États-Unis : la guerre judiciaire
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Temps de parole
- Invité32 %
- Invité 221 %
- Présentateur16 %
- Présentateur 216 %
- Invité 315 %
≈ 0,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Culture, Affaires étrangères, Christine O'Krent.
Bonjour à tous. Ils se sont vus jeudi et comme il se doit, chacun crie victoire. Les présidents américains et chinois ont en tout cas décidé d'une trêve dans la confrontation entre les deux plus puissantes économies mondiales. Près d'un an depuis sa réélection, Donald Trump savoure les résultats de sa tournée en Asie du Sud-Est, parfaite illustration de sa conception d'une politique étrangère qui est d'abord une politique commerciale.
En Malaisie comme au Japon et en Corée du Sud, le maître du deal a renégocié à la baisse certains droits de douane gigantesques qu'il avait imposés aux économies du Sud-Est asiatique, obtenant en échange minerais, terres rares et promesses d'investissement aux Etats-Unis. Quels ont été jusqu'ici les résultats du choc infligé depuis avril dernier aux échanges internationaux ? L'économie américaine en a-t-elle bénéficié ? Et qui paie vraiment la facture ? Ironie du calendrier, cette politique tarifaire pourrait être remise en cause.
Mercredi prochain, la Cour suprême doit examiner la légalité de l'argument d'urgence économique brandie à l'époque par l'administration pour contourner le Congrès dont les compétences sont systématiquement bafouées. Comment ces neuf juges, dont six ont été nommés par Donald Trump lui-même, vont-ils se dépêtrer d'un litige pesant au moins 80 milliards de dollars ? Le président considère volontiers que la plus haute juridiction de son pays est à sa botte. Elle a jusqu'à présent enterriné la plupart de ses initiatives, étendant considérablement le champ du pouvoir exécutif. Depuis neuf mois, l'édifice institutionnel américain vacille, la guerre judiciaire bat son plein.
Quels sont les ressorts de cette révolution populiste que Donald Trump entend incarner à son avantage et à l'avantage de son camp ? Le gouvernement fédéral est à l'arrêt, faute d'un accord sur le budget, entre républicains vassalisés et démocrates déboussolés. Mardi prochain, la ville de New York doit élire son maire. Le favori, Zoran Mamdani, à l'extrême gauche du Parti démocrate, nourrit déjà la vindicte MAGA et embarrasse les dirigeants démocrates traditionnels. Le populisme de gauche serait-il la seule réponse possible au trumpisme ? C'est ce qu'on va comprendre ce matin grâce à vous, Anne Desines. Vous êtes juriste, professeure des universités à l'Université Paris-Nanterre.
Elisa Schell, professeure agrégée de sciences politiques à l'Université Paris-Nanterre également. Florence Pizani, merci d'être avec nous. Vous êtes chef économiste de Candriam et vous enseignez à l'Université Paris-Dauphine. Et j'accueille aussi Agathe Demaret, qui dirige le programme Géoéconomie et Technologie au Conseil européen pour les relations internationales. Elisa Schell, je commence avec vous, puisqu'on arrive pratiquement au premier anniversaire de l'élection de Donald Trump pour un deuxième mandat. Et en fait, on a l'impression de ce fracas continu à l'extérieur des États-Unis, mais aussi, bien sûr, à l'intérieur.
Comment expliquer que cette sorte de tornade Trump s'exprime d'abord sur le plan judiciaire ?
Alors, cette tornade Trump se déploie d'abord dans l'arène judiciaire parce que le système juridique américain le permet. Et ça, c'est une chose très importante. C'est-à-dire que Donald Trump ne bouleverse pas le fonctionnement des institutions, la judiciarisation très forte des rapports sociaux et des rapports politiques, la politisation de la justice, mais il va le pousser à son maximum. Donc, Donald Trump veut aller vite. Ça fait partie de son style populiste qu'il a vendu pendant son élection. Les problèmes sont complexes pour les Américains. « Mais moi, Donald Trump, je vais vous apporter des solutions simples et rapides.
» Et il le fait aussi dans la justice où il multiplie les procès, mais où aussi les procès se multiplient contre les décisions qu'il a prises. Donc, on a en réalité une véritable guerre judiciaire entre Donald Trump qui va intimider soit des Républicains qui n'ont pas été assez loyaux, soit des Démocrates qui ont engagé des poursuites contre lui, soit des médias qui auraient diffamé sa réputation pour une raison ou pour une autre. Et là, il réutilise son capital d'homme d'affaires à tout point de vue, puisque dans le milieu des affaires, c'est une technique extrêmement courante pour affaiblir ou intimider ses adversaires. Mais Donald Trump ne gagne pas non plus tout le temps.
C'est-à-dire qu'il perd aussi des procès. Il y en a eu à peu près 200 qui ont été engagés depuis le mois de janvier. Et il en perd aussi par dizaines. Et la Cour suprême ne peut pas juger en sa faveur sur tous ces procès, puisque la Cour suprême ne juge qu'un nombre limité de cas par an et ne répond pas à toutes les requêtes. Alors bien sûr, cette Cour suprême est du côté de Donald Trump. Alors tous les juges à tendance républicaine n'ont pas été nommés par Donald Trump. Mais en tout cas, effectivement, ils ont pris des décisions essentielles qui favorisent Donald Trump.
Par exemple, la terminaison de l'injonction universelle, c'est-à-dire la portée d'une décision d'un juge dans une Cour d'un État ne peut pas impacter le pays dans son entier. Donc ça veut dire qu'une décision suspendue au niveau des États, ce qui fait partie des armes des démocrates aussi pour lutter contre Trump, parce que les démocrates se battent contre les mesures de Donald Trump, peut être suspendue au niveau d'un État, mais ça n'a pas de valeur pour l'ensemble du territoire. Ce qui est évident, Anne Désigne, c'est qu'il y a multiplication
des procédures d'urgence déclenchées par la Maison-Blanche, qui n'hésitent pas à aller chercher une loi obscure que la plupart des juristes, sauf vous sûrement, avaient oublié depuis 1700 et des poussières, 92, 93. Et en fait, à chaque fois, l'idée c'est la patrie est en danger, la sécurité nationale est en jeu, et il faut aller vite. Oui, il utilise l'urgence à deux niveaux. Un, en invoquant des lois de façon à contourner le Congrès. Vous avez bien dit tout à l'heure, les droits de douane, ça relève du Congrès. Et lui va dire, mais comme il y a une urgence nationale, j'invoque cette loi, il n'y a pas, qui dit, en cas d'urgence à l'international, le président peut agir.
Si ce n'est que cette loi ne prévoit pas du tout ce type de situation. C'est un embargo, et certainement pas pour un déficit commercial qui n'est pas une urgence, vu qu'il y a des déficits commerciaux depuis 40 ans. Dans le cas des expulsions, c'est une autre loi, oui, qui date du 18e siècle, la Alien Enemy Act, qui n'est pas justifiée non plus. Et donc, à chaque fois qu'il prend ses décisions, ses décisions sont contestées devant des juridictions, et à chaque fois, la juridiction de première instance va suspendre ou retoquer. Et souvent, elle va être confirmée par la Cour d'appel. Et c'est là qu'il y a un autre élément d'urgence.
Il existe dans la procédure américaine une possibilité de saisir la Cour suprême en procédure d'urgence, lorsqu'il y a vraiment urgence. Mais à titre d'exemple, les deux mandats de George W. Bush plus les deux mandats d'Obama, soit 18 ans, il y a eu quatre saisines comme cela. Et là, Trump, durant le premier mandat, l'a fait 41 fois, et depuis qu'il a été élu, déjà 29. Mais ce qui est le plus inquiétant, et donc il dit à la Cour suprême, et vous n'allez pas laisser cette petite juridiction de première instance me bloquer, etc. Mais que la Cour suprême, elle n'est absolument pas obligée d'accepter ses recours en urgence.
Simplement, non seulement elle le fait, presque à chaque fois, mais presque à chaque fois, elle donne raison au président et elle solidifie une théorie fumeuse inventée par les Républicains qui est la théorie de l'exécutif unitaire. Le président peut tout faire, et surtout dans la branche exécutive. Ce qui, en matière de droits de douane, n'est absolument pas le problème, puisque là, ce sont les rapports avec le Congrès, c'est la séparation des pouvoirs qui est en jeu.
Mais avant d'essayer de comprendre cette histoire de droits de douane sur le plan juridique, que la Cour doit examiner, donc mercredi prochain, en principe, comment expliquez-vous cette sucession d'une Cour qui est quand même dans le système américain, qui est un système très différent d'une autre, évidemment, c'est un système fédéral d'abord, et puis avec des juges nommés à vie qui sont les juges fédéraux. Mais comment expliquer la manière dont cette Cour semble accepter l'interprétation que Donald Trump et son premier cercle font de la Constitution américaine ? Alors, il y a un élément interne, un élément externe.
L'élément interne, c'est que le président de la Cour, le Chief Justice, est conservateur, mais il est très attaché à la légitimité de la Cour. Et avant la nomination de Barrett, en 2020, il était en position de voter avec les progressistes, qui étaient encore quatre, pour éviter un dérapage trop à droite. Maintenant qu'il y a six juges, et ce qui est terrible, c'est que maintenant aux Etats-Unis, on parle de six juges républicains. Or, ils ne sont pas censés être républicains. Mais ils sont extrémistes, réactionnaires, ce qu'on veut. Six, et donc, le Chief ne peut plus rien faire, et il vote avec la majorité, et on a ce dérapage. Donc ça, c'est un petit peu de la dynamique.
Donc c'est une politisation ? Ah ben oui, elle est politisée, et lui ne peut plus rien faire, en termes de dynamique, parce que, même si lui votait avec les progressistes, elles sont trois, il serait quatre, il resterait cinq qui ont la majorité sans lui. Donc, en tant que président de la Cour, ils préfèrent se mettre avec les vainqueurs et voter avec eux. Ça, c'est l'élément interne. Mais à l'externe, il faut savoir pourquoi on a ce type de juge à la Cour suprême.
Et cela, cela est dû à l'organisation des conservateurs qui ont compris, dès les années 70, que la Cour était trop à gauche, trop libérale, comme on dit aux Etats-Unis, que les facs de droit étaient trop libérales, les médias étaient trop libéraux, qu'il fallait faire quelque chose. Et ils ont injecté énormément d'argent, ils ont créé des groupes, des think tanks, et l'un d'entre eux, qui s'appelle Federalist Society, avait une mission, repérer des juristes conservateurs brillants et les placer à des endroits importants, dans les administrations, dans les agences et dans les juridictions.
Donc, si on prend, par exemple, le Chief Justice, il a travaillé dans les administrations républicaines, ensuite, il a été à la Cour d'appel du District of Columbia, et hop, il a été élevé à la Cour suprême. Néanmoins, Donald Trump est parti en guerre contre le fondateur de cette Federalist Society, qui s'est mis à injurier sur les réseaux sociaux. Il faut bien dire que les réseaux sociaux correspondent au tempérament de Donald Trump, et c'est sa tactique pour arroser, mitrailler sans arrêt l'opinion américaine et s'adresser à ses propres électeurs.
Mais tout à coup, il a dit, mais il est affreux, le Léonard Néo, quand je pense qu'on m'avait recommandé de m'appuyer sur eux pour choisir les juges.
C'est parce que dès qu'un des juges soit nommé par lui, mais surtout les trois nommés par lui, ne fait pas exactement ce qu'il veut, il s'en prend à la planète entière, et c'est vrai que lorsqu'il a pu nommer ces trois juges, dont au moins un volé aux démocrates, soyons clairs, lorsque, bref, lorsqu'il a sélectionné ces juges, ça ne s'est pas fait au sein de la Maison Blanche, avec un groupe de travail, comme d'habitude, il a littéralement sous-traité cette sélection à la Federalist Society et à Léonard Néo, qui lui a présenté une dizaine de juges, a dit, ceux-là, ne vous faites pas de soucis, ils ne vont pas évoluer, ils sont anti-régulation, anti-droit à l'avortement, en faveur d'un pouvoir exécutif fort, ne vous faites pas de soucis, vous pouvez les nommer, il ne se passera rien.
Et dès lors qu'un de ces juges bouge un tout petit peu le petit doigt, comme Barrett, qui est très procédural et parfois elle fait respecter la procédure, immédiatement, elle se fait traiter de suppos de la gauche et tout et par contre-coup, Léonard Néo est accusé de mal avoir conseillé le président Trump. Et donc là, apparemment, il est hors-jeu, le Léonard Néo, je crois qu'il a préféré prendre la clé des champs.
Oui, enfin disons que lui, il veut carrément modifier la société dans son ensemble et en particulier, là, son centre d'intérêt sont les cours suprêmes des États parce qu'il y a beaucoup qui se jouent au niveau des États et donc maintenant, il est en train de déverser ses campagnes de pub et ses millions de dollars non plus vers la Cour suprême mais vers les Cours suprêmes des États. Or, elles sont très importantes. On a eu deux exemples dans les deux dernières années où grâce à une élection, une Cour a basculé à droite et une autre a basculé à gauche et ça, en termes de port d'armes et de droit à l'avortement, c'est vital.
Et celle qui a basculé à gauche malgré l'intervention d'Elon Musk qui avait acheté à coup de... Oui, quelques millions de dollars de publicité, etc. Elisa ?
Oui, juste rapidement, je voulais juste soutenir ce que disait Anne de Zin à l'instant sur la confirmation des juges de la Cour suprême. Il est désormais, enfin depuis le changement de réglementation initié par Mitch McConnell il y a quelques années, il est désormais possible de confirmer des juges avec une majorité simple au Sénat, ce qui est un encouragement pour celui qui nomine à aller chercher des figures plus radicales puisqu'il n'a pas besoin de chercher un compromis avec l'opposition pour pouvoir voir ces juges confirmés. Et c'est ce que
les démocrates évidemment n'ont plus les moyens de faire dans un certain nombre d'États sauf dans les États qu'ils continuent de contrôler.
Les démocrates avaient eu juste avant Mitch McConnell la bonne idée de faire ça avec les juges fédéraux. C'est eux qui avaient ouvert le bal sous Obama parce qu'ils étaient bloqués systématiquement par les républicains pour pouvoir nommer leurs juges donc ils ont initié un changement de réglementation pour pouvoir confirmer ces juges à la majorité simple et ça ça favorise la polarisation des institutions puisque des figures de compromis plus modérées n'ont plus besoin d'être recherchées et on peut aller vers des profils plus radicaux.
Et donc là politisation aussi effectuée par les démocrates quand ils étaient au pouvoir c'est comme le redécoupage électoral que les deux grands partis évidemment pratiquent avec délectation chaque fois qu'il y a un recensement c'est-à-dire tous les dix ans Florence Pisani avec vous on se souvient de cette image de Donald Trump montrant un tableau sur lequel il y avait une liste de pays y compris un îlot peuplé uniquement de pingouins mais voilà ça devait être une erreur du tableau Excel et face à chaque pays il y avait le pourcentage de droits de douane qui leur serait infligé c'était ce qu'il a appelé le jour de la libération le 2 avril et depuis sur les réseaux sociaux toujours le président des Etats-Unis dit c'est l'âge d'or de l'Amérique des trillions et des trillions de dollars sont engrangés chaque jour on en a le secrétaire d'état au trésor m'appelle il me dit monsieur le président on ne sait plus où les mettre et évidemment on sourit parce que même chez nous quel que soit l'état du débat sur notre budget on n'imagine pas ce genre de discours néanmoins c'est toute l'habileté aussi de Donald Trump de simplifier à l'excès le problème à ce stade est-ce que ces droits de douane ont véritablement rapporté beaucoup d'argent aux Etats-Unis avec l'idée qui est sans arrêt mise en avant mise en avant de colmater la dette publique
qui est énorme alors ils ont rapporté ils commencent à rapporter pas mal d'argent on parle d'un point de PIB et donc si on regarde sur dix ans parce qu'on regarde le budget sur une dizaine d'années ça fait au moins trois mille milliards de dollars qui vont rentrer dans les caisses de l'état américain avec des allers-retours parce que les droits de douane ne sont jamais stabilisés on les monte on recule on les rebaisse puis on les remonte mais aujourd'hui on a quand même un point de PIB de collecte de recettes liées aux droits de douane et ça représente sur les dix prochaines années trois mille milliards de dollars donc c'est pas négligeable ça va permettre en fait au déficit américain de rester à 6% de déficit sur les dix prochaines années et ça va lui éviter de croître s'il n'y avait pas eu ces recettes budgétaires le déficit se serait encore creusé puisqu'il faut rappeler qu'entre temps il a fait passer sa grande et belle loi budgétaire qui dégrade fortement l'équilibre dans lequel il y a beaucoup plus de baisse d'impôt que de recettes budgétaires et donc sans ces droits de douane il aurait déséquilibré encore plus le déficit américain et ces droits de douane depuis le début il faut comprendre qu'ils sont absolument nécessaires pour éviter une détérioration supplémentaire mais on va rester sur les prochaines années avec six points de PIB de déficit et donc une dette publique qui va continuer dont le poids rapporté au PIB va continuer à progresser fortement
mais évidemment ils ont le dollar et ils impriment le dollar donc ça n'a pas tout à fait comment dire le même impact qu'un déficit public
que ce soit
l'Italie
ou le français ils ont le dollar tant qu'ils ne choquent pas trop la confiance il faut se rappeler de ce qui s'était passé le 2 avril on a quand même eu un décrochage du dollar et ils sont quand même dépendants de financements extérieurs donc pour l'instant ça ne pose pas de problème on a un secrétaire au trésor Bessent qui a quand même essayé de calmer un peu les choses et éviter que le dollar ne décroche trop brutalement et ils en ont besoin ils ont besoin effectivement d'attirer des financements extérieurs pour continuer à financer leur déficit public et leur déséquilibre courant parce que le déséquilibre courant pour l'instant contrairement à ce que dit Donald Trump malgré les droits de douane il ne s'est pas réduit on reste avec un déséquilibre courant qui est grand ouvert mais ces droits de douane
qui les paie parce que ce qu'explique le président des Etats-Unis lui-même il dit ah ce sont les étrangers ce sont les pays étrangers les gouvernements étrangers qui payent
c'est pas le cas c'est absolument pas le cas quand on regarde en fait les prix des exportations n'ont pas baissé donc c'est clairement à l'intérieur c'est soit les entreprises américaines soit les ménages qui vont payer les droits de douane donc c'est une taxe soit sur les entreprises elles vont voir leur marge se réduire pour éviter que les prix ne montent trop soit elles vont répercuter ces prix ces hausses de droits de douane sur les prix leur prix de vente et les ménages vont payer leurs produits plus chers donc c'est très clairement payé à l'intérieur en partie par les entreprises en partie par les ménages alors pourquoi on n'a pas vu encore de très fortes hausses de l'inflation la raison c'est que un il y a eu des importations avant les hausses de droits de douane donc les entreprises ont constitué des stocks pour éviter d'avoir trop de hausses de droits de douane ça c'est le premier élément qui fait qu'il y a eu un élément d'absorption des droits de douane avant qu'il monte et puis le deuxième élément c'est que ça va être répercuté et ça prend un peu de temps mais on commence à le voir si vous regardez les prix des biens importés d'habitude les prix des biens importés baissent les prix des biens en général aux Etats-Unis ont tendance à baisser ils sont en train de monter et donc si vous regardez aujourd'hui il y a un demi point d'inflation qui est lié de hausse de l'inflation supplémentaire qui est lié à la hausse des droits de douane qui vient d'avoir lieu et le chiffre de l'inflation qui vient de sortir il y a quelques jours c'est quoi c'est 3% on est à 3% on est à 3% d'inflation mais il n'y aurait pas eu les droits de douane on serait à 2,5 donc il y a déjà un demi point de prélèvement sur les ménages et on va encore avoir un demi point dans les mois qui viennent donc les ménages vont porter largement une grosse partie de cette hausse des droits de douane va être payée par les ménages américains
Agathe Demaret vous venez de publier sur la plateforme de l'ECFR donc le conseil européen des relations internationales un papier très intéressant et très fouillé sur ce que vous appelez les Trumpenomics c'est pas très euphonique en français ça sonne mieux évidemment en anglais c'est normal et là en fait vous nous expliquez le décalage en quelque sorte entre les objectifs affichés par l'administration américaine et les résultats actuels de cette politique qui est d'abord une politique commerciale oui alors c'est vrai que si on s'attaque en fait aux objectifs de la politique commerciale de Trump les Trumpenomics on se rend compte d'un véritable décalage entre les objectifs affichés comme vous le dites et les résultats en fait les objectifs affichés vous l'avez mentionné il y a la réduction de la dette même s'il y a des recettes fiscales avec les droits de douane je dirais que cet argument n'est pas tout à fait convaincant parce que comme on vient de l'entendre il y aura probablement une hausse de l'inflation une baisse de la croissance américaine et donc sur une base nette les recettes fiscales des Etats-Unis sont quand même susceptibles de baisser donc cette première idée que les droits de douane vont être une recette magique pour limiter la dette publique américaine n'est pas tout à fait convaincante l'autre idée qui est souvent avancée par Donald Trump c'est l'idée des relocalisations d'entreprises qui se précipiteraient pour produire aux Etats-Unis avec des relocalisations massives et là aussi en fait ce n'est pas vraiment convaincant on voit un décalage entre les volontés de la Maison Blanche et la réalité puisqu'on ne voit pas de relocalisation massive on ne voit pas de projet d'entreprise qui dirait fonçons aux Etats-Unis pour éviter les droits de douane mais pardon Agathe Agathe je vous interromps on a vu quand même que Stellantis a annoncé quoi 500 millions de dollars d'investissement aux Etats-Unis on sait que LVMH fait de même on sait que CMA CGM investit massivement aussi dans toutes les infrastructures portuaires américaines et on a vu encore ces derniers jours à chaque étape de la tournée asiatique de Donald Trump l'une des conditions imposées à ces interlocuteurs c'était bon d'accord je veux bien vous baissez un peu les droits d'accord vous êtes sympathique je vous aime bien mais vous allez investir X millions aux Etats-Unis ça fait quand même partie sans arrêt du marchandage du du maître du deal alors oui de toute façon il y a un marchandage permanent avec le maître du deal mais je dirais qu'il y a plusieurs choses à prendre en compte la première chose à prendre en compte c'est est-ce que ces investissements n'auraient pas eu lieu si Trump n'avait pas été là parce que ce n'est pas comme si on partait de zéro ce n'est pas comme si les entreprises les multinationales n'avaient jamais eu de projet d'investissement aux Etats-Unis donc après utiliser de leur part ces projets d'investissement pour amadouer Trump ou obtenir des concessions c'est probablement très logique et la deuxième chose c'est que ces projets d'investissement ne vont pas se faire du jour au lendemain et c'est peut-être quelque chose que Trump ne prend pas tout le temps en compte mais ces projets d'investissement vont prendre du temps et donc les entreprises peuvent avoir tout intérêt à dire nous allons investir des millions des milliards et ensuite on verra effectivement sur la réalisation mais je serais quand même assez sceptique mais pour ce qui concerne les objectifs de la Maison Blanche je dirais qu'il y a deux objectifs avec ces tarifs douaniers qui eux semblent le plus convaincants la première idée c'est évidemment résoudre le déficit commercial c'est l'obsession de Trump avec des idées mercantilistes qui datent de sa jeunesse Trump estime que le déficit commercial américain est un problème alors c'est une aberration du point de vue économique puisque le déficit commercial américain qu'est-ce qu'il montre il montre un excès d'investissement par rapport à l'épargne et également on n'a pas de données qui permettent de démontrer que des tarifs douaniers pourraient permettre de résoudre le déficit commercial et l'autre objectif probablement de la Maison Blanche et qui là est plus intéressant parce qu'il met vraiment l'Union Européenne dans le viseur de l'administration Trump c'est l'idée d'utiliser les droits de douane comme levier pour faire pression sur les alliés des Etats-Unis afin qu'ils adoptent des positions plus dures vis-à-vis de la Chine et là évidemment l'Union Européenne est vraiment dans le viseur des Américains puisque je dirais que l'Union Européenne est la seule économie dans les pays du G7 à être encore un swing state à ne pas avoir de position très ferme et très dure vis-à-vis de la Chine Andésine venons-en à ce cas quand même très très singulier qui est l'examen par la Cour suprême de la politique des tarifs comme dit Donald Trump en fait des droits de douane tarifs en français n'a pas tout à fait la même signification et là il pourrait s'agir en fait d'une décision illégale non seulement parce que la compétence commerciale revient au Congrès mais aussi parce que l'état d'urgence invoqué à l'époque est difficilement justifiable donc sur quoi va s'appuyer la Cour à partir de mercredi prochain ?
Déjà la Cour a refusé de statuer dans l'urgence et donc l'administration Trump a fait une demande un recours qui s'appelle un certiorari qui a été accepté début septembre et la programmation de cette audience mercredi prochain et audience dont on a appris qu'elle serait beaucoup plus longue que d'habitude d'habitude c'est une heure là cela va durer deux heures et le sollicitor general c'est-à-dire celui qui représente l'administration va disposer de 40 minutes pour exprimer ses arguments la position de Trump est à la fois juridique et peu défendable mais surtout il a mis sur ses réseaux sociaux tout un tas de choses en disant que si par hasard la Cour suprême statuait contre lui c'était la fin de l'Amérique la fin de ses trillions of dollars des millions effectivement on parle bien de 3000 milliards de dollars sur 10 ans et alors c'est intéressant parce que lorsque c'était l'administration Biden et que Biden a voulu prendre des décisions la Cour suprême a invalidé ces décisions sur la base d'une doctrine jurisprudentielle qu'ils ont inventée il y a quelques années qui s'appelle Major Question Doctrine de la question importante en disant pour que le président puisse agir il faut que le Congrès lui ait donné vraiment délégation très très précise petit a et petit 2 il ne faut pas que l'acte envisagé ait un impact trop grand sur l'économie si on pense à l'exemple de Biden lorsqu'il a voulu effacer les dettes des étudiants on parlait de sommes gigantesques c'était 500 milliards là on parle de 3000 milliards de dollars donc en fait le rôle du solliciteur et de l'administration ça devait être de convaincre la Cour qu'il y avait bien une urgence et que ce n'est pas si aberrant de s'appuyer sur cette loi sur les pouvoirs d'urgence si ce n'est que et la Cour de première instance la Cour of International Trade et la Cour d'Appel ont bien dit non non ça ne va pas elles se sont l'une et l'autre plongées dans l'historique de la loi pourquoi la loi IEPA a été adoptée c'était justement pour limiter les pouvoirs du président en matière de droit de douane par rapport à une autre loi existante et donc la Cour devrait si elle juge selon le droit elle devrait dire que comme la Cour d'Appel que c'est un abus de pouvoir par le président sur la séparation des pouvoirs et qu'il ne pouvait pas invoquer la loi si ce n'est que on l'a vu récemment la Cour a vraiment un système de deux poids deux mesures elle dispose de toute une panoplie la règle du précédent elle devrait respecter ses propres précédents sa doctrine originaliste la doctrine de major question donc quand ça l'arrange elle utilise ses petites doctrines favorites mais quand ça lui pose problème elle oublie les doctrines donc il y a tout un tas d'experts qui disent qu'il est tout à fait possible alors que c'est aberrant que la Cour valide le recours par le président à cette loi ce qui aura un impact en matière de droit de douane mais aussi en matière de pouvoir du président cela veut dire qu'à l'avenir le président peut faire n'importe quoi en matière de droit de douane alors que cela relève de la compétence du Congrès c'est d'ailleurs ce qu'écrit Donald Trump régulièrement il dit je suis le président des Etats-Unis je peux tout faire et il semblerait que le secrétaire au trésor donc Scott Bessent qui est un ancien de Soros d'ailleurs ce qui n'est pas sans ironie puisqu'on sait que le très âgé Georges Soros fait partie maintenant des ennemis de l'intérieur que l'administration Trump veut détruire d'une manière ou d'une autre mais Bessent a envoyé une lettre à la Cour suprême semble-t-il pour étayer la plaidoirie que va faire le représentant oui alors ça c'est une arme procédurale à la Cour suprême il est possible à des individus ou des groupes alors soit qui sont partis au procès ou non alors Scott Bessent c'est un petit peu bizarre parce que bon c'est pas tout à fait lui qui est parti mais bon d'envoyer ce qu'on appelle une pétition amicus curiae dans laquelle la personne ou le groupe développe une argumentation alors ce qui est intéressant c'est que la fameuse Federalist Society dont on parlait tout à l'heure et tous les groupes qui font partie de la mouvance de la Federalist Society ont préparé des amicus curiae en soutien à la position du président et donc les juges doivent à la fois lire les conclusions disons les briefs de l'administration les briefs des défenseurs alors les défenseurs ce sont ceux qui contestent ce recours ce sont à la fois des entreprises qui expliquent que ça leur rend la vie impossible parce que ce qui est expliqué tout à l'heure ils sont obligés d'augmenter leur prix ou bien de terriblement réduire leur marge et puis des états qui expliquent qu'ils ne peuvent plus fonctionner il y a des états limitrophes du Canada qui importaient beaucoup de bois etc dont l'économie est complètement bouleversée par ses droits de douane donc ça ce sont les demandeurs les requérants qui contestent la loi et ce qui est intéressant c'est parmi les trois avocats ils auront chacun 20 minutes qui vont essayer de détruire la pseudo-argumentation de l'administration il y a un garçon très très bien qui s'appelle Neil Katyal qui avait été le solicitor general par intérim d'Obama pourquoi par intérim parce qu'il est très progressiste et qu'Obama savait qu'il n'obtiendrait pas la confirmation par le Sénat mais donc on revient donc à cette politisation d'une institution qui beaucoup plus que chez nous me semble-t-il aux Etats-Unis Elisa Shell était une institution sacrée la cour suprême déjà cette architecture ce rituel et on voit dans les sondages d'opinion que le prestige de la cour a beaucoup déchu depuis des années d'ailleurs ça ne date pas seulement de Trump 2
Oui tout à fait il y a eu une désaffection généralisée pour les institutions qui grandissent ce qui fait d'ailleurs le terrain de candidats comme Donald Trump pour leur élection ça c'est évident mais ce qui est intéressant ce qui se passe au niveau de l'opinion en ce moment c'est que selon les enquêtes les plus récentes auxquelles on peut accéder on voit que 54% des américains considèrent que Donald Trump instrumentalise la justice de manière générale alors vous me direz bah oui 54% c'est la majorité mais ça veut dire qu'il y a aussi 46% de l'opinion qui n'en est pas convaincue et qui trouve à ses actions une forme de légitimité et c'est là où la figure de Donald Trump est particulièrement intéressante c'est qu'il joue un rôle de bulldozer attention c'est moi je vais tout casser sur mon chemin mais il l'annonce et il en fait un spectacle et il sait qu'il va s'attirer des soutiens grâce à ça parce que les dirigeants autoritaires en Russie en Chine ils ne font pas ce grand spectacle de la puissance ils se contentent d'envoyer des dissidents en Sibérie ou je ne sais où et il n'y a pas tout ce spectacle donc si Donald Trump se met en spectacle dans ce rôle là c'est qu'il a une audience particulière et il est vrai je le disais à l'instant une défiance envers les institutions et notamment l'institution judiciaire réputée trop lente les lois qui seraient injustes on citait tout à l'heure des lois trop anciennes le système fédéral américain et le système des états est truffé de lois complètement datées qui peuvent permettre dans certains états par exemple de condamner pénalement des femmes à la prison parce qu'elles ont avorté ou cherché à avorter donc on est dans un système où il y a des lois qui sont très anciennes et pas du tout mises à jour donc dans cette espèce de cafarnaum la justice peut apparaître comme politisée injuste et qu'offre Donald Trump là-dessus il offre le bon sens voilà et là il a effectivement une audience particulière puisque tous ceux qui sont contre les institutions qui se disent ah bah oui non mais de toute façon c'est des gros en haut c'est l'élite ce sont les élites c'est les fameuses élites corrompues donc là on est en plein dans le réacteur populiste ce sont des élites corrompues qui de toute façon jouent contre nous ils ne pensent qu'à s'engraisser et voilà ce Donald Trump qui va faire justice et faire jouer le bon sens la volonté du peuple contre les institutions donc on a vraiment deux conceptions de la démocratie qui s'oppose la démocratie la règle de droit l'état de droit comme on dit en France et puis la démocratie qui est la volonté populaire sans filtre sans médiation et c'est celle-là que Trump entend défendre
celle que Trump entend défendre et qu'il met en pratique parce que quand il poursuit en fait ses ennemis personnels y compris un ancien patron du FBI qu'il avait lui-même nommé lors de son premier mandat mais qui a eu l'audace à l'époque lors de la campagne donc 2015-2016 comme il est nommé juste après et il fait une enquête sur l'ingérence russe en faveur de Donald Trump et contre la candidate démocrate de l'époque donc Hillary Clinton et Kormi maintenant il est poursuivi par la mini par tout l'appareil judiciaire ce qui est sidérant Elisa c'est que le ministère de la justice d'abord il est dirigé par une ancienne avocate de Donald Trump qui était aussi une lobbyiste du Qatar donc il y a un mélange des genres qui est assez est assez sidérant mais comme vous le dites
ça ne choque pas Le gros point d'interrogation dans le cas de James Comey c'est la relation entre Trump et le régime de Vladimir Poutine on l'a vu à travers effectivement ses représailles suite à l'enquête sur l'interférence électorale russe on l'a vu aussi avec le dossier Epstein c'est-à-dire ces révélations régulières qui sont faites concernant les liens entre Donald Trump et ce prédateur sexuel Jeffrey Epstein et on se dit mais quelle est la source de ces informations d'où ça vient pourquoi Donald Trump se rallie quand même assez régulièrement alors il a des allers-retours mais derrière la position russe ça c'est quand même une énorme question qui pèse sur la démocratie américaine aujourd'hui Oui pour James
comme pour Laetitia James Alors Laetitia James qui est la procureure de l'état de New York qui l'avait poursuivi pour fraude financière et obtenu sa condamnation qui a été réduite en appel mais bon il est très très fâché contre elle ce qui est important de savoir c'est que les charges sont tellement faibles que les procureurs de carrière ont refusé de procéder à l'inculpation de Comey et de Laetitia James et donc il a limogé les procureurs et il a mis à la place une sorte de pantin qui est aussi une de ses anciennes avocates qui est spécialiste du droit immobilier et de l'assurance qui ne connaît absolument rien au droit pénal et qui a qui a d'ailleurs été nommée dans des conditions qui sont aussi contestées en justice par l'interrime et donc elle a procédé à l'inculpation aucun des autres procureurs du service a voulu signer donc elle a signé toute seule comme une grande et il y avait urgence à cause des délais de prescription si Comey n'était pas inculpé dans les trois jours ensuite ce n'était plus possible les délais tombaient et donc là on a cette instrumentalisation des poursuites et c'est intéressant parce que dans la constitution il est vrai que le ministère de la justice appartient à la branche exécutive à l'article 2 et Trump dit je peux faire tout dans l'article 2 mais la tradition toujours était que les poursuites étaient autonomes indépendantes et que le président ne devait pas se mêler des poursuites Nixon avait été tenté mais ses proches l'en avaient dissuadé Trump a été tenté durant le premier mandat là les proches les fameux adultes dans la pièce ont réussi à le dissuader là il n'a plus d'adultes dans la pièce donc il fait ce qu'il veut il veut se venger il est plein de rancœur et c'est grave et c'est d'autant plus grave que dans le même temps il s'attaque au cabinet d'avocats et il faut espérer qu'il va rester suffisamment d'avocats pour pouvoir défendre ces gens qui en plus vont se ruiner sauf s'ils peuvent être pris en charge par ce qu'on appelle les groupes d'intérêt public qui vont les défendre pro bono donc là il y a vraiment plusieurs attaques sur l'institution judiciaire il menace aussi les juges verbalement il les menace de mise en accusation donc cette malheureuse institution judiciaire qui effectivement est très inégale aux Etats-Unis elle ne traite pas de la même façon un criminel en col blanc et un noir qui a fumé un tout petit peu de ou qui a été arrêté dans des conditions spécieuses mais cette institution judiciaire là elle est attaquée de tous côtés par l'attitude du président et ces sbires reprennent les attaques et ainsi que le disait Elisa finalement les magas sont très contents qu'on attaque et les avocats et les juges et tous ces gens-là qui appartiennent pour eux à une élite progressiste donc absolument infréquentable et dangereuse Florence Pizani tout cela explique aussi l'indifférence de l'administration Trump au blocage de l'examen du budget donc le congrès est bloqué donc il n'y a pas de enfin comment dire on ne va faire aucune comparaison avec ce qui se passe chez nous tellement les systèmes sont différents néanmoins il n'y a plus de budget fédéral et donc on voit que c'est aussi une façon pour les idéologues les plus proches de Donald Trump de continuer une purge politique au sein même de la fonction publique au niveau fédéral mais ça veut dire aussi qu'il y a toutes sortes de dépenses et notamment de dépenses de santé qui sont bloquées
qui ne vont pas être payées alors il y a plusieurs enjeux il y a effectivement des fonctionnaires qui ont été licenciés mais là encore c'est illégal mais ils l'outrepasse son droit donc ils continuent à les licencier
ça c'était quoi Elon Musk et Doge ?
non non c'est après depuis le shutdown donc la fermeture il y a une fermeture des services publics non essentiels il en a profité pour licencier une partie des fonctionnaires qui étaient en place de façon complètement illégale il y a ensuite le problème du paiement des fonctionnaires tous les fonctionnaires qui ne travaillent pas ne peuvent pas être payés et même ceux qui travaillent normalement ne reçoivent pas le paiement il a là encore contourné les budgets essayé de trouver des fonds pour payer l'armée ce qu'il a réussi à faire la première fois mais à nouveau va se poser la question de les payer à partir du 1er novembre et là il n'y a plus de fonds sinon qu'il y a un milliardaire
qui est un héritier Mellon c'est comme si chez nous Bernard Arnault payait la solde de l'armée française
voilà mais ça ne suffit pas très longtemps ça ne couvre pas complètement les dépenses mais là aussi c'est un détournement complet et puis dernier élément il y a un certain nombre de dépenses sociales et en particulier de bons alimentaires qui vont s'arrêter et ça touche 42 millions d'américains c'est à dire 1 américain sur 8 ne vont plus pouvoir toucher les bons alimentaires parce que là on n'a pas trouvé d'astuces dans le budget pour essayer de trouver des fonds et continuer à les payer
Mais comment expliquer cette indifférence autant du côté des républicains que du côté des démocrates
Il n'est pas complètement indifférent parce que plus le temps passe plus d'abord c'est coûteux pour l'économie on perd 0,1 0,2 points de PIB en rythme annuel toutes les semaines on en est à la 5ème semaine donc on vient de perdre un demi-point de PIB donc ça ce n'est pas très favorable pour lui et deuxième élément il y a quand même un blocage complet et il va falloir qu'on réouvre les services publics parce que le transport aérien ne va plus fonctionner on va manquer d'aiguilleurs du ciel il va y avoir donc il va y avoir un certain nombre de blocages qui vont commencer à gêner les américains et il va falloir trouver une solution et se mettre d'accord et le point d'achoppement c'est qu'il y a un certain nombre de subventions de santé qui vont s'arrêter normalement en décembre et que les démocrates voudraient que ces subventions se poursuivent pour permettre là aussi à une vingtaine de millions d'américains de continuer à pouvoir payer leurs dépenses de santé ces subventions c'est 100 dollars 200 dollars et puis parfois ça va jusqu'à 1000 dollars et sans ces subventions les américains en bas de l'échelle s'il leur manque 100 dollars ils ne pourront pas payer et s'assurer c'est l'Obamacare une partie de l'Obamacare qui a fait que ces 20 millions ont pu s'assurer qui risquent aujourd'hui de perdre leur assurance santé et il faut toujours répéter
tellement nous sommes habitués nous quelles que soient les critiques que l'on profère à l'égard de notre système social qu'aux Etats-Unis il y a une grande majorité d'américains qui n'ont pas de couverture sociale Agathe de Marais dans la façon dont Donald Trump nous considère nous autres européens on sait qu'il dit très volontiers que un il ne nous aime pas que deux nous sommes des profiteurs que l'Union Européenne a été conçue je ne vais pas employer un mot aussi vulgaire un samedi matin sur France Culture mais enfin en gros oui je vais le dire quand même oui je ne peux pas dire le gros mot alors d'accord donc pour enquiquiner les Etats-Unis et on se souvient de ces accords conclus sur l'un des golfs de Donald Trump en Écosse c'était en juillet dernier entre la présidente de la Commission Européenne et le président américain cet accord a été fortement critiqué souvent d'ailleurs sur un registre plus politique me semble-t-il que véritablement économique selon vous quel impact a eu cet accord pour nos économies et pour le marché européen qui reste le premier marché pour les exportations américaines alors effectivement l'accord a été très décrié en Europe mais en fait plutôt en France et en Hongrie je dirais que la France et la Hongrie ont été les deux pays européens où l'accord a été décrié et partout ailleurs l'idée a été qu'on a limité les dégâts alors comme vous le dites un accord décrié et je crois que la Commission Européenne a été un bouc émissaire facile mais quand on regarde le détail de l'accord je dirais qu'il y a trois paramètres à prendre en compte pour se dire en tout cas de mon point de vue que l'accord est probablement le moins mauvais qu'on pouvait espérer d'une part les droits de douane effectivement 15% imposés sur les importations américaines en provenance de l'Union Européenne comme on l'a discuté déjà dans l'émission ce sont bien les entreprises américaines et les consommateurs américains qui vont payer ces droits de douane ce ne sont pas les exportateurs européens et après la question était de savoir si on pouvait peut-être avoir des droits de douane moindres en dessous de 15% mais si Donald Trump est bien obsédé par le déficit commercial comme cela semble être le cas on pouvait imaginer qu'il était très difficile d'aller en dessous de 10-15% d'ailleurs il n'y a pas vraiment de grandes économies qui ont réussi à aller en dessous donc ça c'est le premier paramètre à prendre en compte en dessous de 15% honnêtement ce n'était pas très réaliste le deuxième paramètre à prendre en compte justement c'est ce qu'ont fait les autres pays et je crois qu'il y a des choses très intéressantes à regarder par exemple dans l'accord commercial qui a été conclu entre les Etats-Unis et le Japon on voit des clauses où le Japon pour le coup va dépenser de l'argent public japonais pour financer des entreprises américaines sur le sol américain on n'a pas du tout ce type d'engagement côté européen donc là aussi quelque part on peut se consoler en se disant que d'autres pays n'ont certainement pas fait mieux et enfin ce qu'il y a je crois d'effrayer la chronique sont les engagements européens de faire des investissements d'importer des produits énergétiques américains d'importer plus de matériel militaire américain si on regarde dans le détail les 600 milliards d'investissements qui ont été promis par la commission européenne sur le sol américain d'ici 2028 en fait ce chiffre correspond exactement aux intentions d'investissement des entreprises privées européennes donc ce n'est pas du tout la commission européenne qui dit on va mettre de l'argent public sur la table ou investir de l'argent européen aux Etats-Unis ce sont bien les projets actuels existants des entreprises européennes sur le sol américain sur lesquelles la commission européenne n'a pas son mot à dire sur les fameuses importations de 750 milliards de produits énergétiques américains en Europe aussi d'ici 2028 alors là il faut être clair ça a très très peu de chances de se produire pourquoi ?
parce que les Etats-Unis aujourd'hui n'ont pas la capacité de le faire et enfin pour ce qui concerne les importations de matériel américain ça aussi c'est un petit peu défrayé la chronique en France la commission européenne s'est simplement engagée même si elle n'a pas vraiment de mandat pour le faire est-ce que les importations européennes de matériel militaire américain augmentent sensiblement on n'a pas de chiffres ces prochaines années mais ça de toute façon cela va se produire avec les projets de réarmement d'un certain nombre de pays européens les Etats-Unis étant un fournisseur de matériel militaire de premier plan donc je crois que quand on met ces trois arguments bout à bout on se rend compte que finalement cet accord est probablement moins mauvais qu'on le croit et du point de vue économique en tout cas on a plutôt limité les dégâts Reste que le front des services et là les européens sont quand même en très mauvaise posture nous sommes les premiers consommateurs des GAFAM donc de toutes les technologies que seuls les géants américains sont capables de produire avec cette accélération vertigineuse de l'intelligence artificielle et de ce financement cette économie circulaire qui est en train de se mettre en place entre eux et là Agathe on peut s'attendre de la part de Donald Trump qui déjà menace de s'en prendre aux réglementations européennes on peut s'attendre à une prochaine offensive assez vite Oui tout à fait ça va être l'une des prochaines offensives de Donald Trump en fait si on regarde je dirais qu'il va y avoir trois fronts dans les offensives à venir de Donald Trump et donc on voit très clairement que tout ce qu'on a vu ces derniers mois n'est que le début le premier front ça va être comme vous le dites la question des GAFAM la question des régulations digitales européennes par exemple pour le respect de la vie privée la modération de certains contenus le fait d'éviter les interférences notamment autour des élections ça ça va être clairement un front mais de ce point de vue en fait là c'est intéressant c'est que les Etats-Unis ont un excédent commercial pour leurs exportations de services donc ils auront du mal à argumenter d'un déficit commercial américain qu'il faudrait résoudre par le biais de tarifs la situation est totalement inversée et quelque part cela donne une certaine influence à l'Union Européenne parce que l'accès au marché européen de 500 millions de consommateurs de services digitaux est crucial pour les plateformes digitales américaines et ensuite en termes d'autres fronts qui vont probablement s'ouvrir prochainement on aura le front de l'investissement on a quand même des projets de régulation des investissements du côté de la Maison-Blanche qui sont assez hallucinants en fait clairement si on lit la America First Investment Policy qui a été publiée il y a quelques mois par la Maison-Blanche la Maison-Blanche souhaite ni plus ni moins que demander aux investisseurs aux entreprises internationales qui veulent faire des investissements aux Etats-Unis de faire un choix entre leurs investissements en Chine et leurs investissements aux Etats-Unis donc une forme de découplage dans le domaine des investissements et enfin le troisième front ça va être très certainement un front financier avec les projets notamment de Stephen Miran qui est maintenant un membre du Conseil de la Réserve fédérale d'essayer de forcer une dépréciation du dollar vis-à-vis des autres devises notamment de l'euro et ça évidemment ça passerait l'Union Européenne dans une position difficile puisque une dépréciation du dollar veut dire une appréciation de l'euro et donc une perte de compétitivité des exportations européennes les exportations étant le moteur des économies européennes ce serait un scénario très difficile pour les économies européennes Florence Pisani on en revient donc à cette question qui aux Etats-Unis bénéficie de ces rapports de force qui évidemment l'économie américaine reste la première du monde néanmoins elle a des goulots d'étranglement les chiffres de l'emploi ne sont pas bons alors que l'un des motos de Trump c'est de dire les étrangers nos ennemis ou nos rivaux etc on les oblige à investir chez nous pour recréer de l'emploi américain et donc en fait
quelle Amérique bénéficie de cette politique alors en fait on a clairement deux Amériques c'est à dire qu'aujourd'hui en moyenne on a une économie qui résiste bien qui croit encore on a 2,5-3% de croissance de la demande intérieure avec de l'investissement essentiellement en intelligence artificielle tout ce qui est lié au développement de l'intelligence artificielle le reste de l'investissement progresse peu voire se contracte il n'y a plus de construction de murs d'usines contrairement à ce qu'il y avait sous Biden on avait des constructions de murs d'usines on n'en a plus et deuxième élément sur le marché de l'emploi on n'a jamais eu une dichotomie aussi forte entre un investissement qui accélère et un marché de l'emploi qui finalement on a vu des créations d'emplois à l'arrêt et quand on regarde ces deux Amériques il y a une partie des ménages en haut de l'échelle des revenus qui bénéficient évidemment de la politique de Donald Trump ils détiennent d'abord l'essentiel des actifs financiers pour vous donner un chiffre le 1% du haut a autant d'actifs financiers que les 80% du bas donc ça donne une petite idée de la polarisation et sur les dernières années avec la hausse de la bourse le 1% du haut c'est fortement enrichi donc ils consomment leur salaire monte et ils bénéficient en plus d'allègements fiscaux liés à la grande réforme budgétaire quand vous regardez les 10% du bas ils sont dans une situation radicalement différente ils vont avoir un pouvoir d'achat qui va être amputé par la hausse des droits de douane ils vont arrêter parce qu'on a durci les conditions d'accès aux bons alimentaires donc ils vont recevoir moins de transferts de l'état fédéral ils bénéficient pas des nouvelles baisses d'impôts parce que comme ils payent pas d'impôts pas d'impôts sur les pourboires ils en bénéficient pas donc ils ont pas ces avantages là et au total leur pouvoir d'achat va se contracter de 3-4% donc ceux-là vont continuer à souffrir et en plus à partir de 2028 on va supprimer ou en tout cas durcir l'accès à Medicaid qui est l'assurance santé pour les plus pauvres donc il y a clairement ces deux Amériques là une masse d'Américains en fait les 50% du bas qui vont souffrir en particulier de la politique des droits de douane et puis les 10-20% du haut qui eux bénéficient de la politique de Donald Trump
Elisa Hachel ça nous amène même s'il nous reste que quelques minutes à évoquer l'élection à la mairie de New York qui a lieu mardi prochain et qui est une élection en regard de ce que vient de nous expliquer Florence Pizani qui est tout à fait singulière puisque d'après les sondages le favori pour remporter cette élection la politique à New York a toujours été très très particulière c'est donc un jeune homme de 34 ans qui s'appelle Zoran Mamdani qui n'a jamais exercé la moindre responsabilité je crois qu'il était étudiant
il avait des responsabilités politiques locales mais modeste il a géré un bureau de 5 personnes et alors lui
il est véritablement à la gauche d'un parti démocrate et on sent bien que les classiques du parti démocrate qui sont déjà quand même très très largement déboussolés depuis un an ils sont tout aussi comment dire embarrassés par
l'essor de ce garçon oui tout à fait donc la configuration à New York est la suivante rapidement on a un maire sortant qui n'a fait qu'un mandat qui est Eric Adams qui est un maire noir qui est un ancien capitaine de police du NYPD et qui a été inquiété pour des affaires de corruption et des liens crapuleux avec la Turquie et blanchi par Donald Trump blanchi par un juge à l'initiative de Donald Trump moyennant l'application de mesures restrictives d'immigration à New York qui a une politique d'asile la plus généreuse qui existe de tout le pays donc on a ce maire qui est sortant qui a essayé de se représenter qui a perdu on a un autre démocrate aussi dans la course gouverneur de New York qui lui avait été inquiété pour des affaires de harcèlement sexuel et on a ce mamdani qui représente la gauche anticapitaliste dans la capitale du capitalisme financier mondial et qui est pour l'instant un recours le seul recours possible pour les démocrates s'ils ne veulent pas voter pour l'ancienne garde corrompue pour le dire rapidement seul problème mamdani est un anticapitaliste il promet beaucoup de redistribution il est aussi très pro-palestinien avec un antisémitisme larvé ce qui pose un gros problème à New York qui est la ville la plus juive des Etats-Unis et le vote juif va plutôt aller sur Cuomo à 60% selon les estimations et ce qu'on voit donc à New York c'est la division du camp démocrate encouragée par Donald Trump qui voit se dégager en tête la gauche anticapitaliste mais dont on n'est pas sûr qu'elle puisse remplir ses promesses une fois arrivée au pouvoir si tel était le cas
et donc une élection à suivre mardi prochain les élections américaines sont toujours évidemment palpitantes disons ça comme ça donc merci merci à vous quatre et j'étais ravie d'accueillir quatre dames expertes aussi distinguées donc Anne Désine vous avez publié en octobre dernier au presse universitaire de Nanterre les juges contre l'Amérique la capture de la cour suprême par la droite radicale Elisa Schell vous venez de publier un très bon livre aux éditions Adil Jacob la démocratie à l'épreuve du populisme Florence Pisani vous avez co-écrit avec Emile Gagna une série de papiers sur la politique économique de Trump c'était au printemps dernier et on peut les lire sur le site de Candriam et Agathe j'ai déjà parlé de votre dernier rapport donc sur les Trumponomics et vos conseils aux autorités européennes pour essayer de tenir bon voilà la réalisation ce matin Luc Jean Reynaud bien sûr à la technique Ludovic Auger Théa Corler et Patricia Miura de la documentation de Radio France m'ont aidé à préparer cette émission et dans un instant nous sommes samedi voici les carnets de santé de Marina Carrère d'Ankos très bon week-end et à samedi prochain bon week-end
bon week-end