La grande interview : Bruno Le Maire
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Et notre invité dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Bruno Le Maire. Bonjour à vous.
Bonjour Laurence Ferrari.
Bienvenue ancien ministre de l'économie, auteur de ce livre « Le temps d'une décision » aux éditions Gallimard. On va en parler. Vous n'êtes plus ministre depuis deux ans, Bruno Le Maire. Quand vous regardez aujourd'hui l'état de notre pays, la tragédie que représente la violence contre les mineurs, la violence entre les mineurs, qu'est-ce que vous dites ? Que nous sommes dans une société qui s'en sauvage, une société qui a perdu le sens commun, le sens du vivre ensemble, Bruno Le Maire ?
Je pense qu'il y a un effondrement de l'État, que tout le monde constate.
Qui se ressent sur les mineurs.
Qui se ressent aussi sur les mineurs, qui se ressent sur plein de choses. C'est les places de prison, c'est la lutte contre l'insécurité, c'est les trafics de stupéfiants qui gangrènent tout le pays, que ce soit les grandes villes, les petites villes ou les villes moyennes. Donc cet effondrement de l'État, il disloque la nation. Parce qu'en France, la nation et l'État, ça ne fait qu'un. Donc il faut restaurer l'autorité de l'État, c'est une priorité absolue. Pour que la nation puisse retrouver sa paix et sa concorde.
Mais par des mesures autoritaires, rétablir l'autorité de l'État, comment ?
La première chose, si vous voulez rétablir l'autorité de l'État, c'est paradoxalement moins d'État. Si vous avez un État qui fiche la paix aux collectivités locales, qui leur donne l'autonomie fiscale, qui laisse les régions et le bloc communal avec la liberté de décider, l'État va retrouver sa crédibilité. Il va arrêter d'être celui qui pinaille sur tout, auprès de tout le monde, tout le temps. L'empêcheur de tourner en rond. La deuxième condition, c'est réduire ses missions aux régaliens. La sécurité, la justice, les armées bien entendu. Et deux grands services publics que je mets dans le régalien, qui sont l'hôpital et l'école.
Et la troisième condition, je l'ai dit à de multiples reprises, c'est rétablir des chaînes de commandement partout. Qu'on sache qui est responsable de quoi. J'ai proposé par exemple sur cette affaire, Liana, qui a... Je n'aime pas d'ailleurs ce nom d'affaire. C'est une mort. C'est une mort d'une enfant qui a traumatisé, je pense, toute la population française. Il faut rétablir une chaîne pénale, une politique pénale pour protéger nos enfants, remettre en cause la loi Taubira de 2013, qui interdit aux gardes des Sceaux d'adresser des instructions aux procureurs pour qu'il y ait une chaîne de commandement, des décisions et des responsables.
Ça veut dire, Bruno Le Maire, pour...
C'est comme ça qu'un État est bien tenu. Et aujourd'hui, malheureusement, l'État n'est plus bien tenu.
Mais le poisson pourri par la tête, est-ce qu'il y a une mise en cause, encore une fois, des plus hautes hiérarchies de notre pays, du président de la République ? Est-ce qu'il a une responsabilité dans l'État de la France aujourd'hui ?
Mais la responsabilité, elle est évidemment partagée. Mais si vous voulez que sur chaque politique publique, et en mettant de côté toute politique politicienne, on puisse savoir qui est responsable de quoi, il va falloir changer en profondeur l'organisation de l'État. Qu'on puisse dire, voilà, un ministre est responsable d'une politique publique, il nomme ses directeurs, ses sous-directeurs, ça ne relève pas du président de la République, et c'est lui qui est libre de les changer, de les sanctionner si jamais il ne répond pas à ses demandes, et sinon pas les résultats qui sont attendus.
Je suis favorable également à ce que, pour avoir un État bien tenu, chaque ministre soit libre de recruter qui il veut, comme directeur ou comme sous-directeur, pas forcément quelqu'un issu de l'École nationale d'administration, pas forcément un haut fonctionnaire. Pour qu'on ait les meilleurs dans l'État, chacun étant responsable de cette politique, et rendant des comptes devant le ministre et devant le peuple français.
Il y en a marre des énarques, Bruno Le Maire, il y en a trop, vous en êtes un, mais bon.
J'ai dit dans le livre, je le redis, qu'il faut mettre fin à la monarchie technocratique. La monarchie technocratique, c'est la cooptation, c'est les places qu'on se passe les uns entre les autres, c'est l'absence totale de responsabilité, c'est des carrières qui sont jouées à 20 ans, parce qu'on a passé la bonne école, qu'on a le bon diplôme, et qu'on a le bon titre, qui fait que pendant 5 ans, 10 ans, 15 ans, 20 ans, vous aurez un totem d'immunité parce que vous avez fait la bonne école. C'est les uns qui soutiennent les autres. Et c'est les nominations des copains à la tête de toutes les grandes institutions ?
C'est les nominations des uns ou des autres, sans qu'il puisse y avoir, une fois encore, de comptes à rendre au peuple français.
Plus personne n'est responsable aujourd'hui dans ce pays, Bruno Le Maire ?
Ce n'est pas simplement que plus personne n'est responsable, c'est un des grands sujets, vous avez parfaitement raison, mais c'est également que vous avez un système d'organisation de l'État qui ne permet pas d'avoir les meilleurs au poste les plus importants. Donc si on tire le raisonnement jusqu'au bout, je pense qu'il faut supprimer le principe même de la haute fonction publique, c'est-à-dire de tous ceux qui occupent des postes de direction pendant 30 ans, 40 ans. C'est un modèle qui a marché quand il a été mis en place en 1958 par le général de Gaulle. Il a permis la reconstruction du pays, mais ce modèle désormais, il est fini, il ne marche plus.
Donc je propose des modalités de recrutement de ceux qui décident, totalement différentes, pour qu'on ait les meilleurs, sur des postes de 5 ans, ils rendront des comptes à la fin, s'ils sont bons, ils restent, s'ils ne sont pas bons, on les remplace.
Bruno Le Maire, deuxième sujet d'actualité, c'est cette canicule que nous avons déjà vécue, qui risque de reprendre à partir de ce week-end. Vous dites qu'on n'a pas été à la hauteur de l'adaptation au réchauffement climatique par pure idéologie. Quand vous dites nous, c'est nous ou ce sont les Verts, les écologistes ?
C'est nous collectivement. Alors les Verts ont évidemment leur part de responsabilité, c'est les mêmes qui proposaient d'en finir avec l'énergie nucléaire, alors qu'on s'aperçoit que c'est probablement ce qui va nous permettre de lutter, ce qui nous permet de lutter avec efficacité contre le réchauffement climatique, tout en gardant de la croissance, de la prospérité et des emplois pour les Français. Mais je trouve que ce débat est typique de l'idéologie française. Cette incapacité à poser sereinement, de manière pragmatique, les problèmes. On nous dit qu'il faut atténuer le réchauffement climatique, c'est la priorité absolue. Je suis tout à fait d'accord avec ça.
Bien sûr qu'il faut lutter contre le dérèglement climatique, qui est une catastrophe.
La France prend sa part dans ce combat-là.
La France prend toute sa part. Enfin, la France a même Laurence Ferrari, soyons en fière. Et remettons ce mot de fierté au cœur de notre ambition nationale. Nous avons les meilleurs résultats en nombre d'émissions de CO2 par habitant, combinés à de la croissance.
Et quand on parle climatisation, on nous traite d'aiatollah.
La France apporte la preuve que nous pouvons conjuguer croissance et atténuation du réchauffement climatique. Mais dans le même temps, on nous dit, si on fait l'atténuation, il ne faut pas faire l'adaptation. L'adaptation, c'est mal. On y met quasiment de la morale. Pas de climatisation, pas de transformation des villes. Mais moi, je suis favorable aux deux. Je ne choisis pas entre l'atténuation et l'adaptation. Je dis qu'il faut accélérer sur l'adaptation et continuer sur l'atténuation du réchauffement climatique. Donc oui, les climatiseurs sont absolument indispensables. Dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les EHPAD, dans tous les lieux qui accueillent des personnes fragiles.
Oui, il faut végétaliser les villes. Oui, il faut faire quelque chose sur les toits en zinc et dans la ville de Paris qui font des effets de cocotte et de bouilloire épouvantables pour ceux qui habitent sous les toits et qui en souffrent terriblement et qui se retrouvent dans des situations qui sont invivables. Sortons l'idéologie et regardons sereinement les problèmes pour y apporter des réponses concrètes pour nos compatriotes. La seule chose qui doit nous guider, c'est le bien-être de nos compatriotes.
Bruno Le Maire, vous parlez des solutions dans ce livre, le temps d'une décision, je le disais. Vous racontez cette expérience à Bercy, 7 ans, passée de 2017 à 2024. Vous décrivez les changements du monde, les grands chefs d'État que vous avez rencontrés. Et puis vous racontez des anecdotes. Moi, j'aime beaucoup cette scène. Vous êtes à Chamonix, où vous vous rendez régulièrement, dans un restaurant, il y a un père de famille qui refuse de vous serrer la main. Il dit « Vous avez ruiné nos enfants, vous, je ne vous serre pas la main à cause de la dette ». Qu'est-ce que vous lui répondez ? Vous passez votre chemin ou vous vous asseyez ?
Je vais bien le revoir, ça tombe bien, parce que je vais retourner faire de la montagne cet été, donc peut-être que je rencontrerai à nouveau. Et je pourrais lui dire « Mais regardez, aujourd'hui, vous avez 285 milliards d'euros de dettes supplémentaires depuis que je suis parti ». Donc c'est bien la preuve. Et d'ailleurs, il était convaincu…
Donc ce n'était pas de votre faute, c'est ça ?
Je prends toute ma part de responsabilité. Sans doute qu'il aurait fallu encore plus de fermeté dans les messages que j'ai passés, dans les décisions que j'ai prises. Mais enfin, je les ai prises seules contre tout le monde, je le rappelle. Pour sortir du bouclier de la règle. Je vais vous dire, c'est laisser les choses dans l'État. J'ai claqué la porte en partant en 2024, je regarde le résultat. 285 milliards d'euros de dettes supplémentaires. Qu'est-ce que ça prouve ? C'est que le problème, ce n'est pas un problème de personne. Je vais vous dire, si mon départ a permis d'améliorer la situation, j'en aurais été le plus heureux, parce que je pense à mon pays et aux Français.
Mais je constate que depuis mon départ, on a supprimé la réforme des retraites. On a augmenté les impôts sur les sociétés avec cette surtaxe à l'IS. On n'a plus de Covid. On n'a plus d'inflation. Et pourtant, on a 285 milliards d'euros de dettes. Rien ne le justifie. Moi, je peux vous dire que j'ai protégé les Français face au Covid. Il n'y a plus de Covid, il n'y a plus de pandémie, mais il y a 285 milliards d'euros de dettes supplémentaires. Et nous allons tout droit, Laurence Ferrari, faire 6% de déficit en 2027. Donc c'est bien la preuve que le système est hors de contrôle, que la machine s'est emballée et que nous sommes désormais au bord du précipice financier.
Pas simplement parce que telle ou telle personne n'a pas bien fait son job, mais parce que notre modèle économique et financier ne tient plus. Il a un nom. C'est l'État-providence. L'État-providence, c'est fini. Il faut arrêter. L'État-providence, il faut arrêter. L'État-providence qui distribue des aides, des soutiens, qui indexe toutes les prestations sociales et des retraites sur l'inflation, comme ne le fait aucun autre pays développé au monde, ça ne peut pas tenir.
Vous pensez que les Français sont prêts à entendre ça ? Il se dit que ça fait 40 ans qu'on nous raconte des sornettes.
Si, ce qui est mon cas, on aime de tout son cœur la France et les Français, et qu'on a envie du meilleur pour la France et pour les Français, on dit les choses en face, avec beaucoup de force, avec beaucoup de clarté, l'État-providence n'est plus tenable. Vous ne l'avez pas dit quand vous étiez ministre. J'ai fait des alertes pendant des années et des années. Je ne l'ai pas sans doute dit aussi clairement. C'est peut-être pour ça que ça fait du bien de prendre du recul pendant deux ans, de regarder ce qui a marché, ce qui n'a pas marché, de voir la situation où nous en sommes. Et si je reprends la parole, ce n'est pas pour enfiler les perles.
C'est pour dire avec clarté et fermeté qu'aujourd'hui, l'État-providence n'est plus tenable, qu'il faut un État qui soit puissant et dont l'autorité ne soit pas contestée, mais qui arrête de redistribuer des subsides à tout le monde. Et si nous voulons éviter que le train, aujourd'hui, ne déraille du point de vue financier, et que nous soient imposés par la Banque centrale européenne, par des pays étrangers, par le gouverneur de la Banque centrale allemande, des choix que nous devons faire nous-mêmes, il faut les faire maintenant, pas dans un an, pas en 2027, dès le prochain budget. Il faut désindexer les pensions de retraite.
Qui s'annonce aussi sportif, ce prochain budget, comme le dit Roland Escuerre.
Tout simplement, ce qui me paraît nécessaire, désindexer les pensions de retraite, au moins pour les retraites les plus élevées, désindexer les minimas sociaux, retourner vers une réforme des retraites qui va inciter chacun à travailler plus longtemps. J'ai donné cet âge de référent, si vous voulez partir avant, vous aurez une décote. Mais tous les autres pays européens sont à 67. Pourquoi est-ce que la France serait une île isolée, qui serait si différente de ses autres partenaires européens, alors qu'elle bénéficie de la protection de l'euro et de la Banque centrale européenne ?
Donc je le dis avec beaucoup de clarté, il faut que l'État-providence cède la place à un État qui protège et qui arrête de dépenser tous azimuts.
Tout ce que les candidats proposent aujourd'hui, c'est exactement l'inverse, Bruno Le Maire. Ça va exactement dans le sens de ce que veulent entendre les Français. Est-ce qu'il y a quelqu'un qui aura le courage de dire ça, de dire, allez, pour renverser la table ? Il faut se serrer la ceinture, c'est fini l'État-providence. Il ne sera pas élu celui-là, vous le savez.
Je crois que c'est ce que je dis ce matin. Et je pense qu'on sous-estime totalement la lucidité des Français. Je vois se multiplier les propositions tous azimuts, parfois un peu contournées, parfois très claires. Par exemple, prenez l'exemple. Ce que je dis très simplement, c'est qu'aujourd'hui, si vous avez un chef de l'État, moi ce que j'attendrai de lui, c'est trois choses. Trois choses auxquelles je crois profondément. Trois combats qu'il faut livrer dans les dix années à venir, qui sont les combats fondamentaux pour la nation française. Le premier, c'est un combat contre. C'est le combat contre l'appauvrissement de la France.
Et le combat contre l'appauvrissement de la France passe par la liberté des entreprises et le travail. Le deuxième combat, on en a parlé longuement. Et il faut travailler plus. Il faut évidemment travailler plus. On ne travaille pas. Il faut faire rentrer. Mais on ne va pas tout dévider, mais il faut en tirer les conséquences sur la formation des jeunes. Vous voyez bien que l'IA va détruire des dizaines de milliers d'emplois qui sont préparés dans des universités, qui sont des emplois dans le marketing, dans le conseil, qui vont disparaître.
Donc il faut transformer notre système éducatif pour que nos jeunes, qui sont exceptionnels, trouvent une place sur le marché du travail en revalorisant encore plus l'apprentissage et les métiers manuels. Ça, c'est le premier sujet. Combat contre. Contre l'appauvrissement de la France. Contre l'appauvrissement des Français. Le deuxième combat, c'est un combat pour. On en a parlé longuement. C'est le combat pour l'autorité de l'État. Chef de l'État, ça a un nom. Il est chef et doit diriger l'État.
Vous dites qu'il est impuissant à réguler la dette ?
D'où l'important, je le redis, de rétablir l'autorité de l'État. C'est le deuxième combat, qui est un combat de 10 ans. Et le troisième combat, c'est un combat avec. C'est le combat avec l'Allemagne. Pour que côte à côte avec l'Allemagne, j'ai proposé une union franco-allemande, nous puissions faire face aux États-Unis et à la Chine. Je donne juste un exemple dans le domaine...
...balayer la souveraineté de la France. Parce que vous proposez même qu'il y ait un ministre allemand dans notre gouvernement et l'inverse.
Laurence Ferrand, ça vaut quoi la souveraineté de la France si nous sommes rachetés par appartements par l'industrie chinoise et si nous sommes dominés en matière technologique par les États-Unis ? Elle vaut quoi ? Zéro. Donc on la bazarde. La vraie souveraineté, c'est la capacité à dire non à Donald Trump et non à Xi Jinping. Et la lucidité, là encore, commande de dire aux Français que nous n'y arriverons pas seuls. Que nous avons besoin d'alliés et que le premier allié le plus puissant, le plus naturel, c'est l'Allemagne.
Si nous faisons front commun sur le domaine industriel par exemple et que nous prenons toutes les mesures nationales pour renforcer l'industrie, baisser les impôts de production, faciliter la vie des industriels, simplifier l'installation de nouvelles usines, je l'ai fait comme il disait l'économie et je suis le seul depuis 40 ans à avoir obtenu une augmentation du nombre d'emplois industriels dans notre pays. Mais ça ne suffit pas.
Si dans le même temps, vous n'êtes pas capable d'aller à Pékin, bras sous le bras du chancelier allemand, pour dire à Xi Jinping, nous allons mettre des tarifs douaniers sur les véhicules électriques chinois que vous avez lourdement subventionnés pendant 20 ans qui sont en train de détruire, Stellantis, Renault et Volkswagen. Faire bloc pour être fort. Voilà ce que je propose.
Non mais que la France ait besoin de l'Allemagne, sans doute. Mais est-ce que l'Allemagne a besoin de la France ? Est-ce que vous voyez dans, par exemple, les commandes d'armement du côté allemand qui va vers les États-Unis, quelque chose qui ressemble à de la solidarité avec la France ?
Est-ce que vous pensez que la France, que l'Allemagne, pardon, peut s'en sortir sans l'énergie nucléaire française ? Non. Est-ce que l'Allemagne peut s'en sortir sans les capacités scientifiques et technologiques du CEA sur le domaine des semi-conducteurs ? Non. Est-ce que l'Allemagne peut s'en sortir sans la France, sans la capacité de rayonnement, sans la capacité culturelle française ? Non.
Elle vient de mettre fin au projet d'avion SCAF, l'Allemagne.
Je suis tout à fait d'accord, mais vous voyez...
Il faut voir les faits aussi, la réalité.
Les faits sont préoccupants. C'est bien pour ça que je dis que le troisième combat majeur à ce que j'attends du président de la République et du prochain chef de l'État, c'est qu'il aille à Berlin et que sa première discussion soit avec le chancelier allemand pour lui dire qu'est-ce que nous faisons...
Ils sont tous allés à Berlin, Bruno Le Maire.
Mais sans doute qu'ils n'ont pas posé les bonnes questions. Qu'est-ce que nous faisons avec les États-Unis ? Qu'est-ce que nous faisons avec la Chine ? Et qu'est-ce que nous faisons ensemble ? Mais ce que je veux vous dire, c'est que quand je propose une union franco-allemande, c'est une union d'égal à égal. On ne peut pas dire que le modèle allemand soit un grand succès aujourd'hui.
On a 100 milliards d'euros sur la table pour leur défense. On est à peine à 80 milliards.
Mais vous pouvez faire des comparaisons sur ces chiffres. Ils sont tout à fait exacts. Je constate que la France a aussi augmenté son budget de la défense. On va atteindre 100 milliards d'euros d'ici 2030. Donc nous avons une armée qui est puissante et qui est la plus respectée en Europe. Soyons fiers de ce que nous sommes. Et n'ayons pas peur des autres. L'Allemagne n'a pas un modèle qui est très rutilant du point de vue économique. Elle est quasiment en récession depuis trois ans. Et son modèle est fiché en l'air par la fermeture du marché chinois, par la fermeture de l'accès à l'énergie russe et par les difficultés avec les États-Unis.
Donc nous avons des choses à dire aux Allemands et nous avons des positions à défendre qui sont puissantes. L'énergie nucléaire, nos capacités scientifiques, le rayonnement français, la dissuasion qui est indispensable pour protéger l'Europe à terme. Donc nous avons de quoi défendre nos positions et proposer quelque chose de fort aux Allemands pour résister à l'Empire chinois et à l'Empire américain.
Bruno Le Maire, 2027, est-ce que vous y pensez en vous rasant le matin ? Le temps d'une décision, est-ce que c'est un livre programmatique ? Est-ce que vous allez rajouter votre nom à la longue liste des candidats qui font qu'il y aura peut-être 10, 20 candidats dans le bloc central, ce qu'on appelle le bloc central, face à d'un côté le Rassemblement national, de l'autre côté la France insoumise ?
Je vois beaucoup de candidats, mais je vois peu de leaders. S'il y avait un leader qui avait émergé, sans doute qu'il y aurait moins de candidats. Edouard Philippe n'en est pas. Et s'il y a peu de leaders, c'est qu'il n'y a pas de projet. C'est aussi simple que ça. Et il y a une chose que je ne ferai pas, c'est soutenir des projets qui ne seraient pas à la hauteur de la gravité de la situation. Aujourd'hui, je le dis très simplement, en matière d'idées, de projets, de projections du pays, mais le compte n'y est pas.
Ni chez Edouard Philippe, ni chez Bruno Retailleau.
Mais je vous le dis de manière générale, le compte n'y est pas. Et il y a une chose que je ne ferai pas, parce que je suis trop âgé à 57 ans, j'ai trop d'expérience politique. J'ai trop vu à quoi nous avaient amené les reniements, les renoncements, les compromis, pour ne pas dire les choses avec beaucoup de clarté et beaucoup de force. Il y a trois priorités, je le redis. L'autorité de l'État, l'appauvrissement des Français, la relation avec l'Allemagne. Ça va demander des changements systémiques. Notamment, on en a parlé sur la gouvernance, savoir qui dirige l'État en France et qui prend les décisions.
Mais il y aura des noms sur une liste à la fin,
au mois de mai, le 2 mai 2021. Mais les noms doivent venir à l'appui d'un projet et d'une idée que l'on se fait de la France. Sinon, ce n'est pas la peine.
On est d'accord. Entre le RN et LFI, au second tour, vous votez LFI ?
Je rappelle que tout le monde m'est tombé dessus il y a exactement deux ans, au moment des élections législatives, parce que j'avais refusé, contrairement à beaucoup d'autres, d'appeler à voter LFI pour faire barrage au Rassemblement national. Un moindre mal reste un mal. Et pour moi, le RN et LFI sont deux mots pour la France. Donc vous choisissez pas ? Je ne choisis pas le moindre mal parce que ça reste un mal. On l'oublie trop souvent.
Donc on vote blanc et donc le pays reste à l'arrêt ?
On va surtout faire en sorte qu'il y ait d'autres propositions et d'autres candidats et d'autres idées qui puissent émerger d'ici là pour desserrer les taux. Mais vous ne desserrez pas les taux que des personnes. Vous desserrez les taux avec une ambition française, avec une fierté nationale, avec la capacité à parler vrai, fort aux Français.
Vous connaissez trop bien la France pour ne pas savoir que c'est la rencontre, évidemment, entre un pays et un homme ou une femme. Il faut incarner ces idées-là. Bien sûr. Est-ce que vous en serez ?
Mais d'abord, mettez les idées, puis vous voyez...
Mais vous les avez les idées, elles sont dans ce livre.
Mais laissez les idées progresser dans l'esprit de nos compatriotes, qu'ils en débattent. Il est trop tôt. Regardez les propositions que je viens de vous faire sur l'État-providence, sur l'alliance avec l'Allemagne. J'ai parlé de fédération d'État-nation. J'ai parlé sur l'organisation du pays de simplification. Je vois certains qui disent qu'il ne faut pas réorganiser les pouvoirs en France. Ben si, moi je propose qu'il n'y ait plus que trois échelons. État, région, bloc communal, rien d'autre. Débattons de ces sujets-là. J'ai proposé que le référendum devienne quelque chose de naturel entre pays.
J'ai proposé que le référendum d'initiative citoyenne, qui est attendu par tellement de nos compatriotes, qui a fait l'objet d'un débat tellement important il y a des années et des années... Qu'on nous a promis tant de fois. Qu'on a promis tant de fois, mais qui a été remis sous le tapis parce qu'en fait, ceux qui dirigent ne veulent pas que le peuple... Ils ont peur des Français. Ils ont peur de l'expression du peuple français. Moi je suis favorable au référendum d'initiative citoyenne. Donc toutes ces idées, vous le voyez, avec beaucoup de liberté, une liberté totale, je vais les défendre dans les mois qui viennent. Et ça va être un beau moment.
Une dernière question concernant Marine Le Pen, qui connaîtra son sort la semaine prochaine, 7 juillet prochain. Vous comprendriez que ce soit les juges qui décident de l'affiche de la campagne présidentielle française ?
Je ne pose pas les questions dans ces termes. Il y a un droit, il y a une justice, et la justice applique le droit. Donc la pression qui est faite sur les juges, je ne la trouve pas acceptable. Les juges jugent en droit. Il y a des règles, elles s'appliquent à tout le monde. Elles doivent être respectées par tout le monde, y compris les responsables politiques, y compris Marine Le Pen.
Et Marine Le Pen, c'est égal à Jordan Marnela pour vous ?
Non, c'est deux personnalités différentes. Vous l'avez dit vous-même. Deux projets différents ? Cette élection, c'est la rencontre d'une personne et du peuple français. Donc dans cette élection, la personnalité, ce qu'on dégage, ce qu'on a au fond de soi, que les gens voient à travers l'écran, ils nous voient là, ils vous voient vous, ils me voient moi, ils comprennent, ils comprennent plus que ce qu'on dit, ils comprennent ce que nous sommes. Et c'est ça que jugent les Français. Sous-titrage Société Radio-Canada
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Bruno Le Maire