Patrick Buisson : "La primaire est une régression démocratique"
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Bonjour Patrick Buisson.
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François Fillon est-il l'incarnation d'une révolution conservatrice ?
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On a surtout parlé de son programme économique pendant la campagne.
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On ne peut pas être conservateur sur le plan sociétal et libéral sur le plan économique ?
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François Fillon a-t-il été choisi pour sa radicalité économique ?
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La comparaison Fillon-Thatcher est-elle fondée ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Il doit son succès à deux choses. D'abord, il est apparu comme susceptible de rendre à la fonction présidentielle un peu de dignité, un peu de sobriété. »
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« Un électorat plus préoccupé, disons, de la brogation de la loi Taubira que de la suppression de l'ISF. »
- 1:01Invité politiqueFait
« C'est le danger pour François Fillon parce qu'il est dans la contradiction entre le conservatisme et le libéralisme. »
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« Je ne crois pas que ce soit l'économie, le pouvoir d'achat et le chômage qui font l'élection. Ce sont les mythes politiques. »
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« Les Français savent que l'économie française appartient à ses créanciers et aux banques. »
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« Avec la politique de la ville, la gauche a remplacé la question sociale par la question ethno-raciale. »
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« Moi, j'avais proposé à Nicolas Sarkozy de remplacer le critère du quartier par celui du revenu. »
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« La droite ne parle pas de ça. »
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« C'est un fait. À partir du moment où la stratégie choisie était celle du Nini, on était passé à droite du Front Républicain au Nini. »
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« Nicolas Sarkozy s'est trompé de campagne. Il a fait une campagne populiste, alors que le périmètre électoral de la primaire, ce sont les inclus, ce sont les catégories plutôt favorisées qui vont voter. »
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« La primaire n'est pas un progrès de la démocratie, mais un détournement, une régression démocratique. »
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Le 7-9 de France Inter, première matinale de France, à suivre aussi en vidéo sur franceinter.fr.
Bonjour Patrick Buisson. Bonjour. Dans votre livre A la cause du peuple chez Perrin, chronique acerbe du quinquennat de Nicolas Sarkozy, vous ne cessez de regretter la disparition ou l'effacement de la vraie droite. François Fillon, à vos yeux, est-il l'incarnation d'une révolution conservatrice et d'une droite qui avait quasiment disparu dans le paysage français ?
Il y a une ambiguïté autour du mouvement qu'il porte aujourd'hui, François Fillon. Il doit son succès à deux choses. D'abord, il est apparu comme susceptible de rendre à la fonction présidentielle un peu de dignité, un peu de sobriété. Ce n'était pas très difficile avec les deux présidences que nous avons vécues. L'autre élément, c'est qu'il est porté par un électorat plutôt conservateur sur le plan sociétal. Un électorat plus préoccupé, disons, de la brogation de la loi Taubira que de la suppression de l'ISF. croire que le programme économique de François Fillon et l'explication de son succès sera un contresens total.
C'est pourtant ce dont on a le plus parlé pendant cette campagne des primaires de la droite.
C'est le danger pour François Fillon parce qu'il est dans la contradiction entre le conservatisme et le libéralisme. Le libéralisme, c'est indissociable, c'est insécable. Il n'y a pas un bon et un mauvais libéralisme comme il y a un bon et un mauvais cholestérol. Le libéralisme économique d'un côté, le libéralisme culturel de l'autre.
On ne peut pas être conservateur sur le plan sociétal et libéral sur le plan économique.
C'est très difficile. Il y a la logique du marché. Il n'y a pas d'économie de marché sans société de marché. Il n'y a pas de consumérisme sans marchandisation des rapports humains. C'est cette logique-là qui est à l'oeuvre, on le voit bien. Et pour François Fillon, c'est la difficulté car il risque de se faire enfermer dans l'image du candidat du patronat. Le candidat de la mondialisation sauvage, dit le Front National à son propos. C'est-à-dire qu'il sera en situation, si vous voulez, de ne pas pouvoir rééditer ce qui est une équation très très difficile.
Ce désenclavement sociologique qui était le propre du gaullisme en 1947 avec le RPF, en 1958 avec le retour de De Gaulle, l'alliance des forces conservatrices et l'électorat populaire et même, et surtout, en 2007 avec l'élection de Sarkozy. Donc la difficulté pour lui, c'est effectivement de tenir les deux bouts, les deux termes de cette équation.
Vous êtes certain qu'il n'a pas été choisi pour sa radicalité économique, ce qu'il a mis en avant pendant toute la campagne ?
Eh bien justement, le problème c'est de sortir de l'économisme. Je ne crois pas que ce soit l'économie, le pouvoir d'achat et le chômage qui font l'élection. Ce sont les mythes politiques. Un exemple, la promesse d'égalité a longtemps été portée par la gauche, l'égalité de redistribution de l'argent public, l'égalité sociale. Aujourd'hui, il est en passe de glisser vers le Front National. C'est ça qui fait un ressort électoral. Ce n'est pas de dire, il y aura moins de chômeurs, vous aurez plus de pouvoir d'achat. Les Français savent que l'économie française appartient à ses créanciers et aux banques.
Autant ils sont convaincus que le gestif n'a plus de prise sur l'économie, autant ils sont en situation d'exigence sur les questions régaliennes. Et la redistribution de l'argent public, par exemple, c'est une question fondamentale, que la droite n'aborde plus. Avec la politique de la ville, la gauche a remplacé la question sociale par la question ethno-raciale. C'est-à-dire, le critère de distribution de l'argent public, ce n'est pas le revenu, ce n'est pas la condition, c'est le quartier. C'est-à-dire l'appartenance ethnique. Moi, j'avais proposé à Nicolas Sarkozy de remplacer le critère du quartier par celui du revenu. Ce qu'a commencé à faire François Lamy sous héros.
C'est-à-dire introduire les petites villes moyennes en déclin dans la manne, la distribution de la manne publique, de l'argent public. Quand une société se refuse à identifier les intérêts contradictoires, elle ne se donne pas les moyens de procéder à un arbitrage équitable. La droite ne parle pas de ça. Fillon est sur le terrain de l'économie où les résultats sont problématiques. Là où les Français attendent les politiques, c'est sur des questions simples, comme celles-là. Une autre, dont on parlera si vous le voulez, c'est comment réinstituer le peuple français comme sujet souverain ? C'est-à-dire, comment faire en sorte qu'il soit à nouveau l'acteur de son propre destin ?
La comparaison Fillon-Thatcher, elle est fondée à vos yeux, Patrick Buisson ?
Écoutez, une chose est ce qu'on dit pour conquérir le pouvoir, une autre chose est ce qu'on fait quand on est en situation de l'exercer. Et donc, je me garderai bien de tout jugement et qui ne serait qu'à un préjugé, finalement.
Alors, les jugements, vous en rapportez beaucoup dans votre livre sur François Fillon, via Nicolas Sarkozy, dont vous rapportez les colères, les imprécations contre son Premier ministre. Entre les deux hommes, aucun respect, aucune estime, pas même la complicité des combats menés en commun. Il est traité, Fillon, de géopoliticien de la Sarthe. Il faisait l'objet, écrivez-vous, de la part du chef de l'État, d'un incessant pilonnage verbal, minable, lamentable, pathétique. À l'entendre, Fillon était un maître étalon de la couardise, destiné à rejoindre au sortir de Matignon le bureau des poids et mesures du pavillon de Bretaille. C'est vrai ? Patrick Buisson, c'est un lâche, François Fillon ?
Je me garderais bien de porter le moindre jugement moral sur un politique quel qu'il soit, quel qu'il fût.
Mais vous le rapportez à longueur de la page ?
Je le rapporte à réalité et, cher Patrick Cohen, je vais vous dire une chose. J'ai dû le corps, cette réalité. Par respect pour la fonction, je ne retranscris pas les propos que j'ai entendus entre le président de la République, pas le président de la République, à l'égard de son Premier ministre. Par respect pour la fonction, car c'était d'une telle violence verbale inimaginable. Ou enfin, peut-être, vous l'imaginez, connaissant la nature éruptive de l'ancien président.
Enfin, un peu plus loin, pardon, vous expliquez que parmi les... Parmi que... vous accusez François Fillon... Enfin, vous l'accusez, vous expliquez que François Fillon a contribué à faire perdre Nicolas Sarkozy en 2012 à cause d'une interview d'entre-deux-tours où il soulignait l'incompatibilité de valeur entre la droite et le FN. Fureur de Nicolas Sarkozy, il ressortait en version châtiée que derrière le masque d'un Premier Communion se dissimulait un être sournois, vicieux et lâche.
C'est un fait. À partir du moment où la stratégie choisie était celle du Nini, on était passé à droite du Front Républicain au Nini, c'est-à-dire envoyer un message aux électeurs tentés par le vote du Front National pour essayer de les fixer sur le vote Sarkozy. Il est bien évident que ce genre de propos, la veille d'une élection, ne sert pas à cette stratégie. Et là, le constat de Nicolas Sarkozy était, j'allais dire pour une fois, un constat clinique.
Donc, François Fillon a contribué à la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012 ?
Non, je ne pense pas, parce qu'il n'était pas le seul sur ce registre-là. NKM, par exemple, a fait des déclarations qui allaient dans le même sens. Et puis, je crois que les raisons pour lesquelles Nicolas Sarkozy a échoué étaient trop lourdes, trop structurelles pour que les propos de fin de campagne ne modifient le rapport de force de quelque manière que ce soit.
Et l'échec de Nicolas Sarkozy à la primaire, à cette primaire, parmi les causes qui sont citées. Ce livre, votre livre, les proches de l'ancien président estiment que vous lui avez fait du mal. Patrick Buisson, objectif atteint ?
Écoutez, un livre ne tue jamais en politique. Il cristallise ce qui est dans l'air du temps. C'est une sorte de précipité. Le discrédit de Sarkozy était largement antérieur à l'apparition de mon livre. Vous savez, Nicolas Sarkozy s'est trompé de campagne. Il a fait une campagne populiste, alors que le périmètre électoral de la primaire, ce sont les inclus, ce sont les catégories plutôt favorisées qui vont voter. Et une campagne, non pas sur Alain Bisson, mais sur une caricature avec la doulouration de frites, les Gaulois. Donc, c'était une erreur d'analyse, c'est une mauvaise campagne. En fait, ce ne sont pas les idées qui étaient décrédibilisées.
C'était l'émetteur, le médium qui est discrédité. Ce discrédit politique, il n'a jamais pu le combler depuis 2012. Il a d'ailleurs été à l'origine de sa défaite en 2012.
Et François Fillon, vous l'avez revu depuis 2012 ?
Non, non, non, je n'ai pas de rapport avec François Fillon. J'avais juste un coup de téléphone de François Fillon, lorsque NKM avait tiré en disant que Buisson n'a pas voulu faire gagner Sarkozy, mais il m'en as. Ça, c'était juste après la défaite présidentielle. Voilà, Fillon m'avait téléphoné pour dire qu'il ne partageait pas du tout cette analyse. Depuis, je n'ai aucun rapport avec lui.
Et vous avez voté pour lui dimanche ?
Non, non, je n'ai pas voté à la primaire parce que c'est un sujet, à mon avis central, la primaire n'est pas un progrès de la démocratie, mais un détournement, une régression démocratique. Les partis ont inventé les primaires pour tenter de se relégitimer. C'est une procédure de relégitimation au moment où leur discrédit est profond. Et ça a un effet, la primaire. Le premier effet, d'abord, c'est les partis verrouillant l'offre politique, on accentue la dérive vers le suffrage censitaire. Nous n'avons voté que les catégories favorisées.
François Fillon a prouvé le contraire, ce n'est pas lui qui tenait le parti.
Non, mais attendez, il était d'accord pour la procédure.
Oui, mais vous dites que les partis ont verrouillé le truc, ont permis de l'offre.
Les primaires, à partir du moment où les partis ne peuvent plus désigner en leur sein leurs candidats, ils ont inventé une nouvelle procédure pour remédier à leur discrédit. Les conséquences de la primaire, Patrick Cohen, elles sont quand même importantes à regarder. Ça accentue la dérive vers le suffrage censitaire. ne vont voter que les inclus, ceux qui, à partir de nos catégories privilégiées. C'est-à-dire qu'on assiste à un double mouvement d'éviction des pauvres des catégories populaires.
Vous appelez la France invisible, elle ne s'est pas mobilisée.
Ils sont exclus du marché politique, ou ils s'excluent eux-mêmes, et en attendant d'être exclus du marché de l'économie ou du travail, avec le revenu universel. C'est la même logique qui est à l'œuvre. Et donc, ça aggrave la crise de la représentation, parce que ça renforce le poids politique des catégories favorisées. Au moment où il faudrait rouvrir le jeu démocratique, on fait en sorte de confier à une minorité partisane la construction de l'offre politique qui va être soumise à l'ensemble du corps électoral. Donc cette dérive ne va faire que s'accentuer.
Patrick Buisson, invité de France Inter, ce matin, On vous retrouve dans quelques minutes avec les questions, les appels des auditeurs au 01-45-24-7000, et dans un instant, la revue de presse.