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Podcast / conversationC à vous (sur YouTube)· 29 septembre 2022 5 minComplaisantPortrait personnelCulture, médias & sport

Libé : les années folles, les années d’or - L’Oeil de Pierre Lescure - C à vous - 29/09/2022

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Invité

L'histoire du journal Libération, c'est une des plus belles histoires de la presse française. Ça pourrait presque faire une série qui sera à la fois moderne, nostalgique, politique et drôle. Un bouquin formidable vient de sortir, Libération, nos années folles, de 1980 à 1996, signé Marie Collement et Gérard Lefort, deux plumes essentielles des pages culture, le tout très joliment illustré par Pochette. Ces années folles, c'est l'histoire de Libé, créée en 1973 par Jean-Paul Sartre, que Serge Julli, son patron, décide de stopper en février 1981 et qu'il relancera deux jours après l'élection de Mitterrand, qui a été élu, vous le savez, le 10 mai.

Journalisme résolument moderne et créatif, happening permanent, tout est dans cette bande dessinée extraordinaire. Par exemple, quand Gérard Lefort, l'un des auteurs, qui dirigera les pages médias, est engagé en 1981. Une assemblée de crises et tout pour savoir si oui ou non je dois être embauché. Il y a tous les journalistes, Serge, Julie, arrivent en disant « Bon, alors, il est bien évident que Gérard est embauché et là, on va voter, dit Serge. Ah bon ? Et donc, qui est pour ? Quatre mains se lèvent. Qui est contre ? Vingt mains se lèvent. » Et Serge conclut « Bon, ben c'est d'accord, il est embauché, il commence demain. » Et il se casse, il se casse, le grand lâche.

Il me laisse avec cette meuture lente. Mais c'était vrai, le lendemain, j'étais embauché, j'étais journaliste permanent, libération et je dirigeais à l'époque le service télévision. En 1981 et pendant 2-3 ans, Serge, Julie, dans des éditos formidables, en page 3, va décrypter pour nous toutes et tous les méandres de la pensée mitterrandienne. Et pourtant, quelques mois avant, il s'était trompé de pronostic. En janvier 1981, Serge nous dit devant une assemblée médusée « Écoutez-moi bien, et je sais de quoi je parle, François Mitterrand ne sera jamais élu président de la République. » Voilà.

Alors, il avait été mal conseillé, mal renseigné par un célèbre publiciste qui allait faire la campagne de Mitterrand. Il avait dit « Non, mais on y va, mais on sait qu'on va perdre et tout. » Et après, il y a cette première une géniale au redémarrage de Libé, c'est « Enfin l'aventure ». À tous les sens, c'était polysémique, ça voulait dire beaucoup de choses, « Enfin l'aventure ». Alors, Serge Julie, pareil, avec quelques surnoms, on le connaît bien pourtant, mais j'en ai découvert quelques-uns dans le bouquin.

2:16
Présentateur

Un julot et aussi Citizen Julie, parce que, évidemment, le film préféré de Serge Julie, c'est Citizen Kane et ce qu'il aime par-dessus tout dans Citizen Kane, c'est la scène où il y a un type qui est censé faire la critique de la femme chanteuse de Randolph Hearst et que, finalement, il arrache la feuille et c'est lui-même qui écrit la critique. Alors, ça, Serge, il le vivait, ce truc.

2:41
Invité

Alors, jeune ou vieux, il faut vraiment lire ce bouquin, si bien dessiné et si bien raconté. Vous y retrouverez la saga des fameuses unes, magnifiques à chaque disparition de personnalité. Dès qu'un type meurt ou une femme, on se précipite pour voir Libé. Vous y retrouverez Belmondo à Cannes ou même Clint Eastwood, vous verrez la BD, en face de Marie Coleman, et qui lui dit « Il faut que vous compreniez une chose, chère madame, qu'ils soient commerciaux ou non, je ne fais pas de film pour des bouffeurs de pop-corn qui se lèvent toutes les 10 minutes pour aller pisser. » Et puis, vous trouverez ce goût inépuisable des gens de Libé pour les Assemblées Générales.

Il y avait une âgée de crise toutes les 20 minutes, à peu près. Donc, au terme duquel, tout le monde se traitait de crypto-fasciste, de social-traître. C'était le grand truc. Les bagarres, mais physiques, on en venait aux mains assez souvent. Genre salaud, pan, pif, paf. Avec Marie, on assistait à des scènes où un se prenait un pain, on voyait les mocassins qui volaient en l'air. Et le mec se relevait et il disait « nazi ». Pas de bol, le mec qui traitait de nazi était juif. Donc ça, hop, un deuxième pour pif, voyez l'ambiance. Mais qu'est-ce qu'on a pu se marrer, surtout.

Et vous êtes même dans la BD parce qu'il raconte un jour où vous avez appelé, parce que vous trouviez que le critique de Libé, qui s'appelait Bill Cherno, Cherno, Bill, Bill, Cherno, était vachement bien. Vous vouliez l'inviter dans « C'est mieux l'après-midi ». Et puis, ils ont dû vous expliquer que finalement, le mec n'existait pas, que c'était un truc collectif. Alors, je vais rajouter un truc un peu plus perso, dont tout le monde se fout. Et ça me fait trop drôle de voir Gérard Lefort, que j'ai vu quand j'avais 13 ou 14 ans, et qui était l'amoureux de ma sœur, qui avait des cheveux bruns jusque-là, qui était, voilà, ma sœur était une intellectuelle, et elle sortait l'exercion.

Et après, quand j'en ai entendu parler, ça me faisait à chaque fois marrer de voir les critiques et la plume qu'il a, enfin, qu'il avait, et qu'il a encore, j'imagine, de Gérard. Voilà, à qui je dis bonjour, si jamais il regarde. Libération, nos années folles, 80-96. Il faut vraiment acheter, c'est vraiment bien.