Christine Lavarde : « Chaque année, le nouveau budget est le plus mauvais jamais voté »
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Vous écoutez Bonjour Chez Vous, un podcast de Public Sénat. Bonjour Christine Lavarde, merci d'être avec nous, sénatrice à l'air des Hauts-de-Seine. On va évidemment longuement revenir sur le budget que vous étudiez en ce moment. D'abord, on regarde les unes de la presse régionale. On en a sélectionné trois. D'abord, la une de Ouest-France. Comment la France peut répondre aux défis du grand âge ? Accessibilité, liens sociaux, santé, sécurité. Les communes doivent repenser leur action à l'aune du vieillissement de la population. Deuxième une, celle de Corse matin, ruée sur les vaccins.
La démarche préventive face à l'épidémie de grippe fait l'objet d'une demande exceptionnelle au point de faire craindre la rupture de stock. Et puis la dernière une, c'est celle de la Voix du Nord en Europe. Le grand retour du service militaire. La menace russe, concrétisée depuis l'invasion de l'Ukraine en février 2022, a conduit 8 des 27 pays de l'Union européenne, dont la France a relancé un service militaire obligatoire ou volontaire. De quelle une avez-vous envie de nous parler ?
Disons que celle dont j'ai la plus entendue parler au regard de l'actualité budgétaire, c'est bien évidemment celle du grand retour du service militaire, puisque le président de la République nous a annoncé qu'on allait abandonner le SNU pour revenir vers un service militaire. Qui était le service national universel. Mais il y a un très grand flou, puisqu'on ne connaît ni vraiment ce qui est attendu des jeunes, le nombre de mois que durerait ce service militaire, et puis surtout les coûts qui y sont associés.
Qui vous inquiète ou vous dites que c'est un effort qu'il faut faire compte tenu de la menace ?
Alors, au regard du budget actuel, toute nouvelle dépense est une source d'inquiétude. Et hier soir, enfin hier après-midi, on débattait justement des crédits de la mission Sport, jeunesse, vie associative, qui jusqu'à présent portait les crédits du SNU. Donc on voit bien que rattaché à cette mission, ce n'était pas tellement un service national universel à vocation militaire, mais c'était plus aussi un moment de cohésion et de partager les valeurs qui font nation. Demain, ce futur service militaire sera peut-être porté par un autre programme, que sais-je pas la mission défense, mais c'est vrai qu'il y a un grand flou.
Donc ce qui est certain, c'est que de toute façon, dès 2026, on ne sait pas où il est inscrit, donc ça va être difficile déjà de commencer à pouvoir le mettre en œuvre.
On va évidemment revenir sur le budget. D'abord un mot sur le budget de la Sécurité sociale, qui lui est examiné à l'Assemblée nationale. Et on a vu Sébastien Lecornu extrêmement présent hier en séance. Il abat ses cartes, il renonce à doubler les franchises médicales. Il a trouvé un compromis sur la hausse de la CSG sur le capital. C'était une ligne rouge des Républicains. Est-ce que vous dites que ce budget de la Sécurité sociale va passer finalement ?
Le sujet, c'est que là, on est en train de savoir combien de milliards de déficits de moins on fait par rapport… On n'est même pas en train de se dire qu'on va essayer de remettre la Sécurité sociale à l'équilibre. Et ce n'est pas un effort impossible, puisqu'elle l'était il n'y a pas si longtemps que ça. Par ailleurs, à l'intérieur des branches de la Sécurité sociale, certaines sont excédentaires, comme la branche famille. Alors même qu'on a un vrai problème de démographie, on va ponctionner la branche famille pour financer d'autres branches de la Sécurité sociale. Donc finalement, peut-être que, je le disais l'année dernière, ce budget est le plus mauvais à l'exception de tous les autres.
Je pense qu'on pourra répéter exactement la même phrase pour le budget de la Sécurité sociale, parce que finalement, chacun lâche un peu, mais on n'a pas de vraies réformes de structure. Et les quelques réformes qui auraient pu permettre de remettre la Sécurité sociale sur une trajectoire plus soutenable sont abandonnées les unes derrière les autres.
Mais Sébastien Lecornu, il a alerté hier. Une absence de budget de la Sécurité sociale conduirait à une perte de contrôle totale du pilotage de la Sécu. Pas de budget, c'est 29 à 30 milliards de déficit. Être que, dans ces conditions, les Républicains doivent voter ce budget de la Sécu.
Alors, en toute honnêteté, je n'ai pas eu le temps de lire cette note de la direction de la Sécurité sociale, qui, effectivement, expose ce coût de 29 à 30 milliards. Ce qui est certain, c'est que la Sécurité sociale, elle peut fonctionner sans budget. Ce n'est pas comme l'État. Si on n'a pas de budget, ce n'est pas possible. D'où le recours à une loi spéciale l'année dernière. La Sécurité sociale, elle peut poursuivre.
C'est juste qu'on continue à creuser le déficit, mécaniquement.
On continue justement à creuser le déficit, puisqu'il y a les revalorisations automatiques, dont certaines sur lesquelles le Sénat a décidé, en responsabilité, de les geler, justement pour venir résorber le déficit. Et ensuite, s'il n'y a pas de nouveau, s'il n'y a pas de budget, c'est-à-dire une nouvelle volonté de financer de nouveaux services, on repart, on reconduit la même politique que celle qui était en vigueur en 2025. Il a la bonne méthode, là, Sébastien Lecourdu ?
Je ne sais pas s'il a la bonne méthode, parce qu'il persiste à renoncer au 49.3, alors que je crois comprendre que certains, finalement, préféraient encore avoir à se prononcer via un 49.3 et pourraient expliquer que, plutôt que la dissolution, ils préfèrent fermer les yeux sur le budget, que ce soit le PLFSS ou le PLF, mais en renonçant à cet outil qui est prévu par la Constitution, on ne pourra pas dire qu'il n'y a pas eu de débat, parce que je pense que, depuis le mois de novembre, dans les deux chambres, on débat sans discontinuer, que ce soit du budget de la Sécurité sociale ou du budget de l'État.
Mais il dit que les parlementaires doivent assumer leurs responsabilités. Pas de 49.3, ça fait qu'ils doivent assumer leurs responsabilités.
Mais la responsabilité, c'est jusqu'où ? Moi, il me semble que la responsabilité, c'est de mettre en place des réformes pour notre pays. On en a grandement besoin, parce que sinon, en fait, on ferme les yeux sur les déficits. Et un pis aller, oui, certes, on aura un budget de la Sécurité sociale, mais que fera-t-on pour le budget de 2027 ? Et surtout, on s'obère vraiment nos capacités d'investissement pour le futur. Et je l'ai dit dans l'ouverture du projet de loi de finances, aujourd'hui, la France est vraiment un vieux pays qui ne sait plus parler à sa jeunesse.
C'est-à-dire qu'on préhende toutes nos capacités d'investissement pour l'avenir sur une sorte de stabilité ou de compromis de très court terme.
Et pendant que l'Assemblée nationale poursuit l'examen du budget de la Sécurité sociale, vous poursuivez, vous, au Sénat, l'examen du budget. Quentin, on va en parler avec vous. Le Sénat, qui a donc adopté largement hier la première partie du projet de loi de finances, la partie recettes, après l'avoir réécrit pendant une semaine.
Exactement. Pour 198 contre 105, avec un fort clivage gauche-droite, le Sénat a adopté le premier volet du projet de loi de finances, le budget de l'État. On notera tout de même l'abstention du groupe Les Indépendants, le groupe de Claude Maluret. Vous voyez, c'est cette série de points blancs-là. Effectivement, Claude Maluret du parti Horizon d'Édouard Philippe, ils se sont abstenus. On va y revenir. Mais donc, souvenez-vous, ce projet de loi de finances avait été rejeté à l'Assemblée nationale. Il n'y avait qu'une seule voix pour la semaine dernière. Et donc, depuis une semaine, les sénateurs ont donc réécrit leur version du texte en partant de la coupée du gouvernement.
Alors, comment les sénateurs ont modifié ce texte ?
La majorité de la droite et du centre dit avoir écrit une version qui n'allourdit pas trop la facture pour les entreprises, mais qui met une large partie des Français à contribution. Les sénateurs ont ainsi supprimé la hausse d'impôts exceptionnels sur les sociétés prévues par le gouvernement, sur les grandes entreprises qui ont réalisé des bénéfices. Une surtaxe qui devait rapporter 4 milliards d'euros dans les caisses de l'État. Mais les sénateurs de droite ne veulent pas aggraver l'incertitude économique avec cette mesure exceptionnelle.
Autre mesure, la majorité sénatoriale a réécrit le dispositif du gouvernement qui visait à taxer les holdings, en excluant notamment de l'impôt les actifs financiers, la trésorerie détenue par les holdings. En revanche, il y aura un gel du barème de l'impôt sur le revenu, les impôts qui vont donc augmenter mécaniquement avec l'inflation, sauf pour la première tranche. On note aussi la suppression de l'abattement de 10% pour les retraités. Cet abattement qui ressemblait à l'abattement pour frais professionnels avec un seuil à 3 000 euros. C'est votre amendement, Christine Lavarde. Comment qualifiez-vous la copie budgétaire sur ce volet recettes ? Est-ce qu'il y a des efforts pour tous ?
On préserve les entreprises ? C'est ça la lecture politique de votre texte ?
Il y a des efforts qui sont portés par tous. En tout cas, nous nous partageons une vision qui est que les entreprises ne doivent pas être les vaches allées de la fiscalité et de toute façon, le recours à la fiscalité, là encore, est une mauvaise réponse. C'est-à-dire qu'effectivement, à court terme, on a des recettes immédiates, mais sur le moyen terme, plus d'investissement des entreprises, plus de recrutement, conséquences sur l'emploi. Certains vont aller installer leur chaîne de production ailleurs, alors même qu'on n'arrête pas d'entendre qu'il faut réindustrialiser, remettre de l'emploi manufacturier dans notre pays.
On finit par prendre les décisions qui vont vraiment à l'encontre de cette politique publique qui relève aussi de l'aménagement du territoire. Donc finalement, nous avons choisi d'avoir une copie équilibrée. On le dit, il faut que tout le monde en prenne conscience. Aujourd'hui, on est face à un mur de déficit. Notre budget n'est plus du tout équilibré et chaque année, c'est de pire en pire. Donc il faut que tout le monde porte des efforts et des efforts qui sont mis à la juste charge de chacun.
Donc par exemple, avec un impôt sur le revenu qui va mécaniquement augmenter avec l'inflation et donc la fin de l'abattement de 10% pour certains retraités les plus aisés, c'est ça ?
Exactement. Ce n'est pas la fin totale, mais on a abaissé le plafond qui jusqu'à présent était autour de 4 600 et qui va descendre à 3 000 euros.
La question qui se pose également, Quentin, c'est de savoir si ce texte peut servir de base à un accord politique avec d'autres groupes du Parlement pour sortir de cette impasse budgétaire.
Voilà, rien n'est moins sûr, Oriane. Cette copie est inacceptable pour la gauche qui a donc voté contre hier lors du vote sur la partie recette. Écoutez Isabelle Briquet, sénatrice socialiste.
C'est un budget pro ceux qui ont les moyens de pouvoir contribuer et qui du coup ne vont pas contribuer puisque toutes les taxes qui avaient été annoncées, que ce soit sur les holdings, que ce soit sur les revenus, elles ont été clairement vidées de leur substance.
Alors, à droite, est-on prêt à faire un pas vers la gauche pour sortir de l'impasse ? Écoutez le sénateur David Marguerite, sénateur LR.
Je fais partie de ceux qui considèrent qu'il vaut mieux à l'arrivée qu'il n'y ait pas de budget tout de suite plutôt qu'un très mauvais budget pour les Français. Les discussions auxquelles on a assisté à l'Assemblée nationale étaient extrêmement préoccupantes pour l'avenir de notre pays et moi je préfère en effet que si le compromis n'est pas possible, que nous n'ayons pas un budget qui soit un budget des horreurs fiscales et un budget qui vienne finalement étouffer complètement la croissance qui est déjà très faible dans notre pays et donc la responsabilité je l'espère l'emportera en évitant ce risque.
On l'entend certains à droite qui se préparent à la possibilité d'une loi spéciale faute d'accord entre les deux chambres du Parlement et les différents groupes politiques. Au milieu, les centristes qui redoutent cette polarisation des positions de chaque camp. Écoutez Loïc Hervé.
Il n'y a quand même pas de grande volonté de la part d'un certain nombre de partis politiques notamment d'aller vers le compromis. On n'a pas le choix. Les Allemands, d'autres démocraties européennes nous montrent que face à un éclatement de la représentation politique à l'Assemblée nationale, nous n'avons pas d'autre choix. Donc, chacun doit faire des efforts, un peu ras-le-bol des lignes rouges dans tous les sens et il faut que chacun prenne en compte les contraintes de l'autre et essayer de trouver un compromis pour donner un budget au-pip.
Christine Lavarde, elles sont où les mains tendues dans ce budget aux autres groupes politiques notamment de gauche ?
Là, on parlait du budget du Sénat. Au Sénat, la majorité sénatoriale de la droite et du centre est largement majoritaire.
Donc, vous votez votre copie ?
C'est normal qu'on vote notre copie. On exprime le message de ce qui, pour nous, est un budget sérieux, est un budget qui permet de remettre le pays sur une trajectoire de croissance. Est-ce que vous dites là,
là on va en CMP où il faut trouver un accord député et sénateur avec notre copie mais par contre en CMP on lâchera et on essaiera de lâcher sur cette mesure pour aboutir
à un compromis ? À ce stade, on ne s'est pas dit on vote ça parce que derrière ce sera un gage pour la CMP. Par contre, je le redis, l'année dernière, la CMP a réussi à être conclusive. Il n'y a pas de raison que cette année on n'y arrive pas. Ce sont exactement les mêmes équilibres politiques qui seront présents en CMP. Nous saurons être responsables. Mais responsables, ça ne veut pas dire se compromettre. Ça veut dire quand même qu'on a des visions politiques qui diffèrent. Moi, je reste persuadée que taxer pour taxer, c'est vraiment une réponse de court terme juste pour s'assurer une survie politique mais ce n'est absolument pas une réponse de long terme.
Oui, mais le bloc central avec les LR, l'ancien centre commun et majoritaire dans cette commission disparitaire, est-ce qu'il va quand même sortir un texte même si c'est conclusif qui sera acceptable par la gauche derrière ?
Ça, ça dépend aussi de là où la gauche met ses lignes rouges. À ce stade, eux non plus ne sont pas prêts à faire beaucoup d'efforts. Je suis désolée mais vouloir revenir sur la réforme des retraites, c'est quand même vraiment vouloir fermer les yeux sur toute réforme et toute transformation dans ce pays. Et on le voit, on a commencé l'examen des dépenses au Sénat. Aujourd'hui, personne n'est prêt à faire d'économie. On est en situation de déficit. Personne ne veut se dire que notre pays a besoin d'être très formé.
On l'entend, on va vers l'impasse politique et budgétaire. C'est ce qui se dessine a priori. Donc, on irait vers une loi spéciale qui permet d'éviter le shutdown, d'éviter la banqueroute comme l'an dernier. Mais on est d'accord, Madame Lavarde, que ce n'est pas une solution viable parce qu'on voit pourtant certains LR qui prônent cette solution à l'image de Bruno Rotaillot, le président de votre formation politique.
De toute façon, la loi spéciale, quelle va en être la conséquence ? On va se réunir, on va voter un texte entre le 25, enfin, au moment des périodes de Noël, très bien, et puis on reviendra en janvier et on recommencera. Donc finalement, est-ce qu'il ne faut pas aussi… L'accord politique et les lignes politiques, elles seront exactement les mêmes au mois de janvier qu'au mois de décembre. Donc, ce qui a échoué en décembre ne marchera pas en janvier ?
Et de toute façon, avec la loi spéciale, on l'a vu l'année dernière, il y a des conséquences automatiques qui nécessitent de reprendre très vite un texte de loi de finances puisque par exemple, avec la loi spéciale, il n'y a pas du tout de réindexation du barème de l'impôt. Donc là où il semble y avoir un accord à savoir qu'il faut éviter l'entrée dans l'impôt
entre 200 000 et 300 000 foyers
nécessite d'avoir un texte de loi. Donc je pense qu'aujourd'hui, dans la copie du Sénat, il y a quand même un certain nombre d'éléments qui répondent à ces attentes de protéger vraiment les plus fragiles, de mettre à contribution ceux qui en ont les moyens.
Après, certains estiment qu'il y a un mouton qu'il faut tondre jusqu'à la peau et d'autres qui estiment qu'il faut qu'il y ait un effort qui soit largement réparti et qui engrange aussi un effort sur l'administration elle-même, sur les services publics, leur réorganisation parce qu'aujourd'hui, on continue à faire de la politique du chèque à tout va sans se dire qu'il faut peut-être à certains endroits diminuer le recours au public pour laisser aussi la libre initiative.
On l'a vu avec la cartographie de l'hémicycle que je montrais tout à l'heure, il y avait un vote très large de la droite et du centre sur la partie recette hier et même des sénateurs RDPI, c'est-à-dire des sénateurs macronistes. On note donc l'abstention des indépendants, le groupe des élus Horizon, la ligne blanche que j'évoquais dans l'hémicycle, donc le parti d'Edouard Philippe qui se sont abstenus. Selon eux, ce texte contient encore trop d'impôts. Qu'est-ce que vous leur répondez ?
Alors, dans la ligne blanche que vous montriez, il y avait aussi le groupe des radicaux, donc il y a un groupe qui est majoritairement à gauche, donc eux, ce n'est pas très étonnant qu'ils ne votent pas le budget. Mais qu'Horizon ne vote pas le budget ? Mais alors, qu'Horizon ne vote pas le budget, il faut quand même voir que la copie du Sénat diminue entre 11 et 12 milliards la pression fiscale par rapport à la copie initiale du gouvernement, donc il y a vraiment un mieux.
Parce que la FP disait 6 à 8, vous vous chiffrez plutôt 10 à 11.
En tout cas, l'article d'équilibre tel qu'il a été présenté par le gouvernement dit qu'il y a un écart entre un peu plus de 11 milliards par rapport à la copie du gouvernement. Alors, il y a des sujets compliqués parce que dans la fiscalité, il y a des mesures qui concernent les collectivités. Est-ce que c'est de la baisse de la fiscalité ? Est-ce que c'est de la baisse sur les collectivités ? Mais on va dire qu'en termes de fiscalité pure entre entreprises et ménages, on n'est plus sur le chiffre que vous indiquez.
Donc, c'est vrai que c'est quand même une amélioration par rapport à la copie du gouvernement et je me suis quand même fait la réflexion que si effectivement le groupe ici, Horizon n'était pas capable de voter favorablement une copie qui améliore, je vois mal comment ils vont pouvoir voter les copies de l'Assemblée nationale qui, elles, vont plutôt dans le sens d'une augmentation de la fiscalité aussi bien sur le PLFSS que sur le PLF.
Mais qu'est-ce qui se joue politiquement avec Horizon ? C'est une émancipation par rapport aux autres groupes de droite ? Comment vous l'expliquez politiquement ? Ils veulent jouer leur carte.
En tout cas, ils portent un discours sur lequel moi, je peux me reconnaître. le discours toujours de la modération fiscale, de penser à l'avenir plutôt qu'au court terme. Après, c'est là où je dis, il faudra aussi être responsable au moment de la commission mixte paritaire. J'espère qu'ils reviendront, voilà, ils seront avec nous en commission mixte paritaire. On compte sur eux pour avoir une majorité.
Et dans ce contexte, est-ce que la situation de l'incertitude politique et budgétaire va peser sur les municipales ? On est à J-100 du scrutin. C'est le 15 mars que les Français sont appelés aux urnes pour élire leur maire. Et on va rencontrer, justement, un maire qui cumule. Alors, pas les mandats, mais sa fonction et son métier. Bonjour Fabien Ruinet, merci beaucoup d'être avec nous. Vous êtes maire LR de Talence et dans l'agglomération de Dijon en Côte d'Or. Vous êtes à la fois maire et chef d'entreprise. On imagine que vos journées sont extrêmement millimétrées. Racontez-nous.
Alors, elle l'était déjà au départ quand j'étais chef d'entreprise. Elle s'articule différemment depuis que je suis maire, c'est-à-dire depuis 2020. En fait, l'articulation d'une journée, ça commence toujours par l'entreprise où j'y suis à partir de 7h30. Et ce qui me permet de voir mes techniciens quand ils vont partir pour poser les stores, les fenêtres et les volets puisque mon entreprise commercialise ces produits-là. Je fais toute une matinée où je vois les commerciaux, la comptable. On reste une petite entreprise, c'est 14 salariés. Et ensuite, en début d'après-midi, je suis en mairie sur un temps compris entre 13h et 16h à peu près.
Et là, je fais toutes les réunions, si j'ose dire, techniques au sein de la ville. Je reviens ensuite à mon entreprise pour faire 15h-18h. Et à 18h, mes commerciaux partent en rendez-vous et moi, je démarre les vernissages, les expositions, toutes les activités de représentation le soir.
Donc, c'est extrêmement millimétré, extrêmement chargé. Est-ce qu'on gère sa mairie, sa commune, comme on gère son entreprise ?
C'est deux aspects différents, mais l'entreprise apporte beaucoup à la commune. Peut-être, je dirais, en matière de pilotage de projets, de financement des investissements sur la partie budgétaire, bien sûr, et la capacité peut-être à anticiper des difficultés. Peut-être, c'est quelque chose qu'on peut apporter davantage à la mairie. Mais il y a un dispositif, c'est la mairie, et c'est la mairie où il faut défendre l'intérêt général et l'entreprise, finalement, la rentabilité.
Est-ce qu'il y a des points communs et des difficultés communes, peut-être, entre la mairie et l'entreprise ?
Oui, la gestion d'équipe. La gestion d'équipe, c'est la difficulté dans les deux cas, c'est à la fois une force, c'est aussi une gestion, c'est apprendre à communiquer avec les équipes. Donc, je dirais que, oui, il y a beaucoup de points communs. Et puis, peut-être un regard plus particulier sur la gestion. On a revu, par exemple, des dispositifs d'abattement de taxes foncières pour les bailleurs sociaux. C'est parce que, comme nous perdons des recettes, il faut véritablement qu'il y ait une évaluation des politiques publiques. Alors, ça, c'est peut-être la fibre chef d'entreprise et évaluation des dispositifs aujourd'hui.
Christine Lavard, vous l'entendez, monsieur le maire, c'est des journées extrêmement chargées, extrêmement millimétrées et, en même temps, gérer l'entreprise, gérer le mairie, il y a des points communs, ça s'alimente.
Donc, moi, je suis toujours élue locale, je m'occupe toujours des questions de finances et j'ai toujours considéré que, finalement, si on voulait le faire de la manière peut-être la plus efficace, c'était une gestion bon père de famille et comme on gérerait son budget familial. Il n'y a que les règles de la comptabilité qui diffèrent mais la logique est exactement la même parce qu'il faut le redire, les communes comme les ménages ne peuvent pas être en déficit à la différence de l'État. Donc, on doit commencer par équilibrer son fonctionnement courant avant de pouvoir faire des investissements.
Donc, finalement, un peu comme un ménage, il doit commencer par financer son alimentation, son chauffage avant de se dire qu'il va se construire une maison. Donc, il n'y a pas besoin, je veux dire, le bon sens suffit pour exercer des fonctions locales et après, au-delà du bon sens, une vraie dose d'engagement comme le vient de le montrer le maire de Talence.
Vous êtes d'accord, monsieur le maire ?
Je partage totalement mais dans les deux cas, c'est une motivation de tous les jours. C'est surtout la vie familiale qui n'est pas facile à piloter aussi à côté, dont il faut parler. Mais en tout cas, on apprend beaucoup et c'est deux gestions effectivement différentes mais passionnantes.
Merci beaucoup. Merci Fabien Ruinet d'avoir été avec nous pour nous parler de votre quotidien, maire de Talence en Côte d'Or. Merci d'avoir été avec nous. On continue à parler des municipales. On va au Puy-en-Velay cette fois où on trouve Christophe Darnes. Bonjour Christophe. Merci d'être avec nous et d'être en chef de l'éveil de la Haute-Loire, directeur départemental Haute-Loire pour le groupe Centre-France. Christophe, on le disait, on est à 100 jours des municipales et l'occasion pour vous de faire un petit point sur cette campagne. Elle a du mal à se lancer ?
Oui, on peut dire que le compte à rebours est lancé pour les municipales. C'est des élections qui sont d'ordinaire plébiscitées par les Français et pourtant, pour l'instant, elles peinent vraiment à intéresser. C'est notamment le cas en Haute-Loire. La faute essentiellement au contexte sur le plan national. Alors, du côté des électeurs, beaucoup affirment être inquiets par les crises à répétition et l'instabilité gouvernementale et donc finalement ne pas avoir la tête aux municipales. Pour les candidats, il n'est pas toujours facile de faire campagne d'être entendu dans cette situation, d'autant que l'absence de budget rend compliqués les perspectives.
C'est un peu comme faire un chèque en blanc quand on parle de nos projets, explique ce matin dans nos colonnes de l'éveil un maire qui est candidat à sa propre réélection. Alors, Christine Lavarde, est-ce qu'il ne faut finalement pas craindre que ces municipales soient parasités par le contexte national et quelle est la solution pour revenir à un débat plus recentré sur les enjeux de chaque commune ?
Ce qui est vrai, c'est qu'aujourd'hui, les collectivités, elles sont dans le flou sur les ponctions qu'elles vont avoir à subir. Hier soir, j'avais le propre conseil municipal de la ville où je suis élue et avec le maire, on a décidé de ne pas voter les subventions aux associations au conseil municipal du mois de décembre, ce qu'on fait chaque année normalement, parce qu'on ne sait pas quel va être l'effort demandé aux collectivités. Il faut rappeler que dans la copie initiale du gouvernement, c'était 4,7 milliards d'euros sur le seul projet de loi de finances. Il y a aussi des efforts du côté de la sécurité sociale. La copie votée hier par le Sénat ramène l'effort à 2 milliards.
On voit bien que pour les communes et les collectivités qui sont toujours appelées à contribuer, j'en fais partie, ce n'est pas la même chose entre 4,7 et 2 milliards. Et donc, ce flou, je comprends que pour les élus, ce soit une vraie source d'incertitude parce que quand on se présente dans une campagne municipale, on vient avec des projets et les capacités à réaliser ces projets vont être très différentes suivant l'effort qui est demandé aux collectivités.
Donc, je pense que la campagne ne pourra vraiment commencer que quand on saura combien chacun est mis à contribution et quand on vient aussi demander un effort aux régions et aux départements qui sont finalement les premiers co-financeurs des collectivités qui viennent les aider, là aussi, on peut remettre en cause un certain nombre d'investissements. Donc, je pense, comme monsieur, qu'il va falloir attendre d'avoir passé le vote du collectif budgétaire pour que la campagne municipale puisse se lancer vraiment.
Mais ça peut avoir un impact ? Est-ce que LR peut payer dans les urnes une probable possible absence de compromis ?
En tout cas, aujourd'hui, nous, ce qu'on a montré dans le vote du Sénat, c'est de dire que non, les collectivités, il ne faut pas les considérer comme des sources de dépenses et qu'elles doivent être mises à contribution de manière disproportionnée. J'aime à le rappeler, les collectivités, ce sont souvent le premier rempart de ceux qui n'ont rien. Aujourd'hui, quand vous n'avez rien, vous allez voir le CCAS de votre commune qui va vous permettre d'avoir une adresse pour recevoir du courrier, qui va vous accompagner dans vos démarches. la commune est à proximité.
Vous allez pouvoir trouver un interlocuteur quand la plupart des services de l'État, c'est un numéro de téléphone, une hotline que vous arrivez à joindre avec plus ou moins de facilité. Et je pense que ça, il faut l'entendre. Les départements portent toute la politique sociale. Donc, je ne suis pas certaine que les électeurs puissent en vouloir plus particulièrement. Donc,
elles ne vous inquiètent pas.
Nationalement, au titre de LR, elles ne vous inquiètent pas. Je pense que les électeurs, quand ils viennent voter aux élections municipales, ils regardent les projets qui sont portés. Et d'ailleurs, il n'y a qu'à regarder. Il y a des communes qui peuvent voter à gauche aux élections nationales et pourtant élire au premier tour des maires de droite. Donc, c'est plus un projet, une personne que l'étiquette attachée au chef, à la tête de liste au moment où on va dans l'isoloir.
Merci, Christophe Darn. Merci d'avoir été avec nous la une de l'éveil de la Haute-Loire. J-100 qui pense vraiment un dossier autour des municipales. Merci beaucoup, Christophe, d'avoir été avec nous et merci, Christine Lavarde, d'avoir été notre invitée. Bonne suite d'examens du budget. Ça sera tout le week-end au Sénat. Merci d'avoir été avec nous. Retrouvez l'intégralité de nos podcasts sur la plateforme Public Sénat.
Christine Lavarde