La gestion de l'eau dans la loi d'urgence agricole, "première réponse", "pansement" ou "nuisible" pour l'environnement ?
Audio original de l'émission.
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 40 %Attaque 30 %Défensif 30 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 98 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 1:51OuverteRéponse directe
Quelle est la situation chez vous ? Est-ce que les incendies s'approchent de votre commune ?
- 2:16OuverteRéponse directe
Vous voyez arriver déjà des personnes évacuées de la presqu'île. Est-ce qu'il y a déjà des touristes, par exemple, qui sont accueillis chez vous ?
- 2:35OuverteRéponse directe
Ça veut dire que les services municipaux chez vous, Abigano, se sont organisés pour accueillir ces vacanciers ?
- 3:15OuverteRéponse directe
Parce que quel est leur état d'esprit, Bruno Laffont ? Vous parlez d'un psychologue, ça veut dire qu'il y a de l'angoisse chez ces touristes ?
- 3:36OuverteRéponse directe
Est-ce qu'ils vous ont surpris, ces feux extrêmement intenses ?
- 4:18OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes rassuré de voir les renforts européens arriver ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:57InvitéFait
« Non, pas exactement, puisque nous sommes, nous, sur la partie sud du bassin d'Arcachon. Donc la partie de l'Eche-Cap Ferré est complètement au nord. »
- 2:20InvitéFait
« Oui, bien sûr, parce qu'on n'est pas à l'abri d'un départ de feu sur notre propre commune, avec une étincelle, avec un mégot qui serait jeté, parce que les conditions de sécheresse sont terribles. »
- 2:39InvitéChiffre
« Oui, nous venons de recevoir un premier bus avec 70 personnes. Et nous avions déjà 200 personnes qui étaient arrivées il y a deux jours. »
- 3:51InvitéFait
« Nous avions une situation explosive, déjà à l'époque, puisque tous les secteurs étaient réunis, tous les facteurs étaient réunis. »
- 4:10InvitéChiffre
« Et avec 15 départs de feu dans la journée d'avant-hier, mais malheureusement, il y en a un, celui de Somos, qui n'a pas pu être maîtrisé. »
- 5:44InvitéChiffre
« Et c'est nous qui avons senti cette théorie, que 90% venaient de l'être humain, que ce soit volontaire ou involontaire, parce que nous avons des statistiques qui nous le prouvent. »
- 7:12InvitéFait
« Je crois que tous les voyants, oui, nous indiquent une sécheresse exceptionnelle, probablement pire en fin de saison, parce que là on est qu'en début de saison de sécheresse par rapport à une année normale. »
- 7:35InvitéChiffre
« Il y a 25% des petits cours d'eau qui sont à sec en France en ce moment. »
- 8:10InvitéFait
« Toutes les filières agricoles sont touchées. Ça concerne la production de céréales, ça concerne la pousse de l'herbe pour les animaux, ça concerne la viticulture, le maraîchage, l'arboriculture. »
- 8:22InvitéChiffre
« On va avoir sans doute l'une des pires récoltes en céréales des dix dernières années. On va égaler 2016, qui était déjà une très mauvaise année. »
- 9:03InvitéChiffre
« Je crois qu'aujourd'hui, on doit être à plus de 95 départements de France qui sont à l'arrêté sécheresse. »
- 11:01InvitéFait
« La loi d'urgence est une première réponse. Je rappellerai qu'on a eu des très grosses mobilisations agricoles à l'hiver 23-24, et encore l'hiver dernier. »
- 11:27InvitéFait
« Cette loi d'urgence apporte une partie des réponses, notamment sur le sujet de l'eau et de l'accès à l'eau, en admettant enfin qu'il nous faut avoir une politique publique, une stratégie de stockage de l'eau qui est en excédent en hiver. »
- 16:10InvitéChiffre
« Sur les 33 000 captages d'eau potables en France, il y en a un tiers sur lequel on a un niveau de pollution qui est préoccupant. »
Temps de parole
- Présentateur25 %
- Invité24 %
- Invité 216 %
- Invité 316 %
- Invité 413 %
- Locuteur 14 %
≈ 1,7 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Tout de suite, le grand entretien de la matinale.
Ceci est un message du ministère de l'Intérieur. En période de forte chaleur et de sécheresse, un simple geste peut provoquer un départ de feu. 9 feux sur 10 sont liés à des activités humaines. Il est essentiel d'adopter les bons réflexes. Ne jetez pas vos mégots dans la nature ou par la fenêtre d'un véhicule. N'allumez pas de feu ou de barbecue et ne stockez pas de matière combustible à proximité de la végétation. Reportez les travaux susceptibles de produire des étincelles et camper uniquement dans les lieux autorisés, sécurisés et protégés. Respectez impérativement les consignes des autorités, notamment celles relatives aux fermetures des massifs forestiers.
Signalez tout départ de feu au 18 ou au 112 en indiquant sa localisation précise. Ceci était un message du ministère de l'Intérieur. Passez un été curieux avec France Inter.
Et souriez pour la photo de famille.
Samedi 10h, Mathilde Serrel.
Une conversation sur la transmission et la construction des identités au sein de différentes familles. Cette semaine, rencontre avec le chanteur et drag queen Piche, alias Mike Gauthier, et sa mère Nadia Gauthier.
Photos de famille.
C'est tous les samedis à 10h sur France Inter. Et quand vous voulez, sur l'appli Radio France.
8h22 sur France Inter.
France Inter. Céline Asselot. Le 6-9.
Et avant d'entamer notre grand entretien consacré à l'eau, parlons du feu qui ravage le sud-ouest de la France. Des milliers d'hectares déjà brûlés dans les Landes, en Gironde. La préfecture a d'ailleurs ordonné tôt ce matin l'évacuation de plusieurs villages de la presqu'île du Cap Ferré, à quelques kilomètres donc de votre commune. Bonjour Bruno Lavon. Bonjour. Et merci d'être en direct avec nous. Vous êtes le maire de Biganos, sur le bassin d'Arcachon. Quelle est la situation chez vous ? Est-ce que les incendies s'approchent de votre commune ?
Non, pas exactement, puisque nous sommes, nous, sur la partie sud du bassin d'Arcachon. Donc la partie de l'Eche-Cap Ferré est complètement au nord. Et le feu se dirige en direction de l'océan. En essayant, et les services de secours font tout ce qu'ils peuvent pour qu'ils n'arrivent pas à l'intérieur de la presqu'île.
J'imagine qu'il y a quand même de la vigilance, si ce n'est de l'inquiétude.
Oui, bien sûr, parce qu'on n'est pas à l'abri d'un départ de feu sur notre propre commune, avec une étincelle, avec un mégot qui serait jeté, parce que les conditions de sécheresse sont terribles.
Vous voyez arriver déjà des personnes évacuées de la presqu'île. On a vu des images d'embouteillage sur cette unique route qui permet de remonter vers le nord. Est-ce qu'il y a déjà des touristes, par exemple, qui sont accueillis chez vous ?
Oui, nous venons de recevoir un premier bus avec 70 personnes. Et nous avions déjà 200 personnes qui étaient arrivées il y a deux jours. Et nous avons deux salles réservées expressément pour accueillir les naufragés du feu.
Ça veut dire que les services municipaux chez vous, Abigano, se sont organisés pour accueillir ces vacanciers ?
Depuis l'entière nuit, nous avons déclenché notre point communal de sauvegarde pour accueillir ces personnes. Et nous avons ouvert des services pour que les enfants soient accueillis dans de bonnes conditions. Et nous avions un psychologue toute la journée d'hier qui les ont accompagnés, ainsi que les naufragés.
Parce que quel est leur état d'esprit, Bruno Laffont ? Vous parlez d'un psychologue, ça veut dire qu'il y a de l'angoisse chez ces touristes qui ont dû partir précipitamment ?
Oui, et puis ils n'ont pas leurs propres affaires. Ils voudraient retourner sur leur camping, mais ce n'est pas possible. Et donc, ils sont dans cette situation d'attente. Et malheureusement, j'ai bien peur qu'elle soit un peu longue.
Est-ce qu'ils vous ont surpris, ces feux extrêmement intenses ? On parle ce matin de 8700 hectares ravagés rien qu'en Gironde. Est-ce que vous avez étonné de voir la violence de ces flammes ?
Non, nous avions eu le lancement de la saison feu de forêt, puisque tous les ans, nous l'avons, et c'était au 3 juillet. Et j'avais dit que nous avions une situation explosive, déjà à l'époque, puisque tous les secteurs étaient réunis, tous les facteurs étaient réunis. Nous avions une température très zée, nous avions une sécheresse au maximum, et bien sûr du banc. Donc tous les ingrédients étaient là pour qu'il y ait des situations difficiles. Et avec 15 départs de feu dans la journée d'avant-hier, mais malheureusement, il y en a un, celui de Somos, qui n'a pas pu être maîtrisé. Et aujourd'hui, c'est une catastrophe.
Est-ce que vous êtes rassuré de voir les renforts européens arriver ? Emmanuel Macron a demandé, justement, l'aide européenne. Est-ce que ça, c'est de nature à rassurer les élus, comme vous, autour du bassin ?
Oui, bien sûr, mais vous savez, c'est un monstre. Le feu, il fait son propre vent, il va là où il a envie d'aller, en fonction du vent. Et aujourd'hui, moi je le dis souvent, parce que je suis également un des responsables de la défense des forêts contre un incendie, on le voit bien dans les feux aux Etats-Unis, à les feux ailleurs. Vous avez beau mettre toute l'armada nécessaire, lorsqu'il est parti, c'est un monstre. Donc là, aujourd'hui, il faut arriver à canaliser le monstre, et tout le matériel sera le bienvenu. Mais c'est la nature elle-même qui va réguler le feu. C'est terrible ce que je dis, mais vous savez, s'il n'y a pas un arrêt du vent, eh bien, ça sera beaucoup plus difficile.
Les hommes font tout ce qu'ils peuvent. Tout ce qu'ils peuvent.
Ça veut dire que les incendies montrent, selon vous, Bruno Laffont, la fragilité de la forêt, la forêt de pin, face au risque de feu ?
Oui, c'est d'ailleurs pour ça que depuis plus de 80 ans, nous avons une organisation particulière dans le sud-ouest. Il va falloir aller encore plus loin, puisque les feux sont beaucoup plus monstrueux que ce que nous avons connu. Nous devons aménager notre forêt encore différemment, c'est-à-dire avec des pare-feux encore plus grands, avec des pistes plus élargies. Nous devons nous balayer devant notre porte. Il y a plus de monde en forêt, il y a plus d'habitation, donc il y a beaucoup plus de risques.
C'est pour ça que nous avons dit, et c'est nous qui avons senti cette théorie, que 90% venaient de l'être humain, que ce soit volontaire ou involontaire, parce que nous avons des statistiques qui nous le prouvent. Mais nous, il faut qu'on aménage la forêt différemment, parce qu'on ne peut pas faire autrement que d'avoir du pain maritime. C'est la seule essence qui se fait ici, dans le massif.
Il faudra donc tirer les leçons de cet incendie. Merci beaucoup. Bruno Laffont, vous êtes le maire de Bigano, sur le bassin d'Arcachon. Vous voyez arriver, vous nous l'expliquez, il y a un instant, les touristes, les vacanciers, évacués de la presqu'île du Cap Ferré, qui sont donc évacués par décision de la préfecture face à ces incendies qui progressent encore. On y reviendra d'ailleurs sur la situation des feux de forêt en Gironde et dans les Landes. Ce sera tout à l'heure dans le journal de 9h.
Et c'est donc dans ce contexte de feux de sécheresse aussi que les parlementaires ont adopté il y a quelques jours la loi d'urgence agricole qui facilite les stockages de l'eau à visée agricole, donc une mesure qui divise. Et pour entendre les arguments et les réserves des uns et des autres, trois invités avec nous pour en parler ce matin. Bonjour Agnès Ducharn. Bonjour. Et bienvenue, vous êtes climatologue et hydrologue. Et bonjour à vous Maxime Buzard. Bonjour. Vous êtes vous agriculteur dans le Loiret, vice-président des jeunes agriculteurs. Avec nous également Nicolas Garnier. Bonjour. Bonjour. Vous êtes délégué général d'Amors.
C'est le réseau qui accompagne les collectivités locales dans la gestion des déchets, de l'énergie ou encore de l'eau puisque c'est le sujet qui nous occupe ce matin. Alors parlons du contexte peut-être. On l'a un peu entendu déjà avec les incendies. Est-ce qu'Agnès Ducharn, en matière de sécheresse,
on peut parler là d'une année exceptionnelle ? Je crois que tous les voyants, oui, nous indiquent une sécheresse exceptionnelle, probablement pire en fin de saison, parce que là on est qu'en début de saison de sécheresse par rapport à une année normale. Et donc on aura probablement subi une sécheresse pire que celle de 2022 à la fin de cet été. C'était déjà une sécheresse exceptionnelle. Ça veut dire qu'il y a des fleuves qui sont, enfin des cours d'eau qui sont à sec ? Il y a 25% des petits cours d'eau qui sont à sec en France en ce moment. C'est une valeur qui est très en avance par rapport au déroulé des sécheresses.
Et donc à part pour les sécheresses des nappes phréatiques, qui sont moins intenses qu'en 2022 grâce aux très fortes pluies de l'hiver, tous les autres indicateurs de sécheresse sont très en avance par rapport à 2022, la dernière sécheresse très forte.
Et quel impact ça a dans les exploitations agricoles, Maxime Buzard ? Est-ce qu'on le voit aussi dans les champs, les effets de cette sécheresse ?
Toutes les filières agricoles sont touchées. Ça concerne la production de céréales, ça concerne la pousse de l'herbe pour les animaux, ça concerne la viticulture, le maraîchage, l'arboriculture. Toutes les productions sont concernées partout en France. On va avoir sans doute l'une des pires récoltes en céréales des dix dernières années. On va égaler 2016, qui était déjà une très mauvaise année. Donc l'inquiétude est forte. Et la demande du monde agricole, c'est de créer une perspective où nous arrêtons de subir ces crises, de subir ces sécheresses. La canicule, nous n'y pouvons rien. Par contre, la sécheresse, nous pouvons lutter contre. Il nous faut nous en donner les moyens.
Est-ce que vous aviez anticipé cette situation, Nicolas Garnier ? Quand on voit la sécheresse aujourd'hui, au 24 juillet, est-ce que c'était prévisible ? Est-ce que c'est quelque chose que vous aviez imaginé ?
En fait, ça fait plusieurs années que les voyants sont rouges. Ça fait plusieurs années que les arrêtés sécheresses se succès. Je crois qu'aujourd'hui, on doit être à plus de 95 départements de France qui sont à l'arrêté sécheresse. C'est-à-dire que c'est un phénomène récurrent depuis maintenant une trentaine d'années. Il se trouve que la canicule de juin a provoqué une aggravation de la situation et on démarre, ou en tout cas, on continue cet été avec des nappes phréatiques qui sont en dessous de leur niveau habituel et des fleuves et des rivières en dessous de leur niveau habituel.
Et c'est vrai qu'aujourd'hui, côté collectivité, on commence à préparer, il faut le dire aux auditeurs, des cas ou des scénarios où il y aurait une rupture d'approvisionnement robiné. L'année dernière, il y a eu quelques centaines de communes isolées qui n'ont plus eu d'eau au robinet, mais là, on parle éventuellement d'agglomération. Donc, la situation, et pour revenir sur le projet de loi...
Quelle agglomération, par exemple, avant d'en venir justement à la loi, quand vous dites qu'il pourrait y avoir des ruptures d'eau potable ? C'est des communes de quelle taille ?
Alors, je ne vais pas donner de nom, parce que d'abord, ça peut faire peur. Et aujourd'hui, c'est des scénarios. C'est-à-dire qu'on n'est pas en train de dire qu'il n'y aura plus d'eau. On se dit qu'il faut préparer ces scénarios où il n'y a plus d'eau. Donc, on en est là. Mais c'est des collectivités, effectivement, qui ne font pas trois ou quatre habitants. C'est plutôt des centaines ou des milliers d'habitants.
Donc, il faut vraiment prendre conscience, et c'est pour ça que finalement, ce projet de loi pose question, c'est qu'on ne peut pas régler un problème global de l'eau, parce qu'il y a aussi la question du monde économique, qui a besoin d'eau, en plus du monde agricole et puis des populations. Et on ne peut pas traiter la question de l'eau, à la fois sur le plan quantitatif, mais aussi qualitatif, chez la question des pollutions, dans un projet de loi agricole, dont le but principal est d'aider le monde agricole, ce qui est normal.
Et c'est ça, pour nous, le péché originel, c'est d'avoir essayé de traiter un problème très grave de l'eau dans un projet de loi qui traitait d'abord du monde agricole. C'est aussi un problème important.
J'entends vos premières réserves, Nicolas Garnier, sur cette loi d'urgence agricole. Je voudrais vous entendre, Nicolas Buizar, justement, sur pourquoi ça vous satisfait, cette série de mesures qui prévoit notamment de faciliter la construction d'ouvrages de stockage d'eau, avec un objectif qui est d'ailleurs indiqué dans le texte, il s'agit de doubler les volumes de stockage d'eau d'ici 2035. Quand vous dites ne pas subir, ne plus subir, est-ce que c'est ça que vous attendez ?
Oui, la loi d'urgence est une première réponse. Je rappellerai qu'on a eu des très grosses mobilisations agricoles à l'hiver 23-24, et encore l'hiver dernier. Et la demande du monde agricole, en fait, ce n'est pas d'avoir des prises en charge du GNR ou diminuer le prix des engrais. La demande du monde agricole, c'est de pouvoir vivre de notre production et de nous donner les moyens collectivement de produire. Cette loi d'urgence apporte une partie des réponses, notamment sur le sujet de l'eau et de l'accès à l'eau, en admettant enfin qu'il nous faut avoir une politique publique, une stratégie de stockage de l'eau qui est en excédent en hiver.
Vous vous rappelez sans doute en janvier-février, les cours d'eau débordaient, les nappes phréatiques débordaient. Et donc de stocker cette eau quand elle est en excédent pour pouvoir s'en servir quand il y a une sécheresse, pour pouvoir maintenir les productions. Dans certaines zones de France, ça fait maintenant neuf semaines qu'il n'est pas tombé une goutte d'eau. Aucune végétation, aucune culture, quel que soit le mode de production, ne peut survivre à une sécheresse aussi longue. Et donc il nous faut adapter notre système agricole si on veut maintenir une alimentation française. Agnès Ducharn, qu'en pensez-vous ?
Je pense déjà que la situation climatique qu'on vit en ce moment, celle des longues périodes estivales, sans pluie, des fortes canicules, en fait on y peut quelque chose parce que c'est les activités humaines, les émissions au gaz à effet de serre qui en sont une cause importante. Et donc il serait vraiment temps qu'enfin, en France et dans le monde entier, il y ait une réelle politique pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, sans quoi le genre de situation qu'on vit en ce moment va s'aggraver chaque année. Et chaque année, on battra, ou chaque deux années, des records de canicules et de sécheresse.
Donc ça, c'est vraiment un point qui est très important pour moi et pour toute la communauté scientifique. Ensuite, en ce qui concerne le stockage de l'eau, je pense qu'il y a une forme de fantasme parce que c'est beaucoup plus difficile à faire qu'on ne le croit. Certes, il y avait des inondations cet hiver, mais comment on capte l'eau des inondations ? On ne peut pas faire fonctionner des pompes quand l'eau est sale, quand il y a plein de morceaux de branches dedans, et on la met où l'eau ?
Moi, les gens avec qui j'ai pu parler à l'époque des inondations, la seule chose dont ils rêvaient par rapport à cette eau, c'est de s'en débarrasser, pas de la stocker à côté de chez eux ou dans leur maison ou dans leurs exploitations agricoles.
Maxime Buzard, sur ce point, effectivement, on peut se dire, est-ce que l'eau de l'hiver, elle peut vraiment être utilisée quand on en manque l'été ? Est-ce que c'est aussi simple, ces vases communicants ?
Oui, c'est aussi simple. Il faut se donner les moyens de maintenir l'agriculture dans les territoires, de maintenir un approvisionnement français de l'alimentation. Sortons un petit peu du constat, je partage totalement ce que vous avez dit sur la nécessité d'être plus efficace, d'être plus coordonné dans la lutte contre le changement climatique, mais en parallèle, il nous faut des moyens, de nous donner les moyens d'adapter notre société, notre production agricole. On le voit bien dans les territoires où il n'y a pas d'accès à l'eau, l'agriculture disparaît, les territoires s'enfrichent.
Non seulement c'est une alimentation qui est importée, c'est des territoires ruraux qui meurent petit à petit et c'est des zones qui s'enfrichent et qui deviennent propices à l'émergence de gros feux de forêt comme on l'a vu dans le sud de la France.
Est-ce qu'il y a beaucoup de critiques des associations environnementales qui s'inquiètent de voir que les prélèvements, le stockage sont priorisés au bénéfice des exploitations, parfois au dépens de l'eau potable, de la faune, de la flore ? C'est en tout cas les craintes de certaines associations qui l'ont manifestée à l'occasion de ce débat parlementaire. Nicolas Garnier, qu'en pensez-vous ? Est-ce que là on est sur un texte de compromis selon vous ?
Oui, je crois qu'on a évité le pire parce qu'à un moment donné, ce texte qui a perdu un peu le contrôle évoquait le fait quelque part qu'on pouvait faire toutes les retenues. Alors c'est peut-être l'occasion de dire qu'il y a bassiné retenu d'une certaine manière. C'est-à-dire qu'il y a toute une partie des projets de stockage qui consiste à effectivement capter l'eau de pluie. Il y en a une autre qui consiste à aller prélever de l'eau dans les nappes phréatiques et dans les fleuves salles. Ça n'a rien à voir.
Mais effectivement, le texte envisageait quelque part qu'on puisse capter l'eau partout, principalement, voire exclusivement pour le monde agricole et sans se soucier de savoir de ses conséquences potentielles sur les autres acteurs. Le texte final est quand même beaucoup plus équilibré. Et c'est vrai, je suis assez d'accord que la question du stockage doit maintenant être posée un peu partout. mais ce stockage sous la forme collinaire, c'est-à-dire récupération d'eau de pluie. Par contre, elle doit être encadrée, elle doit être évaluée et elle doit être concertée par, j'allais dire, ce qu'on appelle les parlements de l'eau.
Et c'est important de rappeler qu'en France, nous fonctionnons par des parlements de l'eau autour de chaque fleuve et autour de chaque rivière, d'une certaine manière. Il ne faut pas changer cette modalité de construction de l'avenir. Mais il faut aussi dire que ce qui est gênant dans ce texte, c'est qu'on pose des questions, j'allais dire pansements, que sont ces zones de stockage, sans évoquer les questions de sobriété, ni même les questions de respect des arrêtés sécheresses. Et donc, si à un moment donné, on ne commence pas par dire on va tous devoir faire des efforts avant de se poser la question de savoir s'il faut stocker l'eau, on fait les choses à l'envers.
C'est aussi pour ça que je le dis dès maintenant, il manque une grande loi sur l'eau qui fixe des objectifs de sobriété, d'efficacité de l'eau. Il y a beaucoup d'eau à gagner quelque part dans la manière dont on l'utilise. Et pour tous les acteurs, il n'y a pas à la fois le monde économique, le monde agricole et le monde des collectivités locales. Et puis, il faudra aussi qu'on se pose la question des pollutions.
Je ne sais pas si vous avez prévu d'en parler, mais l'autre gros problème de cette loi, c'est le fait qu'il faut qu'on en digue les ravages actuels des pollutions, principalement malheureusement agricoles, mais pas que agricoles, qui fait qu'aujourd'hui, sur les 33 000 captages d'eau potables en France, il y en a un tiers sur lequel on a un niveau de pollution qui est préoccupant. Et chaque année, on est obligé de fermer des captages parce que les captages sont pollués. Bien sûr, il n'est pas question de donner de l'eau polluée non potable aux populations.
Et si on ne fait pas quelque chose, on risque d'avoir soit un problème de il n'y a plus d'eau, soit il y a de l'eau, mais elle est polluée. Et il est vraiment temps de sortir de l'ornière parce qu'on va droit dans le mur aujourd'hui sur ces deux sujets.
Avant d'en revenir à la sobriété et à la pollution, deux aspects essentiels, je voudrais vous entendre sur les restrictions d'eau. Maxime Buzard, puisqu'il y a un syndicat agricole qui n'est pas votre syndicat, qui est la coordination rurale, qui a appelé les exploitants à ne pas respecter les interdictions, les restrictions d'irrigation. Qu'en pensez-vous ?
Je vois que c'est irresponsable. L'eau, elle doit être partagée entre l'ensemble des acteurs. On a des instances de l'eau qui fonctionnent, les agences de bassins, les comités locales de l'eau. Il nous faut respecter les règles. On a le droit d'être en désaccord. On a le droit de les contester, de chercher à les changer. Mais à partir du moment où il y a une règle, il faut la respecter. Donc, inciter les agriculteurs à ne pas respecter les arrêtés sécheresses, ce n'est pas responsable et ce n'est pas digne d'un syndicat agricole. Nous, la demande, c'est qu'on ait une vraie stratégie de stockage de l'eau dans toutes ses formes, de création de la ressource, en tout cas d'accès à la ressource.
Ça passera par la réutilisation des eaux usées, notamment des stations d'épuration. Ça passera par la recharge active des nappes phréatiques. Ça passera par le stockage naturel de l'eau dans le sol, la réserve utile des sols, avec l'augmentation de la matière organique. Ça passera aussi par la création de réserve et de retenue. C'est ça l'objectif et non pas de remettre en cause l'ordre.
Agnès Duchamp, Nicolas Garnier, parlait de pansement tout à l'heure pour qualifier cette loi d'urgence agricole. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce terme ?
Non, moi je pense qu'elle est nuisible pour la ressource en eau, cette loi d'urgence agricole. D'abord pour les questions de pollution qui ont été évoquées et puis parce que je pense vraiment qu'en tant qu'hydrologue, on ne peut pas créer d'eau. L'eau, elle nous vient des pluies. La seule chose qu'on peut faire, c'est faire en sorte que les pluies, quand elles tombent, s'infiltrent dans les réservoirs naturels, donc les sols puis les nappes phréatiques. Ça se passe principalement en hiver, c'est vrai. Si on pompe dans les nappes phréatiques en hiver, on réduit le niveau de la nappe et ça fait moins d'eau dans les nappes en été. C'est assez simple à comprendre et c'est du bon sens de base.
Donc, j'allais dire que c'est le concept même
de stockage que vous questionnez, la ancienne sur charme.
Je pense vraiment qu'avant de faire du stockage, et là je rejoins complètement Nicolas Garnier, il faut commencer par diminuer tous les usages, penser la coopération de tous les usages. Les agriculteurs, pour l'irrigation, quand on prélève de l'eau dans les nappes ou dans les cours d'eau, pour irriguer, cette eau va être évapotranspirée par les sols et les plantes. Elle disparaît des rivières et des nappes et tous ces processus se passent à l'amont des villes. Du coup, il y a moins d'eau pour les villes, pour la lutte contre les forêts, contre les incendies, excusez-moi. Donc, c'est vraiment cet équilibre de l'approvisionnement en eau qui doit être maintenu au bénéfice de tout le monde.
Les agriculteurs ne sont pas les seuls usagers de l'eau à en avoir besoin dans notre pays.
Est-ce que c'est vrai, Maxime Buzard, qu'il y a des images qui peuvent paraître assez étonnantes ? On voit ces champs jaunes, secs, et puis juste à côté, un champ de maïs verdoyant parce qu'il a été irrigué, alors qu'on sait que c'est une plante très gourmande en eau. Est-ce que vous assumez ce décalage-là ?
D'où vient votre alimentation ? Est-ce que c'est du champ qui est complètement sec et cramé ou est-ce que c'est du champ de maïs ?
On peut se dire que le maïs pourrait être remplacé par d'autres cultures moins gourmandes en eau. En tout cas, c'est ce que suggèrent certaines associations environnementales.
Aucune plante ne pousse sans eau. Et donc, le sujet, c'est d'assurer le fait que demain, on ait plus de parcelles irriguées en France qu'aujourd'hui. Ça ne dispense pas d'une stratégie de sobriété de l'usage, d'optimiser l'usage de l'eau, de faire en sorte que chaque goutte que nous apportons, chaque mètre cube que nous consommons soit utile et soit productif, permette d'assurer l'alimentation des Français. Mais se dire qu'on va réussir le pari de la souveraineté alimentaire, qui est une politique d'État depuis un an, qui est l'intérêt général majeur de la nation, réussir ça sans garantir l'accès à l'eau, c'est une hypocrisie incroyable.
Aujourd'hui, déjà, nous importons plus d'alimentation que nous en exportons.
Rapidement sur ce point, Agnès Ducharme.
J'aimerais juste rappeler que certes, il faut manger, mais avant tout, il faut boire. Que par ailleurs, le maïs, ce n'est pas les êtres humains qui les mangent en priorité, c'est des animaux. Qu'on peut changer de régime alimentaire, qu'il soit plus végétal et ça fait énormément d'économies d'eau. Voilà.
On va accueillir dans ce débat Aurélien. Bonjour et bienvenue Aurélien.
Bonjour, messieurs, dames.
Je vous laisse poser votre question.
Voilà. Moi, je voulais savoir, je vais la poser de façon concise. Si, face à l'urgence climatique et au besoin de répartir l'eau auprès de tous les acteurs, il ne fallait pas nationaliser et instaurer un service public de l'eau.
Merci pour votre question. Nicolas Garnier, peut-être sur ce point, vous qui accompagnez les collectivités locales.
En fait, ce service public existe. Nous le représentons puisque nous sommes l'association des collectivités qui gérons effectivement le service public de l'eau et de l'assainissement. Donc, ce service public existe. Mais il existe effectivement là pour rejoindre la question sur la question de l'accès à l'eau potable. S'il n'y a pas un service public de l'eau, j'allais dire, tout usager confondu d'une certaine manière, en tout cas pas à l'échelle locale. Par contre, il existe quand même un parlement de l'eau qui traite, qui gère l'eau de tous les usages et des agences de l'eau dont le métier est d'accompagner tous les acteurs.
C'est l'occasion d'ailleurs de rebondir sur ce qu'il vient de dire pour dire qu'il est évident quand même que le modèle agricole va soit être contraint d'évoluer au regard du dérèglement climatique, changement de culture, soit on peut l'accompagner pour l'anticiper et de notre point de vue, l'une des réponses c'est aussi, il y a beaucoup de partenariats entre les collectivités et le monde agricole pour accompagner le monde agricole dans des nouvelles pratiques, dans des nouvelles cultures. Cela dit, dans une autre émission on en a parlé avec un des autres interlocuteurs, la question est aussi celle du modèle économique.
On a un modèle économique dans lequel il est plus facile d'importer un certain nombre d'aliments plutôt que de les faire en France parce que le monde agricole français est quelque part impacté par un modèle économique qui est basé sur une distorsion de concurrence avec d'autres pays. Le dernier message que je voudrais faire sur le service public c'est qu'aujourd'hui le service public de l'eau, c'est-à-dire l'eau que vous buvez au robinet coûte à peu près 4 à 5 euros le mètre cube mais dans ces 4 à 5 euros le mètre cube vous payez l'accès à l'eau à peu près 7 centimes. Le reste c'est des infrastructures.
Ça veut dire que un mètre cube d'eau coûte 7 centimes dans la nature mais le monde agricole le paye 1 centime et une centrale nucléaire qui est aussi un gros préleveur d'eau le paye 0,1 centime. Si vraiment on veut monter une politique de sobriété il est sans doute temps d'abord que l'accès à l'eau soit un petit peu plus cher et il faut également que les plus gros consommateurs voire ceux qui consomment trop ceux qui consomment j'allais dire mal payent plus donc il faut qu'on applique j'allais dire gros consommateurs payeurs plutôt que usagers du quotidien payeur parce que le risque entre sobriété et les problèmes de pollution c'est de voir la facture d'eau exploser On sent qu'il y a
des considérations économiques aussi au-delà des considérations agricoles et écologiques que l'on explore ensemble depuis le début de ce grand entretien. Merci à tous les trois d'avoir participé d'avoir éclairé le débat ensemble ce matin sur France Inter Agnès Dujarn vous êtes climatologue et hydrologue Maxime Buzard vice-président des jeunes agriculteurs Nicolas Garnier délégué général d'Amorce merci beaucoup