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interviewFrance Culture (sur YouTube)· 3 janvier 2026 3 min

La mode n’en finit plus de se regarder dans le rétro

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Pour son tout premier défilé pour la maison Dior lors de la semaine de la mode parisienne en octobre 2025, Jonathan Anderson a commencé [musique] par un hommage, une vidéo évoquant ses prédécesseurs Yve Saint- Laurent, John Gallano, Gianfranco Ferré, Maria Gradia Curry, une belle manière de rendre hommage à la maison, mais aussi le signe d'une époque où la mode semble avoir contracté un [musique] mâ dont il est difficile de se défaire, la nostalgie. Les grandes maisons parisiennes Chanel, Balciaga, Saint-Laurent, Dior portent tout le nom de couturier disparu dont l'héritage pèse autant qu'il inspire. En prenant ses fonctions, chaque nouveau directeur artistique commence par plonger dans les archives.

Un geste indispensable pour comprendre les codes d'une maison, mais aussi une démarche marketing de la part des marques. Car cet héritage est désormais largement valorisé et mis en scène. Les musées privés se multiplient.

Celui de Dior à Paris attire des foules dignes du Louvre et les expositions consacrées à l'histoire de la mode remplissent les agendas culturels. Le patrimoine est devenu un atout, presque une stratégie. Autrefois, il était rare que les maisons conservent même quelques archives.

La mode a pourtant toujours aimé se réinventer à partir du passé. Le New Look de 1947 s'inspirait déjà des silhouettes de 1900, mais il était assez innovant pour être qualifié de nouveau par la presse de mode, au [musique] point d'être défini dans son nom même par cette idée de nouveauté. Autrefois, ces reprises étaient des points de départ.

Aujourd'hui, elles ressemblent parfois à des boucles. Les tendances passent à toute vitesse, les risques coûtent cher et dans une industrie où tout doit marcher tout de suite, les succès du passé sont une valeur sûre. Alors, les rééditions s'enchaînent.

Le t-shirt Jador Dior du printemps été 2001 ressort en 2025. Le sac Paddington fait son grand retour chez Chloé. Balciaga relance son city bag.

Même Saint-Laurent pour sa collection d'octobre semblait rejouer si fidèlement les codes div qu'on aurait pu croire que le créateur n'était jamais parti. Sur les tapis rouges aussi, le passé brille de nouveau. Kylie Jenner et Kim Kardashian pos en Mugler 1998.

Kaya Gerber en robe Givanchi 97 signé Alexander McQueen. Le passé semble une valeur refuge et peut-être en filigrane une manière de dire que c'était mieux avant. Les anglo-saxons appellent ça le nostalgia dressing.

S'habiller comme avant parce qu'on ne sait plus très bien à quoi devrait ressembler demain. Il y a dans cette nostalgie quelque chose de doux, de presque réconfortant. Le créateur japonais Yoji Yamamoto a récemment déclaré dans une interview au monde "Je déteste les archives, ça tue la créativité.

Une parole rare qui dénote avec les pratiques du temps. À force de regarder en arrière, la mode risque de tourner à vide. Elle ne propose plus d'imaginaire et se cite elle-même.

On attend toujours le prochain grand choc esthétique, la prochaine silhouette qui dira quelque chose de notre époque. Pour l'instant, les maisons rejouent la même partition avec la même peur, celle de rater le coche, celui des ventes. Peut-être que la mode ne manque pas d'idée, mais de confiance.

Elle doute, comme nous tous et toutes, face à un monde qui va trop vite. Alors, elle se réfugie dans ce qu'elle connaît, les formes d'hier et des icônes d'avant. C'est une manière de répondre à l'anxiété du présent, de trouver du sens dans la répétition.

Ce n'est pas forcément grave, mais c'est vertigineux. Car si la mode, cette fabrique de futur de sait plus imaginer demain, qui le fera à sa place ? Chaque jour, un coup de projecteur éclaire notre actualité. [musique] Le fil Culture G, abonnez-vous au podcast.

Yeah.