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interviewSUDRADIO· 13 juillet 2026 23 min

La belle histoire des romans historiques

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Présentateur

Sud Radio, les débats de l'été, 10h-13h, Maxime Liedot. Amis auditeurs, bon appétit si vous passez à table, si vous avez la chance d'être au soleil, accessoirement pas au milieu des incendies, c'est vrai que c'est toujours mieux. Vous nous écoutez peut-être en voiture, sur la route des vacances, si vous avez la chance d'en prendre, soyez les bienvenus, il y a des choses qui vous font réagir, il y a des choses sur lesquelles vous avez envie de nous interpeller, peut-être même une discussion tout simplement à laquelle vous avez envie de participer.

Ça tombe bien, il y a le standard qui est là, 0826 300 300, on échange, on discute, entre 12h30 et 13h, on s'interrogera sur le cas qui nous préoccupe beaucoup depuis quelques heures sur Sud Radio, vous l'avez entendu dans la matinale, vous l'avez également entendu avec nos chroniqueurs tout à l'heure et même avec l'ancien maire de Véry-Châtillon, c'est le cas de ce jeune homme quand même qui nous a beaucoup interpellé du côté de Véry-Châtillon avec une maman bien sûr aujourd'hui dans un état compliqué, c'est le jeune Shem Cézin qui s'est fait tout simplement lyncher dans la cage de son escalier, c'était il y a deux ans, il avait 15 ans, et ce qu'on apprend, alors on n'en reparle pas par hasard, ce qu'on apprend c'est tout simplement qu'il y a quelques jours, parce qu'ils étaient pour l'instant en détention provisoire pendant deux ans déjà, donc ça c'est le premier scandale.

Ils sont sortis, mais alors pas de n'importe quelle manière, ils ont été libérés avec les copains qui les attendaient, filmés sur les réseaux sociaux, retour à Véry-Châtillon, là où ils n'avaient pas le droit d'aller, donc c'est quand même un scandale dans le scandale, et vous ajoutez à ça, en plus que la place Vendôme, c'est-à-dire le ministère de la Justice pour l'instant, est dans l'incapacité de nous donner le nombre de détenus qui ont été libérés à cause précisément de ce petit vide juridique, est-ce qu'aujourd'hui la justice sait encore protéger nos enfants ?

Vous avez peut-être autour de vous des exemples concrets, où vous avez peut-être des montées d'angoisse avec tout ce que vous entendez, venez avec nous au 0826 300 300, on en parlera bien sûr, et puis vous réagissez, vous vous interpellez, 0826 300 300, la France au bout du fil, de midi 30 à 13h, pour le moment il est midi 5, et je vous propose, tiens, si vous êtes sur la route des vacances et que vous n'avez pas un bon bouquin sur la plage, on va en discuter. Sud Radio, les débats de l'été, 10h-13h, Maxime Liedot. Jacques Devilliers, bonjour. Bonjour.

Merci beaucoup d'être avec nous ce matin, vous êtes l'auteur de L'affaire Lombarde, c'est la suite déjà de votre livre qui a été véritablement un succès en librairie, qui s'appelle Le bâtard du Roussillon, c'est un best-seller, vous écrivez la suite, je le dis, L'affaire Lombarde, c'est aux éditions Fayard, roman historique, est-ce que ça vous va pour décrire ce livre ? Tout à fait, roman d'aventure historique même. Roman d'aventure historique, comment on écrit un tel livre ?

Parce que pour ceux qui le regardent sur les réseaux sociaux, pour ceux qui nous suivent sur Youtube ou en direct, c'est quand même un petit pavé, ça ne s'écrit pas n'importe comment, d'abord, le roman historique, ce n'est pas non plus ce qui marche le mieux en France, bon là c'est le cas pour le vôtre, tant mieux, comment on décide de se lancer dans une telle entreprise d'écriture ?

2:39
Invité

Alors je pense qu'on n'est pas auteur, on le devient d'une certaine manière, et on le devient en étant lecteur. Ça a été mon cas, j'ai beaucoup lu depuis l'enfance, depuis les livres d'enfants du Club des Cinq, jusqu'aux grands classiques romantiques que j'ai lus, relus, relus encore, et qui m'ont en quelque sorte façonné. Et donc après, l'envie d'écrire, elle vient naturellement. Et pourquoi le roman historique ?

Parce que le roman historique, à mon avis, répond à une attente de notre époque, une attente à la fois d'immersion, de se retrouver dans des univers qui nous permettent de nous évader quelque peu d'une réalité parfois oppressante, vous en parliez il y a une minute, et puis aussi d'aller chercher des leçons, d'aller chercher des expériences, d'aller trouver dans l'histoire des permanences, des parallèles, des liens avec l'actualité, qui peuvent aussi nous enseigner au-delà d'un simple divertissement.

3:20
Présentateur

Et puis là, on le voit, parce que dans ce deuxième volet, si je peux le dire ainsi, vous vous intéressez notamment, et le lecteur suit Philippe Lebel avec tout un contexte, il pourrait nous rappeler la France d'aujourd'hui, on y reviendra, mais j'aimerais vous interroger sur deux, trois choses par rapport à ce que vous venez de dire. D'abord, le rapport à la lecture, vous avez lu beaucoup, que ce soit le Club des Cinq, au Grand Classique, ce n'est quand même plus aujourd'hui la majorité, ce n'est quand même plus aujourd'hui ce qui se fait.

Comment vous, vous entretenez ce rapport à la lecture, et comment, autour de vous, vous l'observez, vous le jugez, vous le présentez ce rapport à la lecture ?

3:52
Invité

Alors je pense qu'on vit, et c'est une lapalisade de le dire, mais dans une ère du visuel, de l'audiovisuel, particulièrement prégnante, et puis pour ma génération en particulier, puisqu'elle est née dedans. Et donc effectivement, la lecture a une place peut-être moins importante que ce qu'elle avait autrefois. C'est pour ça qu'en cherchant à écrire, je cherche aussi à ramener à la lecture et à amener à la lecture un public jeune, un public qui est à mon âge. Et pourquoi est-ce que je fais ça ? Comment est-ce que je fais ça ?

En essayant d'aller chercher des schémas narratifs, une histoire, une façon de raconter qui soit la plus immersive possible, la plus visuelle possible, la plus picturale possible, pour emmener mon lecteur, en quelque sorte en le tenant par la main, dans des décors, des univers, des ambiances, des atmosphères, des esthétiques, dans les drames comme dans les joies, à travers des paysages, dans des architectures, dans des bâtiments qu'il connaît, des grands bâtiments, comme la basilique Saint-Denis par exemple, ou bien la cathédrale Notre-Dame de Paris, ou bien encore le palais de la cité, ou d'autres endroits que j'explore dans le livre.

Donc il s'agit pour moi d'essayer de provoquer chez le lecteur le sentiment qu'il est immergé dans le livre à travers tous ces artifices qui lui permettent de s'éloigner peut-être de l'image pour revenir à la lecture.

4:59
Présentateur

Et vous parliez tout à l'heure de la relecture, en tout cas chez vous, de certains grands classiques. Je sais que chez beaucoup de nos auditeurs, la lecture reste encore quelque chose de très important. Si je devais vous demander votre panthéon littéraire, c'est-à-dire les trois grands livres que vous avez lus, relus, et pourquoi les lire et les relire ? Qu'est-ce qu'ils vous ont apporté d'un point de vue philosophique, d'un point de vue de la littérature, d'un point de vue intellectuel, d'un point de vue humain aussi peut-être ? Alors moi je vais vous répondre

5:20
Invité

avec une réponse très classique. J'ai découvert en sixième Les Misérables de Victor Hugo et ça a été un coup de foudre absolu. C'est-à-dire que c'est plus qu'un livre, c'est plus qu'une suite de livres, c'est une fresque dans laquelle on peut pratiquement trouver tous les archétypes de grands personnages, tous les archétypes des héros, tous les archétypes des salauds. Et donc il y a vraiment dans cette fresque-là presque l'humanité condensée avec la plume et le génie de Victor Hugo. Bon, premier livre. Je le considère comme un seul tenant. Le Capitaine Fracas, moi, était mon livre de chevet de Théophile Gautier.

C'est-à-dire l'idée d'un noble désargenté mais qui ne vit que de son idéal avec sa ceinture trop grande et les habits de son père, sa rapière et son cheval tout maigre. Eh bien il y a quelque chose là de magnifique. Ce noble qui, par amour, va accepter de monter sur les planches et donc va se départir d'une forme d'ego pour suivre cette jeune femme qui l'admire tant. Et puis après, j'ai un roman qui m'a particulièrement, là encore, qui est une suite de romans marqués et qui a été peut-être directement à l'origine de cette écriture du bâtard du Roussillon et puis maintenant de l'affaire Lombarde.

C'est un roman de Michel Zévaco, donc plus récent, qui s'appelle Les Pardaillants et qui retrace les aventures d'un père et puis plus tard, dans les romans de son fils, un brêteur, pendant les guerres de religion et qui va parcourir le règne jusqu'au règne de Louis XIV, le règne de Louis XIII, puis le règne de Louis XIV.

6:39
Présentateur

Jacques Devilliers, votre livre, L'affaire Lombarde, c'est aux éditions Fayard, c'est la suite déjà de ce succès qui avait existé en librairie, qui existe toujours en librairie, qui s'appelle Le Bâtard du Roussillon. Une question quand même, parce que je trouve que la lecture, la littérature, c'est toujours une conversation intéressante. Quand vous parlez des classiques, il y en a aussi beaucoup qui vous disent oui, mais aujourd'hui, les classiques, il y a toujours quelque chose d'excessivement pénible parce que c'est passéiste, parce que l'écriture est complexe. Parfois, vous parlez des misérables.

Il y a toute une description, il y a toute une plume qu'on décide tout simplement de massacrer, on va dire, tout ça pour raccourcir immédiatement le livre. Le rapport aux classiques, pourquoi vous, Jacques Devilliers, vous feriez aujourd'hui, par exemple, un plaidoyer pour les classiques ? Qu'est-ce que ça apporte aujourd'hui de lire ? Vous avez cité Théophile Gautier, mais Hugo, Balzac, Zola, Flaubert...

7:30
Invité

Je pense que le roman, le roman littéraire, la fresque littéraire, c'est le temps long. C'est la lenteur. C'est en fait un recul sur les choses. On s'évade de la réalité pour plonger dans une intrigue, dans un contexte social, historique, et donc, petit à petit, s'immiscer dans une époque qui n'est pas la nôtre. Et à mon sens, le roman, la littérature, est la seule forme d'art qui permette à ce point une immersion dans une époque, dans une histoire en particulier, puisqu'elle nous emmène complètement avec notre imagination, qui est le sens, la façon de se plonger, la plus puissante. Après, je pense que notre époque, eh bien, est-ce qu'elle est ?

Elle bénéficie aussi d'une forme d'art qui est le cinéma qui est extrêmement puissante et qui parle...

8:15
Présentateur

Et qui, d'ailleurs, le cinéma qui s'intéresse de plus en plus à ses grandes oeuvres. On a vu le succès des Trois Mosquetaires, on a vu le succès aussi du Comte de Montecrisseau, c'est-à-dire que c'est une matière qui indéniablement intéresse, passionne.

8:24
Invité

Parce que ce n'est pas anodin, ce que vous dites. Effectivement, le cinéma s'intéresse à la fresque littéraire pour l'adapter. Moi, je pense qu'on peut faire le chemin inverse et c'est ce que j'essaye de faire ici. C'est-à-dire de proposer un roman qui soit écrit de façon sérielle, de façon cinématographique pour qu'au fond, avec des codes audiovisuels, avec les codes de l'image que l'on a quand on est aujourd'hui en 2026 et qu'on profite du divertissement sur les plateformes au cinéma, sur tout ce qu'on peut avoir comme médias et comme plateformes de médias, eh bien, on puisse quand même s'intéresser à la lecture parce que c'est écrit pour nous emmener par la main dans une histoire.

Et donc, oui, les codes de l'écriture ne sont pas les mêmes qu'au XIXe siècle, c'est sûr. On a moins de descriptions longues, on a moins de digressions qui vont, par arborescence, nous éloigner de l'intrigue. Je vais être beaucoup plus terre-à-terre, en fait, beaucoup plus...

9:10
Présentateur

Plus incisif dans l'écriture, forcément.

9:11
Invité

Plus incisif, et on va avoir toute une logique de cliffhanger, de suspense, de quête secondaire, tertiaire, primaire, qui permettent, eh bien, d'arriver à la résolution de l'intrigue en maintenant un suspense permanent qui répond à un besoin de l'époque sans pour autant dénaturer la vocation du roman, se plonger dans le temps long et avoir cette réflexion plus profonde

9:29
Présentateur

sur la réalité. Jacques Devilliers, auteur de l'affaire Lombard, de la suite, donc, de ce succès en librairie Patard du Rossillon dans lequel on va pouvoir se plonger dans un instant avec les auditeurs après une très courte page de publicité. Simplement une question, comment le roman historique quand même demande une couche de travail supplémentaire ? Parce que, notamment, avec ce numéro-là, vous vous plongez dans toute l'époque de Philippe Lebel avec une France qui connaît une crise d'autorité dont les comptes sont vides, qui a besoin absolument de se restaurer après une histoire précédente qui a quand même miné et le pouvoir est une partie du pays.

Comment vous travaillez sur cette période historique ? Est-ce que vous appelez des experts ? Est-ce que c'est vous ? Vous lisez simplement, vous avez une fiche de renseignement puis vous faites avec chat GPT, Internet ou haute intelligence artificielle. Comment vous travaillez ? Parce que c'est aussi la complexité du roman historique qui a tout le sens, le style, on va dire. Mais le roman et l'aventure, l'intrigue, évidemment. Mais il y a aussi toute la nécessité de respecter, on va dire, tout un contexte historique. Alors, Dumas disait

10:22
Invité

qu'on peut violer l'histoire si on lui fait de beaux enfants. Je pense qu'on a simplement besoin de l'aimer pour lui faire de beaux enfants. Donc, il y a déjà ça. Il y a déjà l'amour de l'histoire, l'amour des anecdotes de l'histoire, l'amour de l'histoire dans ce qu'elle a d'incarner, d'enraciner et dans ce qu'elle peut offrir de particulièrement esthétique et qui accroche tout de suite l'œil du spectateur, l'œil du lecteur. Et puis ensuite, évidemment, il y a un travail, c'est vrai, archivistique, il y a un travail historique. Mais en fait, moi, je le trouve assez simple, ce travail. Pour peu qu'on ait un peu les codes et qu'on prenne le temps

10:49
Présentateur

d'ouvrir un livre d'histoire. Racontez-nous, parce que pour beaucoup, en plus, vous l'avez rappelé, vous êtes un jeune homme, vous avez écrit déjà deux romans historiques. Comment ça se passe ? Alors, c'est quoi ? Vous vous renseignez dans les livres et vous prenez des notes à partir du moment où vous voulez situer votre roman ? Est-ce que vous avez certains professeurs au téléphone ? Est-ce que vous ajustez au fur et à mesure ? Comment vous travaillez ? Parce que c'est une méthode aussi intéressante, les coulisses de l'auteur. Tout à fait. Alors moi, en ce qui me concerne,

11:11
Invité

j'ai un squelette sur une fresque autour de Philippe Lebel qui m'intéresse. Ce personnage-là, j'aimerais en explorer la vie, voyager avec lui et le découvrir un peu aussi de cette façon. Donc, il y a deux premiers romans. Un troisième est à l'ouvrage et nous verrons pour la suite. Mais donc, ça implique une continuité dans l'intrigue. Donc, je suis obligé...

11:29
Présentateur

En fait, vous restez plongé d'une certaine manière dans l'époque.

11:31
Invité

Exactement. Et donc, pour cela, il y a un travail géographique, j'ai envie de dire, c'est-à-dire d'aller sur les lieux, de voir, de s'imprimer des ambiances, bien sûr. Bien sûr, pour vérifier que ce que je vais décrire, que ce que je vais raconter, colle à l'ambiance qui n'est jamais la même dans un livre que dans la réalité. Et puis, pour autant, les archives sont complémentaires puisqu'elles apportent d'abord par le papier puisqu'on peut avoir accès dans les bibliothèques, y compris parisiennes, à des archives papier médiévales du XIIIe, du XIVe, du XVe siècle. Donc déjà, il y a une immersion pour l'auteur qui est flagrante.

Et puis après, le travail historique, ce qui est merveilleux, c'est qu'on pourrait ouvrir on peut trouver une anecdote et ça fourmille de rebondissements, de personnages, de drames, de héros qui se lèvent à chaque coin de page. Donc paradoxalement, je trouve ça presque plus facile de travailler le roman historique que d'écrire de la fantasy ou toute autre romance qui implique de construire un monde avec tous ses codes. Moi, finalement, je ne fais que m'appuyer sur ce qui existe déjà et puis je le romance en essayant de rester fidèle dans les ambiances, les intrigues et puis la réalité des personnages.

12:32
Présentateur

Aux éditions Fayard, vous trouvez un livre qui s'appelle L'affaire Lombarde. C'est signé Jacques Beuvillier. Si jamais vous êtes sur la route de vos vacances, par exemple, vous n'avez pas encore votre grand roman pour accompagner, je ne sais pas, vos longues après-midi devant une piscine, à la plage ou en famille sur la terrasse après un bon déjeuner, vous vous précipitez à acheter l'affaire Lombarde après le best-seller du bâtard du Roussillon. Jacques Beuvillier reste avec nous. Ça y est, on a un peu mieux compris l'auteur.

Maintenant, on va s'intéresser au roman, roman historique au cœur d'une certaine époque avec un certain Philippe Lebel et vous allez voir, je ne sais pas si c'est aussi vrai que ça, notre invité nous le dira, mais il y a quelques, comment je pourrais dire ça, parallèles à tisser entre la France de Philippe Lebel et peut-être celle dans laquelle nous nous retrouvons aujourd'hui. A tout de suite sur Sud Radio. Sud Radio, les débats de l'été, 10h-13h, Maxime Liedot. On cause histoire, on voyage, on prend la machine à remonter le temps.

Ce midi, notre invité Jacques De Villiers, l'affaire Lombarde, ça fait suite au premier best-seller déjà aux éditions Fayard qui s'appelait Le bâtard du Roussillon qui a connu non seulement un succès en librairie mais aussi auprès des critiques. On a beaucoup parlé dans la première partie de notre entretien, si vous voulez, de ce que peut ressentir comment travaille un auteur.

Et avant qu'on se plonge dans ce roman-ci, l'affaire Lombarde, qu'on commence à se glisser tout doucement dans le matelas de votre livre, dans le lit de votre livre, par exemple, pour écrire celui-ci, quels endroits vous avez visités, sur quels terrains vous avez pris le temps de vous déplacer pour justement respirer un peu l'air de votre roman ?

13:54
Invité

Écoutez, dans ce roman, j'ai voulu parler de plusieurs endroits qui me parlent, à commencer par le Rouergue. La région du Rouergue est une région qui m'est chère puisque familialement, j'en suis en partie issu par ma mère qui nous écoute, je crois, en ce moment. Et bien cette région-là elle est particulièrement belle parce qu'elle a su conserver aussi jusqu'à aujourd'hui la trace dans la pierre de son histoire médiévale à travers la présence des templiers, à travers la présence de nombreuses fortifications. Et donc Montpellier et toute cette région qui m'est chère, j'ai voulu y retourner pour me plonger dans ce qu'elle avait pu avoir d'intéressant d'un point de vue médiéval.

D'autant plus qu'elle était connectée avec mon intrigue, avec un personnage qui s'appelle Guillaume de Nogaret qui sera très important dans l'histoire de Philippe Lebel et qui a commencé sa carrière à Montpellier avant de rejoindre Paris. Donc il y a eu effectivement le roi rig. Et puis après, pour le coup, je me suis davantage dans ce roman-là plongé dans l'histoire parisienne, dans l'histoire du palais, effectivement, du palais royal, de Notre-Dame de Paris dont la réouverture a été l'occasion de parler d'un point de vue médiéval pour comprendre toute cette architecture d'un pari médiéval qui, au fond, n'a pas grand-chose à voir avec le pari d'aujourd'hui. Ça, c'est sûr.

Si ce n'est dans la permanence, dans la persistance de ces églises et de certains monuments qui tiennent encore debout.

15:12
Présentateur

L'affaire Lombard, je sais que d'habitude, c'est toujours un exercice effroyable pour avoir été aussi bien de ce côté du micro que de l'autre. C'est souvent les journalistes qui font les résumés, ce qui est toujours un truc épouvantable. C'est toujours mieux si l'auteur arrive à pitcher son bouquin, même si c'est un exercice difficile. Vous, Jacques Devilliers, comment vous résumeriez, pour ceux qui nous entendent, qui vont peut-être passer dans un relais, dans une librairie, dans les prochaines heures, l'affaire Lombard, c'est l'histoire de...

15:34
Invité

Alors, je vais vous faire un pitch un peu provocateur. Donc, on est en France. Les finances sont au plus mal. La corruption est partout. Le budget de l'État est déficitaire, largement déficitaire. L'impôt est mal perçu. Les tensions intérieures sont très fortes. Les ingérences extérieures sont très fortes aussi, entre l'Angleterre, Rome. Et donc, il y a véritablement, en France, une grande inquiétude, qu'elle soit économique ou qu'elle soit, en quelque sorte, identitaire. Alors là, on pourrait se dire, effectivement, et le... C'est un roman sur 2017. C'est un roman sur 2017. C'est un roman qui s'est sur 2026 et peut-être encore plus sur les années à venir.

Mais pour autant, ce que j'ai voulu faire, c'est raconter l'histoire de ce royaume en 1290 où le jeune Philippe Lebel est empêtré dans cette incapacité à gouverner puisque l'argent ne rentre pas et puisque les contestations de son pouvoir sont partout. Et ce qui m'intéressait, c'était pas de dresser un constat déprimant, un constat noir, finalement, pour passer le lecteur d'une réalité déprimante à une autre réalité déprimante.

Mais au contraire, de montrer que ce jeune souverain d'à peine 20 ans, je le rappelle, va réussir, par la force de sa volonté politique et par l'ingéniosité à la fois de ses conseillers et puis de lui-même et aussi de son épouse, il va réussir à sortir de l'ornière en inventant un système où il va en faisant appel à des banquiers pouvoir remettre à flot le royaume. Mais c'est sans compter un complot terrible qui rôde autour de lui et dont il n'a pas encore conscience. Et pour en découvrir les arcanes, la réalité, il faut lire le livre.

17:03
Présentateur

Il faut le lire, l'affaire Lombard signée Jacques Devilliers. Vous parliez, et puisque c'est quand même le héros du roman quand même de Philippe Lebel, vous avez dit tout à l'heure avoir une véritable fascination pour l'homme et même pour toute la période qui l'entoure, pour tous ceux pour qui Philippe Lebel ne serait pas, on va dire, si familier que ça. Pourquoi chez vous il provoque une telle sensation d'intérêt, presque d'admiration, en vous écoutant en tout cas, c'est ce que je ressens ? Parce qu'il est l'antithèse absolue

17:28
Invité

des hommes politiques actuels, au fond. C'est-à-dire qu'il est d'une immense jeunesse et pourtant d'une immense expérience. Pourquoi ? Parce que cette expérience il l'attire de celle de son père, de son grand-père, de ses aïeux. Véritablement, il y a chez lui une admiration très profonde pour son grand-père, Saint-Louis, qu'il fera d'ailleurs canoniser, qui n'est alors que Louis IX et qui deviendra Saint-Louis en 297. Il s'inscrit dans la lignée et donc déjà à 20 ans il bénéficie d'une hauteur de vue qui est incomparable avec celle d'un jeune homme, on va dire, qui n'aurait pu bénéficier que de sa propre expérience. Première chose.

La deuxième chose, c'est que Philippe Lebel fait preuve d'une volonté politique absolument extraordinaire. Il est prêt à tout pour permettre à son royaume de se relever et finalement pour permettre à ses sujets de faire leur salut. C'est ça qu'il anime. Ce qu'il anime, ce n'est pas des considérations carriéristes, des considérations personnelles ou même des considérations d'appareil. Non. Ce qu'il anime, c'est l'idée qu'il faut parvenir au bien commun, qu'il faut travailler au bien commun pour son royaume. Donc finalement, c'est quelqu'un qui se dit je vais depuis mon plus jeune âge jusqu'à ma mort travailler à faire le bien dans mon royaume.

Alors c'est une vision qui peut paraître un peu idéaliste. Mais pour autant, Philippe Lebel, qui est un roi, c'est vrai, manichéen, très croyant, qui a au fond cette considération profonde que le roi est là pour servir ses sujets, eh bien il ne manque pas, et c'est là où il y a un parallèle intéressant avec notre époque, d'un pragmatisme politique nécessaire. Il ne manque pas de la raison d'État qui oblige l'homme d'État à faire ce qu'il faut faire pour parvenir au résultat. Et donc d'une certaine manière, c'est aussi un roi machiavélique. Et c'est ce paradoxe qui m'intéresse chez lui.

Comment est-ce qu'un homme si croyant, si pieux, et qui a tellement à l'esprit cette idée du bien commun, eh bien peut quand même être prêt à utiliser les moyens. Toutes les règles morales pour gouverner comme il se doit et penser avant tout à son pays. Exactement, et finalement à être dans une logique qui le conduirait à dire que la fin justifie les moyens quand elle sert, eh bien l'État et donc le royaume. Voilà ce qui m'intéresse chez lui. Et pourtant il est très jeune.

Et donc dans le premier livre, j'explorais l'image du prince qui suit encore la politique de son père, qui la remet en question, qui ne comprend pas pourquoi il agit comme cela, qui trouve qu'il y a des erreurs symboliques, politiques. Et dans ce deuxième, eh bien on le voit à l'œuvre et le lecteur peut voyager avec lui sur ce chemin où il apprend politiquement

19:42
Présentateur

de plus en plus et de façon assez fulgurante. Jacques De Villiers, on arrive au terme de notre entretien. On discutait aussi entre deux pubs. L'intérêt de ces romans historiques, c'est peut-être la force de l'histoire quand on la décrit, quand vous pouvez la décrire comme ça, ça nous semble à la fois très lointain et très comporant mais c'est peut-être et c'est le mot que vous avez utilisé, peut-être pouvez-vous le développer en guise de conclusion, c'est le mot d'espérance. Quand on regarde l'histoire aujourd'hui, quand on prend le temps de la regarder, de la décrypter, d'essayer de la saisir véritablement, c'est le mot espérance toujours qui revient.

20:14
Invité

Absolument et j'en veux pour preuve un exemple qui est un exemple, on pourrait dire tarte à la crème mais j'y crois profondément. C'est-à-dire l'incendie de Notre-Dame de Paris et sa réouverture. Cette émotion qui vous saisit, que vous soyez croyant ou que vous ne le soyez pas, que vous soyez français ou que vous ne le soyez pas, en fait on sent qu'il y a quelque chose de plus profond qu'un bout de tas de pierres dans cet édifice. Et finalement, l'histoire c'est ça. C'est un lien. Il n'y a pas le passé, le présent et puis le futur.

Je suis convaincu que tout cela est lié, tout cela est connecté et qu'on peut, par l'affection et par le roman national autant que par le roman historique, se plonger dans cette histoire, se projeter dans ces héros. Et donc, en fait, cette période du XIIIe siècle qui peut, c'est vrai, nous paraître très lointaine, moi je la trouve formidable et je la trouve au fond assez réinante parce qu'elle nous donne l'occasion de penser que même lorsqu'au Moyen-Âge lointain, avec les limites technologiques, techniques que l'on pouvait avoir, tout semblait perdu, et bien rien n'est jamais perdu. Voilà.

Et donc, j'invite le lecteur s'il s'intéresse à l'histoire, à plonger dans ce règne de Philippe Lebel avec émotion et avec passion parce qu'on peut y voir le destin exceptionnel d'un jeune homme que rien ne prédisait à devenir le grand roi qu'il va devenir.

21:24
Présentateur

Merci beaucoup, Jacques Devillier, d'avoir été sur Sud Radio ce midi. L'affaire Lombarde, donc ça c'est le deuxième tome, c'est l'histoire qui suit le bâtard du Roussillon qui avait été déjà un succès et d'un point de vue critique et notamment d'un point de vue des ventes. Donc félicitations à vous et avec quelques flots de lecteurs en plus donc après ces interviews et pour accompagner leurs vacances. Merci beaucoup d'avoir été sur Sud Radio ce matin. Je rappelle que les deux livres sont aux éditions Fayard.

Dans un instant, on va s'interroger la suite d'une certaine manière des nombreuses discussions, débats qu'on a eus tout au long de la matinée ici sur cette antenne, à savoir l'affaire du jeune Shem Sedin. Vous l'avez entendu littéralement lynchée dans une cage d'escalier à la sortie de son collège, de son lycée même pour être très précis. Depuis deux ans, les meurtriers présumés étaient en détention provisoire. Ils viennent de ressortir à cause de ce qu'on appelle d'un vide juridique et là viennent les scandales dans le scandale.

Déjà le fait qu'ils ressortent, le fait que ça faisait deux ans qu'ils étaient en détention provisoire, le fait aussi que la loi, le vide juridique à cause du conseil constitutionnel, de la lenteur législative et puis la manière dont ils sont sortis sous les acclamations, sous les applaudissements, sur les réseaux sociaux acclamés en héros et avec déjà, en réalité, il faut le dire, une infraction de leur contrôle judiciaire puisqu'ils avaient l'interdiction de retourner sur l'endroit où s'est passé le drame, à Véry-Châtillon et ils y sont retournés. Que voulez-vous ? C'est ça la France, la question qu'on vous pose.

Elle est simple, c'est est-ce que notre justice a encore protégé nos enfants ? Eh bien, venez en discuter avec nous 0826 300 300, la France au bout du film, midi 33h. A tout de suite sur Sud Radio.