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videoyoutube.com· 11 juillet 2026

Rachida Dati, en toute intimité chez Mireille Dumas | INA Mireille Dumas

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

Quand j'ai envie de quelque chose, que ce soit dans la vie personnelle ou dans la vie professionnelle, je suis allée jusqu'au bout. Bonsoir Rachida Dati, merci d'être ici ce soir. Alors je vous appelle Rachida Dati parce qu'en général on vous appelle d'ailleurs comme cela.

Et rarement Madame la Ministre. Si, dans certaines circonstances on m'appelle Madame la Ministre, puis dans d'autres on m'appelle par mon prénom, mais c'est pas désagréable. Qu'est-ce que vous préférez ?

En fonction des circonstances. Et là ce soir ? On m'applique comme vous le souhaitez.

C'est la Rachida intime qu'on a envie d'entendre ce soir. Alors Rachida, ça veut dire bien guidé, c'est ça la traduction ? C'est ce qu'on m'a dit.

D'ailleurs je l'ai appris très tard que mon prénom voulait dire cela, parce que c'est vrai que nos prénoms, pour l'essentiel dans la famille, indiquent à chaque fois quelques vertus. Mais vous ne parlez pas arabe ? Je ne le lis pas et je ne l'écris pas, mais je parle l'arabe dialectal.

Et donc, est-ce que vous avez le sentiment d'être bien guidée justement ? Je ne m'en suis pas trop mal sortie jusqu'à maintenant. C'est un joli parcours, même si vous connaissez des turbulences, c'est un beau parcours, je ne vais pas me plaindre.

Certaines choses qui ont été dites par vos proches vous ont étonné ? Moi je suis assez touchée et assez émue d'entendre mon père parler, parce que d'abord il est très pudique. Et je crois que, je ne sais pas s'il aurait dit les mêmes choses au moment où j'ai été nommée ministre.

Aujourd'hui il a un petit peu plus de recul, parce qu'il y a certains commentaires, ou peut-être des observations, pour ne pas dire des critiques, qui forcément l'atteignent, mais dont il ne me parle pas et dont il ne m'a jamais parlé. Parce que là, effectivement, on a le sentiment que les critiques finalement l'atteignent plus et dépassent la fierté qu'il a effectivement de cette nomination et de cette ponction aujourd'hui. Il a une réelle fierté à ce que je sois ministre de la Justice de ce pays.

Oui, bien sûr, mais aujourd'hui il est atteint par ça. Je l'ai toujours dit, parce qu'il ne faut pas oublier qu'il est arrivé en fin 63-64 en France, dans un pays qu'il ne connaissait absolument pas, coupé de toutes ses racines, de sa famille, il arrivait avec maman. Et c'est vrai que, finalement, 40 ans plus tard, sa fille est le ministre de la Justice, de ce pays qu'il a accueilli.

Donc pour lui, bien sûr que c'est une véritable fierté. Et parfois, quand il entend certains commentaires pas forcément agréables, il ne se reconnaît pas dans l'éducation qu'il a pu me donner. Il ne reconnaît pas non plus la fille qu'il a vue au quotidien.

Qu'est-ce qu'il vous a dit d'ailleurs, lorsque vous avez été nommée, il y a deux ans bientôt ? Il a été très émue. Il a pensé à maman en disant qu'il regrettait qu'elle ne soit pas là pour ce moment-là.

J'imagine que vous aussi. Oui. Ça, c'est vraiment le point le plus fragile chez vous ?

C'est ma plus grande force d'avoir eu la maman que j'ai eue. Et en même temps, le plus grand manque ? C'est mon plus grand chagrin.

Moi, j'ai intégré la mort dans la vie au moment du décès de maman. Tant qu'elle était là, je n'avais jamais intégré...

Si, la mort existait, mais pas à ce point. Et c'est vrai qu'ensuite, le regard que je portais sur mon père a changé. Parce qu'il intégrait aussi cette éventuelle disparition.

Donc, je me sens encore plus de devoir vis-à-vis de lui. Alors, moi, j'ai l'impression qu'il y a une très très grande différence, d'ailleurs, entre la rachida d'hati publique et la personne privée. Est-ce que vous vous en rendez compte, vous ?

Entre peut-être l'image que l'on a de vous et ce que vous êtes réellement ? C'est ce que dit très bien, d'ailleurs, mon amie Valérie Pinot-Valenciennes. C'est qu'à un moment donné, vous vous êtes dépassée.

C'est vrai, je reconnais, sans doute, il y a-t-il eu des erreurs dans cette exposition. Mais à un moment donné, vous vous êtes dépassée. Et comme au départ, vous essayiez de corriger, vous essayiez d'expliquer.

Et puis, à un moment donné, vous êtes un peu dépassée. Donc, vous vous mettez un peu en retrait. Vous ne reconnaissez plus ni dans les images.

Ni dans les propos qu'on peut vous prêter. Est-ce que maintenant, avec le recul, puisque vous allez bientôt quitter le ministère, vous vous dites, je me suis trop exposée. Les robes, j'aurais dû faire un peu plus attention.

Moi, il y a une chose sur laquelle je n'ai pas voulu renoncer, c'est à ma féminité. J'étais comme ça avant et je continuerai à être comme ça, même après le gouvernement. Mais aucun renoncement, oui, à la féminité.

Ensuite, on vous dise, du goût du luxe, quand vous avez des dîners d'État et qu'on vous dit, c'est une robe longue obligatoire, vous vous habillez en fonction du dîner ou de la manifestation. C'est important. Je crois qu'il faut aussi faire honneur à sa fonction et à son pays.

Votre sœur et Jacques Attali, d'ailleurs, disent, finalement, elle est très attaquée parce que c'est une femme et surtout, surtout, parce qu'elle a montré son ambition et qu'en France, quand on ne vient pas d'un milieu privilégié, qu'on est ambitieux, on se fait traiter de parvenu. Oui, c'est comme l'ambition. Ce n'est pas un vilain mot.

Je crois que quand vous commencez un parcours professionnel ou même quand vous êtes à l'école, vous avez l'ambition de réussir, vous avez l'ambition de vous en sortir. Ce qui peut être gênant, c'est simplement si au bout d'un moment, c'est récurrent, assistant, persistant, on peut imaginer que tout ça est fait avec un objectif précis. C'est de nuire à votre, pas à votre image, à ce que vous êtes et donc à votre personne.

Mais est-ce que sincèrement, vous avez été atteinte parce que vous semblez comme ça très forte et on voit quand même vos amis dire, elle s'en est prise quand même un peu plein la figure. Quand vous acceptez une responsabilité politique et une surcroît publique, il faut accepter. Mais ce qui peut vous faire de la peine, c'est l'impact que ça crée sur vos proches, sur votre entourage, même personnel, et puis un peu plus largement sur votre famille.

Qu'est-ce qui a de plus heurté, finalement, à votre famille ? Il les attaque un peu sur la légèreté, sur, finalement, la futilité, sur l'incompétence. Ça, ça peut heurter.

Et vous ? Qu'est-ce qui vous a le plus heurté ? Moi, c'est...

Moi, je serais vous. C'est plutôt de dire qu'est-ce qui me motive encore plus aujourd'hui. Non, non, non, ma question, je la réitère.

Non, mais c'est qu'est-ce qui vous a le plus fait mal dans ce qui a été dit ? Ça me motive encore plus pour ne pas renoncer à lutter contre ces conservatismes. Alors, c'est un moment clé dans votre vie.

En deux ans, nommée garde des Sceaux, maman a plus de 40 ans pour la première fois, et maintenant partie pour les Européennes. C'est dense, hein, c'est un moment dense. Les mères du 7e arrondissement.

Les mères du 7e arrondissement, j'oubliais, évidemment. C'est un moment fort, sentiment que c'est allé vite, trop vite. C'est sûr que ça fait beaucoup de choses en très peu de temps, mais ça ne me déplaît pas.

Il ne faut pas oublier que j'ai eu un enfant, quand même. C'est plus important, le reste ? Pour moi, c'est fondamental.

Pour moi, c'était important d'avoir un enfant. La vie, parfois, vous indique que ce n'est pas possible, c'est difficile. Vous pensez de ne pas en avoir ?

Oui. Donc, pour moi, c'est arrivé et vraiment providentiel. Et c'était voulu ?

C'est un enfant désiré, entièrement désiré ? Mais qui n'était pas attendu. Donc, une surprise, c'est ça que vous voulez dire ?

Plus que c'était une heureuse surprise. Et ça a transformé votre vie ? Oui, et puis à la fois, ça le transforme.

Sauf que, si je suis totalement sincère, quand je la regarde, tous les jours, parfois, je ne réalise pas que j'ai eu cet enfant. Vous voyez la vie différemment, puis vous avez moins d'obsessions. C'est vrai ?

Je suis moins obsessionnelle sur certaines choses. Sur lesquelles ? Vous allez moins penser à Nicolas Sarkozy, c'est ça ?

Ce n'est pas une obsession. Ce n'est pas une obsession. Non, mais c'est quand même un point d'ancrage.

Mais ce n'est pas une obsession. Vous en parlez beaucoup. C'est un référent.

C'est un référent. C'est un référent, mais j'en parle beaucoup. Pourquoi ?

D'abord, c'est le chef de l'État. Il est normal que, quand même, je défende avec conviction les responsabilités que nous ont confiées les Français. Pour revenir à la maternité, quand même, ça a été difficile, non ?

De vivre une grossesse au moment où il y avait quand même beaucoup de manifestations. Ça devait être un moment difficile pour vous, non ? On peut rêver mieux, non, comme grossesse ?

On peut toujours rêver mieux. Moi, j'aurais rêvé mieux peut-être d'avoir plusieurs enfants. Donc, on peut toujours rêver mieux.

Mais à la fois, c'est difficile ce que vous me demandez, parce que je ne me suis jamais plainte. Oui, c'est vrai. De manière générale.

C'est vrai. C'est difficile. J'ai l'impression que ça serait indécent de vous dire c'est difficile, pas difficile.

Par rapport aux femmes en général ? Bien sûr. Moi, c'est vrai que j'avais une grossesse qui s'est quand même plutôt bien passée.

Mais comment vous avez fait, d'ailleurs, ça a créé une polémique par rapport aux droits des mamans à rester chez elles et tout, à être quand même sur pied un conseil des ministres cinq jours après avoir accouché sous ces ariennes, je crois. Oui. Vous êtes faite d'acier, trempée.

J'aime la vie. Pour moi, cette naissance a transcendé tellement de choses. Je ne dis pas...

Ce n'était pas pour fanfaronner, pas du tout. Vous pouvez bien imaginer qu'avec la vie que j'ai eue, je ne suis pas dans la performance. Je n'ai rien à prouver.

Si j'avais été fatiguée ou si je n'avais pas pu être debout, je ne serais pas venue. Mais à la fois, je ne dis pas que je n'ai pas été fatiguée. Et puis, là, je n'ai pas 20 ans.

Vous avez compris la polémique que ça a déclenché, le fait que vous reveniez travailler, justement, cinq jours après avoir accouché. Vous la comprenez ? D'abord, je suis garde des Sceaux, je suis ministre de la Justice.

Ce n'est pas un travail comme un autre. J'ai aussi plus de facilité. Je suis aussi très entourée.

Moi, je vois ma fille, si demain j'ai une difficulté, j'ai toujours une soeur. J'ai quelqu'un. Voilà.

Donc, c'est quand même une chance. Et il faut se battre. Moi, je pense que le congé maternité, c'est un acquis social.

C'est vrai. Il ne faut pas le remettre en cause. C'est ce que je voulais vous demander.

Ce n'est pas une façon de le remettre en cause. Ça ne le remettra pas en cause. Mais simplement, le combat des femmes aujourd'hui, c'est qu'elles aient le libre choix.

Le libre choix de vouloir revenir travailler ou de ne pas travailler. De pouvoir se reposer ou de ne pas se reposer. Le combat, c'est pour le libre choix.

Ce n'est pas de remettre en cause un acquis social. Alors, votre père, justement, comment votre père a réagi à la naissance de la petite Zora ? Donc, le fait que sa fille ait un enfant sans être mariée.

C'est lui qu'il faut demander. Ah, mais il lui a demandé, justement. Vous ne croyez pas si bien à dire.

Je ne sais pas ce qu'il a pu vous répondre. Mais vous, qu'est-ce qu'il vous a dit ? Rien.

Rien ? Il ne vous a rien dit ? Il a été silencieux sur le sujet ?

Je pense qu'au fond de lui-même, il aurait préféré que ce soit un peu plus conventionnel. Peut-être que...

C'est vrai. Sans doute que je sois mariée. Vous aimeriez être mariée ?

Ça n'a jamais été quelque chose qui m'a vraiment très attirée. Mais bon, ça n'a jamais été pour moi une fixation, pour reprendre votre expression. Vous l'avez retenu.

Pourquoi tant de mystères, quand même ? Non, mais autour du père de Zora. Mais il n'est pas surpris, parce qu'il considère que je suis libre.

Bien entendu. Bien entendu. Je n'ai pas souhaité le faire.

Et c'est un moyen de respecter le père de ma fille, de respecter ma fille. Et de respecter au passage. Mais est-ce que vous le ferez un jour ?

Puisque vous l'avez présenté à votre père, donc...

Oui, mais ce n'est pas comme ça que ça se conçoit. Vous savez, les vies personnelles, la vie personnelle, je crois que vous ne pouvez pas me démentir. C'est toujours très fragile.

C'est vrai. Et donc, quand en plus, si vous l'exposez, il y a un risque d'accroître ou d'accentuer cette fragilité. Moi, j'ai besoin de cette vie personnelle qui, tous les jours, me permet aussi d'aimer la vie, de continuer à l'affronter, d'être motivée, de continuer mes engagements.

Ce soir, je ne vais pas...

Vous n'êtes pas là pour me donner le nom du père de Zora. Parce que je voudrais savoir...

Mais vous ne lâchez rien. Vous ne lâchez rien. En tout cas, vous ne l'avez pas fait pour attiser une nouvelle curiosité et créer un feuilleton médiatique, comme ça, comme les mauvaises langues ont pu le dire.

Et puis, j'ai fait exprès d'être enceinte aussi, tiens. C'est au passage, ça peut aider. Comment vous avez d'ailleurs, vous, réagi à toutes ces rumeurs ?

Vous savez, ce n'est pas les Français, ce n'est pas la France qui est grossière, finalement. C'est un petit microcosme qui se croit autorisé. Je trouve que finalement, c'est ce microcosme-là qui est peut-être un petit peu plus grossier.

Ils n'auraient beaucoup à apprendre des Français et de la France telle qu'elle est. Et l'équilibre vient plutôt de la famille ? L'équilibre vient de cet ancrage et d'avoir une famille qui est effectivement très solide.

Mais heureusement que j'ai cet ancrage. Heureusement. J'ai beaucoup de neveux et nièces aussi.

Mais oui. Pour lesquelles vous êtes très, très importante. Oui, moi, je les aime tellement.

C'est vrai. C'est pour ça que quand ma fille est née, je dis, moi aussi, je contribue. C'est votre contribution ?

Ils ne sont pas tous là. Ça n'est qu'une petite partie. Vous êtes quand même comme le second chef de famille.

Ce n'est pas du tout pour être là en disant, je sais tout le monde et je vais faire à votre place. Non, non, non, mais ils le savent. Mais là, d'ailleurs, j'avais une préoccupation.

D'abord, ce que dit mon frère est vrai. Mes parents ont tout donné, donc on se devait aussi de ne pas les décevoir. Alors après, c'est comme dans toutes les familles, il y a des difficultés.

Nous, on a eu des difficultés dans notre famille. On a eu des difficultés avec certains de mes frères en particulier. Il y a de vraies difficultés.

Alors après, comment on fait ? Il faut accepter. C'est vrai que c'est difficile.

Mon père l'a très mal vécu parce qu'il ne comprenait pas pourquoi certains s'en sortaient moins bien que d'autres. Et à la fois, quand vous avez votre maman qui est triste parce qu'il y a un problème, quand votre père ne sait plus faire face à une difficulté, il vous dit, attendez, je vais m'occuper de tout. Pourquoi ?

Moi, je ne voulais pas qu'il soit triste. Mais pourquoi justement ? C'est vous qui vous êtes retrouvés.

On voit bien, en plus, que vos frères et sœurs disent, c'est elle qui a pris en charge, mais il y a très longtemps. En fait, pratiquement depuis toujours. Pourquoi ?

Parce que j'estimais que j'avais tellement plus de chance que la plupart d'entre eux. Mais comment vous saviez déjà, adolescente, c'est ça qui m'est pas...

Parce que d'abord, je cherchais du travail. J'ai été...

Je vous dis, j'ai commencé avant à travailler, j'avais 14 ans. À 16 ans, j'ai été animatrice. Ensuite, j'ai été caissière, j'ai été de soignante.

Et c'est vrai que j'ai travaillé très tôt, tout le temps. Et à la fois, c'est vrai que j'ai donné satisfaction dans les activités professionnelles. Donc, je lui disais, et puis j'arrivais...

Parce que vous étiez assez brillante en tout. Et comme l'école se passait bien, donc je me disais, j'ai quand même un peu plus de chance et de facilité. Peut-être qu'un de mes frères qui était beaucoup plus fragile.

C'est comme si vous sentiez en vous quelque chose de plus fort qui allait vous porter plus loin. D'où ça vient ? Parce qu'à chaque fois que j'ai souhaité quelque chose, ou je me suis battue pour avoir quelque chose, c'est vrai que je l'ai obtenue.

Par ténacité. Oui, ça paraît un peu...

C'est même presque gênant. Et c'est vrai que je me disais, j'ai quand même quelques facilités. Parce que vous demandiez.

Mais en fait, c'est ça votre audace. C'est d'avoir demandé les choses. Moi, j'ai toujours été très claire.

Je n'y allais pas par quatre chemins. Moi, quand je rencontrais quelqu'un, je disais, voilà, je vais travailler pour vous, à tel endroit, ou je veux faire ça pour vous. Oui ou non, est-ce que je pensais que je pourrais obtenir ça ?

Mais je n'ai jamais été ambiguë. Moi, il n'y a pas eu d'équivoque ou d'ambiguïté. J'imagine qu'il y avait une conviction.

Jacques Attali, il y a 20 ans, vous l'avez rencontré comme ça, je crois. Comme Albin Chalandon et Jean-Luc Lagardère et d'autres. C'était...

Vous demandiez les choses. Oui, moi, Albin Chalandon, quand je le rencontre, je dis, voilà, moi, j'aimerais vous rencontrer parce que j'aimerais vous m'aider à trouver un stage en entreprise. Mais au début, il m'a dit, oui, prenez contact avec mon secrétaire.

J'ai dit, non, mais dites-moi oui ou non. Est-ce que vous êtes d'accord pour qu'on se voit ou pas ? Donc, s'il m'avait dit non, bon, voilà, je n'ai rien à perdre.

Vous n'avez jamais, d'ailleurs, été freinée ? Vous n'avez jamais eu peur du regard des autres ? Non, parce que même si ça pouvait parfois être désagréable, il n'y avait que moins qu'il savait.

Oui. Donc, ça, ça portait pas...

Il n'y avait pas de grandes conséquences. Et puis, comme personne ne me connaissait, même si c'était un non public, ça ne me gênait absolument pas non plus. Vous en avez reçu, d'ailleurs, des...

Oui, bien sûr. Desquelles ? Voilà.

On me disait, non, ce n'est pas possible. Non, ce n'est pas pour vous. Non, c'est trop prétentieux.

Ou ce n'est pas de votre niveau. Voilà, je l'ai entendu. Mais ça fait partie des choses de la vie.

Sinon, ça serait trop simple. Ça veut dire que quand on veut avancer, quand on veut justement s'en sortir, de toute façon, on fonce. Voilà.

On n'a rien à perdre. C'est ça que vous êtes en train de dire. Ça a marché pour moi.

Il fallait réussir pour vous, dans ce que j'entends, et pour votre famille. Ce n'est pas qu'une réussite personnelle. Puis pour...

Aussi, on habitait...

Je me rappelle la première cité...

On habitait, elle s'appelait la Cité de la Liberté. Qui était rue de la Liberté. Je me souviens...

Parce que c'était vrai quartier populaire. Et puis moi, je trouve...

Quand j'ai commencé un peu à évoluer, changer de milieu, moi, j'ai l'impression que ça gratifiait tout le monde. Moi, je me souviens, les voisines, les amis de maman, on disait, c'est formidable. Tiens, Rachida, elle a réussi à connaître un tel, et donc, elle a réussi à obtenir cet emploi.

Elle peut peut-être nous aider, d'ailleurs, pour nos enfants. Et donc, c'est comme...

Moi, là, je me sentais aussi une responsabilité vis-à-vis du voisinage. Parce que tout le monde était content. Moi, je le vois.

À chaque fois que j'ai eu une progression, à chaque fois que tout le monde était content. Quand je deviens porte-parole de Nicolas Sarkozy, tout le monde était pour Nicolas Sarkozy. C'est une aucune machine.

Ils ont fait campagne avec nous. Tout le monde faisait campagne. Même ceux qui n'étaient pas pour Sarkozy.

Tout le monde était convaincu. On a dit, vous demandez beaucoup de choses aussi, non ? Détrompez-vous, pas tant que ça.

Pas tant que ça. On vous demande...

Alors, c'est sûr qu'on vous demande de les aider, parce que parfois, on ne comprend pas des situations. Mais il ne faut pas croire. Les gens sont beaucoup plus respectueux que ça.

Et ils sont beaucoup plus honorés que cela. Alors, vous avez reçu quand même, et moi, c'est ce qui m'a frappée. Vous étiez avec votre soeur, Malika.

Les deux seules filles d'ouvriers musulmanes dans une école catholique privée. D'abord, c'est votre père qui avait construit, c'est très joli, cette école. Oui, il faisait des travaux de construction dans cette école qui s'appelait Le Devoir.

Le Devoir, la liberté. Tout y est. Cette école, d'abord, qui était une école de filles.

Et mon père disait, c'est une école religieuse, ça va vous apprendre le bien et le mal, ça ne vous fera pas de mal. Et puis, il est très ouvert quand même aussi. Mais c'est un homme de foi.

Oui, c'est ça. Et le catholicisme est...

Mais au-delà, justement, des clivages religieux. Il considérait que la foi, voilà, on respecte les croyants et les gens qui ont la foi. Vous vous sentiez tiraillé ou plutôt un pont jeté entre deux cultures ?

C'est ça que je voudrais savoir. Parce que ça ne s'est jamais posé en ces termes. Alors, dis-moi.

C'est-à-dire que mes parents sont arrivés en France, ils ont eu des enfants, leurs enfants étaient français, mon père a appris à lire et à écrire avec nous. Et maman, en elle, était totalement un alphabète. Finalement, elle n'a jamais appris ni à lire ni à écrire.

Ça ne l'a pas beaucoup intéressé. Et l'important, la culture, l'éducation. Oui.

Et pas de barrière. Parce que le fait d'être dans un collège privé catholique...

Aucune barrière nulle part. Ni sociale, ni culturelle. Pas de barrière.

Moi, c'est très tard que je me suis rendue compte que le milieu social pouvait générer une fracture. Notamment dans l'ambition, dans la promotion ou dans l'accession à certains emplois. Mais à aucun moment, moi, je me suis rendue compte, enfant ou adolescente, je me disais, bon, si on travaille, on peut y arriver.

Et mon père me disait toujours, il ne faut pas vous laisser...

Ne me dites pas, parce que son père, il est médecin, qu'il arrive mieux, parce que son père est médecin. Je vous préviens, je ne suis pas d'accord. Parce que l'intelligence, ce n'est pas lié au statut.

Et donc, du coup, nous, très vite, on m'a dit, il a raison. C'est pour ça aussi que vous avez pu franchir aussi, rapidement...

Parce que je n'avais pas de complexe par rapport à ça. Moi, j'étais française. Pas de blocage ?

Non. Vous n'avez jamais souffert de xénophobie, de racisme ? Non, mais alors, encore une fois, ce qui permet de masquer ça, ou de sauver ça, ou de ne pas s'en rendre compte, j'étais un peu turbulente.

On le voit. Et parfois, un peu, sans doute, agaçante. Donc, si...

Vous n'êtes toujours visible, pour certains. Donc, si on pouvait être désagréable avec moi, moi, je disais, bon, c'est normal, il faut dire aussi, parce que parfois, je dépasse un peu les bornes. Mais je n'ai jamais mis ça sur le compte d'autre chose que sur le tempérament.

Vous le dites maintenant, parce que de toute façon...

Non, parce que je le dis maintenant, parce que je me rends compte que les blocages ne sont pas là où on croit. C'est-à-dire, pour être plus explicite, qu'est-ce que vous voulez dire ? Moi, je trouve que de dire, mais pas tout de suite, mais ce n'est pas pour toi.

Moi, je vois, même dans le regard...

Mais beaucoup plus tardivement. Et heureusement que je ne l'ai pas perçu avant, parce que peut-être que ça m'aurait découragée. Peut-être.

Oui, c'est ce que je voulais vous demander. Mais comme je ne l'ai pas perçu avant, j'estimais que pratiquement, ça n'existait pas. Moi, je trouve que dans notre pays, moi, j'aime tellement la France, qu'il n'y a pas de déterminisme.

Et peut-être qu'aujourd'hui, quand vous subissez quelques commentaires ou des observations, c'est qu'on considère qu'il y a un déterminisme. Ça voudrait dire qu'on n'a pas le droit. C'est ce que disait Jacques Attali, parvenu.

Non. Justement, on est dans une démocratie, dans une république. Et le mérite doit être reconnu.

C'est-à-dire que vous avez travaillé, vous devez être reconnu. Et ce n'est pas réservé qu'à certains. Donc, femme moderne, femme d'aujourd'hui, femme indépendante, libre, et en même temps, attachée quand même à la tradition.

Voir soumise à la tradition. C'est attaché à ma famille. C'est plutôt une valeur qu'une tradition.

Parce que c'est ce qui est justement intéressant chez vous, c'est que vous êtes une femme de paradoxe. Lorsque vous avez accepté de vous marier, il y a maintenant, il y a combien de temps ? En 1992. 1992, voilà.

Lorsque vous avez accepté ce mariage qui vous a été proposé, non pas forcé, mais qu'est-ce qu'on va dire arrangé, vous l'avez fait pour faire plaisir à vos parents ? C'est plus compliqué que ça. C'est plus compliqué que ça.

C'est vrai que je suis partie à 20 ans, 21 ans, je rencontre Alba Chalandon qui garde des Sceaux. Ma vie change, la vie matérielle change. Le quotidien de mes parents change, dans un endroit où il y avait de grandes difficultés.

Alors que j'étais sur trois emplois en même temps, quatre emplois en même temps. C'est incroyable ce que vous avez fait à ce moment-là. Je travaillais, j'étais en contrat à durée indéterminée dans une entreprise, mais je travaillais le samedi, dimanche en plus, je donnais des cours, j'avais plusieurs activités.

Et à un moment donné, là où habitaient mes parents, il y avait un peu, pas de candiraton, mais il y avait une difficulté à expliquer justement ce parcours un peu rapide, un peu fulgurant de ma part. Donc j'ai accepté finalement une convention. Alors donc c'était quand même important le candiraton.

Ça ne m'a pas fait souffrir, mais je ne voulais pas que mes parents ou mon entourage en souffrent, ou souffrent de quelques commentaires. Donc j'ai accepté, je me disais, moi je m'en sortirai toujours. C'est incroyable, ça, ça revient, je m'en sortirai toujours.

C'était pour leur faire plaisir. Mais alors de toute façon, vous l'avez annulé ce mariage en plus. Il est annulé, oui.

Je n'ai pas d'autre commentaire à faire là-dessus. C'est une période de ma vie qui est...

Que vous préférez oublier, mais c'est ce qui a marqué beaucoup les uns et les autres. Jacques Attali, qu'on a interviewé aussi, qui avait été très marqué par cela. Parce que je lui dois beaucoup, au moment où j'ai souhaité l'annulation de son mariage.

Et jamais vous ne vous épitoyez sur vous-même. Il n'y a pas lieu. C'est une partie de ma vie que j'ai gérée, comme d'autres parties de ma vie.

C'était une difficulté, comme j'ai pu gérer d'autres difficultés. Mais ce n'est pas...

Oh là là, c'est terrible, c'est horrible, et j'en ai été anéantie. Pas du tout. Non, mais on voit bien.

Moi, je suis allée jusqu'au bout de...

Quand j'avais déjà envie de quelque chose, que ce soit dans la vie personnelle ou dans la vie professionnelle, je suis allée jusqu'au bout. Voilà. Si ça finit bien, tant mieux.

Ça finit moins bien. J'aurais essayé. Voilà.

Mais je vais jusqu'au bout des choses. Qu'est-ce que vous attendez, vous, d'un homme ? J'imagine qu'un homme autoritaire...

C'est bizarre. Normalement, il devrait vous faire peur. Quand on prend les hommes qui vous fascinent, pour revenir en politique, Nicolas Sarkozy sont plutôt des hommes à poigne.

Oui. Des hommes d'autorité. Puis pas de double langage.

Pas de truc à peu près. C'est vrai. Donc, plutôt à l'image de votre père, dans le fond.

Plutôt pas à l'image de l'autoritarisme. Vous voyez ce que je veux dire. Non, il faut davantage expliquer.

Il est très autoritaire. Ce côté « j'ai toujours raison » est un petit peu, parfois, j'aimerais pas le retrouver forcément dans ma vie. Donc, que lui veuille toujours avoir raison, c'est normal, c'est mon père.

Pour le reste, non. Alors, quel serait votre rêve le plus incroyable pour le futur ? J'en sais rien.

Alors là, vous me prenez de course, j'en sais rien. Raffida Dati dans 10 ans. Envie de continuer en politique, en tout cas.

Et avec tout ce que je vous ai dit pendant cette émission, me motive encore plus pour...

C'est-à-dire qu'on va pas se débarrasser de moi comme ça. Il y a encore...

Ça, c'est dit. Je crois qu'on...

Je crois qu'on...

On commençait à le comprendre. Ça veut dire que vous êtes piqué au virus, de la politique. Sinon, vous ne seriez pas partie pour les Européens.

Vous seriez repartie dans un...

Oui, dans le privé. Je crois qu'il y a encore beaucoup de combats à mener. Vous ne sortez pas amère de cette expérience ?

Non. Enfin, c'est pas le mot qui me viendrait. Qu'est-ce que vous diriez, justement ?

Moi, ça a été une immense chance et un immense honneur que d'être garde des Sceaux. Enfin, je sais pas si on se rend compte. Je vais quand même pas sortir amère.

Qu'est-ce que...

Moi, je trouve que d'être ministre de la Justice de la France, mais quel...

Où pourrait être l'amertume ? Où pourrait se loger l'amertume ? Mais vous pourriez être un peu amère parce que vous avez quand même appliqué tout le programme.

Oui. Vous êtes allée jusqu'au bout. Ça, personne n'a pas là-dessus.

Vous avez...

Même si vous êtes passée en force, vous y êtes allée. Et puis, finalement, Nicolas Sarkozy vous dit...

Moi, je ne suis pas propriétaire du ministère de la Justice. Oui, c'est vrai. Je suis garde des Sceaux.

Il est président de la République. Plus d'abord, je lui dois tout parce que c'est lui qui m'a nommée garde des Sceaux. Je ne vais quand même pas dire que finalement, il m'a maltraitée.

Je veux dire, ça serait quand même le comble. Mais...

Est-ce que vous devez aussi tout à Cécilia Sarkozy, son ex-excuse ? Je lui dois beaucoup. Et je n'ai jamais renié ce qu'elle a apporté dans ma vie.

Et je lui dois beaucoup. Qu'est-ce que vous avez appris, justement, de cette expérience ? Moi, ça, ça m'intéresse.

Qu'est-ce que vous vous dites aujourd'hui ? Moi, ce qui m'intéresse, c'est pas de dire que c'est un succès personnel. C'est que dans quelques mois, dans quelques années, on puisse dire « Bien, heureusement que la justice a été réformée, elle m'a mieux protégée. » On dit « Oui, elle ne connaissait pas les codes. » Si, je les connaissais.

Justement, je les connaissais trop bien. Et c'est, je pense, aussi ce qui a pu aussi en déranger certains. Mais moi, j'estime que la France n'appartient pas qu'à certains.

C'est-à-dire qu'on ne réforme pas la justice pour une corporation ou pour un corps. Et vos espérances, vos espoirs à titre privé ? Que je puisse continuer à être heureuse avec un bonheur qu'est celui de ma fille.

Oui, c'est quand même ça, non ? Aussi, l'avenir. C'est aussi ça.

C'est aussi ça, non ? Non, c'est aussi ça. Et maintenant, c'est beaucoup avec ça.

Merci beaucoup, Rachida Dati, de m'avoir accordé cet entretien. D'ailleurs, je voulais vous demander pourquoi vous aviez accepté de parler ce soir. Je trouve que votre émission n'est pas intrusive.

Ce n'est pas familier. Et puis, à la fois, je trouve qu'en tant que responsable public, ce n'est aussi pas inintéressant pour les Français de voir de quoi vous êtes fait. Parce que parfois, je pense qu'il y a une volonté de biaiser ou de caricaturer.

Donc, c'est bien aussi de faire quelques mises au point de temps en temps. Merci beaucoup. Merci.

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