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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 18 août 2020 23 minContradictoireActualité / polémiqueEnvironnement & énergieEurope & internationalÉconomie & entreprisesSécurité

Pascal Canfin : "C'est normal que la transition écologique crée des tensions"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 65 %Attaque 25 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:45OuverteÉludée

    Quelle est votre réaction aux propos anti-écolos de Willy Schran, président de la Fédération des chasseurs ?

  • 2:16FerméeRéponse directe

    Est-ce que la chasse à la glu doit être maintenue ?

  • 2:31RelanceRéponse directe

    Emmanuel Macron est-il ambigu sur la chasse à la glu ?

  • 4:09FerméeRéponse partielle

    Êtes-vous un ayatollah de l'écologie ?

  • 4:18FerméeRéponse directe

    Vous sentez-vous visé par l'expression "ayatollah de l'écologie" d'Éric Dupond-Moretti ?

  • 5:54OuverteRéponse directe

    Est-ce que le gouvernement Macron est en phase avec la transition écologique ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:28Invité politiqueChiffre
    « Il y a 13 millions de ruraux en France, il y a 1 million de chasseurs. »
  • 3:08Invité politiqueChiffre
    « Il y a 64 espèces d'oiseaux qui sont chassées en France. Il y en a 20 seulement sur les 64 qui sont en bon état. »
  • 4:37Invité politiqueFait
    « C'est normal que la transition écologique crée des tensions. »
  • 7:25Invité politiqueFait
    « La fin des terrasses chauffées en hiver, c'est quelque chose qu'aucun gouvernement précédent n'avait eu le courage de prendre. »
  • 7:59Invité politiquePromesse
    « J'avais plaidé pour 25 milliards d'investissements verts dans le plan de relance. »
  • 9:52Invité politiqueFait
    « Il va y avoir une grande partie qui va être sur le rebond industriel, que ce soit sur le numérique, sur la transition écologique, sur la voiture propre. »
  • 10:42Invité politiqueFait
    « Aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, n'atteint les objectifs que nous nous sommes fixés pour isoler nos bâtiments. »
  • 12:59Invité politiqueFait
    « On ne peut pas faire comme si le respect ou le non-respect de l'État de droit était une variable d'ajustement. »

Temps de parole

  • Pascal Canfin81 %
  • Présentateur19 %

0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

L'invité du grand entretien ce matin, le député européen macroniste Pascal Canfin, président de la commission Environnement, Santé publique et Sécurité alimentaire au sein du Parlement européen. L'Union européenne qui est incontestablement sur tous les fronts ces derniers temps. Un sommet extraordinaire des chefs d'État et de gouvernement doit se tenir urgemment demain pour évoquer notamment la situation tendue et de plus en plus chaotique en Biélarussie. Inquiétude face à la Turquie également. Deux dossiers qui seront évidemment au cœur de la rencontre jeudi entre Angela Merkel et Emmanuel Macron qui a donc invité la chancelière allemande, c'est une première, au fort de Brégançon.

Bonjour Pascal Canfin.

0:38
Pascal Canfin

Bonjour.

0:39
Présentateur

Merci d'avoir accepté notre invitation. Je précise que vous êtes en direct de Bruxelles. Mais avant de commencer, j'aimerais vous entendre, j'aimerais votre réaction. Pascal Canfin, notre premier invité ce matin, Willy Schran, je ne sais pas si vous l'avez entendu, c'est le président de la Fédération des chasseurs. Quand vous entendez ces propos, même s'il s'en défend, qui peuvent difficilement être plus anti-écolos, est-ce que vous comprenez, vous l'ancien directeur de WWF France, est-ce que vous comprenez la relation qui existe entre lui et Emmanuel Macron ?

1:09
Pascal Canfin

Écoutez, je n'ai pas de commentaire à faire là-dessus. Ce que je peux commenter, ce sont ses propos. Ses propos, moi, c'est de l'ordre de la polémique et de la caricature, et quelque part de l'imposture, parce que quand il ne prend pas, en fait, la défense de la chasse, il prend la défense de la ruralité. Il faut savoir qu'il y a 13 millions de ruraux en France, il y a 1 million de chasseurs, et dans ce million de chasseurs, vous en avez une grande partie qui sont des urbains, qui ont une résidence secondaire et qui ont un permis de chasse là où ils ont une résidence secondaire.

Donc, en aucun cas, on peut considérer que la chasse serait représentative de la ruralité dans son ensemble en France. Et donc, comme il sait que défendre la chasse en tant que telle, et notamment certaines pratiques de chasse qui sont probablement illégales au regard du droit européen, notamment la chasse à la glu, eh bien, ce n'est pas très populaire. Il préfère se draper dans d'autres habits, ceux de la ruralité, qui, eux, sont bien évidemment beaucoup plus attractifs. Et donc, moi, je critique, évidemment, cette posture. C'est une imposture de prendre la chasse comme représentative de la ruralité dans son ensemble. Donc, bien évidemment, je ne m'associe absolument pas à ces propres.

2:16
Présentateur

Alors ça, je m'en doutais, mais est-ce qu'il a raison, Emmanuel Macron, de laisser la porte ouverte sur la chasse à la glu dont vous parliez à l'instant ? Est-ce qu'il faut la maintenir, cette chasse à la glu, ou pas ?

2:24
Pascal Canfin

La décision va être prise par la Cour de justice européenne. Soit c'est conforme aux droits européens, soit ça ne l'est pas.

2:31
Présentateur

Oui, mais Emmanuel Macron, il est un petit peu ambigu, quand même, sur la question, non ?

2:34
Pascal Canfin

Eh bien, si le droit européen, enfin, si la Cour de justice considère que cette pratique est illégale, ce n'est pas le président de la République française, tout puissant qu'il soit, qui va aller à l'encontre. Et c'est normal. Heureusement, nous sommes dans un état de droit. A l'inverse, si la Cour de justice européenne considère que c'est une pratique conforme à la directive oiseau du droit européen, eh bien, ce sera une autre affaire. Moi, je pense, à titre personnel, j'attends évidemment le jugement, c'est que cette pratique est non conforme au droit, dans la mesure où elle n'est pas suffisamment sélective.

Je vous donne juste un chiffre, parce que quand j'entends votre invité du matin dire que les chasseurs sont des écologistes, vous savez, il y a 64 espèces d'oiseaux qui sont chassées en France. Il y en a 20 seulement sur les 64 qui sont en bon état. Donc, ça veut dire qu'il y en a 44 qui devraient arrêter d'être chassées. Évidemment, elles continuent d'être chassées, malgré le fait que la biodiversité est menacée. Donc, bien évidemment, l'immense majorité des chasseurs ne sont pas des écologistes. Il y en a. Il y a des pratiques de chasse responsables.

Il y a des chasseurs qui sont contre les formes de chasse irresponsables, défendues par certains chasseurs, dont le président de la Fédération des chasseurs. Donc, je ne mets pas tous les chasseurs dans le même pot, justement. Je ne suis pas dans la caricature et dans la polémique. Mais en l'occurrence, le représentant des chasseurs est vraiment uniquement dans la polémique. Et d'ailleurs, il avait dit dans JDD que s'il voulait envisager de se présenter aux élections et de se lancer en politique, qu'il le fasse. Alors, il est revenu un petit peu en arrière. Justement, justement. En 24 heures, il a évidemment changé d'avis. Mais je lui dis qu'il le fasse. Allez-y. Chiche.

4:09
Présentateur

Alors, encore une petite question quand même. Est-ce que vous faites partie, vous, Pascal Canfin, des ayatollahs d'écologie ? Est-ce que vous vous êtes senti visé par l'expression du ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti ? C'est écrit dans la préface du livre de Willy Schran.

4:23
Pascal Canfin

Alors, je ne me sens pas visé dans la mesure où, moi, je ne me considère absolument pas comme quelqu'un qui va justement créer de la polémique, de la tension, mais au contraire, qui va essayer de fédérer et de dépasser les tensions qui peuvent naître liées à la transition. Et c'est normal que la transition écologique crée des tensions. On l'a vu avec les Gilets jaunes. On le voit avec la fermeture des centrales nucléaires à Fessenheim, où les ouvriers qui travaillent à Fessenheim, qui sont à la CGT, par exemple, contestent cette fermeture. Et vous avez les centrales à charbon et vous avez la même chose.

Donc, la transition écologique, c'est le développement de nouvelles pratiques, de nouvelles activités, l'agriculture biologique, les énergies renouvelables, l'efficacité énergétique, etc. C'est des centaines de milliers d'emplois qui se créent, et tant mieux. Et je vais peut-être revenir sur le plan de relance, qui est très, très fortement axé sur la transition écologique, et c'est une excellente chose. Mais c'est aussi, et ça ne sert à rien de se cacher derrière son petit doigt, c'est aussi des activités qui vont diminuer, voire disparaître. Eh bien, c'est pour ça que moi, je plaide pour des contrats de transition écologique.

Et dans le domaine agricole, par exemple, pas dans le domaine de la chasse, mais dans le domaine agricole, où on a encore vu récemment le sujet des néonicotinoïdes, il faut absolument que l'on mette en place, et c'est un des combats que je mène au niveau européen avec la politique agricole commune, des contrats de transition agricole qui font qu'on accompagne les agriculteurs, qu'on ne les juge pas, qu'on ne les critique pas, mais qu'on les accompagne dans la transition agricole, de façon à diminuer, par exemple, les pesticides, ou à mieux respecter le bien-être animal.

5:54
Présentateur

Mais pardonnez-moi, Pascal Canfin, vous ne répondez pas à ma question. On parle d'Éric Dupond-Moretti, on parle du ministre de la Justice. Est-ce qu'il peut dire les choses, ou plutôt les écrire ? Est-ce qu'il peut parler d'Ayatollah, de l'écologie, en étant membre du gouvernement d'Emmanuel Macron, sincèrement ?

6:09
Pascal Canfin

Alors, un, je ne me reconnais évidemment pas du tout dans cette expression. C'est une expression qui est employée depuis des années et des années par ceux qui n'ont absolument rien vu venir, qui étaient généralement climato-sceptiques, qui ont toujours nié la réalité scientifique de la crise de la biodiversité, etc. Donc, c'est une expression que je condamne, bien évidemment. Ensuite, elle a été exprimée par le ministre de la Justice lorsqu'il n'était pas ministre. Et d'autre part, il n'est pas ministre en charge de ces questions. Donc, il faut relativiser. C'est un point de vue personnel dans lequel, bien évidemment, je ne me reconnais absolument pas, et que je suis le premier à critiquer.

Néanmoins, voilà, moi, mon objectif, c'est de faire changer les choses. Je suis en politique pour l'action, pas pour la polémique.

6:46
Présentateur

Mais il y a un petit vent anti-écolo, là, quand même, qui souffle au sein du gouvernement, du coup, non ? Vous vous sentez toujours à l'aise ou pas, en phase avec ce gouvernement ?

6:52
Pascal Canfin

Je ne peux pas dire ça. Par exemple, si je prends le discours de politique générale du Premier ministre, qui date d'il y a quand même moins d'un mois, vous avez une série de mesures qui n'avaient jamais été prises par aucun gouvernement précédent. Par exemple, le fait qu'aujourd'hui, si une nouvelle zone commerciale ou un nouveau centre commercial, une grande surface veut ouvrir quelque part, le préfet du département concerné a l'ordre de la part du gouvernement de déposer un recours pour empêcher l'artificialisation des sols.

Par exemple, la fin des terrasses chauffées en hiver, c'est quelque chose qu'aucun gouvernement précédent n'avait eu le courage de prendre, parce que ce n'est pas forcément populaire, alors que dans plein de pays européens, y compris des pays plus froids, on ne chauffe pas les terrasses, simplement on met des couvertures et on pratique les terrasses, on profite des terrasses, mais sans forcément chauffer la rue. Ce sont des choses très concrètes qu'aucun gouvernement précédent n'avait eu le courage de prendre. Donc, pas du tout. Et si on met le focus sur le plan de relance, le plan de relance, il va permettre au contraire une accélération de la transition écologique.

Moi, il y a deux mois à peu près, j'avais plaidé pour 25 milliards d'investissements verts dans le plan de relance. C'est exactement là où on va être. On va peut-être même autour de 25 à 30 milliards. Et donc, je crois qu'on est vraiment là, sur le coup, à la hauteur des enjeux.

8:06
Présentateur

Donc, vous dites 25 milliards. On a quand même le sentiment que l'urgence, ce sera de sauver des emplois avant de sauver vraiment l'environnement, non ?

8:13
Pascal Canfin

Les deux, Karine Bécard. Évidemment, le chômage partiel doit s'appliquer à tout le monde, y compris aux entreprises qui ne sont pas dans l'économie verte. Ça va de soi. Il y a un enjeu social absolument majeur et celui-là doit être totalement non discriminé. Il doit concerner tout le monde. Puis ensuite, il y a la partie investissement. Dans quoi l'argent public que l'on va investir ? La dette publique supplémentaire que nous allons créer et qui devra être remboursée par les générations futures. Dans quoi on va l'investir ?

Eh bien là, les choix qui sont en train d'être faits par le gouvernement ou qui ont déjà été annoncés, sont clairement ceux d'une accélération de la transition écologique. C'est vrai pour l'isolation des logements. C'est vrai pour le véhicule électrique. C'est vrai pour l'avion du futur. C'est vrai pour sauver la SNCF et lui permettre de réinvestir dans les petites lignes qui font les transports du quotidien. Voilà autant d'exemples concrets qui vont sortir du plan de relance et qui vont accélérer la transition.

Et puisque vous disiez je suis à Bruxelles, je précise qu'une grande partie de cet argent sera financé par le plan de relance européen qui a été décidé et négocié il y a à peu près un mois sur lequel la France a été clairement avec le président de la République à la manœuvre.

9:21
Présentateur

Alors on a basculé un petit peu vite sur la question du plan de relance. Je rappelle de trois chiffres. 750 milliards d'euros au niveau européen, 40 milliards promis à la France, ce qui doit notamment largement financer notre propre plan de relance à nous. Donc ces 40 milliards, est-ce qu'on a une petite idée désormais ? On est à une semaine, oui, de la présentation du plan de relance en France. Quels investissements en particulier ? Est-ce que les choses commencent un petit peu à se dessiner ? Est-ce qu'on commence à savoir ce qui va s'organiser ?

9:49
Pascal Canfin

Oui, il va y avoir une grande partie qui va être sur le rebond industriel, que ce soit sur le numérique, sur la transition écologique, sur la voiture propre, sur l'avion du futur, etc., sur la décarbonation de notre industrie, de façon à à la fois créer de la valeur économique, sauver les emplois concernés, améliorer la compétitivité, non pas en baissant les coûts, parce qu'on sera toujours plus cher que d'autres pays non européens, par exemple, mais en étant les meilleurs sur ce qui compte dans la compétition mondiale, par exemple la lutte contre le changement climatique et les technologies vertes qui seront de plus en plus demandées.

Mais ça, ça va permettre, le plan de relance va investir des milliards et des milliards, je n'ai pas encore les chiffres détaillés, puisque comme vous le disiez, Bruno Le Maire va les annoncer la semaine prochaine, mais c'est clairement l'orientation majeure. Deuxième élément, c'est par exemple l'isolation des bâtiments. Vous savez que depuis des années et des années, aucun gouvernement, quelle que soit sa couleur politique, n'atteint les objectifs que nous nous sommes fixés pour isoler nos bâtiments, réduire nos factures énergétiques, réduire nos importations de gaz, par exemple, ou de pétrole, et de fait préserver notre pouvoir d'achat et lutter contre le dérèglement climatique.

On a des chiffres sur le papier, des objectifs sur le papier, on ne les atteint pas. Pour la première fois, on va être dans une structure d'investissement, dans des montants d'investissement, grâce au plan de relance, qui vont nous permettre de dépasser les écueils du passé. Et ça, évidemment, je m'en félicite, ça fait des années et des années, que vous savez, j'étais au gouvernement avec François Hollande, avec les Verts, on avait plaidé pour ça, ces mesures-là que nous n'avions pas réussi à obtenir, elles sont en train d'être mises en place par le gouvernement actuel.

Donc c'est pour ça que moi, je suis critique quand il faut l'être, et je l'ai été là sur la chasse, je pense que la décision sur les néonicotinoïdes, par exemple, qui a été prise la semaine dernière, n'est pas une bonne décision. Or, ce que je vois aussi, c'est une accélération massive de l'investissement dans la transition énergétique et écologique, et ça, bien évidemment, je m'en félicite.

11:46
Présentateur

Combien pourrait être donné à la SNCF, par exemple, vous savez ?

11:49
Pascal Canfin

Je pense que les besoins qui sont évalués sont autour de 5 milliards d'euros, donc j'imagine que c'est un chiffre qui pourrait faire sens pour le gouvernement. Maintenant, je pense que c'est encore à l'étude, mais on est probablement dans ces temps de grandeur.

12:05
Présentateur

Pascal Confin, est-ce que vous faites partie de ces députés européens qui estiment que ces subventions européennes ne pourront être versées qu'à des pays qui seront respectueux des droits fondamentaux de l'Union ? Est-ce que ces subventions, pour être plus claires, ne doivent pas tomber dans la poche de la Pologne et de la Hongrie, par exemple ?

12:22
Pascal Canfin

Alors, là, vous parlez du plan de relance européen. Maintenant, le plan de relance, il a été négocié par les chefs d'État. Maintenant, il arrive devant le Parlement européen dès la semaine prochaine. C'est ça. Et donc, la semaine prochaine, par exemple, la commission environnement que je préside va être associée avec la commission des affaires économiques, la commission du budget, pour renégocier, en quelque sorte, la version des chefs d'État. Et ensuite, il y aura une négociation entre les chefs d'État, la commission et le Parlement européen. Donc, on n'est pas complètement à la fin de l'histoire.

Et une des questions qui reste, vous avez raison, c'est ce qu'on appelle la conditionnalité de l'État de droit. Est-ce que l'on peut aider indifféremment les pays qui respectent la démocratie et ceux qui ne le respectent pas ? Donc ? Je pense que la réponse est extrêmement claire. De ma part, de la part de la délégation Renaissance à laquelle j'appartiens et du groupe politique Renew, c'est non. C'est-à-dire qu'on ne peut pas faire comme si le respect ou le non-respect de l'État de droit était une variable d'ajustement et on pouvait passer à travers. Évidemment, il faut être beaucoup plus strict. Il faut que l'Europe soit beaucoup plus stricte sur la conditionnalité de l'État de droit.

Et d'ailleurs, la France défend. Je ne sais pas si on gagnera cette bataille à la fin, on est trop tôt pour le dire, mais la France défend le fait que, que ce soit le plan de relance ou les fonds structurels européens, il doit y avoir une conditionnalité État de droit parce que ça fait partie des valeurs fondamentales de l'Union européenne.

13:39
Présentateur

Du coup, ça veut dire que vous pourriez ne pas voter ce budget ?

13:42
Pascal Canfin

On va d'abord le négocier et on va essayer de l'amender. On va essayer de continuer à renforcer la dimension verte, par exemple. On va travailler sur la question de l'État de droit et ensuite, on verra bien. Un autre enjeu qui est absolument majeur, c'est la question, en termes techniques, des ressources propres. C'est-à-dire, en gros, cet argent-là que nous allons lever sur les marchés financiers en européen, et c'est la première fois de l'histoire que nous allons le faire, et je tiens à le souligner parce que c'est vraiment une grande victoire du président de la République, de la France et un grand changement de la part de la chancelière allemande qui l'a accepté.

On va lever cet argent en européen, on va s'endetter de manière mutuelle, solidaire, en européen pour financer les nouveaux investissements de l'économie de demain et sauver, en quelque sorte, les entreprises qui doivent l'être. Eh bien, par quoi cet argent va-t-il être remboursé ? Est-ce qu'il va être remboursé par nous, Européens, dans plusieurs années, ou est-ce qu'il va être remboursé par des ressources supplémentaires sur, par exemple, les géants du digital, du numérique, comme Facebook, Apple, Amazon, etc., qui ne payent pas d'impôts en Europe ? Ça, c'est autre exemple. Est-ce qu'il va être financé...

14:49
Présentateur

Vous n'avez pas beaucoup de temps en fait pour négocier tout ça parce que c'est urgent en fait ?

14:53
Pascal Canfin

C'est urgent et c'est pour ça qu'on recommence dès la semaine prochaine et c'est pour ça qu'on va mettre au Parlement européen la pression maximum pour avoir un calendrier très clair sur la mise en œuvre de ses ressources propres, une taxe sur les géants du digital, une situation qui est complètement aberrante. Les grands géants américains ne payent pas d'impôts en Europe alors qu'ils font des profits colossaux parce qu'ils font de l'évasion fiscale massive. Il faut mettre fin à ça. On y est presque. La décision politique doit être prise. Vous savez que la France est parmi les États champions pour pousser ce dossier.

Deuxième élément la taxe carbone aux frontières c'est-à-dire faire en sorte que les produits qui viennent de Chine ou d'Inde par exemple et qui ne payent pas le juste prix du carbone quand nous sur l'acier, sur le verre, sur le ciment il y a un prix du carbone et bien ça désavantage nos industriels. Il faut mettre en place une taxe carbone aux frontières. Deuxième ressource propre il y en a trois ou quatre autres qui sont dans les tuyaux.

Si on fait ça alors on aura tout le bénéfice du plan de relance dans l'investissement, le sauvetage des emplois, l'investissement dans la transition écologique dans l'économie de demain et on aura régulé davantage la mondialisation sur le plan de la compétitivité et sur le plan de la fiscalité. C'est gagnant-gagnant et c'est le combat que nous menons au Parlement européen avec le soutien du gouvernement.

16:07
Présentateur

Pascal Canfin je voudrais qu'on parle aussi de la Biélorussie qui est aux portes de l'Union européenne frontalière avec la Pologne. Des manifestations se multiplient dans tout le pays pour contester la réélection il y a dix jours du président Loukachenko. Ces manifestations sont très durement réprimées. Marc nous envoie cette question je vous la livre lorsqu'on voit la carte de la grande Europe on se rend compte à quel point la Biélorussie est une plaque technologique entre la Russie et l'Europe. Ne peut-on pas juger ce qu'il se passera là-bas ? Est-ce que ça n'aura pas un impact avec l'Europe ? Entre la Russie et l'Europe ?

16:42
Pascal Canfin

Alors c'est évidemment une excellente question je crois que l'Union européenne et la France et les autres grands états européens sont extrêmement clairs sur la question il faut des nouvelles élections en Biélorussie les élections précédentes étaient frauduleuses étaient truquées elles ne sont absolument pas équitables et justes il faut donc des nouvelles élections qui soient sous contrôle d'experts internationaux etc. C'est ça la demande numéro 1 et ensuite le soutien aux mobilisations et aux manifestations face à un régime autoritaire.

L'Union européenne est extrêmement claire et la prochaine étape ce sont des sanctions financières contre les cadres les hauts cadres du régime leurs avoirs placés à l'étranger ce qui est une pratique qui généralement fait mal au portefeuille des oligarques des régimes autoritaires et qui contribuent à le faire tomber donc je pense qu'on est probablement à quelques jours d'une chute de ce régime et maintenant ce qu'il faut commencer à imaginer c'est une transition démocratique dans ce pays et le faire en bonne intelligence avec la Russie et je rejoins ce que vous disiez votre auditeur on sait que c'est un espace frontière entre la zone d'influence européenne et la zone d'influence russe on le sait c'est comme l'Ukraine donc il faut le faire en bonne intelligence avec la Russie je sais que c'est difficile ce sont des mots ce n'est pas facile avec Poutine évidemment mais le faire de manière conflictuelle avec la Russie c'est aller au devant d'autres désillusions et donc laissons le peuple biélorusse faire sa révolution c'est ce qu'il est je pense en train de faire et si ça va au bout exigeons et contribuons à organiser des élections libres ne plaquons pas un modèle ne choisissons pas des dirigeants de transition de succession depuis Bruxelles depuis l'Union Européenne c'est évidemment pas ça qu'il faut faire il faut laisser faire le peuple biélorusse et il faut le faire en ayant un dialogue avec Poutine pour éviter les situations qui a déjà réuniré dans d'autres pays on l'a vu en Ukraine

18:53
Présentateur

donc l'Union Européenne s'apprête si on vous entend bien à sanctionner la Biélorussie pourquoi est-ce qu'on n'ose pas le faire avec la Turquie

19:00
Pascal Canfin

on sanctionne on sanctionne pas la Biélorussie en tant que pays on sanctionne un régime et un dirigeant et notamment c'est au cadre bien évidemment

19:06
Présentateur

donc voilà ma question c'est pourquoi est-ce qu'on n'ose pas le faire avec la Turquie qui continue notamment ses prospections gazières et pétrolières dans les eaux grecques la Turquie outrepasse ses droits mais il n'y a pas là un vrai rappel alors de la part de l'Union Européenne pourquoi ?

19:22
Pascal Canfin

je pense que quand la France envoie une frégate dans les eaux de Méditerranée de l'Est c'est une forme de rappel à l'ordre consistant à dire on ne va pas se laisser marcher dessus donc on le sait là aussi la relation entre la Turquie et l'Europe est aujourd'hui extrêmement compliquée que ce soit les questions avec la Grèce avec Chypre avec la recherche d'hydrocarbures et bien évidemment avec les migrants donc je pense que l'échange qui aura lieu entre Angela Merkel et le président de la République jeudi sera assez fondamental parce que là aussi ça ne sert à rien de se cacher derrière son petit doigt la France a un tropisme pro-grec les Allemands ont un tropisme pro-turc beaucoup d'immigration turque ils sont beaucoup plus prudents il y a une histoire très très longue avec l'Empire Ottoman je ne vais pas remonter là-dedans nous au contraire on a été parmi les premiers à soutenir l'indépendance grecque donc et sans même mentionner les derniers épisodes de la crise grecque où la France a été aux côtés de la Grèce quand on le sait l'Allemagne a été parmi les états les plus durs avec la Grèce donc il y a une différence d'approche entre la France et l'Allemagne sur ce sujet d'où la nécessité de discuter y compris dans un cadre informel et c'est très bien que c'est élu à Brégançon et j'espère je ne serai pas dans le huis clos mais j'espère que ça permettra de définir une position convergente entre la France et l'Allemagne à partir de points de départ qui sont historiquement culturellement géopolitiquement différents

20:47
Présentateur

je vous transmets la question d'Alexandre qui est un peu radicale considérez-vous que les pays européens qui ne réagissent pas ou mollement aux provocations turques dans les eaux grecques sont sortis de l'histoire

20:57
Pascal Canfin

non je pense que personne n'est sorti de l'histoire sur ce sujet il faut trouver la bonne règle la règle c'est évidemment le respect du droit international le droit international il est du côté grec et il n'y a aucune ambiguïté sur ce sujet donc nous sommes dans notre bon droit en tant qu'européens et la Grèce est dans son bon droit maintenant j'ai attiré l'attention sur le fait que le sujet dont on parle c'est évidemment les frontières mais c'est les frontières pourquoi ?

pour aller chercher des hydrocarbures c'est ça le sujet c'est l'exploration d'hydrocarbures de pétrole et de gaz donc il y aura une façon assez simple de désescalader tout ça c'est de mettre en place un moratoire sur la recherche d'hydrocarbures dans la Méditerranée vous savez que la Méditerranée c'est la mer une des mers les plus fragiles les mers les plus polluées au monde et tous les pays progressivement sauf la France qui a mis dans la loi c'est la fameuse loi Hulot le fait que nous n'irions pas chercher de nouveaux permis de recherche de gaz d'exploration pardon de gaz ou de pétrole quel que soit l'endroit du monde notamment bien évidemment en Méditerranée et on est les seuls à l'avoir fait et je pense que on pourrait imaginer que la France prenne aussi le leadership sur ce sujet c'est à dire dise aux autres pays européens à la Grèce qui est aussi en train d'aller chercher du pétrole et du gaz dans ses eaux au Méditerranée et à la Turquie de dire ben voilà la transition écologique pour éviter les conflits territoriaux pour éviter que ça dégénère et comme évidemment la solution personne ne peut imaginer qu'elle soit militaire ça va de soi il faut il faut organiser un gentleman d'agrément et une façon de le faire c'est de dire ben ni l'un ni l'autre vous n'irez chercher de pétrole et de gaz dans les eaux qu'elles soient grecques ou qu'elles soient turques ou qu'elles soient contestées par les grecs ou par les turques et ça c'est une position que nous nous appliquons en nous-mêmes je pense qu'on gagnerait à la faire appliquer par les autres

22:42
Présentateur

Pascal Canfin en deux mots que pensez-vous du fait c'est une question impertinente de Roger du fait que Emmanuel Macron fasse du jet ski dans des zones naturelles protégées pendant ses vacances

22:51
Pascal Canfin

alors je vous que moi j'étais aussi en vacances ça m'a échappé si c'est le cas je pense que c'est pas indispensable

22:58
Présentateur

c'est noté merci Pascal Canfin merci aussi à Johanna Hochstein qui a assuré la liaison ce matin je vous souhaite à tous les deux une très belle journée