Dominique Voynet, députée "Écologiste et Social" du Doubs | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
A douze ans, elle a fondé un club tiers-monde dans son collège. Elle a été maire, sénatrice, ministre, deux fois candidate à la présidentielle. Mais en 2014, mon invitée s'est retirée de la vie politique.
Elle a fait son retour dix ans plus tard comme députée du groupe écologiste à l'Assemblée. Générique Bonjour, Dominique Voynet. -Bonjour. -On ne pensait pas vous voir de retour en politique tant vous étiez apparu écoeuré et éprouvé par votre mandat de maire de Montreuil dix ans plus tôt.
Vous aviez fait vos adieux en 2014, donc au terme d'un mandat vraiment très dur pour vous. On va réentendre la Dominique Voynet de l'époque sur France Inter. -La politique, ça ne peut pas être une sorte de "fight club" où le seul objectif, c'est de traîner l'adversaire dans la poussière, lui faire rendre gorge, l'humilier, le détruire.
Ca doit être porter un projet. Mais j'ai envie de dire, la vie politique doit changer. On prétend dénoncer la corruption et il y a tellement, effectivement, de corrompus qui sont réélus.
On prétend dénoncer le cumul des mandats et il y a tellement de cumulards qui tiennent le haut du pavé. -On sent que vous étiez vraiment au bout du rouleau à l'époque. -J'ai adoré ce mandat, en fait. -Oui, mais ça a été trop dur au point que vous renonciez à la politique.
Est-ce que vous diriez que vous étiez en burn-out politique à ce moment-là ? -Non, je ne suis pas une femme faible. -Etre en burn-out ne veut pas dire être faible -Oui, mais je me suis dit que pour être réélue, je devais faire des alliances qui me répugnaient.
Et donc, j'ai refusé de les faire. Et j'ai utilisé ma colère, mon dégoût pour dire les choses en espérant que ça change un peu. -Donc cette violence ne vous a pas affectée personnellement ? -Si, mais j'ai eu la chance d'avoir une famille, des amis qui ont toujours été très proches.
J'ai choisi de ne pas avoir une frontière étanche entre ma vie à moi et ma vie publique. Et ça m'a aussi beaucoup aidée, à la fois comme corde de rappel vers la réalité, mais aussi comme pansement que ça allait moins bien. -Alors à l'époque, vous avez dénoncé la violence en politique, la corruption, les baronnies, le clientélisme.
Vous avez le sentiment que les choses se sont améliorées de ce point de vue aujourd'hui ? -Alors, je ne regarde pas dans toutes les directions, mais ce que je vois à l'Assemblée n'est pas extraordinairement positif. J'ai l'impression que la vie politique s'est plutôt durcie, qu'on se caricature nous-mêmes dans des formules à l'emporte-pièce qui sont plus faites pour les réseaux sociaux que pour convaincre et pour construire des majorités. -Pendant dix ans, vous avez travaillé à l'IGAS, l'Inspection Générale des Affaires Sociales, vous avez ensuite dirigé l'Agence Régionale de Santé à Mayotte. -Je l'ai créée.
Vous l'avez créée. Vous expliquez que vous vous êtes représentée aux législatives de 2024 pour faire barrage au RN, le Rassemblement national. Est-ce que ce n'est pas aussi parce que la politique vous manquait ? -Non, pas vraiment. -Ca ne vous a pas manqué ? -Pas vraiment.
Je suis restée investie en politique. Je suis restée membre de mon parti. J'étais engagée comme secrétaire régionale des écologistes en Franche-Comté.
Mais c'est vrai que c'est les écologistes de Besançon qui sont venus me chercher, qui m'ont dit : "On a vraiment peur qu'un extrémiste de droite gagne cette fois-ci la circonscription." Et je me suis sentie cette responsabilité. -Vous êtes donc aujourd'hui députée du Doubs.
Le Doubs, c'est là où tout a commencé pour vous, dans le militantisme associatif au début. Amnesty International, les Amis de la Terre, l'association Bellefontaine, de protection de la nature, et puis cette radio libre, Radio ondes rouges, tout ça dans les années 70. Est-ce qu'il y a un événement ou une cause précise qui a déclenché votre prise de conscience écologique et sociale ? -Mon père était maire d'une petite commune et j'ai eu l'occasion d'entendre pas mal de politiques quand j'étais enfant.
Et j'étais assez impressionnée par les grandes phrases, "Mon cher collègue, mon cher ami...".
Et j'avais l'impression que ces gens parlaient beaucoup et faisaient peu. Et puis, j'ai été amenée à m'engager pour la protection de l'eau et contre la destruction de la Vallée du Doubs par un projet de grand canal à grand gabarit. Je suis d'ailleurs assez fière qu'on ait gagné après 20 ans de lutte, quand même ! -C'est vous en tant que ministre, quelques années plus tard, qui avez un peu enterré le projet. -C'est ça.
Mais alors, quand je me suis représentée aux législatives, beaucoup d'années ensuite, j'ai retrouvé énormément de gens que cette lutte avait marqué et pour lesquels elle avait été, finalement, une façon de devenir citoyen. Et j'ai trouvé ça formidable. -Petit à petit, vous avez cherché des débouchés politiques à cet engagement. -Très vite. -C'est arrivé très vite.
Vous êtes présentée au municipales à Besançon en 1982. Et un an plus tard, vous avez contribué au rassemblement des écologistes au sein d'un même parti. On va voir une archive de vous à cette époque. -Au cours du week-end à Cirey-lès-Bellevaux, aura lieu la fondation des Verts.
Les Verts, ça se veut le mouvement écologiste unifié. -Jusqu'à présent, beaucoup de problèmes là-dessus ? -Oui, parce que... -L'unification ? -Oui, parce que les appareils constitués n'ont pas forcément intérêt à l'unification.
Ce que nous aimerions faire au cours du Congrès, c'est les réduire au rôle de simples croupions débordés par les militants qui ont envie que ça avance et qu'on soit plus efficaces. -Il y a une faute sur votre nom de famille, vous avez remarqué ? -Non, par contre, le look, le look baba cool, c'est assez drôle, mais le journaliste a le même look. -On vous sent encore un peu timide dans le ton, dans la voix, mais alors sur le fond, pas du tout.
Vous qualifiez les parties de simples croupions, comme ça ? -Vous savez, j'ai utilisé ça à plusieurs reprises. Quand j'avais des amis que je trouvais convaincants, engagés, solides, qui hésitaient à s'engager, je les emmenais à des séances du conseil régional, á l'époque.
Et je leur disais : "Ecoute 15 minutes, tu vas voir si tu n'es pas capable de faire mieux." -Dans cet archive, vous évoquez la création des Verts. Quel rôle est-ce que vous avez joué dans la création de votre parti ? -Avant même la création des Verts, on a essayé de s'organiser sur une base régionale.
On ne voulait pas un Parti très hiérarchique, dirigé de Paris. J'ai organisé avec d'autres la Fédération écologiste de Franche-Comté. Et puis, j'étais une des rares femmes.
A l'époque, il n'y avait pas la parité. Les hommes ne s'arrêtaient pas de parler quand une jeune femme un peu timide prenait la parole. Donc, j'ai appris aussi à m'imposer dans ce monde de gars qui n'étaient pas très attentifs, qui n'étaient pas très féministes.
Et donc, c'était en 1982, on a donc monté cette fédération régionale, puis, en 1984, ça a débouché sur l'unification. -Alors, dix ans après la fondation des Verts, c'est vous qui avez mis fin à la ligne du "ni droite ni gauche" qui était portée par Antoine Waechter, qui était donc, à l'époque, le numéro un de votre parti. Vous l'avez mis en minorité au Congrès de Lille.
Si les Verts sont à gauche, c'est à vous qu'ils le doivent ? -C'est parce qu'il y a eu une majorité de militants qui étaient convaincus que ça devait se faire. Mais ça a vraiment été un travail d'équipe.
On avait appelé ça les Verts au pluriel. Il nous semblait déraisonnable de n'entendre qu'une seule voix. D'ailleurs, on n'a pas entendu que la mienne après.
On a joué plus collectif, je crois. -La bataille de ce congrès a été très rude, au point qu'Antoine Waechter vous a qualifié après de "catcheuse". "Dominique Voynet, c'est une catcheuse." On dit ça en général des gens qui ne respectent pas les règles en politique, un peu comme Donald Trump.
Est-ce que c'est votre cas ? -Qui écrit les règles ? Des mecs ? -Il acquiesce Vous vous en affranchissez. -Un homme qui se défend et qui défend ses idées, on va trouver qu'il a du courage.
Une femme, ce n'est pas ça. Vous voyez ce que je veux dire ? -En 1984 vous avez été la candidate des Verts à la présidentielle, vous avez réalisé 3,3 %.
Vous avez remis ça en 2017, là vous avez fait que 1,57 %. Quelles leçons avez-vous tiré de ces deux campagnes pour l'écologie politique ? -Alors, dans les deux cas, j'ai bien eu conscience du fait qu'il ne s'agissait pas de gagner, mais plutôt de porter des idées dans le débat public qui ne l'auraient pas été si on n'avait pas eu de candidature écologiste.
La deuxième fois, ça intervient juste après l'élimination stupéfiante de Lionel Jospin, dès le premier tour de la présidentielle en 2002. Et donc, on sait qu'on y va pour faire un mauvais résultat. -Oui, il y avait le vote utile à gauche pour éviter de relivre la même chose. -Mais oui, donc on porte des idées, on sait que ça va être ingrat, que ça va être désolant, et la campagne l'a été de A jusqu'à Z. -Vous évoquez Lionel Jospin, il a une place importante dans votre parcours politique.
En 1997 il vous propose de participer à son gouvernement de gauche plurielle. Vous devenez ministre de l'Environnement et de l'Aménagement du territoire. Ca n'a pas été un long fleuve tranquille pour vous, ces années comme ministre.
Plus tard, vous avez dit : "Je revendique l'inconfort des responsabilités." Qu'est-ce que vous entendez par là ? -D'abord, si on veut ne rien faire comme ministre, flatter chacun dans le sens du poil et obéir simplement aux arbitrages de Matignon, on n'a pas de problème.
Moi, j'ai choisi de me battre pour mes idées. Donc, Lionel Jospin m'a parfois donné raison, parfois pas. On était un gouvernement pluraliste dans lequel il y avait cinq forces politiques et on a tenu pendant des années ensemble parce que la méthode était acceptable.
On débattait avant... -C'est un message au Nouveau Front Populaire ? -Bien sûr, on débattait avant que Lionel Jospin n'arbitre.
Et on respectait son arbitrage parce qu'on avait le sentiment d'avoir été écoutés et respectés et entendus dans nos arguments. -Dans ce gouvernement, vous êtes celle qui a cristallisé les réactions les plus violentes. Votre bureau de ministre a été dévasté au sens propre du terme par des agriculteurs.
Je crois que vous-même, personnellement, vous avez été frappée au visage dans la rue par des chasseurs. -Alors, j'ai été frappée au visage par des hommes avec lesquels j'avais engagé le dialogue. Et en fait, je pense qu'ils n'avaient pas les mots pour me répondre.
C'était des gens très frustres. A l'époque, j'ai choisi de ne pas porter plainte contre ces gars. J'ai compris qu'ils avaient deux cents mois à leur disposition, qu'ils étaient assez rustiques, on va dire.
Et donc, je ne leur regrette pas. -Et comment vous l'expliquez ? C'est vous, c'est la cause que vous portez, votre façon de faire de la politique ? -Regardez ce qui se passe en ce moment.
Les "call bashing" tous les jours. Comme si finalement, on accuse le Green Deal d'être responsable du marasme des agriculteurs, mais il n'est pas encore en vigueur donc ça ne peut pas être ça. Et c'est pourtant ça qui s'impose dans l'opinion. -Enfin, vos adversaires vous ont reproché souvent une forme de brutalité.
Vos partisans admiraient votre franc-parler. On n'a rien vu de tout cela depuis que vous êtes revenue à l'Assemblée. Pourquoi ? -Peut-être que j'ai pris de l'expérience.
Disons qu'il y a eu une phase dans laquelle le simple fait de parler d'écologie, c'était déjà violent pour ceux qui n'avaient pas envie, qui considéraient que le progrès, c'était consommer de plus en plus d'énergie, se déplacer de plus en plus en voiture et produire de plus en plus de biens de consommation éphémères. Donc c'est vrai qu'on a beaucoup dérangé des équilibres installés. -Votre discrétion aujourd'hui à l'Assemblée est-elle liée aussi au fait que vous avez déclenché une levée de bouclier dans votre propre parti du côté des écoféministes, Sandrine Rousseau, notamment, qui vous reproche d'avoir soutenu Denis Baupin ? -Je ne l'ai pas soutenu Vous savez, c'est quand même rigolo, ça fait cinq ans et ça continue à me suivre. -Ca a déclenché des réactions quand vous êtes revenue sur le devant de la scène.
Je le rappelle, Denis Baupin, accusé par Sandrine Rousseau et plusieurs femmes d'agression sexuelle, de harcèlement. Et vous êtes venue témoigner à la barre. -J'ai été citée à comparaître comme témoin et je suis allée dire ce que j'avais vu.
Et il se trouve que j'ai été citée à comparaître pour deux situations qui relève de l'époque où Denis Baupin travaillait dans mon équipe au ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement, donc c'était des faits qui avaient plus de dix ans d'âge. Et j'ai dit ce que j'avais vu et su à ce moment-là. Ca n'a pas convenu.
La belle affaire. Je n'ai pas l'intention, cinq ans après, de continuer à vivre là-dessus. Je suis même un peu étonnée que vous me reparliez de cette affaire. -C'est ressorti dans la presse. -Je ne suis pas discrète.
J'essaie de faire mon job et je considère que les vociférations, les glapissements dans l'hémicycle ne servent pas le travail qu'on fait. Vous venez d'une génération où il était interdit d'interdire. L'après-Mai 68 a marqué votre génération.
Vous vous retrouvez aujourd'hui face à une génération militante nouvelle, la génération MeToo, on peut dire, qui combat le patriarcat, qui combat toutes les formes de domination. Comment ça se passe entre vous et cette nouvelle génération ? Est-ce que vous vous trouvez dans l'écoféminisme ?
Est-ce que vous défendez la même écologie ? -Je suis féministe dans ma vie quotidienne, je suis féministe dans mon engagement, mais je ne me sens pas obligée de reprendre les mots, les concepts des écoféministes. Et en plus, pour moi, c'est un combat du quotidien. -On va conclure l'émission avec notre quiz habituel.
Je vais vous proposer des débuts de phrases et vous allez devoir les compléter. "Avoir eu un enfant à 18 ans..." -C'était un choix.
C'était un choix parce que j'avais à l'époque les quatre mois de vacances annuelles des étudiants. J'en ai bien profité, j'ai emmené ma fille partout. Elle l'a peut-être un peu moins bien vécu, mais j'ai fait pareil avec la deuxième un peu plus tard et on a des relations formidables. -"En politique, avoir été anesthésiste..." -J'espère n'avoir jamais endormi personne. -"Depuis que j'ai passé mon niveau quatre de plongée..." -J'étais assez fière parce que les autres candidats avaient la moitié de mon âge.
Donc, j'ai trouvé ça dur. Ca m'a demandé de l'entraînement. Mais la plongée, pour moi, ça reste un moment de partage formidable avec ma dernière fille qui adore ça, comme moi.
Et puis, je ne suis jamais plus heureuse que dans l'eau. -Merci, Dominique Voynet, d'être venue dans "La politique et moi." Générique
Dominique Voynet