu en otage les macronistes, et qu'il a obtenu d'être libéré pour cette raison ?
Dans votre documentaire, d'ailleurs, vous évoquez des phrases prononcées, des phrases troublantes prononcées par Alexandre Giury, devant deux journalistes, notamment Johan Tilwin, qui dit à Alexandre Giury, en gros, j'ai donné des sous, j'ai financé la compagnie.
J'ai donné 18 millions d'euros à Macron. Il dit, Macron c'est mon pote, je lui ai filé 18 millions d'euros pour sa campagne. Voilà, on l'a contacté Giury, lui, il n'a pas voulu répondre à cette affirmation. Après, Giury, il faut aussi comprendre, il est aussi à l'époque très introduit auprès du régime algérien et des hommes d'affaires algériens. Il est notamment extrêmement proche des frères Kouninev. C'est d'ailleurs eux qui vont pousser pour que Giury soit invité à cette soirée à l'ambassade de France à Alger.
Voilà, c'est un homme extrêmement important, aussi de l'autre côté, c'est-à-dire du côté d'Alger, donc qu'il ait été un homme clé dans cette question du financement de la campagne d'Emmanuel Macron, c'est par hasard.
Alors, ce qui est indubitable, ce qui en tout cas ne souffre d'aucune sorte de contestation, c'est qu'à un moment donné, la campagne d'Emmanuel Macron avait un gros problème de trésorerie. Et ça, forcément, ça accrédite la thèse d'argent liquide qui a circulé parce qu'il y a une sorte de contradiction entre les comptes de campagne et le fait qu'il y a une sorte de trou noir financier dans la campagne, ce qui n'empêche pas la campagne de fonctionner. Donc, ça veut dire qu'il y a quelque part quelque chose qui… Il y a eu de l'huile dans le moteur.
C'est ça. En fait, il y a un trou, il faut comprendre. Emmanuel Macron, à l'époque, quand il se lance, il a très peu de… Enfin, c'est un parti nouveau en marche. Voilà, c'est pas l'EPS, c'est pas les Républicains qui ont des militants qui peuvent leur donner énormément d'argent. Donc, qu'est-ce qu'il fait ? Il se rend en fait à travers le monde pour récolter de l'argent partout. Donc, il va à Londres, à Beyrouth, il va au Qatar et il va aussi à Alger. Et donc, il récolte environ, sur toute la campagne, 5 millions d'euros de dons. Voilà, ça, c'est les dons. Donc, c'est des gens, des particuliers qui ont donné. Mais c'est très peu, 5 millions d'euros d'euros de dons.
Au final, il va déclarer 16 millions, Emmanuel Macron. Pourquoi 16 millions ? Parce qu'il va obtenir un prêt, en fait, des banques de 11 millions d'euros. Mais le prêt, il ne l'obtiendra, en fait, que le 4 avril, exactement, si je ne dis pas de bêtises. Au dernier moment. Voilà, au tout dernier moment, juste avant le premier tour. Il a vu des belles campagnes. Voilà, il a quand même fait une belle campagne. Et en fait, la question qu'on pose, c'est qu'à un moment, il se retrouve en fait à court de trésorerie, à court de liquidité.
La question qu'on pose, c'est comment ils ont fait pour assurer plusieurs mois de campagne sans argent, puisque le prêt, ils ne l'obtiendront finalement qu'un peu de temps avant le premier tour. Et ce qui est certain, parce que c'est reconnu par Alexandre Benalla, c'est qu'ils vont utiliser de l'argent liquide pour donner à des gens de la sécurité de la campagne. Donc, ils font pas mal de paiements en liquide. Donc, ça, c'est quand même douteux, c'est assez interdit. C'est du personnel non déclaré. Ça, c'est établi. Ce qu'on ne sait pas, c'est d'où vient cet argent liquide. Et nous, de l'autre côté, on a des témoins cotés algériens qui disent qu'en fait, il a pris de l'argent en Algérie.
Donc, la question, c'est est-ce que l'argent liquide de la campagne ne venait pas en partie au moins d'Alger ?
Eh bien, justement, en fait, il y a une sorte d'enquête qui a été ouverte autour de cet argent liquide qui a été distribué. Il y a une commission spécialisée dans les questions de sécurité qui a enquêté dessus. Et finalement, tout s'est un peu… tout s'est évaporé.
En fait, c'est le CNAPS, donc le Conseil National des Activités Privées de Sécurité, qui un jour reçoit une alerte. Un lanceur d'alerte vient voir les enquêteurs du CNAPS et leur dit, écoutez, il y a un problème, c'est qu'il y a eu de l'argent liquide qui a circulé durant la campagne d'Emmanuel Macron. Il faut enquêter. Donc, les enquêteurs du CNAPS, dès 2019, ils commencent à enquêter et puis se rendent compte que c'est vrai. Parce que tous les acteurs qu'ils interrogent, qui ont participé à la campagne d'Emmanuel Macron, admettent que oui, il y a eu de l'argent liquide, que oui, c'était Benalla qui leur donnait de l'argent de main à la main.
Et donc, le patron du CNAPS, Cyril Maillet, qui est un proche de Claude Guéant, qui a été nommé par Emmanuel Macron en 2018, décide, lui, de classer l'affaire. La question qu'on pose, c'est est-ce qu'il n'a pas classé l'affaire pour protéger Emmanuel Macron ? L'autre chose qu'on sait, c'est que les enquêteurs du CNAPS ont aussi fait un signalement au parquet de Grasse. Mais on ne sait pas où est-ce que ça en est aujourd'hui de l'enquête judiciaire là-dessus.
De fait, les compromissions d'Emmanuel Macron, président avec le régime ou les régimes algériens, puisque entre-temps, il y a eu le Irak, sont nombreuses et vous les documentez dans votre film.
Oui, ce qu'on montre, c'est qu'au fur et à mesure, la question du financement peut légitimement se poser, puisqu'à un moment donné, il se passe quelque chose d'incroyable en Algérie. C'est le Irak, donc mouvement en arabe. Donc c'est à ce moment-là, toute la population algérienne sort dans la rue pour dire non à un cinquième mandat d'Abdelaziz Bouteflika, donc entre février et mars 2019, avril 2019.
Quelle est l'attitude de la France ?
Voilà, et à ce moment-là, Emmanuel Macron, alors on peut penser que la France, le pays des droits de l'homme, va soutenir un élan de toute la population démocratique. Eh bien non, pas du tout. Emmanuel Macron va soutenir le pouvoir algérien qui, lui, ne veut pas céder face à la population. Il va soutenir Abdelaziz Bouteflika dans un premier temps. Ce qui est drôle, c'est qu'au moment où il soutient Abdelaziz Bouteflika, si je ne dis pas de bêtises, un mois plus tard, finalement, Abdelaziz Bouteflika abdique face à la rue. Parce qu'il faut savoir, nous, on nous a dit que c'est 13 millions de personnes à l'époque en Algérie qui sont dans la rue, c'est énorme. Sur 43 millions.
Sur 43 millions, voilà, dans toute l'Algérie, c'est imaginé. C'est vraiment énorme. Et puis après, il y a Abdelmagic Teboum qui va être élu à la place de Bouteflika dans des élections très contestées, puisqu'Abdelmagic Teboum, il va être élu avec le taux de participation le plus bas qui ait jamais existé en Algérie. 39%. Les gens vont continuer à sortir dans la rue pour contenir les manifestations. Le pouvoir, qu'est-ce qu'il va faire ? Il va réprimer, donc il va envoyer en prison les opposants politiques, les journalistes et toute personne manifestant qui pourrait poser problème.
Et Emmanuel Macron, lui, va continuer de soutenir le président en place, donc Abdelmagic Teboum, il va continuer de soutenir le pouvoir en place constamment, constamment, constamment. Et la seule fois où il va un tout petit peu aller à l'encontre du régime algérien, il va se faire rappeler à l'ordre et un mois plus tard, il va s'excuser. Il va se faire rappeler à l'ordre par le ministre algérien des Affaires étrangères, Lamamra, qui va lui dire qu'il n'y a pas de cadeau à sens unique, qu'il n'y a pas d'offrande à sens unique. Donc, il faut du respect. On ne sait pas ce que ça veut dire, mais juste après, Emmanuel Macron va regretter ses propos où il avait mis en cause la nation algérienne.
Donc, on sent qu'il est quand même tenu par de puissants intérêts algériens.
Alors, en France, on parle un peu, certes pas assez, mais on parle un peu de la France-Afrique quand ça concerne l'Afrique subsaharienne, l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale. Mais finalement, très peu de la France-Algérie. Pourquoi ? D'ailleurs, je rappelle, Jean-Baptiste, que tu es le co-auteur de ce livre qui a été écrit en 2004 avec l'UNIS Agoun, France-Algérie, crimes et mensonges d'État. On parle très peu de la France-Algérie, en tout cas, si on compare à la France-Afrique de manière générale.
On en parle peu. Les deux régimes sont très intriqués. C'est une ancienne colonie française importante. Moi, je pense que ça fait 50 ans qu'au fond, les politiques français considèrent qu'au fond, l'Algérie est une tirelire un peu pour financer leur vie politique. On donne plusieurs exemples dans le film. Ça fait 50 ans que ça dure. Comme si, au fond, cette ancienne colonie avait vocation à financer la vie politique française. Moi, je ne suis pas sûr que l'argent des Algériens, l'argent du pétrole, l'argent du gaz qui leur appartient, doit servir à financer la campagne d'Emmanuel Macron. Je pense que l'argent des Algériens doit servir aux Algériens.
Et ce système, finalement, d'exploitation de l'Algérie doit prendre fin. De toute façon, la population algérienne en a plus que marre. Ça fait des années et des années et des années qu'elle exprime ça. Au moment de la salle guerre des années 90, 200 000 morts, 20 000 disparus, la France avait discrètement soutenu constamment ce régime qui était en train de réprimer très violemment sa population. Donc, il y a un moment donné, comme dit une intervenante algérienne, la franco-algérienne dans le film, il faut laisser les Algériens maître de leur destin, décider quel régime politique ils veulent et arrêter de traiter l'Algérie comme une colonie.
Alors, en regardant votre film, on a l'impression que les polémiques immémorielles ne sont que théâtres d'ombre des deux côtés. Peut-être pas uniquement du théâtre d'ombre, mais en tout cas, des instrumentalisations permanentes. On chauffe les peuples à blancs, alors que globalement, en parlant de mémoire, on parle souvent d'autres choses.
Oui, et puis, ces derniers temps, Emmanuel Macron a été un président français qui a plutôt fait amende honorable sur la violence française en Algérie. Ça va dans le bon sens. Les Français ont torturé en Algérie. Il y a eu des crimes graves pendant toute la colonisation. Ça commence en 1830. On ne va pas refaire l'histoire. Donc, Emmanuel Macron a été dans le bon sens et un certain nombre de gens disent « Ah, c'est formidable, il reconnaît enfin les crimes de la France.
» Enfin, nous, on nuance un peu en disant d'abord, c'est bien de reconnaître un peu ce que la France a fait pendant la guerre d'Algérie, mais si on fait ça en échange de financements politiques, c'est quand même un peu douteux. Et puis surtout, si on respecte vraiment les Algériens, il ne faut pas juste faire la lumière sur la guerre d'Algérie, il faut aussi faire la lumière sur les années 90. Et il faut aussi savoir dire aujourd'hui à un régime qui réprime son peuple et qui emprisonne les journalistes que ce n'est pas acceptable. Sinon, c'est qu'on se moque des Algériens et qu'on fait ça uniquement pour des raisons d'opportunités politiques. Oui, voilà.
Moi, je me souviens quand Emmanuel Macron était candidat et qu'il a lancé la fameuse phrase « La France a commis un crime contre l'humanité en Algérie. » Moi, en tant que jeune franco-algérien, c'est vrai que ça m'a un peu étonné que quelqu'un aille aussi loin de nous. Ce qu'on documente, en tout cas dans notre film, ce qu'on montre, selon les sources qu'on a rencontrées, c'est qu'en fait, cette déclaration, il ne la fait pas parce qu'Emmanuel Macron est un grand humaniste. Il fait cette déclaration parce qu'en fait, c'est une demande du pouvoir algérien en échange d'un soutien financier. C'est ce qu'on raconte dans le film.
Donc en fait, c'est exactement ce que dit Jean-Baptiste, c'est-à-dire qu'à partir de ce moment-là, on se pose la question est-ce que tous les gestes aujourd'hui qu'a fait Emmanuel Macron envers la mémoire algérienne ne sont pas en fait un juste retour des choses après un soutien financier de la part du régime d'Alger ?
Alors aujourd'hui, avant la présidentielle de 2022, quels sont les réseaux de Macron en Algérie ? Est-ce qu'il est encore soutenu par des puissants d'intérêts financiers ?
Alors, il faut bien comprendre qu'une fois Abdelaziz Bouteflika évincé du pouvoir, il va y avoir une purge qui va être lancée en Algérie et donc tout son clan va être envoyé, quasiment tout son clan va être envoyé en prison. Donc Ali Haddad, deuxième fortune du pays qui avait rencontré Macron, qui a potentiellement soutenu Macron, est envoyé en prison. Aujourd'hui, il a écopé 12 ans de prison. Les frères Kouninef, eux aussi, ont écopé de 16, 15 et 12 ans de prison, si je ne dis pas de bêtises. Issa Brébra, lui aussi, qui avait rencontré Emmanuel Macron, lui, est resté un peu moins longtemps en prison, si je ne dis pas de bêtises, il est resté entre 4 et 8 mois.
Et voilà, tous les ministres, etc. Donc en fait, tout ce monde qu'a rencontré Emmanuel Macron en février 2017 n'est plus au pouvoir actuellement. Le seul qui est toujours en place, c'est Ramtan Lamamra, ministre algérien des Affaires étrangères, sorte de Le Drian français. En fait, comme Le Drian, il est passé d'un pouvoir à un autre, puisque Le Drian a fait Hollande puis Macron. Et donc aujourd'hui, on ne sait pas vraiment quels sont ses réseaux. il a une espèce de relation assez distendue, on va dire, avec Tebboune, qu'il essaye de soutenir.
Et puis là, dernièrement, il y a eu l'espèce de revirement où il a dit que l'Algérie est un système politico-militaire et que ce n'était pas une nation avant. Donc on ne sait pas aujourd'hui vraiment quelles sont les relations d'Emmanuel Macron avec l'Algérie.
Il a parlé de l'Amérique qui n'était pas une nation, alors que Poutine parle de l'Ukraine qui n'est pas une nation. Le parallèle, il est savoureux. Oui, donc...
En tout cas, il s'est accoquiné avec des clans afféristes, des milieux afféristes proches de Bouteflika. Et en faisant ça, il croyait se maquer avec le pouvoir algérien. Mais à force de collaborer et de se mettre amis avec ce pouvoir algérien qui réprime son peuple, finalement, on se discrédite vis-à-vis de la population algérienne. Et aujourd'hui, c'est vrai qu'il y a une certaine déception chez les Algériens ou chez les Franco-Algériens vis-à-vis de Macron. Il manifeste régulièrement à Paris, place de la République. L'autre jour, on était sur une manif où il criait généraux terroristes Macron-complices.
Donc, il y a un sentiment de colère parce que c'est comme si, au fond, liberté, égalité, fraternité, c'est bien pour la France mais pas pour l'Algérie. Or, les Algériens, ils ont droit aussi à avoir liberté, égalité, fraternité. Non, mais j'ajoute ce qui est terrible, en fait, c'est que Macron, il fait comme tous les politiques français avant lui, c'est-à-dire qu'il va à Alger, il va chercher un soutien parce que la communauté franco-algérienne est hyper importante, etc.
Et comme l'a dit Jean-Baptiste, il ne rencontre en fait que le régime, il ne rencontre que les officiels, c'est ce qu'on raconte dans le film, il rencontre vraiment tout ce qui posait problème à l'époque dans la société algérienne et lui, en fait, il pense s'inscrire dans une tradition où ce régime ne va jamais bouger pour lui. Et en 2019, en fait, quand il est renversé, c'est une catastrophe pour lui parce que toutes ces personnes-là avec qui il avait noué des liens et qu'il avait rencontré en février 2007 qui l'ont soutenu, ils sont envoyés en prison.
Alors, sans faire dans le people, vous avez tous les deux des rapports forts avec la France et l'Algérie. Donc, je pense que ce film a été important pour vous.
Eh bien, ouais, je suis content qu'on ait traité cet aspect franco-algérien de Macron parce que moi, j'avais un peu rangé les voitures depuis 15 ans sur l'Algérie et Yannis a rentré
avec l'Algérie. Elle date pas de 15 ans, elle date depuis longtemps.
Oui, moi, j'ai des grands-parents qui sont arrivés à Constantine en 1932. Ma mère est née en 1941 là-bas, elle est restée jusqu'en 1959. Elle est rentrée en France, elle a appris arabe et russe et elle est repartie dans les années 70 avec son père et trois gamins sous le bras pour aider un peu l'Algérie indépendante. Mes parents, c'était un peu ce qu'on appelait des pieds rouges et puis, voilà, moi, j'ai grandi à Alger et c'est vrai que cette histoire franco-algérienne doit être traitée avec transparence, avec vérité. Moi, quand j'étais petit, j'avais un peu l'impression que c'était quand même un régime policier. Mes parents me disaient que c'était le paradis du socialisme.
Je me disais, oui, mais il y a un peu quand même un régime policier. Donc, il faut regarder objectivement les choses et surtout, il faut arrêter de considérer que l'Algérie c'est la petite sœur de la France. L'Algérie, maintenant, c'est un pays indépendant. Il faut leur ficher la paix. Ils ont le droit d'être souverains.
Et tu as aussi travaillé sur l'Algérie pendant la décennie noire.
Voilà, en fait, à Canal+, dans les années 90, quand la sale guerre a commencé, je rappelle, coup d'État de janvier 92, donc l'armée interrompt un processus électoral qui avait été remporté par le Front Islamique du Salut. À partir de là, une répression militaire très dure va s'engager. Elle va durer 8 ans, 200 000 morts, 20 000 disparus. Et l'ensemble entre les monstres barbus.
En réalité, en enquêtant, on découvre à ce moment-là que c'est un peu plus compliqué que ça, qu'il y a une colère de la population algérienne qui peut être légitime et que les services secrets algériens vont infiltrer, manipuler aussi la violence islamiste pour discréditer l'opposition, voire éventuellement commettre des attentats en France. Donc, ça méritait de grosses enquêtes. Ça ne se faisait pas beaucoup à l'époque. C'est vrai que l'érgime algérien verrouillait l'info. Mais là, par exemple, c'était indispensable de faire de l'investigation, ce qu'on a essayé de faire à Canal et dans ce bouquin. Parce qu'en fait, dès que les journalistes rentrent au garage, la propagande triomphe.
Donc, il faut faire attention et il faut toujours faire de l'enquête. Et c'est ce que Yanis a fait 15 ans après sur cette affaire Macron. Et moi, je suis content qu'on déshabille un peu la Macronie sur cette affaire franco-algérienne parce que si c'est la propagande, ça va, quoi.
Yanis, tu avais couvert pour le Média à l'époque le Irak. C'était quelque chose qui était quand même frappant pour ta jeune carrière de journaliste à l'époque.
Oui, c'est le premier gros événement historique que j'ai vécu en tant que journaliste. Moi, je suis allé en fait pour le Média à l'époque filmer les manifestations algériennes. Comme j'ai la double nationalité, j'ai eu la chance de pouvoir rentrer facilement dans le pays et pouvoir filmer. C'était en toute illégalité dans le pays. Mais bon, on a pu faire ce reportage. Si je ne dis pas de bêtises, je pense qu'on était le premier Média français vidéo à faire vraiment un reportage entier sur le Irak. Et je suis allé le 1er mars. C'était incroyable. Je n'avais jamais vu autant de personnes dans la rue. Et quelques années après, je travaille là-dessus avec Jimmy.
Et puis, je me rends compte en fait que malheureusement, la population n'a rien gagné en fait avec le Irak. Ils ont juste gagné la fin de Bouteflika. Mais c'est qu'une image. Derrière, le régime est resté en place et il n'y a pas grand-chose qui a changé. Et la France, c'est vrai que c'est terrible parce qu'elle soutient ça en fait. Et moi, en tant que franco-algérien, c'est vraiment quelque chose qui me fait de la peine. Il faut voir. Quand vous regardez le documentaire, mais que ce soit n'importe qui. Par exemple, quand on interroge Jean-Pierre Mignard, Jean-Pierre Mignard, quand on commence à lui parler de... Avocat proche de Macron pendant la campagne.
Voilà, célèbre avocat proche de Macron, soutien d'Emmanuel Macron dans la campagne en 2017 qui était dans la délégation d'Emmanuel Macron qui se rend en Algérie. Quand on prononce le nom des coudinefs, il faut voir la tête qu'il fait. Il a vraiment peur. Driancourt, c'est pareil. Il était à coquiner avec les coudinefs à l'époque. Et en fait, on se rend compte que la France, elle soutient un régime qui est tout sauf démocratique. Et ça, c'est vraiment terrible.
Et pour des intérêts bassement matériels, on peut le présumer. Alors, chaque semaine jusqu'à quasiment l'élection présidentielle, offre varante publique un documentaire, un sujet d'enquête sur le thème Emmanuel, un homme d'affaires à l'Élysée. Quels sont les prochains épisodes de la série ?
Il en reste deux. Donc, Sanofi, labo chouchou de la Macronie. Sanofi est le premier laboratoire pharmaceutique français. Bon, maintenant, son actionnariat est très étranger et il fait son business dans le monde entier. Mais Sanofi, c'est quand même un labo très puissant. Et Sanofi, ils nous estomacent depuis des années. Alors, bon, ils ont tout raté sur le vaccin Covid-19, déjà. Mais par ailleurs, ils ont mis sur le marché un médicament, la Dépakine, qui a provoqué énormément de problèmes pour les fœtus sur les femmes enceintes. Ça fait 15 ans que ça dure. Ils refusent absolument d'indemniser. Ils font des pollutions dans les Pyrénées. Voilà.
Donc, on a un peu l'impression qu'ils sont un peu au-dessus des lois, qu'ils se croient tout permis. Et alors, ce qui est ce que le chant, c'est qu'on attendrait des pouvoirs publics qu'ils soient un peu fermes. Et alors, pas du tout. C'est subvention, surmerci, sursubvention. Donc, on a voulu gratter un peu cet aspect. Et on a découvert qu'en fait, il y a un lien très, très fort entre le président Macron et le patron historique du laboratoire Sanofi, Serge Wimbert, qui finalement joue un rôle en coulisses très important pour coacher Macron pour sa carrière. Et dès la commission Atali, en 2007, il va le conseiller. C'est lui qui va l'aider à rentrer à la banque Rothschild.
C'est lui qui va faire la fortune d'Emmanuel Macron. Je rappelle qu'en trois ans, à Rothschild, il va gagner près de 3 millions d'euros, dix fois plus que ce qu'il gagne dans la fonction publique. Donc, Serge Wimbert, le patron de Sanofi, coach Macron, c'est un visiteur de soir de l'Elysée pendant le quinquennat. Il a un accès direct au président. Et le président est tétanisé à l'idée de taper du poing sur la table quand Sanofi fait des bêtises. Donc, déjà, ça, c'est gratiné. Et ça sort quand ? Ça, c'est mardi 22 mars à 18h. Et le dernier épisode de la série, on pensait travailler un peu sur ISF, mon cauchemar.
Vous vous souvenez que Macron avait supprimé l'impôt sur la fortune et ça avait contribué à la révolte des Gilets jaunes. Et Macron disait à l'époque non, mais c'est pour faciliter l'investissement en France. Ce qu'on a découvert, on s'en doutait un peu, c'est qu'en fait, Macron, il a fait ça aussi parce qu'il avait un problème perso avec l'ISF. En fait, il n'avait pas très envie de le payer. D'ailleurs, il avait réussi à ne pas le payer pendant des années. Et puis après, il a été rattrapé par la patrouille en 2015. Les impôts se sont aperçus qu'en fait, il aurait dû payer l'ISF. Donc, il a dû le payer en retard. Il était un peu gêné.
Il a fait le genre que ça ne se voit pas trop que ça se voit. Mais en fait, ce n'est pas juste ça. C'est qu'on s'aperçoit qu'en fait, la carrière et la fortune d'Emmanuel Macron ne sont pas claires du tout. Il a un problème avec l'ISF. Il a un problème sur ses déclarations de patrimoine depuis 2014. Et il a même probablement un problème sur ce qu'il a déclaré avoir gagné chez Rothschild. Il a parlé de 3 millions d'euros. Plusieurs témoins du monde des affaires nous disent que c'est totalement invraisemblable et qu'en fait, il a probablement gagné beaucoup plus et qu'une partie de l'argent n'aurait pas été déclaré au fisc français.
Donc, c'est ça qu'on explore dans le dernier épisode et ça va s'appeler Les millions en volée de Macron.
On est impatients de voir tout ça. Alors, avez-vous l'impression d'avoir été bien accueilli par l'écosystème médiatique français ? Ça fait quelques mois que vous êtes là.
Disons-le clairement. Les médias mainstream, non. On est presque même, je dirais, invisibilisés par les grands médias. Un peu comme Mediapart, un peu comme Le Média, un peu comme Blast. Un peu comme tous les médias indépendants qui se créent comme vous, aux médias, tous ces médias indépendants qui se créent dans l'espoir d'être différents de ce que les gens ont l'habitude, donc des médias mainstream. Donc, non, on est assez invisibilisés. Nos infos sont très peu reprises. Moi, le sentiment que j'ai, c'est qu'on a un système médiatique qui est à 95% entre les mains de 5 ou 6 grands milliardaires ou de l'audiovisuel public qui est extrêmement tétanisé par les pressions de l'État.
Là, on voit encore récemment que Darmanin et Macron s'amusent à dire « Tiens, on va peut-être supprimer la redevance ». Puis en fait, je pense qu'ils vont supprimer la redevance. Donc, ils sont en train de bouleverser totalement l'équilibre du service public audiovisuel. Donc, tout le monde est tétanisé par Macron. Et dans ce contexte, en fait, c'est comme s'il y avait un système de médias officiels visibles qui est tétanisé, qui ne fait pas grand-chose. Et puis, il y a des médias indépendants qui essayent de bouger et qui sont invisibilisés. Donc là, il y a vraiment quelque chose qui est en train de se passer dans la presse française.
C'est en train de bouger, mais c'est vraiment dur d'être repris et de faire passer les infos.
On imagine que la série Emmanuel, un homme d'affaires à l'Elysée, ne sera pas un one-shot pour la fin d'investigation. Quels sont vos projets et comment vous soutenir ? Comment, si on est un citoyen français qui est attaché au journalisme d'investigation, comment soutenir et quoi soutenir ?
Pour faire court, le pari qu'on avait fait, c'est de proposer à la population de financer une série d'enquête sur Macron puisque la télé refusait totalement de la financer. Donc, ça, c'est fait. Les gens ont donné à peu près 200 000 euros. On a financé la série. On a un petit déficit, mais on est super fiers de l'avoir fait. Après, il y a deux solutions. Soit on range les bagages et on part à la pêche. Soit on essaie de transformer off en un petit site d'information régulier. Mais pour ça, en France, il faut avoir le statut d'un numéro de commission paritaire. Il faut être reconnu comme un site de presse en ligne. C'est-à-dire qu'il faut fournir des articles régulièrement.
Et là, vous avez une TVA réduite, vous avez les dons défiscalisés. Donc, c'est ce qu'on va essayer de faire, de transformer off en un petit site d'information modeste un peu pour régulier qui deviendrait peut-être grand. Mais déjà, il faut obtenir ce statut des autorités. Ça prend des mois. Il faut faire travailler quelques pigistes pour avoir des papiers. On ne peut pas relancer demain une série sur Macron. C'est trop cher. Mais on va essayer de faire survivre ce site. Moi, c'est mon objectif pour les 12 prochains mois.
Et je pense que si on arrive à faire ça, on peut tout à fait imaginer, parce que la série a été faite, qu'elle n'a pas trop mal et tout, de recommencer dans un moment à dire aux gens « Écoutez, on relance une série d'enquêtes sur le pouvoir. Est-ce que vous voulez reparticiper ? » Et puis, on espère créer un petit modèle économique comme tous les médias indépendants essaient de le faire. Ce n'est pas évident, mais moi, je pense quand même que les annonces de Macron sur la redevance, la façon dont il s'apprête à déstabiliser l'audiovisuel public en disant, en gros, à Airnot, tu n'auras plus tes milliards garantis tous les ans.
Il faudra que tu viennes faire toc-toc, s'il te plaît, est-ce que je peux avoir mes millions ?
Ce qui était un droit pour le service public, c'est-à-dire la redevance, va devenir un privilège, une sorte d'aumône ?
Si tu décides que 25 millions de foyers payent 138 euros par an, Airnot, elle sait exactement et Radio France, ils savent exactement sur quoi ils peuvent compter. Si demain, tu dis, non, non, mais ça, c'est un gars, on supprime. D'ailleurs, moi, je me demande s'il n'a pas supprimé la taxe d'habitation uniquement juste pour shooter la redevance et pour shooter l'audiovisuel public. Je pense que c'était une stratégie depuis le départ qui était pensée. Mais en tout cas, demain, ce qui va se passer, c'est qu'Airnot ou Radio France, ils vont devoir aller faire toc-toc au gouvernement. Bonjour, est-ce qu'on peut avoir nos millions ? Et là, c'est très facile de leur dire, combien tu demandes ?
Ah non, mais ça va être un peu moins. Et puis, tu sais, ton journaliste qui fait l'émission qui nous embête, la critique Michel Marchand ou qui dit qu'on vend des armes à l'Égypte, ça serait bien qu'il soit un peu moins présent. Et moi, je pense que Airnot n'aura pas le choix. C'est-à-dire que s'il faut qu'elle mendie de l'argent auprès du pouvoir toutes les cinq minutes, elle va être obligée de couper ce qui dérange le pouvoir. Donc, je pense qu'ils vont encore plus domestiquer l'audiovisuel public.
Et ça, quelque part, c'est un boulevard pour les médias indépendants parce que les Français, il y en a quand même 40 ou 50 % qui ne se reconnaissent pas dans les médias d'extrême droite des milliardaires. Donc, à un moment donné, ces gens-là, ils vont avoir besoin d'une offre audiovisuelle. Si France Télévisions est étouffée, ils auront envie de soutenir des médias indépendants. Donc, je suis assez optimiste.
Yannis, les jeunes journalistes en fait mettent beaucoup d'espoir dans la presse indépendante pour pouvoir exercer leur métier différemment de ce qu'on peut voir dans les médias détenus par les milliardaires et même par l'État, malheureusement.
Oui, aujourd'hui, ce qui est terrible aujourd'hui pour ma génération, c'est que c'est un circuit très fermé. Il reste aujourd'hui très peu à la télévision, en tout cas, je parle pour les journalistes télé, il reste aujourd'hui très peu de cases où on peut faire du reportage, de l'investigation. Voilà, je peux les compter sur les doigts de ma main facilement. Et donc, c'est vrai qu'on est un tournant et je pense que ce tournant, il doit aller vers les médias indépendants comme on le fait nous pour permettre justement à toute ma génération de pouvoir faire son travail dans les meilleures conditions possibles.
Aujourd'hui, on a prouvé avec Coffin Investigation qu'on peut faire une série de documentaires sur le pouvoir en place avec très peu de moyens. On l'a fait vraiment avec trois bouts de ficelle et ça tient quand même la route. Ce n'est pas au niveau non plus d'un grand film de grands documentaires de cinéma, mais ça tient la route et je suis très content. Et ce que j'ai envie de dire aux gens qui vont nous écouter, voilà, c'est financer l'investigation indépendante, financer les médias indépendants parce qu'en fait, c'est l'avenir. C'est ce qui va rester aujourd'hui. On est peut-être l'un des rares contre-pouvoirs encore qui existent. Je parle des médias indépendants.
Vous avez un peu le service public de temps en temps, mais ça s'arrête là. Aujourd'hui, les chaînes privées ne font plus rien. Vous allez avoir la fusion TF1-M6 qui va encore plus ramasser tout ça. Donc, c'est vraiment terrible pour le journalisme aujourd'hui à la télévision. Il faut sauver l'investigation audiovisuelle sur les médias indépendants. Moi, je pense que ça va bouleverser le système. Je pense que les citoyens vont aider à bouleverser le système. Et j'ajoute, comme tu l'as dit, Théophile, il ne faut pas oublier que la vidéo a cette force de pédagogie, de faire comprendre des choses où il faut lire peut-être 15, 20 articles pour comprendre.
Nous, on arrive à avoir cette force de ramasser tout ça dans un propos, de mener nos propres enquêtes aussi. Et donc, ça donne en 52 minutes, on arrive à expliquer comment Emmanuel Macron a possiblement reçu un soutien financier d'Alger. Vous voyez ? Et c'est vu par des centaines de milliers de personnes, voire parfois des millions de personnes. Donc, il faut soutenir l'investigation indépendante puisque la vidéo, elle a cette force-là, en fait, un impact. Et dans les millions de gens de ce pays, tout le monde n'a pas le même rapport à la langue, tout le monde n'est pas à l'aise de la même façon avec le français.
Donc, c'est vrai que des articles compliqués avec des termes compliqués, ce n'est pas forcément évident. Là, tout d'un coup, tu vois les gens parler, tu vois les images, tu vois leurs tranches et tout, c'est plus facile.
Merci Jean-Baptiste Guivoire, merci Yanis Mamdi. Je rappelle que vous êtes donc auteur d'un documentaire sur la relation franco-algérienne. Macron l'algérien en marche vers le cash, Off-Investigation, pour recevoir leur newsletter et recevoir dans votre boîte email justement les nouveaux documentaires qui vont sortir, être au courant de leur projet. Nous, en tout cas, on soutient Off-Investigation, on soutient la presse indépendante parce qu'en réalité, on se soutient nous-mêmes, on soutient la possibilité de la liberté d'expression dans un pays qui s'est longtemps targué d'être celui des droits de l'homme. En tout cas, c'est notre combat. Merci à vous.