COP 28 : urgence et compromis
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Temps de parole
- Présentateur29 %
- Invité26 %
- Présentateur 218 %
- Locuteur non identifié15 %
- Locuteur non identifié 212 %
≈ 0,9 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1 · les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
France Culture, Affaires étrangères, Christine Ockrent. Bonjour à tous. Au terme de l'année la plus chaude jamais enregistrée, la conférence des partis, autrement dit la COP, rassemble pour la 28e fois tous ceux qui sont concernés par les bouleversements du climat. Chef d'Etat et de gouvernement du roi Charles d'Angleterre au président français, indien et brésilien, financiers, industriels, experts, lobbyistes, militants des organisations non gouvernementales, plus de 70 000 participants sont ainsi réunis depuis jeudi à Dubaï, puisque le président de cette COP28 n'est autre que le sultan Al-Jaber, en même temps patron du géant pétrolier local.
Un paradoxe plutôt bienvenu, quitte à débattre du rôle et de l'élimination souhaitable des énergies fossiles, autant le faire sur le sable du Moyen-Orient qui demeure le premier producteur mondial de pétrole et de gaz. Le charbon est aussi au centre des débats, puisqu'en Chine surtout, mais aussi en Europe, les centrales prolifèrent et l'extraction de ce combustible libère du méthane, un gaz à effet de serre plus néfaste encore que le CO2.
Au-delà des enjeux et des débats techniques, ce sont encore une fois les rapports de force entre riches et pauvres, entre grands et moins grands acteurs du jeu international, qui importent, alors que deux guerres en Europe et au Proche-Orient pèsent sur la conjoncture économique et que les électeurs aux Pays-Bas, comme en Argentine, n'ont pas hésité à favoriser des climato-sceptiques. La Chine parviendra-t-elle à poser en champion du Sud global, tout en accordant quelques concessions chiffrées aux pays riches, qui sont aussi ses premiers partenaires commerciaux ? Le fonds destiné à financer les mesures demandées aux pays pauvres sera-t-il convenablement abondé ?
Les États-Unis vont-ils réaffirmer les engagements climatiques de l'administration Biden, même quand ils sont contredits par leur secteur privé ? C'est en proie à des priorités contradictoires. Quels rôles, quelles attentes aussi du côté des Européens et de la France ? C'est ce que nous allons comprendre ce matin grâce à vous, Fanny Petitbon. Vous êtes à Dubaï et vous êtes la responsable plaidoyer de l'ONG CARE à Paris. François Gemmène, rapporteur principal du groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, le GIEC, et vous enseignez à Liège, à Sciences Po, à Paris, ainsi qu'à HEC. Thibaut Voitard, ravi de vous accueillir.
Vous êtes consultant sur les transitions énergétiques et le climat, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales. Et Sébastien Bouchois, vous enseignez à Bruxelles, à l'Institut des Hautes Études des Communications Sociales, ainsi qu'à l'Université libre de Bruxelles. Partons vous rejoindre à Dubaï. Fanny, je crois qu'il est trois heures de plus chez vous. Quelle est l'ambiance aujourd'hui ?
L'ambiance aujourd'hui, c'est le deuxième et dernier jour du sommet des chefs d'État et de gouvernement. Donc, en fait, c'est une COP qui est vraiment partie sur les chapeaux de roue. On n'a jamais, rarement vu ça. Déjà, d'une part, parce que la présidence émiratie a fait tout son possible pour que l'agenda soit adopté le plus vite. Ça peut vous paraître une broutille, mais en vrai, ça peut être très important. Lors des dernières négociations sur le climat, en juin à Bonn, les États s'étaient mis d'accord sur l'agenda la veille de la fin des discussions, tellement il y avait des bisbis, énormes divergences entre pays développés et pays en développement.
Et puis, surtout, ce qui était complètement inattendu, c'est qu'au premier jour de cette COP, il y a eu une première décision. Ça, ça ne s'était jamais vu. Et une décision, donc, sur l'adoption, le lancement d'un fonds pour les pertes et dommages, donc les impacts les plus sévères du changement climatique qui touchent en particulier les petites îles, l'Afrique, l'Asie, et qui est un sujet qui avait été vraiment un tabou, en fait. Pendant des années, les pays du Nord ne voulaient pas en entendre parler parce qu'ils ne voulaient pas être tenus et responsables, avoir à payer, en fait, pour les dégâts qu'ils causent bien au-delà de leurs frontières.
Et vraiment, il y a eu 30 ans de lutte acharnée par les pays en développement qui, l'année dernière, avaient obtenu la décision de créer ce fonds. Et cette fois-ci, en fait, ils se sont mis, les États se sont mis d'accord sur les détails, c'est-à-dire qui va contribuer à ce mécanisme de financement, qui va pouvoir en bénéficier, où le fonds devrait être normalement hébergé. Et donc ça, c'est un élément très positif pour rentrer dans cette COP, pour insuffler, en fait, juste des bonnes ondes pour que la suite des négociations se passe le mieux possible. Et c'est surtout un signal éminemment important pour les pays dont la survie est directement menacée.
Et est-ce qu'il y a déjà des promesses de financement ?
Parce que tout cela est beau et bon, mais... Vous allez me trouver trop positif, peut-être, nous, d'abord, d'habitude, les ONG, on est...
Oui, justement, non, ça nous met de bonne humeur.
Mais oui, ça fait du bien de temps en temps. En fait, après, dans la foulée de l'adoption de ce texte, les États ont immédiatement commencé à annoncer des engagements financiers. Nous, on pensait qu'on allait attendre la séquence avec les chefs d'État à partir du lendemain, donc hier. Et non, ça a commencé. Et là, ça continue. J'ai quitté mon ordinateur pour l'interview, donc je ne suis pas en ce moment même. Mais il y a encore une promesse qui est tombée il y a une quinzaine de minutes. On est à peu près à 620 millions de dollars qui ont été mis sur la table pour ce fonds.
Donc, ça veut dire qu'il va pouvoir être lancé parce qu'il fallait un minimum de 200 millions de dollars puisque ce fonds devrait être hébergé par la Banque mondiale et donc la Banque mondiale impose ce seuil-là. Je vais être honnête avec vous. C'est bien sûr encourageant parce qu'on ne voulait pas d'un fonds qui soit une coquille vide. Le problème, c'est que les besoins, ils vont se chiffrer en centaines de milliards de dollars, pas en centaines de millions. Donc, c'est bien, mais c'est pour l'instant une goutte d'eau. Il faudra faire plus et surtout, il faudra que le diable se cache dans les détails. Cet argent, il faut qu'il soit décaissé.
Il faut qu'il soit décaissé sous forme de dons et non pas de prêts pour ne pas enfermer des pays qui sont déjà hautement endettés dans un cercle vicieux. Et puis, il faudra que ces financements soient nouveaux et additionnels. En fait, il s'agit pour nous de pouvoir décrypter rapidement si ce n'est pas à déshabiller Pierre pour habiller Paul. Est-ce que les pays vont aller chercher, par exemple, des financements qu'ils avaient prévus pour réduire les émissions ou pour l'adaptation et aller les mettre sur les paires des dommages ? Ça, ce serait très problématique parce qu'on a besoin d'agir sur tous les volets en même temps.
François Gemmène, vous partagez l'optimisme de notre ami Fanny. J'ai suivi beaucoup de Coop et j'ai peu de souvenirs d'avoir entendu les ONG aussi enthousiastes et aussi euphoriques dans les premiers jours d'une Coop. Et comme le rappelle Fanny Petitbon, là, ça part sur les chapeaux de roue. C'est-à-dire qu'on a, à l'évidence, une présidence qui est très efficace, qui parvient à faire adopter des décisions très très rapidement et qui est aussi habile diplomatiquement. Parce que ce fonds sur les pertes des dommages, on se rend bien compte que c'est une revendication essentielle des pays du Sud et des ONG.
Et qu'on sait, vu le climat géopolitique du moment, que les tensions vont croissant entre les pays industrialisés et les pays du Sud. Et donc le fait d'acter cette décision dès le premier jour de la Coop, c'est aussi un signal qui est envoyé aux pays du Sud pour essayer de rapprocher les points de vue et pour essayer de faciliter les discussions pour le reste de la quinzaine. Donc c'est vraiment un coup de maître diplomatique de la part de la présidence que d'avoir annoncé cet accord dès le premier jour. Et donc, en fait, c'est une très bonne idée d'avoir ce sultan Al-Jaber qui, lui, est Abu Dhabi, donc qui est le patron de la... De l'ABNOC, l'Abu Dhabi National Oil Company. Voilà.
Et alors, évidemment, la rumeur, enfin plus que la rumeur, a couru qu'il profitait aussi de cette Coop pour nouer des contacts utiles avec les milieux d'affaires. Il y a d'ailleurs pléthore de financiers, les plus gros financiers... C'était déjà le cas l'an dernier à la Coop 27. Il y avait aussi eu des accords gaziers et pétroliers qui avaient été noués. Et c'est certain qu'il y a toujours aussi un peu ce genre d'offensive médiatique pour essayer de déstabiliser un peu la présidence à l'entame des Coop. C'est vrai qu'on s'est focalisé beaucoup sur ses affiliations et sur son rôle, un peu choquant, on l'imagine, de PDG d'une compagnie pétrolière.
Mais pour l'avoir un peu fréquenté, je pense qu'on doit s'attacher aussi sur ses qualités humaines. C'est quelqu'un qui est extrêmement habile et intelligent. C'est quelqu'un qui est très affable, qui a un certain liant et qui, je pense, est un assez bon diplomate. Et c'est quelqu'un qui connaît très, très bien le dossier. On n'a pas toujours eu des présidents de Coop aussi compétents sur le fond. Lui s'est beaucoup préparé. Il a rencontré beaucoup d'homologues étrangers. Il a rencontré les ONG aussi avant, ce que peu de présidents de Coop ont fait. Et donc, il arrive très, très bien préparé. Et ça se sent, évidemment, dans ses premiers jours de la Coop.
Sébastien Boussois, vous vous intéressez particulièrement au monde arabe. Pour les Émirats, on comprend bien que c'est un enjeu diplomatique majeur et un enjeu d'image.
Ah oui, on est vraiment dans la double attribution ou la double casquette, en réalité, parce que depuis des années, les Émirats arabes unis cherchent à décrocher un maximum d'organisations, d'événements internationaux qui sont prestigieux. Certains efficaces, certains moins, mais en tout cas, qui, en termes d'attrait, et qui puissent ensuite attirer beaucoup de gens aussi vers les Émirats arabes unis, leur permettent de construire une image lisse, ouverte, moderne, et qui se projette, en réalité, dans l'avenir et dans la rivalité, par exemple, qu'il peut y avoir avec le voisin Qatari.
On voit bien que la question de l'environnement, la question de la préservation des ressources et la transition des énergies fossiles aux énergies renouvelables est un enjeu majeur pour les deux voisins, en fait, Qatari comme Émirati. Et donc, du coup, après avoir fait l'exposition universelle, après accueillir de nombreux événements qui plaisent et qui savent séduire aussi les Occidentaux, pas des événements qui se tournent uniquement vers la façade asiatique ou vers ce fameux Sud global ou les pays pauvres en général, ils savent très bien qu'en vendant et en faisant un vrai branding, ils peuvent attirer, ils peuvent s'attirer, surtout la sympathie des Occidentaux.
Et je pense que la COP fait partie de ces événements, comme les pays voisins, comme l'Arabie saoudite veulent décrocher les Jeux dans un pic d'hiver ou quoi au caisse. Après, la grande réflexion, c'est un investissement de pollution, si je puis dire, puisque c'est quand même 70 000 personnes, il y a beaucoup d'organisations qui critiquent d'ailleurs souvent ce type de grands barnums politiques, mais en présentiel, pour le coup, c'est le cas de le dire, mais qui sont aussi évidemment générateurs de pollution, mais en tout cas, l'inscription dans l'avenir.
Les Émiratis, d'ailleurs comme les voisins qataris, se sont toujours projetés là-dedans, contrairement notamment à certains voisins qui sont plus à la peine comme l'Arabie saoudite.
Oui, mais avec une rivalité de l'Arabie saoudite et la même ambiguïté en fait, puisqu'on voit que le sultan Al-Jaber fait inscrire d'entrée la diminution de l'offre d'énergie fossile, donc de pétrole, mais il annonce en même temps une augmentation de la production de sa propre compagnie. Et cela joue aussi, bien sûr, dans la rivalité avec l'Arabie saoudite. L'Arabie saoudite, qui de conserve avec la Russie, diminue sa production de pétrole, mais pas pour des raisons environnementales, mais pour des raisons de maintien des prix. Sébastien ?
Oui, absolument, il ne faut quand même pas négliger que même si on s'inscrit dans le futur, il y a quand même un présent qui compte, et que les Émirats, comme l'Arabie saoudite, ont des entrées, c'est une véritable manne financière que les énergies fossiles. Alors, les Émirats sont dans une stratégie de ce qu'on appelle, ils ont tous des visions, une sorte de vision de développement, mais également de diversification économique.
Ils savent qu'à terme, à un moment, les ressources s'épuiseront, mais ils se sont très rapidement inscrits, comme le voisin Qatari, dans une diversification de l'économie, mais également des ressources qui puissent lui permettre de s'inscrire dans un développement, je dirais, beaucoup plus durable que d'autres pays.
Le problème de l'Arabie saoudite, c'est qu'elle est en difficulté, elle n'a pas misé jusqu'à très récemment sur la diversification économique et sur l'anticipation, mais beaucoup de pays ne l'ont pas fait, l'Algérie par exemple, sur la diversification économique, en anticipant la fin des énergies fossiles, mais également le débat autour de la question du réchauffement climatique, qui devient une urgence pour l'ensemble de la communauté internationale.
Ça a pourtant été l'une des premières proclamations intéressantes d'ailleurs de Mohamed Bel Salman, du prince héritier, avec son projet Néom et son ambition aussi de développer l'énergie nucléaire civile, puisque l'Arabie saoudite a de l'uranium.
Absolument, mais on est sur des années assez récentes, 2017-2018, alors que les voisins s'étaient déjà projetés dès 2010-2011 et même 2008 je crois pour le Qatar, dans cette inscription extrêmement importante pour le futur. L'Arabie saoudite, elle nous sort cette vision 2030 de manière extrêmement tardive, on n'est pas du tout sûr que Néom puisse être financée à terme, c'est la grande difficulté d'ailleurs pour Mohamed Ben Salman, et au-delà des énergies, au-delà de tout ça, moi je veux bien des grandes barres de 200 kilomètres de long avec des stations de ski nautique, etc.
et tout ce qu'on veut, c'est un peu à la mode de Dubaï d'ailleurs avec ces stations de ski, c'est sûrement probablement, il y a sûrement la possibilité d'en faire quelque chose d'écologique, mais de prime abord, le branding de Néom, on voit bien qu'il y a une double face, le côté je m'intéresse à l'environnement et au réchauffement climatique, et puis de l'autre côté, je crée des programmes from scratch, comme on dit en anglais, venant de rien du tout, en plein milieu du désert, où il va y avoir besoin d'énergie, d'eau et tout ça, dans une société de loisirs telle que les occidentaux l'aiment et parce que c'est les occidentaux qu'ils veulent capter en réalité, comme c'est le cas avec Dubaï.
Oui, vous savez quelle est la plaisanterie en Arabie Saoudite où c'est un genre assez peu cultivé, c'est que ce n'est pas la vision 2030, mais la vision 3020. Thibaut Vojta, le Brésil se distingue en alignant, si j'ai bien compris, 6 ministres et 4 000 participants, une délégation de 4 000 personnes, le président Lula, évidemment, plaide et vante les accomplissements de son gouvernement, s'agissant de la forêt tropicale en particulier, et on voit bien qu'il y a une rivalité pour qui va devenir le porte-parole, le porte-étendard du sud global, le Brésil sûrement, mais aussi la Chine, qui n'est pas représentée par son président, Xi Jinping.
Alors, pardon, excusez-moi, effectivement, la Chine n'est pas représentée par Xi Jinping, c'est l'un des grands absents de cette COP, l'autre étant Joe Biden des Etats-Unis, ce qui est déjà assez problématique puisque ce sont les deux plus gros pollueurs, enfin, les deux plus gros émetteurs de gaz à effet de serre historiques qui sont absents.
Cela étant dit, la Chine, je crois qu'elle est à peu près, enfin, elle est dans la même situation que les Émirats Arabes Unis, que l'Arabie Saoudite, qu'aussi les Etats-Unis et bien d'autres pays, c'est-à-dire qu'ils ont cette tension entre, d'un côté, un attachement très très fort aux énergies fossiles, notamment le charbon, enfin, je trouve ça intéressant, on a beaucoup beaucoup parlé de la déclaration d'Emmanuel Macron hier sur la fin du charbon.
Oui, donc Emmanuel Macron qui demande que le G7 en particulier, donc les sept économies les plus industrialisées, signale ou annonce ou véritablement passe à l'action s'agissant de la fin du charbon. Ça, c'est...
Mais c'est ce qui est en train de se passer concrètement. Aujourd'hui, la consommation de charbon pour 70% sur la planète, c'est l'Inde et la Chine. Et la Chine continue à augmenter ses capacités en matière de charbon parce qu'elle a besoin, elle a des problèmes de pénurie d'électricité, elle a besoin de plus d'électricité. Donc d'un côté, on a cette très très forte dépendance aux énergies fossiles et de l'autre côté, on a un pays qui développe ses énergies renouvelables, qui développe ses véhicules électriques à une vitesse qui n'était pas prédit jusqu'à présent. et il parle des trois secteurs sur lesquels la Chine a une domination mondiale, c'est-à-dire qu'elle produit plus de 80% de...
Elle est responsable de plus de 80% de la production mondiale, c'est-à-dire en matière de batteries, en matière de véhicules électriques, en matière de panneaux solaires. Sur certains composants des panneaux solaires, elle détient... elle produit 95% des produits au niveau mondial. Et c'est une suprématie qui ne devrait pas être challengée d'ici 2025, 2026 peut-être.
Mais 60% de l'énergie consommée en Chine, c'est toujours et encore le charbon.
C'est toujours et encore le charbon. C'est pour ça qu'il y a vraiment cette tension entre une accélération des énergies propres et une dépendance aux énergies fossiles. Et à part peut-être l'Europe, on est quand même dans ce cas de figure dans énormément de pays. D'où la problématique... Enfin, votre question était de savoir si la Chine peut se positionner comme leader du Sud global. Elle en a effectivement la puissance politique et économique.
Maintenant, il y a des positions qui sont extrêmement problématiques en matière de sa dépendance aux énergies fossiles et qui déplaient énormément à certains pays africains et aux petits états insulaires en développement qu'on appelle les SEEDS en anglais et qui, je crois que c'était Fanny Petitbon qui le rappelait pour ces pays-là, c'est leur existence même qui est menacée par le changement climatique. Et d'un autre côté, donc d'un côté, il y a des tensions avec ces états-là.
D'un autre côté, il y a un alignement assez bienveillant avec d'autres pays qui dépendent des énergies fossiles, la Russie en premier, et aussi les États-Unis puisqu'on a vu qu'ils ont signé, malgré toutes les tensions entre Washington et Pékin ces dernières années, ils ont signé une déclaration il y a deux semaines, je crois, à peu près, donc juste avant la COP, ce qui est un signal très, très, très fort. Sur le méthane, en particulier. Non, c'est une déclaration plus générale qui porte sur le changement climatique. Donc, ils affirment l'objectif qui est porté aussi par la présidence émiratie de tripler les capacités en matière de renouvelables d'ici 2030.
Ils affirment aussi effectivement le méthane et la Chine a publié un plan d'action sur son méthane, ce qui était une demande des États-Unis qui date d'il y a plusieurs années déjà. Donc, là-dessus, il y a un alignement avec ce rival, ce rival historique qui sont les États-Unis et je pense que ça prouve que la Chine est extrêmement pragmatique et qu'elle noue les alliances qui l'arrangent quitte à tourner le dos à certains pays quand elle le doit. François Gemmène.
Sur la question du leadership des pays du Sud, très clairement, c'est le Brésil qui veut prendre ce leadership. Historiquement, la délégation du Brésil a toujours été la plus nombreuse lors des COP. On parle beaucoup de la taille du lobby pétrolier. Ce n'est rien du tout à côté de la taille du lobby brésilien. À chaque COP, on a l'impression que c'est la moitié du pays qui débarque. Une armada de ministres, de gouverneurs, de célébrités, etc. Le Brésil a obtenu l'organisation de la COP30 qui portera sur les questions de forêt et de déforestation. Et la 29, ce sera où ? J'y arrive, c'est le grand point d'interrogation.
On prête à nous l'intention d'organiser la COP30 au cœur de la forêt amazonienne, potentiellement à Manaos. Je ne vois pas très bien comment ça serait logistiquement possible. Il y a un théâtre à Manaos. Il est petit. Il est petit. Et surtout, je ne suis pas sûr qu'il y a suffisamment d'hôtels que pour accueillir autant de participants. Mais donc, c'est vraiment un enjeu fondamental de la présidence de Lula. Il faut rappeler que Lula était déjà présent lors de la COP15 qui avait échoué à Copenhague. Et donc, il a eu une longue histoire personnelle aussi avec ces COP. Et le Brésil aurait dû organiser la COP25.
Bolsonaro, à l'époque, avait dit qu'il ne voulait pas l'organiser alors que c'était son tour. Et donc, on avait eu tout un pataquès parce que le Chili avait repris l'organisation. puis il y avait eu des troubles au Chili et finalement, ça avait été déplacé à Madrid. Mais donc, il y a un gros enjeu vraiment sur la question du Brésil. Alors maintenant, sur la question de la COP29, là, c'est le grand point d'interrogation. C'est en principe le tour de l'Europe centrale et orientale. Et d'habitude, quand c'est le tour de cette région, c'est la Pologne qui s'y colle. Sauf que cette fois-ci, la Russie a déjà fait savoir qu'elle mettrait son veto à l'organisation d'un pays de l'Union Européenne.
Et donc, exit la Pologne, exit la Tchéquie, exit la Slovaquie. La Pologne, qui s'est opposée hier par la voix de son président Duda, a toute restriction en matière de charbon. Tout à fait. Il est certain que la Pologne, c'est aussi une des raisons pour lesquelles la Pologne était aussi souvent candidate à l'organisation, c'est qu'elle avait bien compris que le meilleur moyen de ralentir la négociation, c'était de l'organiser elle-même, évidemment. Et donc, faute de pays européens, il y avait l'Arménie et l'Azerbaïdjan qui étaient candidates à l'organisation de la COP.
Mais évidemment, les troubles et les conflits du Haut-Karabakh ne laissent rien augurer de bon et manifestement, ça va être difficile que ce soit ou l'Arménie ou l'Azerbaïdjan. Donc, il n'y a pas de candidat pour le moment pour la COP29. restons sur le rôle des Etats-Unis. Kamala Harris, la vice-présidente qui représente donc les Etats-Unis, vient d'annoncer à l'instant une contribution américaine de 3 milliards de dollars au fonds climatique. D'accord. Ce qui prouve à quel point ce fonds véritablement prend de la consistance et ce qui prouve aussi l'ambition des Etats-Unis en matière climatique alors qu'il y a quand même des réalités très contradictoires.
Et aussi l'effet d'entraînement et d'émulation d'avoir annoncé cette décision dès le premier jour parce que ça pousse évidemment tout le monde à mettre de l'argent sur la table et à surenchérir. Mais, effectivement, alors qu'on sait qu'aux Etats-Unis la question devient de plus en plus délicate et que ces questions écologiques et climatiques deviennent de plus en plus idéologiques et que Biden est parfois mis en difficulté sur ces questions. Et il y a une campagne présidentielle et Trump a déjà dit qu'il allait faire table rase de tous les engagements en matière de climat. Absolument. S'il est élu. C'est le risque, évidemment.
C'est que les négociations sur le climat dépendent du résultat de l'élection présidentielle américaine et qu'on ait 4 ans de présence des Etats-Unis dans l'accord de Paris et puis 4 ans sans et puis 4 ans avec ça créerait un climat d'instabilité et d'incertitude. Néanmoins, il y a cette alliance Chine-Etats-Unis à laquelle faisait allusion Thibaut Wojta et donc les deux plus gros pollueurs et aussi deux immenses pays. L'un, la Chine, infiniment préoccupée par sa sécurité énergétique. L'autre, les Etats-Unis, devenu le premier producteur mondial de pétrole grâce au schiste.
Et il faut rappeler que la Chine et les Etats-Unis avaient déjà annoncé ce partenariat stratégique en novembre 2014 avant la COP 21 de Paris en 2015 et c'est ce partenariat stratégique largement qui avait permis ensuite l'accord de Paris. Et donc l'accord qui est annoncé cette fois-ci est moins ambitieux que le partenariat stratégique 2014 mais malgré tout c'est effectivement un signal positif malgré tout.
Fanny Petitbon, on vous rejoint à Dubaï donc j'imagine que là aussi vous applaudissez à l'annonce américaine qui vient d'être officialisée donc 3 milliards de dollars pour ce nouveau fonds mais restons un moment sur les énergies fossiles puisque là il semble que ce tabou là a été brisé dès l'ouverture et qu'en fait il est vraiment question de traiter non pas de l'élimination mais de comment dire d'une sortie progressive ou en tout cas d'une diminution de l'offre de pétrole et de gaz
Oui en fait ce qui est intéressant c'est que c'est même pas l'ouverture de cette COP c'est qu'on a parlé des fossiles depuis en fait depuis l'annonce de la présidence émiratie et ça c'est vraiment étonnant en fait il y a eu quelque chose qui s'est passé cette année nous on parle souvent de changement de narratif pendant en fait depuis que les COP existent on ne parlait pas des énergies fossiles vous allez me dire mais c'est c'est complètement improbable c'est la principale source du réchauffement climatique et pourtant en fait tous les pays producteurs mais aussi les lobbies des énergies fossiles qui sont en nombre dans les couloirs de la COP ont très très bien fait leur travail toutes ces années pour défendre les intérêts économiques du pétrole du gaz du charbon et en fait il a fallu attendre la COP26 donc il y a deux ans pour que pour la première fois on parle même pas des énergies fossiles mais du charbon c'était vraiment ralentir c'était pas sortir mais ralentir la consommation la production de charbon et puis l'année dernière à la COP27 pour la première fois on parle des énergies renouvelables dans un texte de COP donc il faut quand même se dire qu'après cette chape de plomb il y a quelque chose qui s'est passé et puis en fait c'est un peu ce que vous disiez tout à l'heure Christine O'Kren dans votre introduction c'est que cette présidence émiratie elle a permis vraiment de mettre un coup de projecteur sur les énergies fossiles on en a parlé toute l'année dans tous les sommets toutes les réunions importantes que ce soit G7 G20 le dialogue de Petersburg le sommet pour l'ambition climatique organisé par Antonio Guterres donc à la fin du mois de septembre à New York c'était dans la bouche de tout le monde il va falloir qu'on sorte des énergies fossiles alors après de plus en plus d'états en parlent là le 30 novembre donc le premier jour de la COP il y a une déclaration qui a été signée par 106 pays dont les membres de l'Union Européenne mais aussi les pays africains des Caraïbes et du Pacifique pour dire il faut sortir des énergies fossiles je vous avoue même que Sultan Al-Jaber porte cette position la question c'est quand quelle est la date qu'on met est-ce que comment on fait pour accompagner les pays notamment des pays en développement qui ont des fossiles dans leur sol et qui en fait regardent l'Union Européenne regardent les Etats-Unis qui leur disent mais de quel droit vous allez me dire de ne pas aller chercher exploiter ces fossiles que ce soit pour la production d'énergie à l'échelle nationale mais aussi pour les vendre puisque de toute façon vous êtes toujours intéressés par les acheter donc il y a aussi la question de vraiment l'équité en fait quelque chose qui soit juste et aider donc ces pays là à avoir accès à des financements pour se développer mais en essayant d'utiliser le moins les énergies fossiles donc là en fait on n'a jamais été aussi prêts alors peut-être que certains pensent que nous ONG nous rêvons mais nous n'avons jamais été aussi prêts d'obtenir un engagement à sortir de l'ensemble des énergies fossiles pour nous c'est vraiment les trois pétrole, gaz, charbon et au plus tard en 2050 ça doit se faire donc rapidement on doit accompagner ce mouvement et on espère que voilà ces déclarations qui on l'a vu il y a eu vraiment un glissement de sémantique aussi dans la bouche de la présidence émiratine de la COP qui au début disait il va falloir qu'on réduise les émissions liées aux énergies fossiles et maintenant il y a clairement cette envie d'en sortir mais à quel rythme avec quel financement tout reste encore à définir
comment a été accueilli Fanny Petitbon le discours d'Emmanuel Macron hier Emmanuel Macron qui est encore ou qui est en route en fait en ce moment puisqu'il est trois heures de plus chez vous qui est en route pour le Qatar où il doit s'entretenir avec l'émir de la situation à Gaza et de la situation des otages mais le président français a proposé que les pays du G7 montrent l'exemple en matière de charbon et il a aussi proposé de tripler le développement du nucléaire d'ici 2050 quelles sont les réactions
alors sur le charbon sur l'exemplarité du G7 ça ça a été évidemment très bien perçu il a aussi mentionné l'ensemble des énergies fossiles dans ses propos et ça c'était important parce qu'il y avait eu l'impression que la France se mobilisait beaucoup sur le charbon et semblait ne pas autant disons mettre de poids diplomatique sur pétrole et gaz donc ça ça a été bienvenu sur le nucléaire très clairement en tout cas côté société civile on pense que là c'est une erreur une erreur surtout que il y a cette mobilisation cet engagement sur le fait de tripler les énergies renouvelables de doubler l'efficacité énergétique mettre en place de nouveaux réacteurs nucléaires ça prendrait beaucoup de temps beaucoup d'argent on sait que les énergies renouvelables sont maintenant beaucoup plus abordables c'est ça qu'il faut clairement développer rapidement notamment l'éolien et le solaire donc ça pour nous c'est un faux pas et on verra en fait comment ça va être suivi parce que la question aussi à travers toutes ces déclarations de chefs d'Etat c'est beaucoup beaucoup de grands chiffres de nouvelles déclaratifs financières de nouvelles coalitions d'action est-ce que tout ça va être vraiment suivi des faits et dans quel cénacle va-t-on rendre des comptes parce que toutes ces déclarations ne sont pas inscrites dans les textes de décision de la COP donc après c'est vraiment à chaque pays de décider s'il a envie de dire s'il a avancé ou pas dans la mise en oeuvre donc nous on est aussi quand même très très très prudent sur ces grandes annonces on attend de voir pour le croire François Gemmène
les Européens là à Dubaï ils sont vraiment en ordre dispersé au sein de l'Union Européenne il n'y a pas véritablement de consensus et notamment sur le charbon hélas effectivement les Européens arrivent en ordre dispersé ça fait déjà plusieurs années que l'Europe peine à parler d'une voix forte elle aurait pourtant la possibilité de faire la publicité du Green Deal de son pacte vert malheureusement son principal capitaine Franz Timmermans a préféré se replier sur un échec électoral national plutôt que de porter ce grand projet européen un choix de carrière à mon sens peu compréhensible et donc effectivement l'Europe est malheureusement en ordre dispersé peut-être un mot aussi sur la question du charbon pour que les auditeurs comprennent bien pourquoi on dissocie parfois les trois énergies fossiles il faut savoir que le charbon est plus nocif pour le climat que ne l'est le pétrole qui lui-même est plus nocif que ne l'est le gaz et donc il y a chez certains pays la volonté d'insister particulièrement sur le charbon ce qui apparaît parfois comme une manière de ménager le pétrole et le gaz et on a parfois soupçonné que ça a pu être la stratégie des Émeras évidemment la région produit du pétrole et du gaz mais pas de charbon à l'inverse des pays qui sont très dépendants du charbon comme la Chine mais surtout l'Inde ne veulent pas du tout que le charbon soit isolé des autres énergies fossiles et donc il y a un enjeu diplomatique pour savoir si les trois énergies fossiles sont bien considérées comme un ensemble ou si on va les dissocier mais justement c'est aussi un problème pour des pays clés de l'Union Européenne dont la Pologne dont la Pologne mais aussi l'Allemagne mais aussi l'Allemagne bien entendu qui a été contrainte de rouvrir des mines de charbon parce qu'elle était contrainte avec la guerre en Ukraine de changer complètement sa politique énergétique et de se passer du gaz russe et la renonciation au nucléaire qui avait été actée par Mme Merkel pour des raisons de politique intérieure Thibault Wojta s'agissant des pays africains avec évidemment des réalités assez contrastées aussi bien en termes de niveau de développement et aussi de ressources énergétiques il y a cette espèce de nébuleuse autour des marchés du carbone donc en quoi est-ce que cela consiste et en particulier s'agissant de cette espèce de troc entre la Suisse et le Ghana expliquez-nous ça
alors c'est un sujet
la Suisse qui est le pays d'Europe contrairement à ce que l'on croit parmi les plus polluées
tout à fait en fait donc c'est un sujet assez complexe et la Suisse se retrouve dans une situation où elle a énormément de mal à remplir ses objectifs climatiques contrairement à l'Europe enfin l'Europe aussi a ses problèmes mais contrairement à l'Europe elle a décidé de compenser ses émissions en achetant ce qu'on appelle communément des droits de polluer ou des droits d'émettre des droits d'émettre du CO2 et des gaz à effet de serre et cette cette pardon ça ce ce processus est facilité au niveau des de la communauté internationale par des avancées significatives qui ont été faites sur les négociations de ce qu'on appelle l'article 6 de l'accord de Paris donc l'article 6 qui porte sur les marchés du carbone et qui dont l'implémentation devait encore et doit encore aujourd'hui être les moyens d'implémentation doivent encore être finalisés et selon un des alinéas de cet article 6 il est désormais possible pour un état d'acheter des compensations à un autre état ça n'était pas possible jusqu'à il y a un an donc la Suisse a fait figure de pionnière sur ce sujet en signant un accord qu'on appelle dans le jargon un itmo avec le Ghana mais aussi avec le Sénégal et le Sénégal a renchéri après en signant des accords avec le Japon avec la Norvège avec de nombreux pays et donc ce sont des pays qui investissent dans ces pays africains pour créer des projets qui permettent de diminuer les émissions et aussi de réduire d'améliorer le développement durable et en retour les émissions réduites sont comptabilisées sur les pays qui investissent donc en Suisse et en Norvège et au Japon
Sébastien Boussois retournons avec vous même si vous n'êtes pas physiquement à Dubaï mais retournons quand même au Moyen-Orient un Moyen-Orient qui est fortement bouleversé impacté par la reprise de la guerre entre Israël et le Hamas à Gaza avec encore en ce moment même de l'arrivée d'aide humanitaire à Gaza nous apprend l'agence France Presse et l'armée israélienne qui continue d'encourager les Gazaouis à fuir encore plus au sud du territoire quelle est l'ombre portée de cette guerre à votre avis sur les conversations dans les couloirs parce que comme toujours dans ce genre d'immenses conférences internationales ce qui compte aussi c'est ce qui se passe dans les couloirs
bien sûr il y a la diplomatie officielle d'un côté et puis il y a ce qui se discute comme vous le dites off stage si je puis dire il est clair que en fait depuis le début de la guerre depuis le 7 octobre on a très peu parlé on a très peu entendu les émirats ce qui est assez surprenant en général en tout cas depuis les printemps arabes ils sont à tous les détours de la politique régionale ils essayent d'influencer de s'ingérer ils ont mis un terme également à l'ensemble des processus démocratisants pour réimposer des hommes forts dans un certain nombre de pays et là on ne les entend pas en réalité ce qui est intéressant c'est que depuis la signature des accords d'Abraham en 2020 ces accords en réalité depuis la guerre battent de l'aile le personnel diplomatique israélien a quitté Bahreïn il a quitté le Maroc le Soudan n'en parlant pas je pense que le Soudan a d'autres priorités et du côté émirati tout va bien madame la marquise en réalité puisque le business entre les émiratis et les israéliens est très fort depuis 1996 et l'officialisation de ce commerce mais également de ces relations bilatérales n'a eu de cesse que d'accroître de s'accroître depuis 2020 donc les émiratis peuvent à l'heure actuelle non pas se positionner comme un médiateur puisqu'on voit bien que c'est le Qatar qui a la part belle actuellement parce qu'ils accueillent les dirigeants du Hamas comme leur ont demandé les israéliens et les américains mais que dans l'après il est probable que les émiratis qui accueillent notamment Mohamed Darlan l'ancien chef de la sécurité préventive à Gaza et qui représentent éternellement avec Marwan Barghouti une alternative au sein de l'autorité palestinienne et de Mahmoud Abbas je pense que les émiratis vont nous sortir la carte de Mohamed Darlan qui n'est pas très apprécié en réalité en Cisjordanie corrompu assez filou mais probablement pour contrer le succès du Hamas parce qu'à l'heure actuelle en Cisjordanie en termes d'intention de vote c'est allé très vite mais le Hamas a une cote extrêmement élevée donc il est possible que les émiratis pour le compte des israéliens et dans l'intérêt d'Israël puissent pousser la carte de Mohamed Darlan et servir à la fois la belle relation qu'ils ont avec les israéliens donc les émiratis c'est vraiment un cas à part au sein même de la Ouma si je puis dire de la communauté musulmane et c'est à l'heure actuelle le pays qui a la relation la plus forte avec Israël ce qui lui rend évidemment la tâche extrêmement compliquée pour continuer à faire croire que les émirats puissent avoir un moindre intérêt à l'heure actuelle pour cette cause palestinienne dont on a très peu entendu les dirigeants critiquer la sur enfin en tout cas les bombardements israéliens contre les civils à Gaza
oui et l'émir du Bahreïn a même critiqué le Hamas ce qui était ce qui l'a fait avec l'encouragement de l'Arabie saoudite
bien sûr soyons clairs oui pardon
non non allez-y
non je dis soyons clairs tous ces tous ces pays au fond et même le Qatar le Qatar n'a aucune sympathie pour le Hamas c'est vraiment une relation très forte avec les américains et sur la demande des israéliens qu'ils ont accueilli les dirigeants pour servir de courroie de transmission mais tous ces pays Arabie saoudite Bahreïn et compagnie rêvent de la destruction du Hamas qui je le rappelle quand même entre parenthèses est une officine à l'heure actuelle clairement téléguidée par l'Iran qui conteste le leadership de tous les pays sunnites donc on voit bien évidemment l'intérêt que Bahreïn comme les émirats comme Oman ont à avoir quelque part la fin aussi la fin du Hamas
oui la délégation iranienne qui a d'ailleurs quitté hier après-midi la COP 28 pour protester contre la présence du président israélien alors que l'Iran c'est quand même le dixième émetteur mondial de gaz à effet de serre ce n'est pas du tout un petit acteur dans les négociations sur le climat Fanny Petitbon à Dubaï est-ce que la guerre à Gaza pèse sur les conversations dans les couloirs ou est-ce qu'encore une fois les sujets abordés sont tellement vastes et complexes que tout cela paraît plus important que la guerre
non non la guerre est bien là et pas juste dans les couloirs elle est aussi dans les plénières d'ouverture il y a eu des mots des discours notamment de l'Union Européenne de la société civile il y a eu effectivement cette sortie en signe de protestation de la délégation iranienne pendant l'une des plénières d'ouverture on l'avait déjà vu lors de la de la guerre en Ukraine au mois de juin on avait aussi eu ça avec des délégations qui sortaient donc ça ne va pas être des coups d'éclat avec des états qui s'invectivent s'insultent mais c'est toujours très fort comme image diplomatique lorsqu'un représentant d'un état prend la parole et que soudainement toute une délégation d'un pays s'en va c'est un oui c'est un véritable camouflet et puis il y a des actions en fait les seules actions de mobilisation qui ont été acceptées en fait pendant la séquence des chefs d'état il y a souvent en fait les ONG qui organisent des si vous voulez des petites actions un peu coup de poing pas violentes du tout mais pour mettre l'accent sur un sujet par exemple des négociations qui se passent mal ou voilà et là la seule qui a été autorisée ça a été une action avec des paires de chaussures d'enfants pour représenter donc de manière silencieuse le fait que les enfants sont en premier lieu victimes de cette guerre donc la guerre elle est présente pour l'instant en tout cas de mon point de vue je n'ai pas vu qu'elle empêchait l'avancée du processus des diplomatiques mais en tout cas elle est dans les esprits de tout le monde Thibaut Voita retournons
avec vous même en survol sur les enjeux pour les pays africains puisqu'encore une fois ils sont là évidemment en nombre et avec des situations contrastées est-ce que les BRICS et l'Afrique du Sud est évidemment l'un des pays fondateurs de cette espèce d'alliance plus fissurée qui n'y paraît mais néanmoins qui affirme vouloir jouer un rôle plus important désormais est-ce que les BRICS selon vous pèsent à leur façon sur ces négociations de la COP 28
alors c'est un groupe effectivement très fissuré personnellement moi j'ai l'impression que le groupe qui pèse le plus et qui s'apparente le plus aux BRICS c'est un groupe qu'on appelle les LMDC donc les Like-Minded Developing Countries ce qui est difficile à traduire en français on dirait les pays qui pensent qui ont le même état d'esprit qui est un groupe qui a été créé par la Chine donc on revient sur la Chine et qui rassemble des pays hétéroclites donc il y a l'Iran qui en fait partie il y a l'Inde il y a le Mali également il y a des pays en développement des pays pauvres mais c'est un groupe à géométrie variable de temps en temps certains sont actifs de temps en temps ils sont silencieux mais ils sont connus pour vraiment s'opposer très régulièrement avec une rhétorique très agressive aux pays occidentaux avec l'idée que les pays occidentaux les pays du nord doivent payer pour leurs émissions de gaz à effet de serre parce que c'est les principaux émetteurs et parce que aussi ce sont des pays riches
mais la Chine pardon je vous interroge toujours sur cette ambiguïté qui remonte aux années 90 la Chine dit ah mais nous nous sommes toujours un pays en voie de développement
c'est ce qui est formidable je dis ça de manière ironique naturellement avec la CNUC avec les négociations c'est que les pays sont classifiés selon une réalité qui date d'il y a d'il y a maintenant 30 ans c'est à dire la Chine est un pays en développement la Chine n'est pas appelée à contribuer financièrement la Chine n'est pas considérée comme un pays qui est un poids lourd en matière de gaz à effet de serre
et pourquoi ne pas réviser ce classement
alors l'Union Européenne s'y est essayée à plusieurs reprises et elle s'y est à chaque fois cassée les dents parce que la Chine l'Inde en premier s'oppose à cette révision et considère et dise que ce serait une atteinte au multilatéralisme et que ça aurait de graves conséquences internationales les pays
qui ne sont pas dans la liste ne veulent pas y rentrer tandis que ceux qui y sont voudraient en sortir et effectivement dans cette situation absolument ubuesque où effectivement cette classification entre pays adus réalisés et pays en développement date d'une annexe qui était placée à la convention climat de 1992 et qui n'a jamais été révisée depuis
cela dit les choses commencent légèrement à se fissurer puisqu'on a bien vu qu'il y a une pression de plus en plus importante pour que la Chine contribue financièrement notamment aux fonds pertes et préjudices mais mais là
elle n'a pas annoncé de chiffres
elle n'a pas annoncé de chiffres puisque quand Franz Timmermans a poussé pour ça il y a un an lors de la COP donc l'ancien
vice-président de la commission
exactement le groupe des pays en développement certains pays ont répondu ah mais vous cherchez à fissurer notre alliance en poussant la Chine vers les pays contributeurs donc ce sont des relations diplomatiques tendues et extrêmement compliquées
voilà qui nous amène Fanny Petitbon à ce qui est un autre objectif de cette COP 28 il s'agit du premier bilan mondial des engagements des différents pays pris en 2017 et là donc la COP se termine demain est-ce que ce bilan sera comment dire effectué sera rendu public et est-ce qu'il sera encourageant ou pas
la COP elle se termine le 12 normalement donc on a encore un petit peu de temps elle a commencé vite mais on a du temps en fait cette COP on l'appelle aussi la COP de la vérité c'est un peu le moment de vérité parce que donc l'accord de Paris est signé en 2015 il fixe un cap très clair tout le monde se retrousse les manches pour tout faire pour rester sous un réchauffement de 2 degrés et si possible 1,5 degré de réchauffement climatique et donc là le bilan mondial le premier qui a lieu depuis l'adoption d'accord de Paris c'est un peu le moment de se poser la question de où on en est dans la mise en oeuvre bon je ne vais pas vous mentir et je pense que vous le savez tous ainsi que les auditeurs et les auditrices on est plutôt mal barré on l'a vu il y a une succession de rapports qui ont été publiés dans les semaines qui ont précédé la COP et notamment un rapport des Nations Unies qui montre qu'en fait les politiques actuelles en matière de changement climatique nous mettent en fait sur une trajectoire de réchauffement de plus 2,5 à 2,9 degrés donc bien au-delà des 2 degrés dont on avait parlé on voit que les émissions de gaz à effet de serre elles vont augmenter de 9% d'ici 2030 alors que si on veut rester sous cette limite de 1,5 degré il faut les réduire de 43% donc bon vous allez me dire tout est perdu non tout n'est pas perdu mais il y a beaucoup à faire et on n'a pas beaucoup de temps donc en gros l'objectif de ce bilan mondial c'est vraiment de créer un électrochoc et ça Antonio Guterres le secrétaire exécutif aussi de la CNUC de la convention climat Simon Steele l'ont rappelé là maintenant il faut arrêter de se voiler la face il faut que les prochains plans climat donc les prochaines politiques climatiques des états qui seront mis sur la table soient beaucoup plus ambitieuses et alignées avec les objectifs de l'accord de Paris donc là en gros l'idée c'est d'avoir une décision de cette COP qui va donner des devoirs aux états quand ils vont rentrer à la maison parce que le principe de l'accord de Paris il est intéressant tout nouveau plan climat qu'un pays soumet doit être plus ambitieux que le précédent la réalité c'est que les Nations Unies n'ont pas de pouvoir contraignant et on l'a vu par exemple quand Bolsonaro a pris le pouvoir au Brésil il a mis sur la table une politique climat qui était moins ambitieuse que celle de Lula qui lui à son retour au pouvoir est revenu au statu quo de Paris donc oui il y a beaucoup de choses à faire mais ce bilan mondial il est clé à la fois sur la réduction des émissions mais aussi sur les enjeux de financement et bien sûr sur l'intégration d'une prise en compte des enjeux de droits humains dans l'action climatique donc ça le fait qu'il y ait eu de l'accord sur le fonds perd des dommages la première journée fait que ça nous laisse du temps pour négocier et avoir du langage le plus ambitieux possible et faire en sorte que les états rentrent avec des devoirs assez durs à faire à la maison mais nécessaire François Gemmens
ce qui est intéressant il y a le rôle des états mais il y a tellement de participants encore une fois à cette COP28 tellement de financiers de premier plan on voit que les capitaux privés commencent aussi à se mettre en branle et notamment pour ce fameux fonds pertes et dommages il faut bien dire que l'appellation en français est bizarre mais enfin bon donc le fonds de financement que les états unis viennent d'abonder à hauteur de 3 milliards de dollars pour financer donc les efforts demandés aux pays pauvres pour tenter de contribuer à la réduction du réchauffement climatique bon on voit que d'énormes gestionnaires d'actifs comme Blackrop mais aussi Brookfield le canadien TPG l'américain c'est très intéressant ça c'est nouveau c'est très intéressant alors attention c'est deux fonds différents il y a d'abord le fonds des pertes et dommages qui est un fonds de compensation d'indemnisation de la même manière qu'une assurance va vous rembourser lorsque vous subissez un dommage et ça c'est un fonds qui est très politique parce que c'est une reconnaissance de la responsabilité des pays industrialisés et puis il y a un autre fonds qui était annoncé par les Émirats Arabes Unis qui va soutenir et financer la transition des pays du sud et c'est là où les acteurs privés vont se mobiliser et c'est absolument essentiel parce qu'on voit bien aujourd'hui qu'il y a un énorme déficit de financement dans la transition dans les pays du sud or si cette transition ne se fait pas et bien on va se retrouver exactement au même point dans 20 ans c'est à dire qu'on aura décarboné l'économie des pays industrialisés mais que par contre les pays émergents et en développement auront dû puiser dans leurs énergies fossiles et donc auront dû augmenter leurs émissions de gaz à effet de serre et donc il faut absolument investir dans cette transition dans les pays du sud dès maintenant et c'est pour ça évidemment que comme les pays industrialisés ont du mal à financer cette transition ne parviennent plus à mettre des liquidités sur la table c'est là qu'il est très important évidemment que la finance privée se mobilise aussi et c'est sans doute ce qui va permettre aussi de rapprocher les négociations de la réalité parce que Fanny a rappelé les chiffres on est là dans un climat un peu euphorique à Dubaï avec des annonces positives qui se succèdent à un rythme soutenu mais la réalité c'est qu'on n'a toujours pas atteint le pic mondial des émissions de gaz à effet de serre et que ces émissions continuent à progresser rapidement ce qui fait dire à certains à quoi servent ou font les COP on voit bien que leur prise sur le réel est limitée je pense que c'est important de rappeler que sans les COP on serait sans doute sur une trajectoire de réchauffement à plus 4 degrés aujourd'hui et que donc on a quand même fait beaucoup de chemin depuis l'accord de Paris qu'évidemment on n'est pas là mais que si on veut se donner une chance d'atteindre les objectifs de l'accord de Paris il faut absolument mobiliser davantage le financement pour la transition dans les pays du Sud Mais est-ce qu'il n'y a pas un malentendu sur la nature même d'une COP en fait comment dire il n'y a pas d'obligation de résultat C'est une chambre d'écho c'est-à-dire que la COP en quelque sorte va enregistrer les engagements qui sont pris par les différents états va essayer de les coordonner de les articuler dans un cadre cohérent mais la COP ne peut pas imposer aux états de prendre des engagements qu'ils n'ont pas envie de prendre et souvent on s'imagine que les COP ont une fonction performative que la COP va décider de l'arrêt des énergies fossiles que la COP va décider de la fin de ceci ou de cela en réalité la COP va le faire uniquement si les états y sont prêts la COP va refléter les engagements des différents états mais donc et Fanny nous le disait d'entrée de jeu le climat si j'ose employer cette image est positif paradoxalement il y a deux guerres il y a une conjoncture économique qui est quand même très sombre l'économie chinoise qui n'arrive pas véritablement à récupérer des affres du zéro Covid une campagne présidentielle aux Etats-Unis avec des menaces alors réelles sur les engagements en matière de politique d'environnement aux Etats-Unis et tout cela François malgré tout en termes de récits politiques c'est assez extraordinaire souvenons-nous qu'il y a encore quelques jours les critiques pleuvaient sur cette COP à Dubaï on disait comment est-ce possible d'organiser un sommet climat dans un pays pétrolier comment est-ce possible d'avoir un président qui soit aussi PDG d'une compagnie pétrolière il y avait des appels au boycott et en l'espace de 48 heures la présidence a complètement renversé la table du récit médiatique et cette COP s'annonce quasiment comme la plus réussie de l'histoire récente et c'est presque comme si le président Sultan Ahmed Al-Jaber devient maintenant l'idole des ONG climat c'est quand même un renversement de situation assez extraordinaire ça tient aussi je crois au fait que les COP sont un peu une sorte de bulle où quelles que soient les tensions extérieures quels que soient les intérêts des uns et des autres lorsqu'on dit il y a quelque chose qui se passe et il y a souvent une envie d'essayer de réussir à faire quelque chose ensemble il y a toujours une sorte de climat assez particulier qui fait qu'on sent souvent et c'est beaucoup une question d'ambiance de facilitation par la présidence que parfois certains participants ont envie de réussir quelque chose ensemble et c'est comme ça que parfois certaines COP ont pu être des succès inattendus alors que tout se présentait très très mal Fanny Petitbon d'un mot on arrive à la conclusion de cette conversation ce climat de relative euphorie vous pensez que ça peut durer donc jusqu'au jusqu'au 12 ?
non on n'aura pas l'euphorie jusqu'au 12 c'est sûr que ça permet de partir sur un bon pied mais on sait que c'est parce qu'il y a des sujets difficiles sur la table des négociations en particulier la sortie des fossiles je tiens quand même à revenir sur ce que vient de dire François Gémen Sultan Légemer n'est pas devenu l'ONGD la l'oeil de l'ONGD du climat c'est sûr qu'il nous a surpris par ça surpris en bien oui en bien c'est sûr qu'il y a vraiment comme le disait François Gémen un savant jeu diplomatique qui a été fait notamment pour que les négociations puissent commencer et puis avoir des engagements financiers dès le début donc ça c'est évidemment très bienvenu et je voulais juste ajouter par rapport à ce que vous disiez tout à l'heure Christine O'Krent en fait l'annonce des Etats-Unis n'est pas pour le fond pertes et dommages ça m'aurait étonné aussi parce qu'ils avaient annoncé 17,5 millions en fait pour ce fond ah pardon donc j'ai été induit en erreur par le libellé d'une dépêche c'est quand même bien pas de soucis c'est pour le fond vert pour le climat qui est aussi un fond bon mais c'est déjà pas mal mais c'est bien aussi donc voilà donc on espère en tout cas que ce début positif de COP va permettre de vraiment d'avancer sur les sujets qui sont très compliqués et en particulier la sortie des fossiles
et bien merci merci à vous quatre Fanny Petitbon responsable plaidoyer de l'ONG CARE merci à vous François Gemmène vous avez publié deux ouvrages l'an dernier La guerre chaude en jeu stratégique du changement climatique aux presses de Sciences Po et aussi chez Fayard L'écologie n'est pas un consensus Thibaut Vojta vous venez de publier pour l'IFRI une note très intéressante sur cette COP qu'en finance énergie fossile et division redessinent l'avenir Sébastien Bouchois vous avez publié chez Max Milo édition en 2021 les Émirats Arabes Unis à la conquête du monde et voilà je n'ai oublié personne je remercie bien sûr Luc Jean Reynaud à la réalisation Grégory Wallon à la technique Mercier Nesic m'a aidé à préparer cette émission ainsi que la documentation de Radio France et voici comme chaque samedi Nora Amadi sous les radars bon week-end et à samedi prochain