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interviewSud Radio· 7 février 2026 14 min

Nommer c’est régner : comment Emmanuel Macron place ses pions ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

9h19 sur Sud Radio est un secret. On vous emmène ce matin dans les coulisses d'un pouvoir qui n'a fait que grandir au fur et à mesure des années. Un pouvoir trop connu qu'on appelle le pouvoir de nomination.

Bonjour Michel Morau. Bonjour Maxime. Merci beaucoup d'être avec nous ce matin.

Vous êtes journaliste et enquêteur mais également avec une véritable plume. On vous retrouve aux éditions Robert Lafond dans ce livre signé Sa Majesté nomme enquête sur un pouvoir présidentiel exorbitant. comment l'idée d'une telle enquête, d'un tel sujet est arrivée jusqu'à vous ?

Parce que je c'est un c'est un pouvoir très méconnu en fait alors que c'est finalement l'un des pouvoirs auquels les présidents de la République tiennent le plus euh y compris beaucoup euh Emmanuel Macron. C'estàd que de quoi on parle ? Chaque année, des milliers de personnes sont nommées par le président de la République.

Euh donc c'est c'est des postes, c'est pas seulement des haut fonctionnaires, c'est aussi les recteurs, les diplomates, enfin, il y a énormément énormément de postes, les procureurs. Et c'est d'ailleurs un peu vertigineux quand on vous lit parce qu'on en découvre, que ce soit l'agence de rénovation, que ce soit parfois même diplomate pour un pour un sous-élément qu'on retrouve à l'autre bout du monde, ça touche vraiment à tous les domaines. Il y a beaucoup de postes aussi dans le dans le milieu de la culture.

Il y a c'est un petit peu les des les des personnalités qui qui dirigent l'État mais qui n'ont pas été élu et qui mais qui doivent appliquer en fait le la feuille de route du président de la République. C'est un pouvoir méconnu alors que très souvent il est il donne lieu aussi à des controverses et qu'il y a des questions très brûlantes qui se posent. Même par exemple là en ce moment quit de la présidence de l'Institut du monde arabe même si la procédure de nomination est un peu complexe Emmanuel Macron tient beaucoup entre ses mains le sort de le sort de Jack Lang.

Qu'est-ce qui va se passer à la tête de pour la présidence du Louf dans les dans les dans les prochains mois qui va être nommé à la tête du Conseil d'État et ou et de la Cour des comptes dans les prochaines semaines. Est-ce qu'il va y avoir dans les prochains mois aussi du recage puisqu'il y en a euh il y en a eu toujours à la lors des fins de règne des présidents de la République ? Est-ce qu'Emmanuel Macron va faire pareil ?

C'est un dossier euh ce sont des dossiers à chaque fois extrêmement brûlants euh même si c'est un pouvoir qui reste euh finalement assez méconnu. H précisons quand même aussi l'ampleur de ce pouvoir parce qu'il a été notamment excessivement renforcé par Miteran au cœur de l'été 1985 et il faut aussi préciser la manière dont Emmanuel Macron se l'est approprié. Oui.

Alors le donc c'est des milliers de personnes qui sont nommées chaque année. Euh même le il y en a tellement que même le l'Élysée au Matillon ne savent pas donner le chiffre exact. Les sources convergent autour de 5000 mais il y a des sources qui enfin il y a une source qui m'a dit jusqu'à qui a fait une évaluation jusqu'à 10000 postes qui sont concernés qui relèvent directement du président de la République.

Sachant que ce pouvoir s'est étendu tout au long de la 5e République, c'est-à-dire que à l'été 1985, François Mitteran fait passer un décret un peu en douce parce qu'en plein été qui élargit encore son pouvoir de nomination, c'est-à-dire le nombre de postes qui relèvent directement du président de la République plutôt que du gouvernement. La date n'est pas laissée n'est pas n'est pas n'est pas n'est pas un hasard puisque c'est quelques mois avant les élections législatives qu'il s'est déjà perd à la cohabitation. Euh aujourd'hui Emmanuel Macron, c'est un pouvoir auquel il tient euh beaucoup, auquel il s'implique, c'est c'est sûrement sans doute le président de la République qui de la 5e qui s'implique le plus dans les nominations à ce tel point que il reçoit lui-même sur beaucoup de postes les candidats lui-même en personne en tête à tête.

Il dirige les castings pour choisir la personne qui va qui va être nommée. Par exemple, lorsqu'il a fallu nommer la présidente du Louf, c'est lui qui a reçu les différents candidats en tête à tête et c'est lui qui a choisi Laurence Descart. H et vous racontez parfaitement ça les différents entretiens, la manière dont il travaillent les sujets, c'est-à-dire queon a l'impression d'être un grand oral du baccalauréat, c'est-à-dire qu'il veut connaître leur orientation, la manière dont ils vont s'impliquer dans le sujet, à quel point il maîtrise justement ce sujet-là.

Et vous racontez aussi dans ce processus de nomination une certaine perversité quand même du chef de l'État à parfois faire attendre certaines décisions, certaines nominations parfois au dernier moment à tel point d'ailleurs que quand il n'est pas convaincu, vous racontez des vacances de postes absolument considérables pourtant dans des instances importantes. Donc Emmanuel Macron là aussi impose ce qu'il a perdu depuis quand même cette idée de maître des horloges. il impose le temps, c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de euh en matière de nomination, il y a eu beaucoup de procrastination effectivement des vacances de poste ou des ou des intérim.

Euh il y en a il y en a il y en a toujours. Euh il prend son temps en buchant effectivement les dossiers. Euh il y a beaucoup de personnalités qui ont été reçues par le chef de l'État qui m'ont raconté que ils ont ils sont ils ont été euh ils sont sortis de l'entretien absolument persuadés qu'ils allaient être euh qu'ils allaient être nommés totalement euh euh séduit aussi par le chef de l'État qui a distribué une feuille de route, qui est rentré dans le dans le fond du dans le fond du dossier et jusqu'à et très ça a provoqué aussi des désillusions et des et des déceptions.

Euh par exemple sur le château de Versaill, il y a eu beaucoup de euh quand il a fallu euh trouver euh la personne qui allait succéder à Catherine Pégard, il y a eu beaucoup de personnes, il y a eu plusieurs personnalités qui se sont qui ont entendu du de l'Élysée qu'il serait nommé jusqu'à ce que finalement Emmanuel Macron choisisse Christophe Loriba qui n'était lui-même même pas candidat. Hm. Et vous vous le racontez, c'est le la richesse aussi de ce livre en plus de votre plume, c'est les 170 personnalités, je crois, que vous avez rencontré, appelé, que vous avez pris le temps d'interroger presque de décortiquer sur tous les rendez-vous, sur tous les endroits par lesquels ils sont passés.

Qu'est-ce qui vous a frappé vous quand vous vous êtes plongé dans dans justement dans cette expérience, dans ce pouvoir que vous avez qualifié vous-même au début de notre conversation de méconnu ? C'est quoi ? C'est un peu la déconnexion, c'est ce sentiment de recage, d'ind de de quoi ? d'injustice de pas avoir été placé là où il voulaient ou au contraire parfois des gens très impliqués dans le domaine dans lequel il voulaient récupérer, on va dire, un petit bout de pouvoir.

Alors, ce qui m'a marqué, c'est l'étendue de ce pouvoir du président euh même si en fait c'est à quel point aussi c'est un pouvoir sur les gens qui euh qui veulent être nommés. Donc ça provoque aussi des phénomènes de cours. D'où le titre sa majesté Noms, c'est il y a il y a une part de de pouvoir, c'est un pouvoir finalement très très monargique, le pouvoir de de de nomination avec qui suscite aussi des des luttes d'influence parfois des des des personnalités, des groupes d'influence tentent d'influencer le le le chef de l'État pour pouvoir sur certaines nominations.

Et ce qui m'a encore une fois très frappé, c'est le nombre de postes qui dépendent directement du président de la République, y compris des postes qui sont pas, il y a des postes à la fois très exposés, les renseignements, la police et cetera, mais y compris des postes qui le sont beaucoup moins et sur lequels le chef de l'État s'implique énormément. C'est Christophe Castaner qui m'a raconté que quand il était ministre de l'intérieur, le chef de l'État lui a bloqué des postes de des noms de sous-préfet qui passaient même pas en conseil des ministres. Euh donc c'est vraiment la volonté de garder la main de la part du chef de l'État sur absolument tout y compris sur des postes qui pourrai être très éloignés de sa vision ou des fameuses comme on dit de pour être politiquement correct prérogativ du chef de l'État.

Alors après le les nominations c'est aussi une façon de de c'est c'est finalement les personnes qui vont appliquer en quelque sorte euh la feuille de route du chef de l'État et ses politiques et sa politique publique dans les différents dans les différents domaines. Ce sont des personnes qui souvent restent en poste plus longtemps que les ministres. Euh donc surtout en ce moment c'est pas compliqué.

Donc il y a aussi une part de de c'est c'est ça ça explique aussi l'importance de de vouloir nommer euh les personnalités euh ses personnalités. Dans ce livre Nommé c'est régné, c'est-à-dire sa Majesté nomme et vous le dites très bien pardon euh Nommé c'est régner enquête sur un pouvoir présidentiel exorbitant. Michael Morau vous racontez aussi l'importance de certaines nominations, certaines beaucoup plus importantes que d'autres notamment dans le choix des candidats notamment quand ça touche au Vatican.

Est-ce que vous pouvez nous raconter les coulisses d'un plantage extraordinaire où même François Fillon est ressorti vraiment plus blanc que d'habitude ? Alors, il y a aussi effectivement il y a un chapitre enfin il y a des secteurs qui sont beaucoup plus sensibles que d'autres comme la comme la police, les armées et cetera. également le choix des diplomates euh où parfois il y a eu quelques quelques aléas euh notamment il est arrivé à plusieurs reprises que des ambassadeurs qui avaient été choisis pour être au Vatican euh soient retoqués par le Vatican euh à cause de leur homosexualité.

Il y a des sujets qui sont pris en compte. Euh il y a des il y a des il y a des ça a pu arriver encore. Ça a pu arriver notamment sous Nicolas Sarkozy et sous François Hollande euh où le Vatican a où le Vatican le Vatican a bloqué euh a le droit de véto en disant l'homosexualité est un problème n'a jamais en fait sans forcément toujours le verbaliser mais on a compris que c'était pour ça c'estàdire sans donner l'agrément puisque le pour les ambassadeurs, le pays qui reçoit l'ambassadeur doit doit délivrer un agrément.

H pour tous ceux qui nous écoutent et pour tous ceux qui s'apprêtent à acheter votre livre aussi Michaell Morau, il y a il y a un sentiment, je lu alors très tôt ce matin ou très tard cette nuit en fonction de en fonction des en fonction de la vision. Il y a la sensation en fait d'un copinage extraordinaire. Est-ce que c'est vraiment ça ou c'est juste, on va dire des services entre haut fonctionnaires et c'est le jeu politique tout simplement avec des chaises musicales où il y a quand même et je vais pas citer les noms, je vais laisser les lecteurs les découvrir, mais certains grands noms qui parfois même imposent leur temporalité, leur souhait de poste et certains presque qui se disent déçus parce qu'ils n'ont pas eu ce qu'ils voulaient, ils n'ont pas eu leur part du gâteau.

Est-ce qu'il n'y a pas quelque chose d'écœurant dans ce pouvoir de nomination aussi ? Alors, ce qui est sûr, c'est que le moment où euh le le chef de l'État peut choisir un peu seul, parfois sans critère imposé, euh les personnes qu'il va qu'il va nommer, ça peut euh parfois on peut il peut il a pu y avoir la tentation parfois de nommer sur des critères de proximité euh plutôt que sur des critères de compétence, c'est pas toujours le cas, mais ça été ça avait été notamment vivement critiqué au moment de la nomination du Richard Firan à la tête du Conseil constitutionnel. C'était le procès qu'on avait fait au chef de l'État. on on régulièrement arrive ce genre de controverse sur des sur des critères de de sur le des personnalités très importantes qui sont nommées pour des critères de proximité.

Il y a même euh je par exemple sur les renseignements euh il y a plusieurs patrons du renseignement euh du nommé par Jacques Chirac au début des années 2000 qui m'ont raconté à quel point pour Jacques Chirac c'était très important euh comme euh de nommer des personnalités proches euh dans un secteur aussi sensible que les renseignements qu'ils ont alerté eux-mêmes le chef de l'État en disant "Mais on n'est pas euh euh le renseignement c'est pas notre sujet de prédilection, il connaît pas grand-chose." Et le chef de l'État leur a répondu, mais c'est pour ça que je vous nomme euh préférant des personnalités proches. C'était le critère avant tout sur un secteur aussi sensible que le renseignement.

Euh sachant que le pour s'assurer d'avoir la main en réalité. Oui. Puis c'est c'est Jacques Chirac, c'est un sujet sur lequel le servicionnes, ils s'en méfiaent beaucoup.

Contrairement au président de la République, on a appris notamment par l'intermédiaire de certains journalistes spécialisés et certains livres où Emmanuel Macron avait décidé de parfaitement s'impliquer dans les décision et dans la façon qu'il avait de voir le renseignement en nommant très rapidement et en faisant les les changements, on va dire, avec une certaine brutalité. Autre chose que vous mentionnez dans ce livre, c'est que plusieurs présidents de la République quand même ont évoqué à un moment précisément parce que ça pouvait interpeller de réduire un peu ce pouvoir de nomination, y compris dans des débats d'entre deux tours. Et ça n'a quand même jamais été fait.

C'est qu'il y a beaucoup de il y a plusieurs présidents de la République qui euh ont qui ont dénoncé une dérive monarchique à propos des nominations. C'était les mots de Jack Chirac notamment avant d'être élu et finalement n'ont pas changé grand-chose. Euh lors du débat de la de l'entre de tour de la présidentielle de 1995, euh Jacques Chirac promet de réduire son pouvoir de nomination par exemple et il ne le il ne le fera pas.

Euh c'est un sujet qui revient régulièrement notamment lors de lors des campagnes présidentielles. Donc on verra s'il revient en 2027, c'est-à-dire maintenant dans quelques mois seulement. Une dernière question aussi Michael Morau en plus de de votre livre, c'est un bonheur de vous avoir aujourd'hui puisque vous signez aussi la une du monde magazine sur un petit monument on va dire qui se trouve dans les jardins de Matignon, plus précisément au bout du jardins de Matignon, lieu de pouvoir également vous vous spécialisez dans les lieux de pouvoir.

Expliquez-nous ce qu'est le le pavillon musical au fond du jardin de Matignon. Alors, le pavillon de musique de Matignon, c'est tout au fond, c'est un c'est un bâtiment qui un petit une petite bâtise qui est tout au fond du jardin effectivement de Bâtignon, euh qui est l'endroit où les premiers ministres euh effectuent leur tiennent leur rendez-vous secret, leur rendez-vous un peu plus confidentiel. Donc, il y a beaucoup de de négociations qui nécessitent de la confidentialité qui s'y passé.

Euh les visiteurs qui veulent rentrer au pavillon de musique qui sont reçus par le premier ministre passent par euh une entrée secrète du de 36 rue de Babylone. C'est plutôt que le 57 rue de Varen. Le 55 le plutôt que le la rue de Varen.

Euh ça permet de pas traverser la cour d'honneur et de pas euh croiser de de journalistes. Journalistes. Le pavillon de musique à Matignon, l'annexe secrète du pouvoir raconté par des premiers ministres.

Si vous voulez tout connaître de cette petite pièce où il y a eu confidence, engueulade, mais aussi signature d'accord historique, c'est euh à la une du monde magazine et euh donc c'est à lire dès ce weekend ou bien sûr sur le site internet, mais également en librairie Michael Morau signe l'essai dont on vient de parler. En tout cas, cette enquête, sa majesté nomme enquête sur un pouvoir présidentiel exorbitant. C'est chez Robert Lafond.

Et c'est fascinant parce que d'un sujet complexe, vous arrivez à en faire un enjeu de lutte de pouvoir et donc un récit au cœur de des nombreux euh des nombreuses personnalités que vous avez interrogé déjà. plus de 170 et surtout des nombreux lieux de pouvoir, des palais, des couloirs avec des luttes presque intestines par moment pour décrocher un poste. Sa Majesté nomme, c'est signé Michael Morau et c'est à retrouver selon la formule dans toutes les bonnes librairies.

Merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin.