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interviewLe Média — Podcasts· 21 février 2023 26 min

Retraites - Thomas Porcher met en garde : " Si le gouvernement passe en force... "

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Jérôme Guedj

Tout est tombé comme un château de cartes, tous les arguments sont tombés. Tout ce qu'espérait le gouvernement, il espérait quoi au début ? Il s'est dit, l'inflation, le pouvoir d'achat, va faire que les gens vont être résignés. Ils ne vont pas pouvoir perdre une ou deux journées de salaire. Mais même si le gouvernement passe en force, qu'il va y avoir après, parce que tu ne peux pas quand même passer une loi contre 70% de la population, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible, il va y avoir des conséquences énormes.

0:20
Présentateur

Bonjour tout le monde et bienvenue pour ce nouvel Instant Porcher. Nous sommes ravis de vous retrouver. L'Instant Porcher, c'est un petit moment qu'on se prend entre nous avec Thomas Porcher chaque semaine pour décrypter l'actualité. Comme le dit si bien Lisa, que je remplace exceptionnellement aujourd'hui, les discours sont politiques et les comprendre est une véritable arme démocratique. Je vous rappelle que le Média ne dépend que de votre soutien, vos abonnements et vos dons. Rendez-vous sur soutenez.lemédiatv.fr pour nous donner de la force. Ce projet de télé libre et indépendante ne peut se faire sans vous et on arrive bientôt avec de nouvelles annonces.

Au programme aujourd'hui, le gouvernement a perdu la bataille des idées sur la réforme des retraites. Même la Banque de France est favorable à taxer les super profits. On analyse tout ça dans l'Instant Porcher. Réforme des retraites, c'était l'acte 5 hier, jeudi 17 février, tandis que les débats se poursuivent à l'Assemblée nationale dans un climat toujours très électrique. Cela fait plus d'un mois que la réforme a été présentée par le gouvernement et il n'arrive toujours pas à se désembourber.

1:23
Locuteur non identifié

Sur ces 200 000 personnes qui auront une pension meilleure grâce à la réforme que sans la réforme, un gros tiers aura une revalorisation supérieure là aussi à 70 euros. Et quand on me dit mais combien, grâce à cette réforme, vont passer le cap des 85% du SMIC ? On a une prévision, elle m'est arrivée hier soir, 40 000 personnes de plus chaque année passeront le cap des 85% du SMIC grâce à cette seule réforme.

1:49
Présentateur

Nouvelle feuille de conduite pour la Macronie, on ne parle plus des 1 200 euros bruts, mais de revalorisation.

1:55
Locuteur non identifié

On n'a jamais dit que nous allions donner 1 200 euros à tout le monde. On a toujours dit qu'il y allait y avoir 1 800 000 retraités qui allaient avoir leur retraite revalorisée. Justement, après avoir écouté les remarques qui nous étaient faites, on voit bien ce qui se passe. On ne chiffre pas le nombre de personnes qui sont vraiment concernées par la retraite à 1 200 euros. On voit bien ce qui se passe. On ne parle pas d'1 800 000 personnes. Nos oppositions essayent d'entretenir, écoutez-moi, et essayent d'entretenir. C'est dommage de ne pas répondre. Mais j'arrête pas de répondre. Non, mais quel est le vrai chiffre ? Quel est le nombre de Français concernés par la retraite à 1 200 euros ?

Pourquoi vous ne le donnez pas ? Parce qu'il est très bas. Mais parce que ça nécessite des calculs qui sont des calculs.

2:30
Présentateur

Vous pouvez les faire. Cette séquence politique, déjà malheureuse, aurait pu s'arrêter là. Mais non. Jérôme Gage, député du Parti Socialiste, est allé vérifier ces nouveaux chiffres au ministère. Il raconte Le directeur de la Sécurité Sociale m'a répondu avec franchise. Ils n'ont trop semis aucune prévision ces derniers jours. Mieux, ils ne savent pas d'où vient ce chiffre de 40 000.

2:50
Invité

J'ai continué à analyser les données que j'ai pu obtenir hier en me rendant de manière inopinée à la Direction de la Sécurité Sociale pour exercer mon pouvoir de contrôle et vérifier les chiffres avancés par Olivier Dussopt. Il y a trois mensonges. La première des choses, c'est qu'il dit que les prévisions, il les a eues hier soir. Or, à la Direction de la Sécurité Sociale, on m'a dit que rien n'a été transmis ces derniers jours au ministre et que les informations qu'il utilise, il les avait depuis la mi-janvier. Le deuxième mensonge, c'est qu'il dit qu'il y a 40 000 de plus chaque année.

Eh bien, en 2024, ce seront uniquement 13 289 personnes qui bénéficieront de cette revalorisation maximale de 100 euros. Puis surtout, le troisième mensonge, la troisième approximation, c'est que le chiffre qu'utilise le ministre, c'est de dire le nombre de gens qui ont obtenu la revalorisation maximale de 100 euros. Mais ça ne dit pas le nombre de gens qui réellement dépassent les 1 200 euros ou ont les 1 200 euros.

3:57
Présentateur

Le député a donc confronté Olivier Dussopt à ce qui s'apparente à un nouveau mensonge. C'était à l'Assemblée nationale.

4:03
Locuteur non identifié

Je n'en tire rien de ce que j'ai dit. Monsieur Isaac Sibyl vous l'a dit, je travaille avec mon cabinet, je travaille avec une multitude de services. Je n'ai pas à rendre de compte ni sur les canaux, ni sur la manière dont je fais les prévisions. Et si vous aviez lu, le député Isaac Sibyl vous a répondu. Et par ailleurs, si vous souhaitiez avoir ces renseignements, vous n'aviez, comme vous l'avez dit, qu'à ouvrir l'étude d'impact.

4:27
Présentateur

L'élu avait déjà confié ses interrogations et ses incompréhensions à l'AFP dans ses termes. Nous ne trouvons des réponses ni dans l'étude d'impact faite par le gouvernement, ni dans les retours des ministres, malgré nos demandes répétées. Olivier Faure, le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, a également communiqué sur les éléments découverts par Jérôme Gage et nous apprend ceci. Les femmes payent 60% du coût de la réforme, 11 milliards sur les 18 milliards économisés sur le dos des retraités, augmentation d'un tiers du nombre de femmes qui voient le bénéfice de trimestres supplémentaires pour maternité effacées à cause des mesures d'âge.

On se rappelle de l'avant-dernier instant porché où on a décrypté l'interview d'Elisabeth Bande sur France 2 que la Première Ministre avait du mal à expliquer en quoi les femmes étaient gagnantes dans cette réforme. Bonjour Thomas.

5:14
Jérôme Guedj

Bonjour Ndiaye.

5:15
Présentateur

Alors le gouvernement a tenté de convaincre que la réforme des retraites serait plus juste, notamment avec les 1200 euros, l'avantage qui serait donné aux femmes ou encore le maintien de l'âge de 67 ans d'annulation de la décote. Ces arguments, on l'a vu, ont été démontés par des économistes, des journalistes ou même des élus. Le gouvernement, sans l'avoir perdu, la bataille des arguments. Peux-tu revenir sur ces dernières semaines de débat ?

5:38
Jérôme Guedj

Tout à fait. Là, on est revenu vraiment au départ. Au départ, on était sur une mesure d'économie. Le gouvernement, avec cette réforme des retraites, veut faire plus de 10 milliards d'économies, ce qui comble exactement les baisses d'impôts de production qui ont été faites l'année dernière, de 12 milliards. C'est ça le but au départ. Alors au départ, comme c'était difficile à dire de cette façon-là, on nous a dit qu'on fait des économies pour financer la recherche et l'éducation. C'est ce qu'avait dit Emmanuel Macron dans son avion face à un journaliste. Et puis, ils se sont dit que ça passe mal. Bruno Le Maire avait dit la même chose sur Inter et ça passait mal.

Donc, ils se sont dit qu'en fait, on fait cette réforme pour sauver le système de répartition. Et puis, ça n'allait pas aussi. L'opinion était majoritairement opposée à la réforme des retraites. Donc, il a fallu donner quelques gâches pour dire qu'on bougeait. Et les gâches, c'était essentiellement quoi ? C'était alors les 1 200 euros qui ont été vendus d'une manière parfaitement mensongère. Et là, ça a été débunké dans tous les sens. Mais on nous a dit que ça concernait au début 40 % des retraités au minimum retraite à peu près. C'est ce qu'on nous disait. Sur les 40 % qui sont en réalité plus de 5 millions à la fin, c'était 1,8 million qui pouvaient en bénéficier.

Mais ils ne bénéficiaient pas d'une retraite à 1 200 euros, mais d'un ajout qui pouvait aller de 10 euros et qui serait de 50 euros en moyenne, mais qui ne le ferait pas atteindre 1 200 euros. Tout est tombé comme un château de cartes. Tous les arguments sont tombés. L'argument, et tu l'as bien dit, sur l'égalité homme-femme, le fait que cette réforme profitait plus aux femmes, on voit que c'est faux. Et puis après, il y a l'âge de 67 ans sans décote. On nous dit, à 67 ans, vous partirez sans décote. Donc, les gens pensent qu'on part avec une pension pleine, ce qui est faux.

On n'a pas effectivement de décote et de surcote, mais on a la pension qui est toujours calculée en fonction du nombre de trimestres validés sur la durée légale de cotisation qui augmente. Et donc, comme le dénominateur augmente, l'ensemble des pensions vont diminuer. Donc, on partira à 67 ans avec des pensions encore plus faibles que celles d'aujourd'hui. Donc, tous les arguments, les uns après les autres, ont été débunkés, principalement par des journalistes et des économistes, plus que par des élus par ailleurs. Et donc, le gouvernement, aujourd'hui, il est très mal à l'aise sur les plateaux de télévision parce qu'il ne peut plus défendre sa réforme.

Et comme il ne peut plus défendre sa réforme, qu'est-ce qu'il fait ? Il veut la faire passer rapidement en se tournant vers l'Assemblée et en essayant de faire des alliances avec la droite.

7:44
Présentateur

Alors, maintenant que le gouvernement a perdu justement la bataille des idées, quelle est sa stratégie ?

7:48
Jérôme Guedj

Sa stratégie, c'est justement de faire ça, de faire en sorte que ça passe rapidement. C'est pour ça qu'à gauche, il y a un débat là-dessus. Le gouvernement, il veut que ça passe rapidement parce que plus il attend, plus des gens au sein de la majorité, LREM, doutent parce qu'ils ont des remontées de circo où des gens leur disent que là, vraiment, ils se disent bon, c'est peut-être un peu dur, pourquoi la faire passer maintenant ? Les LR, ils sont de plus en plus difficiles à marier alors qu'au départ, les LR, quand même, Valérie Pécresse, elle voulait une retraite à 65 ans, elle. Donc, normalement, c'est dans leur lignée, c'est dans leur lignée de pensée. Et là, ils ont du mal aussi.

Donc, plus ils attendent, plus les gens se rendent compte que cette réforme, bon, elle ne va pas servir à grand-chose et qu'électoralement parlant, ça peut être dangereux. Macron, il n'a rien à perdre, mais les autres, ils ont beaucoup à perdre, même Édouard Philippe. Donc, il faut la passer rapidement. Et donc, il faut aller très vite à l'article 7 et 8 qui sont l'article concernant l'âge et l'article concernant le nombre de trimestres, la durée de cotisation. Le problème, c'est que là, il y a deux visions à gauche.

Il y a une vision qui dit ben non, il faut continuer à faire des amendements parce qu'il faut jouer la montre, parce que plus on joue la montre, plus on engrange des soutiens et de la mobilisation et plus, en fait, de l'autre côté, ça tombe. Et puis d'autres qui disent il faut négocier rapidement, aller directement à ces articles et les faire voter parce qu'il y a une chance que ça ne passe pas au vote. Mais on n'en est pas sûr, on n'en est pas sûr. Donc, le débat aujourd'hui, il est tourné vers l'Assemblée parce que le débat de l'opinion publique, en fait, a été complètement perdu par la majorité.

9:06
Présentateur

Et cette semaine de débat a été vraiment marquée par de vives polémiques où la NUP, ça a été la cible d'attaque et elle a aussi donné des coups. On pense aux milliers d'amendements déposés, aux mots assassins, balancés par le député Rien Saint-Toulou ministre ou encore à la photo de Thomas Porte posant le pied sur un ballon à l'effigie de Dussop. Qu'est-ce que tu penses de ces controverses, Thomas ?

9:25
Jérôme Guedj

Heureusement que la NUPES est là à l'Assemblée. Heureusement qu'ils font des amendements. Ils jouent le jeu. Ils savent le faire et c'est très bien. Ils portent aussi la voix de ceux qui sont contre. On voit bien dans les commissions, etc., en pointant le doigt sur des choses hyper intéressantes. Ce qu'a fait Rachel Kéké, la sortie qu'elle a faite est extrêmement bien. Voilà, c'est du concret. C'est de l'opposition. C'est de l'opposition. C'est sur du vécu. On n'est pas là pour faire le buzz. On fait une sortie qui est intelligente et qui ne peut que convaincre.

Après, moi, il y a beaucoup de sorties où je me demande, par exemple, la photo de Thomas Portes, qu'est-ce que ça apporte au débat ? Finalement, ça apporte quoi au débat ? Parce que quand on connaît le monde médiatique dans lequel nous vivons, parce qu'on est très conscient de ça, une photo posée sur Twitter va créer combien de débats polémiques chez pro ou ailleurs où on va débattre de ça ? Est-ce que c'est bon ? Est-ce que ce n'est pas bon ? On va parler de la personne. Mais à quoi ça sert, finalement ? C'était bien plus puissant ce qui s'est passé sur les 1 200 euros.

Les 1 200 euros, le travail qu'ont fait des journalistes, d'Anne Israël, d'autres, ce qu'on a fait ici aussi, ce qu'a fait Zemmour, qui est arrivé au top du top sur Inter en balançant ça et qui a fait que tout s'est effondré, bon, là, ça a eu un impact réel, concret, ça fait avancer le débat. Les polémiques sur la photo ou le mot, bon, après, on est dans un échange parfois virulent, on peut sortir un mot assassin comme ça et on a le droit de laisser la présomption d'innocence. Peut-être que... Mais voilà, mais sortir des mots comme ça, est-ce que ça fait avancer le débat ? Je ne crois pas.

Mais on est dans cette ère-là politique où on cherche à faire le buzz et il faut savoir à un moment si on représente finalement ceux qui nous ont élus ou si on se représente soi-même.

10:57
Présentateur

Alors, jeudi dernier, il y a moins de monde dans les rues, mais on a l'impression que la mobilisation ne faiblit pas, contrairement à ce qu'on entend dans les médias mainstream. Ces manifestations répétées ne suivent pas à faire reculer le gouvernement. Le mouvement se concentre surtout sur le 7 mars avec des appels aux grèves reconductibles et sur le blocage du pays en appelant, et là je cite l'intersyndical, mettre la France à l'arrêt. Alors, c'est plutôt historique au vu du large spectre intersyndical mobilisé. Qu'est-ce que tu en penses toi ?

11:22
Jérôme Guedj

Oui, c'est une première. Il faut le dire, c'est une première. La CFDT appelle au blocage du pays, c'est une première. Mais moi, je pense qu'il faut voir déjà qui est responsable de ça parce que tout le monde est impacté par un blocage. En 1995, il y a eu un blocage majeur d'un mois. Qu'est-ce qui a fait que le gouvernement a cédé ? Ce n'est pas parce que le blocage l'impactait. Les gens du gouvernement ne sont pas impactés par un blocage. Emmanuel Macron, bornes dans leur vie de tous les jours ne sont pas impactés par un blocage contrairement à la majorité des Français. Ce qui a fait qu'en 1995, Juppé a cédé, c'est que c'est le patronat qui lui a dit qu'il faut arrêter là.

L'impact est trop fort. Si on dit la vérité, quand il y a un blocage des premiers qui se font impacter, ce sont les petits, les artisans, etc., les commerçants qui, eux, se font impacter très fortement. Les salariés aussi qui perdent des jours. Et puis après, ça monte, ça monte. Et au bout d'un moment, le patronat dit au gouvernement il faut lâcher prise. Le prix à payer est trop fort. Et le gouvernement veut arriver à cette étape-là. Il espère que le soutien à la mobilisation baissera avec les blocages parce que la population sera impactée et dira c'est bon, arrêtez le blocage. Mais c'est lui qui crée ce rapport de force.

Parce que quand vous avez quand même les trois quarts des Français qui sont opposés à cette réforme, 60% des Français, selon plusieurs sondages, qui disent qu'ils soutiennent un blocage. Les syndicats qui sont contre cette réforme. Plusieurs jours de mobilisation dont des journées historiques et que vous restez sourds en vous disant mais non on va passer, on va passer. Parce que c'est vous qui avez la possibilité de faire tomber ce rapport de force. C'est vous qui voulez aller loin dans le rapport de force. Donc le gouvernement pousse à ça. Et qu'est-ce qui se passe ? Imaginons même que ce gouvernement passe cette réforme. Il passe cette réforme contre la population en fait.

Contre le souhait de la population. Qu'est-ce que ça va donner après ? Sur quoi ça va ouvrir ? Ça risque d'être une situation assez dure pour tout le monde. Donc c'est le gouvernement qui pousse à cette situation.

13:00
Présentateur

On ne devrait pas en être là. Selon un dernier sondage, je crois près de 60% des Français sont pour le blocage du pays.

13:06
Jérôme Guedj

Oui tout à fait. 60% ce qui est énorme ce qui n'est jamais vu. Alors le gouvernement parie sur le fait qu'après une ou deux journées de blocage, le soutien des Français va descendre à 40% pour qu'ils disent vous voyez les gens, les Français sont conscients etc. Mais jusqu'à aujourd'hui, en fait tout ce qu'espérait le gouvernement, il espérait quoi au début ? Il s'est dit l'inflation, le pouvoir d'achat va faire que les gens vont être résignés. Ils ne vont pas pouvoir perdre une ou deux journées de salaire. Il s'est dit ils ne vont pas pouvoir tenir. Et il y a eu des grosses manifestations. Une journée, deux journées, trois journées.

13:35
Présentateur

Et des caisses de grève.

13:36
Jérôme Guedj

Et des caisses de grève. Voilà, heureusement. Donc là il se dit bon, le blocage ça va perturber tous les Français dans une situation difficile où ils ont déjà des problèmes de pouvoir d'achat. Ils ne pourront pas faire face et ça va se retourner contre ceux qui veulent la mobilisation. Et on voit que pour l'instant dans les sondages ce n'est pas du tout le cas. Donc nous verrons. Mais même si le gouvernement passe en force ce qu'il va y avoir après parce que tu ne peux pas quand même passer une loi contre 70% de la population. Ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible. Il va y avoir des conséquences énormes. Oui, le mouvement risque de se radicaliser.

Oui, ça va se radicaliser et puis ce sera quand même quelque chose qu'on n'aura jamais vu. L'ensemble des syndicats qui ne soutiennent pas ça et ça risque d'être compliqué. Donc peut-être qu'après il y aura d'autres débats mais moi je pense que si on perd sur cette réforme des retraites ce n'est pas encore le cas. Je ne dis pas qu'on a perdu. Mais si on perd il faut que la mobilisation sociale continue et qu'on ait un espèce de grenelle sur les salaires pour augmenter tous les salaires que ça débouche à quelque chose au moins de positif. Il ne faut pas que le mouvement s'arrête comme ça. Mais je pense qu'il ne s'arrêtera pas comme ça.

14:27
Présentateur

Alors Thomas, maintenant on va parler des riches. Ça faisait longtemps qu'on ne l'avait pas fait dans l'Instant Porcher. Enfin si, la semaine dernière vous aviez parlé avec Lisa des profits record de Total que l'on vous invite à aller regarder pour en savoir plus. Entre ça et les retraites on nous demande de serrer la ceinture quand les actionnaires n'arrivent même plus à fermer la leur. La question de taxer les super profits revient forcément sur la table. Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Gallo est lui-même favorable à une taxe sur les super profits.

14:55
Locuteur non identifié

Je vais aller un peu au-delà de ma condition de banquier central. Je crois beaucoup au modèle social européen. Je pense d'ailleurs que l'Europe a quelque chose à dire au reste du monde aujourd'hui. Il y a un modèle social et environnemental. Là-dedans il y a la solidarité et l'équité. La fiscalité doit aussi traduire ça. Je ne fais pas du tout partie de ceux qui disent qu'un bon impôt c'est un impôt supprimé. L'impôt ça fait partie du financement des services publics et ça fait partie de la solidarité. Arrêtons peut-être un peu la course à la baisse d'impôts dans ce pays surtout avec les déficits que nous avons.

15:26
Présentateur

Thomas, comment analyser cet extrait ?

15:28
Jérôme Guedj

Ça fait des années qu'il y a une course à la baisse des impôts. Quand Emmanuel Macron est arrivé il a baissé les impôts en premier sur les très riches ceux qui payent l'ISF les 1% de la population française. Il leur a permis d'avoir une baisse de fiscalité de plus de 4 milliards pour des gens qui détiennent déjà 25% du patrimoine français. Il y a eu la baisse de l'ISF qui a profité majoritairement l'impôt sur les sociétés qui a profité majoritairement aux grandes entreprises et il y a eu la flat tax qui est les impôts sur les revenus financiers et plus vous êtes riche plus vous avez des revenus financiers donc vous avez des taxes en moins.

Donc ça, ça a été les premiers cadeaux qui ont été faits et qui vont dans la lignée de ce qui a été fait dans d'autres pays. L'Allemagne a baissé, le Royaume-Uni a baissé à l'époque, tous les pays ont baissé leur fiscalité. Et au bout d'un moment, là, on sort de la crise du Covid où il y a eu le quoi qu'il en coûte dans tous les pays. Il y a eu des plans de relance au soutien de l'activité. Et qu'est-ce qu'on est en train de faire ? On est en train de gratter là où on peut gratter de l'argent sur la dépense publique. C'est-à-dire qu'on a gratté sur l'assurance chômage, les chômeurs. Là, on gratte sur les retraites. Très bien. Après, je pense qu'on va s'attaquer aux aides sociales.

Mais les aides sociales, c'est 2-3% du PIB, c'est rien. Mais on va taper sur les aides sociales. Une fois qu'on aura fait ça, il reste quoi ? Pas rien. Il n'y a plus rien. Les collectivités locales, on les a déjà mis à sec. Les fonctionnaires des collectivités locales, on les a supprimés. Après, on ne va pas supprimer des postes dans l'hôpital. Ce n'est pas possible. Ni dans l'armée avec ce qui se passe. Là, ce n'est plus le moment. Et la police, ce ne sera pas le moment. Donc là, on en est là. Tout le monde se dit peut-être qu'il faudrait avoir des rentrées fiscales et aller chercher des impôts, notamment sur les très riches qui ont eu des baisses de fiscalité énormes ces dernières années.

Alors, lui, il arrive un petit peu après la course. Ça a été dit par les économistes français, Piketty, américains, Stiglitz. Ça a été rejoint par des gens de la BCE, du FMI. Et puis là, maintenant, la Banque de France. En fait, tout le monde est prêt à taxer les très riches sauf les gens au gouvernement.

17:07
Présentateur

Sauf Macron.

17:08
Jérôme Guedj

Voilà.

17:09
Présentateur

Alors, Thomas, est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi il faut taxer les riches ? Et quand on dit riches, on parle des actionnaires ou grandes entreprises, pas des classes moyennes qui pensent faire partie des riches.

17:17
Jérôme Guedj

Oui, oui, tout à fait. Parce qu'il y a des études qui ont dit qu'à partir de 4700 euros, on était riche. Ce n'est pas le cas. Là, on parle des très riches. On parle de ceux surtout qui ont un très gros patrimoine ou des gens qui gagnent vraiment, qui ont des millions. On ne parle pas de quelqu'un qui a 200 000, 300 000, 400 000, 500 000 euros d'épargne. On ne parle pas de ça. On parle vraiment d'imposer les très hauts patrimoines. Pourquoi ? Parce que quand on regarde la période 1950-1970, les riches se sont enrichis. Ils ont gagné beaucoup plus d'argent. Mais la population, les 99 %, ont vu leurs revenus augmenter plus vite que les riches. Ce qui est bien.

Vous avez, je ne sais pas moi, 10 millions de fortunes. Si vous avez 12 millions ou 13 millions, ça ne change pas beaucoup de votre vie. Mais si vous avez 1 500 et qu'on vous donne 1 800, 1 900, ça change beaucoup dans votre vie. Et donc, ça a été ça entre 1950 et 1970. Partout dans le monde, aux Etats-Unis comme en France, la population normale s'est enrichie plus vite que les riches qui continuent à s'enrichir. Depuis les années 80, c'est l'inverse. C'est les 1 % qui s'enrichissent mais beaucoup plus vite que les 99 %. Et les bas de l'échelle, les salaires ont quasiment stagné tout le temps. Donc là, c'est un vrai problème.

Et quand on dit qu'il faut taxer les riches et juste faire en sorte, les conditions, l'organisation du marché du travail, l'organisation de l'entreprise avec la logique actionnariale, le fait qu'aujourd'hui, un patron gagne de l'argent en fonction de ce qu'il donne aux actionnaires, ce qui n'était pas le cas entre 1950 et 1970, le fait que les actionnaires reprennent 80 % des profits, ce qui n'était pas le cas avant. Avant, ils récupéraient 35, 40 %. Tout ça a fait que des gens sont devenus très, très, très, très, très riches. Comment tu fais aujourd'hui pour faire en sorte que ce soit mieux réparti ? Soit tu changes le système, tu peux, il faut le faire.

Moi, je crois qu'il va falloir à un moment revenir sur la logique actionnariale, sur la finance, la prédominance de la finance sur l'économie réelle, etc., sur le fait qu'il faut encadrer les salaires parce que dans une entreprise, le salaire moyen est le salaire du super patron. Il doit y avoir un facteur 40, comme c'est le cas avant. Pourquoi un facteur 300, 350 ? Ce n'est pas possible, ça. Donc, il faut revenir à ça et puis après, il y a la taxation. Donc, la taxation est quand même importante pour rééquilibrer les revenus.

19:11
Présentateur

Et cette question est évidemment revenue dans les débats à l'Assemblée nationale sur la réforme des retraites en réponse à un amendement de la gauche visant à faire contribuer davantage les sociétés à la Caisse nationale d'assurance vieillesse. Gabriel Attal défend que notre économie et notre industrie souffrent du poids des impôts de production beaucoup plus élevé que chez nos voisins et que cela dissuaderait, les dissuaderait de s'installer en France et dit, d'ailleurs, Gabriel Attal, toujours assumé avoir baissé les impôts de production, baisse chiffrée à 18 milliards d'euros par la NUPS.

Il a ajouté qu'il fallait renforcer la compétitivité et l'attractivité de notre pays où 1,5 million d'emplois ont été créés ces dernières années. Qu'est-ce que tu lui réponds, Thomas ?

19:50
Jérôme Guedj

Je lui dis la première chose, c'est que le pays qui a le plus d'impôts de production, c'est la Suède. Ce n'est pas un désert industriel. Non, mais c'est vrai. Et puis que chez nous, il y avait aussi autre chose, c'est qu'il y avait des impôts de production. C'est vrai, mais il y avait beaucoup de subventions à la production, ce qu'il n'y avait pas, par exemple, en Allemagne. Et quand on prenait les impôts, les subventions de la production, on était quasiment au même niveau que nos voisins européens. Là, on a supprimé les impôts. J'espère qu'on a supprimé les subventions. Je ne pense pas. Donc, ça veut dire que les entreprises sont très aidées sans payer d'impôts. Non, le problème, c'est...

Je veux dire, le problème de la France, ce n'est pas qu'un problème de fiscalité. Et d'ailleurs, les investisseurs, quand ils venaient en France, ils venaient pour les infrastructures, pour le niveau de la main-d'œuvre. La fiscalité, c'était un élément à part. Je veux dire, il n'y a pas que ça. Il y a beaucoup de pays qui, pour attirer des investisseurs, baissent leur fiscalité et les gens ne viennent pas. Et d'autres pays qui ont une fiscalité beaucoup plus compliquée comme la Corée du Sud et qui attirent les investisseurs parce qu'il y a du dynamisme, il y a des gens compétents, etc. Donc, tout n'est pas une question de fiscalité.

Et puis après, sur les 1,5 million d'emplois, c'est très bien, l'économie repart. Il faut voir quand même que ce qui est assez marrant, c'est qu'après la crise de 2008, nous avons perdu exactement 1,5 million d'emplois que nous avons récupéré et je pense que c'est très bien, c'est grâce à eux qu'il y a eu 1,5 million d'emplois en plus créés, mais c'est surtout un effet de rattrapage avec la crise que nous avons eue.

21:08
Présentateur

Alors, toujours dans le cadre de ces débats et amendements autour de la réforme, la semaine dernière a eu lieu l'examen des amendements relatifs aux recettes du système de retraite. Alors, on vient de voir, l'ANUPS a proposé plusieurs pistes de financement pour éviter le report de l'âge légal comme le fait de doubler la contribution sociale de solidarité des retraités ou encore la taxation des fonds de pension ou les dividendes. Ce à quoi le gouvernement répond vouloir un système de retraite basé sur le travail et les cotisations et non les dividendes.

Fabien Di Filippo, député LR, a rétorqué que cette litanie d'amendements de taxes aura au moins un mérite de nous montrer le danger économique que constitue aujourd'hui la stratégie économique de la gauche. Sur l'amendement ISF, il a été rejeté en bloc par la droite et la Macronie tandis que le RN s'est abstenu. Il avait déjà voté contre son retour en octobre dernier. Comment tu analyses cette séquence Thomas ?

22:00
Jérôme Guedj

Alors déjà sur l'ISF, l'ISF, c'est intéressant parce que Macron avait dit lui-même pourquoi il a réformé l'ISF. Il s'est dit je réforme l'ISF pour que ceux qui aient des revenus financiers ne payent plus d'ISF. Donc en fait, celui qui a un appartement ou deux appartements qui a 1,5 million, lui il paye l'ISF alors qu'il a quelque chose d'immobile et celui qui va avoir je ne sais pas moi 20 millions de fortunes, qui a 90% de sa fortune qui sont des placements financiers, lui il ne paye plus d'ISF sur ses placements financiers. C'est hallucinant. Et Macron il s'est dit cet ISF que les gens ne payent pas, ils vont le réinvestir.

A l'époque, les économistes atterrés avaient dit qu'ils n'allaient pas le réinvestir, ils allaient juste acheter des actions sur le marché secondaire ce qui ne profite pas à l'entreprise. Donc ils allaient alimenter plutôt la spéculation que l'investissement. Il y a aujourd'hui plusieurs rapports de France Stratégie qui montrent que la réforme de l'ISF n'a pas créé d'investissement. France Stratégie c'est un organisme gouvernemental qui suit finalement les impacts des mesures fiscales qui ont été prises par Macron. Et la plupart des économistes en plus ont soutenu souvent Macron. L'ancien directeur Pizani Ferry était à des soutiens de Macron.

Donc je veux dire on est loin d'un groupuscule d'extrême gauche. Et eux-mêmes ont dit que ça n'avait pas créé d'investissement. Et Macron avait dit je reviendrai là-dessus si ça n'a pas les effets escomptés. Ça n'a pas eu les effets escomptés et personne ne veut revenir dessus. Donc c'est typiquement un cadeau qui a été fait aux plus riches. Et on voit bien le jeu du RN qui se dit toujours social parce que social on le met à toutes les sauces. Le RN c'est un modèle économique très libéral et contre l'immigration. Un peu comme l'ensemble de l'extrême droite que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. Maintenant sur l'ensemble des amendements qui ont été mis en place.

En réalité la retraite là où on pourrait prendre le gouvernement à ses propres mots quand il dit le système de répartition c'est les salaires et les cotisations. Il a raison. Dans ce cas-là augmentons les salaires. Si vous augmentez les salaires demain si on augmente les salaires fortement vous avez plus de rentrées et vous financez le système de retraite. Tout ce qui va sortir du système de retraite pour payer les pensions retraitées ça on peut l'évaluer facilement. Et on voit il n'y a pas de problème là-dessus. C'est le corps qui le dit il n'y a pas de problème d'explosion. Les rentrées c'est plus difficile à évoluer parce qu'elles dépendent de quoi ?

Elles dépendent des postes qu'on va créer par exemple dans l'éducation la petite enfance l'hôpital elles dépendent des niveaux de salaire que l'on donne si on donne plus des salaires plus élevés on a plus de rentrées on a plus de cotisations donc on devrait prendre le gouvernement et dire pourquoi dans vos prévisions vous supprimez des postes de fonctionnaires c'est ce qu'ils font pourquoi vous gelez les salaires des fonctionnaires pourquoi vous ne voulez pas augmenter les salaires alors que Bruno Le Maire a dit qu'il fallait tout le temps augmenter les salaires faisons une prévision type corps avec augmentation des salaires avec revalorisation du salaire des fonctionnaires dans la petite enfance l'éducation et l'hôpital et là il n'y a plus de déficit c'est fini donc vous voyez il faudrait les prendre au mot plutôt que d'aller faire des trucs ce qui est aussi utile mais là si on les prend au mot on a la réponse

24:39
Présentateur

Merci beaucoup Thomas pour ton précieux éclairage merci également à vous qui nous regardez derrière vos écrans sachez chez vous que cela fait 5 mois que nous tenons le défi d'être diffusé en 24-7 sur Youtube et Dailymotion nous avons coutume de dire ils ont des milliards mais nous sommes des millions qui dit information indépendante dit besoin de vous le média votre média ne dépend que de votre soutien vos abonnements et vos dons pour être pérenne et tenir dans la durée pour faire vivre toute l'équipe que vous ne voyez pas et qui travaille en arrache-pied pour vous offrir de l'info indépendante nous avons absolument besoin de vos abonnements à partir de 5 euros par mois ou encore de dons réguliers pour ceux et celles qui le peuvent rendez-vous sur soutenez.lemediatv.fr ce projet de télélibre et indépendante ne peut se faire sans vous et on arrive avec de nouvelles très vite chaque geste compte vos j'aime, partage et pub autour de vous sont également indispensables nous sommes ravis de décrypter l'actualité avec Thomas et vous chaque semaine merci toujours de nous suivre pour tous vos commentaires et pouces en l'air sous la vidéo et on vous dit à la semaine prochaine avec Lisa