Budget, retraites, NFP... L'interview en intégralité d'Olivier Faure (PS)
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Il est 8h32 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Olivier Faure.
Bonjour Pauline de Malheur.
Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes le premier secrétaire du Parti Socialiste. Est-ce que le gouvernement sera tombé avant Noël ?
Mais c'est au gouvernement de répondre à cette question. Est-ce qu'il est prêt à des concessions ? Est-ce qu'il est prêt à avancer avec le Parlement ? Ou est-ce qu'il considère qu'il est là pour appliquer tout son programme et rien que son programme ?
Alors je vais vous reposer la question différemment. Est-ce que vous souhaitez que le gouvernement soit tombé avant Noël ?
Moi je souhaite que le gouvernement de la France soit conforme à ce que les Français ont adopté au moment de l'élection législative du mois de juillet.
Si vous, vous avez compris parfaitement et que la lecture était limpide.
Moi ce que je crois c'est qu'il y a une coalition qui est arrivée en tête, qui portait un projet. Et que nous avons aujourd'hui un gouvernement dont on dit qu'il est soutenu par un socle commun, qui n'est ni un socle ni commun. Et il suffit d'écouter ce matin votre chaîne pour comprendre qu'il n'y a absolument aucun point de convergence entre les uns et les autres.
On va y revenir, vous parlez sans doute du ministre de l'économie qui critique en réalité son propre budget dans les pages du Parisien. Le ministre des Transports, qui était mon invité sur RMC.
Le ministre de l'économie et des Finances. Et donc on a une forme de quoi qu'en stock permanent dans ce gouvernement.
Un quoi qu'en stock ? Vous l'avez préparé peut-être là ?
Non, en fait c'est une expression qui a déjà été utilisée. Et donc que je retrouve ce matin parfaitement justifiée. Avec un gouvernement qui ne sait pas très bien où il va, qui pourrait en réalité faire le jeu du Parlement. Je rappelle, pour que ceux qui nous écoutent comprennent bien, la gauche, elle a voté le budget. Ceux qui ont voté contre le budget en première lecture, c'est à la fois la majorité relative et l'extrême droite. Oui mais les choses sont très complexes.
Vous ne pouvez pas dire ça sans expliquer également que le budget que vous avez en effet voté, c'était un budget qui avait été largement remanié par vous-même. C'est-à-dire que ce budget ne correspondait plus au budget initial. C'est pourquoi le gouvernement, ou en tout cas la fragile majorité, si je puis dire, ou en tout cas ce socle commun dont vous dites qu'il n'a plus rien de commun, ne se retrouvait plus dans ce budget. C'est pour ça qu'ils ne l'ont pas voté.
Mais pardon, mais enfin le Parlement a voté. On a eu des débats longs, des débats pendant lesquels d'ailleurs les macronistes ont oublié de venir. Donc s'ils avaient quelque chose à défendre, il fallait qu'ils fassent autre chose que de s'absenter. Et moi ce que je ne comprends pas, c'est que quand on a des gens qui ne viennent pas dans le débat parlementaire, qui ensuite se permettent juste de faire la leçon à tous les autres, alors qu'ils ont été eux-mêmes sanctionnés à trois reprises par les Françaises et les Français, mais je pense qu'ils ne sont pas qualifiés pour dire aujourd'hui qui devrait faire avancer le budget. On va revenir sur plusieurs points de ce que vous dites.
Mais nous avons aujourd'hui un budget qui est possible. Il est possible de ne pas censurer le gouvernement à la condition qu'il entende le Parlement. C'est aussi simple que ça.
En fait vous dites, s'il demande à ce que l'on vote sur le budget tel qu'il a été remanié largement avec les modifications que le nouveau Front populaire a apportées, alors évidemment vous le voterez, c'est logique, ce sera votre budget en quelque sorte. Donc vous savez très bien ce matin, et tous ceux qui nous écoutent et qui nous regardent le savent, qu'il n'est pas question pour Michel Barnier de présenter devant le Parlement un budget avec lequel il est en désaccord. Il ne le fera jamais.
Mais alors pourquoi vous nous demandez à nous d'adopter un budget avec lequel nous sommes en désaccord ?
C'est pas à moi que vous vous adressez là, c'est au gouvernement.
Oui, au gouvernement bien sûr. Mais enfin, pourquoi est-ce que nous on devrait accepter un budget avec lequel nous sommes en désaccord profond et que nous on nous demande de ne pas censurer le gouvernement parce que nous sommes justement en désaccord ? Il y a quelque chose qui ne colle pas. En fait, si le Premier ministre est conforme à ce qu'il a déjà dit publiquement, qu'il était prêt à des compromis, qu'il était prêt à avancer avec le Parlement, et bien qu'il en fasse la démonstration et qu'il montre qu'il a compris ce que nous disions. Et donc, OK, peut-être qu'il ne faut pas prendre 100% de ce que nous avons voté nous-mêmes.
Mais faire une sorte de compromis ?
Ça supposerait quand même qu'il comprenne qu'il y a des recettes nouvelles à trouver, qu'on ne peut pas demander aux Français d'être ponctionnés comme ils vont l'être. Sans doute va-t-on parler du Congrès des maires, mais ce qu'il faut que chacun comprenne, c'est que ce que nous ne prenons pas, notamment aux plus riches, aux entreprises, eh bien on le prend aux Français. C'est le ticket modérateur qui va augmenter, donc vous paierez beaucoup plus cher quand vous irez chez le médecin.
C'est l'assurance chômage que les macronistes veulent encore réduire, et donc ce sont les chômeurs qui vont payer, les malades, les chômeurs, les retraités, les Français dans leur ensemble parce qu'ils veulent augmenter la taxe sur l'électricité. Vous voyez bien qu'il y a des choix à faire, et moi je préfère largement faire payer les grandes entreprises, faire payer les grandes fortunes, plutôt que de faire payer les Français dans leur immense majorité.
Quand on sait qu'il y a pendant 7 ans, les 500 familles les plus riches de France ont vu leurs fortunes doubler, passant de 600 milliards à 1 200 milliards, et on ne peut pas leur prendre 3 ou 4 milliards à ces pauvres gens, non mais de qui se moque-t-on ? On se moque des Français.
Donc on l'a bien compris, si le gouvernement revient à son budget initial, vous voterez la censure.
– Mais si le gouvernement revient à son budget initial, et même en réalité alourdit la facture pour les Français, parce que ce que je vois pour l'instant, c'est que les macronistes, et le ministre des Finances lui-même vient expliquer ce matin dans Le Parisien, qu'il souhaite en réalité faire encore, enfin peser davantage encore l'effort sur les Français, plus que sur les entreprises.
– En fait, vous dites exactement la même chose que le RN.
– Je ne sais pas ce que dit le RN.
– Le RN dit exactement ça. Il dit si on l'alourdit la facture pour les Français, si on ne fait rien pour le pouvoir d'achat, alors nous voterons la censure. C'est le même argument que vous. Jordan Bardella le disait lundi sur BFM TV, il le disait hier matin sur RMC, c'est le même argument. – Mais pardon ? – Et c'est la même censure.
– Mais non, mais attendez. Le RN, pour l'instant, ce qu'il a fait, c'est qu'il a systématiquement voté avec la majorité relative. C'est lui qui a empêché le retour d'un certain nombre d'impôts, notamment sur la fortune, parce qu'il a toujours protégé les puissants. C'est lui qui a voté contre le budget au final. Donc qu'il y ait des revirements de la part du RN, parce qu'opportunément, ils ont un problème maintenant avec la justice et qu'ils cherchent à faire passer…
– C'est pour ça que maintenant, ils menacent de censurer le gouvernement pour vous ?
– Ce que je vois, c'est qu'il y a un vrai changement de cap et de pied pour le RN et que jusqu'ici, ils ont soutenu le gouvernement et que maintenant que Marine Le Pen est frappée éventuellement d'une peine d'inégibilité, alors là, on les voit changer de cap et se mettre sur l'aigle de la censure. Moi, je n'ai pas changé d'avis depuis le début. Je défends les Français depuis la première heure. – Olivier Faure ?
– Et je ne veux pas que ce budget, ce soit un budget qui soit un budget qui vienne saigner les Français, qui vienne saigner les services publics, mais je veux au contraire qu'on puisse aller prendre l'argent là où il existe, auprès de ceux qui se sont constamment enrichis à travers toutes les crises.
– J'ai bien compris tout ça, mais Olivier Faure, je vous repose la question, s'il y a 49-3, il y aura motion de censure déposée par vos rangs, par un des groupes constitutifs du nouveau Front populaire, et vous voterez, y compris si le RN dit qu'il vote avec vous, vous voterez tous ensemble cette censure ? – Ça ne vous pose pas de problème ?
– Moi, ce que je dis, c'est que je me comporte par rapport à ce que je crois. Je n'ai pas besoin de savoir ce que fait le RN ou pas, nous avons déjà déposé une motion de censure et nous l'avons déjà votée, le RN ne l'a pas votée. Bon, très bien, c'est leur problème, ça n'est pas le mien. – Vous resterez cohérent, vous voterez la motion de censure. – Moi, je reste cohérent. Et donc, si le gouvernement passe en force avec un 49-3, alors même qu'il passe par-dessus tous les votes qui sont intervenus à l'Assemblée, c'est eux qui sont dans le déni de démocratie.
Et nous, le seul argument, le seul élément que nous ayons à notre disposition pour nous faire respecter, nous faire entendre, c'est de menacer effectivement de la censure.
– Menacer et la voter.
– Menacer et voter. Évidemment, s'il y a un 49-3, enfin, il faut quand même…
– S'il y a un 49-3, il y aura motion de censure et vous la rentrez, point bas.
– Vous avez une coalition qui est arrivée en tête, elle n'a pas été appelée au gouvernement. Vous avez un gouvernement qui vient, alors qu'un Premier ministre, qui est celui qui a été le plus sanctionné de toute l'élection, qui maintenant vient nous expliquer que c'est son budget, rien que son budget. et attendez, mais enfin, il y a quand même un moment où il faut arrêter et reprendre une chose dans l'ordre. Il y a quand même un problème de démocratie. Et la démocratie, c'est d'abord de respecter le vote populaire. Le vote populaire a tranché. Il y a maintenant des parlementaires qui ont eux-mêmes voté et qui ont, dans le débat parlementaire, permis d'avancer.
– Donc c'est Michel Barnier qui ne vous respecte pas, qui ne respecte pas le Parlement à vos yeux. Olivier Faure, si le gouvernement saute avant Noël, qui pour le remplacer ? Est-ce que c'est toujours Lucie Castet ?
– Mais il faudra que la gauche soit appelée au gouvernement, point. Et on verra. Mais vous avez bien vu que pendant des mois et des mois, nous avons cherché à faire rentrer à Matignon Lucie Castet. Le président en a décidé autrement. On ne va pas recommencer maintenant à polémiquer pendant des heures et des heures. On va attendre d'abord de savoir s'il y a une censure.
– Ah donc ça n'est plus Lucie Castet, votre candidat ?
– Ce n'est pas ce que j'ai dit. J'ai dit qu'il y avait un devoir pour le chef de l'État, c'est d'appeler la gauche à gouverner. – Vous n'allez pas lui refaire le coup.
– Ensuite, s'il vous appelle, vous n'allez pas lui dire « Attendez, on a besoin de trois semaines pour se remettre d'accord ».
– Non, il ne s'agit pas de dire qu'on va mettre trois semaines pour se remettre d'accord. Je dis simplement qu'on ne va pas non plus, dès à présent, commencer à avoir un nouveau chapitre sur Lucie Castet à Matignon, alors même que nous savons très bien. – Moi, je pensais que c'était une évidence.
C'est-à-dire que je pensais qu'ayant mis un mois à vous mettre d'accord, maintenant ça y est, c'était la candidat.
– Il n'a pas mis un mois, il n'a mis 15 jours, mais enfin peu importe.
– Ressentis un mois.
– Ressentis un mois.
– Vous le reconnaîtrez.
– Oui, avec un président qui a mis lui-même plus de deux mois à nommer Michel Barnier. Donc là-dessus, je crois que si on met les pendules à l'heure, le Front populaire s'est plutôt bien comporté. – Oui, mais enfin, une fois que vous avez pris cette décision… – Moi, je ne veux pas lancer ce matin un débat sur Lucie Castet, alors même que nous savons très bien que le chef de l'État à chaque fois a fait ce qu'il voulait. Moi, je dis simplement qu'il y a une règle, qui est la règle républicaine, et qui est d'appeler la coalition qui est arrivée en tête, et donc il doit appeler le Front populaire.
– Ce que je comprends malgré tout, Olivier Faure, ce matin, c'est que Lucie Castet n'est pas votre candidate automatique.
– Lucie Castet elle-même a dit qu'elle restait à la disposition du chef de l'État et du Front populaire, mais qu'elle ne voulait pas être en permanence celle qu'on balade, etc. En fait, la réalité, c'est qu'il faut que le Front populaire soit appelé, et bien sûr que dans tous les cas de figure, Lucie Castet jouera un rôle, bien sûr.
– Elle jouera un rôle, mais pas forcément comme candidate au poste de première ministre.
– Ce sera, on verra en fonction de ce que le chef de l'État décide, mais ce que je veux, moi, c'est qu'il y ait demain un gouvernement du Front populaire.
– On recommence quoi. – On ne recommence rien du tout.
Mais non, si le président de la République appelle Lucie Castet, il aura ma bénédiction.
– Mais vous vous dites, s'il appelle en disant « qui prenez-vous chez vous », ben là, vous rouvrirez les négociations, vous rouvrirez les discussions.
– Le problème, ce n'est pas ça, c'est qu'il ne dira jamais ça. C'est toujours lui qui a fait, en fait, ses propres choix, puisqu'il a le pouvoir de nommer le Premier ministre.
– Ça, c'est en cas de nouveau gouvernement. Mais il y a une autre option qui est sur la table, qui serait d'une présidentielle anticipée, si constatant qu'aucune majorité n'est capable de se distinguer, que ce soit au centre droit ou du côté de la gauche, et qu'Emmanuel Macron décidait de provoquer des présidentielles anticipées en démissionnant. Alors, est-ce que vous seriez prêt ?
– On serait prêt, parce que de toute façon, il faudra l'être s'il y avait une présidentielle anticipée, ce que je ne crois pas. Et je ne suis pas sûr non plus que ce soit la bonne solution. – D'autres, chez vous, le croient.
Jean-Luc Mélenchon considère que c'est d'ailleurs une évidence.
– Oui, j'aurais noté que je ne suis pas Jean-Luc Mélenchon.
– Ah oui, j'ai remarqué.
– Donc, chacun dans son point de vue. Moi, ce que je crois, c'est que nous avons là une opportunité, en réalité. De cette situation assez paradoxale, je pense qu'il y a à tirer une opportunité. Avoir un Parlement qui fonctionne. Moi, je ne suis pas un forcené de la Vème République. Je ne pense pas que tout vienne à chaque fois du chef de l'État et qu'il y aurait un homme ou une femme providentielle qui réglerait tout d'un coup de baguette magique. Je crois au contraire qu'il faut rentrer dans une démocratie adulte, avec un Parlement qui fonctionne, qui est écouté.
Et donc, la réalité, c'est que toute la gauche, depuis longtemps, maintenant, parle en réalité de faire évoluer la Vème République, d'aller même vers une VIème République. Cette VIème République, c'est quoi ? C'est une République plus parlementaire, une République où on écoute le Parlement.
– Vous dites, ce n'est pas souhaitable. C'est-à-dire que vous, aujourd'hui, vous estimez qu'une présidentielle anticipée, qui en réalité, quand on discute avec les uns et les autres, on comprend bien que c'est aussi ce qu'ils ont en tête. Effectivement, Jean-Luc Mélenchon le dit d'ailleurs de manière tout à fait ouverte. Il pense que c'est un des scénarios sur la table, et il estime d'ailleurs que c'est un scénario souhaitable. C'est aussi ce qu'estime, en réalité, le RN, même s'il n'appelle pas à la démission d'Emmanuel Macron. Mais ils disent tout de même que c'est lui qui a mis le pays dans cette situation, et que c'est donc lui qui doit en tirer les conséquences.
Vous, aujourd'hui, Olivier Faure, vous estimez que ce ne serait pas souhaitable.
– Moi, j'estime que nous avons une opportunité aujourd'hui, c'est de faire vivre le parlamentarisme, et que nous avons une opportunité de faire en sorte que nous rentrions dans une démocratie adulte, comme dans toutes les démocraties européennes. Et que c'est une possibilité de ne pas avoir toujours ce choix ultime qui devrait dominer la vie politique française, qui rend malade la plupart des femmes et des hommes politiques, qui ne pensent qu'à une seule chose, c'est à l'élection présidentielle. Moi, je crois au contraire qu'il faut faire en sorte de faire vivre le parlement.
– Non, mais je trouve ça très beau comme idée. – Mais ce n'est pas beau, ça marche. – Il y a quand même un moment où il va falloir être réaliste.
– Mais le réalisme, c'est quoi ? Le réalisme, c'est que vous pensez sérieusement que, quand on aura élu un nouveau président de la République, il va pouvoir régler tous les problèmes de la France.
– Je dis simplement que s'il y a des élections anticipées, et qu'elles ont lieu dans un mois, il vaudrait mieux que vous vous prépariez. – Mais ne vous inquiétez pas, ne vous inquiétez pas. où Jean-Luc Mélenchon, à 8h02, après l'annonce d'Emmanuel Macron, va prendre la parole et va annoncer qu'il est candidat, et vous, après, vous allez dire, « Ah, vous avez encore diffusé Jean-Luc Mélenchon, un peu trop tôt sur les télés, vous ne nous avez pas écoutés. »
– Mais je ne vois pas très bien à quoi vous faites allusion.
– Moi aussi, vous l'avez dit plusieurs fois à mon micro, vous m'avez souvent dit que le 8h02, il disait « Nous avons gagné ».
– Oui, parce que vous faites toujours le choix de celui qui fait le buzz.
– Ce n'est pas le buzz, c'est juste qu'il sera prêt avant vous, et il aura bien raison de s'être préparé avant vous.
– Mais ce n'est pas une question d'être prêt. C'est là, en l'occurrence, quand vous parlez de 20h03 le 7 juillet, en réalité, il y a un choix qui est fait à chaque fois par les médias, de considérer que celui qui parle le plus haut et le plus fort à gauche est forcément celui qui doit dominer la gauche. Moi, ce que je vous dis, c'est que ce n'est pas le cas aujourd'hui.
– Mais s'il dit « Je suis candidat pour la gauche », que direz-vous ?
– Je dirais qu'il y a d'autres candidats à gauche et qu'il n'y a pas de gens qui puissent s'auto-proclamer à gauche. Et moi, ce que je plaide, c'est le fait que pour la prochaine élection présidentielle, il y a un choix qui soit collectif et démocratique. Et que ce ne soit pas X ou Y qui disent « parce que je le vaux bien ». Non, personne ne le vaut bien. Ce que je souhaite, moi, c'est que nous puissions rassembler les forces de la gauche pour permettre de donner une chance d'être d'abord au second tour, puis de l'emporter, ce qui n'est pas encore gagné.
– Olivier Faure, dans ce budget dont on sent bien qu'il évolue presque heure par heure, il y a notamment la question d'une TVA sociale, il y a la question du moindre remboursement des médicaments. Et il y a, on l'a entendu ce matin, un ministre de l'Économie qui, dans le même temps, dit qu'il y a des impôts qui seraient des impôts de trop. Qui est-ce que vous écoutez là-dedans et qu'elle doit être la priorité ?
– Mais d'abord, c'est quand même incroyable. Ce ministre qui a présenté lui-même le budget, qui maintenant vient nous expliquer qu'il préfère son parti au pays. Parce que c'est ce qu'il dit dans le Parisien. Il dit « moi, je préfère être d'accord avec Gabriel Attal plutôt qu'avec le Premier ministre et même en réalité en contradiction complète avec ce qui a été le récit du gouvernement. »
– Il est en contradiction avec son propre Premier ministre. Et effectivement, il le dit dans le journal Le Parisien ce matin.
– Oui, et quand il dit qu'il y a un impôt de trop, il parle de qui ? Il parle d'un autre ministre qui, lui, veut taxer les entreprises sur la question de la mobilité.
– En l'occurrence, le ministre des Transports, qui donc était l'invité de 7h40 sur RMC. – Absolument. – Et qui, à mon micro, a vertement réagi, estimant que le ministre de l'Économie n'avait pas à s'exprimer comme ça hors des discussions gouvernementales et qui a surtout maintenu sur RMC cette taxe, la taxe sur la mobilité qu'il va demander aux entreprises pour pouvoir payer davantage les questions de transport en commun. Cette taxe qui était donc ciblée par le ministre de l'Économie.
– Et donc à quoi assiste-t-on ? On assiste à un ministre de l'Économie qui sent sur son Premier ministre, et à un ministre des Transports qui sent sur son ministre de l'Économie. Enfin franchement, on est dans une situation assez baroque. Donc si ces gens voulaient vraiment gouverner, s'ils étaient vraiment prêts, s'ils étaient avec un socle commun, ils ne se comporteraient pas comme ils se comportent aujourd'hui. En réalité, nous sommes dans une forme de chienlit gouvernemental et moi ce que je souhaite, c'est de la stabilité. Je souhaite au contraire qu'on puisse avoir un programme qui permette de dérouler et de faire en sorte que nous puissions avoir un pays qui est bien gouverné.
On en est loin aujourd'hui.
– Il y a une question qui va se poser très vite. Jeudi prochain, la question de la réforme ou de l'abrogation de la réforme des retraites, c'est une niche parlementaire de vos compagnons de route, le LFI, qui veulent abroger la réforme des retraites. Ça, vous êtes d'accord ? – Absolument. – Sauf que dans ce texte qu'ils proposent au Parlement, ils vont beaucoup plus loin que vous, puisqu'ils ne veulent pas juste abroger la réforme des retraites Macron, mais également la réforme des retraites précédentes, c'est-à-dire celle de Marisol Touraine et de François Hollande. Est-ce que vous mettez à la poubelle la réforme que vous-même, le Parti Socialiste, aviez souhaitée ?
– Non. Qu'est-ce qui va se passer ? Nous allons nous-mêmes déposer un amendement qui va supprimer cette partie du texte que proposent LFI. Pourquoi ? – Ils sont d'accord ? – Mais ils ne sont pas d'accord, puisqu'ils ont même proposé d'aller jusque-là.
– Vous faites un peu penser au ministre de l'Économie et au ministre des Transports, voyez ou pas ?
– Pas du tout.
– Ah bon ?
– Non, non, pas du tout.
– Parce que vous allez soutenir une partie, mais leur couper une autre partie.
– Mais il y a un débat parlementaire, et il est logique, nous ne sommes pas dans la majorité, et il est logique de dire des choses, et je vais vous expliquer pourquoi. – Allez-y. – Moi, philosophiquement, je n'ai pas de problème, si demain on pouvait dire que les gens partent à 60 ans, à 59 ans, à 55 ans, selon les métiers, etc., j'y serais évidemment philosophiquement favorable. Simplement, nous avons à abroger la réforme des retraites de Mme Borne. C'est déjà 15 milliards d'euros à trouver. Vous voyez bien la situation dans laquelle nous sommes et les défis auxquels nous sommes confrontés.
Parce qu'il n'y a pas seulement les retraites, il y a aussi la transition écologique, il y a aussi le pouvoir d'achat des Français. Et donc, moi, ce que je dis, c'est qu'on ne peut pas tout mettre sur la table comme ça. Et d'ailleurs, le projet que nous avons voté, signé ensemble du nouveau Front populaire, se limite à dire que nous allons abroger la réforme Borne et que nous verrons ensuite...
On peut le dire, parce que c'est vrai que dans votre programme commun, ça n'allait que à Borne, ça n'allait pas au-delà. Et en fait, ils ont glissé ça.
Je me réfère au programme commun que nous avons signé ensemble. Et c'est la raison pour laquelle je suis fidèle à ce que nous avons dit à nos électrices et à nos électeurs. Et c'est pour ça que je déposerai un amendement qui permet de dire que nous abrogeons la réforme Borne, mais que nous n'allons pas jusqu'à la réforme Touraine, parce que ce serait, là, en réalité, se mettre nous-mêmes en difficulté, parce que nous n'avons pas les ressources suffisantes pour y parvenir à ce stade. Peut-être un jour, nous y parviendrons, mais ça supposerait d'abord d'être au gouvernement, de travailler, à faire entretenir une nouvelle cotisation.
Je remarque au passage que vous reconnaissez donc à la réforme des retraites de Mme Borne une utilité. L'utilité d'avoir économisé 15 milliards d'euros.
Mais je n'ai jamais dit le contraire. Je n'ai jamais dit qu'il n'y avait pas de réforme à produire. J'ai toujours dit que ce n'était pas la bonne réforme, notamment avec cet âge pivot, qui est un âge qui, en réalité, conduit des gens qui ont déjà leurs annuités de cotisation à travailler encore pour les autres, sans eux-mêmes rien toucher de cet effort supplémentaire qu'ils ont à produire. Donc évidemment, c'est une réforme qui est profondément injuste. Et c'est la raison pour laquelle je souhaite l'abroger.
Non à la réforme Borne, mais pour l'instant, en tout cas, maintenir la réforme Touraine. Merci Olivier Faure d'être venu ce matin dans le Face à Face. Vous êtes le premier secrétaire du Parti Socialiste. Il est 8h52 sur RMC et BFM TV.
Olivier Faure