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interviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 12 juin 2026 9 min

"C'est un vrai spectacle sportif" : les meilleurs lutteurs de sumo sont de retour à Paris après plus de 30 ans

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Invité

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes, 6-9.

0:08
Présentateur

Et votre invité ce matin, Marion Lourdes, est journaliste au Journal de l'équipe.

0:12
Invité

Et il y est précisément spécialiste du Japon. Bonjour Mathieu Rocher.

0:15
Présentateur

Bonjour.

0:16
Invité

Paris accueille le week-end prochain un tournoi de sumo avec les 62 meilleurs lutteurs du monde. C'est quelque chose d'extrêmement rare, c'est du jamais vu en 31 ans.

0:27
Présentateur

C'est ça, c'est ça. Après une venue en 1995, ils viennent.

0:31
Invité

Sous Jacques Chirac, on se souvient de l'amour de notre ancien président pour le sumo.

0:36
Présentateur

Exactement, qui avait même appelé son chien sumo. Il se trouve que depuis 31 ans, ils n'étaient pas venus. Alors, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Le promoteur de l'événement de ce week-end, David Rothschild, essaye depuis 10 ans. Et finalement, c'est le cas aujourd'hui. Ça va dans une opération un peu plus globale où le sumo est venu également l'année dernière à Londres. Donc, on peut y voir une sorte de tentative de petite ouverture de ce sport traditionnel et qu'on dit ancestral, sport national au Japon, d'essayer de s'ouvrir un peu au monde.

1:07
Invité

Ça n'était pas arrivé depuis 10 ans, pourquoi ?

1:09
Présentateur

Alors, le sumo ne s'est pas déplacé depuis 20 ans à l'étranger, mais ça fait 10 ans que David Rothschild essaye.

1:16
Invité

Qu'ils essayent d'organiser ce tournoi ?

1:17
Présentateur

Pour plusieurs raisons. Alors, d'une part, il y a un côté qu'on mesure mal, mais ils ont peu conscience peut-être du goût des étrangers pour le sumo. Parce qu'ils ont l'impression que c'est très, très japonais. Finalement, c'est une culture, je l'ai dit, ancestrale et qui a beaucoup de codes liés au Shinto. Donc, des choses qui sont assez imperceptibles. Ils pensent à l'extérieur. Les premiers combats de sumo étaient faits pour apporter un peu de chance et espérer de bonnes récoltes. Voilà. Et donc, il y a toute une histoire avec les kami, les dieux japonais. Donc, ils avaient peut-être un peu d'appréhension à exporter cette culture-là.

Et notamment pour le tournoi de Sumo de Paris, ils ont été très précis. Ils n'ont pas envie de faire une exhibition. Ils ont envie de faire des vrais combats, mais aussi tout le cérémonial, tous les rituels qui vont être respectés.

2:10
Invité

Alors justement, parlons-en des rituels. Ça, c'est assez étonnant. Il y a par exemple quelque chose qui tourne autour du sel.

2:16
Présentateur

Oui, alors le sel. Alors, tout est question évidemment de purifier une plateforme en terre.

2:22
Invité

Donc, il y a l'endroit où ils combattent en réalité ?

2:24
Présentateur

Voilà, c'est ça qu'on appelle dohyo, avec la prononciation japonaise. Et ce dohyo, en fait, il est l'espace de la lutte contre des esprits maléfiques. Et donc, les lutteurs, qu'on appelle l'ikishi, envoient une poignée de sel avant chaque entrée dans le cercle pour purifier cet espace. Et le sel, alors je vous ai dit que c'était un sport très ancestral et qui, par bien des aspects, respecte une tradition de façon assez stricte. Mais là, en l'occurrence, le sel ne vient pas du Japon. Ça fait partie des petites adaptations. Il vient de Guérande. Ils ont pris de la fleur de sel.

Et pour la petite anecdote, quand j'ai appelé la compagnie qui a produit le sel à Guérande en février dernier, je leur ai appris que ce n'était pas pour manger, que c'était pour jeter. Et ils m'ont dit, mais c'est dingue parce qu'on leur a vraiment pris la meilleure qualité.

3:18
Invité

Peut-être que ça va porter chance à ces combattants qui sont, je le disais, ces lutteurs 62 à venir ce week-end pour ce tournoi. Ils viennent tous du Japon, ceux-là ?

3:29
Présentateur

Oui, alors ils viennent tous du Japon. Ils sont donc 62, dont les deux Yokozuna. Les Yokozuna, c'est le plus haut grade dans le sumo.

3:39
Invité

Des demi-dieux, en clair, presque.

3:40
Présentateur

Voilà, voilà. Et ces deux-là, il y en a un qui s'appelle Onosato, qui est né au Japon. Et il y en a un autre qui s'appelle Oshoryu. Et Oshoryu, il est né en Mongolie. Et depuis, alors ça fait un petit moment, on se souvient peut-être dans les années 90 des lutteurs qui venaient d'Hawaï. Là, depuis une bonne dizaine d'années, les combattants venus de Mongolie sont très performants. Et depuis encore plus récemment, nous avons des combattants qui viennent d'Ukraine, qui pensent beaucoup, évidemment, à leurs frères au combat, qui s'appellent Shishi et surtout Aonishiki. Et Aonishiki, il a une particularité, c'est qu'il pourrait, lui, atteindre le grade de Yokozuna.

Il avait gagné le dernier tournoi de 2025. Et donc, lui, on pourra le voir demain. Ils sont tous là. Les 62, donc on a vraiment le plateau le plus relevé qu'on puisse imaginer.

4:31
Invité

Les deux Yokozuna, ils ont quand même un statut très, très particulier. Ça implique quoi en termes d'organisation, de traitement qui leur est réservé ?

4:39
Présentateur

Alors, vous avez employé le terme demi-dieu. Alors, on va faire une comparaison qui est hasardeuse. Mais pour venir, ils sont venus à deux avions. Parce que c'est impossible, un peu comme président et premier ministre, que vous ne pouvez pas les mettre tous les deux dans le même avion. En cas d'assinant, ce serait dramatique.

4:55
Invité

C'est-à-dire qu'il ne faut pas qu'ils meurent tous les deux. C'est un peu comme la famille royale anglaise. On ne peut pas prendre le risque de les perdre ensemble.

5:00
Présentateur

C'est ça, une sorte de continuité. Et puis, au-delà de ça, ils ont un traitement spécial. C'est que sur les tournois, ils vont avoir leur propre entrée. Et c'est eux qui ont à charge d'inaugurer le tournoi. Donc, ce sera le cas demain et après-demain. Où ils ont une cérémonie particulière. où c'est eux qui sont en majesté à l'ouverture de chaque journée. Ils sont présents seuls au milieu de l'arène, face au public. Et ils vont faire, vous avez sans doute vu ce geste. On lève la jambe et on la rabat très vivement sur le sol. Donc, on appelle ça Chico. C'est pour enfermer les mauvais esprits dans la terre. Et le public hurle Yoisho, qui veut dire aller.

Et ça, c'est eux seuls face au public avant chaque ouverture de tournoi.

5:47
Invité

Donc, ça, c'est pour l'aspect très statutaire de ces deux milieux. Mais tout autour de ce tournoi, il y a aussi une logistique quand même assez extraordinaire. Vous disiez deux avions, une grosse quantité de nourriture. Puisqu'ils mangent une fois et demie les portions normales, les portions habituelles. Et puis, même des toilettes renforcées.

6:06
Présentateur

C'est ça, il y a des toilettes renforcées. À cause du poids ? À cause du poids, évidemment. Ils font entre 123 et 185 kilos. Il n'y a pas de catégorie du poids au sumo. Donc, tous peuvent combattre les uns contre les autres. Oui, pour les adaptations. Les lits ont été testés, les toilettes ont été testées. Et puis aussi, normalement, les kishis cuisinent eux-mêmes leur repas. Cette fois-ci, ils auront un cuisinier à l'hôtel qu'ils ont réservé.

6:36
Invité

C'est étonnant ce que vous nous disiez là. Parce qu'effectivement, ils peuvent peser entre 120 et 190, 200 kilos. Mais tout le monde combat dans la même catégorie. Ce n'est pas très juste, ça ?

6:45
Présentateur

Alors, ce n'est pas très juste. En fait, il faut parler d'inertie. Et quand vous faites 180 kilos et que vous foncez tout droit, si celui en face vous rend 60 kilos, s'il fait le bon mouvement, il peut vous éviter. Et vous allez, évidemment, on rappelle la règle. C'est soit vous sortez du cercle, soit vous tombez. Donc voilà, il y a tout un jeu assez technique.

7:07
Invité

Dans les deux cas, on a perdu.

7:08
Présentateur

Dans les deux cas, on a perdu. Et puis aussi, il y a quelque chose qui se joue au moment de l'impact. Où vous allez placer votre poitrine, votre corps d'une certaine façon. C'est très stratégique, finalement. Alors, ça paraît très simple parce que la règle est simple. Et puis, on a l'impression que ce sont deux colosses qui se rentrent dedans. Mais en fait, il y a des dizaines et des dizaines de techniques pour arriver à ces fins. Donc, c'est plutôt... Et je voudrais dire ça, c'est que nous, l'équipe, on est partenaire de cet événement. Mais on a fait un numéro spécial, notamment de l'équipe magazine. Mais parce que c'est un vrai spectacle sportif. Et ça, c'est peut-être...

7:42
Invité

Ce n'est pas que des traditions, c'est aussi vraiment du sport.

7:45
Présentateur

Non, il y a tout, évidemment, l'aspect cérémonial qui est très important et qui est très impliquant. Mais même si vous êtes simplement amateur de sport, vous allez voir ça, vous allez le percevoir. Même si les combats, certains, durent 4 secondes. C'est très court. Les plus longs sont autour de 30. Eh bien, on le perçoit ça. On le perçoit. Et puis surtout, on voit très vite que ce ne sont pas que des armoires à glace. Ce sont des muscles incroyables qu'il faut mobiliser pour évidemment faire tomber ou repousser l'adversaire. Et ça, ça peut être une découverte de ce week-end. Pas toute la cérémonie, mais évidemment le sport au milieu de tout ça.

8:23
Invité

C'est étonnant de voir l'intérêt que déclenche ce tournoi. Je l'ai dit, ça n'était pas arrivé à Paris depuis 30 ans. Il y a toute une diplomatie du sumo. Il y a aussi les réseaux sociaux qui s'y intéressent beaucoup. Une série Netflix. Merci beaucoup d'être venu nous en parler. Mathieu Rocher, journaliste à l'équipe. Merci de nous avoir répondu sur France Enquête ce matin. Merci.

"C'est un vrai spectacle sportif" : les meilleurs lutteurs de sumo sont de retour à Paris après plus de 30 ans · Pourquijevote