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interviewyoutube.com· 11 octobre 2014

Delphine Batho, complément interview

Transcription automatique. À recouper avec la source d'origine.

J'avais besoin de l'écrire, je voulais l'écrire moi-même, je ne voulais pas faire un livre à la va-vite. Je voulais prendre le temps de réfléchir à l'avenir aussi, c'est-à-dire à la fois tirer un bilan lucide, chercher à comprendre comment on en est arrivé là, et puis en même temps donner des perspectives. C'est un livre pour l'avenir aussi qui donne la perspective d'une nouvelle espérance.

Moi c'est ça le message même par rapport aux gens que je rencontre ce matin, c'est une manière aussi de leur dire courage. Ce n'est pas un livre qui parle seulement du président de la République, mais c'est vrai que je tire en même temps le bilan d'une génération, la sienne qui me paraît très prisonnière d'une vieille façon de penser. Et le problème c'est qu'on ne peut pas apporter au monde du 21e siècle les solutions des années 80.

C'est ça qui explique aussi, et je le dis d'ailleurs aussi bien pour François Hollande que pour ceux qu'on appelle les frondeurs, qui sont aussi conservateurs à leur façon. Moi ce que j'ai envie, parce que je pense que c'est ça aussi la vraie réponse à la montée du Front National, c'est qu'on propose une vision d'avenir, qu'on propose une espérance nouvelle. Et c'est possible, c'est-à-dire qu'il n'y a jamais eu autant de solutions à portée de main.

Si je prends l'exemple de l'écologie, si on veut passer aux énergies propres et aux énergies renouvelables, elles existent aujourd'hui, c'est pas, vous voyez, un rêve futur inatteignable, c'est possible de changer les choses. Je ne suis pas du sérail, mais je me sentais forte d'une légitimité démocratique. Donc non, je me sentais parfaitement à ma place.

Mais c'est vrai qu'il y a une confrontation, quand on est au cœur du pouvoir, il y a une confrontation qui peut parfois être dure entre ceux qui veulent changer les choses et ceux qui ont un rapport beaucoup plus éloigné au terrain et aux gens, en fait. Vous voyez, qui ont toujours vécu dans un petit milieu et qui du coup ne se rendent pas compte que quand on prend une décision, ça a des conséquences dans la vie des gens. C'est pas juste, vous voyez, des tableaux de chiffres et que quand on décide de supprimer 500 emplois dans un ministère, ça a des conséquences.

Je l'ai dit, je suis dans une forme de rupture tranquille. Je ne suis pas dans une critique de la personne. Je tire un bilan politique pour que quelque chose de neuf puisse naître, puisse émerger.

Je n'ai pas fait ce qu'est l'habitude dans ce genre de choses où on doit se taire, rester le doigt sur la couture du pantalon et puis espérer retrouver des fonctions ministérielles. Moi, ce n'est pas ma façon de penser. Je suis engagée depuis que je suis très jeune, d'abord dans des associations, ensuite dans un parti, ensuite comme membre du gouvernement.

Et je poursuis cet engagement. C'est difficile ? Vous êtes isolée maintenant ?

Oui, c'est difficile. Je ne suis pas si isolée que ça. Quand je rencontre tous les gens ici ou dans le métro à Paris, non, je ne me sens pas si isolée que ça.

J'ai l'impression que justement, il y a beaucoup de gens dans la société française aujourd'hui qui font des choses formidables dans plein de domaines et qui en même temps se heurtent à ce plafond de verre. Je pense que les formes traditionnelles sont assez obsolètes. On voit bien que les partis n'arrivent plus à produire des idées, que les courants, comme vous dites, ce ne sont que des machines pour gérer des postes de pouvoir.

Donc non, moi, je veux essayer de participer à la construction de la démocratie de demain. Et je pense que ça passe beaucoup par les réseaux sociaux. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, il y a une sorte de débat dans la société beaucoup plus horizontale grâce à l'outil Internet qu'il faut d'abord mettre à la disposition de tout le monde parce qu'encore ici, on a des communes qui n'ont pas le haut débit.

Mais qu'il faut aussi chercher les formes de débats démocratiques qui vont pouvoir s'organiser avec ces nouveaux outils. Pour l'instant, je suis députée. J'ai été élue au premier tour avec le soutien de gens, y compris je pense qu'ils ne sont pas de ma famille politique, mais qu'ils reconnaissent dans ma démarche une franchise et une sincérité.

Et donc pour l'instant, c'est eux que je veux servir. Et ça suffit à mon bonheur, si c'est ça la question. Ça vous suffit ?

Oui, sincèrement. Je veux dire, ça m'épanouit. Et en même temps, c'est un devoir.

Mais c'est vrai que ce livre, pour moi, c'est un point de départ. Ce n'est pas un point d'arrivée. Donc je ne vais pas en rester là.

Je ne vais pas en rester là. Merci. Merci.