Groenland : l'OTAN joue sa survie
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
-Quitoque, la box à cuisiner ... - C.Roux: Bonsoir.
Bienvenue. La France a décidé d'envoyer des soldats au Groenland pour un exercice conjoint avec plusieurs pays européens. Une réponse aux ambitions américaines sur le Groenland, rééditée lors d'une réunion avec le ministre des Affaires étrangères danois qui a exprimé un désaccord fondamental avec l'administration Trump sur le sujet.
C.Grand est avec nous. Merci.
Vous êtes secrétaire général de l'ASD, association qui regroupe et représente des industriels européens de l'aérospatiale, de la sécurité et de la défense. Vous êtes l'ancien numéro 2 de l'Otan. Trump a dit que les Etats-Unis avaient besoin du Groenland pour des enjeux de sécurité.
Il va prendre le Groenland? - C.Grand: Il le répète.
Il en parle depuis 2019. C'est une histoire qui lui trotte dans la tête depuis longtemps. Ca a à voir avec l'ambition d'être le 1er président depuis la fin du XIXe siècle à étendre le territoire américain.
Ca relève de son envie d'entrer dans l'histoire, qui va avec l'ego du personnage. Il y a des inquiétudes, qui ne sont pas illégitimes. Les Etats-Unis parlent de ce que pourraient faire les Russes, peut-être...
C'est une préoccupation qui pourrait être traitée de façon sereine et tranquille. - C.Roux: En discutant avec leurs partenaires de défense danois. - C.Grand: Ou en amenant le problème sur la table de l'Otan.
On est en pleine zone de responsabilité de l'Otan. Ce ne serait pas aberrant qu'il y ait une discussion pour traiter des préoccupations américaines sur les enjeux de sécurité de cette zone. - C.Roux: Dans ce moment de crispation, puisque quelques pays européens ont décidé d'envoyer des soldats...
Ils ne débarquent pas avec des troupes. C'est une mission calibrée pour envoyer un message aux Américains. C'est plus un symbole.
Vous êtes d'accord? - C.Grand: C'est un message double...
Il y a message vers les Danois, de solidarité. Les Danois ne sont pas tout seuls. Ils ont eu des messages de soutien verbaux la semaine dernière, déclaration de leurs voisins nordiques et scandinaves et déclaration de toute une série de grands pays européens en marge de la conférence de la Coalition des volontaires.
On passe un message de solidarité plus clair en disant qu'on est là et on montre le drapeau des forces françaises et allemandes. On a quelque chose qui envoie un message assez significatif. Le Danemark n'est pas tout seul dans cette dispute avec les Etats-Unis. "Il y a un 2e message vers D.Trump. "Si vous avez un souci, les Européens peuvent faire quelque chose." - C.Roux: "Si vous avez un souci de sécurité dans cette région-là, la réponse peut être celle de l'Otan." - C.Grand: Elle n'a pas besoin d'être une réponse brutale américaine.
Il n'y a pas de manière explicite un message de dissuasion vis-à-vis des Etats-Unis. Même si ce qui est dit, c'est: "Il n'y aura pas seulement des troupes danoises, mais européennes." - C.Roux: En ce moment de crispation, est-ce que vous pensez que l'Otan joue sa survie? - C.Grand: C'est une crise sans précédent.
Il faut le reconnaître. Il y a eu dans l'histoire de l'Otan, qui remonte à 1949, des moments de grande tension entre plusieurs alliés. Des tensions entre Grecs et Turcs, tous les 2 membres de l'alliance depuis 1952.
Au moment de l'invasion de Chypre, il y a eu de très grandes tensions. Il y a eu plus récemment des tensions entre Français et Turcs, mais ce n'est pas la même chose. - C.Roux: Là, on parle des Etats-Unis. - C.Grand: C'est la pierre angulaire de cette alliance.
D'autre part, on a une vraie menace directe exprimée par un allié, et le plus grand des alliés, vers un autre allié fondateur de l'Otan. C'est quelque chose sans précédent. Ca peut se résoudre...
Ce n'est pas anecdotique. - C.Roux: On écoute le vice-chancelier allemand, qui s'exprimait à Berlin, hier. - Ces derniers jours, cela s'est davantage imposé à nous.
L'Alliance transatlantique traverse un moment, pire que nous le pensions. L'alliance telle que nous la connaissions jusqu'ici est en train de se dissoudre. Nous vivons une phase de bouleversement historique pendant laquelle toutes les certitudes sur lesquelles on pouvait se reposer s'effondrent. - C.Roux: Ce n'est pas rien, ce qu'il dit. - C.Grand: C'est une vraie question.
Cette question est posée, pas seulement par les Français, qui ont souvent critiqué l'Otan, les Etats-Unis à différents moments de l'histoire de l'Alliance atlantique. Elle est posée par des alliés traditionnellement très attachés à l'Alliance transatlantique. C'est le cas des Danois, les 1ers de la classe qui étaient prêts à suivre les Etats-Unis en Irak et en Afghanistan.
C'est le pays qui a perdu le plus de soldats par tête d'habitant. L'Allemagne s'était toujours gardé d'être trop critique des Etats-Unis. Elle avait toujours cherché des compromis.
C'est intéressant d'entendre ses alliés s'inquiéter. On verra quelle sera la sortie de tout ça. On est plus dans l'Otan telle qu'elle était auparavant. - C.Roux: Qu'est-ce qui a changé?
En clair, l'Otan doit faire sans les Américains ou partir du principe d'une forme de désengagement de la puissance américaine? - C.Grand: Il faut s'habituer à défendre l'Europe avec moins d'Amérique.
L'Amérique pense à l'Asie pacifique, à l'hémisphère occidental. Elle peut, sur un certain nombre de dossiers, être en désaccord avec les Européens. On l'a vu sur l'Ukraine, sur le Groenland.
Même si les choses se résolvent par une forme de diplomatie...
Les Danois et les Américains ont créé un groupe de haut niveau. Il y a un espace de négociation. Ce qui est intéressant, c'est l'habitude que l'Otan n'est pas celle de la guerre froide, ni celle de l'après-guerre froide, où les Etats-Unis étaient l'ancre de cette alliance.
Les Etats-Unis prennent leur distance et sont dans une relation compliquée, voire conflictuelle avec leurs alliés. C'est quelque chose de nouveau qui pose la question, peut-être pas de l'avenir de l'Otan...
L'Otan peut exister sans Amérique avec des grands piliers européens. Ce n'est pas ce qu'on a connu depuis 1949. - C.Roux: Vous proposez de réfléchir ensemble, avec les Américains.
Quoiqu'il se passe, même si notre ami américain est devenu véhément ces derniers mois, vous dites: "C'est avec eux qu'il faut réfléchir." Vous considérez qu'on ne peut pas entrer dans un bras de fer avec l'Amérique. - C.Grand: Tous les Européens et tous les gouvernements européens souhaitent que tout se fasse en bonne intelligence avec les Etats-Unis et qu'on imagine l'Otan de demain ensemble. - C.Roux: A cause de l'Ukraine? - C.Grand: Oui.
On voit qu'il est important que les Etats-Unis restent alignés sur ce qui se passe en Ukraine. Il faut reconnaître qu'on voit à travers plusieurs signaux qu'on est dans un mouvement tectonique, celui d'une Amérique qui prend ses distances. On l'a vu sur le sujet ukrainien depuis le sommet en Alaska.
On le voit à travers le Groenland. Ca pose la question de voir si cette coopération se fera de manière amicale... - C.Roux: E.Macron a dit ceci lors des voeux aux armées à Istres.
On entend aussi "se réarmer, faire davantage pour notre défense"...
C'est un sujet qui préoccupe l'ensemble des pays européens? - C.Grand: Oui et c'est normal.
C'est un message de Trump qui correspondait à la réalité. Les Européens ont longtemps été les passagers clandestins de leur sécurité. Ca bouge vite, aujourd'hui.
D'une certaine manière, le président de la République a envoyé un signal positif. Il dit qu'on sait le faire, qu'on peut le faire, qu'on n'est pas obligés d'être paralysés devant un Trump qui passe de la menace au conflit. - C.Roux: De la menace à la menace. - C.Grand: Les Européens peuvent prendre leur sécurité en
Emmanuel Macron