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interviewBFMTV· 28 novembre 2023 21 min

Face à Face : Clémentine Autain

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

BFM TV face à face, Apolline de Malherbe. Il est 8h32 et vous êtes bien sur AMC et BFM TV. Bonjour Clémentine Autain. Bonjour Apolline de Malherbe. Merci de répondre à mes questions ce matin. Sur BFM TV à l'instant, je disais que je l'allais vous recevoir et je disais que vous étiez députée ou peut-être frondeuse de la France Insoumise. J'ai vu que ça vous faisait un peu sourire. On va y revenir. Je ne sais pas ces termes. Bon, vous allez me dire pourquoi.

Mais Clémentine Autain, je voudrais d'abord qu'on parle de Jean-Luc Mélenchon parce que depuis une semaine, à chaque fois que je reçois un élu du Rassemblement National, je lui pose cette question, est-ce que Jean-Marie Le Pen est antisémite ? Et au fond, je me suis dit, pourquoi je ne vous poserai pas cette question pour Jean-Luc Mélenchon ? Est-ce que Jean-Luc Mélenchon est antisémite ?

0:36
Clémentine Autain

Non, Jean-Luc Mélenchon n'est pas antisémite. Et je trouve d'ailleurs que le déplacement dans le débat public de savoir qui est antisémite, qui est porteur d'un discours antisémite, qui peut protéger les Juifs durablement ou qui ne les protège pas, il y a un brouillage qui est absolument phénoménal. Mais de la part de qui le brouillage ? Il y a un brouillage général dans le débat politique. Tout le monde doit balayer devant sa porte, que les choses soient claires. Mais on observe une trumpisation de la vie politique, du débat médiatique, qui est très préoccupant. Et au fond, on perd les repères qui sont des repères historiques, qui sont des repères de principes et de valeurs également.

Est-ce que ce n'est pas précisément pour cette raison qu'on ne peut pas se permettre d'être ambigu dans la période ? C'est la raison pour laquelle il faut en effet peser ces mots.

1:26
Présentateur

Et quand on a Jean-Luc Mélenchon qui parle d'un prétexte antisémite pour la marche, une marche des amis du soutien inconditionnel aux massacres, qui ont donc désormais leur rendez-vous, quand ils citent systématiquement Yaël Braun-Pivet, repris d'ailleurs par Tahabouhaf, ancien élu de chez vous, ancien candidat de chez vous, qui dit une certaine Yaël Braun-Pivet, qui est à chaque fois citée, alors qu'on pourrait citer Gérard Larcher, qui n'est pas cité, quand on dit à propos de journalistes qui minimiseraient le nombre de manifestants au soutien à la Palestine, Jean-Luc Mélenchon dit d'eux qu'on minimise, il parle des journalistes de Libération et de BFM TV parce qu'on aurait le même patron, et il sait bien qu'il fait référence à Patrick Drahi, un juif qui contrôlerait donc les médias.

Est-ce que ce n'est pas faire preuve au minimum d'ambiguïté ?

2:13
Clémentine Autain

Je vous le redis, je pense qu'il faut en effet peser chaque mot, et je ne suis pas d'accord avec un certain nombre de formulations de Jean-Luc Mélenchon dans ses tweets, c'est clair. Est-ce qu'il s'agit de formulations à tendance ou à connotation antisémite ? Je pense qu'il faut faire attention, Jean-Luc Mélenchon n'est pas antisémite. D'ailleurs, notre électorat, nos sympathisants, nos militants sont non seulement heurtés d'entendre parfois du matin au soir sur les médias l'idée que nous pourrions être complices de l'antisémitisme. Moi je n'adorerais pas avoir à vous poser cette question, je veux juste vous dire que...

Je me réjouirais de ne pas avoir appris cette question liée aux unes et aux autres. Moi je trouve ça insensé, pour vous dire les choses, je trouve ça insensé qu'on ait ce débat aujourd'hui. Mais je me réjouirais du coup que cette ambiguïté ne soit pas écrite. Je trouve insensé qu'on ait ce débat aujourd'hui. Et que Yael Brown-Pivé porte une responsabilité, avec Gérard Larcher aussi, d'avoir introduit le Rassemblement National dans la manifestation, en étant incapable de répondre à la simple question sur TF1, qui était « Est-ce que le Rassemblement National est bienvenu dans la manifestation ? » Elle ne sait pas répondre. Non.

Et ça fait un moment que ça dure, puisque la banalisation, la respectabilité de l'extrême droite, elle a été aussi donnée par la Macronie. Donc vous estimez qu'ils ont une responsabilité ? Ils ont une responsabilité dans le brouillage du paysage politique, des valeurs, des principes. Et ils ont une responsabilité dans la notabilisation et la respectabilité nouvelle. Vous vous rendez compte ? Ils l'intègrent dans le champ républicain.

3:34
Présentateur

Il faut préciser des choses, Clémentine Autain. Il n'était pas, et on a bien vu les images, moi-même j'y étais, donc je peux en témoigner de manière vraiment de visu. J'ai couvert cette manifestation pour BFM TV. Je n'ai pas vu d'élu du Rassemblement National dans le carré de tête qui était effectivement l'espace officiel. Les élus du Rassemblement National se sont joints à la manifestation, mais au fond…

3:54
Clémentine Autain

Je pense que le message, si nous sommes allés à Strasbourg, avec François Ruffin, Alexis Corbière, Raquel Garrido, nous étions, vous le savez, avec le député de la circonscription à Strasbourg, Emmanuel Fernandez, si nous étions dans cette manifestation, c'est précisément parce que j'estime que les initiateurs, Yael Bond-Pivet et Gérard Larcher, ont manqué de clarté dans l'éviction de l'extrême droite de ces manifestations, de dire très clairement qu'ils ne sont pas les bienvenus.

Et je pense également que dans l'appel, que les Français n'ont pas vu, puisque c'était une marche qui disait non à l'antisémitisme, mais si moi j'ai marché, si nous avons marché avec mes collègues, et si nous sommes allés à Strasbourg, c'était pour dire ce message simple, stop, il y a une recrudescence des actes antisémites en France, ce problème est sérieux, et nous voulions exprimer notre solidarité et notre empathie à l'égard de tous les Juifs qui aujourd'hui ont peur, qui subissent des insultes, des menaces, des actes concrets, des agressions antisémites. C'est important de pouvoir le dire, mais j'estime que les initiateurs n'ont pas permis la concorde nationale.

4:57
Présentateur

Vous avez utilisé le mot, ils ont une responsabilité dans le fait de ne pas avoir fait preuve de clarté. Je vous repose la question, Jean-Luc Mélenchon devrait-il faire preuve de davantage de clarté et ne pas jouer avec les mots qu'on ne le fait ?

5:09
Clémentine Autain

Je vous le redis, je pense qu'il faut peser les mots. Il faut peser les mots, il ne faut pas jeter d'huile sur le feu, et il faut être capable d'exprimer de l'empathie. Il faut ou Jean-Luc Mélenchon doit ? Je ne veux pas personnaliser, je ne veux pas… Je ne veux pas vous dire clairement.

5:23
Présentateur

Parce que là en l'occurrence ce sont des tweets qui sont signés, donc c'est très personnel.

5:28
Clémentine Autain

Je ne veux pas vous le dire mais voilà, je vous réponds très clairement. En tout cas ce sont des tweets dont vous vous désolidarisez. Il faut faire attention aux mots que l'on emploie. Pourquoi vous n'allez pas au bout ? Je pense que c'est difficile d'être plus clair que ce que je suis en train de dire. Bah si, si. Non, c'est très clair, je pense que celles de ceux qui nous regardent ont compris ce que je voulais dire. Mais comprenez les choses, c'est que pendant ce moment-là, où effectivement partent des tweets qui manquent, qui ont des mots qui ne sont pas bien choisis, et que nous avons ces politiques…

5:54
Présentateur

Ceux qui sont tout à fait choisis. Non mais c'est là, pardon, c'est là qu'on est dans un dialogue… De mon point de vue, ils sont très bien choisis. C'est là qu'on est dans un dialogue de dupe, de sourd. C'est que Jean-Luc Mélenchon, et vous en conviendrez avec moi, est un homme intelligent, cultivé, qui sait manier le verbe, et qui donc sait parfaitement choisir ses mots. J'entends tout à fait. Il s'agit donc de mots qui ont été choisis. J'entends tout à fait.

6:13
Clémentine Autain

Mais je veux juste insister sur un point. C'est qu'il y a l'histoire, et il y a la philosophie générale des formations politiques, et des grandes familles de la gauche et de l'extrême droite. Dans l'histoire, jamais, absolument jamais, l'extrême droite n'a été du côté du combat contre l'antisémitisme, de façon concrète. En revanche, je vous parle aussi d'aujourd'hui. Ce qui est important aussi, c'est aujourd'hui. Oui, je suis d'accord avec vous. Mais ce qui est important, c'est que le Rassemblement national n'a jamais fait sa mise à jour par rapport à son histoire. De quoi parle-t-on ? On parle d'une histoire de collaboration avec Vichy. Vichy est complice du nazisme.

Et le nazisme, c'est 6 millions de Juifs qui ont été tués dans une industrie qui est une industrie absolument monstrueuse.

6:54
Présentateur

Et Clémentine Tintin, aujourd'hui, les dirigeants ont mis une semaine à le dire, mais on commençait par dire que Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite, avant, au bout d'une semaine, de dire qu'il y avait une maladresse et qu'en réalité, il était bien antisémite.

7:08
Clémentine Autain

Jordan Bardella a dit clairement qu'il n'était pas...

7:10
Présentateur

Écoutez, excusez-moi, mais... Ah non, non, non, mais moi, je vous reprends simplement ce qui s'est passé pendant une semaine. Il a commencé par dire qu'il pensait que Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite, avant de dire...

7:19
Clémentine Autain

Mais là, pour celles et ceux qui nous écoutent, stop, stop, allez-y, allez-y. Voilà. L'histoire de la gauche, c'est la fierté, en 1789, d'avoir été capable de donner la citoyenneté aux Juifs, contre les réactionnaires qui ne voulaient pas la donner et qui même ont interprété la Révolution française comme étant un complot judéo-maçonnique. Ensuite, quand il y a eu l'affaire Dreyfus, d'accord ? Qui s'est élevé ? Quelle grande voix s'est élevée ? C'est celle de Jaurès. Dans les années 30... Il y a eu une partie de la gauche qui n'a pas su au début. Il y a eu longtemps. Mais il y a eu longtemps, Proudhon, Marx...

Vous pouvez trouver des propos antisémitifs d'époque, comme vous pouvez trouver des propos... C'est pour ça que je préfère m'intéresser à ce qui se passe aujourd'hui. Non, non, non, écoutez-moi bien. Il y a, dans l'histoire, eu un antisémitisme à gauche, mais pas d'antisémitisme de gauche. Ceux qui ont théorisé l'antisémitisme, qui l'ont porté officiellement, publiquement, c'est Maurice Barrès, c'est Édouard Drummond, c'est Charles Maurache. Ce sont des personnalités d'extrême droite. Et Vichy, et les années 30, il y avait deux côtés, vous savez. Qui était du côté de Vichy ? Et qui a combattu dans la résistance ? Là, on voit l'extrême droite, la gauche. Et par ailleurs, aujourd'hui...

Clémentine Autain, aujourd'hui, est-ce que vous estimez qu'il n'y a pas d'antisémitisme à gauche ? Je vous réponds sur aujourd'hui. Aujourd'hui, le problème, c'est que ceux qui pensent que l'extrême droite va protéger les Juifs, ce leur, parce que dans le logiciel idéologique, les principes qui les portent, c'est le rejet de l'autre. D'accord ? Et ce rejet de l'autre, cette haine de l'autre, elle est au fondement de tous les racismes, et donc potentiellement d'un nouvel antisémitisme. Parce que le fameux nouvel antisémitisme dont on nous parle, qu'est-ce qu'il vise à faire ? Il n'existe pas, ce n'est pas l'antisémitisme ?

L'antisémitisme a toujours été protéiforme, il n'y a pas une raison, et c'est très ancien. L'antisémitisme n'est pas né aujourd'hui. C'est très ancien. Mais par contre, à chaque fois, il est nourri par la haine et le rejet de l'autre. Donc quand on appelle aux valeurs de la République, au respect des principes fondateurs de notre humanité, alors on ne peut pas intégrer l'extrême droite et on ne peut pas continuer sur l'extrême droite et on ne peut pas continuer sur l'extrême droite

9:25
Présentateur

Clémentine Autain, quand vous parlez de ce nouvel antisémitisme, ce serait un nouvel antisémitisme qui viendrait, notamment, dit-on, des quartiers qui se nourriraient à ce qu'il se passe au Proche-Orient. Le journal Le Monde, hier soir, dit... Et hier, sur votre plateau, M. Chenu a osé nous expliquer que... J'y viens, j'y viens. Le journal Le Monde, hier, dit, à propos de Jean-Luc Mélenchon, il croit préserver ses parts de marché électorale. En 2017, il a réalisé de très bons scores dans les quartiers où la cause palestinienne est embrassée par une jeunesse issue de l'immigration. C'est électoral.

9:58
Clémentine Autain

Écoutez, moi, je pense que notre responsabilité, elle est d'abord, justement, par rapport à... Moi, je suis élue de Sevran, Tremblay et Villepinte. Je suis favorable à ce que nous organisions, j'espère cette semaine, peut-être vendredi, avec le maire de Sevran, une marche au flambeau pour la paix et qui permette de dire, et c'est quand même pas très compliqué, de dire à la fois que les crimes du 7 octobre, c'était insupportable, insoutenable, inadmissible, injustifiable. Et de dire... Écoutez-moi, et de dire... Oui, on peut le dire, bien sûr, contre l'antisémitisme et contre tous les racismes, et je le dirais. Et je le dirais.

10:35
Présentateur

Mais aujourd'hui, les actes qui...

10:36
Clémentine Autain

Je ne vous dis la paix, la paix, c'est les actes du 7 octobre et c'est la situation aujourd'hui à Gaza. La situation aujourd'hui à Gaza, elle est inadmissible. Mais sur ce qui se passe ici, en France, Clément Clément. Il faut un cessez-le-feu, à Pauline de Malherme. Il faut un cessez-le-feu. Il faut arrêter d'être hémiplégique dans notre regard, dans la souffrance et dans nos principes. Je vous parle aussi de la répercussion. Les gens, ils sont touchés par ce qui se passe là-bas. Alors, il ne faut pas importer. Il ne faut pas importer le conflit, c'est-à-dire, justement, opposer les uns aux autres, vers une concurrence terrifiante entre les victimes d'un côté et les victimes de l'autre.

Moi, j'ai de l'empathie et j'ai envie de pleurer pour les morts du 7 octobre et pour les morts de Gaza aujourd'hui. Mais c'est pourquoi il faut demander le cessez-le-feu. Donc cette marche, on la fera pour le cessez-le-feu à Gaza, immédiat. Et je regrette que la parole de la France manque de clarté, de force. Et vous ferez cette marche ? Excusez-moi, mais Emmanuel Macron, on ne comprend rien à ce qu'il est en train de dire.

11:31
Présentateur

On va y revenir, mais là, vous avez cité Sébastien Chenu, qui était effectivement sur ce plateau hier, qui est député RN du Nord. Mais c'est scandaleux, ce qu'il a dit sur votre plateau. Je voudrais qu'on l'écoute, justement.

11:39
Clémentine Autain

Scandaleux.

11:41
Présentateur

Un jeune juif, il risque plus sa peau dans un environnement islamiste, par exemple, en Seine-Saint-Denis, que dans une manif du Rassemblement national. Ça, c'est sûr.

11:51
Clémentine Autain

Qu'est-ce que vous répondez à ça ? Je suis scandalisée. C'est-à-dire qu'on voit bien qu'au fond, pour eux, manifester contre l'antisémitisme, c'est l'occasion de s'en prendre toujours au même public. C'est-à-dire au quartier populaire et au monde arabo-musulman. Voilà, c'est à ça que ça sert. Ça sert à se donner une respectabilité, mais pour, au fond, en revenir toujours à la même chose.

Or, la réalité, c'est que quand on combat l'antisémitisme, ça veut dire qu'on comprend que la haine de l'autre peut amener au pire, et que donc, dans le même mouvement, on doit aussi intégrer le fait que nous devons être au clair sur le rejet des musulmans qui existent dans notre pays, et nous devons être aussi aux côtés de ces quartiers populaires qui en souffrent terriblement. Est-ce que c'est possible de tenir les deux bouts ? C'est ça, pour moi, la gauche. C'est ça, l'humanité. C'est ça, être progressiste.

12:41
Présentateur

Mais il y a un moment où, effectivement,

12:43
Clémentine Autain

ce sont des semeurs de haine. Ce sont des semeurs de haine. M. Chenu, ce qu'il vient de faire, c'est de la haine.

12:49
Présentateur

Mais pardon, quand Jean-Luc Mélenchon dit que la marche, c'est une marche de ceux qui soutiennent un massacre, ce n'est pas un semeur de haine ?

12:58
Clémentine Autain

Non, mais c'est factuellement faux. Je veux dire, ce qui s'est passé dans la manifestation de dimanche, il est faux de dire qu'il y avait dans cette manifestation que des gens qui soutenaient Netanyahou. Enfin, il faut quand même qu'on arrive à se dire. Donc, Jean-Luc Mélenchon se trompe. Et quand il dit que la marche, c'était un... Pour vous, succès, succès, succès ou échec ? Écoutez, je pense que c'est faux de dire que c'est un échec. Non, je ne crois pas que c'était un échec. Là encore, c'est Jean-Luc Mélenchon qui dit qu'il parle d'un échec. Je pense que ça aurait été davantage réussi si les initiateurs avaient été capables de concordes.

Parce qu'à gauche, notamment, beaucoup se sont posé la question. On s'est interrogé, faut-il y aller, pas y aller. Le groupe de la France Insoumise a décidé de ne pas s'y rendre parce qu'il y avait la présence de l'extrême droite. On l'a bien compris, et vous ? Ne convenez pas. Et vous, avec une poignée, on va y revenir. On décidait d'aller à Strasbourg. Mais aussi, comprenez-le bien. Pour moi, il n'y a pas à dire ce qui était ces scandaleux ou ceux qui n'y étaient pas. C'est scandaleux. Je comprends.

13:56
Présentateur

Si vous posez cette question, c'est que vous restez dans la NUPES avec à la tête de la NUPES un Jean-Luc Mélenchon qui dit « C'est un échec. Toute la droite et l'extrême droite ont échoué à produire des mobilisations générales du passé. » Il y a l'un de vos collègues insoumis députés qui dit « On aurait entendu dans le contexte parisien de nombreux propos islamophobes relayés par les médias. » Oui, mais tant que vous aurez l'étiquette LFI et NUPES,

14:16
Clémentine Autain

vous parlerez aussi au nom des autres. Mais oui, mais je pense que le discours que je suis en train de vous tenir est un discours de gauche simple et qui, normalement, rassemble à gauche. Quand je vous dis que les Juifs ne sont pas responsables de la politique de Netanyahou et, dans le même temps, que critiquer la politique d'Israël n'est pas synonyme d'antisémitisme, je pense que ça, c'est très simple et c'est ce qui rassemble à gauche. Ce qui nous rassemble, c'est que nous sommes des humanistes, que nous sommes pour la paix, que nous demandons un cessez-le-feu, que nous sommes évidemment du combat contre l'antisémitisme. Un cessez-le-feu avec qui ? Et sous quelles conditions ?

Est-ce que le cessez-le-feu, c'est sous des conditions ? C'est qu'Israël arrête les crimes de guerre. Et les otages ? Bien sûr qu'il faut libérer les otages. Bien sûr qu'il faut libérer les otages. Donc, quoi faire ? Il faut exiger le cessez-le-feu, la libération des otages. Mais il n'est pas acceptable qu'Israël, pour, comme ils disent, se défendre, faisons attention, parce que normalement, dans le droit... C'était pas une déclaration de guerre ? Dans le droit... Dans le droit... Le 7 octobre au matin. Mais la guerre, ça fait 75 ans qu'elle existe. Non, mais le 7 octobre, c'est pas... Le 7 octobre n'est pas... C'est un tournant. Exactement, c'est un tournant dans la stratégie du Hamas.

C'est l'évidence. Mais il y a 75 ans de guerre derrière qu'on ne peut pas non plus balayer d'un revers de la main. Est-ce que pour vous, le cessez-le-feu

15:26
Présentateur

est sans conditions ou est-ce qu'il faut d'abord exiger la libération des otages ?

15:29
Clémentine Autain

Il faut la libération des otages, mais même s'il n'y a pas la libération des otages, Israël n'a pas le droit de s'asseoir sur, justement, les normes internationales dans le fait de faire la guerre. Qu'est-ce qui se passe aujourd'hui à Gaza ? Qu'est-ce qui se passe ? Même les hôpitaux sont arrêtés. Les gens meurent parce qu'il n'y a pas d'électricité. Il n'y a plus de carburant. Dans 48 heures, l'aide humanitaire ne va plus être possible.

15:51
Présentateur

Vous imaginez Israël abandonner le sort des otages renoncés ?

15:54
Clémentine Autain

Je dis juste qu'Israël doit respecter le droit international, doit arrêter les crimes de guerre et que la vengeance aveugle n'est pas possible, n'est pas acceptable. Et qu'au G7, la seule voix qui se soit élevée, c'était Emmanuel Macron pour dire qu'il fallait se cesser le feu, puisque l'ensemble du G7 ne dit rien, laisse Israël faire d'une certaine manière. Et cette voix, elle est une voix qui dépend des jours. C'est celle d'Emmanuel Macron où un jour il dit cela et puis le dimanche, il appelle le président israélien pour lui dire qu'au fond, oui, oui, il est d'accord, Israël doit pouvoir se défendre et il retire ce qu'il a dit.

Donc j'aimerais qu'on ait une parole de la France équilibrée, forte et qui soit capable d'affirmer, nous voulons le cesser le feu, nous voulons la paix. Et pour qu'il y ait la paix durable dans cette région, alors il faut que les Israéliens qui sont un peuple est un État et que les Palestiniens qui sont un peuple est un État. Or aujourd'hui, ceux qui n'ont pas d'État, ce sont les Palestiniens. Si nous ne comprenons pas cela, alors nous sommes à côté de l'histoire. Et je pense que c'est possible de tenir tous ces bouts-là. Et ça, c'est un discours de gauche

16:57
Présentateur

et ça rassemble la NUPES. Vous étiez à cette marche à Strasbourg et vous y étiez avec François Rupin, Alexis Corbière et Raquel Garrido. C'est les quatre frondeurs de la NUPES. Je n'aime pas ce terme.

17:08
Clémentine Autain

Excusez-moi. Alors, trouvez-en un autre. Comment vous définiriez-vous ? C'est venu. Je n'aime pas parce que frondeurs, ça fait référence à une histoire, celle récente du Parti Socialiste qui était très honorable puisqu'ils ont dit non à la politique qui était menée par François Hollande et qui a amené au désastre. Vous avez un peu la même attitude. Parce qu'elle était logique de marché. Non, mais ça correspond à une histoire. Je pense que nous, c'est autre chose. Alors, c'est quoi ? En effet, nous disons que nous disons plusieurs choses. Nous sommes très attachés à la NUPES. Nous pensons que pour gagner en 2027, il faut chérir ce rassemblement.

Et nous pensons qu'en termes d'orientation politique, de profil politique, on a besoin de davantage de solennité et de ne pas être dans l'outrance ou le clash. Voilà. C'est deux... Je le dis avec mes mots comme ça simplement ce matin, mais j'ai l'impression qu'en effet, c'est ce qui nous rassemble. Nous avons été d'accord

17:54
Présentateur

sur la façon... Est-ce que c'est Jean-Luc Mélenchon qui doit porter ses idées ? Quand vous avez Raquel Garrido qui a tenu ses propos en disant le candidat peut changer, partir à la retraite, changer de rôle, la France insoumise peut se passer de Jean-Luc Mélenchon, est-ce que vous pourriez signer ces mots ?

18:07
Clémentine Autain

Non, mais c'est juste que Jean-Luc Mélenchon n'est pas éternel et que la NUPES, la France insoumise, ne se réduit pas aux seuls propos de Jean-Luc Mélenchon. Donc là, ça fait quand même un moment que vous m'interrogez là-dessus. Est-ce que la France insoumise peut se passer de Jean-Luc Mélenchon ? Est-ce que ce serait même souhaitable ?

Je peux vous dire que par exemple sur toute la séquence, quand on regarde précisément les programmes des uns et des autres, quand on écoute attentivement ce que disent les uns et les autres, il est faux que sur tous les sujets que nous avons traversés, très épineux, très polémiques depuis ces dernières semaines, il est faux de dire que nous ne pourrions pas être rassemblés à gauche, la gauche et les écologistes, sur l'ensemble de tout cela. En tout cas,

18:46
Présentateur

vous n'étiez pas rassemblés

18:48
Clémentine Autain

en l'occurrence dimanche. Donc c'est vrai que c'était même physiquement, chacun avait choisi. Arrêtez de mettre de l'huile sur le feu. Mais qui met de l'huile sur le feu ? Stop. Je ne vais pas moi-même dire assez untel, etc. Non, stop. Non, en fait, je trouve que vous dites beaucoup il faut, il faut, mais qui ? Comment ça, il faut ? Qui met de l'huile sur le feu ? Qui manque d'ambiguïté ? Je ne vais pas vous faire la liste parce que vous, vous me parlez de Jean-Luc Mélenchon, mais je pourrais aussi citer d'autres. entrer en polémique avec telle ou telle. Ce n'est pas mon projet ce matin.

Je suis venue vous dire qu'elle peut être et qu'elle doit être à mon sens le message de la gauche et que ce message-là, il est rassembleur à la commune de Malherbe. Est-ce qu'ils vous laisseront ? Est-ce qu'ils vous le laisseront ? Est-ce qu'ils vous le laisseront ? Rassemblez, Raquel Garrido,

19:29
Présentateur

elle s'est quand même fait punir pour ses propos. Je sais bien

19:31
Clémentine Autain

et je suis en désaccord. Je pense qu'on ne traite pas des différents politiques, des désaccords politiques par des décisions bureaucratiques. Je ne le crois pas et je pense que la sanction de ce type n'est pas appropriée et qu'en plus, quand elle semble être avec deux poids, deux mesures que d'autres, si on rentre dans une logique de sanction que je ne partage pas parce que je ne le crois pas, alors à ce moment-là, pourquoi s'en prendre seulement à Raquel Garrido ? Mais je ne suis pas pour rentrer dans une logique de sanction.

Je pense qu'il faut qu'on s'écoute et un des problèmes que nous avons à la France insoumise et ça fait très longtemps que je le dis, très longtemps que je le dis, c'est que où est-ce qu'on peut laver notre linge sale en famille ? On nous dit mais il faut laver le linge sale en famille, mais très bien, mais c'est où le lieu ? Où est la machine à laver ? Où est la buanderie ? Comme a dit Alexis Corbière, c'est la question que nous posons. Donc j'estime que la NUPES devrait se ressaisir, avoir des lieux de débat où on peut aplanir les choses et offrir un profil qui donne une perspective. Vous vous rendez compte que là ?

20:24
Présentateur

Et vous espérez encore que ce soit possible, Clémentine Autain ?

20:26
Clémentine Autain

Je n'espère pas, je me bats pour que ce soit possible, ça doit être possible. Je ne veux pas d'extrême droite à la tête de mon pays et je me battrai jusqu'en 2027 pour qu'on ait une solution. Vous m'entendez, Apolline de Malherme ? Et les militants, les sympathisants qui nous entendent, ils n'en peuvent plus de ces polémiques. Ils craquent.

20:42
Présentateur

Ils se disent mais c'est quoi ? C'est pas la gauche, ça. N'hésitez pas à le dire justement à Jean-Luc Mélenchon et aux autres. Clémentine Autain, députée de la France Insoumise de Seine-Saint-Denis, merci d'être venu ce matin. 8h53 sur AMC.