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interviewC à vous (sur YouTube)· 21 mars 2026 52 min

La France s’ouvre sur le monde - C à Vous l’intégrale - 21/03/2026

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

... -M.Bouhafsi: Bonsoir à toutes et à tous.

Bienvenue dans "C à vous". On est ensemble jusqu'à 21h pour toute l'actualité de ce samedi 21 mars, avec Eglantine Eméyé, Amandine Bégot, Yaël Goosz et Paul Larrouturou. Bonsoir à tous et à toutes.

A la une de l'actualité, une renaissance, celle du français, devenu quatrième langue la plus parlée au monde. -Il faut que les Français, je pense, acceptent l'idée d'être des francophones comme les autres. Aujourd'hui, la langue française n'appartient plus à la France.

En 2050, la majorité des locuteurs du français seront en Afrique. -M.Bouhafsi: Quel édito, ce soir ? -Y.Goosz: Do you speak French ?

Près de 400 millions de Terriens le font, chiffre record, mais une langue suffit-elle à parler fort sur la scène internationale ? -M.Bouhafsi: On en parle avec l'académicien, grand amoureux des mots et de la langue française, Erik Orsenna.

Amandine, les images les plus marquantes de la semaine sont dans le 5 sur 5. Ce soir, on monte à bord de la France libre. -A.Bégot: Emmanuel Macron a dévoilé le nom du futur porte-avions.

D'ailleurs, dit-on la France libre ou le France libre ? On posera la question à Erik Orsenna. -M.Bouhafsi: Le Charles de Gaulle est en Méditerranée.

Doit-on craindre pour la vie de nos soldats ? Le colonel et historien militaire Michel Goya sera notre invité. Paul, vous serez en immersion avec ceux qui font l'actualité, et ce soir, un juge de la Cour pénale internationale dans le viseur de Donald Trump. -Le 20 août dernier, j'ai été placé sous sanctions par les Etats-Unis.

Le président des Etats-Unis, avec une signature, il peut déconnecter n'importe quel citoyen français de tous ses moyens de paiement. -P.Larrouturou: Je rentre des Pays-Bas et je vais vous raconter l'histoire folle mais vraie d'un juge qui ne peut même plus utiliser sa carte bleue. -M.Bouhafsi: Eglantine, vos recommandations culturelles ? -E.Eméyé: Ce sera un coup de coeur pour un film primé au dernier festival de Saint-Jean-de-Luz.

Ca s'appelle "Les filles du ciel", l'histoire de quatre jeunes femmes qui s'unissent pour grandir ensemble. -M.Bouhafsi: Ce sera après 20h, devant nos invités : la journaliste la plus redoutée de France, Elise Lucet, une humoriste qu'on adore tant ici, Bérengère Krief, et celle qui change notre regard sur l'alimentation, Jessie Inchauspé, mais avant ça, c'est l'histoire d'une renaissance : le français est devenu la 4e langue la plus parlée dans le monde, devant l'arabe.

Le français est la 2e langue la plus étudiée, derrière l'anglais. Les enjeux diplomatiques et culturels nous portent. En 2050, le français devrait être utilisé par 600 millions de personnes, dont 9 personnes sur 10 en Afrique. -"Bonjour". "S'il vous plaît". "Croissant". -"Ca va bien, merci." -"Baguette". "Tour Eiffel". -"Garçon". "Ratatouille". -"Fromage". "C'est bon". -"Bonjour". "Bonne nuit". "Bonsoir". -"Avec plaisir". -Vous la trouvez comment, la langue française ? -Elle est difficile. -Oui, un peu difficile, mais...

C'est beau, comme langue. -Erik Orsenna, écrivain et membre de l'Académie française, est l'invité de "C à vous". Bonsoir, monsieur l'académicien.

Ravi de vous recevoir sur le plateau de "C à vous", Erik Orsenna. Avant de vous donner la parole, l'édito de Yaël Goosz. Yaël, contrairement aux idées reçues, la langue de Molière se porte bien.

Le français n'est donc plus la 5e, mais la 4e langue la plus parlée au monde. Derrière ces bons chiffres, faut-il y voir une voix de la France plus influente dans le monde ? -Y.Goosz: Vous voulez parler de soft power ?

Vous me demandez si la French Tech et la French Touch s'exportent ? Si les étrangers se pressent au sommet Choose France d'Emmanuel Macron ? Je fais exprès de vous parler franglais, parce que ça résume bien nos ambiguïtés et nos complexes.

L'anglais est-il la langue de l'avenir ? Le français est-il cantonné à la culture, face à l'anglais et au mandarin, qui dominent les marchés ? -M.Bouhafsi: Le français, langue du passé ou d'avenir ? -Y.Goosz: L'anglais a toujours eu son espace économique, le Commonwealth, mais nous avons la Francophonie.

Regardez cette carte du monde. Le français est, avec l'anglais, vous le voyez, la seule langue parlée sur les cinq continents. C'est important.

Il y a un espace beaucoup plus institutionnalisé qu'on pourrait le penser, avec une organisation qui regroupe 93 pays, c'est l'OIF et ses grands sommets. Le prochain aura lieu à l'automne au Cambodge, et le tout premier, c'était Versailles, en 1986. -Il peut être question d'identité menacée.

Et qui se développe dans le monde, si l'on perd son esprit, ou si l'on veut, son âme ? -Y.Goosz: Le français a désormais, 40 ans plus tard, sa cité internationale dans le château de Villers-Cotterêts, dans l'Aisne, là même où le roi François Ier prit la fameuse ordonnance imposant l'usage du français. "Le français, langue des minorités langue des libertés, "c'est cela que la France a toujours à dire au monde", avait déclaré le président de la République lors de l'inauguration.

Une langue et des valeurs. L'ancien ministre Jacques Toubon a joué un grand rôle, en 1994, en imposant des quotas francophones toujours en vigueur à la radio et à la télé. Jacques Toubon répond au micro de Benjamin Delmas. -Quand on l'a fait il y a 30 ans, un certain nombre de gens ont hurlé.

Aujourd'hui, c'est totalement entré dans les moeurs. La politique qu'on mène n'est pas une politique qui consiste à travailler sur le passé et à vouloir préserver le passé, mais c'est au contraire d'installer un avenir qui soit un avenir plurilingue. -M.Bouhafsi: Parler français à l'ONU, à la Commission européenne, aux JO, ça ne veut pas dire peser sur le cours du monde. -Y.Goosz: La Francophonie n'est pas un espace homogène.

Il s'est construit, comme le dit Léopold Sédar Senghor, "sur les décombres de la décolonisation". Or, ce passé, parfois, ne passe pas. L'Algérie interdit aux écoles privées d'enseigner le programme scolaire français.

En 2022, lors de son voyage à Alger, le pupitre d'Emmanuel Macron portait l'inscription "présidence de la République" en arabe, au mépris des usages, et en anglais en dessous. L'an dernier, le Mali, le Niger, le Burkina Faso ont claqué la porte de l'Organisation internationale de la Francophonie. Il n'empêche, la perception du français reste très positive, comme le révèle ce sondage inédit réalisé l'an dernier dans 12 pays par l'Ipsos. 85 % de bonne image, 30 %, même, de très bonne image du français. -Un quart des habitants des 12 pays dans lesquels on a travaillé expriment un véritable souhait d'apprendre la langue française.

Elle est considérée comme une langue belle, comme une langue romantique et comme une langue utile, que ce soit pour faire ses études, voyager en France ou encore s'ouvrir à de nouvelles entreprises. -Y.Goosz: Justement, les entreprises.

Il y a 15 jours, la ministre de la Francophonie, Eléonore Caroit, était au Chili, qui a rejoint, le Chili, l'OIF comme membre observateur. Pays pas du tout francophone, vous me direz, mais le Chili accélère son enseignement du français parce qu'il voit dans cet enseignement des opportunités, dans les lycées, notamment, hôteliers, pour la restauration, pour le tourisme. En 2050, 590 millions de personnes parleront français dans le monde, dont 90 % vivront en Afrique.

Langue bien vivante et un beau pied de nez à ceux qui dissertent sur le déclin français et la peur d'un grand remplacement. -M.Bouhafsi: Erik Orsenna, vous êtes écrivain, académicien et grand amoureux des mots. -E.Orsenna: Ce qui n'est pas contradictoire. -M.Bouhafsi: Je peux dire que vous êtes aussi un grand amoureux des mots et de la langue française.

Le français redevient donc la 4e langue la plus parlée au monde, avec 396 millions de francophones, dont près de 65 % sur le continent africain. 4e derrière l'anglais, le mandarin et l'espagnol, mais devant l'arabe standard. Ca veut dire que nous, Français, nous ne sommes plus propriétaires de la langue française ? -E.Orsenna: Depuis longtemps.

Il y a des gens qui ont pensé qu'on en était encore les propriétaires, mais c'est pas vrai. Depuis le début, et quand on a lancé les sommets francophones, c'était "le français en partage", c'était pas "en domination". Nous n'avons pas de leçons à donner.

D'autant plus que moi, en tant qu'écrivain, je fais...

J'allais dire "mon marché" dans la langue française d'ailleurs. C'est-à-dire, pour avoir plus d'épices, plus de liberté, plus de violence... -Y.Goosz: Par exemple, chez qui ? -E.Orsenna: Chez nous, on a Dany Laferrière.

Dany Laferrière, il écrit pas tout à fait comme la majorité d'entre nous. Et il y en a eu plein. Il y a eu Kourouma.

Moi, j'ai eu le prix Goncourt avec René Depestre. René Depestre, il était d'Haïti, et donc, on avait une langue un peu française, mais moi, je parlais, dans mon livre, que du Brésil, et lui, au fond, il était plus français que moi. Donc, vous comprenez, c'est ce jardin formidable de la diversité.

Et sans domination, au contraire ! C'est la revanche de la liberté face à la colonisation. -M.Bouhafsi: Erik Orsenna, Yaël le disait à l'instant, en 2050, 9 francophones sur 10 seront africains.

Le coeur de notre langue ne sera plus Paris, mais Dakar, Kinshasa ou encore Abidjan. C'est inquiétant ou le sens de l'histoire est plutôt positif ? -E.Orsenna: "C'est inquiétant" ?

Je dis à tous les gens qui sont des ignorants, et cette ignorance construit leur haine...

Le français vient d'une tribu qui vient de l'outre-Rhin. C'est-à-dire les Francs. Ce que je dis à ces crétins de racistes, c'est que l'origine du français, il y a plein plus de mots d'arabe, 2000, que de mots gaulois, où il y en avait une cinquantaine.

Donc, qu'est-ce qu'on dit ? Moi, ma conviction, c'est que la haine vient de l'ignorance. -M.Bouhafsi: Il y a aussi des territoires qu'on perd.

La 2e langue officielle en Algérie, c'est l'anglais, depuis les tensions diplomatiques. Ca veut dire que les langues sont aussi un terrain de conflit diplomatique et il ne faut pas l'oublier dans nos négociations ? -E.Orsenna: On ne l'oublie jamais, évidemment.

Ce que vous avez dit est très intéressant. Ca devient aussi un élément de la modernité, un élément de l'économie, un élément de la domination...

On dit "anglais", mais c'est pas la langue anglaise, c'est les 400 mots qu'on appelle le globish, qui sont pas la langue anglaise, et la vitalité de la langue anglaise vient très souvent des gens qui ont choisi l'anglais mais qui viennent, par exemple, de Trinidad. C'est-à-dire le prix Nobel Naipaul a relancé l'anglais, qui dormait un peu parce qu'il n'y a pas qu'Oxford et Cambridge. Vous voyez, c'est ce genre de vitalité que j'aime bien.

Et quand on a été à Kinshasa, on voit que ça bouge comme ça et que les ambianceurs...

Enfin, ça bouge bien. -M.Bouhafsi: J'ai envie de revenir sur cette belle nouvelle : le français est donc vivant.

On est toujours en train de dire que l'anglais est très vivant, qu'en Amérique du Sud, l'espagnol est présent, que ce sont des langues qui voyagent. En fait, notre français va bien. C'est une très bonne nouvelle. -E.Orsenna: Mais évidemment, c'est une bonne nouvelle d'inventions.

Dans la chanson, le français est toujours là. On l'a vu avec la polémique invraisemblable au moment des Jeux Olympiques, alors que c'était le monde entier... -M.Bouhafsi: Vous parlez d'Aya Nakamura ? -E.Orsenna: Exactement.

Et donc, ce genre de choses. Donc, qu'est-ce qu'on fait à être sans arrêt dans un passé qui n'a jamais existé ? -A.Bégot: Elle vit, elle évolue et elle s'enrichit ? -E.Orsenna: Bien sûr que oui, elle est vivante.

Encore une fois, ce qui me frappe, c'est que ceux qui sont pour la nostalgie, c'est la nostalgie de quelque chose qui n'a jamais existé. C'est ça, le truc. Il n'y a jamais ça.

Ca n'a jamais existé. Les gens, vous comprenez...

Quand vous voyez ce qu'était La Fontaine à l'époque, c'était quand même...

Sa langue était celle de la liberté. C'est le seul qui, au lieu d'aller à la soupe en allant à Versailles, a défendu ses amis qui venaient à Vaux-le-Vicomte. Donc, la liberté, elle est là.

C'est la liberté de Molière, avec toutes ses pièces qui étaient interdites. C'est ça, ce...

C'est vraiment...

Vraiment, c'est cette liberté, cette audace, et puis un truc qu'on a un peu oublié qui s'appelle la joie. -E.Eméyé: On parle de langue vivante... -M.Bouhafsi: Regardez ces couleurs, d'ailleurs ! -E.Orsenna: Vous et vous... -M.Bouhafsi: Il n'y a que Yaël qui est un peu tristoune, mais on est en joie, nous. -E.Eméyé: En tout cas, ces langues vivantes, elles s'enrichissent en permanence, mais il y a un enjeu de concurrence entre les langues.

On ne peut pas l'ignorer, les Français utilisent de plus en plus d'anglicismes. Ce n'est pas nouveau. -Quelle langue parle-t-on en France ?

Réponse : le français. Cela dit, regardez autour de vous. Alors, êtes-vous toujours aussi sûr de parler français ? -Vous avez donc inventé un nouveau langage, le franglais.

Ce n'est pas moi qui l'ai inventé. Si on parle du franglais, c'est qu'on a, comme moi, constaté que cette espèce de cancer de la langue française gagne, de semaine en semaine et de jour en jour, en attendant qu'il gagne d'heure en heure. -E.Eméyé: Cette invasion de l'anglais dans le français prend de plus en plus d'ampleur.

C'est une menace pour le français ? -E.Orsenna: Ca a toujours été un peu comme ça.

Il n'est pas évident que le président de la République doive utiliser sans arrêt "for sure". En plus, son accent est un peu moyen. -E.Eméyé: Si on écoute ce que vous dites, vous pourriez penser que ça fait partie... -E.Orsenna: Oui, on accueille.

On a toujours accueilli. Et dans les deux sens : c'est-à-dire que "flirt", ça vient de "fleur", "conter fleurette". Le tennis, c'est "tiens".

C'est-à-dire qu'on jouait à la paume comme ça. Donc, il y a toujours...

Il faut voir un peu ça, mais ça dépend aussi de nos créateurs. Moi, je pense qu'au lieu de faire des barrières comme ça, la ligne Maginot et toutes ces conneries, à un moment donné, il faut donner envie. Est-ce que tu as envie de chanter ?

Est-ce que, quand tu as envie d'être amoureux, tu as envie de lui dire un truc "for sure" ou non ? Ou tu as envie d'y aller ? -E.Eméyé: "Je t'aime" ou "I love you". -E.Orsenna: "Je t'aime" et "moi non plus". -M.Bouhafsi: D'ailleurs, je...

J'insiste sur les menaces. Il y a bien des menaces qui pèsent sur le français. Je crois que les tweets du président en 140 signes, ça vous agace. -E.Orsenna: Evidemment, parce que c'est un rétrécissement...

On voit bien. Ce qui manque un peu dans notre pays, c'est une sorte de récit. On fait pas un récit national en 140 signes.

Victor Hugo en 140... "Les Misérables", c'est peu, quoi.

Moi, j'ai l'impression...

J'aimerais qu'on ait un peu plus d'élan, un peu plus de souffle, un peu plus de...

Enfin, on n'est pas des contrôleurs de gestion. Chacun son boulot. -M.Bouhafsi: La langue française, on le dit depuis quelques minutes, elle est riche de nouveaux mots qui débarquent chaque année dans le Larousse et le Petit Robert.

Cette année, on a eu droit à des mots comme "débunker", "chemsex", "cagnotter", "vélorues". Ca s'appelle d'ailleurs un marronnier. Chaque année, on raconte sur les plateaux de télévision ces nouveaux mots qui arrivent.

Est-ce que ces nouveaux mots peuvent vous agacer ? Ou non, ça enrichit la langue française ? -E.Orsenna: Bien sûr, ça enrichit.

Et les nouveaux mots, comme ils sont nouveaux, ils vont peut-être rester pas longtemps. Chaque dictionnaire a sa fonction. Eux, ils sont "dans l'actualité", et pourquoi pas, c'est très bien.

Et nous, on est "dans l'usage au bout d'un moment". Il y a des mots qui ont complètement disparu parce que ça a duré 15 jours et puis d'autres qui continuent. Et donc nous, comme on a plus de temps, on regarde un peu ce qui est resté.

Mais c'est la vie. C'est marrant, parce qu'on dit "langue vivante", mais en pensant "morte", c'est-à-dire figée. Et le vivant, c'est contradictoire.

Et il y a des choses qu'on accepte et qu'on rejette, et il y a des épidémies, on les rejette, et de temps en temps, on meurt, et de temps en temps, on revit. C'est ça, la vie. -Y.Goosz: Et le bon vieux dico, régulièrement rafraîchi, vous allez voir, par les nouvelles expressions de la Gen Z. -"Ban geai" ?

Aucune idée. -"Ban G" ? -Un "ban G", oui... -"Bang heure" ? -En anglais, c'est : "Banger".

Ca veut dire une "saucisse". En français, ça doit être un "croissant". -Un "danger" avec un B ? -"Oui pain". -"Oui pain" ou "oui pine". -"J'ai tout bon" ?

Non ? "J'ai tout bien" ? "J'ai tout perdu" ? "J'ai tout gagné" ? "J'ai tout..." Non.

Aucune idée. -"La personne en face, c'est vraiment un 'pain'." -"Quelqu'un de pas drôle" ? -Un "pain", c'est un "coup de poing" ! -Pour moi, ça veut dire une "baguette". -"Capta" ?

Euh, "Capter" ? -"Capta". -Vous êtes sûre ? -Presque. -"Ce soir, je vais "me mettre khapta'." Ca veut dire quoi ? -Je vais "me mettre "à table" ? -Vous allez les utiliser au quotidien ? -Non, je ne vais plus m'en souvenir. c'est l'inconvénient de la vieillesse ! -Y.Goosz: Alors on est tous en train de se moquer, mais on n'a pas la trad non plus. -M.Bouhafsi: Un "pain" ça veut dire "quelqu'un qui est très joli, qui est canon". -E.Orsenna: Donc c'est moi.

Je suis un pain. -A.Bégot: Vous êtes un pain.

Vous êtes magnifique. -E.Orsenna: Donc : "El senor Poilâne." -M.Bouhafsi: Parfois, "khapta", je ne sais pas si vous l'êtes, ça veut dire "être alcoolisé". -E.Orsenna: Ca m'arrive. -M.Bouhafsi: Un "banger".

C'est un album...

Par exemple: "Cet album, il a été vendu énormément, "c'est un banger !" -E.Orsenna: Vous êtes super fort. -M.Bouhafsi: On essaye de rester jeune. -Y.Goosz: C'est pas la même génération. -E.Orsenna: Attendez, j'ai 4 fauteuils de libres à l'Académie. -E.Eméyé: Erik Orsenna, une langue, c'est fait pour qu'on se comprenne.

Quand ça va très vite, comme ça, entre les générations, on ne se comprend plus. -E.Orsenna: Oui, mais il y a plein d'autres raisons de ne pas se comprendre.

Et les vieux, c'est pas interdit qu'ils apprennent, aussi. Et puis c'est marrant. Quand on ne comprend pas quelque chose : "Qu'est-ce que tu as dit ?

Quoi ?" Et on commence à dialoguer. Si on se comprend, au fond, on n'avance pas. -M.Bouhafsi: On essaye d'apprendre. -E.Orsenna: Quand on se fait une scène, ça peut relancer un couple. -E.Eméyé: Chacun son point de vue. -E.Orsenna: Non mais ça dépend, Chacun son dernier souvenir. -M.Bouhafsi: Erik Orsenna, la 4e langue la plus parlée dans le monde et la 2e langue la plus étudiée après l'anglais, c'est le français, avec plus de 170 millions d'élèves dans le monde et dans 36 pays.

Mais cette instruction du français, elle est menacée, notamment dans les nouvelles technologies où l'anglais écrase tout. Et pourtant, le niveau des élèves en France, en lecture, en écriture et en grammaire, ne cesse de décliner. Comment vous l'expliquez ? -E.Orsenna: C'est le coeur de l'affaire, c'est qu'il faut savoir ce qu'est une priorité dans une nation.

Pour moi, la priorité, il y en a deux. Il y a le soin, et l'autre soin qui s'appelle l'éducation. L'éducation pour deux raisons.

D'abord parce que, quand on n'éduque pas les gens, c'est un gâchis, et qu'il faut...

Quand, dans un pays, vous payez aussi mal les profs...

J'ai vu ce que c'était qu'un prof agrégé quand j'étais jeune, c'était quelqu'un de respecté. Maintenant, dans sa famille, c'est un mec qui gagne que dalle. Et ça, c'est quelque chose qui représente...

Donc l'éducation, "éducation", "educare" : "On va te conduire à plus grand que toi-même." Est-ce qu'on voit l'affaire ? Je n'ai rien, évidemment, contre l'éducation privée, mais quand on voit que de moins en moins d'enfants sont dans le public...

Pour aller dans le privé, il faut que les familles aient les moyens. Quand on voit que de moins en moins de jeunes des classes populaires intègrent les grandes écoles d'ingénieurs comme Polytechnique, c'est une injustice, mais pire que l'injustice, c'est un gâchis, c'est-à-dire des talents oubliés. Pour moi, la grande cause, si je me présente comme je vais l'annoncer demain, à la présidence, eh bien ça sera l'éducation. -A.Bégot: Comment vous faites pour réapprendre aux petits Français à bien écrire, à bien lire ? -E.Orsenna: Bah il y a le fait de respecter les professeurs, parce que c'est un métier essentiel et extraordinairement difficile et quand même extrêmement mal payé.

Et on leur montre un peu...

Chacun le fait...

En tant qu'écrivain, j'ai écrit un petit livre sur la grammaire. Les gens détestaient la grammaire. Il y a des dizaines de milliers de classes qui sont là-dedans.

Quand je suis avec les gamins, je leur dis : "Si tu parles mieux, tu auras plus de boulot, "ce sera plus intéressant et tu vas mieux emballer." -M.Bouhafsi: D'ailleurs, Erik... "Mieux emballer" !

Ca aide, c'est vrai, en soirée. -E.Eméyé: Vous avez raison ! -E.Orsenna: Attendez...

Moi, j'ai vu ma tronche, j'ai tout de suite su que c'est pas par le physique que j'allais avoir des chances. -Y.Goosz: Ooh ! -M.Bouhafsi: On peut toujours essayer, "sur un malentendu, ça peut passer".

Rires -E.Orsenna: "Mal entendu", à mon âge...

Je n'ai pas encore de prothèses mais ça va venir. -M.Bouhafsi: 42 % des Français disent faire plus de fautes à cause des réseaux sociaux.

Vous faites des fautes ? -E.Orsenna: Bien sûr.

Mais il y a une dizaine de règles très simples qui empêchent les fautes d'orthographe, Moi, les redoublements de consonnes, je m'en fous. Moi, la faute, c'est quand on me comprend pas. C'est ça, l'affaire.

C'est pas juste le truc...

L'idée, c'est ça. L'orthographe c'est pas non plus...

Moi, j'ai travaillé beaucoup avec Bernard Cerquiglini qui est qui est un grand linguiste, et on travaillait là-dessus. La faute, c'est l'incompréhension. Et le reste, c'est quelque chose qui a été décidé, à un moment donné, et on pourrait dire l'inverse. -M.Bouhafsi: Erik Orsenna, vous restez avec nous jusqu'à 20h. -E.Orsenna: Y a intérêt ! -M.Bouhafsi: On a plein d'autres sujets d'actualité à vous proposer ou on a besoin de vos lumières.

Voici la story de Paul Larrouturou. Erik Orsenna pouffe. -Le 20 août dernier, j'ai été placé sous sanction par les Etats-Unis.

Le président des Etats-Unis, avec une signature, il peut déconnecter n'importe quel citoyen français de tous ses moyens de paiement. Dès qu'on fait quelque chose qui va déplaire à un empire extra-européen, on peut se faire déconnecter. Ca commence avec les juges.

Mais on ne sera pas les derniers. -P.Larrouturou: Je vais vous faire ce soir le portrait d'un homme extrêmement rare dans les médias.

C'est même sa première télévision française. Un juge qui incarne un bras de fer entre deux continents, un Français qui ne peut tout simplement plus utiliser sa carte bleue parce qu'il est dans le viseur de Donald Trump depuis qu'il a émis ce mandat d'arrêt international contre le président israélien en 2024. Je vous emmène en immersion dans la Cour pénale internationale. -Tous les juges de la Cour sont ici, et moi, je suis là.

Là, nous sommes dans une des salles d'audience de la CPI. Et là, vous avez le banc où siègent les juges. Sur le côté gauche, vous avez le bureau du procureur.

Sur le côté droit, vous avez les équipes de défense. Et, à côté du bureau du procureur, vous avez la place qui est réservée aux victimes. Quand on juge à La Haye, on peut avoir des chefs de guerre, des chefs de milices, on a aussi parfois des chefs d'Etat.

Dans mes précédentes fonctions, j'avais délivré un mandat d'arrêt contre le président en exercice du Kosovo. D'autres anciens chefs d'Etat ont été poursuivis devant les juridictions pénales internationales. On peut penser par exemple à monsieur Milosevic ou monsieur Gbagbo. -P.Larrouturou: Nous sommes, ici, à La Haye, aux Pays-Bas.

Beaucoup, on le voit, de drapeaux du monde entier et une volonté, tout simplement, de rendre le monde meilleur. C'est carrément écrit sur les murs : "Vers un monde plus juste." C'est donc ici que le juge Guillou et ses collègues ont émis ce mandat d'arrêt international contre Benyamin Netanyahou ainsi que contre le chef du Hamas, on oublie parfois de le dire.

Mais ça, il ne va pas pouvoir nous en parler. -Quand on est juge, on doit être indépendant et impartial. Et l'impartialité, pour un juge, ça veut dire qu'on ne donne pas des positions sur les dossiers que nous sommes amenés à traiter.

Et donc, comme tous mes collègues, on ne s'exprime jamais sur les dossiers dont on est saisi. C'est pour ça que je m'exprime pas sur les affaires dont je suis saisi. -Pas de question sur Benyamin Netanyahou. -Je ne vous répondrai pas. -P.Larrouturou: On ne peut pas parler de ça.

En revanche, on va parler de ceci. Document de la Maison Blanche, 6 février 2025, "executive order" numéro 14-203 : "Moi, Donald J Trump, président des Etats-Unis d'Amérique, "constate que la Cour pénale internationale "s'est livrée à des actions illégitimes "et infondées visant l'Amérique et son proche allié, Israël." "Les Etats-Unis imposeront des conséquences tangibles "et significatives, dont le gel de leurs biens et avoirs, "ainsi que la suspension de l'entrée aux Etats-Unis "des fonctionnaires de la CPI." Sauf que ça ne s'arrête pas là.

Ca va même beaucoup, mais vraiment beaucoup plus loin. -J'ai découvert que la quasi-totalité des moyens de paiement, en France, aujourd'hui, ils sont américains. -Votre carte bleue ne marche plus ? -Elle a été déconnectée parce que les seules cartes que nous avons en France, ce sont des Visa et des Mastercard.

Je ne peux plus commander sur Amazon, je ne peux plus réserver un Airbnb. J'ai essayé par exemple de réserver un hôtel sur Booking, j'ai bien compris que la transaction allait bloquer. J'ai fait une transaction avec Expedia.

J'ai reçu un email qui me dit : ma transaction est annulée. C'est très pénible au quotidien. On revient 30 ans en arrière.

On remonte le temps. On revient au monde pré-numérique. -P.Larrouturou: Autre exemple.

Le juge est donc aux Pays-Bas. Il commande un cadre en Bretagne. Sauf que, comme c'est par UPS, il ne sera jamais livré.

Face à cette situation ubuesque d'un juge sur la même liste noire que les pires terroristes et narcotrafiquants du monde, le président de la République a écrit cette lettre pour demander la levée des sanctions. -Si les procureurs ont peur de poursuivre, si les avocats ont peur de défendre, si les juges ont peur de juger, si les parlementaires ont peur de voter les lois, si les ministres ont peur de les appliquer, on n'a plus de démocratie. Ca veut dire qu'on va agir exclusivement par la peur. -P.Larrouturou: Avant que je quitte La Haye, le juge Guillou m'a dit : "Je pense qu'avant la fin du second mandat "de Donald Trump, je ne serai jamais comme il dit, délisté." J'ai passé un petit coup de fil à l'Elysée, pour finir, qui dit ce soir pour "C à vous", le président de la République, via son entourage : "Notre diplomatie poursuit ses démarches pour obtenir la levée "la plus rapide possible de ces sanctions. "Nous regrettons que les autorités américaines "n'aient pas donné de suite favorable à notre demande." -M.Bouhafsi: Merci beaucoup, Paul Larrouturou.

C'est peut-être une révolution pour la justice française. Un nouvel espoir pour plusieurs centaines d'affaires criminelles non élucidées, ces fameux "cold cases". Et si la solution venait des Etats-Unis ?

Puiser dans les bases de données privées pour y retrouver de l'ADN. En Europe, seule la Suède l'autorise. La France va-t-elle suivre le mouvement ? -Ce meurtrier a terrifié la population suédoise.

Introuvable pendant 15 ans, puis identifié et arrêté grâce à une méthode révolutionnaire : la généalogie génétique. La police lance un appel aux habitants de la région où le meurtre a eu lieu et leur demande de faire des prélèvements ADN. Cette femme se porte volontaire. -Je n'ai pas hésité.

Si je peux aider les victimes à trouver ces réponses. On a réalisé que le meurtrier était le fils de mon cousin et là, c'est devenu bien réel pour toute la famille. -M.Bouhafsi: Bonsoir, Damien Delseny.

Vous êtes journaliste, chef du service police-justice du Parisien et Aujourd'hui en France. Bonsoir, Didier Seban, vous êtes avocat, spécialiste de ce qu'on appelle les "cold cases". Encore un anglicisme, Erik Orsenna.

Damien Delseny, on parle de "généalogie génétique", un mot un peu barbare. Concrètement, de quoi parle-t-on ? Nous allons pouvoir comparer nos fichiers ADN à des bases étrangères et des bases privées ? -D.Delseny: Il existe en France un fichier national automatisé des empreintes génétiques, le FNAEG, qui a été créé après l'affaire Guy Georges, il y a presque une trentaine d'années.

C'est un fichier judiciaire. Pour y rentrer, il y a un certain nombre de conditions. Là, ce qu'on a découvert, il y a quelque temps, c'est qu'aux Etats-Unis, on pratique ce qu'on appelle des "tests ADN récréatifs", c'est-à-dire que vous voulez connaître vos ascendances, vos origines, vous faites un prélèvement chez vous, vous le mettez dans une enveloppe, vous l'envoyez à un des laboratoires privés qui fait ça aux Etats-Unis et il vous séquence un ADN, le vôtre, qui vous permet de vous comparer à d'autres empreintes.

Simplement, jusqu'à maintenant, il est interdit en France d'avoir recours ce type de test ADN récréatif. Il est interdit mais on estime que 2 millions de Français y ont déjà eu recours. -M.Bouhafsi: Tout le monde contourne cette interdiction. -D.Delseny: Il suffit d'envoyer dans une enveloppe...

Personne ne va vous contrôler. Donc, depuis quelques mois, quelques années, il y a des magistrats, des enquêteurs qui se sont intéressés à cette base américaine. Pourquoi ?

Parce qu'elle est gigantesque. Elle est gigantesque pour deux raisons. D'abord parce qu'elle est très incrémentée par les Américains et par d'autres pays étrangers, et puis surtout parce que le séquençage ADN dans ces laboratoires privés est beaucoup plus large.

En France, on prend une partie de l'ADN pour le rentrer dans le fichier. Je vais essayer d'être rapide et concret. Aux Etats-Unis, on prend beaucoup plus d'ADN, donc on peut remonter jusqu'à des cousins de la 5e ou de la 6e génération, ce qui n'est pas le cas dans les tests qui sont pratiqués en France.

Ca offre des perspectives énormes parce qu'à partir d'une empreinte qui est envoyée par un Français, par exemple, dans un laboratoire américain, on va pouvoir peut-être lui trouver un cousin de 5e ou 6e génération, qui ne porte pas le même nom, qu'il n'a jamais vu. Donc ça permet de pouvoir éventuellement identifier des traces qui sont inconnues en France, mais qui pourraient, en revanche, être connues dans ces fichiers étrangers. -M.Bouhafsi: J'ai l'obligation de citer trois marques qui font ça, MyHeritage, Ancestry ou encore GEDmatch.

Didier Seban, pourquoi, aujourd'hui, ces tests sont interdits en France ? Pourquoi on ne puise pas dans ces sites Internet ? -D.Seban: C'est la loi qui l'interdit.

C'est même puni d'amende parce qu'on considère que ça pourrait créer du désordre dans les familles. On pourrait découvrir que son père n'est pas son père ou...

On nous a dit qu'on ne peut pas le faire. Et on considère qu'il y a un risque à le faire parce que ces fichiers ne sont pas contrôlés, que ça peut être diffusé, par exemple, qu'un employeur pourrait avoir la volonté d'interroger ces fichiers pour savoir si quelqu'un qu'il va embaucher a une maladie génétique ou un problème de ce type. Donc, en France, on a résolu le problème en interdisant.

Mais comme la loi est aujourd'hui très largement contournée se pose la question de savoir pourquoi ne pas le faire évoluer, contrôler, le faire sous un régime légal en France. C'est ce que nous souhaitons pour les associations de victimes que je représente. -M.Bouhafsi: On a tous découvert cette technique il y a quelques semaines.

Un suspect a été mis en examen en décembre pour le viol d'une joggeuse en 2015. Sait-on, Damien Delseny, combien d'affaires non élucidées pourraient l'être grâce à cette technologie ? -D.Delseny: Exactement, non.

Ce qu'on sait, c'est que dans le fichier national français, il y a à peu près 50 000 empreintes ADN dites "inconnues", c'est-à-dire des ADN qui ont été prélevés sur des scènes de crime. -M.Bouhafsi: C'est énorme ! -D.Delseny: Ca ne veut pas dire 50 000 coupables, ça veut dire 50 000 empreintes ADN qui ont été prélevées sur une scène et où on aimerait bien connaître le détenteur de cet ADN.

Donc, il y en a 50 000 dont on ne connaît pas l'identité. Sur ces 50 000, oui, bien sûr, il y a des criminels, il y a des auteurs de crimes qui sont recherchés. C'est évidemment intéressant de pouvoir mettre un nom sur ces 50 000 empreintes anonymes jusqu'à maintenant.

Après, combien d'affaires ça pourrait résoudre ? C'est quasiment impossible à dire, mais on sait que cette base a déjà donné des résultats pour des affaires françaises. -M.Bouhafsi: C'est un vrai espoir pour les cold cases, et surtout, j'imagine, pour les familles de victimes que vous représentez. -D.Seban: Oui.

De deux choses l'une, ou aujourd'hui l'empreinte génétique, enfin l'empreinte retrouvée sur le corps de la victime ou à la suite d'un viol matche, comme disent les enquêteurs, avec ce qui existe au fichier national des empreintes génétiques, soit ça ne matche pas et on ne sait pas trop quoi faire. Donc, on aurait pu très certainement repérer le Grêlé, par exemple, celui qui a commis tous ces crimes. Moi, j'ai au moins deux dossiers dont je sais qu'on pourrait les résoudre par l'utilisation de ces fichiers, celui de Sabine Dumont, on va en parler, et puis, celui du violeur d'Antibes, qui a laissé sa trace ADN à l'occasion de multiples viols, mais qui ne matche pas au fichier national des emprunts génétiques. -M.Bouhafsi: Vous venez de citer le cas de l'affaire Sabine Dumont.

Elle a été tuée en 1987. Près de 40 ans d'enquête et toujours rien, comme l'a confié Erik Dumont à Benjamin Delmas. -E.Dumont: Notre espoir aujourd'hui, c'est qu'en utilisant cette technique, on est assez convaincus d'ailleurs de pouvoir trouver un parent plus ou moins éloigné de la personne qu'on recherche.

Si on a de la chance, ça va être peut-être son frère, sa soeur, un cousin de premier niveau, mais ça peut être un petit peu plus éloigné. Effectivement, 2 millions d'ADN récréatifs, ça ne couvre pas 100 % de la population française. Néanmoins, je pense une bonne partie.

Moi, j'ai plutôt espoir qu'on retrouve quelque chose. -M.Bouhafsi: Didier Seban, vous êtes l'avocat de la famille de Sabine Dumont.

Concrètement, dans ce cas, qu'est-ce que ça va changer ? -D.Seban: Ca va changer que cette trace de sperme de l'auteur du viol et du meurtre, très certainement, de Sabine Dumont, on ne peut pas l'identifier parce qu'il n'est pas aujourd'hui au fichier national des empreintes génétiques.

Si ce qu'a fait le juge, aujourd'hui, il l'a déjà fait, il a saisi le FBI d'une commission rogatoire internationale et il lui a demandé d'aller interroger ses fichiers récréatifs français, où il y a des Français dedans. Il suffit...

Puisque le fichier national des empreintes génétiques en France, c'est 23 séquences d'ADN. Ces fichiers, c'est plusieurs dizaines de milliers de séquences d'ADN. Eh bien, on va sûrement...

On est certains de trouver un cousin au deuxième degré... -A.Bégot: On trouvera peut-être pas le coupable, mais un lien avec le coupable. -D.Seban: Et après, c'est pour ça qu'on parle de généalogie génétique.

Il va falloir remonter la généalogie de cette personne, qui aura 25 % d'ADN commun avec l'auteur de la trace. On va faire sa généalogie et puis, on dira il a deux cousins qui sont peut-être les auteurs, on ira les prélever et on vérifiera si c'est bien leur ADN. -M.Bouhafsi: Selon le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, un crime par semaine est résolu aux Etats-Unis grâce à cette technique.

C'est vrai ? -D.Delseny: Sans doute.

Mais encore une fois, ce qu'il faut bien comprendre pour aller dans le droit fil de ce qu'on vient de dire, c'est que quand on va trouver une empreinte qui s'apparente à l'ADN qu'on veut envoyer de France aux Etats-Unis, on tombera jamais sur le criminel, ou très rarement. Et après, il y a beaucoup de travail à faire. Dans les enquêtes françaises qui ont eu recours au fichier américain, on leur a retourné parfois une centaine, parfois plusieurs centaines de noms, en disant : "Voilà, il fait partie de cette grande famille, "qui sont 300 ou 400.

Maintenant, "débrouillez-vous pour trouver parmi eux quel est le bon." Après, c'est un vrai travail d'enquête classique : où habitaient ces gens-là au moment des faits ? Ils habitent toujours là ?

Ils sont vivants ou morts ? Donc, c'est pas non plus une formule magique. -E.Eméyé: Ca pose plein de questions, notamment celle de la protection des données personnelles, mais une question éthique aussi.

Si je retrouve toute ma famille biologique avec ces prélèvements ADN, chaque membre de ma famille peut un jour se retrouver exposé à une enquête policière. C'est très complexe. Il y a des risques de piratage aussi, j'imagine.

Est-ce qu'on pourrait arriver à un risque de fichage massif ? -D.Delseny: C'est ce que disent beaucoup des détracteurs de cette technique.

Après en France, la loi qui est prévue, elle va quand même encadrer relativement strictement le recours à ces fichiers. Ce sera d'abord pour des affaires particulières. On ne va pas faire tout et n'importe quoi avec ces fichiers, mais c'est vrai que ça pose une question de fichage très généralisé.

Vous pouvez très bien vous retrouver identifié à partir de l'empreinte d'un cousin que vous ne connaissez pas, et on va pouvoir venir vous retrouver même si vous n'avez rien fait. Donc oui, il y a quand même une difficulté à ce niveau-là. Mais en fait, il y a deux choses en balance, c'est : on protège quoi ?

On protège une éthique qu'il faut protéger ? Mais qu'est-ce qu'on dit aux victimes, aux parents des gens qui ont disparu ou qui sont morts sans aucun coupable identifié depuis 30 ans ? On leur dit : "Il y a cet outil, "mais pour des raisons éthiques, on va pas l'utiliser" ?

Je reconnais que c'est très compliqué. -D.Seban: Toutes les grandes démocraties utilisent ces fichiers.

Il faut très certainement les implanter en France sous le contrôle, comme on fait avec le fichier national des empreintes génétiques, d'un magistrat avec des règles. Moi, je crois que c'est l'avenir. C'est-à-dire on a une situation où ce sont des sociétés privées qui détiennent ces fichiers.

Ca peut être critiqué et être source d'inquiétude. Est-ce qu'ils vont vendre ces fichiers ? Est-ce qu'ils vont les utiliser ?

Ce sont les Français qui s'y sont inscrits volontairement. La solution, très certainement, c'est de maîtriser cela, c'est-à-dire de le faire avec nos règles. Depuis que le FNAEG existe, il n'y a eu aucune fuite, aucune utilisation détournée.

Ca fait 30 ans que ça existe. -Y.Goosz: Si on parle ADN, on pense forcément à l'enquête sur la mort du petit Emile.

On l'a appris dans Le Parisien récemment, les juges d'instruction ont lancé une immense campagne de prélèvements d'ADN. On en est où dans cette campagne de prélèvements ? -D.Delseny: Elle est en cours.

Alors, elle est importante par le volume. C'est-à-dire que les juges d'instruction ont décidé de ne pas s'en tenir uniquement aux personnes qui étaient présentes le jour exact de la disparition, mais ils l'ont étendue aux personnes qui sont passées avant ou après dans le secteur géographique. Donc c'est plusieurs centaines de tests ADN à faire.

Ca a un coût aussi. Il faut le reconnaître, ça a un coût financier aussi. Il faut tout organiser.

Alors, pourquoi on fait ces tests ? Pour juste pour rappeler, c'est qu'on a trouvé des ADN sur les ossements et une partie des vêtements du petit Emile qui ne sont pas identifiés, qui font partie de l'ADN, qui ne sont pas au fichier, qui appartiennent pas non plus à la famille proche, qui avait déjà été prélevée et qui auraient matchés si ça avait été un ADN familial. Donc là, on sait que c'est un ADN hors famille, hors fichier, donc on prélève autour.

Alors, c'est jamais très bon signe, dans une enquête judiciaire, quand on commence à faire des prélèvements massifs comme ça. Ca veut dire qu'on n'a pas la piste, on tire pas le fil prioritaire. -M.Bouhafsi: Merci à tous les deux.

Damien Delseny, vous êtes journaliste, chef du service police-justice au Parisien. Didier Seban, vous êtes avocat pénaliste, spécialistes des cold cases. Tout de suite, le 5 sur 5 d'Amandine Bégot.

Amandine, ça y est, on connaît le nom du successeur du navire Charles de Gaulle. -A.Bégot: C'est l'une des images de la semaine.

Emmanuel Macron s'est rendu mercredi dans la région de Nantes, sur le chantier du futur porte-avions, un chantier colossal. Je vous rappelle quelques chiffres : plus de 10 milliards d'euros sur 20 ans, 14 000 emplois pour un navire de 77 000 tonnes, soit 2 fois presque le Charles de Gaulle. Et donc, un nom en hommage à l'esprit de résistance. -Notre nouveau porte-avions portera le nom de France libre.

Dans ce nom passe la mémoire des femmes et des hommes qui se sont dressés face à la barbarie, unis pour sauver la patrie, déterminés à défendre une certaine idée de notre nation. -A.Bégot: Bonsoir, Michel Goya.

Merci de nous avoir rejoints sur le plateau de "C à vous". Vous êtes historien, colonel, ancien officier des troupes marines. Un mot d'abord sur le nom.

Ce n'est pas anodin, le choix du nom d'un porte-avions. -M.Goya: Non, bien sûr.

C'est le plus gros bâtiment, le plus grand, le plus puissant jamais construit par la France. Donc, il représente aussi d'une certaine façon la France. Donc, c'est un choix qui n'est évidemment pas anodin, d'autant plus que ce nom, il va le garder pendant 40 ans, 50 ans, peut-être plus.

Donc, oui, c'est extrêmement important et c'est pour ça que ça se décide au plus haut niveau de l'Etat. -M.Bouhafsi: Erik Orsenna, il y a d'ores et déjà un débat.

Est-ce qu'on doit dire le France Libre ou la France Libre ? -E.Orsenna: C'est le génie de la France des faux débats, surtout en guerre.

Je veux dire, et puis, c'est voilà...

C'est la France. La France, pour l'instant, c'est féminin. Donc, vive la France Libre. -Y.Goosz: La pratique... -E.Orsenna: Oui.

Je sais, je sais. La pratique est...

On dit : "Dans la marine marchande, c'est différent. "Dans la Marine nationale, c'est différent, etc." Quel est l'enjeu d'un porte-avions ?

A quoi ça sert ? Que la France soit libre, donc c'est la France Libre. -M.Bouhafsi: Il a tranché, Erik Orsenna. -Y.Goosz: L'Académie française a parlé. -A.Bégot: C'est clair.

Pourquoi c'est si important, on revient à l'aspect militaire, de disposer d'un tel porte-avions ? Plein de gens nous regardent et doivent se dire : "Tous ces milliards "alors qu'on nous demande de serrer partout, "est-ce que ça vaut la peine ?" -M.Goya: Oui, bien sûr...

Après, on se rend compte que ces milliards...

C'est 10-15 milliards pour un engin qui, je le rappelle, va durer 60 ans. Ils auraient été utilisés ailleurs, mais dans le monde militaire. A la place, on aurait peut-être construit des sous-marins ou des frégates, des choses comme ça.

Le choix qui a été fait, c'est un porte-avions, de type particulier, c'est-à-dire un nucléaire, évidemment, mais techniquement, on appelle ça un CATOBAR. C'est-à-dire qu'il a des catapultes, il peut propulser des avions puissants. Ca lui donne une capacité qui est beaucoup plus importante que les petits porte-avions et porte-hélicoptères dont beaucoup de pays disposent.

Et ça, on le voit bien d'ailleurs actuellement. C'est-à-dire que c'est une capacité de projection, de puissance au loin, hors de tout territoire. C'est-à-dire qu'à partir d'un porte-avions, vous êtes en pleine mer, vous faites ce que vous voulez, vous demandez l'autorisation à personne pour traverser le ciel.

Et donc, c'est un atout de puissance incontestable pour la France. -M.Bouhafsi: Est-ce qu'il y a un intérêt encore d'avoir un tel porte-avions dans des conflits comme l'Iran ou l'Ukraine, alors qu'on doit faire face à des attaques de drones ?

Il y a que des drones aujourd'hui en Iran ou en Ukraine. -M.Goya: Oui, mais...

Comment dire ? Si vous observez...

L'un n'exclut pas l'autre. Bien sûr qu'il faut aussi faire notre révolution en matière de drones, de combat de drones à terre, de combat de drones dans le monde aérien. Mais vous voyez, par exemple, les porte-avions américains qui sont déployés actuellement face à l'Iran, notamment le Lincoln dans la mer d'Oman, en fait, il est loin et il va résister aux drones.

C'est pas le porte-avions, le problème. Le problème qui se pose avec ce type d'engins ou les drones navals, c'est quand on s'approche des côtes. Vous avez un autre problème que l'on voit effectivement dans cette guerre, c'est celui de la navigation près des côtes qui sont effectivement truffées de batteries anti-navires, de vedettes rapides, de drones en tout genre, volants, navals, sous-marins, des mines éventuellement, etc.

C'est là, la vraie difficulté. -M.Bouhafsi: Le nom de ce nouveau porte-avions a été annoncé dans un contexte bien particulier, en plein conflit au Moyen-Orient. -A.Bégot: On l'évoquait à l'instant.

Une guerre qui a franchi un nouveau cap ces derniers jours, virant plus que jamais à la bataille de l'énergie. L'Iran a touché cette semaine le plus grand site de production de gaz naturel liquéfié au monde, qui est au Qatar. Résultat : le prix du gaz européen a bondi immédiatement, +35 % jeudi matin, juste après cette attaque.

Et d'autres installations énergétiques, des sites de production ont également été touchés dans d'autres pays du Golfe. Ca a été le cas en Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis. "Escalade inconsidérée", dit Emmanuel Macron. -Cette escalade est inconsidérée.

Nous défendons l'idée d'un moratoire sur les infrastructures et les personnes civiles dans ce conflit. La France défend, comme à chaque fois, le retour à la négociation, le retour au dialogue, la désescalade dans la région. -A.Bégot: Michel Goya, l'énergie, le gaz, le pétrole sont devenus des armes pour l'Iran ? -M.Goya: Bien sûr.

On est dans une situation où le régime lutte pour sa survie, en réalité. Il s'est lancé dans une campagne tous azimuts, une campagne globale ou une certaine façon de terre brûlée, de recherche du chaos, avec certainement cette idée de faire pression, par différents moyens sur Donald Trump. -A.Bégot: Sur les populations et les économies mondiales. -M.Goya: Sur les économies mondiales, sur le prix du gallon de carburant aux Etats-Unis, sur tous les alliés de la région, en espérant que tout le monde se retourne vers Donald Trump en disant "OK, on arrête, ça va trop loin, on ne peut plus continuer." -M.Bouhafsi: On a sous-estimé la force du régime iranien ? -M.Goya: Normalement, on n'aurait pas dû.

Il n'y a rien de surprenant dans ce qui est en train de se passer, militairement. -A.Bégot: Ce qui se passe, tous les militaires le savaient. -E.Orsenna: Bloquer le détroit d'Ormuz. -M.Goya: Bien sûr, c'était évident.

En tout cas, c'était une hypothèse. Les militaires travaillent sur plusieurs hypothèses de ce que va faire l'ennemi après l'avoir attaqué, ses réactions. Il y avait une hypothèse minimale où on pouvait se dire que l'Iran n'allait attaquer qu'Israël par exemple, que ses agresseurs, Israël et les bases américaines dans la région.

Il y avait d'autres hypothèses tous azimuts où ils allaient attaquer partout. Il fallait le prendre en compte. Dans toutes ces hypothèses, il y a celle évidemment du blocage du détroit d'Ormuz. -A.Bégot: C'est un excès de confiance de Donald Trump, de la naïveté ?

Comment vous, vous l'interprétez ? -M.Goya: Probablement une méconnaissance du problème et même de l'ennemi, je dirais.

Quand vous entendez Donald Trump, quand il cite ses sources, quand il cite Jared Kushner, il cite Steve Witkoff, Pete Hegseth, c'est-à-dire des gens qui ne connaissent absolument rien au dossier. "C'est eux qui m'ont dit que l'Iran n'allait pas répliquer, "que l'Iran allait s'effondrer." Il y a un problème de prise de décision au plus haut sommet de l'Etat américain, c'est clair. -M.Bouhafsi: Cette guerre a déjà des conséquences très concrètes sur le quotidien des Français. -A.Bégot: +30 % pour les prix du carburant.

Depuis la fin du mois de février, le budget auto moyen des Français progresse, c'est automatique. +18 euros en moyenne par mois. Vous êtes de plus en plus nombreux à songer à passer à la voiture électrique.

Les recherches, en tout cas sur Internet, ont bondi : + 91 %. Autre solution, moins coûteuse d'ailleurs, peut-être passer au bioéthanol. Depuis quelques jours, ce garage d'Herblay dans le Val d'Oise est assailli de demandes. -C'est électronique. c'est une petite carte qu'on installe, un petit boîtier qui se trouve ici, qui amplifie le signal des injecteurs de manière à rendre compatible le véhicule au superéthanol.

Ca démarre à 650 euros approximativement, et ça peut aller jusqu'à 1 200-1 300 euros, suivant les véhicules et le nombre de cylindres. Depuis vendredi dernier, on était à peu près à une demande de 5-6 devis par semaine. Là, c'est par jour. -A.Bégot: Est-ce vraiment la solution pour éviter de voir son budget plombé par les prix de l'essence ?

Est-ce vraiment rentable ? On a posé la question à Christophe Bourroux, spécialiste auto RTL. -Contrairement aux idées reçues, il n'y a aucune contre-indication à faire installer un boîtier.

Vous n'aurez pas d'ennuis avec votre constructeur automobile. Le bioéthanol est beaucoup plus écologique. Pour preuve, il est moins taxé, raison pour laquelle il a une fiscalité très intéressante et on peut l'avoir à la pompe aujourd'hui aux environs de 80 centimes le litre.

C'est donc 1 euro de moins que le sans plomb traditionnel. Si vous avez une voiture essence, pour moi, c'est le vrai bon plan et c'est valable pour toutes les voitures, aussi bien votre Twingo que votre Ferrari. -M.Bouhafsi: Autre conséquence de cette guerre dans nos supermarchés. -A.Bégot: Les Français commencent à faire des provisions : conserves, pâtes, riz, huile, les ventes de ces produits dits de précaution ont progressé la semaine dernière de façon atypique. -On comprend que les gens, avec tout ce qui se produit aujourd'hui, soient dans la panique et se sentent obligés de stocker et d'avoir peur de manquer. -3 boîtes de sardines, 2 boîtes de thon, une boîte de maquereaux, par précaution. -Pendant le Covid, c'était la même chose.

Même le papier toilette. Tous les gens se ruaient dessus. -A.Bégot: L'institut Circana a comparé les chiffres avec ceux de l'an dernier.

Comportements qui rappellent ceux qu'on avait connus en mars 2020 à l'approche du premier confinement, ou encore en mars 2022, après le début de la guerre en Ukraine. -On a peut-être des Français qui ont peur d'une contamination, d'une extension du conflit et s'y préparent. Ensuite, il y a de manière beaucoup plus rationnelle, l'anticipation des conséquences possibles du conflit sur les filières d'approvisionnement.

C'est l'effet de meute assez classique. Vous vous dites : "Si je stocke pas, quand je vais vouloir "acheter des produits, les autres se seront déjà servis, "il n'y en aura plus." Ca dit des choses sur une partie de l'opinion publique qui est un peu à fleur de peau.

Les Français sont inquiets, et un facteur supplémentaire d'inquiétude peut créer des comportements irrationnels. -M.Bouhafsi: Au rayon musique, c'est un peu "Retour vers le futur." -A.Bégot: Le marché du vinyle dépasse désormais celui des CD en valeur.

Près de 6 millions de vinyles vendus l'an dernier en France pour un total et c'est ce chiffre qui est important de 113 millions d'euros de chiffre d'affaires, trois fois plus qu'il y a un an. Preuve que la musique physique, comme on dit, n'est pas morte, loin de là. Démonstration chez ce disquaire en plein centre de Paris. -De plus en plus de gens viennent.

On a des gens qui collectionnaient des vinyles depuis 30 ans, 40 ans et qui continuent leur collection et on a des gens, même de plus en plus jeunes. On a des ados. Les jeunes, ce qui est marrant, c'est qu'ils ont grandi dans un monde où le streaming était la norme, où on payait pas pour de la musique.

Maintenant, ils ont un besoin de posséder l'objet. Il y a vraiment un lien qui se crée avec leurs artistes préférés. C'est une forme de soutien, c'est une forme d'adhésion, qui se matérialise par l'achat de musique. -A.Bégot: Voilà qui dope la croissance de l'industrie musicale : + 3,9 % en 2025.

C'est la 10e année consécutive de hausse pour le marché français. La France reste ainsi la sixième puissance musicale mondiale. -M.Bouhafsi: On est toujours en train de parler des streamings, ces jeunes qui écoutent les plateformes, ça veut dire que les Français sont attachés au physique, aux disques, aux vinyles ? -E.Orsenna: Sur les questions de base.

On a oublié la souveraineté, on a oublié la dépendance. On pensait que tout était...

Regardez les dernières nouvelles sur les data centers. Vous voyez qu'un pays comme l'Irlande, quasiment la moitié de son électricité, est utilisée par les data. L'artificiel, le naturel revient, rappelle sa réalité face à l'artificiel.

Il n'y a pas que le numérique, il n'y a pas le virtuel. Là c'est comme ça, c'est les matières premières, c'est les menaces, les méchants, c'est le réel. -M.Bouhafsi: Vous les connaissez, les méchants ?

Michel Goya, fait "oui, oui." -E.Orsenna: Tu les connais. -M.Goya: Quelques-uns. -E.Orsenna: Même pas besoin de la génétique. -M.Bouhafsi: Un grand mystère du monde de l'art. -A.Bégot: Des années que journalistes et passionnés cherchent à identifier le vrai nom de Banksy, cet artiste connu dans le monde entier pour ses pochoirs, notamment pour celui-ci, "La Petite Fille au ballon".

Des journalistes de l'agence américaine Reuters assurent avoir découvert qui est Banksy, après une très longue enquête publiée le 13 mars dernier. Ils ont interrogé des proches de l'artiste, aucun n'a voulu donner son vrai nom, mais en recoupant un certain nombre d'informations, en fouillant des archives un peu partout dans le monde, aux Etats-Unis ou en Ukraine, ils ont acquis la certitude qu'il n'était autre que Robin Gunningham, né à Bristol en 1973, nom qui avait déjà été cité dans une précédente enquête en 2008. Les avocats de Banksy leur avaient déconseillé de publier ce nom. -Je ne pense pas que de connaître son nom ou son prénom va changer quelque chose.

Vous connaissez le nom de Kool and the Gangs ? Boney M. ?

Non ! C'est-à-dire que c'est l'oeuvre qui est intéressante, mais on se fixe sur l'anonymat parce qu'actuellement, on peut tout savoir en deux secondes sur Internet. Le fait qu'on n'arrive pas à savoir quelque chose, ça nous excite, mais c'est la qualité de l'oeuvre qui fera toujours l'artiste.

Un artiste qui ne veut pas déclarer son identité, on doit apprendre à le respecter. Ce nom, ça ne change rien. Ca ne va pas rendre une oeuvre plus belle ou moins belle. -M.Bouhafsi: On termine avec le sourire. -A.Bégot: Deux nouveaux pensionnaires au zoo de La Flèche, dans la Sarthe.

Ce sont deux girafons nés à deux mois d'intervalle. Une petite femelle qui était née de décembre et un mâle arrivé en février dernier. Les premières images ont été diffusées cette semaine.

Lui a surpris les voyageurs d'un aéroport australien. est-ce que vous le voyez ? Un petit opossum, un vrai, qui s'est réfugié au milieu des peluches de cette boutique de souvenirs.

Je pense qu'il a plus peur que ceux qui l'ont surpris. Enfin, notre chouchou, la mascotte de "C à vous", Punch, ce petit singe abandonné à la naissance par sa maman. On avait bien sûr craqué.

Pour ceux qui auraient raté quelques épisodes en le voyant traîner son doudou partout. Ca se confirme, je vous l'avais dit, il commence à s'intégrer parmi les autres singes du zoo japonais. Il s'est trouvé désormais une petite copine.

Prénom de l'heureuse élue : Moe. C'est joli. -M.Bouhafsi: On est tous amoureux de Punch.

Il y a des bonnes nouvelles. Le monde va moins mal qu'on ne le dit. Punch a trouvé une amoureuse.

Je rigole, bien évidemment. Merci à vous, Erik Orsenna. Merci à vous Didier Seban, merci à Damien Delseny.

On vous retrouve tous les jours dans Le Parisien. Vous êtes ici chez vous, à "C à vous". Merci à vous, Michel Goya.

Dans un instant,