Affaire Mila, Brexit... Le "8h30 franceinfo" de Michel Barnier
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Bonjour Michel Barnier. Bonjour. On va parler avec vous bien sûr ce matin des tensions autour du Brexit qui ont dominé une partie des discussions lors du sommet du G7. On va parler des élections régionales qui approchent, de l'élection présidentielle. Elle aussi qui approche, quel rôle souhaitez-vous y jouer à droite ? Mais d'abord un nom et un visage, ce sont ceux de Mila, cette adolescente de 18 ans qui est menacée de mort depuis plusieurs mois car elle a insulté l'islam. Elle s'est exprimée hier soir à la télévision à quelques jours de l'ouverture du procès de ses harceleurs. Elle dit « Dans cinq ans je me vois peut-être morte, je suis abandonnée par une nation fragile et lâche ».
Est-ce qu'elle a raison ?
Non, je ne crois pas que notre nation soit lâche. Ce qui arrive à cette jeune femme est insupportable. Ceux qui l'ont harcelée doivent être condamnés fermement. Mais je ne pense pas qu'on puisse dire que notre pays est lâche. La liberté d'expression est un droit fondamental dans notre République. Il doit être respecté. Donc voilà pourquoi je pense que ceux qui ont harcelé cette jeune femme doivent être sanctionnés.
La liberté d'expression est un droit fondamental. Mais cette jeune fille vit aujourd'hui loin de chez ses parents. Elle a été déscolarisée. Elle vit sous protection policière. Elle dit elle-même qu'elle a peur de sortir dans la rue. Peur pour sa vie.
Oui, mais tout ça concerne un sujet beaucoup plus fondamental et grave qui est le climat politique dans notre pays. La capacité de s'y exprimer, de retrouver des conditions, je vais dire, plus paisibles ou plus respectueuses de débat public, de confrontation. La confrontation, elle fait partie de la démocratie. Mais elle ne doit pas aboutir à des situations comme celle qu'a subie cette jeune femme.
Est-ce que vous dites à Mila aujourd'hui d'arrêter, d'arrêter de s'exprimer sur les réseaux sociaux, d'arrêter de parler à la télévision, d'arrêter d'écrire des livres ?
Moi, je n'ai pas de conseil à lui donner. Je vous ai dit, la liberté d'expression, la sienne comme celle des autres, est un droit imprescriptible et fondamental. Qui n'a pas de limites. C'est ce que je veux dire. Les limites, elles sont fixées par la loi. Elles sont fixées par la loi qui dit clairement qu'il y a des actes ou des propos qu'on ne tient pas. Je ne parle pas de son cas précis, je dis en général. Je pense qu'elle doit être protégée si elle se trouve dans cette situation. Et encore une fois, je pense que ceux qui l'ont harcelée doivent être condamnés.
Un mot sur le climat politique, puisque vous en parliez après la gifle au président la semaine dernière. Deux personnalités politiques, Jean-Luc Mélenchon et François de Rugy, sont faites enfarinées ce week-end. Faut-il en tirer une leçon politique ou ce sont juste pour vous des cas isolés ?
Le président de la République a dit lui-même qu'il espérait que c'était un cas isolé. Je pense que cet acte-là d'agression contre le chef de l'État est absolument inacceptable et injustifiable.
Mais il y a eu aussi Jean-Luc Mélenchon et François de Rugy ce week-end.
Et ce dont notre pays, à l'égard du chef de l'État, de toute personne qui a une parole publique, toute personne qui est élue. Je pense à des agressions très nombreuses, trop nombreuses, contre des élus locaux, contre des maires. Sans parler d'agressions beaucoup plus graves et sauvages, contre des policiers ou des professeurs ou des gendarmes. Ce dont notre pays a besoin aujourd'hui, c'est de retrouver le respect dû à l'égard de la parole publique, de ceux qui l'exercent, quels qu'ils soient, et de respect et de considération. Voilà ce que je pense que notre pays a besoin aujourd'hui.
Et comment on fait ?
On fait, en exerçant à l'égard de tous ces actes et de ceux qui les commettent, une attitude de justice et de condamnation extrêmement claire et sans faiblesse contre ces personnes. Et qu'on en reprenne aussi. Je pense qu'il n'y a pas seulement la répression qui est indispensable ou la condamnation, il y a aussi l'éducation. Pourquoi il faut soutenir les professeurs un peu partout, qui courageusement apprennent les gestes ou les standards ou les normes de la vie en commun ?
Michel Barnier, le G7 s'est achevé hier. Il a été marqué par des tensions récurrentes entre l'Union Européenne d'un côté et Boris Johnson de l'autre, le Premier ministre britannique. Tensions sur le Brexit et sur un point en particulier, un point que vous avez négocié âprement pendant des mois et des mois, c'est le contrôle douanier de certaines marchandises expédiées depuis la Grande-Bretagne vers l'Irlande du Nord. Boris Johnson n'en veut plus. Le ton est monté, semble-t-il, lors de sa rencontre avec Emmanuel Macron. D'abord, est-ce que ce point figurait bien noir sur blanc dans l'accord que Boris Johnson a signé ?
Si vous prenez le temps de lire le livre que j'ai publié, La Grande Illusion, le journal secret du Brexit, vous y verrez le temps passé dans cette guerre des nerfs avec les Britanniques. Bien sûr, il y a d'autres sujets, comme pour nous la défense des pêcheurs, mais la question de l'Irlande est la plus grave et la plus sensible, parce qu'en Irlande, ce n'est pas seulement une question de marchandises.
C'est aussi une affaire de paix.
Toutes les marchandises, c'est une question qui touche les hommes et les femmes, la paix. Et moi, j'ai le souvenir d'une plusieurs visites que j'ai faites en Irlande et en Irlande du Nord, notamment dans un village qui s'appelait Dunganon, où j'ai rencontré des femmes à la frontière entre la République d'Irlande et l'Irlande du Nord, là où il y avait eu ce conflit. Il y a à peine 20 ans que ce conflit s'est terminé, il y avait 4000 morts, 4000 morts. Ne l'oublions pas et n'ayons pas la mémoire courte. J'ai vu des femmes en privé qui pleuraient en me disant « faites en sorte que ça ne recommence pas ». Donc, on a cherché une solution à un problème posé par le Brexit.
Ce qui crée la difficulté en Irlande, c'est rien d'autre que le Brexit. Le fait que l'Irlande du Nord, partie du Royaume-Uni, quitte le marché unique. Or, nous ne devons contrôler pas une partie des marchandises, toutes les marchandises, tous les animaux vivants. Est-ce que je peux prendre un exemple comme ancien ministre de l'Agriculture ? Une vache qui quitte l'Angleterre en bateau pour être délivrée en Irlande du Nord, à Belfast, dans le même pays, le Royaume-Uni, elle rentre en France, cette vache. Elle rentre en Belgique. Et donc, il faut la contrôler pour des raisons liées à la sécurité alimentaire, à la sécurité sanitaire.
Donc, ce point que conteste aujourd'hui Boris Johnson était bien dans l'accord. Ce point n'est pas contestable. Ce point n'est pas contestable. M. Johnson a négocié avec son équipe professionnellement, mot à mot, virgule par virgule, phrase par phrase, tout l'accord qui date d'octobre 2019. C'est le premier accord que j'ai négocié au nom de l'Union Européenne. Dans le deuxième accord, il y a d'autres sujets liés au commerce, à la pêche, à l'énergie. Mais dans le premier accord, il y a les conditions de la paix et les solutions concrètes, opérationnelles que nous avons trouvées pour répondre aux problèmes posés par le Brexit, rien d'autre.
Et je souhaite simplement aujourd'hui, je le dis comme ancien négociateur de l'Union Européenne, que les Britanniques respectent leurs paroles, que les Britanniques, M. Johnson, respectent sa signature. On n'attend rien de moins d'un très grand pays comme le Royaume-Uni.
Est-ce qu'aujourd'hui, c'est tout l'accord du Brexit qui est menacé ?
Non.
Parce que Boris Johnson menace de déclencher l'article 16, cette clause de sauvegarde qui permet de prendre des mesures, si juste que l'accord engendre des difficultés économiques, sociales...
Personne ne peut imaginer, croire que M. Johnson n'ait pas anticipé, examiné l'ensemble des problèmes qui étaient posés par le Brexit. Mais d'une manière générale, les Britanniques n'ont pas regardé la vérité en face. Ils ont décidé le Brexit pour des raisons que je respecte. Nous avons délivré le Brexit, mais ils n'ont pas bien expliqué, en tout cas pas assumé, et pas mesuré l'ensemble des conséquences. Pourtant, en Irlande, nous avons dit les conséquences. Nous devons contrôler... L'Irlande est une zone épidémiologique unique, c'est une île. Nous devons contrôler les marchandises, les végétaux, les produits qui rentrent en Irlande.
Donc l'Europe ne reculera pas ?
Mais non, l'Europe demande simplement qu'un accord négocié, pied à pied, par le Royaume-Uni, par le même M. Johnson, soit simplement respecté. Ni plus ni moins. Nous ne sommes pas les seuls, d'ailleurs, à le demander. Le président américain, qui a des attaches et des racines en Irlande, est également très vigilant. Et je pense que le Royaume-Uni doit faire attention à sa réputation, à sa signature. Et permettez-moi d'ajouter aux conditions nécessaires pour qu'il y ait de la confiance. Nous avons devant nous, avec le Royaume-Uni, beaucoup, beaucoup de grands défis à relever.
Même s'ils ne sont plus dans l'Union, on devra coopérer contre le terrorisme, contre la pauvreté en Afrique, pour la lutte contre le changement climatique, contre les turbulences financières, contre de nouvelles pandémies. Il y aura de nouvelles pandémies humaines ou animales dans les années qui viennent. On doit coopérer avec le Royaume-Uni. C'est une nécessité vitale, conforme à l'intérêt général. Et donc, je souhaite que le Royaume-Uni ne compromette pas cet esprit de coopération qui exige de la confiance, tout simplement.
Le Fil Info est 8h41 avec Mélanie Delaunay. Et on poursuit dans un instant avec vous, Michel Barnier.
A partir du 1er juillet, le port du masque en extérieur devrait être levé. C'est ce qu'affirme ce matin sur RTL Jérôme Salomon, le directeur général de la Santé. La question du maintien du couvre-feu jusqu'à la fin du mois se pose aussi. Après des fêtes à Paris ou à Nice, pendant le week-end, la présidente d'Ile-de-France, Valérie Pécresse, est favorable à le lever dès maintenant si les gestes barrières sont respectés. L'attestation à remplir par les parents est disponible sur le site du ministère de la Santé à la veille de l'ouverture de la vaccination contre le Covid aux adolescents de 12 ans et plus. Les enfants doivent être accompagnés par au moins un parent et avoir l'accord des deux.
Il est temps de dépasser les tensions, souligne ce matin sur France Info l'ambassadeur de Turquie. À Paris, la rencontre aujourd'hui entre Emmanuel Macron et Recep Tayyip Erdogan va permettre de voir que nous avançons dans le bon sens, dit-il. La mésentente a atteint son paroxysme lorsque le président turc a mis en cause la santé mentale d'Emmanuel Macron à l'automne dernier. Des boulettes d'hydrocarbures découvertes sur la plage de Solaro dans le sud-est de la Corse, d'autres récupérées en mer. L'accès aux plages reste interdit dans plusieurs communes de l'île. À cause de cette pollution, une enquête est en cours pour identifier le bateau qui en est responsable.
France Info Michel Barnier, vendredi soir, les spectateurs de la demi-finale de Roland-Garros ont eu droit à une dérogation alors qu'au même moment sur l'esplanade des Invalides à Paris, les jeunes se faisaient déloger. Est-ce qu'il y a eu de poids, de mesures ?
D'abord, c'était un formidable match. C'est pas la question, mais c'est votre réponse. Non, je l'ai observé, je l'ai vu à la télévision. Vraiment un très beau match avec deux immenses champions, comme d'ailleurs le match qui a eu lieu hier aussi. D'une manière générale, je veux d'ailleurs dire que, moi, je pense qu'un pays qui est sportif, et c'est bien qu'on retrouve de belles images de sport, de foot, de tennis, de rugby.
Ça, c'est l'ancien organisateur des Jeux Olympiques de 92 qui parle.
Je pense qu'un pays qui a l'ambition d'organiser les Jeux Olympiques, comme nous le ferons en 24 à Paris, mais qui aussi soutient les tissus associatifs, les bénévoles qui font un boulot formidable sur le terrain, un pays qui aime le sport, un pays qui pratique le sport, un pays qui a le moral. Donc ça fait partie du redressement de notre pays.
Vous comprenez l'effet dévastateur que ça peut avoir chez certains qui respectent le couvre-feu et qui se disent...
Oui, mais la question, je vais vous dire, ce virus, je le connais assez bien, il m'a touché moins gravement que beaucoup d'autres, heureusement, et je pense à toutes les victimes et à tant de morts et de souffrance et de solitude. Il est très agressif, ce virus. Donc la question, c'est comment on est disposé dans une salle ? Comment on est séparé des autres ? Est-ce qu'il y a une proximité qui peut provoquer une diffusion de ce virus ? C'est ça qui est en cause sur la place de l'espace. Franchement, il faut regarder les choses sérieusement. Je pense qu'il faut faire attention, si vous me permettez. Il y a de nouvelles alertes au Royaume-Uni.
On voit des milliers de morts en Inde en ce moment. Ça, d'ailleurs, touche à une des questions qui a été traitée au G7 que de soutenir et d'apporter massivement un soutien aux pays les plus pauvres par des vaccins qu'on leur donne, parce que c'est notre intérêt. Et donc, je dis simplement, quand on voit des rassemblements où il n'y a plus aucune précaution, et on en voit tous les jours dans la rue, il faut faire attention. Ce virus est agressif et il peut toucher encore et gravement des familles.
Ce week-end, Valérie Pécresse, la présidente de la région Île-de-France, qui est candidate à sa succession, a demandé qu'on lève définitivement le couvre-feu dès maintenant plutôt qu'au 30 juin. Vous êtes sur la même ligne qu'elle ?
9h, 21h, 23h, 2h du matin. La question, c'est pas tellement d'avoir un horaire qui bloque les gens, c'est que tout le monde soit assez responsable pour ne pas avoir une proximité qui permette la diffusion de ce virus. Voilà, c'est ça la question.
Donc il faut attendre que le calendrier se déroule normalement ?
Il faut attendre que la population française soit vaccinée, c'est ça la solution, et que les jeunes se fassent vacciner, comme ceux qui ont encore des réticences ou des réserves. Vraiment, la clé pour que la vie reprenne après beaucoup de souffrance, c'est que la vaccination soit totale dans notre pays, et dans les pays voisins aussi.
Michel Barnier, on va parler maintenant des propositions que vous faites pour la France. Vous avez suggéré le mois dernier que la France instaure un moratoire sur l'immigration, un moratoire qui pourrait aller de 3 à 5 ans. Cette proposition, quelqu'un l'a fait déjà depuis des années en France, c'est Marine Le Pen. Est-ce que ça veut dire qu'elle avait raison avant vous ?
Moi, je n'ai pas envie de me déterminer par rapport à tel ou tel autre responsable politique. J'essaie de me déterminer par rapport au problème des Français. Qui peut dire que la politique de l'immigration en France fonctionne normalement ? Qui peut dire qu'elle fonctionne normalement en Europe ? Ça ne fonctionne pas. Il y a des abus, il y a des détournements, il y a un accueil qui n'est pas digne, il y a des morts en Méditerranée. Tout ça fait qu'on doit se poser la question.
Et donc, ce que je propose, ce n'est pas d'arrêter l'immigration, c'est de marquer une pause pour mettre à plat toutes les procédures, vérifier qu'elles fonctionnent, qu'on accueille correctement les gens qui doivent être accueillis, notamment les réfugiés, qu'on dise aux autres qu'on ne peut pas les accueillir ou pas maintenant. Je pense aussi que ce moratoire peut être différencié selon les populations. Par exemple, on pourrait arrêter tout de suite les régularisations massives que l'on fait quelques fois, et puis prendre plus de temps pour d'autres.
Par exemple, la filière de l'immigration des étudiants, qui représente à peu près une arrivée sur trois sur le sol français, c'est à peu près 70 000 chaque année sur 220 000. Vous l'arrêtez ou vous ne l'arrêtez pas ?
Non, c'est pour ça que je vous dis qu'il y a des différenciations dans les publics concernés, et à condition que ce soit de véritables étudiants, que les gens qui tiennent des titres de séjour pour soins, repartent une fois qu'ils sont soignés au lieu de rester. Il y a une vérification à faire.
Alors ce n'est pas vraiment un moratoire, c'est de la surveillance.
Je recommande qu'on regarde ces problèmes avec des yeux ouverts. Et c'est ce que j'essaie de faire comme responsable politique. Il faut traiter ces questions avec rigueur, avec sérieux et avec humanité. Et puis le temps de ce moratoire, c'est aussi un temps de discussion avec nos partenaires, pour faire fonctionner correctement les frontières extérieures de l'Union, qui ne fonctionnent pas normalement, et avec les pays d'émigration, avec lesquels nous devons avoir un contrat, notamment pour lutter de manière impitoyable contre les trafics d'êtres humains, femmes, hommes, enfants.
Donc il y a besoin, me semble-t-il, de remettre les choses à plat, et c'est l'idée de ce moratoire pour lequel nous travaillons, pour lequel nous travaillons avec des juristes compétents.
La France seule ne peut pas y arriver à décider un moratoire seul, ça ne marche pas, puisque vous l'avez dit, on fait partie de l'Union Européenne. Vous dites que les frontières extérieures à l'Union Européenne sont des passoires aujourd'hui ?
Je dis qu'il y a une mauvaise gestion, que lorsqu'on a fait Schengen, on a profité de Schengen, la libre circulation à l'intérieur de l'Union Européenne, on ne s'est pas occupé sérieusement de la bonne gestion rigoureuse des frontières extérieures, qui sont nos frontières. Et donc, désormais, on est en train de créer d'ici 2027 10 000 postes de garde-frontière, de garde-côte. Il est temps de gérer correctement, ça doit accompagner Schengen. Maintenant, il y a des mesures qu'on peut prendre sans demander la permission aux autres pays européens. J'observe aussi que dans des pays voisins, comme l'Allemagne, l'Autriche, on gère ces questions d'immigration avec plus de rigueur que chez nous.
Les régionales, Michel Barnier, c'est dans six jours le premier tour hier dans les collènes du journal du dimanche. Renaud Muselier, qui porte les couleurs de la droite en région PACA, disait que la perte de cette région pourrait entraîner la mort de la droite. Est-ce que vous êtes d'accord avec lui ? Est-ce que c'est l'avenir des Républicains qui se joue là-bas ?
D'abord, Renaud Muselier est un bon président de cette région, de cette très grande région. Je souhaite qu'il soit réélu parce qu'il a réussi et je pense qu'il faut qu'il continue. Malgré les opérations de déstabilisation qui ont été menées contre lui depuis le sommet de l'exécutif annoncé par le Premier ministre, tout ça était un peu bizarre et je trouve contre-productif. Je vais vous dire, je trouve que l'idée qu'on a du côté de l'exécutif actuel de vouloir faire le vide entre Mme Le Pen et l'exécutif qui dirige ce pays est une mauvaise idée, que c'est une idée qui joue avec le feu. Voilà ce que je pense.
Et donc je souhaite que Renaud Muselier soit réélu, comme je souhaite que Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Jean Rotner soient réélus. Nous avons de bons présidents dans ces régions qui démontrent d'ailleurs qu'on peut changer les choses, qu'on peut mieux gérer l'argent public, avoir de l'efficacité dans la dépense publique et apporter le service aux citoyens qu'ils attendent.
Pourtant il y a un risque RN dans plusieurs régions. Que doit faire la droite s'il y a risque de victoire du Rassemblement National ?
La droite, d'abord, elle se présente sous ses couleurs. Il faut lui faire confiance parce que ce sont des hommes et des femmes qui ont bien géré, comme Valérie Pécresse ici en Ile-de-France, qui ont bien géré leur région. Et donc je souhaite sans demander la permission, en marchant au milieu de la route, que ces élus puissent retrouver la confiance des citoyens.
Oui, très bien, mais si au second tour...
Mais ne me mettez pas dans cette situation. Moi j'ai toujours assumé mes responsabilités. Et j'espère que le Rassemblement sera possible autour de nos idées, au niveau régional comme au niveau national.
Le Front Républicain, c'est un gros mot ?
Disons les choses clairement. En ce qui me concerne, l'histoire de l'extrême droite n'est pas la mienne. Et il n'y aura jamais de faiblesse ni de compromission avec ces idées d'extrême droite. Voilà ce que je peux dire. Mais pourquoi se mettre dans ce scénario où il y aurait à choisir d'éliminer le Front National ?
Parce que le numéro 2 du parti, Guillaume Pelletier, a ouvert ce débat à droite.
Oui, mais j'ai dit ce que je pensais. Je pense qu'il a fait une erreur en s'exprimant comme il l'a fait. Et moi je vous dis, et je n'ai pas envie de me déterminer par rapport à tel ou tel, je vous dis ce que je pense en ce qui me concerne.
Pourquoi votre parti n'a pas sanctionné les personnalités comme Nadine Morano ou Eric Ciotti qui disent qu'ils ne vont pas voter pour vos candidats ? Ceux que vous avez cités, Jean Rottner dans le Grand Est ou Renaud Muselier en PACA. Pourquoi ces personnalités-là ne sont pas sanctionnées par votre parti ?
Ces personnalités ont exprimé avec leurs mots leurs idées. Moi je les connais bien, ce ne sont pas des gens qui sont prêts à des compromis avec le Front National. Ce qui m'importe c'est la ligne qui a été fixée. Nadine Morano dit qu'elle votera pour l'ORN. Ce qui m'a été dit, je n'ai pas entendu dire ça, ce qui a été dit par la ligne, par le président du parti, c'est le soutien à Jean Rottner dans le Grand Est, je vais dire moi-même soutenir, ou à Renaud Muselier dans la région PACA.
On met la poussière sous le tapis, on attend le soir de l'élection ?
Non, non, parce que notre parti, je l'ai dit, est en difficulté, il est en convalescence. Il faut maintenant qu'il remette de l'ordre dans sa gestion et dans la présentation de son programme. C'est ce qui d'ailleurs fait Christian Jacob avec ténacité. Toutes les semaines nous avons des conventions qui sont très intéressantes. Je vous invite d'ailleurs à les suivre parce qu'il y a beaucoup d'idées qui s'expriment et qui forment le corps d'un projet politique pour la France. Je participais notamment à la dernière convention sur la souveraineté économique.
Après, nous avons beaucoup de talents, c'est ça qui est important, ce qui n'est pas le cas de toutes les formations politiques, capables de former une bonne équipe de France. La difficulté, c'est de transformer ces talents en une force collective.
Ce n'est pas le tout d'avoir un Benzema, il faut qu'il donne le ballon. Ou un Mbappé pour ne pas attaquer un Benzema.
C'est pour ça que j'ai toujours été réticent à l'idée du premier de cordée par exemple. Je trouve que toute la cordée, c'est le montagnard qui vous parle, toute une cordée est importante et chacun dans sa cordée a un rôle à jouer. Et donc je pense que le moment est venu, juste après l'été, que tous ces talents se réunissent et qu'on soit capable de désigner un chef d'équipe entre nous.
On va en parler dans un instant, ça tombe bien Michel Barnier. Le fil info tout d'abord à 8h52, Mélanie Delaunay.
La fin d'une ère politique en Israël, mais Benyamin Netanyahou promet qu'il reviendra. L'ex-premier ministre au pouvoir pendant 12 ans évincé, c'est Naftali Bennett qui lui succède au terme d'une séance d'investiture chaotique. Il est à la tête d'une vaste coalition qui va de la droite nationaliste religieuse à la gauche. Tour ouvrir dès la semaine prochaine ou bien attendre encore un mois. Le premier ministre britannique doit donner sa réponse aujourd'hui alors que les contaminations repartent à la hausse en Grande-Bretagne à cause du variant Delta, le variant indien, responsable de 96% des cas de Covid outre-Manche. Peut-être que je serai morte dans 5 ans, dit Mila.
Je vais forcément ne pas rester en ville à l'adolescente de 18 ans, menacée pour avoir critiqué l'islam. Elle estime sur TF1 que la nation est fragile et lâche. Le procès de 13 de ses harceleurs se tient dans une semaine. Rémi Daillet ne fuit pas la justice française, assure son avocat sur France Info. Il ne lui recommande néanmoins de ne pas revenir tout de suite en France après son expulsion de Malaisie. Il est toujours à Singapour où sa femme enceinte a été hospitalisée. Le complotiste est visé par un mandat d'arrêt pour son rôle dans l'enlèvement de la petite Mila dans les Vosges.
France Info Le 8.30 France Info Salia Brakia, Marc Fauvel
Toujours avec Michel Bernier. En parlant de l'élection présidentielle, vous dites « Je me prépare et je serai au rendez-vous ». Ça veut dire quoi ?
Je vois que vous êtes bien informé. Oui, je vous écoute. Ça veut dire que je suis un homme politique. Je n'ai jamais cessé de l'être et que j'ai envie de participer à ce grand débat qui est le débat principal dans notre pays, qui commande beaucoup d'autres débats et que c'est l'occasion de regarder ce qui s'est passé depuis quelques années, les erreurs des uns et des autres et de présenter un projet pour la France et ce que je souhaite pour ma famille politique parce que je pense que la droite républicaine à laquelle j'appartiens, à laquelle j'ai toujours appartenu même si j'y ai eu ma liberté de parole, avec le centre, doit être capable de proposer un projet alternatif.
Et je pense même que c'est indispensable pour éviter une situation improbable, l'élection de Mme Le Pen. Vous savez, je viens de gérer pendant cinq ans un événement qui était improbable, le Brexit. Même ceux qui le conduisaient n'y croyaient pas. Et puis il s'est produit. Il s'est produit parce qu'il y a des sentiments populaires qui sont exprimés. C'est ça qui m'intéresse. Je répondais à vos questions sur l'immigration. On pourrait parler de l'autorité de l'État. On pourrait parler aussi d'autres sujets plus globaux qui sont fondamentaux comme le changement climatique ou nos relations avec M. Biden.
Moi, ce qui m'intéresse, c'est de répondre aux questions, aux préoccupations qui se posent à la France et aux Français. Et c'est ce que je continuerai de faire en prenant la place...
Mais vous êtes plusieurs à dire ça à droite. Il y a Xavier Bertrand, Valérie Pécresse. Est-ce que vous n'arrivez pas un peu trop tard là ?
L'élection, c'est l'année prochaine. Ça ne vous a pas échappé. Aujourd'hui, le temps où nous sommes, c'est un temps où on sort d'une crise terrible qui a été très violente et nous n'en sommes pas complètement sortis, qui a fait beaucoup de dégâts et beaucoup de souffrances. Il y a l'élection régionale et départementale. Je suis content que vous en ayez dit un petit mot, mais d'une manière un peu politicienne. Je me permets de rajouter...
Il y a plusieurs raisons, Michel Bernier. Je vais m'expliquer. La mot, c'est qu'à chaque fois que vous prononcez le nom d'une région, vous savez que nos amis du CSA ouvrent un compteur et qu'il faut équilibrer les comptes chaque jour. Si vous prononcez, par exemple, tiens, moi j'ai le droit de le faire, donc je vais le faire, le nom de Renaud Muselier pour dire tout le bien que vous en pensez, on doit donner exactement le même temps de parole aux autres.
Je m'excuse de vous dire, je vous remets que c'est vous qui n'avez pas le M. Muselier. J'en suis très heureux.
Ce qui, du coup, ne facilite pas le débat d'idées sur les régions.
Ce que je voulais vous dire, c'est que s'agissant des régions et des départements, et c'est un ancien président du Conseil Gérald qui vous parle, j'ai été président de la Savoie pendant 17 ans, cette élection est très importante. Il faut que les gens aillent voter. Il s'agit de leur argent, l'argent public, de tous les électeurs, de tous les contribuables. Il s'agit de sujets fondamentaux de la vie quotidienne. Cette élection est très importante. On ne va pas la passer par perdre des profits et ne la regarder que du côté politicien. Puis après, viendra le temps du débat présidentiel auquel je prendrai ma part.
Débat qui va arriver assez vite à droite puisque votre parti s'est mis d'accord sur un système un peu complexe de désignation du candidat ou de la candidate qui va passer notamment par des sondages dans trois mois, au mois de septembre. Si un candidat ou une candidate se dégage à ce moment-là, ce sera lui. Et s'il ne se dégage pas, retour à la case primaire ou pas primaire. Vous souhaitez-vous être sondé dans la vague de septembre ?
Moi, je suis déjà sondé avec un taux de notoriété qui reste à progresser.
En fait, 8% ?
Oui, peu importe. Ce n'est pas le sondage qui est important, sauf qu'il permet d'éclairer un débat. Donc, ces sondages seront faits comme la part de Disney le Parti. C'est une procédure qui a décidé. Moi, je fais confiance à Jean Léonetti qui va présenter la meilleure procédure possible pour trouver la solution entre des hommes et des femmes de qualité qui sont tous capables de faire partie de manière très compétente d'une équipe de France. Il reste à désigner le chef d'équipe. C'est ça qui est en cause.
Est-ce que votre âge, Michel Barnier, vous aurez 71 ans au moment de l'élection présidentielle et pour vous, un handicap ?
Oui, il y a des gens qui ont des cheveux blancs et qui ont des idées neuves et puis il y a des gens plus jeunes qui ont de vieilles idées. Vous pensez à qui ? Ce qui est important, c'est... Je pense à Joe Biden, par exemple, qui est un homme qui a des cheveux blancs mais qui a des idées neuves et on le voit bien dans la gestion qu'il fait, l'apaisement qu'il a rapporté aux États-Unis et les réformes qu'il est en train de faire. Donc, ne jugez pas les gens à leur âge. Je n'ai pas besoin qu'on me le rappelle. Ce qui est important, c'est de garder, à l'âge qui est le mien, la même capacité d'enthousiasme et la même capacité d'indignation qu'au tout début de ma vie politique.
C'est quelqu'un qui a lui-même quelques cheveux blancs qui vous a posé la question. Merci beaucoup, Michel Barnier, d'y avoir répondu. Bonne journée à vous. Sous-titrage ST' 501
Michel Barnier