Présidence LR, voile dans le sport, retraites...L'interview de Valérie Pécresse en intégralité
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BFM TV face à face. Apolline de Malherbe.
Il est 8h32 sur AMC BFM TV. Bonjour Valérie Pécresse. Bonjour. Merci d'être dans ce studio pour répondre à mes questions. Vous êtes la présidente LR de la région Île-de-France. Vous êtes l'ancienne candidate à la présidentielle. De très nombreuses questions à vous poser sur la loi contre le narcotrafic, sur les négociations sur la réforme de retraite. On a bien compris que l'âge n'était plus vraiment négociable. Mais je voudrais commencer par ces images qui ont tourné en boucle ce week-end. On peut les voir sur BFM TV et je les décris pour ceux qui nous écoutent. On y voit un buraliste. Ça se passe à Savas dans la Drôme. Vendredi, un buraliste est dans son bureau de tabac.
Un homme entre avec un fusil, tire, tire. Il m'a braqué, il a tiré. Par chance, je suis en vie. Voilà ce que dit le buraliste qui a fini par se protéger avec une table de son bistrot contre le fusil et a tenté de poursuivre le voleur qui d'ailleurs à cette heure n'a toujours pas été arrêté. La Fédération des buralistes dit ce n'est qu'un de plus. On a frôlé la catastrophe, il va finir par y avoir un mort. Voilà ce que dit la présidente de la Fédération des buralistes. Cette violence extrême, c'est-à-dire que ce n'est pas juste un vol à l'ancienne. On dirait presque des images venues des États-Unis. C'est un vol avec un fusil qui rentre comme ça dans un bureau de tabac.
Comment vous réagissez ?
Ça fait déjà pas mal de temps que je demande un vrai choc d'autorité pour le pays. Et ce choc d'autorité, pour moi, il ne se fera que dans un continuum de sécurité. On a besoin aujourd'hui que la justice, qui est complètement débordée, fonctionne différemment. On a besoin qu'elle ait des auxiliaires dans la société. C'est pour ça que je propose par exemple qu'elle se concentre sur les affaires les plus graves et qu'un certain nombre de délits du quotidien, ces délits qui d'ailleurs parfois font l'objet de plaintes mais pas forcément de poursuites parce que la justice est débordée, puissent être confiées au maire.
Que le maire puisse devenir un juge de paix pour ces petits délits du quotidien. Mais comment les injures, les outrages ? Vous savez, avant, on avait des juges de paix. On avait des juges de paix, c'est-à-dire qu'ils siègent comme un tribunal municipal. Et puis, pourquoi je veux ça ? Je veux ça pour pouvoir désengorger la justice. Parce que la justice, aujourd'hui, elle sanctionne trop tardivement. Elle sanctionne trop tardivement parce qu'elle est débordée. Et puis par ailleurs...
Mais pardon, je m'arrête là-dessus parce que c'est assez surprenant et intéressant. C'est-à-dire qu'on a l'impression que c'est aussi Saint-Louis sous son arbre. C'est ça. Mais ça veut dire que vous estimez que les maires pourraient prendre des sanctions lorsqu'il y a des litiges ? Absolument. Mais des sanctions de quel ordre ?
Par exemple, moi je crois beaucoup... Vous savez, les maires, aujourd'hui, ils peuvent réunir, mais ce n'est pas obligatoire, un conseil des droits et devoirs des familles. Un conseil des droits et des devoirs des familles pour réunir les familles quand un jeune se comporte mal. Que ce soit dans le milieu scolaire, que ce soit dans la rue, que ce soit dans l'espace...
Vous les invitez à le faire davantage ?
Moi je voudrais que ces conseils des droits et des familles soient obligatoires dans les villes de plus de 10 000 habitants. Après 10 000 habitants, on décidera, ça peut même être jusqu'à... Ça peut même être à 5 000 habitants. Il faut qu'ils aient juste une administration qui puisse suivre le jeune et la famille. Et je pense qu'il faut pouvoir proposer des sanctions, des sanctions éducatives pour le jeune immédiatement, dès qu'il se fait remarquer, dès qu'il commence à mettre le souk, et puis éventuellement rappeler les parents à leur responsabilité. Mais les maires... Mais il faut prendre des sanctions vis-à-vis des parents. Parce que vous savez que la société est très généreuse.
On donne beaucoup d'aide aux familles, des aides aux vacances, des aides à la culture, des aides de toutes sortes. Donc, si le jeune est délinquant et que les parents sont défaillants, il faut aussi pouvoir les sanctionner.
Avec une question derrière cela, qui est la question de la capacité ou non de la France à continuer à être généreuse, comme vous le dites, puisque c'est un peu le débat qui commence à s'installer. Mais Valérie Pécresse, si je m'arrête quand même un instant sur cette question-là, les maires, ils sont élus, et ils sont de toutes étiquettes. Sur une question, par exemple, comme faut-il ou non armer la police municipale, vous le savez bien, y compris par exemple au sein des maires écolos, il y a celui de Bordeaux qui estime qu'il faut en effet que les policiers soient armés, le maire de Grenoble qui, à l'inverse, dit non.
Donc, sur des questions comme l'armement ou non des policiers, comme la justice qu'il faudrait rendre sous tel et tel angle, comme les sanctions à prendre, est-ce que vous n'estimez pas qu'en donnant le pouvoir aux maires, on va avoir une justice éclatée en France ?
Mais on aura déjà une justice. Parce que le problème, c'est qu'il y a toute une série de petits actes qui ne sont pas du tout aujourd'hui sanctionnés. Et on aura aussi la prévention de la récidive. J'ajoute, sur les polices municipales, moi je suis catégorique, aujourd'hui les polices municipales doivent devenir des vraies polices de proximité. Bruno Retailleau, au ministère de l'Intérieur, est en train de faire ce qu'on appelle le beau veau des polices municipales. L'objectif, c'est de donner plus de pouvoir à ces polices municipales pour qu'elles puissent être des vraies, là aussi, des auxiliaires de la police nationale.
Que la police nationale puisse se focaliser beaucoup plus sur l'ultra-violence, les enquêtes, le grand banditisme. Et qu'en proximité, vous ayez une police qui, elle, maille le terrain, qui fait de l'îlotage. Là-dessus, je suis catégorique aussi. Il faut rendre obligatoire l'armement des polices municipales dans les très grandes villes. Ça n'est pas normal qu'à Paris, la police municipale ne soit pas armée. À Grenoble, à Nantes, on voit monter l'insécurité dans ces métropoles. Et tout repose sur la police nationale. Or, la police nationale, elle n'a plus, du coup, les effectifs pour aller dans les zones plus rurales, comme ce village de la Drôme, qui est peut-être en zone gendarmerie.
Mais gendarmerie et police, on a besoin qu'ils soient sur la grosse délinquance, la délinquance ultra-violente. Et on a besoin que les polices municipales, elles, puissent occuper le terrain de la sécurité de proximité. À Paris, vous avez vu qu'il y a une recrudescence de couteaux, couteaux d'armes blanches saisies. Comme partout, hein ? Comme partout en France. Et pourquoi je parle de Paris ? C'est parce qu'à Paris, ils ont fait un hashtag « Stop couteau ».
Je précise, pour ceux qui nous écoutent à RMC, que vous faites un visage mi-amusé, mi-ironique.
Ben oui, voilà. On ne lutte pas contre des porteurs d'armes blanches avec des hashtags. On lutte en armant une police municipale. Parce que je ne vois pas comment une police municipale non armée peut lutter contre des délinquants qui ont des armes. Et en Ile-de-France, on a deux policiers municipaux, policières municipales, qui ont trouvé la mort.
Mais c'est notamment, évidemment, mais c'est notamment aussi des armes de la jeunesse. On a notamment un projet d'attentat qui a été déjoué la semaine dernière avec un jeune de 17 ans qui a été arrêté. Ce jeune-là, il a été arrêté parce qu'il était en possession d'un couteau. Vous, vous êtes à la tête d'une présidence de région. La question de la vérification ou non des sacs des collégiens, des lycéens, est-ce que vous estimez qu'il faut carrément le systématiser ?
Non, je ne crois pas qu'il faille le systématiser. Parce que la vérité, c'est que dans un lycée ou dans un collège, on peut très bien aller mettre un couteau sous une grille et aller le récupérer après. Donc je ne pense pas... Vous savez, ce que je crois, c'est qu'il est indispensable pour les mineurs délinquants qui sont de plus en plus jeunes et de plus en plus violents. C'est ça la réalité. Je préside la région la plus criminogène de France. C'est l'île de France. Donc je vois monter ces phénomènes de rixes de bande. Vous savez que j'ai été obligée de créer des brigades régionales de sécurité dans les lycées.
Ce sont 100 personnes qui aujourd'hui se déploient en brigade de 5 et qui ramènent le calme quand il y a des attaquants, des professeurs, des intrusions, des rixes, du deal, du racket. Donc ce que je veux dire, c'est qu'on voit monter cette délinquance juvénile. Pour la contrer, je le dis, il faut des sanctions immédiates pour les mineurs délinquants. Le vrai problème que nous avons, c'est que notre justice fait une césure aujourd'hui. C'est-à-dire que si vous... La justice des mineurs. La justice des mineurs. La justice des mineurs fait une césure.
Ça veut dire qu'un jeune qui est pris la main dans le sac, il peut être aujourd'hui condamné, pas encore en comparution immédiate, mais avec la loi Attal, on avance. Donc il peut être condamné, mais quand il sera condamné, il y a une césure entre le moment où on déclare qu'il est coupable et le moment où il va faire une peine.
Il faut revenir à une justice des mineurs qui se donne en une seule fois ? Elle n'existe pas aujourd'hui. La condamnation et la peine ?
Elle n'existe pas. Il faut changer profondément la justice des mineurs en acceptant la comparution immédiate des mineurs et la sanction immédiate. Alors ça va complètement contre toute la tradition qui est de dire qu'il faut faire une enquête sociale. L'enquête sociale va durer des mois. Et le temps qu'on fasse cette enquête sociale, il n'y a pas de sanctions.
Il ne faut plus d'enquête sociale ?
Il faut de l'enquête sociale. Mais le sujet, ce n'est pas ça. Il faut prévenir la récidive. Et le problème, c'est quand on met huit mois entre le prononcé de la sanction et son exécution, on ne permet pas de stopper la spirale de la délinquance. Et le gamin a volé un oeuf, il finira par voler un bœuf. Et tout ça parce que la société n'aura pas réagi assez vite. Et je suis pour les courtes peines de prison.
Appliquées tout de suite, comme le font nos voisins hollandais ?
Exactement. Qui vont complètement à l'encontre de ce qu'on fait depuis des années. On considère que la prison, on doit repousser, repousser, repousser l'échéance à deux ans de condamnation ferme. Ça n'est plus possible. On aménage trop les peines. Aujourd'hui, une peine très courte de prison, d'une semaine, de deux semaines, c'est ce que font nos voisins pour stopper l'ultra-violence. Et ça marche. Mais il faut des prisons spécialisées pour les primo-condamnés.
Des prisons spécialisées pour les primo-condamnés, des prisons spécialisées pour les narcotrafiquants. Absolument. Ça fait beaucoup. Mais là-dessus, vous soutenez la loi sur le narcotrafic qui arrive aujourd'hui à l'Assemblée 1 ?
Non seulement je la soutiens, mais je dis que c'est un impératif national. Il faut se rendre compte. Et c'est en tant que présidente de la région où il y a le plus de narcotrafic, en France, que je parle. Aujourd'hui, le narcotrafic, c'est un État mafieux dans l'État. Un État mafieux qui veut déstabiliser l'État. Alors oui, le narcotrafic, il tue. Il plonge des familles dans des grandes détresses. Mais en plus de ça, il déstabilise la société française en entier. Parce qu'il y a des quartiers dans lesquels on gagne beaucoup plus en dealant qu'en allant faire des études. C'est ça qui est complètement déstructurant. Valérie Pécresse, pourquoi Bruno Retailleau n'est pas l'envoqué ?
Pour plusieurs raisons. D'abord parce que j'ai une dette d'honneur vis-à-vis de Bruno Retailleau. Et cette dette d'honneur, je veux m'en acquitter. Qu'est-ce qu'il a fait pour vous pour que vous en soyez ? Une dette d'honneur de reconnaissance. Parce que je ne sais pas si dans votre vie, vous avez vécu des périodes où vous étiez vraiment face à une épreuve et vraiment seul. Si vous avez vécu ces périodes-là, vous savez qu'on n'oublie pas ceux qui vous tendent la main et qui sont présents et qui vous portent à ce moment-là. Je me sens presque ému là-dessus. Oui, Bruno Retailleau, en 2022, il a fait partie du très très petit nombre de personnes qui m'ont aidée du début jusqu'à la fin.
On a fait ensemble mon projet sur l'immigration. On a fait ensemble les 100 premiers jours d'une présidence Pécresse qui n'a jamais eu lieu, qui n'a pas trouvé son public, on va dire. Mais il a été là. Il a été d'une loyauté sans faille. Et moi, je pense que c'est important dans la vie de savoir dire merci. C'est quasiment une question humaine. Oui, c'est humaine, c'est entre lui et moi. Mais au-delà de ça, il y a aussi un choix politique. Et ce choix politique, il n'est pas négligeable. Je pense aujourd'hui que Bruno Retailleau est l'homme de la situation pour relever la droite.
Je pense qu'il l'est parce que je pense que les Français, ils cherchent de la force, de la sincérité, ils cherchent des résultats aussi. Et c'est les principales critiques qu'on fait aux politiques.
Mais sur la question des résultats, on en parlait à l'instant. La situation, vous-même, vous le décriviez sur le plan notamment de la délinquance ou du narcotrafic. On ne peut pas dire franchement que les choses aillent très bien. Valérie Pécresse, sur la question du dossier algérien, le rapport avec l'Algérie, le fait que l'Algérie refuse pour l'heure de récupérer un certain nombre de ses ressortissants, les plus dangereux. La liste a été donnée par Bruno Retailleau. Il menace de démissionner s'il n'est pas suivi sur le bras de fer avec l'Algérie. Est-ce que vous estimez qu'il faudrait dans ce cas qu'il démissionne vraiment ? Est-ce que c'est ça ce qu'il faut pour la France ?
Il y a plusieurs questions dans la question. D'abord, sur les résultats, je note que la loi sur le narcotrafic est d'origine sénatoriale. C'est Bruno Retailleau qui l'a initiée quand il était sénateur. Aujourd'hui, il la porte au Parlement. Je m'y arrête une seconde. Je le dis, dévitaliser cette loi, ce serait une faute morale et politique. Et je demande vraiment aux députés de se mobiliser pour cette loi, aux côtés de Bruno Retailleau.
Pardon, mais je précise les choses pour ceux qui nous écoutent. Il y a aussi une double lecture. Qui est le patron des députés LR à l'Assemblée ? C'est Laurent Wauquiez. Est-ce que vous pensez que la concurrence entre Laurent Wauquiez et Bruno Retailleau au niveau de LR pourrait fragiliser la loi elle-même ?
Je ne l'imagine pas à un seul instant. Voilà. Je ne l'imagine pas à un seul instant. En revanche, je vois que dans le bloc central, ça vacille. Je vois aussi que le rapporteur est socialiste de la loi. Donc on n'a pas de majorité dans cette chambre introuvable-là. Donc le sujet, c'est que tout le monde doit être sur le pont. Ça, c'est sur le narcotrafic. Mais je n'élute pas votre question sur l'Algérie. Sur l'Algérie, moi, je suis extrêmement heureuse que la position de fermeté qu'a défendu Bruno Retailleau soit majoritaire aujourd'hui au gouvernement. Et je pense en plus que la façon dont les choses se présentent, c'est plutôt une main tendue, finalement, au gouvernement algérien.
Quelle est la situation ? La situation, on la connaît. Nous avons des accords qui sont très favorables aux ressortissants algériens en France. Très favorables. C'est le fruit de l'histoire. Mais en contrepartie de ces accords, le gouvernement algérien s'est engagé, là encore, c'est des accords, s'est engagé en contrepartie à reprendre ces ressortissants sans aucune autorisation s'ils ont des papiers en règle et qu'ils sont dangereux.
Mais s'il n'y a pas de bilan, à la fois sur la question de la délinquance, du narcotrafic et peut-être de l'Algérie, puisque pour l'instant, en tout cas, il n'y a pas... Vous dites une main tendue, mais elle n'est pas saisie pour l'instant par l'Algérie. Est-ce que Bruno Retailleau ne sera pas défait par son bilan, en quelque sorte ?
Bruno Retailleau, c'est un homme de conviction. Je vais vous raconter une anecdote que je n'ai encore jamais racontée. Mais il y a quelques mois, vous savez, quand François Bayrou a fait son gouvernement pour ne pas avoir de censure, à un moment, il y a eu la tentation de revenir sur la réforme des retraites. Et pendant deux, trois jours, on n'a pas très bien su quelle allait être la solution. Finalement, ça a été le conclave, le fameux conclave. On en parlera peut-être. On en parlera peut-être. Mais il y a eu quand même la tentation ou le risque que la réforme des retraites soit totalement détricotée.
Et à ce moment-là, j'avais pris la parole et j'avais dit si le gouvernement Bayrou détricote la réforme des retraites, nous ne pourrons plus continuer à le soutenir, nous ne pourrons plus rester dans ce gouvernement. Et j'avais appelé à l'époque Bruno Retailleau pour lui dire que j'allais le dire. Je ne voulais pas le fragiliser, le mettre en situation compliquée. Je lui avais dit, je pense qu'on ne pourra pas rester. Et je vais le dire. Et il m'avait répondu, mais je partage ton opinion. C'est-à-dire que Bruno Retailleau n'est pas un homme qui...
Vous voulez dire qu'il n'est pas accroché ? C'est-à-dire qu'il était prêt à ne pas rentrer dans ce cas-là dans le gouvernement ?
C'est un homme qui met ses opinions, ses convictions avant ses ambitions.
Sur la réforme justement à 62 ans, qui était une perspective que certains dans le conclave voulaient pouvoir aborder, il n'y avait soi-disant ni tabou ni totem. Désormais, on l'a compris, François Bayrou dit, le contexte ne le permet pas. Est-ce que c'est vraiment le contexte qui ne le permet pas ? Et est-ce qu'au fond, ce conclave a encore un sens ?
Si j'étais un peu sincère, je vous dirais que le contexte ne l'a jamais permis. Le contexte ne l'a jamais permis.
Mais alors pourquoi leur avoir fait croire qu'ils allaient pouvoir débattre en toute liberté ?
Parce que, alors, il peut y avoir une interprétation qui est très positive, c'est de dire aux partenaires sociaux, écoutez, moi je vous demande de débattre en toute liberté, mais dans un cadre financier contraint. C'est-à-dire que je vous demande de débattre, mais sans que ça me coûte un euro de plus.
Mais il peut y avoir aussi une lecture moins positive, si je peux pas le mettre, c'est-à-dire un peu plus filoute.
Non, c'est pas filou, c'est de mettre enfin les partenaires sociaux en responsabilité, de leur dire, écoutez, voilà les amis, vous nous dites qu'on peut faire autrement avec le même argent, montrez-nous comment on peut faire autrement avec le même argent. La vérité, c'est qu'on ne peut pas faire autrement. On ne peut pas faire autrement que de repousser l'âge de départ à la retraite. C'est la seule réforme.
Le repousser, c'est-à-dire que c'est pas juste rester à 64 ans, c'est le repousser.
Non, non, c'est 64 ans, c'est 64 ans. Ok, pas davantage. On ne peut pas faire autrement que d'aller à 64 ans. On ne peut pas revenir en arrière, parce que si on revenait en arrière, ce serait des dizaines de milliards d'euros qu'il faudrait trouver.
Mais je vous pose la question, est-ce que le conclament va en faire un sens, vous, dans ce cas ?
Non, à mon avis, en tout cas, il est quasiment caduque, parce que la vérité, c'est que je pense que certains partenaires sociaux ont cru qu'ils pourraient obtenir le retour à 62 ans. Or, ça, c'était évidemment pas possible.
Est-ce qu'on ne l'aura pas fait croire ? C'était ma question quand je vous disais, Filou.
Ça, c'est au Premier ministre de nous le dire. La vérité, moi, je l'ai toujours dite aux Français, toujours, depuis le début, on ne peut pas, quand on vit plus longtemps, ne pas travailler plus longtemps. Sinon, on met nos retraites en faillite. Et moi, ce que je propose, je propose autre chose, parce que finalement, il faut changer. C'est comme pour la justice. Qu'est-ce qu'on peut faire ? Il faut changer de paradigme. Il faut indexer. Indexer automatiquement l'âge de départ avec l'augmentation de l'espérance de vie.
Parce qu'on se fait un psychodrame tous les deux ans, là où une partie de nos voisins, en fait, ils ont mis en place un système qui est juste, qui est de dire, mais si on vit jusqu'à 80 ans, eh bien, c'est 64 ans. Mais si on vit jusqu'à 85 ans...
Mais l'espérance de vie de manière générale ou l'espérance de vie par filière, si je puis me permettre ? Parce qu'il y a quand même une espérance de vie beaucoup plus longue, suivant que vous avez passé votre vie derrière un écran dans un bureau
ou si vous avez été effectivement à l'usine. C'est tout à fait justifié comme remarque. Moi, je crois qu'il faut que ce soit l'espérance de vie générale, mais je pense qu'en revanche, il faut accepter que la pénibilité des métiers soit discutée en fonction des branches. Parce que c'est évident qu'on ne fera pas travailler un ouvrier du bâtiment aussi longtemps, effectivement, qu'un cadre dans une entreprise.
Valérie Pécresse, le voile dans le sport, est-ce que vous estimez que c'est de l'entrisme ou non ? La loi adoptée par le Sénat veut interdiction du voile dans les fédérations sportives. La ministre des Sports, elle, estime que le port du voile n'est pas de l'entrisme. Et vous ?
Moi, je crois qu'il faut une règle claire. C'est comme pour le voile à l'école. Il faut que le Parlement se prononce et il faut que le Parlement dise le droit. Pourquoi je dis ça ? Parce que j'ai beaucoup de compétitions sportives qui se déroulent aujourd'hui, puisque l'idée, ce serait d'interdire le voile dans les compétitions sportives. C'est assez logique, parce que l'équipe de France n'est pas voilée. Donc, je ne comprends pas pourquoi on dit l'équipe de France ne doit pas être voilée et qu'on dit que dans les compétitions sportives, les autres équipes ont le droit. Ça me paraît ? Moi, j'aime cette idée de neutralité du sport.
J'aime l'idée que les jeunes filles qui pratiquent du sport, on ne les stigmatise pas en disant « Tiens, là, il y en a une qui est musulmane. » Je suis pour la neutralité. Mais je pense surtout qu'il faut, quelle que soit la décision, il faut lui dire le droit. Parce que j'ai des arbitres qui ont parfois 16 ans, 17 ans, qui se retrouvent en train d'arbitrer des compétitions de U12, U14, de jeunes filles, et c'est à elles, à elles les arbitres, de faire la police dans une compétition qui se déroule ici ou là. Ça n'est pas possible. Vous comprenez bien qu'on ne peut pas laisser les arbitres décider toutes seules. Donc, c'est les fédérations. Certaines ont pris leurs responsabilités.
La fédération de foot, la fédération de basket, elles ont érigé des règles claires. Mais vous estimez que la règle,
elle doit être la même pour tout le monde.
Mais oui, moi je crois qu'il faut une règle pour tous. Je pense que le Parlement ne doit pas se décharger de ses responsabilités sur des clubs sportifs qui sont, eux, complètement démunis pour le faire. Et des jeunes femmes qui sont en arbitre, qui ne sont même peut-être pas majeures.
Merci Valérie Pécresse d'avoir répondu à mes questions présidentellaires de la région Île-de-France.
Valérie Pécresse