Crise énergétique : "Nous sommes face à un risque majeur" pour certaines entreprises, alerte la CPME
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Bonsoir Amir Reza Tofighi.
Bonsoir Fanny Guinochet.
Vous êtes le président de la CPME, la Confédération des Petites et Moyennes Entreprises. Merci d'être avec nous ce soir sur France Info. Alors la CPME, on le rappelle, c'est une organisation patronale qui réunit des entreprises et des fédérations dans différents secteurs. 320 000 adhérents, ça vous donne une bonne idée un peu du marché et de notre économie. Et la première question qu'on a envie de vous poser aujourd'hui, c'est cette guerre, la hausse des carburants. Comment les entreprises, elles y font face ? Qu'est-ce qu'ils vous disent, vos adhérents ?
Déjà, ça dépend des secteurs d'activité. On a des secteurs d'activité aujourd'hui qui sont très fortement impactés. Si on prend par exemple les transporteurs routiers, aujourd'hui, les transporteurs routiers roulent à perte. Parce qu'avec la hausse du prix du carburant, qui correspond à 30% du coût de revient d'un transporteur routier, aujourd'hui, ils roulent à perte. Ils ne peuvent pas répercuter à leurs clients. Et donc, on est face à un risque majeur que de nombreuses PME dans le transport routier tombent parce que demain, ils n'auront plus les moyens de financer l'essence et n'auront plus les moyens de payer les salariés qui roulent aujourd'hui.
Alors ça, c'est pour les transporteurs. Il y a d'autres secteurs que vous identifiez, où vous avez des remontées sensibles qui relèvent le même type d'inquiétude ?
Alors, on a par exemple les taxis, parce que forcément, le coût de l'essence les impacte beaucoup. On a les commerces ambulants. Mais après, on a aussi le prix du gaz qui a augmenté. Et le prix du gaz sur l'industrie, si on prend par exemple la chimie, si on prend la verrerie, ça a un impact important. Et donc, c'est des industries aujourd'hui qui sont en danger et des secteurs d'activité qui vont avoir besoin, à un moment donné, d'avoir des aides ciblées. Et encore une fois, des aides ciblées. Pas des aides massives, mais des aides ciblées pour les aider à passer le cap.
Alors, jusqu'à présent, le gouvernement s'y est refusé. Les aides ciblées, comment on cible ? Ça veut dire qu'on fait un guichet pour ces entreprises-là ? Comment on peut procéder ? Parce que c'est difficile de cibler par secteur.
Le premier point, c'est qu'on est conscient de l'état des finances publiques. Et on n'est pas du tout là à dire qu'il faut des aides massives. On paye aujourd'hui tous ces budgets de renoncement qui font qu'on a un tel déficit, qu'on ne peut pas soutenir l'économie, on ne peut pas soutenir les Français d'une façon massive. Maintenant, il va falloir prendre les filières d'activité qui sont fortement impactées. Je parlais des transporteurs, par exemple. Et de réfléchir à comment on peut les accompagner. Parfois, ce ne sont même pas des aides qui coûteront à l'État. Par exemple, des contre-garanties de BPI France pour qu'ils puissent justement continuer à acheter de l'essence.
Parfois, juste décaler les charges.
C'est-à-dire des prêts, finalement, que BPI se porte garant.
Exactement. Ça, c'est une demande qu'on a faite. On a écrit un courrier au Premier ministre et au ministre des Transports avec les Fédérations du Transport pour justement dire qu'il faut les aider pour leurs prêts. Il faut, par exemple, les aider juste sur décaler le paiement des charges juste parce qu'après, il y a un problème de trésorerie. Vous savez, parfois, c'est juste un problème de trésorerie. C'est qu'elles n'ont pas les moyens potentiellement de payer tout de suite leurs charges mais elles pourront le faire dans deux mois ou dans trois mois. Et ça, ça ne coûtera rien à l'État à terme.
En ce moment, il y a une réunion par jour au gouvernement sur ce sujet que ce soit au ministère de l'Économie, au ministère de l'Industrie ou même carrément à Matignon. Quand vous leur proposez ces solutions, qu'est-ce qu'ils vous disent ? On attend ?
Aujourd'hui, on voit bien que la crainte, et nous, on la partage, c'est qu'il y a un effet de contagion et que tout le monde demande ensuite des aides et des financements. Nous, on dit bien, s'il y a des aides, il faut qu'elles soient bien ciblées et donc bien prendre les secteurs d'activité qui sont fortement impactés et pour lesquels il y a un danger massif de faillite d'entreprise. Ensuite, dans ces réunions-là, on évoque comment l'économie aujourd'hui se porte, quelles sont les différentes filières d'activité. Ça sert à quelque chose, ces réunions ? Bien sûr. Ça nous permet déjà de faire remonter au gouvernement les situations les plus critiques et de pouvoir proposer des choses.
Notamment, par exemple, on a demandé à ce que tous les préfets soient alertés sur le fait qu'ils soient plus disponibles pour les entreprises qui pourraient en avoir besoin sur les territoires.
Alors, vous ne demandez pas, en revanche, de baisse, par exemple, de taxes, comme on l'entend beaucoup, comme certains pays, on pense à l'Espagne, notamment l'Italie, ont pu le faire, de taxes sur le carburant ?
Encore une fois, quand on voit l'état des finances publiques de la France, ce serait irresponsable de demander ça aujourd'hui. Et le problème, c'est pour ça que la CPME, depuis des années, se bat pour qu'on ait un équilibre des finances publiques. C'est pour que lorsqu'il y a une crise comme aujourd'hui, on puisse soutenir l'économie, on puisse soutenir les Français. Et bien, le résultat de ces années de renoncement, à chaque fois qu'on a fait des budgets en déficit, c'est qu'aujourd'hui, on est incapable d'avoir les finances pour soutenir notre économie.
Alors, justement, en parlant de budget, on voit bien que le budget 2026, qui vient d'être validé quelque part, eh bien, il a été conçu avec des indicateurs qui, aujourd'hui, sont quasiment caduques. Est-ce que vous pensez qu'il faut revoir ce budget ? Puisqu'on va avoir une inflation un peu plus élevée, une croissance peut-être un peu plus faible ?
J'imagine que cet été, il y aura une loi de finances rectificative. Maintenant, ce qui est important, c'est déjà de voir est-ce que ce conflit va durer ou pas. Et on voit bien qu'on est passé d'une incertitude à une inquiétude, et maintenant à une certitude que le conflit peut durer, et que donc les impacts peuvent être importants. Et donc, je pense que pour l'instant, c'est compliqué de savoir jusqu'où va aller cette crise.
Aujourd'hui, vous dites donc que ce conflit peut durer. Est-ce que ça veut dire, par exemple, qu'il peut y avoir des risques de pénurie ? Est-ce que vous en observez ?
Non, je pense qu'on n'en est pas là encore aujourd'hui. On voit qu'il y a des anticipations d'inflation. Et par exemple, dans le secteur du bâtiment, on voit bien que moi, je rencontre des artisans qui me disent que parfois pour des produits, il y a déjà des anticipations de hausse de prix sur certains produits. Donc, on voit que ça peut avoir un effet d'inflation, mais pour l'instant, on n'en est pas encore à avoir une pénurie. Et je pense qu'il ne faut pas faire paniquer les gens.
On voit cependant qu'il y a un petit mouvement de Français qui font des réserves de produits essentiels. Est-ce que c'est pareil du côté des entreprises où on a des entrepreneurs qui se disent « je risque de manquer d'engrais, je risque de manquer de certaines denrées, donc je stocke ? »
Non. Et d'ailleurs, aujourd'hui, ce type de comportement, c'est ce qui peut provoquer le sentiment d'une pénurie. Et donc, les entrepreneurs, aujourd'hui, ils n'ont en général pas non plus, en tout cas pour les petites entreprises, pas non plus les moyens d'aller doubler ou tripler leurs stocks. Donc, aujourd'hui, je pense qu'il ne faut pas avoir d'inquiétude sur les pénuries. Il ne faut pas commencer à vouloir justement consommer plus pour faire des stocks.
Alors, cette guerre, elle a un caractère particulier pour vous, Amir Reza Tofighi, parce que vous êtes d'origine iranienne. Alors, vous êtes né en France, vous avez grandi à Grigny, mais vos parents ont fui le régime des Mollahs. Ils sont réfugiés politiques. Vous avez encore de la famille en Iran ?
Oui, j'ai encore une grande partie de ma famille qui vit toujours en Iran.
Vous avez des nouvelles ?
Pas depuis quelques jours, mais je ne vais plus en avoir à un moment donné, oui.
Vous attendez quoi de ce conflit ? De cette guerre ?
C'est très particulier, parce que je suis partagé entre, bien évidemment, l'envie que cette guerre s'arrête et parce que c'est mieux pour l'économie et c'est mieux pour tout le monde. Et en même temps, cette crainte que cette guerre s'arrête sans que le régime y tombe, ce serait terrible pour ce pays et pour ce peuple qui, il y a encore quelques mois, a perdu plus de 30 000 personnes qui ont été tuées pendant les manifestations et souvent des très jeunes. Beaucoup de personnes qui ont été emprisonnées, qui sont exécutées aujourd'hui, qui parfois sont devenues avelles parce qu'on leur a tiré dans les yeux.
Et ce peuple qui aspire à la liberté, aujourd'hui, ma crainte, c'est qu'à la fin de cette guerre, que ce régime soit encore là.
Je disais, vous avez grandi en France et très tôt, vous avez eu la fibre entrepreneuriale parce que vous aviez à peine une vingtaine d'années que vous avez créé votre première entreprise, Vitalian, ce qui fait de l'aide à domicile, dont vous êtes encore à la tête. Alors, c'est de l'aide à domicile pour les personnes dépendantes, plus de 10 000 salariés aujourd'hui, mais vous avez aussi fondé EACH, qui est une plateforme de transport nocturne, Click on Boat, vous aviez vraiment l'envie de créer. Ce sera quoi, votre projet d'entreprise ?
En tout cas, aujourd'hui, entre Vitalian, c'est mon engagement à la CPME, c'est déjà un engagement de 100% de tout le montant. Donc, pour l'instant, c'est vraiment la CPME et Vitalian qui me prend tout le montant. Je n'ai pas encore mon prochain projet.
Est-ce qu'on dirige la CPME comme on dirige une entreprise ?
En tout cas, la CPME, on représente des entrepreneurs. Donc, l'exigence, c'est d'appliquer et d'être comme dans nos entreprises avec la même efficacité. Moi, mon ambition, c'est justement de moderniser les organisations patronales, de moderniser la CPME, d'en faire une organisation qui est beaucoup plus agile, beaucoup plus au service de tous les entrepreneurs et de faire en sorte que chaque entrepreneur se sente reconnu, se sente défendu.
Est-ce que c'était une organisation vieillotte ?
Vous savez, dans toutes les organisations patronales, à un moment donné, chaque nouveau président arrive avec sa nouvelle énergie et je ne dirais pas qu'elle était vieillotte, mais en tout cas, j'aimerais la rendre encore plus agile et encore plus en défense de tous les entrepreneurs.
Alors, justement, en parlant de la défense des entrepreneurs, nous sommes à la veille d'un deuxième scrutin, en tout cas, un deuxième tour des municipales. Ces élections, elles sont importantes pour les entreprises, les élections municipales ?
Elles sont très, très importantes. Vous savez, le maire a un impact très, très important sur l'économie locale à travers tous les choix qu'on fait, d'accessibilité du centre-ville, de la fiscalité locale, de logements, et qui, du coup, pour les entreprises, s'est pour les logements des salariés, de marchés publics. Et donc, aujourd'hui, moi, le double appel que je lance, c'est un, il faut aller voter. Il faut aller voter parce qu'on parlait tout à l'heure de l'Iran, il y a des gens qui meurent pour justement avoir le droit de voter. Moi, mes parents n'ont jamais eu le droit de voter, que ce soit en Iran ou en France.
Donc, il faut qu'aujourd'hui, les gens aillent voter parce que c'est un rituel important pour notre démocratie. Mais surtout, il faut aller voter pour des municipalités, des maires qui tiennent compte de l'économie. Parce qu'aujourd'hui, si on n'a pas un soutien du monde politique localement pour notre économie, il ne faut pas s'étonner derrière que les emplois dans les territoires disparaissent, qu'il est difficile pour les salariés de se loger, qu'on a des commerces dans le centre-ville qui disparaissent.
On voit d'ailleurs que dans certains de vos rangs, dans certaines CPME territoriales, puisque vous êtes implanté avec le MEDEF où chacun dans son coin, j'ai envie de dire, il y a des inquiétudes, des appels en disant attention si ce sont certaines formations politiques et les filles pour ne pas les citer. Les entreprises risquent d'être malmenées, ça risque de ruiner notre économie. Vous trouvez que c'est la position qu'il faut tenir ?
Vous savez, les élections municipales, ce sont des élections très locales. Et donc, en effet, il y a eu, notamment à Toulouse, un appel, mais il faut le comprendre, en fait, Toulouse, c'est une ville industrielle, c'est une région industrielle. Et quand on a des candidats qui ont un discours anti-économique dans une région qui est aussi importante pour la France, dans une région qui est un fleuron industriel de la France, moi, je comprends les entrepreneurs locaux qui paniquent et qui se disent que c'est potentiellement la fin d'un fleuron industriel sur ce territoire.
Écoutez, merci beaucoup, Amir Reza Tofighi, d'être venu ce soir dans l'Invité Éco de France Info. On retiendra ce message, il faut voter, c'est important, donc dimanche. Merci beaucoup.
Merci beaucoup, Fanny Guinochet.