Quel hommage pour Alain Delon ?
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France Inter Bonjour à tous, ravis de vous retrouver pour le débat de midi. Ici on se nourrit d'époque et l'on trinque aux contemporains. Jusqu'à 13h sur France Inter, vous êtes les bienvenus. Et l'on attend vos messages et notes vocales au 01 45 24 7000. Aujourd'hui, un débat de midi un peu spécial, puisque nous allons revenir sur la disparition d'Alain Delon et la trace qu'il a laissée dans le cinéma et dans nos vies. Mine de rien, ça faisait plus d'un demi-siècle et qu'il imprimait les rétines du pays et de l'international.
Personne étrange que ce comédien au charisme, sculpté d'antique et de sauvage, assumant sa part de réaction aussi, parfois de misogynie, comme si le fait d'être trop beau empêchait parfois de se dire qu'il pouvait être touché lui aussi par le pas très beau. Alors peut-être, on l'a trop demandé à Delon, mais cet étrange caractère, il s'est taillé une réputation qui lui donnait toute sa place chez les héros du dimanche. Alors les héros du dimanche, vous ne connaissez pas, c'est un club que nous avions fondé sans le savoir, avec quelques amis en pré-adolescence.
Ce n'était pas vraiment un club, mais plutôt une discussion que nous avions tous les lundis matin en dernière année d'école primaire concernant le film diffusé la veille à la télé. Des longs métrages d'action à La Française avec Jean-Paul Belmondo et Alain Delon. Rare étaient les autres acteurs à intégrer nos discussions, sauf peut-être de funesse. Un temps bien avant de découvrir Hollywood. Belmondo faisait le plus souvent l'unanimité. Delon était formé, trop sombre, pas assez bon copain. Et puis arriva Borsalino, film de Jacques Doré dans lequel jouaient Delon et Belmondo, gangster dans le Marseille des années 30. Les deux comédiens ensemble, c'était donc possible ?
Une excitation magistrale nous tenait depuis la veille, mais c'était sans compter la livraison de bulletins de notes le vendredi soir. Une étrange malédiction frappait alors le club des héros du dimanche appelé le bulletin de notes bien bien sale. Tous, nous avons bien sûr été privés de télé. Borsalino attendit une rediffusion un an plus tard, mais le club s'était dissous à l'entrée du collège au début de l'automne. Et vous Delon, c'était quoi ? Le comédien, les histoires people, une époque ? Des prises de position qui vous ont choqué ou non ? Et oui, on s'est tous rappelé aussi sa marionnette au guignot de l'info. Pas si loin du vrai, en fait.
N'hésitez pas à venir nous en parler au 01 45 24 7000. Le débat de midi, hommage à Alain Delon. Il vous en remercie. C'est parti sur France Inter. Jean-Mathieu Pernin, le débat de midi sur France Inter. Et pour en parler autour de la table du débat de midi, nous recevons Guillemette Odissino. Bonjour. Bonjour. Vous êtes journaliste, critique et chef de la rubrique cinéma à Télérama. Également Christophe Ernaud. Bonjour. Bonjour. Vous êtes co-rédacteur en chef de la revue Schnock. Marc Brincourt. Bonjour. Bonjour. Vous êtes ex-rédacteur en chef photo et actuellement commissaire des expositions Paris Match et des hors-série aussi de Paris Match. Et puis aussi à distance, Antoine Cyr.
Bonjour à vous. Bonjour. Vous êtes chroniqueur à l'avant-scène cinéma. Juste au départ, forcément Marc Brincourt, je me tourne vers vous parce que vous avez été rédacteur en chef photo à Paris Match pendant combien de temps ? 38 ans. 38 ans. 38 ans. Est-ce que vous savez combien de photos d'Alain Delon vous avez faites ?
Non, mais je connais le nombre de couvertures. 52.
52 couvertures d'Alain Delon.
Ça fera la 53ème qui sortira demain.
Voilà, avec une première couverture. Alors, vous n'étiez pas, vous, rédacteur en chef photo d'Alain Delon. Ah non. C'était dans les années 50. Avec Romy. Avec Romy Schneider.
Parce qu'à l'époque, c'était Romy qui l'a plus connu. Voilà, Romy Schneider. Et donc, sa première couverture de match, il n'était pas tout seul. Et après, bon, évidemment, ça a évolué. Mais voilà, on l'a tracé, on l'a raconté sa vie pendant toutes ces années jusqu'à maintenant. et jusqu'à cet hommage ultime. Mais c'est vrai qu'avec Alain Delon, il y a eu une sorte de confiance. Même moi, j'ai eu ce privilège. Je ne dis pas que j'étais... Je n'étais pas ami avec Alain Delon. Juste, il y avait eu une confiance professionnelle très poussée et qui a commencé mal et qui a mieux fini. Parce que c'est Delon, c'est Delon. Pourquoi ça a commencé mal ? Parce que ça s'est passé...
Voilà, un jour, c'était le film Astérix. Oui. Et on voulait faire une couverture avec Benoît Paul Vord. Et puis, ils étaient en studio tous les deux. Et bon, c'était sympa et tout. Et puis moi, j'étais là pour voir si tout se passait bien et tout ça. Et à la fin de la séance, il était en interview avec Catherine Schwab. Journaliste à Paris Match. Journaliste à Paris Match. Et il était comme ça. Puis à un moment donné, j'avais un truc très important à dire à Catherine. Donc, je suis un peu intervenu. Là, il m'a regardé. Il m'a fusillé du regard. Qu'est-ce qu'il veut, celui-là ? Waouh ! Je me suis dit, ça commence fort. C'était ma première... Pour la fois, je le voyais.
J'ai dit, bon, j'ai dit, oh là là ! J'ai dit, ne vous inquiétez pas. J'ai juste un mot à dire à Catherine. Bon, bon. La semaine d'après, il y a le bouclage. Oui. Parce qu'ils ont fait la couverture. Et là, il est venu. Et vraiment, ça m'emmerdait quand même. Vraiment d'avoir... Parce que j'étais un peu fan quand même. Je connaissais bien aussi Jean-Paul Melmondo. Donc, je suis vieux, cet accueil un peu. Puis je me suis dit, j'étais... Alors, il aimait bien venir à Match au bouclage. D'accord. Quand il y avait un sujet qui le concernait. Ce n'était pas du tout... Là, franchement, pas pour... Vous m'enlevez ça, ça ne va pas. Non, non. Il aimait bien être dans l'ambiance du bouclage à 11h.
Voir toutes ces petites fourmis qui bossent. Et puis, ce que j'ai fait, je me suis mis à mon écran. Et puis, on parlait des 52 couvertures. J'ai sorti les 52 couvertures sur du papier à trois. J'ai mis ça dans une chemise. Et puis, je suis resté... J'ai attendu. Il était avec le directeur de Match. Et j'étais dans l'antichambre. Et j'attendais. J'attendais. Et puis, d'un coup, la porte s'ouvre. Il me voit. Et là, je vois. Il me flingue le regard parce qu'il m'a reconnu. Et je lui ai dit, ne vous inquiétez pas. J'en ai pour deux secondes. Et là, je lui ai dit, j'ai quelque chose pour vous. Et j'ai dit, voilà. Toute votre vie en couverture de Match. Et là, je lui montre tout ça.
Et là, le masque tombe. Et il me dit... Alors là, Alain Delon, c'est plus beau cadeau qu'on m'a fait. J'ai dit, bien sûr. Et il me dit, par contre, je veux la même chose. En deux mètres sur trois. Collé et livré à Douchy. Pas de problème. D'accord. Et donc, la semaine d'après, il avait son tirage. Et là, il y a eu... Après, il y a eu un petit laps de temps. Et puis après, il est revenu vers moi. Il avait besoin de moi pour des photos de cartes de vœux. Et là, il y a une confiance qui s'est installée. Jusqu'au jour où un jour, il m'a dit de venir à Douchy. Chose qu'il m'avait refusé une fois. Une première fois, là aussi, un peu...
Un peu durement. Alors, de tout ça, bien sûr, on va en parler, Marc. Mais il est vrai, guillemette, Odissino. Hier, sur les réseaux sociaux, Télérama a publié cette fameuse interview de Fabienne Pasco. Donc, journaliste aussi à Télérama. Qui a longtemps, bien sûr, aussi, s'occupait de théâtre. Et donc, qui avait interviewé Alain Delon en 1990. Et on le voit, ce que vous dites, en effet, Marc. Au premier abord, Alain Delon n'était pas un homme facile. Alors, je ne sais pas si, en plus, le fait, en plus d'être une femme, on savait très bien la réputation d'Alain Delon sur la séduction.
Mais on vous voit, quand même, là, j'encourage vos auditeurs à lire cette interview qui a été republiée par Télérama sur votre site, notamment. C'est un combat, en fait, entre, vraiment, la journaliste Fabienne Pasco et le comédien Alain Delon. Oui, oui, absolument, c'est un combat. Mais parce qu'en fait, je pense que Fabienne Pasco arrive déjà, c'est son grand talent, en mode guerrière. Oui, d'accord. Elle veut, enfin, pas le casser, mais elle veut lui faire dire des choses. Elle veut lui dire pourquoi tu parles à la troisième personne, de toi-même. Et en fait, il a très bien compris qu'il est dans l'arène.
Alors, le problème avec Delon, c'est que quand on le met dans l'arène, on ne peut pas dire qu'il soit extrêmement sympathique. On peut même dire qu'il est odieux. Là, à ce moment-là, c'est, on va peut-être en reparler plus tard, mais c'est le gangster. Là, c'est le gangster qui apparaît. C'est, tu vas, tu, attention, mon honneur, ma parole. Enfin, donc, oui, c'est un vrai duel. Mais alors, moi aussi, si je peux me permettre, ma petite anecdote. Mais attendez, vous êtes là. En mode nettement moins odieux. Alors, évidemment, plus dans l'auto-dérision. Ce qu'on peut, de temps en temps, ça peut être étonnant, mais... D'ailleurs, c'est comme ça que je commence ma nécro dans Télérama.
Parce que c'est un truc qui m'est arrivé. J'étais très, très jeune journaliste à Cannes. Et vous savez, il y a eu un hommage magnifique. Il y avait Martin Scorsese qui avait complètement remasterisé la copie du guépard. Et donc, il y avait eu une projection à Cannes classique absolument magnifique d'une copie neuve. Où était présent Martin Scorsese ? Bon, lui, ce qu'on dit, non, évidemment, puisqu'il était déjà mort. Mais Claudia Cardinal et Delon. Et donc, dans les grands salons du Majestique, il y avait un grand dîner avec Delon à une table, très people et tout. Puis moi, j'étais une petite journaliste toute débutante à l'autre bout de la salle là-bas.
Et je me suis dit, c'est pas possible, il faut que j'aille lui dire que je l'admire. Alors, votre rédacteur en chef, il vous interdit de vous lever dans ces cas-là. Il me dit, ça va pas ou quoi ? Enfin, t'es journaliste, tu vas pas aller dire à Delon que tu l'admires ? Si, si. Donc, limite, je crains le licenciement. Je me lève, je vais voir Delon. Et je lui dis, bah là, je vous admire beaucoup et tout. Et là, il avait un garde du corps à côté de la table. Et il fait ça, un petit jet avec la main pour pousser le garde du corps. Vas-y, approche-toi, jeune fille et tout. Et en rigolant, mais vraiment en rigolant, il me dit, jeune fille, vous voulez que je vous fasse le regard Delon ?
Je lui dis, pardon ? Je lui dis, bah écoutez, oui, si vous voulez, oui, oui. Et là, il baisse la tête sur son assiette. Il relève la tête d'un coup. Et il me plante ses yeux dans mes yeux. J'ai été projeté au mur du fond. Et je lui dis, oula, oui. Mais j'en rigole. Et il me dit, si vous voulez, on fait une deuxième prise. Je le refais. Et en fait, ça m'a tellement... Enfin, j'ai trouvé ça tellement drôle. Beaucoup d'autodérision. Bien sûr. Et je lui dis, bon, maintenant, il faut que j'y aille et tout. Je lui raconte. Je lui dis, je vais me faire licencier par Télérama, d'avoir osé venir vous voir comme une fan de base. Et il me dit, vous penserez à me dire au revoir en partant.
D'accord.
Et il y avait une lueur dans son oeil. C'est marrant. Il y avait la lueur de, t'es en train de parler à Delon, ma fille. Oui, mais ça fait rire Alain. De toute façon, on voyait tous les articles, beaucoup, là, en ce moment. On est tous en train d'écrire sur cette espèce de dédoublement. C'est très complexe, en fait. Beaucoup plus complexe qu'on le pense, en fait. Il y avait deux personnes. Ou on tombait sur Alain, ou on tombait sur Delon. C'est ça. Christophe Arnault, vous aviez consacré, en effet, toute une revue, Schnock, à Alain Delon. Schnock, alors, c'est vrai, c'est sur un état d'esprit particulier.
Pourquoi, pour vous, d'après vous, Alain Delon, méritait-il les honneurs de la une de Schnock ?
En fait, tout ce qui est culture française, populaire, nous intéresse. Donc, à partir de là, tout est possible. Et Delon, évidemment, en fait partie. Ce qui était intéressant chez Delon, c'était justement... On prend souvent par le côté un peu le plus sympathique, le plus schnock des personnages qu'on aborde. Et c'est vrai que Delon, a priori, est quelqu'un d'assez dur, d'assez renfermé, pas très marrant. D'ailleurs, c'était le sujet de mon édito sur le fait qu'il ait jamais fait de comédie, vraiment. Il en a fait une, apparemment. Il en a fait une, et ce n'était pas vraiment une réussite. Et tant mieux, d'ailleurs.
Il avait eu cette lucidité magique de ne pas se faire comédien qui n'était pas dans le registre comique. Et donc, voilà, on l'a schnockisé à notre façon. Et il avait aussi... Alors, on parlait de ce film catastrophe avant l'émission d'Airport, dans laquelle il a joué. Un film peu connu. Oui, peu connu, il avait une petite culture nanaresque. Il a une petite filmobée qui n'est pas dégueu, j'ai envie de dire. Le tout-bib, waouh ! Le tout-bib, le passage. Enfin non, il a son côté schnockesque. Et évidemment, il était fort sympathique. Il avait refusé de nous donner une interview, mais il l'avait fait avec une élégance rare.
Et il avait, ce que tu dis sur le bouclage de Paris Match, où il venait un peu... Il avait suivi un peu le déroulement quand même de la fabrication du schnock. Et à la fin, quand le numéro était sorti, il nous avait envoyé un message très sympa, en disant bravo, beau boulot et tout ça. Donc, il y avait ce côté dur, en même temps très sympa, très inquiet presque de ce qui se disait sur lui.
Alors, pour aller dans votre sens, Christophe Arnaud, j'ai retrouvé une citation à Alain Delon, qui l'a joué en effet que dans une poignée de comédies. Et lui, il avait répondu à Jean-Paul Rapneau, qui en 1975, lui avait proposé le premier rôle du Sauvage, qui finalement sera joué par Yves Montand. Et il disait, c'est une comédie avec moi. Ça ne marche pas, la comédie, nous disait-il. Alors, juste un mot. Il avait aussi dit à Rapneau, parce que vous savez, dans le film, à un moment, Yves Montand cuisine un poisson dans une cuisinière. Il avait dit, Delon ne cuisine pas à l'écran. Très bien, on le voit.
Alors, Antoine Cyr, vous-même, vous avez travaillé sur Alain Delon, notamment sur le début de sa carrière. Est-ce que, de temps en temps, vous avez l'impression qu'Alain Delon, on a du mal à dissocier sa carrière aussi de sa vie, de son intimité, de son personnage public ?
Non, je pense qu'il y a une première partie de la carrière de Delon, qui sont en gros les 15 années, entre 1960 et 1975, où il sculpte vraiment son personnage. Et, en fait, il va le sculpter à partir de quelque chose qui existe dans sa vie privée, comme dans sa vie d'acteur, qui est sa beauté. C'est-à-dire que Delon, c'est quand même un des inventeurs de la beauté masculine au cinéma.
Extrêmement peu de réalisateurs ont autant arrêté leur caméra sur le visage d'un acteur masculin, juste pour laisser parler ce visage, que le fait déjà René Clément dans Plein Soleil, que le fait Visconti dans Rocco et ses frères, et bien sûr que le fera Jacques Deray, non seulement sur le visage, mais sur le corps de Delon dans la piscine. En fait, même dès les débuts d'Alain Delon, Yves Allégret lui dit « Parle comme tu me parles, regarde comme tu me regardes, écoute comme tu m'écoutes, ne joue pas, vis. » Et évidemment, regarder vivre quelqu'un, c'est l'expression la plus profonde de l'amour.
Et donc, finalement, il y a cette idée que Delon, c'est quelqu'un qu'on va regarder vivre et on va l'aimer parce qu'il est beau à regarder vivre. Et ensuite, il va petit à petit, ce qui est intéressant, c'est qu'il a compris aussi qu'un jeune premier, c'est un peu bête, et donc, il faut absolument qu'il nourrisse cette beauté.
C'est vraiment la grande compréhension qu'a eu Delon et qui va structurer la façon dont il va construire sa filmographie, ce mélange de fragilité, de responsabilité qu'on a dans Rocco et ses frères, ce côté anxiogène qu'on va retrouver dans ce rôle qu'il a tellement voulu de plein soleil ou dans la piscine, le côté solitaire qu'on a dans Le Samouraï et plus généralement dans les films de Melville, et aussi, finalement, même dans un film plus léger comme La Toulite Noire, c'est assez intéressant parce qu'il joue un double personnage. Et ce que disait tout à l'heure Guillemette sur le caractère double, on le voit dans un film.
Je crois même qu'il y a un autre film que je n'ai pas vu, mais qui est un film à sketch avec Bardot, où il joue aussi un double personnage. Donc, cette idée des deux Delon, elle existe jusqueuse et y compris dans sa filmographie. Oui, c'est ça.
Alors, justement, je voudrais vous faire écouter un son d'Alain Delon où il parle de sa carrière. Alors, on est dans les années 80, donc Alain Delon, on le sait, aime bien parler de lui comme il parle à Alain Delon, tout simplement, face à un miroir. Je ne sais pas si c'est un journaliste. On va écouter justement son point de vue sur son métier. C'était Alain Delon.
Je suis tout de suite devenu un acteur important, tout de suite une vedette et puis par la suite assez rapidement une star. Je n'ai pas eu le temps de me fabriquer. Je n'ai pas eu le temps de me faire à ça. Et dans le fond, ce que j'ai toujours dit il y a très longtemps au début de ma carrière, je ne suis pas fait pour ce métier. Je n'ai jamais été fait pour ce métier. Je ne sais pas très bien d'ailleurs pourquoi je suis fait.
Voilà, c'est Alain Delon dans les années 80. Mais moi, je trouve ça extrêmement émouvant parce que finalement, la plupart des acteurs qui sont devenus des stars pourraient dire ça. Ils pourraient dire j'ai commencé vite, je ne me suis pas rendu compte, je suis devenu d'abord un acteur, ensuite une star. Finalement, il n'y a rien de prétentieux. C'est très à plat. Le truc, c'est qu'il est incroyablement premier degré quand il parle de lui. Mais il n'y a rien de faux là-dedans. Dans l'absolu, il n'y a rien de prétentieux. Et surtout, à la fin, il dit je sers à quoi ? Qu'est-ce que j'aurais dû faire ?
Même à un moment, il disait j'aurais dû rester boucher charcutier, j'aurais eu moins d'emmerdes. Parce qu'en fait, au départ, il y avait un CAP, c'est ça. C'est ça, en effet.
C'est très intéressant ce qu'on vient d'entendre en dehors de la blague et tout ça. C'est qu'il y a un truc qu'on oublie, enfin qu'on n'oublie pas mais que je vais rappeler et qu'on vient de rappeler c'est que Delon, il ne vient pas de la bourgeoisie, il ne vient pas comme beaucoup de comédiens notamment Belmondo par exemple qui est un grand bourgeois. Delon, il vient de la boucherie charcuterie. C'est un fils d'ouvrier. Il ne vient pas du tout de ce sérail. Et cette façon de parler qui peut sembler un peu grotesque voire vulgaire pour la bourgeoisie, c'est sa façon à lui d'exprimer ce qu'il est sincèrement.
Il restera comme ça tout le temps même s'il possède une maîtrise du langage total et même si c'est plus qu'un comédien Delon, c'est un entrepreneur, c'est quelqu'un qui a fait autre chose de sa carrière de simple comédien. C'est un mec énorme, gigantesque. Antoine Cyr, vous vouliez réagir ?
Oui, ce qui est intéressant c'est que d'un côté Delon présente à juste raison sa carrière comme quelque chose qui lui a un peu tombé dessus parce qu'en effet cette beauté incroyable que les premiers réalisateurs ont remarqué ce n'est pas lui qui l'a fabriqué et en même temps il a fait si je puis dire un lobbying d'enfer pour obtenir les premiers rôles dont il avait envie et notamment celui de plein soleil.
Il y a cette fameuse scène enfin cette fameuse scène vécue où il arrive chez René Clément il y a la femme de René Clément qui est là il y a les frères Hakim qui sont les producteurs qui sont là et donc il y va parce qu'il sait que la production du film veut lui donner le rôle qui finalement sera dévolu à Maurice René et donc tous ces gens l'attendent en disant ce Delon va être très content qu'on lui donne ce rôle et là il arrive il dit non non mais franchement ce rôle du riche un peu indolent c'est pas un rôle que vous pouvez me donner dans ce film il y a un rôle formidable c'est le rôle du méchant et il va faire il va faire en quelque sorte un sit-in jusqu'à deux heures du matin jusqu'à ce que la femme de René Clément qui était je crois d'origine bulgare lui dise écoute René je crois que le petit a raison et là il va obtenir le rôle de plein soleil effectivement ce rôle de ce personnage très ambigu donc il y a là aussi c'est double c'est à dire que d'un côté quelque chose lui tombe dessus grâce à son talent inné incroyable et en même temps il va quand même en tout cas dans les 10-15 premières années de sa carrière faire des choix parfois très intelligents quand même
Alors au 01-45-24-7000 vous nous écrivez Xavier qui nous dit pourquoi aimer ou détester pour ma part je trouve le début de sa carrière d'acteur incroyable puis je ne suis plus du tout fan du personnage public qui est devenu ensuite ni de ses films à partir des années 80 Marc Brincourt est-ce que c'était quelqu'un on le voit comme beaucoup de comédiens c'est à dire quand il parle de leur début de carrière est-ce qu'il a regretté ou il savait qu'à un moment il pouvait continuer encore à faire des films comme si ne rien n'était comme si finalement l'âge n'avait pas de prise et que finalement c'était la vie qui continuait
c'est la vie qui continuait mais surtout il y a eu les départs les départs de Visconti il était par de Melville pour lui ça ça a été des premières douleurs et puis là il a vu tout d'un coup un espèce de cinéma qui s'en allait et il ne voyait pas ce qui pouvait remplacer ça après il s'est lancé dans la production dans la réalisation bon tout n'était pas bon voilà mais voilà pour lui je pense que le premier drame de sa vie d'acteur ça a été le départ c'est à dire qu'il n'y avait plus ces grands réalisateurs ces grands producteurs surtout ceux qui écrivaient les scénarios c'était tellement important comme disait Gabin la bonne histoire la bonne histoire la bonne histoire et il n'avait plus ça donc il cherchait et il ne voyait pas ce que j'aimerais dire c'est qu'on parle de Delon soit naturel soit comme tu es ce qui est marrant c'est qu'il y a un paradoxe c'est que quand Delon venait par exemple à Match au bouclage il n'ouvrait pas une porte comme tout le monde il ne rentrait pas dans une pièce comme tout le monde il y avait une espèce de métis c'était incroyable je me souviens quand j'avais annoncé par exemple qu'il venait à la maquette il y avait des maquettistes et là derrière avec leur clavier et leur ordinateur c'est un matin et je leur dis tiens au fait il y a Alain Delon qui vient ce soir voir ah ouais alors il y en a deux je crois qu'on dit ah bon je crois qu'il était mort les autres et alors ok d'accord à ce soir quand Alain est arrivé il rentre dans la pièce à 11h du soir Alain Delon la porte claque l'imperméable sur l'épaule et là la salle entière s'est arrêtée tous les mécaniques ils ont arrêté de frapper sur l'ordinateur ils étaient figés le fauve était rentré dans la pièce et ça c'était incroyable et je l'ai vécu aussi une autre fois quand j'ai fait ce reportage à Douchy où j'étais chez lui après il nous a dit je vous emmène déjeuner on a déjeuné dans un endroit à Douchy dans un petit troquet enfin un petit restaurant un restaurant disons et puis c'était le mois de décembre et dans ce restaurant on rentre et il y avait vous savez ces tablés de gens d'employés qui fêtent la fin de l'année en faisant un grand déjeuner donc j'étais une vingtaine et tout on rentre dans le restaurant ça riait ça gueulait ils rentrent et là tout à coup paf ça s'arrêtait et eux qui venaient faire la fête ils ont passé leur déjeuner leur nez dans leur assiette on entendait avec le bruit de couvert et lui il était là il était ravi et c'était ça Delon il rentrait il figeait complètement l'inverse de Belmondo quand Belmondo rentrait quelque part c'était ça je l'ai vécu aussi incroyable Delon les gens le craignaient
on va l'entendre ça mais juste Marc Denis qui est au 0145 24 7000 est d'accord avec vous pour nous dire pour sa disparition Alain Delon lui-même voulait titrer le dernier samouraï pour moi c'est son côté animal qui domine et j'aurais titré le chant du guépard alors à propos de Belmondo on va juste écouter avec ce petit extrait de Borsalino
dis donc je peux te poser une question indiscrète à quel genre ça te dirait de gagner de l'argent rapidement et facilement on va voir on va voir bon écoute je te le joue à pile ou face d'accord qu'est-ce que tu prends t'as perdu t'avoue que j'avais joué avec moi j'ai trop de chance d'accord qu'est-ce que tu peux faire prendre la place de Mario
voilà Borsalino de Jacques Deray vous avez entendu donc Jean-Paul Belmondo avec Alain Delon un mot aussi Marc Brincourt bien sûr alors vous vous avez fait carrément une séance photo avec les deux notamment une scène de bras de fer où on les voyait encore dynamiques juste qu'on en termine un moment avec cette histoire les deux s'aimaient ou ne s'aimaient pas et oui s'aimaient voilà
moi on cherchait une image on cherchait une photo pour le numéro les 70 ans de match et je connaissais les deux et un jour je déjeune avec Jean-Paul et mon père et je dis à Jean-Paul je dis ça serait quand même vous êtes quand même les deux tauliers du cinéma ça serait quand même génial ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas vu ce serait quand même génial que vous fassez et puis c'était Jean-Paul diminuer et faire une photo et là tout de suite il me dit bien sûr pas de problème mais est-ce que Alain voudra j'appelle Alain je lui explique oui oui pas de problème mais malheureusement ça tombe au moment il va recevoir sa palme sa palme d'or sa palme d'or pour l'ensemble de sa carrière et là il ne pensait plus qu'à ça il y avait Anouchka et tout ça et puis ça lui sortait de l'esprit moi je ramais le bouclage avançait et au dernier moment il a reçu sa palme tout va bien et on a fait cette photo et là c'était extraordinaire parce que je lui ai expliqué la photo un bras de fer mais un bras de fer sympathique mais c'est vrai que c'était une compétition ils ont fait un coup c'était l'un un coup c'était l'autre et là je lui explique la photo Delon était toujours à l'heure il était là une demi-heure avant on l'avait préparé il avait sa chemise blanche et tout ça et puis il dit mais oui Belmondo et j'ai dit bah écoute je viens d'avoir des nouvelles il est dans les embouteillages
ah
là il fait du Delon et là il me dit carrément bon allez je me barre et là au lieu de dire bah non attends j'ai dit bah écoute oui bah écoute on arrête et là il m'a regardé il m'a jeté un regard il me dit bah genre bah genre t'es con ou quoi toi bref il est resté la voiture arrive la porte s'ouvre la voiture rentre dans la cour et là il y a un truc génial parce que Delon va vers la voiture et là la porte s'ouvre et là il y a un regard entre les deux bien sûr qu'ils sont amis bien sûr qu'ils se respectent c'est vrai qu'ils n'ont jamais dîné ou déjeuné l'un chez l'autre mais il y a un immense respect et quand Delon me dit une fois qu'ils sont installés tous les deux avec leur chemise blanche bon qu'est-ce qu'on fait alors là tu sais quoi ton histoire de bras de fer j'ai dit oui oui toujours le bras de fer et tout mais par contre il y a un truc que je veux vous ayez le même regard que tout à l'heure quand la porte s'est ouverte ils me l'ont fait et ça a fait une double
une double magnifique en tout cas que l'on peut facilement retrouver allez on continue à parler d'Alain Delon quel hommage autour du comédien et on revient juste après Luigi avec Miskin
débat de midi
nous parlons de cet hommage ou pas à Alain Delon disparu donc hier matin nous en parlons avec guillemets audicino journaliste critique et chef de la rubrique cinéma télérama Christophe Ernaud co-rédacteur en chef de la revue schnock également Marc Brincourt ex-rédacteur en chef photo de Paris Match également Antoine Cyr chroniqueur à l'avant-scène cinéma au 01-45-24-7000 et bien vous nous écrivez pour nous dire Jo j'ai 70 ans petite réflexion de ma jeunesse avec ma meilleure amie Delon trop beau presque lisse aujourd'hui nous dirions pas de charisme je sais pas si ça s'applique vraiment Alain Delon nous passons notre chemin Belmondo une gueule la fantaisie le charme nous craquons très belle journée et alors Pascal qui nous pose une question c'est vrai beaucoup de gens se sont posés la question que je me pose c'est si Delon n'avait pas été beau est-ce qu'il aurait eu la même carrière j'ai essayé de regarder le film Le Samouraï hier soir ça passait sur France Télévisions je n'ai pas tenu je l'ai trouvé insipide je me rends compte que les films dans lesquels je le trouvais bien c'est juste qu'en face il y a des acteurs grandioses style Jean Gabin qu'est-ce que vous en pensez de ça Guillemette Odissino est-ce que finalement sa beauté fait qu'à un moment on peut lui pardonner pendant des erreurs de comédien de mal joué ou pas alors je suis désolé je suis pas d'accord du tout il y avait cette notion parce qu'il y a il y a beauté il y a James Dean et il y a Delon voyez ce que je veux dire la beauté de Delon elle était au-delà de ça et il y avait même une espèce c'était un magnétisme mais c'était quelque chose aussi de minéral il y avait quelque chose chez lui de se laisser couler dans les rôles comme si les rôles en fait l'absorber alors il y a des gens il disait lui-même il disait qu'il n'était pas comédien mais acteur c'est-à-dire qu'il était juste là et bien là enfin moi je trouve qu'il était très très bien là et il y avait quelque chose en fait c'est comme effectivement si les rôles le grignotait comme s'il y avait une espèce comme ça de choses qui le recouvraient une tragédie qui le recouvrait alors ça peut donner une image comme ça un peu lisse mais moi je pense que c'est surtout l'image de la solitude absolue l'image de la tragédie absolue le samouraï c'est le corps de la tragédie c'est le corps de la solitude je pense que si Jean-Pierre Melville était à ce point fasciné c'est parce qu'il se rendait bien compte que cette beauté il aurait tué pour être beau comme ça Melville en fait il aimait aussi Delon parce qu'il aurait tellement aimé être beau comme ça mais personne n'est beau comme ça mais je crois qu'il était aussi fasciné justement parce qu'il fallait gratter derrière cette beauté c'est un truc fou quand même imaginez c'est un diamant puis on essaye de gratter pour savoir ce qui se passe derrière c'est ce mystère là gratter derrière la beauté de Delon il y a peu de réalisateurs qui ont réussi ne serait-ce qu'à faire un demi-trou d'aiguille dans cette beauté il y a un exemple
assez notoire sur cette question c'est l'exemple de M. Klein qui devait au début être fait par Belmondo avec Cosa Gavras et en fait le projet a capoté et c'est Delon qui l'a récupéré déjà courageux avec l'osé et tout on en reparlera mais sur cette question de la beauté et de l'incarnation de la tragédie comme dit ça c'est intéressant parce que Belmondo après a dit moi de toute façon j'ai aucun regret pour M. Klein j'aurais pas pu le faire comme ça et Delon insuffle à M.
Klein une tragédie qui n'est pas du tout qui a un mélange en effet d'esthétisme mais aussi de profondeur énorme que Belmondo n'aurait jamais pu atteindre Belmondo faisait des choses très bien par ailleurs notamment la comédie que Delon était incapable de maîtriser mais ce truc là cette profondeur Delon était maître là-dedans et c'est lié à sa beauté et on dépasse la notion de beauté c'est quasiment sa photogénie c'est une autre question encore ça mais c'est sa photogénique qui est exceptionnelle et dès le début on le voit dès le plein soleil plein soleil il éclabousse l'écran et ça c'est pas donné à tout le monde et il y a un côté c'est là où je rejoins votre frère auditrice c'est qu'elle a raison c'est que sans la beauté on va pas se mentir sans cette beauté là sans cette photogénie là t'as pas la même carrière c'est ça
c'est une beauté quasiment en fait c'est existentiel parce que tu parlais de de monsieur Klein monsieur Klein c'est quand même l'histoire d'un type qui est pris pour un autre enfin c'est l'histoire d'un homme double et qui va finir en fait par accepter d'être ce double et en mourir
quand même
à partir du moment où il accepte d'être monsieur Klein il meurt
c'est un classique
et plein soleil c'est l'histoire d'un type qui prend la place d'un autre il va pas tout raconter non plus Ripley c'est extrêmement intéressant quand même c'est l'histoire d'un homme beau mais qui ne pense qu'à une chose dans tous ses rôles c'est prendre la place de quelqu'un d'autre et c'est quoi le métier d'acteur bah c'est prendre la place de quelqu'un d'autre c'est ça donc il y a vraiment un truc il y a une obsession de chercher autre chose que ce qu'il était lui-même donc c'est ça qui est fascinant
Marc Brancourt juste une petite anecdote par rapport à la beauté j'ai eu l'occasion de faire un voyage avec Mary Dark et puis ça a très bien collé c'était une c'était sur le couille de Mary on faisait des conférences elle était notre invitée et puis tous les soirs on allait au bar du Commodore et comme Mireille était quelqu'un de tellement gentil bienveillant et tout qui parle qui écoute et donc on se racontait nos vies et tout ça et puis évidemment à un moment donné la conversation est venue sur Alain Delon et elle m'a raconté bon voilà comment un jour elle s'est retrouvée avec ses appareils photos parce qu'elle adorait la photo sa brosse à dents puis c'était fini et puis après elle m'a dit mais qu'est-ce qu'il était beau mais qu'est-ce que je l'aimais et qu'est-ce qu'il était beau et puis toi je vais te raconter une anecdote on avait cette maison à Marrakech elle me dit je te plante le décor c'est la nuit pleine lune la lumière rentre dans la chambre et puis il y a les voilages comme ça qui bougent avec le vent et bien je me réveillais exprès toutes les nuits pour le regarder dormir tellement qu'il était beau et là je me suis dit mais quand une femme dit ça de son mec c'est très extraordinaire et puis je dis et là j'ai eu une relation et en plus il est beau quand il dort nous on est là la tête écrasée sur l'oreiller et bien lui c'était le sphinx il dormait il était magnifique venant de Mirai Dax et elle était très sensible à ça évidemment il y avait l'homme avec tous ses aspects mais elle me parlait souvent de la beauté d'Alain Delon
alors Antoine Sir vous vouliez justement aussi évoquer vous l'entourage cet entourage d'Alain Delon sur les plateaux de cinéma en tout cas dans les films
dans les films bien sûr ce qui est quand même intéressant c'est que d'un côté Delon est effectivement un solitaire on le voit solitaire notamment dans le sabouraï mais c'est aussi quelqu'un dont les rencontres avec de grands monstres sacrés du cinéma se passent extrêmement bien par exemple il a un challenger c'est vrai que Belmondo c'est son challenger dans le paysage du cinéma français mais quand ils font Boursalino c'est une très très belle rencontre Gabin c'est son modèle en fait c'est-à-dire qu'il a une espèce de beauté animale qui ressemble à celle qu'avait Gabin quand il était jeune acteur d'ailleurs quand Delon était en Indochine il voit les films de Gabin à l'époque et il se dit un peu là il rêve quand même un peu d'être Gabin et 20 ans plus tard il rencontre Gabin et là il lui dit vous êtes le patron il lui fait comprendre qu'il a cette espèce d'admiration énorme que Gabin est son modèle et effectivement les films où Delon rencontre Gabin enfin Gabin va être un peu parfois un peu fâché que Delon lui prenne un peu de sa lumière enfin c'est des films en tout cas où la rencontre se passe cinématographiquement très bien après il y a Romy Schneider qui a été sa fiancée dans la vie quand il fait la piscine avec Romy Schneider c'est vraiment un film dans lequel ils sont tous les deux magnifiques il n'y en a pas un qui fait de l'ombre à l'autre la rencontre se passe extrêmement bien et puis il y a aussi par exemple un personnage comme Maurice René qu'on voit dans la piscine qu'on voit aussi dans Plein Soleil qui est un peu le souffre-douleur de Delon le personnage un peu un peu lourd alors qu'en fait c'était quelqu'un de très subtil mais donc on voit bien que Delon comme tous les grands acteurs est quand même quelqu'un qui sait très très bien s'appuyer sur les autres y compris quand l'autre est un des plus grands
alors une chose aussi Christophe Ernaud c'est impossible parce qu'on le voit on a beaucoup de messages nous parlons de ça par rapport à Alain Delon c'est son côté justement réac on va dire aussi d'Alain Delon dans Schlough d'ailleurs vous en parlez de cette posture de cette façade d'Alain Delon est-ce que d'après vous en fait c'est un homme qui a toujours été ainsi parce qu'il y a eu des déclarations en effet très misogynes homophobes comme on l'avait vu aussi à cet avou contre le mariage pour tous et l'adoption surtout des couples homosexuels il était comme ça depuis le début ou alors on le voit depuis les années 80 non mais à votre avis c'est vrai notamment avec des films on l'a vu où il jouait des policiers voilà qui tapaient un peu du point et qu'il s'est révélé il a voulu parler comme ça et s'inscrire davantage dans la politique davantage réactionnaire ou à votre avis il a toujours été comme ça
non mais c'est une histoire alors là on pourrait parler d'une histoire française comme on le dit souvent maintenant mais c'est quelqu'un a rappelé qu'il a fait l'Indochine enfin qu'il est parti en Indochine c'est vraiment une France qu'on ne soupçonne plus quasiment donc ça donne lieu à des phénomènes idéologiques qu'on a du mal parfois à saisir mais c'était quand même c'était quand même le marché au puce sa pensée politique et intellectuelle je veux dire il était autant le péniste le lundi bariste le mardi et puis il appelle à soutenir Anne Hidalgo il y a une espèce de pragmatisme très franchouillard aussi chez Delon mais c'est aussi une histoire française c'est un esprit libre comme on dit pour être poli affranchi qui selon ses intérêts aussi selon l'humeur du jour va vous dire qu'il pense ceci cela quant à l'homophobie écoutez on ne va pas dévoiler ici des secrets de Paul Higine mais bon voilà quoi
c'est plus un mécanisme de défense méga lol ouais donc voilà guillemette Odissino c'est vrai est-ce que c'était aussi ça auquel on pensait c'est vrai Alain Delon c'est vrai dans les années 80-90 après il y avait on le voyait on s'amusait de lui par rapport à le fait qu'il parle à la troisième personne mais aussi parfois par rapport à ses idées et il n'hésitait pas alors c'était assez brut d'ailleurs quand il le disait donc est-ce que c'était quelque chose à votre avis de naturel chez lui ou c'était réfléchi ?
je pense que c'était irréfléchi et en même temps finalement ça finissait par être joué je pense qu'en fait à partir du moment où ce côté homme de droite qui était sans doute naturel chez lui il avait eu une enfance de droite une adolescence de droite il n'avait pas eu d'éducation politique comme dans certaines familles donc il allait un peu là où le vent le menait et où l'idéologie du moment le menait mais quand il s'est aperçu qu'on se foutait de sa gueule je pense qu'il s'est dit ah d'accord vous la voulez la marionnette vous la voulez la marionnette des guignols je vais vous la faire je vais vous la faire et je pense qu'à force alors ça c'est le problème de l'acteur c'est que de temps en temps il se prend les pieds dans le tapis de ses propres incarnations mais je pense qu'à force de faire sa propre marionnette il l'est un petit peu devenu mais il y avait des choses qui prouvaient que une fois de plus l'autodérision était quand même veillée quelque part il faut quand même parler de ce rôle incroyable qui est son seul et unique César où Coluche a quand même trouvé le soir de la cérémonie des Césars c'est le film de Bertrand Blier Notre Histoire Notre Histoire qui est dans les années 80 donc exactement ces années où on se moque de lui où il parle de lui à la troisième personne où bon il fait un film où il joue un alcoolique complètement ringard qui s'installe dans le salon de Nathalie Baye pour le dire et qui ne veut plus bouger du moment qu'on lui file des bières c'est Delon c'est comme si Delon avait décidé de tout enlever c'est pas le plus glam en effet ah mais c'est même l'anti-glam et la grande réplique c'est qu'il arrive dans cette maison c'est l'histoire d'un homme qui revient du moment qu'on me laisse un fauteuil non mais attendez jouer avec ça personne aucun acteur même ceux qu'on estime les plus grands n'ont été dans cette auto-caricature ce côté je me donne des grands coups de fouet jamais personne n'a fait ça il a marché le film le film a marché il a eu César je vais juste rajouter un truc
sur le côté politique c'est qu'il y a un exemple dans sa carrière qui est assez caractéristique c'est Deux Hommes dans la Ville le film de Giovanni avec Gabin qui est un plaidoyer contre la peine de mort alors que Delon était pour la peine de mort et c'est vraiment l'exemple de Delon qui pense contre lui-même et je pense que l'autre exemple étant de notre histoire évidemment il était capable de penser contre lui-même aussi à des moments décisifs pour sa carrière et ça c'est la preuve d'une intelligence supérieure
alors on va juste retrouver Claire Charlès bonjour à vous bonjour bonjour alors vous êtes porte-parole du collectif Les Effrontés en 2019 vous vous aviez justement protesté contre le fait qu'on remette une palme d'honneur à Alain Delon lors du festival de Cannes en raison de propos justement dont on parlait misogyne homophobe également aujourd'hui quand vous voyez l'hommage qu'il peut y avoir autour d'Alain Delon est-ce que vous arrivez à comprendre est-ce que vous-même vous dites vous savez le fameux débat voilà quand on regarde le comédien et quand on regarde l'homme pour vous est-ce que c'est dissociable oui alors je rappelle juste qu'il ne s'agit pas seulement de propos Alain Delon il y a des témoignages de ses enfants notamment sur la violence qu'il a fait preuve à l'égard des femmes qui ont partagé sa vie et également à l'égard de ses enfants je me permets de relayer certains de ces témoignages parce qu'en fait vos auditeurs ou les lectrices n'en ont pas forcément eu vent donc on parle vraiment de huit côtes cassées à un nez fracturé par deux fois ça il s'agit de Rosalie Van Bremen les enfants parlent du fait que la peur régnit en maître et il y a vraiment plusieurs enfants dont Anthony Delon et Alain-Samien Delon qui ont vraiment pris des coups des coups de fouet des coups de poing etc et qui témoignent de ça en fait on a coutume de célébrer les artistes qui décèdent en leur prêtant mille qualités avec lesquels on peut ne pas être d'accord c'est pas tellement la question en fait le fait de rendre hommage à un homme violent c'est ça qui doit vraiment nous questionner la question c'est comment ça se fait on parle toujours de séparer l'ordre de l'artiste vous évoquez un petit peu ça à l'instant parce que la justice si elle s'applique et quand elle s'applique parfois ce qui est vraiment loin d'être tout le temps le cas elle ne fait pas cette distinction en fait le but de la justice c'est de se baser sur les lois qui elles-mêmes sont fondées on l'espère et quand elles sont bien faites sur des concepts moraux universels et en fait quand elle tranche la justice elle est censée ne pas tenir compte de l'aura qui peut entourer une personnalité de si cette personnalité pourquoi en fait cette évidence disparaît quand on parle de décerner un prix d'accorder une distinction une place d'honneur etc.
ou célébrer après la mort de quelqu'un c'est un peu comme si d'un coup les valeurs morales s'estompaient totalement en réalité je pense sincèrement que nos valeurs morales ne s'estompent pas en l'occurrence mais la société n'y a pas vraiment encore intégré la question des violences faites aux femmes et aux enceintes c'est encore très tabou malgré ce qu'on pense pourtant une femme sur cinq va subir des violences en tout lent au cours de sa vie et je tiens à le dire alors que les associations qui luttent pour les droits des enfants et des femmes connaissent ces chiffres totalement par coeur donc effectivement on peut dire Alain Delon était une icône etc.
on ne va pas remettre ça en cause maintenant célébrer un homme violent et quand cette violence est connue de toutes et toutes même quand il n'y a pas eu de condamnation c'est vraiment envoyer un message c'est envoyer un message en fait que la violence masculine n'est toujours pas un problème en soi qu'elle soit faite aux femmes ou aux enfants Juste une chose en 2019 en effet quand vous aviez émis vous-même des protestations quand le festival de Cannes avait rendu hommage à la carrière est-ce que vous aviez eu une réponse de la part du festival de Cannes ou même peut-être d'Alain Delon ?
Non non on n'a pas eu de réponse en fait moi ce que je tiens juste à préciser c'est qu'en 2018 le festival donc une année avant que le festival de Cannes décide de décerner la panne de l'heure à Alain Delon en 2018 le festival avait pris des engagements pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles donc c'était aussi dans ce contexte là qu'on avait réagi parce qu'on trouvait ça un petit peu ironique d'envoyer ce message d'un coup très contradictoire quand on a pris des engagements pour lutter contre les violences sachant que ces violences étaient effectivement connues et encore une fois on ne parle pas juste de propos on parle vraiment de violences rapportées par les enfants Très bien et bien merci beaucoup en tout cas Claire Charles d'être venue témoigner aussi de cette part aussi du comédien et sur la part sombre d'Alain Delon dont on va continuer à parler dans un instant dans le débat de midi et ça sera et bien juste après Clairot avec Sexy to someone
Jean-Mathieu Pernin
Le débat de midi Le débat de midi nous parlons de la disparition d'Alain Delon quel hommage pour le comédien on a parlé et bien du côté sombre d'Alain Delon on en discute avec Guillemette Audissino journaliste critique en chef de la rubrique cinéma à Télérama également Christophe Ernaud co-rédacteur en chef de la revue Schnock Marc Brincourt ex-rédacteur en chef photo à Paris Match et Antoine Cyr chroniqueur à l'envoi scène cinéma un mot tout de même aussi à propos d'Alain Delon alors par rapport à son caractère il y avait une interview Guillemette Audissino qu'il avait donnée dans Variety où il nous disait en fait Vanity Fair pardon il disait à l'entendre aucun comédien contemporain ne pourra lui succéder c'est ce qu'il avait dit il avait dit lorsque le journaliste l'interroge à ce sujet il répond simplement je ne vois pas du tout non je n'en connais pas alors Domarcy à Jean Dujardin personne ne s'en met à la hauteur de son talent il affirme ainsi il y en a des héritiers de Delon mais ce ne sont pas ces deux là voilà en tout cas alors d'après vous c'est assez étonnant parce qu'on a vu hier des hommages on a vu Jean Dujardin mettre une photo de Delon jeune sur Twitter mais c'est pas non plus voilà il n'y a pas une effervescence on a l'impression d'hommage de comédiens et comédiennes français ça c'est effectivement frappant même nous dans les médias d'habitude tout le monde veut témoigner les autres acteurs les autres cinéastes bon après là il y a beaucoup de cinéastes dans sa carrière qui sont morts à Delon mais je veux dire normalement on trouve facilement des témoignages là on n'en trouve pas mais
les gens sont en vacances quand même
je pense que ça n'a rien à voir mais non on n'en trouve pas en partie sans doute à cause de ce que la représentante des effrontés a dit parce qu'il y a évidemment un problème à ce sujet là on n'en trouve pas parce que Delon était de droite on n'en trouve pas parce qu'il était tellement spécial et narcissique qu'en fait il y a quelque chose qui interdit de s'identifier à lui et parce qu'il y avait l'autre figure le frère pas ennemi mais parce que Belmondo c'est tellement facile tout le monde enfin Jean Dujardin veut être Belmondo vous demandez tout le monde veut être Belmondo Thomas Armaille voulait être Belmondo tout le monde veut être Belmondo personne veut être Delon d'abord parce que non mais c'est vrai mais c'est vrai parce qu'en plus il y a quelque chose Belmondo a réussi à être cet animal sacré cette star sacrée en n'étant justement pas très beau enfin avec ce charme très particulier etc bon pour être comme Delon déjà il faut avoir un sacré matériel de base enfin on se souvient aussi tout de même Marc Brincourt c'est vrai ce que dit Béthoissino hommage au moment des Césars on voit un Jean-Paul Belmondo très entouré on voit Jean Dujardin je crois qu'il y a Gilles Lelouch beaucoup voilà toute une jeune génération à Cannes il est seul il est seul à Delon et ensuite on a eu cette impression vous même qui avez été chez lui à Douchy de solitude totale à la fin moi c'est ce qui m'a le plus frappé
quand je suis allé à Douchy
il a cherché c'est ce que je lui ai dit
à un moment donné il était là on marchait comme ça alors en plus c'était pas c'était pas Douchy au printemps c'était en plein hiver des cendres les arbres nus enfin il faisait froid et on marchait comme ça et puis à un moment donné il me dit toi là je suis tout seul d'abord il y a eu un premier passage dans le grand salon où il y a les deux flippers le grand billard tout ça il me dit voilà ça toi ça c'était la salle de jeu toi il y avait les enfants il y avait tout ça et puis maintenant il n'y a plus personne je suis seul il me refait le coup en marchant il m'en dit ça il me dit je suis seul mais je m'en fous mais je m'en fous je suis bien comme ça je m'en fous je lui dis mais peut-être que tout ça tu l'as un peu un peu fabriqué alors il ne m'a même pas répondu on est retourné alors c'est là on est retourné chez lui à l'intérieur de la maison et puis là il y a un espèce de couloir avec je ne sais pas il doit y avoir 200 ou 300 photos encadrées il n'y a pas une seule photo des enfants c'est que des photos de cinéma et alors c'est le grand truc il marchait devant moi comme ça il y avait Catherine Tabouy et le photographe derrière moi il faisait avec les deux doigts comme ça mort mort mort mort mort et puis au bout d'un moment il se retourne vers moi il dit tu vois je suis seul je suis seul et constamment il vivait avec ça il était obsédé par ça
alors Antoine Sire rapidement parce qu'on approche la fin de l'émission il est vrai la solitude même bande de cinéma il n'en avait pas Delon c'est à dire quand on disait la nouvelle vague il n'en faisait pas partie par exemple
alors d'abord je crois que Delon sa bande de cinéma à un moment c'était Melville il avait une impression incroyable pour Melville et la mort de Melville a quand même été un choc je dirais presque décisif pour lui ensuite sur la nouvelle vague on ne peut pas dire qu'il ait raté la nouvelle vague il l'a contourné c'est à dire que si vous regardez par exemple le plein soleil c'est un film qui est fait par René Clément qui est une sorte de tête de turc pour la nouvelle vague mais c'est fait sur un scénario de Paul Gégov qui est le scénariste de Chabrol et c'est mis en image par Henri Dequet qui a été le chef opérateur des 400 coups d'ascenseur pour l'échafaud etc et puis Melville lui-même Melville était une icône pour la nouvelle vague donc Delon ne fait pas partie de la nouvelle vague mais clairement beaucoup de talents qui sont des talents périphériques ou ayant émergé dans la nouvelle vague vont travailler avec Delon
c'est noté en tout cas et bien en tout cas merci beaucoup Antoine Cyr d'être venu nous éclairer justement aussi au niveau du cinéma voilà on va s'écouter un petit peu aussi de musique des aventuriers qui personnellement est un film que j'aime bien voilà avec Lino Ventura et Jean Gabin le débat de midi se termine sur ces quelques notes de François de Roubaix donc merci à Guillemette Odissino Christophe Fernet Marc Brincourt Antoine Cyr et Claire Charles des effrontés une émission et bien préparée par Lison Chambre et Cyril Ben-Younès merci également Alexandre Bigot Bigot Raphaël Baudure et Bagnès à la réalisation Étienne Bertin la programmation musicale Thierry Dupin à la technique aujourd'hui Maxime Goudard demain nous nous poserons cette question éternelle faut-il interdire les réseaux sociaux à suivre après le journal de 13h rendez-vous on revient rendez-vous avec X aujourd'hui Lossif Grigulevitch le grand agent secret soviétique le débat de midi ferme ses portes