Clément Beaune sur le Brexit : "Je suis inquiet mais je crois qu’un accord est encore possible"
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 65 %Attaque 20 %Défensif 15 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:54OuverteRéponse directe
Comment avez-vous reçu ce discours sur l'état de l'Union ?
- 2:57OuverteRéponse directe
Pensez-vous qu'un accord sur le Brexit est encore possible ?
- 4:37OuverteRéponse directe
À quoi joue Boris Johnson en ce moment ?
- 6:05RelanceRéponse partielle
Pourquoi ne pas harmoniser les règles sanitaires face au Covid ?
- 8:19RelanceRéponse directe
Les dotations santé du budget européen sont passées de 9 à 1,7 milliard : est-ce trop bas ?
- 10:27OuverteRéponse directe
L'UE doit réduire ses émissions de CO2 de 55% d'ici 2030 : est-ce réaliste ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:07Invité politiqueFait
« Je suis inquiet, oui, mais je crois qu'un accord est encore possible. »
- 6:14Invité politiqueFait
« C'est une vaste confusion, il faut être honnête. »
- 7:01Invité politiqueFait
« C'est une inefficacité européenne. »
- 8:39PrésentateurChiffre
« Les dotations santé du dernier budget européen sont passées en juillet, malgré le Covid, de plus de 9 milliards à 1,7 milliard d'euros sur 7 ans. »
- 8:41Invité politiqueFait
« Les 9 milliards, ils n'ont jamais existé. C'était une proposition de la Commission européenne. »
- 9:04Invité politiqueFait
« Je trouve ça trop bas, je le dis, mais par rapport à aujourd'hui, il y a une augmentation du budget de l'Europe sur la santé. »
- 11:33Invité politiqueFait
« La coordination européenne, c'est nous qui l'avons souhaitée avec l'Allemagne. »
- 13:12Invité politiqueFait
« Ces accords ne marchent pas. »
- 24:52Invité politiqueFait
« le plan de relance européen il y a trois mois on pensait que c'était impossible »
- 25:00Invité politiqueFait
« comme les billets en euros »
- 25:05Invité politiqueFait
« moi j'assume d'avoir un petit tropisme »
Temps de parole
- Clément Beaune62 %
- Présentateur16 %
- Présentateur 214 %
- ?4 %
- Auditeur2 %
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France Inter, Léa Salamé, Nicolas Demorand, le 7-9. Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin dans le grand entretien du 7-9, le secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes. Question, réaction amis auditeurs, au 01 45 24 7000, le standard vous attend. Clément Beaune, bonjour. Bonjour. Devant les députés européens réunis à Bruxelles hier, la présidente de la commission, Pierre Aski en parlait, Ursula von der Leyen a prononcé donc pendant plusieurs heures son premier discours sur l'état de l'Union Européenne, projet d'une Union Européenne de la Santé, lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, tension avec la Turquie, question des migrations, du racisme, le Brexit.
Le discours était dense et on va évidemment en décliner les points principaux avec vous. Mais dites-nous, pour commencer, vous qui incarnez le gouvernement français, comment avez-vous reçu ce discours ? Comment l'avez-vous trouvé ? Comment le qualifiez-vous ce matin ? Merci beaucoup d'en
parler d'abord, parce que ce que je regrette c'est qu'on en ait peu parlé. Nos chaînes de télévision, nos chaînes d'information continue, on peut trouver de temps pour un sujet qui était pourtant, qui est pourtant majeur. Et il
y
a, vous l'avez dit, on va y revenir, beaucoup d'annonces, beaucoup de projets. Et c'est un discours qui va se traduire par des législations, par des mesures concrètes, par un budget, par un plan de relance européen aussi. Tout ça, il faut en parler, parce que ce n
'est
pas des affaires étrangères ou des affaires lointaines, c'est des politiques dont on peut débattre, être pour ou contre, mais c'est un sujet extrêmement politique dont je crois qu
'il
faut que chacun ait conscience.
Comment vous
l'avez trouvé, vous
? Alors moi je l'ai
trouvé, c
'est
un discours, c
'est
le premier discours qu'on appelle État de l'Union, c'est
-à
-dire qui donne les grandes perspectives européennes pour l'année, qu'a prononcé Madame von der Leyen.
C
'est un très bon discours, je trouve, de vision.
Et
c'est un discours d'une Europe qui se réveille, parce que Madame von der Leyen a osé aborder d'abord les grands thèmes,
je
dirais, de souveraineté européenne, d'ambition européenne, le climat, les droits de l'homme, a défendu les valeurs européennes aussi. Donc je crois que c
'est
un discours qui est long, mais que chacun doit écouter au moins un petit morceau, parce qu'il y
a
beaucoup de choses sur le climat, vous l'avez dit, sur l'Europe de la santé.
C'est vrai
qu'elle a dit « réveillez-vous » en gros, comme Marine Le Pen sans parallèle, c'est le nouveau mot d'ordre de cette rentrée, j'ai l'impression, « réveillez-vous, vous êtes endormi, réveillez-vous », c'est
ça ? Moi je n'ai pas de problème avec
le parallèle, parce que je crois que si on veut se réveiller en tant que puissance, dans le monde, on le voit face aux grandes crises internationales, Russie, Turquie, face à la Chine, etc. le réveil doit être européen. Et moi je n'oppose pas les deux, je ne reprends
évidemment
pas les slogans, les thèmes de Mme Le Pen, mais je n'ai aucun problème à ce que projet contre projet, vision contre vision, sur l'Europe notamment, on dise que c'est par l'Europe que nous nous affirmerons.
Alors commençons, beaucoup de sujets, on l'a dit, discours long et dense. Commençons par le commencement, en tout cas l'un des commencements possibles, le Brexit. Chaque jour qui passe voit vraiment faiblir les chances de conclure un accord avec le Royaume-Uni, a dit hier Ursula von der Leyen, l'accord, je le rappelle, doit être trouvé d'ici la fin de l'année. Dites-nous si vous pensez qu'un accord est encore possible, ou si ce matin, Clément Beaune, vous êtes clairement pessimiste, on va vers le no deal.
Je
suis inquiet, oui,
mais je crois qu'un accord est encore possible, on veut le trouver, et il
y
a encore des semaines de négociations qui sont devant nous avec Michel Barnier, qui négocie pour les Européens.
Il
faut être clair, une absence d'accord est une mauvaise nouvelle, serait une mauvaise nouvelle, ce qu
'on
appelle le no deal. Pas d'accord à la fin de l'année, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'il y a des droits de douane, des contrôles stricts à nos frontières, pour les marchandises britanniques, etc. Ce n
'est
pas une bonne nouvelle pour nos pêcheurs, pour le tourisme en France, pour toute une série d'échanges commerciaux, et pour certaines régions, dans la France en particulier. Donc ce n
'est
pas ça qu
'on
souhaite.
Mais
je veux dire aussi, d'abord on s'y prépare. Il y aura encore des préparatifs, des financements, des mesures de soutien, au cas où, qu'on va préparer avec le gouvernement dans les semaines qui viennent, notamment pour la pêche. Mais je veux dire aussi qu
'un
mauvais accord, c'est-à-dire un accord qui céderait trop aux Britanniques, qui leur donnerait, pour faire simple, l'accès à notre marché, sans respecter nos règles, sanitaires, climatiques, etc. Ce serait bien pire. Ce serait bien pire parce que tout ce qu'on vient de se dire, j'ai une Europe qui s'affirme, tomberait. Ce serait la preuve que, finalement, l'Europe ne défend pas ses intérêts, ne défend pas ses citoyens, ne défend pas ses entreprises. Et moi je ne veux pas de ça, parce que c'est destructeur, et ça n'est pas l'intérêt de la France.
Vous pensez, vous êtes encore confiant ce matin, mais inquiet sur la possibilité d'un accord. Le Royaume-Uni est en train de dénoncer le premier accord signé qui définissait déjà les modalités du divorce. Ils ont signé le texte et ils sont en train de casser ce texte. Cet accord ne peut pas être modifié, négligé ou écarté unilatéralement à rappeler hier Van der Leyen. Pouvez-vous nous dire à quoi joue Boris Johnson en ce moment
?
Écoutez, seul lui peut le dire, pour être franc. Si c'est une tactique,
parfois
ce qu'on appelle dans une négociation la stratégie du fou, vous jetez tous les pions et puis vous faites peur à l'adversaire, ça ne marchera pas. Parce qu'à chaque fois, on le sait depuis trois ans, les Britanniques ont été tentés régulièrement par cette stratégie
agressive
ou provocatrice. Ça n'a jamais marché. D'ailleurs, je crois que c'est la force de l'Europe. Dans cette crise, parce que c'est une crise, le Brexit, elle a montré son unité. Ce n
'était
pas évident. Elle a montré son unité, même s'il y a des différences, des divergences, des nuances. Elle a montré son unité. Donc, je dis aux Britanniques, simplement, ça ne marchera pas. C'est une tactique arrêtée. Si c'est une volonté de quitter l'Europe sans accord, d
'aller
son chemin, c'est une mauvaise chose, mais il faut nous le dire. On est des amis, on est des alliés, il faut nous le dire. Et à ce moment-là,
on
se prépare, on organise les choses, on essaie de limiter les dégâts.
Mais
j'espère d'une certaine façon que c'est une tactique et que ça va cesser.
Parce
que c'est une mauvaise tactique et la démonstration a été faite la semaine dernière que nous n'étions pas divisés et nous n'étions pas faibles. Et je crois que c'est ça qui se joue dans le Brexit.
Alors, avant de parler de l'Union européenne, de la santé, qui est un projet devant nous, il y
a
des problèmes très précis de santé avec l'épidémie de Covid. Au Royaume-Uni, il existe une quatorzaine obligatoire pour ceux qui entrent dans le pays. En Espagne, pas de restrictions aux frontières. Pour l'Italie, obligation de test pour les ressortissants de certains pays, mais pas pour tous, pas pour d'autres. Belgique, test, quarantaine en fonction de votre point de départ. Est-ce que vous comprenez qu'on n'y comprenne rien, Clément Beaune ? Oui. C'est si difficile d'harmoniser des règles face à un même péril ? Alors, objectivement,
c'est une vaste confusion, il faut être honnête. Moi, je ne défends pas l'Europe en disant que tout va bien quand les choses ne vont pas bien. Donc, si vous
l'avez dit... Mais pourquoi
vous n'y arrivez pas ?
Vous êtes d'accord ? Non, non,
attendez, j'y viens. On essaie de faire un certain nombre de choses. D'abord, il est normal qu'il y
ait
des mesures différenciées, si je puis
dire.
Parce que c'est vrai aussi à l'intérieur des pays. D'une région à l'autre en Allemagne, d'un département à l'autre en France, ce ne
sont
pas les mêmes mesures. Pourquoi ? Parce que dans cette remontée de l'épidémie, on ne veut pas utiliser des mesures générales, confinement généralisé, etc. Donc, c'est normal qu'il
y ait
un effet un petit peu patchwork, si vous me permettez l'expression. Je crois qu'il faut le dire aussi, parce qu'il n
'y
aura jamais une carte d'Europe où ce sera les mêmes mesures partout. Ce n'est pas possible, ce n'est pas souhaitable. Maintenant, le fait que face au même sujet, au même problème, on n
'ait
pas les mêmes mesures, ça, c'est une énorme confusion. Et c'est une inefficacité européenne. Concrètement, ce qu'on fait, c'est à court terme, on essaie de limiter les problèmes. Donc, avec tous nos pays frontaliers, avec le Luxembourg, la Belgique, l'Allemagne, on fait en sorte que, par exemple, tous ceux qui travaillent, qui gagnent leur pain en allant traverser la frontière, en général, ils ne savent même plus qu'il
y a
une frontière, en Alsace, au Luxembourg, etc., de l'autre côté, qu'ils puissent y aller tous les jours. Et ça, c'est garanti, ça se fait aujourd'hui. Et puis, on essaye d'avoir les mêmes critères
pour
qu'une zone rouge, ça soit une zone rouge avec les mêmes critères dans toute l'Europe. Parce que, parfois, ce n
'est
pas les mêmes seuils, etc., vous l'avez décrit.
Ce sera
fait quand, ça
? La semaine prochaine, il
y a
une réunion que j'ai demandé des ministres d'affaires européennes sur ce sujet. J'espère qu'on aura un accord dès la semaine prochaine pour harmoniser ces critères.
Et
ça limitera ce que vous décrivez, M. Demorand, c'est-à-dire une forme
de
confusion européenne qui n'est pas souhaitable, évidemment. Mais, vous l'avez dit, l'Europe de la santé, s'il
y
a six mois, on était allé à Bruxelles en disant, les amis, on a une idée, on va faire l'Europe de la santé, on va harmoniser les critères face à une épidémie.
Il y
a neuf mois avant le Covid, tout le monde aurait ricané. Et vous m'auriez dit à ce micro, vous n'avez rien d'autre à faire que l'Europe de la santé. Parce que ce n'était pas l'urgence. Donc, face à la crise, on renforce l'Europe sur des sujets dans lesquels elle n'avait pas de compétences. Et je crois qu
'on
progresse.
Bof, bof. Pardon,
bof,
bof. Si on regarde, vous dites, il
y
a six mois, je serais allé en dix ans en faisant une Europe de la santé, on m'aurait rionné parce que ce n'était pas l'urgence. Même quand c'est l'urgence, en juillet dernier, c'est-à-dire on est en pleine crise du Covid, eh bien, je ne
sais
pas si on vous rionné, mais en tout cas, ça ne marche toujours pas puisque les dotations santé du dernier budget européen sont passées en juillet, malgré le Covid, de plus de 9 milliards à 1,7 milliard d'euros sur 7 ans. L'union de la santé vantée hier par Ursula von der Leyen, pardonnez-moi, on est loin, non ?
Alors là, c'est faux, pardon, il faut être précis. Parce que les 9 milliards, ils n'ont jamais existé. C'était une proposition de la Commission européenne.
Ah, oui. Ah, pardon.
Donc, c'était une proposition
de
la
Commission européenne qui,
finalement, s'est vue réduire à 1,7 milliard.
Je
ne rentre pas dans le détail, mais il
y
a des propositions de la Commission européenne, c'est négociation budgétaire, et donc la Commission européenne part toujours de haut parce qu'elle sait bien qu'après, c'est compliqué.
Enfin,
descendre si bas,
vous ne trouvez pas ça
trop bas ?
Je
trouve ça trop bas, je le dis, mais par rapport à aujourd'hui, il
y
a une augmentation du budget de l'Europe sur la santé. Il y a ce qu'on appelle aussi un mécanisme de protection civile. Ça paraît compliqué. C'est quoi ? C'est avoir des stocks communs, de masques, de tests, d'équipements de protection, de respirateurs. On va créer ça aussi.
Il
y
a
plusieurs milliards d'euros dans le plan de relance européen pour cela. Donc, c'est mieux qu'aujourd'hui, je veux quand même qu
'on
le dise, c'est plus qu'aujourd'hui en matière de santé. Et l'Europe de la santé,
c
'est de l'argent, mais c'est aussi ce qu'on évoquait, avoir les mêmes critères. C'est aussi, et c'est très important, on l'a fait en urgence, ça progresse vite les vaccins. Aujourd'hui, l'Europe signe en commun, au nom des 27, des contrats avec tous les grands laboratoires publics ou privés qui cherchent des vaccins pour que le jour où il y
a
un vaccin, on ait toutes les doses, plusieurs centaines de millions, pour tous les Européens, dans les premiers, pour ne
pas
qu
'on
soit à la traîne parce que les Américains ou les Chinois...
Il n'y
aura
pas de nationalisme sur...
Il n'y aura pas
de nationalisme exactement
sur les vaccins.
Il n'y
aura
pas de nationalisme des vaccins.
C'est-à
-dire
que s'il
y a
un laboratoire français qui trouve le vaccin, la France ne sera pas servie en premier.
L'Europe sera servie en premier et les Français seront servis en premier, mais pas au détriment des autres, ce sera en même temps parce que dans ces contrats, nous réservons les centaines de millions de doses. Il y
a
un premier qui a été signé, c'est 400 millions de doses qui ont été réservées par l'Europe, donc ça permet de couvrir les Français, les Allemands et les autres.
N
'opposons pas les uns aux autres. Grâce justement à cette action européenne,
on
va être servis en même temps. Si on l'avait fait que les Français ou que les Allemands, vous m'auriez dit il n
'y a
pas d'Europe
et vous auriez raison. Madame von der Leyen a fixé un objectif. L'UE doit être capable de diminuer d'au moins 55% et non plus seulement 40% ses émissions de CO2 d'ici 2030. Est-ce faisable, réaliste ou est-ce un vœu pieux, Clément Bonne
?
Je crois
que
c'est faisable et cette ambition d'augmenter notre cible, vous avez dit qu
'on
est aujourd'hui à moins 40% comme objectif pour 2030. La France le soutient de longue date. Concrètement, il
y a
aujourd'hui une étude d'impact qui va expliquer comment ça marche. Il faut être précis, secteur par secteur, les mesures qu'il faut prendre pour atteindre l'objectif qu'a présenté Madame von der Leyen, de moins 55%. Je souhaite qu
'on
puisse y arriver et ce sera une décision que prendront les chefs d'État et
de
gouvernement collectivement mi-octobre.
Sur
les migrants, la présidente de la Commission européenne rappelle les États membres à leur responsabilité et demande à chacun d'en prendre leur part. Angela Merkel prévoit d'accueillir en Allemagne environ 1500 migrants actuellement sur les îles de la Grèce après les incendies du camp de Moréa à Lesbos. La chancelière regrette que d'autres pays, notamment la France, n'en accueillent qu'une centaine. La France ne va accueillir qu'une centaine de mineurs isolés de Lesbos. C'est à peu près l'ordre de grandeur que vous avez annoncé, n'est-ce pas trop peu
?
Je tiens à signaler que la coordination européenne, c'est nous qui l'avons souhaitée avec l'Allemagne. Et je rappelle aussi que depuis le début de l'année, à trois reprises, la Grèce a sollicité notre solidarité et nous avons été présents. Au total, ce sont près de 1000 personnes, mineures notamment, qui, des îles grecques vers la France, parce qu'elles ont le droit à la protection, elles ont le droit à l'asile, seront accueillies par la France. Donc nous faisons un effort tout à fait comparable, j'y insiste, à l'Allemagne et nous l'avons coordonné.
La centaine que j'évoquais, c'est un supplément que nous sommes prêts à faire en réponse à la demande grecque pour les mineurs de Lesbos et du camp de Moréa. Je tiens à le dire, c'est très important. Depuis 2018, vous avez eu les cas aussi d'urgence des bateaux qui ont débarqué en Méditerranée, nous avons toujours une ligne constante.
Pas
de débarquement du bateau trop loin, parce que ça n'est pas la bonne réponse humanitaire. On ne
va
pas faire faire quatre jours de mer à des gens qui sont en détresse et qui risquent leur vie. Et donc,
c
'est pour ça que nous
sommes... Vous voulez dire
depuis que vous n'avez pas accueilli l'Aquarius ?
Mais oui, et je le dis parce que nous avons trouvé des solutions plus proches, mais la France a toujours dit qu'à chaque fois, elle prenait sa part pour la Grèce, pour l'Italie, pour Malte, de solidarité européenne et nous sommes le pays qui depuis 2018, dans ses cas d'urgence, a avec l'Allemagne le plus accueilli de personnes en détresse. C
'est l
'honneur de la France et nous l'avons fait, je tiens à le dire.
Ursula von der Leyen a proposé d'abolir le règlement de Dublin qui confie la demande d'asile au premier pays dans lequel le migrant est arrivé pour la Grèce et l'Italie. qui, par exemple, c'est intenable en raison de la géographie. Là, ce sont les cartes qui parlent d'elles-mêmes. Dublin sera remplacé par quoi, Clément Beaune ? Je ne
sais
pas s'il y aura un nom,
mais c'est vrai que ces accords ne marchent pas.
Il
faut être clair. Pour les auditeurs qui ne sont peut-être pas familiers, qu'est-ce que c'est en deux mots ? C'est ce que vous décriviez, c'est que le pays qui, par sa géographie est le plus proche, par l'Italie, la Grèce, des côtes de débarquement, prendrait toute la charge de l'accueil. Ça, ce n
'est
pas acceptable. On parlait des cas d'urgence. Il faut maintenant un mécanisme permanent. Nous le défendons. Et donc, nous disons qu'il faut que le pays d'accueil reçoive les gens qui débarquent
parce
que c'est le plus urgent et qu'ensuite, à chaque fois, tous les pays européens prennent leur part de l'accueil des réfugiés.
On
va filer au standard. Nombreuses questions ce matin. Commençons avec Didier. Bonjour et bienvenue sur Inter.
Bonjour, merci de prendre ma question.
Je
vous en prie. C'est la suivante. Je voudrais savoir pourquoi il n
'y a
pas de consensus européen par rapport aux tensions en Mitterrandée avec Erdogan. Et auparavant, je voudrais faire une petite parenthèse. Moi, j'ai vécu 10 ans aux Pays-Bas.
Je
voudrais souligner combien nos cultures sont différentes,
combien
les pays du Nord protestants fonctionnent très différemment de la France
et
pourquoi les militaires se retrouvent souvent tous seuls en France. On a l'impression que ces pays ne veulent jamais intervenir
parce
qu'ils ont peur que la France prennent un leadership par rapport à l'histoire, par rapport à l
'Intérieur
qui leur a laissé de très mauvais souvenirs. Moi, je crois qu'en toile de fond, ça existe tout ça.
Merci Didier pour cette question. Alors, précise sur la Turquie avec son arrière-plan historique et analytique. Clément Beaune vous répond.
Je
veux quand même dire un mot de l'arrière-plan parce qu'il est très intéressant. On parlait de puissance, on parlait d'unité européenne. à chaque fois,
c
'est un miracle
qu
'on arrive à s'entendre sur des sujets comme le Brexit. Je vais y revenir dans un instant sur la Turquie, etc. Nos histoires sont si différentes. On s'est entretués, on s'est entredichirés, on a des cultures littéraires, religieuses, politiques extrêmement différentes.
Et
donc, n'oublions pas cela aussi parce que parfois, ça explique pourquoi c'est compliqué de nous mettre d'accord et nous y arrivons quand même. C'est quand même ça, le miracle avec toutes
les
imperfections.
Sur la Turquie,
parce qu'on a l'impression pour reprendre ce que dit notre ami auditeur, l'Allemagne et les Européens du Nord ont l'air de beaucoup plus craindre au fond la Russie de Poutine que la Turquie d'Erdogan. N'êtes-vous pas un peu seul, Emmanuel Macron ? Pourquoi ce surinvestissement d'Emmanuel Macron contre Erdogan ? Est-ce que c'est une guerre ? Est-ce que c'est un affrontement Grèce-Turquie ? Ou est
-ce
que c'est un affrontement Macron-Erdogan
?
Non, on a un principe simple. On parle de souveraineté européenne,
on
parle de puissance européenne, il faut être cohérent. Quand vous avez un pays,
menacent
les chypriotes, les grecs, par des bateaux qui sont dans leurs eaux territoriales, par des survols du territoire, etc. Ils nous menacent parfois sur le plan migratoire, utilisent des migrants pour faire pression. Ça a été le cas en février à la frontière grecque. Tout cela, c'est une atteinte à la souveraineté européenne.
Qu
'est-ce que c'est que ce club européen si quand deux pays sont menacés par un voisin, deux pays membres de
l
'Union Européenne, on dit ça ne nous intéresse pas, discutons, dialogons. Donc c'est ça la logique du président de
la
République. C'est de dire fermeté, unité. Et tous les pays européens, vous l'avez dit, ne sont pas sur cette ligne parce qu'ils n
'ont
pas le même rapport à la puissance. Parfois aussi, pas le même rapport à la Turquie. Mais je crois qu'on s'est rapproché énormément. L'exercice militaire qu'on a mené en Méditerranée cet été, nous l'avons fait avec la Grèce et Chypre, avec l'Italie aussi. Nous avons un consensus européen pour dire que tant que la Turquie se comporte ainsi, nous ne pourrons pas avancer sur des coopérations en matière migratoire, en matière énergétique, etc. Et peut-être même qu'il y
aura
des sanctions de nouveau, il y
en
a déjà eu dans le passé, contre la Turquie si elle continue. Quand
?
Ça peut être dans les prochains jours. Nous verrons comment se comporte la Turquie avec des bateaux qui sont aujourd'hui dans les eaux chypriotes dans les prochains jours. Et il y a un Conseil européen qui réunit le président Macron et ses collègues la semaine prochaine. Ça pourrait être une des mesures si la Turquie continue sa provocation. On file au standard. Laurent, bonjour.
Bonjour.
Vous nous appelez de Paris. Oui, tout
à fait. Je vous en prie, allez-y. Une question très concrète pour le quotidien des Français. C
'est
quand arrivera-t
-on
à une majorité qualifiée pour tout ce qui a lieu de fiscalité et empêcher les paradis fiscaux que sont l'Irlande, le Luxembourg pour ne pas les citer
?
Merci Laurent. Clément Beaune vous répond.
C
'est
un vrai sujet. C'est un scandale européen.
Pour
être honnête.
C
'est un scandale européen parce qu'aujourd'hui l'unanimité en matière fiscale c'est une aberration. C'était un domaine de souveraineté absolue des États. Maintenant, quand on a la même monnaie, quand on a le même budget en partie, quand on coordonne nos politiques, etc., on ne
peut
pas avoir des blocages d'un ou deux pays sur la fiscalité. Donc on vit avec cette règle de l'unanimité. Je pense qu'il faut la changer. C'est clair. Nous l'avons dit. Mais en attendant, il faut qu
'on
progresse dans le cadre actuel. Et je prends le numérique. Il y a trois ans, on était tout seuls à dire qu
'il
faut une fiscalité du numérique. Maintenant,
il
y a 25 pays sur 27 qui sont prêts à avoir une fiscalité des grandes entreprises du numérique. Et j'espère qu'on pourra la voir dans les prochains mois. C'est d'ailleurs hier, il y
a
eu un vote important au Parlement européen
d
'une taxe européenne sur les GAFA.
Clément Beaune, beaucoup, beaucoup, beaucoup de questions sur l'appli inter, sur les réseaux sociaux, sur l'amour au temps du coronavirus. Pouvez-vous, Cécile, pouvez-vous parler des couples binationaux auxquels Clément Beaune et son collègue Jean-Baptiste Lemoyne ont promis un laissé-passer SVP ? Ce laissé-passer a été annoncé le 8 août et zéro délivré après près de 40 jours. Sarah, des milliers de couples binationaux non mariés demeurent dans l'impossibilité de se rejoindre en raison des restrictions de voyage imposées par certains pays en pleine pandémie. Le gouvernement a promis début août une solution dédiée. Toujours rien, il y
en
a plein comme ça. Lisa, au standard, membre du collectif Love is not tourism, exactement sur le même sujet. Son compagnon est colombien et vous n'avez pas respecté deux fois la promesse de créer un laissé-passer pour que les amoureux puissent se retrouver. Clément Beaune. Alors,
c'est effectivement un sujet qui est suivi par mon collègue Jean-Baptiste Lemoyne. Ce sont des couples qui sont séparés par le Covid parce que les frontières hors Europe
sont
fermées et qui n'arrivent pas à se retrouver parfois depuis des semaines et des mois. Je sais que ce sont des situations très douloureuses, très concrètes. On essaie de les traiter. Il
y a
une procédure qui a été mise en place début août. Elle n'est pas satisfaisante. C'est ça qu'ils disent tous. Elle n'est pas satisfaisante parce qu'elle est trop lente et elle n
'a
pas permis de répondre à ces problèmes. Donc, on a fait quelque chose de simple.
C
'est qu'il y avait plusieurs étages administratifs.
C
'était beaucoup trop compliqué. On a supprimé ça. Et j'espère qu'en fin de semaine, début de semaine prochaine, nous aurons les premiers laissés-passer. Je sais que c'est compliqué parce
qu'on n'a pas... Donc, vous
prenez l'engagement. Il vous écoute ce matin.
Fin de semaine, les premiers laissés-passer. avec mon
collègue Jean-Baptiste Lemoyne qui suit ce sujet et nous sommes engagés à accélérer cette procédure parce que ça a duré trop longtemps. Je le sais, je le comprends et nous faisons tout pour accélérer les délais.
À ce micro, l'eurodéputé écologiste Yannick Jadot a dit sur la 5G, je le cite, qu'il ne voulait pas de Huawei en Europe. Il y a un problème de sécurité de nos données qui est immense. À partir du moment où Huawei est une entreprise chinoise qui va construire les tuyaux et rendre compte en permanence à l'État chinois. Fin de citation. Que lui répondez-vous ?
Il
a raison d'avoir une méfiance à l'égard des entreprises chinoises notamment de Huawei. Et c'est ce que nous avons dit. D'ailleurs, là, il y
a
eu un consensus européen qui s'est forgé progressivement sous l'impulsion de la France et de
l
'Allemagne pour que le cœur de nos réseaux, ce qui sera la sécurité de demain pour les administrations publiques, pour les données des Français, des Européens, ne soient pas confiées à des opérateurs extérieurs, non-européens, qui portent atteinte à notre souveraineté. Je crois qu
'il
y a, en revanche, un raccourci qu'il ne
faut
pas faire. Ce n
'est
pas la 5G Huawei ou pas de 5G. On peut faire la 5G et protéger nos réseaux et nous protéger de Huawei. Donc, il ne
faut
pas utiliser l'argument de la souveraineté qu'on est les premiers à défendre
et
avant que M. Jadou en parle pour dire pas de 5G parce que ça,
ce
serait une erreur de souveraineté, de
stratégie. Mais sur
Huawei, vous êtes favorable à
ce
que Huawei...
On
a dit, on ne cible pas un opérateur ou un autre parce qu'il peut y avoir des problèmes avec d'autres opérateurs. Mais on a dit, pour la 5G en France, le cœur du réseau, ce qui porte atteinte à notre sécurité, protection des données, sécurité nationale, ne sera pas accessible à des opérateurs que nous ne validons pas et potentiellement Huawei.
Sur la Chine, Mike Pompeo, qui était à ce micro il y a deux jours, qui est le secrétaire d'État américain, a estimé que la répression des Ouïghours par les Chinois est la plus grande tâche sur les droits humains. Hier, la présidente de la Commission européenne a tancé les pays membres sur leur difficulté à prendre clairement position sur des cas flagrants d'atteinte aux droits de l'homme et à nos valeurs. Elle accuse les pays membres d'être trop frileux sur la question de la Chine, parfois de la Russie. Est-ce que vous êtes d'accord avec elle
?
Alors, qu'on soit frileux, que l'Europe habituellement soit frileuse en général, je l'ai dit, c'est malheureusement, ça a été trop longtemps le cas.
Est-ce que la France est trop frileuse
sur la question des
Ouïghours
?
Je ne crois pas, le président a eu des mots forts la semaine dernière encore et il y
a
eu un sommet Union européenne-Chine lundi dernier pour la première fois l'Europe, y compris publiquement, ça a été dit dans le communiqué que nous avons publié, a dénoncé ensemble, les 27 Unis, ce scandale humain, ces atteintes dramatiques, des cas de torture, des sévices insupportables contre les Ouïghours, nous l'avons dit haut et fort en européen. Et d'ailleurs, je crois que ça a été commenté, y compris par les Chinois, c'est la première fois que l'Union européenne, ensemble, a eu des mots sur le commerce mais aussi bien sûr sur les droits de l'homme, aussi clairs et aussi fermes vis-à-vis de la Chine.
Je crois que le temps d'une naïveté ou d'une complaisance vis-à-vis des grandes puissances qui nous
entourent est révolu en Europe. Daniel Kohn-Bendit plaide pour une fédération progressive franco-allemande et un siège franco-allemand partagé à l'ONU. C'était un texte publié par le quotidien Le Monde. Il rêve de voir 150 millions de Français et d'Allemands avoir la double nationalité. Vous lui dites quoi Daniel Kohn-Bendit ? Chiche
!
Non, je lui dis moi, je n'aime pas les mots de fédération parce que je crois que c'est compliqué que ça fait peur etc.
Vous voyez l
'idée ? Oui,
je
vois très bien l'idée et si c'est le rapprochement franco-allemand j'y suis extrêmement favorable. Moi, je ne crois pas en revanche que ce soit dans une forme de dilution du même passeport etc. qu'on fasse les choses. Je rejoins complètement Daniel Kohn-Bendit sur le fait qu'on doit faire des échanges culturels on doit apprendre la langue de l'autre on doit aller voyager travailler dans l'autre pays notamment en Allemagne etc. et nous l'encourageons mais je crois plus à ça qu'une espèce de grande fusion qui n'est pas mon approche de la diversité européenne.
Et le siège franco-allemand à l'ONU ?
Ça, je ne suis pas favorable à court terme pour être très clair parce que je crois que les choses marchent dans l'autre sens. C'est quand vous avez unifié vos politiques extérieures que vous avez une représentation commune sur un sujet aussi sensible. Si on fait ça aujourd'hui je crois que c'est un immense cadeau à l'extrême droite parce que ça sera instrumentalisé pour dire vous voyez ces gens-là ce sont les européens naïfs ils n'aiment pas la France ils veulent diluer tout ça ça n'est pas ma conception de l'Europe moi je crois à la force de l'Europe parce que ça renforce l'indépendance de la France.
Dans un grand texte dans la revue politique étrangère Clément Beaune vous proposez de mettre des visages de grands européens et de grandes européennes sur les billets de banque au lieu des représentations abstraites qui s'y trouvent quel visage ? Quel grand nom européen mérite son visage
sur
un billet
?
Alors d'abord je pense que ça serait une grande avancée parce que l'Europe est trop belle pour être représentée par de tristes fenêtres ou ponts qui ne parlent à personne sur nos billets.
Alors qui
? On pourrait imaginer Simone Veil on pourrait imaginer Erasme puisque nous parlions de déplacement Erasmus c'est quand même une des belles réalisations européennes et je pense que même des contemporains pourraient aussi donner un éclairage concret Jacques Delors qui est vivant qui est un grand européen pourrait aussi être un visage qui réunit et je pense qu'il faut que ça ne
soit
pas seulement des responsables politiques d'ailleurs des philosophes des intellectuels parce que l'Europe on n'y va pas par l'économie on n'y va pas par le marché on y va par la culture par
l'art On verra ces
nouveaux billets de banque de notre vivant ou pas ? Écoutez j
'espère mais vous
savez monsieur Demorand c
'est un
combat permanent non
mais moi je ne suis pas ni dans le cynisme ni dans la résignation il
y a trois mois je
suis dans la curiosité
en vous demandant ça je
ne
sais
pas vous que je fais ce reproche moi cette idée enseigné par l'âge bien sûr nous
ne
sommes pas si loin mais vous savez le plan de relance européen il
y
a trois mois on pensait que c'était impossible et certains se réjouissaient presque de cette impossibilité moi je crois qu'on doit mener ces combats y compris les plus concrets comme les billets en euros
On
note qu'il a cité deux français quand même
sur
trois Oui parce que moi j'assume d'avoir un petit
tropisme L'Europe c'est pas
je le dis encore la diffusion de la France mais il y en a plein d'autres Erasme n'était pas complètement français J
'ai dit deux français sur trois Je
sais encore
Clément Beaune merci beaucoup d'avoir été au micro d'Inter secrétaire d'Etat chargé des affaires européennes il est 8h48 Merci d
'avoir regardé cette vidéo
Clément Beaune