Interview with Marine Le Pen
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Madame Le Pen, bonsoir. Bienvenue à 24-60 pour cette entrevue télévisée. Madame Le Pen, depuis votre arrivée, vous avez soulevé certaines... suscité certaines controverses. Je vais vous faire entendre ce qui s'est passé sur nos ondes à Radio-Canada hier soir lors du gala du cinéma. Écoutez bien.
Aujourd'hui, j'étais comme très choqué. Il y a quelqu'un qui visite le Québec, qui vient de la vieille France, qui se promène à droite et à droite à dire des choses qui ne correspondent pas à une certaine réalité. Notamment, elle critique le gouvernement du Canada et du Québec pour avoir ouvert les portes aux réfugiés syriens. Et le pire, c'est qu'elle dit qu'elle critique ce gouvernement pour défendre la culture québécoise. Je ne pouvais pas ne pas vous parler de ça aujourd'hui parce que la culture québécoise, elle, n'a pas besoin de ce type de défense. Nous pouvons le faire nous-mêmes.
Madame Le Pen, ce monsieur est cinéaste, un de nos grands cinéastes d'origine chilienne. Il était dans l'entourage de Salvador Allendeau début de 1970 avant que le Canada devienne son pays d'accueil. Au fond, il vous dit de vous mêler de vos affaires, que vous êtes venu donner des leçons aux Canadiens, et que vous vous faites dire qu'on n'a pas besoin de vos leçons à Mme Le Pen.
D'abord, ce monsieur n'a probablement pas écouté ce que j'ai dit, mais ça c'est assez traditionnel. C'est un fait commun que les acteurs, les cinéastes, les chanteurs se mêlent de politique. Mais ce que ce monsieur oublie... Ils ont le droit de le faire. Oui, bien sûr, ils ont le droit de le faire. Mais ce que ce monsieur oublie, c'est qu'il y a un concept auquel je crois que nous sommes tous attachés, ça s'appelle la démocratie. Et la démocratie, ça consiste aussi à entendre ceux qui sont en désaccord avec vous, figurez-vous. C'est merveilleux comme concept. Pour peu, qu'on le respecte.
Moi, voyez-vous, ça ne me dérange absolument pas que tout un chacun puisse avoir des positions divergentes des miennes. Mais je trouve un peu étonnant qu'on m'interdise d'aborder un certain nombre de sujets ou que l'évocation de ces sujets entraîne une forme d'hystérie en retour. Je m'en étonne. Pourquoi ? Parce que je pense que dans une démocratie mature, chacun peut débattre, être d'accord ou être en désaccord.
Alors, nous sommes immatures. Nous sommes dans une démocratie immature. C'est vous qui dites, par exemple, qu'avoir 25 000 réfugiés syriens, c'est une folie.
Oui, c'est une idée politique. C'est ma conviction politique.
Alors, vous avez pu dire tout ce que vous avez voulu dire depuis que vous êtes là. Et les gens vous répondent.
Et vous dites que ce n'est pas une démocratie de pouvoir. Oui, mais ce qui me pose un problème, c'est que j'ai l'impression que je viens, je dis que je suis contre l'immigration. On a le droit de dire ça ou on n'a pas le droit ? Parce que si on n'a pas le droit, il faut le dire tout de suite. Il faut dire, si vous dites que vous êtes contre l'immigration, on va vous insulter, vous traiter de raciste, de xénophobe, de replier sur vous-même, de fasciste, de je ne sais quoi. Il faut le dire. Est-ce qu'on a le droit de dire ? Moi, je suis contre le communautarisme. Je pense que c'est un mauvais modèle. Est-ce qu'on a le droit de le dire ? Ou est-ce qu'on se fait insulter en retour ?
Voilà, c'est ça la vraie question. Est-ce qu'on a le droit d'évoquer ces idées ou est-ce qu'on a le droit d'évoquer que les idées qui sont autorisées par une certaine oligarchie, par une certaine caste, par la bien-pensance ? Parce que si c'est ça, eh bien, croyez-moi, ceux qui essayent de m'empêcher de jaser vont en être pour leurs frais.
Vous vous nourrissez peut-être de cette victimisation. Vous évoquez la démocratie. Vous arrivez ici, vous avez l'insulte au bout des lèvres à chaque moment. Qui ai-je insulté, madame ? Moi, j'ai été insultée. Mais qui ai-je insulté ? L'oligarchie. Je vais vous faire entendre un extrait. Vous avez mentionné que notre classe politique était un monde de bisounours. Vous venez tout juste de me dire que vous avez déclenché l'hystérie.
Madame, oui, je dis qu'un certain nombre de gouvernements sont naïfs face aux problématiques de l'immigration. C'est ce que j'appelle le monde de bisounours. J'ai connu des injures plus graves, quand même, que celles-là. Mais quand vous êtes connu des... Ce n'est pas une injure. Le monde du bisounours, c'est le concept qui consiste à considérer que tout va bien, que tout est merveilleux, qu'il n'y aura jamais aucun problème. Alors que moi, je dis qu'il y a des problèmes, que ces problèmes peuvent s'aggraver. Oui, mais que les mêmes causes entraînent les mêmes effets. Ça, ça s'appelle la sagesse populaire. Vous êtes sage. Qu'en savez-vous ?
Parce que je vois bien ce qui s'est passé, notamment au Québec. Je vois bien la dérive du communautarisme qui crée, comme partout d'ailleurs, parce qu'il n'y a pas d'exception, comme partout des revendications politico-religieuses de plus en plus importantes, auxquelles une partie des Québécois, avec lesquelles une partie des Québécois sont en désaccord. Voilà, j'expose mes idées politiques, madame. Je suis élue et je suis à la tête du premier parti de France.
Alors, vous n'êtes pas encore présidente. Alors, comment aimeriez-vous...
Ça m'interdit de parler, madame ? Non, je ne vous interdit pas de parler.
Si les seuls qui peuvent parler sont les présidents, alors effectivement, c'est ennuyeux. Alors, comme vous évoquerez la démocratie, le débat, permettez-moi de vous poser des questions. Mais je vous en prie, depuis tout à l'heure, ce ne sont pas tellement des questions, c'est plus un réquisitoire. D'accord. Alors, vous avez, je vous cite, donc, l'immigration, c'est de la folie, notre classe politique est victime de terrorisme intellectuel. Est-ce que vous êtes venu, en campagne électorale présidentielle, faire la leçon aux Canadiens et aux Québécois qui ont des gouvernements démocratiquement élus...
Non, mais madame, moi, je ne fais la leçon à personne. Alors, qu'est-ce que vous faites ? Je note que je suis arrivée. Je n'ai pas demandé à avoir des responsables politiques. Voilà, ça n'était pas ni le but de mon voyage, ni, en l'occurrence, mon objectif. L'intégralité de la classe politique a pris la parole pour dire « jamais, nous ne la rencontrerons pas, nous ne voulons pas lui parler, etc. » Des gens ont cherché à me voir. Des rendez-vous ont été fixés à leur demande. Et ils ont annulé ces rendez-vous.
Si ça n'est pas ça du terrorisme intellectuel, s'ils n'ont pas eu peur de quelque chose, comment se fait-il que des gens réclament de me voir et qu'à partir du moment où il y a de l'agitation médiatique, eh bien, ils renoncent à me voir parce qu'ils ont peur ? Est-ce que c'est ça ? C'est la question que je pose. Je suis confrontée aux événements, moi. Je les analyse, madame. C'est aussi simple que ça. Je ne donne la leçon absolument à personne.
Il faut comprendre de votre discours, lorsque vous arrivez ici, vous dites que c'est une erreur d'accueillir 25 000 réfugiés alors que ce gouvernement a été élu démocratiquement en faisant cette promesse. Le Canada et le Québec sont des terres d'accueil depuis des décennies et qu'ils sont bien intégrés, les immigrants.
Madame, j'ai du mal à croire que vous ne sachiez pas ce que c'est la démocratie. La démocratie, ça ne consiste pas à se taire devant ceux qui ont été élus. Parce que la démocratie, elle ne fonctionne, madame, que s'il y a des gens élus et des gens qui sont dans l'opposition éventuellement. Nous avons des sujets sur lesquels, avec les socialistes de tous les pays, nous avons des désaccords. Avec mes socialistes français, nous avons des désaccords forts. Avec les socialistes, au sein du Parlement européen, de l'ensemble des pays de l'Union européenne, eh bien, nous avons des désaccords. Ai-je le droit de les exprimer ou pas ? Ou pas ? Voilà. Donc je les exprime.
Je dis, je pense que la politique d'immigration mise en œuvre par M. Trudeau est une folie. Ai-je le droit de le dire ? Si je n'ai pas le droit, mais il faut m'interdire l'entrée du pays, qu'est-ce que je vous dise ? Non, mais c'est étonnant que... Puisque manifestement, un certain nombre de dirigeants, de ministres, viennent d'annuler l'intégralité des rendez-vous qu'ils avaient avec la délégation de la Commission commerce internationale du Parlement européen.
Faisons preuve, permettez-moi, au moins quand même, de discourtoisie à l'égard d'élus qui viennent de l'ensemble des pays d'Europe pour discuter avec des responsables politiques de l'accord entre le Canada et l'Union européenne et de toute une série d'autres sujets. Il n'y a pas un problème, là ? Mais est-ce qu'il n'y a pas un souci ? Vous trouvez que c'est normal ? Vous trouvez que c'est un comportement normal ? Moi, je ne le trouve pas. Je suis étonnée.
Seriez-vous infréquentable parce que vous arrivez et les gens voient dans vos discours que vous exprimez tout à fait librement des insultes, des injures et des leçons, des remontrances ?
Madame, donnez-moi une seule insulte. Vous êtes journaliste, madame. Vous n'êtes pas militante. Vous êtes journaliste. Par conséquent, vous êtes obligée de faire une analyse factuelle des choses. Montrez-moi une insulte. Alors, je vais... Ils ont tous tort, ces gens-là.
Non. Montrez-moi, madame. Vous avez dit insulte et injure. Montrez-moi une insulte et une injure. Je ne réponds pas à vos questions, madame. C'est moi qui pose les questions.
Ah bon, madame le procureur, alors si c'est vous qui posez les questions, en effet, dans ces termes-là... Je vais vous faire attendre. Madame, je n'ai insulté personne. Très bien. Alors... Je n'ai injurié personne. D'accord. Alors, je dis ce que je pense et je le dis avec franchise et je crois que beaucoup de Québécois aiment la franchise.
Si j'en crois l'avalanche de messages, madame, que j'ai reçus de Québécois sur mon compte Facebook et qui me disent « Madame Le Pen, nous sommes heureux de vous entendre parler de cela car il y a un certain nombre de sujets tabous au Québec et nous sommes heureux de voir que votre présence suscite le débat sur des sujets dont nous pensons qu'ils devraient être des sujets abordés dans le cadre de la politique. » Je me réjouis de cela.
Alors, Facebook est un outil plus démocratique, dans le fond, que la parole de nos élus. Je vais vous en faire entendre, la parole de nos élus. Je vais vous faire entendre notre premier ministre du Québec, M. Couillard. Et je vais aussi vous citer un texte de M. Péladeau, du Parti québécois, qui estime en tout cas que son parti n'a rien à voir avec vos valeurs, votre doctrine. Ça ne correspond pas. Alors, on va vous en dire.
Oui, madame, je l'ai entendu, M. Péladeau. J'ai entendu ce qu'il avait à dire. Je m'en étonne d'ailleurs parce qu'il y a au moins deux sujets que je vois immédiatement, qui sont des sujets sur lesquels on pourrait au moins avoir un débat. D'ailleurs, avec le Parti québécois, la souveraineté et la défense de la francophonie.
Mais M. Péladeau ne semble pas absolument pas voir dans votre programme des similitudes avec le vôtre. Je vais vous donner... Je voulais vous faire entendre, M. Couillard.
M. Couillard, c'est celui qui est allé en Arabie saoudite il n'y a pas très longtemps et qui est revenu en étant devenu un ami du communautarisme alors qu'il en était l'adversaire. C'est celui-là, non? D'accord.
J'en ai parlé très brièvement. Écoutez, Mme Le Pen ne détient aucune fonction au gouvernement français. Elle est en visite. C'est tout ce que j'ai à dire sur elle. J'ai certainement pas l'intention de démarrer un débat avec Mme Le Pen.
Et M. Péladeau, on peut vous faire entendre votre réponse aux étudiants qui ont manifesté quand vous la louisez. Les gamins, allez-vous coucher? Vous trouvez... Madame...
On va les entendre. On va les entendre. Mais ce que vous dites... On va les entendre. On va les entendre. Oui, oui, on va les entendre. On va laisser les choses. On va laisser maintenant. Madame, moi, il y a quand même un énorme problème. Ces jeunes militants d'extrême-gauche se sont introduits dans une conférence de presse que j'ai organisée de force. Ils sont venus m'insulter, me traiter de fasciste, de nazi, me dire qu'ils m'emmerdaient. Et il aurait fallu quoi pour vous plaire? Que je leur offre le déjeuner? Que je les remercie peut-être d'être venus ainsi perturber une conférence de presse en effectuant des violences? C'est cela que j'aurais dû faire? Ils ont pris la parole ici.
Non, mais Madame, est-ce que c'est cela que j'aurais dû faire? Oui ou non? C'est quand même une vision un peu particulière. Moi, je ne perturbe les réunions de personnes. Moi, je ne m'introduis pas dans des conférences de presse pour venir insulter les uns et les autres. Mais vous avez l'air d'avoir beaucoup de complaisance pour ces jeunes d'extrême-gauche.
Alors, vous avez aussi entrepris de refaire au Front National une sorte de ce que les Français, ou dans plusieurs commentateurs français, ont appelé la dédiabolisation de votre parti, prendre des distances par rapport à votre père Jean-Marie Le Pen. Est-ce que son exclusion du parti a quelque chose à voir avec votre désir de refaire l'image du parti?
Non, Madame, excusez-moi, mais je suis une responsable politique. Ce serait bien si on parlait de politique, parce que depuis le début de cette émission, j'ai l'impression d'assister à un tribunal où vous auriez la place... On peut questionner votre style, votre attitude. Non, mais vous auriez la place de procureur. Non, mais c'est la politique. Non, non, non, depuis le début de cette émission, vous ne m'interrogez pas pour savoir ce que je pense. Alors, vous menez une véritable séance de tribunal. Je n'entends pas me soumettre à votre tribunal, Madame. Alors...
Donc, soit vous m'interrogez sur mes idées politiques, et je vous répondrai avec grand plaisir et avec le sourire, car c'est mon habitude. Donc, vous ne répondez pas à la question de votre père. Si c'est pour répondre, si vous voulez, à toute une série, à un acte d'accusation, que je trouve d'ailleurs profondément injuste, eh bien, je ne m'y soumettrai pas, Madame. Mais alors, ce n'est pas du tout... Écoutez, je prends des déclarations publiques. Avec beaucoup de...
Avec votre propre nièce a dit que le Front national voit son succès, mais ça, dans les dernières heures, là, Marion, son succès au fait que Jean-Marie Le Pen a commencé à contester les flux migratoires avant qu'il ne soit une urgence. Donc, ça, c'est un exemple. Et donc, votre discours sur l'immigration, est-ce qu'il engendre, comme vous l'avez dit depuis le début de cette entreprise, on a parlé de politique quand même, on a parlé d'immigration, une certaine intolérance?
– Mais en quoi le fait d'être contre l'immigration est une preuve d'intolérance? – Est-ce que c'est un repli sur soi? – Mais ça n'est ni du racisme, ni un repli sur soi, ni de l'intolérance. L'immigration est un phénomène. C'est un phénomène mondial. C'est d'abord un phénomène économique. Beaucoup de pays utilisent l'immigration pour peser à la baisse sur les salaires, parce qu'ils vont chercher là de la main-d'œuvre à bas coût. Je trouve cela, permettez-moi, déplorable, parce qu'on se sert de gens que l'on fait travailler à bas coût, et évidemment que l'on met en concurrence avec les compatriotes du pays.
Je suis opposée à cette utilisation, bien souvent par le grand patronat d'ailleurs, des masses d'immigration. Deuxièmement, l'immigration dans des pays où il y a du chômage, ça consiste à faire venir des gens qui ne vont pas trouver d'emploi, par définition, puisqu'il y a du chômage, il n'y a pas d'emploi. Donc si on fait venir des gens sans rien leur offrir, ces gens vont peser sur le système de protection sociale. C'est donc, à mon avis, une aberration sur le plan économique.
Et troisièmement, je trouve ça très injuste, parce qu'en réalité on leur fait croire qu'ils vont rejoindre l'Eldorado, et bien souvent, ils terminent sans emploi, dans une forme de difficulté, et contraints à rester au sein d'une communauté. Et ça n'est pas ma vision de l'homme. Alors là, ça n'est pas la vision que j'ai, ni de l'homme, ni de l'économie. Et donc je suis opposée à cette politique.
Oui. Alors, est-ce pour cela que dans votre programme, que j'ai devant moi, sur l'immigration, sur l'application de la priorité nationale, c'est qu'à compétence égale, des personnes qui auraient la nationalité française doivent avoir précédent sur les immigrants, qu'ils ont la même priorité pour ce qui est du logement social, et qu'un étranger qui ne trouve pas de travail, un étranger en situation légale, qui ne trouve pas de travail en temps d'un an, seront incités à retourner dans leur pays ou au bout d'un an d'inactivité. Ça, c'est comme il y a deux classes de citoyens. Est-ce que les immigrants sont des citoyens de seconde zone pour vous?
Ce sont des? Citoyens de seconde zone pour vous. Non, mais Madame, pardon. Toutes les constitutions au monde admettent qu'entre ceux qui ont la nationalité et ceux qui n'ont pas la nationalité, il y a évidemment des différences. Mais pas au Canada avec les chartes québécoises, les Canadiens des libertés, les citoyens sont tous égaux. Non, mais c'est parfait. C'est très bien. Je suis très heureuse pour vous. Je ne suis pas sûre que tous les Québécois soient très heureux. Oui, à compétence égale. Oui, à compétence égale, je pense qu'il est tout à fait normal qu'un national puisse avoir une priorité d'accès à l'emploi. Je trouve ça, mais d'un bon sens absolu. D'un bon sens absolu. Pourquoi?
Parce que le français, il n'a qu'un seul pays. Donc s'il ne peut pas travailler dans son pays, eh bien, il est difficile pour lui de l'obliger à s'expatriser. C'est pas du racisme. Alors que l'étranger qui vient... C'est pas du racisme, ça? Mais quel racisme y a-t-il là-dedans, Madame? L'étranger qui vient dans un pays et qui ne trouve pas d'emploi, eh bien, il peut rentrer dans son pays d'origine. Où est le racisme? Je ne vois absolument aucune trace de racisme dans cette proposition, dont je vous signale que la Suisse la met en œuvre, le Maroc le met en œuvre, sans que personne n'imagine une demi-seconde
d'aller les traiter de racisme. Est-ce que vous savez qu'au Canada, vous dites connaître bien le Québec et le Canada, et on a des chartes canadiennes, et la discrimination selon l'origine et tout ça, c'est...
Ça n'est pas une discrimination selon l'origine, Madame. C'est, encore une fois, une priorité d'accès à l'emploi et au logement social donnée aux nationaux, à ceux qui ont la nationalité, quelle que soit leur couleur, quelle que soit leur origine, quelle que soit leur religion. On ne s'attache pas à ces considérations. On s'attache à l'appartenance à la nation, à la nationalité. C'est le pivot de notre programme. Par conséquent, ne soyez pas étonnés de trouver cela dans ce programme. C'est tout à fait légitime et naturel.
Alors, il peut être légitime et naturel pour des personnes de s'interroger sur le caractère discriminatoire ou le caractère raciste de cette politique. Non? C'est pas légitime de poser des questions là-dessus?
Madame, quel racisme? Mais expliquez-moi parce que je n'arrive pas à comprendre. Quel est le racisme dans cette politique? Je vous pose la question. Non, mais je vous ai répondu. Mais vous continuez à me parler de racisme. Quel racisme y a-t-il dans cette politique? Alors... Quel est le racisme? Là, je n'arrive même pas à comprendre. Très bien.
Alors, la question de l'immigration est... Je vous citais votre nièce Marion qui citait votre père, en fait, qui disait que c'est grâce à votre père que ce discours-là, dans le fond, donne un grand succès au Front national. Et est-ce que vous croyez que c'est ce filon-là au fond qui a le socle de votre politique qui va vous permettre de continuer d'avancer?
Mais non, mais non, madame. Dans les années 70, le grand patronat français a fait appel à l'immigration pour peser à la baisse sur les salaires. Il cherchait de la main-d'oeuvre à bas coût. Bon. Ils ont organisé donc l'immigration et à l'issue de cette immigration de travail, ils ont mis en œuvre le regroupement familial. Ceci a entraîné la modification de cette immigration de travail en immigration d'installation. Depuis, la France a accueilli des millions d'immigrés sur son territoire. Le malheur, c'est qu'aujourd'hui, nous avons 7 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres. Nous n'avons absolument plus les moyens d'accueillir quiconque.
Or, le système de protection sociale français fait que lorsque quelqu'un arrive sur le territoire national, il est pris en charge. Il est soigné gratuitement. Ses enfants sont éduqués, enfin, gratuitement. Il y a bien quelqu'un qui paye, évidemment. Ce sont les compatriotes français. Ils sont logés dans des logements sociaux et par conséquent, il est, moi je crois, de bon sens de dire qu'on ne peut plus mener cette politique. Elle nous ruine, car nous ne pouvons pas attirer des personnes indéfiniment qui n'ont pas d'emploi, qui n'en trouveront pas, puisque nous avons, nous sommes victimes d'un chômage de masse.
Je ne vois pas, encore une fois, ce qu'il peut y avoir de raciste dans cette proposition politique. Une forme d'intolérance ou d'exclusion, est-ce que ça ne nourrit pas le... Qu'est-ce que ça veut dire ? Vous avez l'air de débiter comme ça une série de mots, sans chercher même à savoir s'ils correspondent à la moindre réalité. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Les immigrants qui sont chez vous et qui ne trouveraient pas d'emploi, qui ne pourraient pas avoir du travail pendant un an, pour toutes sortes de raisons économiques, se verraient peut-être inciter à repartir chez eux, à quitter le pays.
Mais dites-moi, madame, aux Etats-Unis, si moi je vais aux Etats-Unis, il faut d'abord une carte pour avoir l'autorisation de travailler. À l'expiration de cette carte, ou si je ne trouve pas d'emploi, est-ce que vous croyez que les Américains subviennent à mes besoins ? Sûrement pas. Et à l'expiration de ma carte, on me renvoie dans mon pays. La plupart des pays, très objectivement, mettent en œuvre ce qui apparaît comme une politique rationnelle, une politique sage, une politique de bon sens. Je ne vois pas pourquoi la France ne pourrait pas la mettre en œuvre.
Je vais vous faire entendre un extrait de notre ministre de l'Immigration du Canada, M. McCollum.
Je pense qu'il y a au Canada un bon consensus, au moins parmi la classe politique, au Québec et au Canada, en faveur de ces réfugiés. Donc le fait que, selon ce que j'ai entendu, les politiciens ne veulent pas lui parler, ne me s'occupe pas.
Alors, c'est notre ministre de l'Immigration qui défense...
Donc il est là pour organiser l'immigration.
Oui, puis il défense la politique.
Donc c'est pas tout à fait extraordinaire qu'on soit en désaccord. C'est ça, c'est ça. Sur l'affaire des migrants, j'ai dit de la manière la plus claire qui soit. L'État islamique se sert des flux de migrants pour infiltrer un certain nombre de terroristes. C'est un fait. Ça a fait des dizaines de morts en France. Puisque trois des terroristes du Bataclan, trois, étaient précisément des gens qui s'étaient infiltrés dans les flux de migrants à la demande de l'État islamique. Il y en a sûrement d'autres, d'ailleurs, qui le font. J'ai donc dit que je considérais qu'accepter ces flux de migrants était un grand danger.
Quand vous dites que les 25 000 au Canada, c'est une folie, ici, les immigrants qui ont été reçus ici ont été sélectionnés dans les camps de réfugiés. Ils étaient là depuis souvent deux ans, trois ans, quatre ans, même cinq ans. Et que c'est peut-être la part d'humanité des Canadiens et des Québécois de vouloir les recevoir.
Non, mais, madame, si les conditions de sécurité sont absolument réglées, aucun problème. Sur l'affaire terroriste, vous me dites qu'il n'y aura aucune difficulté. J'espère. Je n'ai pas dit ça. Non, mais si. Vous dites que ça a été très bien fait, il y a eu une sécurité totale, on sait parfaitement qui ils sont. Soit, je le souhaite, figurez-vous, je le souhaite pour la sécurité des Québécois. Maintenant, ouvrir des flux d'immigration. Lorsque l'on sait, comme madame Merkel, d'ailleurs, l'a appris à ses dépens, que lorsque vous accueillez une personne, eh bien, il y en a dix qui prennent la route pour venir le rejoindre.
Je crois qu'on crée là des phénomènes de flux migratoires qu'on ne pourra pas gérer. Et la preuve en est, c'est que l'Union européenne est incapable de les gérer. Qu'aujourd'hui, l'ensemble des pays ferment les frontières les uns après les autres. Même les plus généreux, même ceux qui se disaient très ouverts à l'accueil, sont en train d'envisager de renvoyer les migrants chez eux et ferment, encore une fois, les uns après les autres, leurs frontières. Je dis, il ne faut pas être naïf en ce domaine. On organise des flux d'immigration que, bien probablement, on n'arrivera pas à gérer dans le futur. Ça me paraît être une politique néfaste.
Je pense qu'on aurait dû faire l'inverse, notamment mettre en place la politique mise en oeuvre par l'Australie, qui a évité, d'ailleurs, qu'il y ait des successions de morts dans la Méditerranée par noyade, puisque ces pauvres tentent de venir, évidemment, sur les rives de l'Union européenne et une grande partie d'entre eux se noient. Je pense que c'est la conséquence d'une politique dévastatrice d'immigration menée par l'Union européenne que je combats.
Ça peut-il que la politique du Canada ne soit pas une folie? Si en Europe, ça pose un problème, qu'au Canada, ça ne soit pas une folie?
Nous en reparlerons
dans 10 ans, peut-être. Oui. Ou peut-être même avant.
Oui.
Mais si vous êtes présidente de la France, est-ce que tout ce que vous proposez serait réalisé du jour au lendemain, c'est-à-dire contre l'euro, vous inquiétez de l'espace Schengen des frontières, évidemment de l'immigration. Madame, je suis attachée
à la souveraineté. Je pense qu'un peuple n'est heureux que quand il est libre. Aujourd'hui, la France n'est pas libre. Par conséquent, si je suis élue présidente de la République, j'irais me tourner vers l'Union européenne en lui demandant de nous rendre notre souveraineté. Et au moins 4 piliers de notre souveraineté essentielle. Notre souveraineté territoriale, je veux savoir qui entre et qui se maintient sur mon territoire. parce que je crois que c'est le droit du peuple français. La souveraineté monétaire, dont d'ailleurs fait partie les problématiques de l'euro. La souveraineté économique, dont fait partie notre souveraineté bancaire. Et notre souveraineté législative.
Je veux que les lois votées à la demande du peuple français aient une autorité supérieure aux directives européennes. Voilà ce que j'irais négocier. exactement comme en Grande-Bretagne. Soit l'Union européenne me dit d'accord, alors nous restons dans l'Union européenne. Soit l'Union européenne me dit il n'en est pas question et à ce moment-là je proposerai aux Français de sortir de l'Union européenne par référendum. Voilà ce que je compte faire en premier parce que si nous ne retrouvons pas notre souveraineté, alors nous ne pourrons mener aucune des politiques qui sont nécessaires.
Mme Le Pen, vous avez entrepris, j'ai employé un mot qui est utilisé surtout en France par les journalistes, les commentateurs, les observateurs quand on parle du Front National et qu'on dit la dédiabolisation humaine et des documentaires là-dessus pour faire du Front National un parti comme un autre et votre slogan je crois c'est la France apaisée. Je ne me trompe pas quand je parle de ça. Bon, la France apaisée et on peut se poser la question en tout cas je vous la pose est-ce qu'on apaise la France quand on met l'accent sur des peurs qu'on peut créer chez les gens face à l'immigration, face au terrorisme, face à la situation économique ?
Vous croyez très sincèrement que c'est moi qui crée la peur du terrorisme madame ? Ou la peur de l'autre ? Ou ce sont les 130 morts du Bataclan ? Ou ce sont les 6 attentats qui ont eu lieu en France dans les dernières années ? Vous croyez sincèrement que c'est moi qui suscite la peur ? Non madame, moi je parle des vrais problèmes. Moi je refuse de me cacher les yeux. Moi je refuse d'être dans le déni. Moi j'appelle un chat un chat. Et parce que j'analyse les problèmes, parce que j'ai le courage de les regarder en face, j'ai les solutions à leur appliquer.
Lorsque je vois que des responsables politiques, quels que soient les pays d'ailleurs, et des responsables politiques du mien en particulier, sont incapables de dire que les auteurs des attentats sont des fondamentalistes islamistes. ils n'osent même pas dire le terme. Est-ce que vous croyez que quand on n'est pas capable de mettre un mot, M.O.T, sur un mal, est-ce que vous croyez sincèrement qu'on est capable de le régler ? Je ne le crois pas. Voilà. Je crois que pour pouvoir mettre en œuvre une solution, encore faut-il être capable de faire le bon diagnostic. Qu'ils ne sont pas capables de faire le bon diagnostic.
Et que tant qu'on n'aura pas fait cela, alors il n'y aura pas d'apaisement pour mon pays. Alors mon pays vivra dans la peur du terrorisme. Et je ne le souhaite pas. Donc oui, je veux une France apaisée et pour qu'elle soit apaisée, il faut régler les problèmes économiques. Il faut rendre la liberté au peuple français. Il faut rétablir la démocratie. Il faut lutter contre l'immigration massive. Il faut lutter contre le communautarisme. Il faut lutter contre le terrorisme islamiste. Etc.
Le Canada lutte également contre le terrorisme islamiste. Il n'y a pas de négation du terrorisme islamiste. Il reste une chose. Je vais vous faire entendre une publicité qui est sortie en France ce week-end. Il y a une publicité offerte par le gouvernement. Je vous la fais entendre. Attention.
Ses propos et ses images peuvent choquer. Et comme d'hab, qui c'est qui fout le bordel ? Les Arabes. De toute façon, c'est comme ça. Ils sont tous agressifs. C'est dans leur nature. Ils ne font aucun effort pour s'intégrer. Et puis de toute façon, ils ne sont pas comme nous. Mais vous êtes sérieux ? Vous y croyez, ce que vous dites, là ? Le racisme, ça commence par des mots. Ça finit par des crachats, des coups, du sang. Réagissons. Tous unis contre la haine.
J'ai vu que le gouvernement français avait effectué deux clips. Un contre le racisme et un contre l'antisémitisme. Je note qu'il n'y en a pas contre le racisme anti-blanc et le racisme anti-français. Or, c'est hélas un type de délit qui se multiplie aujourd'hui en France et qui, là encore, semble avoir moins d'importance aux yeux du gouvernement. Alors moi, je lutte contre tous les racismes. Voilà. Tous les racismes, sans exception.
Madame Le Pen, on a beaucoup évoqué aussi ce qui se passe aux États-Unis. En tout cas, au Canada, on en parle beaucoup de ce qui se passe de M. Trump. Est-ce que vous avez... Qu'est-ce qu'il représente pour vous, Donald Trump ?
Il est comme M. Sanders. Ils sont deux figures qui émergent de la vie politique américaine parce que je pense que les Américains en ont assez d'une classe politique qui semble défendre systématiquement des intérêts privés plutôt que de défendre l'intérêt général. et que le peuple américain souhaite des gens libres, des responsables politiques libres, libres des entraves, libres des lobbies, libres des renvois d'ascenseurs. Et que ce soit M. Sanders pour les démocrates ou M. Trump pour les républicains, eh bien, ils sont... Ils représentent cette aspiration à des hommes politiques libres de toutes ces chaînes.
Mais quand M. Trump propose de dresser des murs, d'exclure les immigrants, est-ce que vous sentez que vous avez des affinités davantage avec lui qu'avec M. Sanders ?
Mais je ne me pose même pas cette question. Je ne me pose pas cette question parce que je crois que c'est aux Américains, encore une fois, de se choisir leur dirigeant, comme les Québécois, d'ailleurs. M. Trump dit des choses qui sont justes pour partie. Il y a un certain nombre d'autres de ses propos auxquels je n'adhère pas. Je ne l'insulte pas pour autant. Je ne le traite pas de tous les noms pour autant parce qu'encore une fois, moi, je suis respectueuse de la démocratie et je pense que l'insulte, c'est le contraire de la démocratie. Donc on dit qu'on est en désaccord avec quelqu'un mais on ne le traite pas de raciste, de xénophobe, de fasciste, etc. Parce que ça, c'est la facilité.
Ça, c'est quand on n'a pas d'argument. Quand on est incapable d'avoir un argument sur le fond, on utilise cette litanie. On sort la boîte à insultes et on se sert raciste, xénophobe, etc. Et on pense qu'on va comme ça discréditer l'adversaire sans avoir besoin d'échanger des idées, de confronter des arguments. C'est précisément d'ailleurs en gros ce que vous faites depuis le début
de cette émission. Et qu'est-ce que vous n'aimez pas dans le discours de M. Trump ? De quoi vous dissociez-vous ? Je me dissocie par exemple
de la manière dont il différencie les gens en fonction de la religion. Moi, je ne le fais pas. Mais voilà, il le fait, les électeurs jugent, mais je ne suis pas sur la même ligne que lui en ce domaine. Voilà un exemple. Vous savez, en France, on regarde moins la politique américaine que vous ne le faites au Canada. C'est nos voisins,
mais quand même, M. Trump, il soulève énormément, c'est un phénomène, c'est un grand phénomène, M. Trump, un phénomène politique. C'est un phénomène politique
parce que je crois qu'il ronde avec la classe politique traditionnelle précisément. Mme Le Pen, merci. Merci à vous. Merci à vous. Merci à vous.
Marine Le Pen