À GAZA, L'ÉCOCIDE AU SERVICE DU GÉNOCIDE
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Depuis l'entrée en vigueur du CCF en octobre 2025, Gaza ne connaît toujours pas la paix. La situation humanitaire reste catastrophique. Malgré la trêve, les bombardements israéliens continuent et ont déjà fait environ 500 morts selon les derniers chiffres de l'ONU.
Et comme si cela ne suffisait pas, l'hiver frappe de plein fouet la population. Des milliers de familles vivent sous détente. Des abris de fortune trempés par la pluie, glacés par le vent, parfois inondés.
Pendant ce temps, les États-Unis, Israël et leurs alliés parlent déjà d'un projet de reconstruction baptisé New Gaza. Une ville pensée pour les investisseurs et le business [musique] qui efface toute idée d'État palestiniens. [musique] Cette vision repose en réalité sur un territoire laissé en ruine, un territoire dévasté, rendu inhabitable.
Face à cette destruction massive des maisons, des hôpitaux, des terres agricoles, de l'eau, des sols, de tout l'environnement vital opéré par Israël, une accusation émerge, celle de l'écoide, c'est-à-dire la destruction délibérée et complète d'un écosystème. Cet écoide, la journaliste Aida Delpes, nouvelle collaboratrice à Blast, a enquêté dessus. Ces images vues du ciel, vous les avez sûrement déjà aperçus.
Gazan est désormais plus qu'un immense champ de ruine, un dédal gigantesque de décombre en tout genre. Au total, ce sont près de 61 millions de tonnes de débris qui jonchent le sol de l'enclave d'après les derniers chiffres du programme environnemental des Nations-Unis. C'est l'équivalent en volume de 25 tours Effel accumulé dans un espace à peine plus grand que la superficie d'une métropole comme Toulon en France.
Oui, la situation dépasse de loin l'imaginable et les dégâts causés par l'utilisation d'armes en tout genre dans l'une des zones les plus peuplées au monde ont été d'une ampleur et d'une intensité sans précédent. On estime que la quantité de bombe qu'Israël a lancé sur Gaza équivaut à six bombardements nucléaires d'Hiroshima. [musique] Au-delà de la perte dramatique d'infrastructure et tous les lieux qui font d'une ville un lieu de vie, [musique] ces destructions sont aussi les stigmates d'une guerre plus silencieuse, une guerre toxique qui s'attaque aux écosystèmes et aux conditions mêmes de la reconstruction d'une vie durable et saine à Gaza.
C'est la signature d'un écoside. Pour l'heure, la notion d'écocide n'est pas reconnue tel un crime international au même titre que les crimes de guerre et de génocide. Mais les conventions de Genève qui dictent les règles de conduite à adopter en période de conflits armés exigeent cependant que les parties belligérantes n'utilisent pas de méthodes de guerre qui causent des dommages étendus, durables [musique] et graves à l'environnement naturel.
Nous allons voir qu'à Gaza, génocides et écoydes sont intimement liés et que si les actuels survivants et survivantes ont pu jusque-là échapper aux bombes, ils ne peuvent se soustraire à la toxicité qui les entoure. À terme, elle pourrait causer encore plus de morts que lors de ces deux dernières années. Commençons d'abord par évoquer le phosphore blanc, cette fameuse substance chimique contenue dans les grenades et les obus d'artillerie.
Si son usage est autorisé pour répondre à des objectifs militaires, celui-ci est interdit en toute circonstan contre des populations civiles et même contre des cibles militaires proches de civil d'après le protocole 3 de la convention sur les armes classiques. On sait aujourd'hui que l'armée israélienne a fait usage du phosphore blanc à de nombreuses reprises au cours de ces 20 dernières années dans ses multiples offensives sur la bande de Gaza ainsi qu'au sud Liban. Depuis le 7 octobre 2023, l'utilisation du phosphore blanc par Israël a elle aussi été bien documentée.
Lorsqu'il explose, le phosphore s'enflamme au contact de l'oxygène et peut brûler jusqu'à plus de 800°gr. Ces effets sur les organismes sont bien évidemment délétaires. Le phosphore peut brûler thermiquement et chimiquement une personne jusqu'à l'os.
Hautement soluble dans la chair humaine, il peut aussi exacerber les blessures, même après traitement, passer dans le sang et endommager les organes. En plus de la toxicité des bombes lourdes lâchées sur Gaza, l'ONU estime qu'environ 15 % des décombres contiendraient des substances extrêmement nocive pour les organismes comme la miante, les métaux lourds, les contaminants issus d'incendies, des munitions non explosées, des produits chimiques ménagers et d'autres substances dangereuses spécifiques à certains lieux tels que les laboratoires hospitaliers et les zones industrielles. Tous ces produits chimiques toxiques polulaires [musique] et l'eau mais s'infiltrent aussi dans les sols.
Les nappes fréatiques se retrouvent empoisonnées et cette contamination aura des effets sur plusieurs décennies à venir voire des siècles. Cette contamination structurelle des ressources naturelles résulte de ce que des chercheurs ont qualifié de biosphère de guerre. De récents travaux scientifiques ont par ailleurs attesté des répercussions négatives sur l'environnement des dommages causés par les premières et seconde guerre mondiale qui se font toujours sentir aujourd'hui.
L'une des conséquences directes sur la santé de ces contaminations est la recrudescence des maladies infectieuses, notamment des cas de diarrée aigu qui ont été multipliés par 36 à Gaza et du syndrome de Jonis aigu indicatif d'une hépatite A qui a été multipliée par 384 toujours d'après l'ONU environnement. Pour l'heure, il est impossible de mesurer l'ampleur des dommages environnementaux causés par les bombardements. Aucune analyse indépendante et exhaustive ne peut être menée en raison du siège imposé par Israël.
Une chose est sûre cependant, les dégâts écologiques ne connaissent pas de frontières et ne se limiteront pas à Gaza. Les eaux usées intoxiquées et déversées dans la mer méditerranée ne tueront pas seulement la vie marine au large des côtes de Gaza, mais s'étendront à toute la zone est de la Méditerranée, voire au-delà. Il est aussi important de savoir que cette offensive sur l'environnement à Gaza ne date pas du 7 octobre 2023.
Dès les Nations-Unies avaient par exemple déjà alerté sur le fait que 97 % de l'eau consommée à Gaza ne répondait pas aux normes de l'Organisation mondiale de la santé et était impropre à la consommation humaine. Richard Folk, ex-rapporteur spécial des Nations- Unies sur les droits de l'homme dans les territoires palestiniens occupés, avait averti en 2013 que cette situation allait atteindre un niveau insoutenable des 2020. [musique] Cette destruction et cet écosed s'inscrivent dans une logique qui prend forme aujourd'hui avec le projet de construction appelé New Gaza présenté lors du dernier forum économique mondial qui se déroule à Davos.
Sur le papier, il s'agirait de rebâtir Gaza en en faisant une ville futuriste équipée d'infrastructures neuves, d'espace d'investissement, de zones commerciales et d'hôtels. L'idée affichée est celle d'un Gaza moderne intégré à l'économie mondiale. Cependant, cette vision capitaliste, colonialiste, impérialiste soulève des problèmes profonds et structurels allant bien au-delà de la simple reconstruction matérielle.
Dans ce modèle, l'habitant de Gaza est déshumanisé et devient un paramètre économique. On parle d'investissement, de rentabilité, d'attractivité touristique, mais beaucoup moins des habitants eux-mêmes. On ne parle pas de leur droit à la sécurité et encore moins de leur droit à l'autodétermination.
Or, reconstruire un territoire détruit par un génocide ne devrait pas être une opportunité de profit, mais une question de justice et de dignité. [musique] Présenter la reconstruction comme un simple projet immobilier efface la réalité. Gaza est un territoire occupé, soumis à un blocus où les habitants manquent d'eau, d'électricité, de liberté de circulation.
Sans régler ces causes structurelles, construire des bâtiments modernes ne résout rien. On peut avoir des tours en ver, mais si les frontières restent fermées et les droits fondamentaux niés, cette modernité reste superficielle. New Gaza promet des hectares de jardin et des zones de culture agricole. [musique] Mais comment pouvoir espérer rétablir une vie artificielle dans une biosphère qui sera intoxiquée pour les décennies à venir ?
À cela, on peut ajouter que New Gaza sera surtout une ville qui permettra aux Israéliens de toujours mieux contrôler les mouvements des Palestiniens. Israël aura le contrôle sécuritaire de toute la zone du Jourdain à la mer et cela est vrai aussi pour la bande de Gaza, notamment via la question de la surveillance généralisée grâce aux technologies d'intelligence artificielle et de reconnaissance faciales par les autorités israéliennes. L'Amntye Internationale avait déjà pointé du doigt l'outil expérimental surnommé Redwolf qui est utilisé au point de contrôle pour scanner les visages des Palestiniens, comparer ces données à des bases biométriques et automatiser la restriction de leur liberté de mouvement sans leur consentement ni transparence sur l'usage des données.
Les États-Unis sont également en train de planifier une zone test à Rafa. D'après des documents qui ont fuité et révélés par le site américain Drops, il serait prévu de créer une zone d'habitation pour 25000 Palestiniens Arafat à la frontière égyptienne. Les entrées et sorties des Palestiens dans ce nouvel espace, mais aussi leur fait et gestes, seraient contrôlé par la surveillance biométrique, la reconnaissance faciale et le suivi de leurs achats.
En plus de la surveillance généralisée, s'ajoute le nettoyage ethnique. Il y a quelques mois, le Washington Post a révélé une note secrète de la Maison Blanche qui prévoit le déplacement forcé de la population de Gaza durant la reconstruction, soit les 2 millions d'habitants. Avant de peut-être permettre le retour d'une toute petite partie des Gazaoui qui serait bien évidemment au service de ce projet, New Gaza n'a qu'un but, effacer une ville et son histoire comme s'il s'agissait d'un produit.
Or, Gaza n'est pas un terrain vide, c'est un lieu de mémoire, de culture et d'identité. Saviez-vous qu'avant d'être transformé en immense champ de ruine, Gaza était aussi un haut lieu de l'agriculture en Palestine. À l'aube du 7 octobre 2023, l'enclave comptait 170 km² de terres agricoles, soit 42 % de sa superficie.
Celle-ci contribuait à une part importante des besoins et de la sécurité alimentaire des gazaouis, largement autosuffisant en légumes, en nœud et en volaille. Malgré le blocus illégalement mis en place par Israël en 2007 et les nombreuses obstructions au développement d'une sécurité alimentaire à Gaza, l'agriculture représentait 10 % du produit intérieur brut du territoire et faisait vivre plus de 500000 personnes. Après plus de 2 ans de bombardements incessants, seul 1,5 % des terres agricoles de Gaza sont à ce jour accessibles et intactes.
Au total, ce sont près de 13000 hectares de terre qui ont été endommagées, soit une superficie légèrement plus grande que celle de Paris. Il est aussi estimé que plus d'un million d'oliviers, symbole ultime de la culture palestinienne, ont été détruits ces deux dernières années. En plus des terres, la bande de Gaza renfermé de nombreuses serres, près de 8000 avant octobre 2023.
La plupart de ces sers agricoles ou poussé tomates, concombres, fraises ont été attaqués dès les mois de novembre et décembre 2023. Une équipe de chercheurs de Forensic Architecture, un groupe de recherche multidisciplinaire basé à Londres, a analysé une multitude d'images satellite pour documenter ce processus de destruction systématique et comprendre le modus opérandi militaire de l'armée israélienne. Ils expliquent que dans la foulée des bombardements aériens, les troupes terrestres se rendaient sur place pour démentanteler les serres tandis que des tracteurs, des chars et autres véhicules déracinaient les vergers et les champs de culture.
Ces opérations relèvent de la politique de la terre brûlée, stratégie militaire qui consiste à pratiquer le plus de destruction possible pour empêcher la possibilité de reconstruire par la suite. Pour les spécialistes que nous avons interviewé en préparation de ce sujet, cette destruction organisée et systématique des terres agricoles et infrastructures vivrières à Gaza est un acte délibéré d'écoyd qui prive les Gazaouis des ressources essentielles à leur survie. En réalité, tous les projets coloniaux commettent des écoydes.
La France, par exemple, a mené plus de 200 essais nucléaires dans le sud du désert algérien et en Polynésie française entre 1960 et 1996. Pendant la guerre du Vietnam, l'armée américaine a déversé près de 80 millions de litres d'agents oranges, un herbicide extrêmement toxique directement sur les forêts vietnamiennes. On peut aussi parler du massacre des bisons perpétré au 19e siècle aux États-Unis.
Un massacre qui avait pour but d'entériner le génocide des communautés indiennes autochtones. Et ce qui se passe à Gaza relève de la même stratégie. En rendant la terre inhabitable et en supprimant toute possibilité de subsistence, la famine a rapidement gagné la population et a été déclaré officiellement par l'ONU en août dernier.
L'écocy à l'œuvre, c'est aussi un moyen de faire durer le génocide dans le temps. En plus d'empêcher une population de tout simplement vivre chez elle en détruisant tout, on lui retire toute possibilité de futur sur cette terre. Pour le professeur Mazine Kums auteur et biologiste palestinien, l'écoside sert d'outil dans le projet colonial. any feet steal.
C'est donc non seulement le patrimoine naturel qui est détruit, mais aussi la diversité humaine. Le but étant de supprimer le lien qui unit les populations autochtones à leur terre, [musique] mais aussi de remodellerer le paysage et de le transformer à l'image de la force occupante. La guerre déclarée à l'environnement ne s'arrête pas à Gaza.
Dans les territoires palestiniens occupés, la destruction des ressources et de toute formes de vie est aussi enclenchée. En 2024, près de 20000 arbres ont été déracinés en sixjordanie, dont une majorité d'oliviers. En 2025, on compte plus de 11000 arbres déracinés par l'armée israélienne et les colons, dont 3100 au sein du village d'Almurayir, au nord-est de Ramalla, prétendument en représaille à une fusillade près d'une colonie de la région.
À Gaza, comme dans le reste de la Palestine, la destruction de l'environnement sert donc d'outil au projet colonial et d'extermination entrepris [musique] par l'État d'Israël. [musique]
Georges Naturel