Discours d'Anne Hidalgo Maire de Paris
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Bien, Mesdames, Messieurs, bienvenue ce soir à l'Hôtel de Ville pour cette soirée d'hommage en l'honneur des Parisiennes et Parisiens justes parmi les nations. Elle vous accueille ce soir dans les salons de l'Hôtel de Ville. J'invite maintenant Madame Anne Hidalgo, maire de Paris, à rejoindre la tribune.
Monsieur le Président du Comité français pour Yad Vashem, cher Pierre-François Veil, Monsieur le maire de Saint-Amand-Montron et Président du Réseau de Ville et Villages des Justes de France, cher Thierry Vincent, chers élus ici présents, élus de Paris et d'ailleurs, élus présents parce que petits-fils aussi de Justes, cher Pierre-Laurent, Mesdames et Messieurs, chers amis, je veux vous dire mon émotion d'être ici et je veux d'abord remercier très chaleureusement, bien sûr, Pierre-François Veil, lui dire combien nous pensons à lui et à Simone Veil qui reste pour nous une lumière, une lumière qui nous a permis de travailler, de construire aussi tout ce travail de mémoire et dans le respect du rôle des témoins, ce que nous ne sommes pas, mais dans la façon maintenant qui est la nôtre de porter aussi cette mémoire et de faire en sorte que dans une ville comme la nôtre à Paris, tout cela fasse partie de notre quotidien.
Je veux vraiment vous remercier très chaleureusement, mais remercier aussi Catherine Vieux-Charrier, mon adjointe en charge de la mémoire et du monde combattant, parce que Catherine, depuis longtemps, portait ce projet, faire en sorte que Paris rejoigne ce réseau des villes et des villages des Justes de France. C'est un projet très fédérateur et un projet qui n'était pas simple à porter, mais avec l'obstination qu'on lui connaît, avec son sourire et son énergie, nous sommes ensemble ce soir pour faire que Paris intègre ce réseau. Ça a du sens, beaucoup de sens.
D'abord parce que cette ville est une ville qui a connu de la communauté juive tout, tout, puisque ici à Paris, fuyant les pogroms, nous avons eu une communauté juive qui est venue, qui a pris racine, qui s'est déployée, qui a déployé sa culture, qui a déployé sa joie de vivre et qui fait que notre ville sera pour toujours marquée par cette belle présence culturelle, humaine, de femmes et d'hommes qui sont venues ici et qui ont porté la vie, construit la vie et qui l'ont fait en lien avec les autres Parisiens. Et pour moi, cette histoire, cette histoire de Paris est une histoire magnifique.
Je le disais cette semaine dans cette même salle où nous commémorions les 20 ans de la mort d'Isaac Rabin, on ne peut pas comprendre Paris si on ne connaît pas cette histoire. Et l'attachement entre Paris et cette communauté qui fait partie de notre communauté républicaine, de notre communauté nationale et municipale, cette communauté a une part toute particulière. Toute particulière aussi dans le drame et dans la façon dont la Shoah, la déportation, a frappé cette ville avec la complicité des autorités. Et cette ville restera marquée à jamais.
Le travail de mémoire qui a été fait par mon prédécesseur, par également Jacques Chirac, lorsqu'il a été maire de Paris et ensuite, en reconnaissant tout de la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs, ce travail de mémoire qui a été fait a été fait en profondeur. Nous devons beaucoup aussi, bien sûr, au travail de Serge et Béate Klarsfeld, qui, à travers justement ce travail sur les noms, sur les déportés, nous a permis aussi de comprendre, de savoir quelles étaient les villes qui avaient été arrachées.
Et pour les enfants de cette ville qui ont été arrachés à la vie, à leurs parents, qui sont morts dans la déportation, nous avons fait ce travail de mémoire avec les écoliers, les petits parisiens d'aujourd'hui, pour que jamais non plus ils ne soient oubliés. Qu'on sache, et on le sait, puisque dans chacune des écoles de Paris où ces enfants ont été scolarisés, leur nom est gravé à jamais. Et puis il y avait des enfants aussi qui n'étaient pas scolarisés, et parce qu'ils étaient trop petits. Et là aussi, Pierre Edenbaum, maire du 3e arrondissement, a porté avec beaucoup d'obstination aussi ce projet, je me souviens, il y a déjà une dizaine d'années.
Et il a abouti à la reconnaissance aussi de ces enfants arrachés à la vie avant même qu'ils n'aient pu connaître l'âge de l'école. Et le premier lieu à Paris où nous avons inauguré une stèle avec le nom de tous ces enfants, c'est dans le 3e arrondissement, dans le jardin qui est devant la mairie du 3e arrondissement, et dans un square, c'est-à-dire au milieu des autres enfants, des autres petits parisiens. Cette histoire est forte, et cette histoire, bien sûr, nous oblige.
Elle nous oblige, mais je peux vous le dire, en tant que maire de Paris, je ne la porte pas comme un fardeau, je la porte comme quelque chose qui doit nous amener en permanence à nous dépasser, à comprendre qu'il faut lutter contre l'antisémitisme, que nous ne pouvons pas accepter les formes diverses d'antisémitisme qui se développent. Et je le dis une année après ces terribles attentats qui ont meurtri notre ville, et notamment, bien sûr, les attentats de janvier, où des Juifs ont été pris pour cible à l'hyper-cachère, tout simplement parce qu'ils étaient Juifs. Donc, tout ce travail de mémoire est là, présent, nous le portons.
Il fait partie de notre pratique quotidienne, de notre langage quotidien. Mais il manquait quelque chose d'important. C'était effectivement la reconnaissance des justes et nous inscrire avec les autres villes et villages de France dans ce travail, qui est aussi une obligation morale, collective, qui est une responsabilité que nous devons porter ensemble à l'échelle de ces communes. Et aujourd'hui, nous allons reconnaître aussi le fait que c'est juste parmi les nations, pour un certain nombre d'entre eux, ils étaient parisiens. C'est vrai, une poignée, une toute petite poignée, 352, 352, une toute petite poignée.
Mais cette toute petite poignée, au motif qu'elle n'était pas si nombreuse, ne peut pas être oubliée et effacée. C'est aussi cet acte-là que nous allons poser ensemble, en nous inscrivant dans ce mouvement collectif, dans ce réseau. Et puis, je vais conclure là-dessus, pourquoi les réseaux de villes, sur une question comme celle-ci, sont si importants ? Parce que, en fait, dans les villes, d'abord, il y a des élus qui sont au contact des populations, des réalités, quelles que soient nos couleurs politiques. Je crois que les maires, nous partageons ce goût de la rencontre et de la discussion avec nos habitants.
C'est vrai, dans une toute petite commune, c'est vrai, à l'échelle d'une grande ville comme Paris. Et puis, les villes, nous portons aussi, dans le dialogue avec les générations nouvelles, ces jeunes, ces enfants, à travers les écoles, nous pouvons engager beaucoup, beaucoup de programmes pour faire en sorte que cette mémoire collective, dans ce qu'elle a de pire, et en même temps, dans ce qu'elle décèle de meilleure, sur celles et ceux qui ont choisi de s'opposer, de braver pour eux-mêmes la mort, en protégeant les Juifs. Eh bien, dans les villes, nous pouvons porter aussi, avec les enfants, ces messages-là, dans des programmes très concrets.
Ce que nous faisons aussi, nous, villes de Paris, qui faisons partie de cette toute petite poignée de villes, nous sommes cinq, à être villes, compagnons de la libération. Et le général de Gaulle, qui avait, à l'époque, c'est-à-dire juste après la libération, décidé de créer un ordre de la libération, avec les compagnons de la libération, mais de fermer immédiatement cet ordre-là, pour qu'on ne puisse pas y rentrer ad vitam aeternam. Il avait décidé de reconnaître des personnes, des femmes et des hommes, compagnons, qui l'ont rejoint dès l'appel du 18 juin, de reconnaître également des régiments, qui ont été les acteurs de la libération de notre pays, et de reconnaître des villes.
Et il avait eu une idée absolument visionnaire et lumineuse. Il avait dit, pourquoi des villes, et il a pris cinq villes, l'île de Saint, Vassieux-en-Vercors, Nantes, Grenoble et Paris, nous sommes les cinq villes compagnons de la libération, et il avait dit, les villes, ce sont elles qui ont le contact avec la population et avec les jeunes générations. Et si elles portent le flambeau de l'ordre des compagnons de la libération, une fois qu'il n'y aura plus de compagnons vivants, et bien elles pourront porter cette histoire et cette mémoire.
Je veux vous dire que c'est dans ce même état d'esprit, avec ce même engagement, qu'aujourd'hui Paris va rejoindre ce réseau magnifique et être un appui, un appui avec toute notre énergie, avec toute notre affection et avec tout le sens de la responsabilité du travail que nous avons à faire avec vous. Mais merci à vous, Monsieur le Président, et sachez que Paris est à vos côtés. Merci.
Merci.
Anne Hidalgo