SMART BOURSE - Philanthropie : l'exemple de la Mirova Foundation
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Le dernier quart d'heure de SmartBourg, chaque soir c'est le quart d'heure thématique, nous parlons philanthropie ce soir. Dans le sillage des grands prix de la philanthropie organisé par le groupe FICA de la maison mère de Bismarck, l'événement se déroulait en fin d'année 2025, mais c'est l'occasion de recevoir quand même certains des lauréats encore aujourd'hui, avec notamment la directrice générale de Mirova Foundation qui est à mes côtés en plateau, Anne-Claire Roux. Bonsoir Anne-Claire. Bonsoir.
Merci beaucoup d'être avec nous, je discute avec vous rapidement avant qu'on prenne l'antenne, parce que je veux bien qu'on dise un petit mot de l'histoire de cette fondation Mirova, Mirova Foundation, vous êtes là depuis le lancement, alors je crois qu'en plus le nom a été un peu modifié je crois au cours des dernières années et là il y a même un plan stratégique qui vous porte 2025-2030, c'est ça ? Vous nous racontez un peu l'histoire de la fondation, quel était le brief de départ quand vous êtes arrivé chez Mirova pour lancer cette fondation, quel retour d'expérience vous en faites aujourd'hui et c'est quoi le plan jusqu'à 2030 ?
Oui, merci. Écoutez, en fait c'est vrai que nous notre fondation fait ses 5 ans cette année et on avait un objectif assez clair au démarrage, à la fois parce qu'on n'est pas juste la fondation de n'importe quelle entreprise, j'allais dire, de Mirova, qui est déjà une entreprise engagée, qui est passée entreprise à mission, Bicorp, dont l'ADN c'est d'investir dans les solutions et les entreprises durables.
Et donc quand Mirova a décidé il y a 5 ans de créer sa fondation, c'était vraiment avec l'idée de se dire comment on va utiliser la philanthropie comme levier supplémentaire de notre métier d'investisseur à impact pour aller là où l'investissement ne peut pas aller à travers la philanthropie et le mécénat et donc financer l'angle mort de nos investissements. Donc déjà c'était un parti pris assez engagé et puis il y avait peut-être deux autres volets autour de ça.
Déjà c'est les moyens que Mirova a décidé de mettre sur sa fondation puisqu'on a réalisé notre première mesure d'impact pour nos 5 ans et on a quand même un budget de quasiment 10 millions d'euros qui a été alloué à la fondation en 5 ans pour financer près de 120 projets. Donc c'est une ambition quand même assez forte si on part à la taille de Mirova par rapport à d'autres très grosses entreprises. Je pense qu'on peut être très fiers collectivement de la fondation. Et puis enfin le dernier volet c'était aussi quel type de mécène on veut être et quelle philanthropie on veut aussi porter dans l'univers des fonds et fondations.
Et donc là encore aussi en résonance avec ce que Mirova essaye de porter dans l'univers financier, pouvoir aussi le transposer dans l'univers de la philanthropie. Et donc concrètement ça nous a permis de se dire qu'on voulait financer que sur du pluriannuel les projets de manière structurante.
Donner de la visibilité aux porteurs des projets, c'est ça ? Pas être obligé de revenir tous les 6 mois auprès de votre fondation ou des autres pour revenir chercher de l'argent, c'est ça ?
Exactement parce qu'une des premières choses qui moi m'a frappée quand je suis arrivée à la tête de la fondation, ça a été de pouvoir échanger avec des associations et de comprendre où étaient les trous dans la raquette de leur côté. Et la plus grosse difficulté du secteur associatif qui se confirme encore plus quand là aujourd'hui on voit quand même les difficultés de financement que rencontre le secteur associatif et le SS de manière générale, c'est le manque de visibilité sur les financements.
Donc c'est à dire que même quand parfois on a la chance en tant qu'association d'avoir des financements renouvelés, chaque année il faut revenir, donc nous on permet à nos associations d'avoir plus de sérénité et ça, ça ressort aussi beaucoup de notre mesure d'impact. Se dire que sur 3 ans minimum parfois on renouvelle jusqu'à 5 ou 6 ans mais sur 3 ans minimum les financements sont sécurisés. On apporte aussi des financements structurants, on a des enveloppes moyennes de 250 000 euros sur 3 ans pour le secteur associatif c'est quand même important.
C'est pas juste un petit complément, c'est plus que ça quand même.
Et ça veut dire aussi que nous en tant que philanthropes ça nous force aussi à nous questionner et à faire des choix plus difficiles parce que du coup on finance moins de projets mais on essaie vraiment d'avoir cet accompagnement structurant et puis un des autres volets aussi de cette visibilité sur la durée c'est aussi faire ce qu'on appelle dans notre jargon un peu du non fléché et donc concrètement ça veut dire qu'on accepte de financer la structure de l'association pas juste d'imposer que notre don aille sur un projet spécifique.
D'accord, vous laissez une liberté d'usage quand même aux porteurs de projets.
Exactement, et ça cette liberté d'affectation du don c'est quelque chose qui se développe heureusement mais qui n'est pas encore assez répandu et que nous on aimerait vraiment pouvoir aussi pousser dans l'univers de la philanthropie parce que cette combinaison du pluriannuel, de l'affectation libre de don et de l'accompagnement financier mais aussi extra financier structurant pour nous c'est ça aussi qui permet vraiment au secteur associatif de pouvoir se déployer, de pouvoir déployer leur projet.
Oui, alors je voulais parler de philanthropie stratégique mais on aurait dû l'écrire pour cette interview parce que je comprends que c'est un vrai levier stratégique pour la société de gestion Mirovat. J'adore l'expression que vous disiez, financer les angles morts, que notre métier traditionnel ne permet pas de financer. Je trouve que c'est très très éclairant et vous allez même jusqu'à parler de venture philanthropie, c'est ça Anne-Pierre ? Exactement. Donc on finance les aventures, celles qui ont du mal à trouver effectivement ces fonds nécessaires à l'amorçage des projets.
Et la venture philanthropie ça a été un moyen pour nous aussi parce qu'on est dans un univers de financier chez Mirovat. Donc de montrer aussi que la philanthropie c'est aussi quelque chose de sérieux, de professionnel et que même si là on est dans une démarche à but non lucratif, donc on n'est pas du tout dans la démarche d'investissement qui est différente bien entendu chez Mirovat, malgré tout il y a une volonté quand même d'accompagner de manière extrêmement professionnelle le secteur associatif et c'est cette venture philanthropie, c'est-à-dire comment on applique les principes du venture à la philanthropie.
Du capital risque, on dit en français capital risque, en anglais venture c'est l'aventure. Bon on voit déjà la différence culturelle mais voilà.
Et donc c'est vraiment cette approche-là qu'on a voulu aussi, qui est portée mais de manière très marginale par certaines fondations en France, un petit peu plus dans le milieu anglo-saxon. Et nous en plus ça nous semblait faire le pont assez logiquement aussi entre notre métier de base qui est l'investissement chez Mirovat et la vision stratégique de la philanthropie qu'on voulait porter avec Mirovat Foundation.
On va parler des leviers d'action autour de l'émancipation et de l'autonomie mais ça fait 5 ans que vous êtes à la tête de la fondation. Vous avez une vue, j'imagine un peu globale, du marché de la philanthropie en France par rapport au monde anglo-saxon. Vous constatez qu'on est en phase de professionnalisation. Ça devient des leviers stratégiques pour les entreprises. C'est pris au sérieux de plus en plus, Anne-Claire ?
Beaucoup plus. Moi en 5 ans j'ai vraiment vu la différence. Mais on va dire qu'on est passé de quelque chose qui était extrêmement marginal à une prise en considération et une envie de faire différemment du secteur philanthropique mais qui reste encore quand même minoritaire. Donc on est passé de la marge à un mouvement qui se développe et qui n'est pas encore complètement le mouvement global mais on voit quand même qu'il y a du progrès. Et je pense que ce qui est aussi intéressant c'est de voir qu'à la fois des fondations d'entreprises mais aussi des fondations familiales, des structures comme la Fondation de France se questionnent.
Donc ça c'est important je pense de questionner la manière de faire et se dire que peut-être il faudrait qu'aujourd'hui on fasse différemment. Et puis ce que j'observe aussi qui est intéressant c'est de se dire qu'on a quand même une marge de manœuvre assez importante puisqu'aujourd'hui selon les études et les baromètres on estime plus ou moins que seulement 10 à 15% des entreprises donnent à travers le mécénat. Dans le mécénat majoritairement dans des fondations mais parfois donnent sans avoir de structure dédiée à la philanthropie.
et donc si on a envie d'être optimiste on peut voir que les financements se raréfient mais qu'en même temps ça veut dire qu'il y a quasiment encore 90% d'entreprises qu'on peut embarquer en leur montrant aussi tous les bénéfices y compris pour l'interne.
Alors voilà ma question, qu'est-ce que ça crée comme cercle vertueux quand dans une entreprise on a une fondation opérationnelle ?
Ça crée vraiment et encore une fois ça on a pu le mesurer aussi à travers notre mesure d'impact au-là du ressenti qu'on a eu parce que sur cette mesure d'impact on a vraiment voulu évaluer est-ce que notre approche de venture philanthropie fonctionne auprès des associations et donc ça effectivement tout ce que j'ai pu vous dire sur la visibilité, l'accompagnement, la montée en compétences bien sûr que ça aide de manière structurante les associations mais on a aussi voulu mesurer notre impact effectivement sur l'interne, les collaborateurs, la politique RSE, la marque employeur, l'engagement des collaborateurs et on a des retours qui sont extrêmement positifs parce que ce qu'on voit c'est que ça renforce vraiment le sentiment et la fierté d'appartenance à l'entreprise.
Alors c'est sûr que chez Mirova on a déjà la chance d'être dans une entreprise engagée mais vraiment la fondation ressort très régulièrement dans la partie RSE durabilité qu'est-ce qui nous rend fiers dans les engagements de notre entreprise qui est fait via la fondation est important.
On a aussi toute la partie mécénat de compétences, bénévolat de compétences qui peut être fait sur le temps de travail donc ça c'est aussi un engagement que Mirova a pris permettre aux salariés sur leur temps de travail de s'engager auprès de la fondation et de nos associations et puis après nous on a aussi j'allais dire un autre levier qui est intéressant c'est dans le financement de la fondation puisqu'on a une partie de nos financements qui provient de frais de gestion de nos fonds chez Mirova et donc ça, ça permet aussi d'engager les équipes de gestion de ces fonds mais qui sont vraiment engagées y compris dans notre process de sélection de projets pour s'assurer de manière, c'est un vrai travail collaboratif et construit ensemble c'est l'équipe de la fondation qui apporte son expertise mais de manière concertée avec les équipes de gestion pour choisir et sélectionner les projets qui sont financés par notre fondation.
Il nous reste deux minutes pour évoquer quand même les choix que vous avez fait autour de l'émancipation et de l'autonomisation ou de l'autonomie individuelle qui ne font pas les mots les plus jolies en français Non, l'émancipation aussi, c'est bien, c'est empowerment comme on dit souvent en anglais Pourquoi ces choix ? Et concrètement, là, si vous avez quelques exemples à citer pour montrer comment vous participez à cette logique d'émancipation
Comme je vous le disais sur l'angle mort c'est vrai que ce qu'on a décidé, y compris dans notre plan stratégique 2025-2030 au démarrage, on avait une visée assez large climat, biodiversité, inclusion sur cet angle mort Mirova, côté investissement, est déjà très présent sur la partie environnementale et clairement, même si on fait des choses sur l'investissement solidaire et le social l'angle mort de nos investissements reste sur le social C'est pour ça que sur la feuille stratégique 2025-2030, on a fait vraiment ce choix de comment on accompagne chacun à plus d'émancipation, d'autonomisation à travers trois leviers stratégiques l'accès à l'éducation, qui nous semble être quand même la base pour ça l'accès à l'emploi et à la formation derrière et puis enfin, l'accès aux ressources essentielles où là, on va aussi combiner la partie environnementale puisqu'on a deux grands programmes accès aux énergies vertes en Afrique et lutte contre la précarité énergétique en France et donc là, pour nous, c'est vraiment aussi vraiment le moyen d'aligner en fait ce qu'on ne peut pas apporter via l'investissement c'est-à-dire comment on fait en sorte que la transition énergétique soit une transition juste et socialement acceptable et qui bénéficie au plus grand nombre
Bon, la venture philanthropie pour financer les angles morts donc que l'investissement traditionnel ne peut pas financer c'est le rôle de cette fondation chez Mirova la Mirova Foundation, vous en êtes la directrice générale Anne-Claire Roux, merci beaucoup d'avoir été avec nous dans ce dernier quart d'heure de Smart Bourse que vous retrouvez comme toutes nos interviews en replay sur bismart.fr Merci d'avoir regardé cette vidéo !
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