Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
interviewRadio Classique — L'invité de la matinale· 17 février 2021 12 min

Frédéric Valletoux

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:01
Frédéric Valletoux

L'invité de Guillaume Durand avec le Figaro.

0:04
Présentateur

Frédéric Gamelthou, bonjour. On va commencer par ce qui peut apparaître aux gens qui nous écoutent dans le contexte de la lutte contre la Covid comme accessoire. Mais c'est vrai, puisque vous dirigez cette fédération française des hôpitaux, qu'il y a eu des attaques de hackers dans un certain nombre d'hôpitaux. C'est le cas de Dax de Villefranche-sur-Saône. Est-ce que c'est le cas à Fontainebleau ? Mais quel est l'objectif, si vous avez des informations, concernant justement ces gens ? Qu'est-ce qu'ils cherchent exactement ?

0:29
Frédéric Valletoux

Alors c'est le cas de plus en plus cette année contre les hôpitaux, puisqu'on constatera lorsqu'il y aura un bilan un peu précis de fait, que 2020 aura sans doute été l'année où il y a eu plus d'opérations de hacking contre des systèmes hospitaliers, contre les systèmes d'informations hospitaliers. Pourquoi ? Qu'est-ce qu'ils cherchent ? Sans doute qu'un, ils constatent que les hospitaliers ont la tête ailleurs aujourd'hui et qu'ils s'occupent de soigner et de prendre en charge. Ce qui est plutôt une autre chose. Ce qui est normal. Et donc effectivement, il y a peut-être une baisse de vigilance, mais on la comprend.

Deuxièmement, il y a sans doute une volonté de déstabiliser, puisque s'attaquer au système d'information d'un hôpital, c'est le gêner dans son fonctionnement, le gêner grandement. Et on le voit par exemple à Dax, où ça dure depuis une semaine. Et puis la troisième chose, peut-être, je ne sais pas, je n'ai pas d'informations précises, mais les hôpitaux détiennent des données de santé qui sont des données à la fois sensibles lorsqu'elles sont individuelles, mais qui peuvent être intéressantes aussi, parce que la masse des données peut avoir une interprétation sur le plan économique, ou un intérêt.

Il y a eu beaucoup de recherches dans les hôpitaux, il y a beaucoup de recherches sur des nouveaux protocoles, sur des nouveaux médicaments, et que l'aspiration des données peut être attirée. Donc la concomitance de tout ça fait qu'effectivement, aujourd'hui, les hôpitaux sont des cibles. Et malheureusement, on parle aujourd'hui de Dax et de Villefranche, mais il y a eu d'autres cas cette année. Il y a eu l'APHP au printemps, et il y a une récurrence cette année qui est plus forte qu'elle ne l'était les autres années.

1:55
Présentateur

Nous avons beaucoup de questions. Je rappelle qu'en dehors de vos fonctions à Fontainebleau, vous êtes le président de la fédération des hôpitaux. Alors, la question qui est évidemment au cœur de l'actualité ce matin est la suivante. On se retrouve avec des professeurs de médecine, des épidémiologistes, des mathématiciens, des gens qui font des calculs, qui considèrent que la multiplication des variants va aboutir au mois de mars à une multiplication des cas. Or, de l'autre côté, on se rend compte que l'accès aux réanimations, que les données données par l'OMS, montrent que l'épidémie est plutôt en train de reculer.

Alors évidemment, les gens qui nous écoutent ce matin disent qu'il y a deux versions des choses. Laquelle est la bonne ?

2:35
Frédéric Valletoux

Depuis le début de l'épidémie, il y a ce frottement entre effectivement parfois des lectures médicales qui s'appuient sur des prévisions, mais qui n'ont valeur que d'être des prévisions. Et puis, la réalité d'une épidémie et d'un virus qui nous a déjà surpris, qui a reflué beaucoup plus fort qu'on ne l'imaginait et qu'on ne l'attendait cet été, qui est revenu là où on ne l'attendait pas fortement en septembre-octobre, qui dans certaines régions, on parle de la Californie depuis quelques jours, où tout d'un coup, le virus semble vraiment, quasi pas disparaître, mais en tout cas, tomber fortement.

Donc, il y a à travers le monde, parfois, des perspectives qui, effectivement, ne correspondent pas à ce que des prévisions...

3:15
Présentateur

Mais les médecins, les hôpitaux avec lesquels vous travaillez,

3:17
Frédéric Valletoux

puisque vous êtes d'une certaine manière leur patron, ils vous donnent quoi comme explication ? Les hôpitaux, aujourd'hui, ils sont pleins, donc les hôpitaux, ils s'inquiètent. Donc, si on demande simplement à des hospitaliers ce qu'il faudrait faire, eux, évidemment, et c'est normal, plaident pour des mesures qui limitent le plus possible les perspectives ou les possibilités que, dans les semaines qui viennent, il y ait plus de patients. Il y a 27 000 patients, aujourd'hui, de Covid, qu'on est formes graves de Covid pris à l'hôpital.

Je rappelle que, quand on a, pour la première fois, au printemps, été en confinement, il y en avait 3 000 des patients Covid, par contre, l'animation, dans tous les services. Donc, on est sur un niveau très haut. Donc, effectivement, la perspective que peut-être, mais personne ne le souhaite, mais que peut-être des variants fassent que la situation explose, elle est rendue compliquée par le fait que le nombre de patients déjà pris, aujourd'hui, à l'hôpital est très lourd. Il n'y a pas de service Covid à l'hôpital. Donc, c'est-à-dire que c'est des patients à qui on a fait de la place ailleurs pour les accueillir et pour les prendre en charge.

Donc, c'est vrai que, je ne vais pas dire que la coupe est pleine, mais le niveau est déjà très...

4:12
Présentateur

Il y a une décision politique, parce qu'en fait, ce que vous nous donnez comme réflexion, je fais un peu la réflexion d'Elfraissy, il y a à peu près 15 jours, chez nos conférents de BFM TV, et le lendemain matin, le président de la République a dit, malgré les recommandations de reconfinement de Delfraissy, on ouvre un peu la porte. Oui, parce qu'en fait, il y a une sorte, maintenant, c'est clair et net, ce ne sont plus les médecins qui décident.

4:34
Frédéric Valletoux

Je ne sais pas si les médecins ont décidé, mais il faut voir aussi qu'au printemps, on était dans la sidération, la découverte de ce virus. Donc, peut-être qu'il y a un jour... Oui, oui, la vie médicale a primé et qu'aujourd'hui, on relativise un peu plus et on prend mieux en compte les aspects économiques, sociaux, moraux, bien sûr, qui doivent être pris en compte. Donc, moi, je ne suis pas favorable au reconfinement pour le reconfinement. La voie de passage, elle est étroite. On est sur le fil du rasoir. Je ne souhaite pas qu'on aille vers un scénario catastrophe, mais aujourd'hui, rien ne dit qu'on est sorti de l'auberge. Rien ne dit qu'on est sorti de la panade.

Donc, il faut être d'une vigilance extrême. Si demain, il y a besoin de reconfiner, peut-être dans certains territoires, il faudra le faire sans hésiter, parce que les hôpitaux ne pourront pas supporter, mais je pense que le gouvernement l'a parfaitement compris, le sait, ne pourront pas supporter une hausse importante.

5:24
Présentateur

Il y a des situations comme l'Est de la France, comme Dunkerque, comme certaines parties de la région parisienne, etc. France, 2 840 000 vaccinés. Italie, 2 900 000 vaccinés. Allemagne, 3 900 000 vaccinés. Je ne parle pas d'Angleterre, où ils sont plus de 15 millions. Alors, il y a un problème. Il y a un problème de confiance entre les accords qui ont été signés par l'Europe et les fabricants de vaccins. Je donne deux exemples. Madame Ursula von der Leyen se plaint de l'attitude d'AstraZeneca en expliquant que malgré les contrats qui ont été signés par l'Europe, AstraZeneca distribue plus de vaccins vers la Grande-Bretagne.

Et de l'autre côté, vous avez Die Welt ce matin en Allemagne qui considère que malgré le fait que BioNTech soit une PME ou plutôt une entreprise allemande distribuée par Pfizer, il distribue plus de vaccins contrairement aux contrats qui ont été signés aux Etats-Unis qu'il en distribuait en Allemagne. Est-ce que nous sommes, nous, en ce moment, pardonnez-moi cette expression un peu triviale, les cocus de ce contrat européen ?

6:28
Frédéric Valletoux

On a fait le choix et je pense qu'il n'y avait pas d'autre choix. Le gouvernement a eu raison de faire le choix, effectivement, d'accords européens. Pour faire baisser les prix ? Pas que pour faire baisser les prix, justement, pour ne pas s'engager dans une course à l'échalote. J'ai le bras le plus long et je peux négocier le plus facilement le plus de vaccins pour mon pays. Et ça aurait été totalement délétère pour l'Europe.

Voilà, et que finalement, ces débats qu'on a eus fortement au début janvier, mais qui se sont heureusement calmés parce que les gens ont compris que les choses étaient en train de monter en puissance, sur le manque de vaccins et le retard au démarrage, on le retrouve dans tous les pays. Et c'est vrai que tous les pays sont traversés de débats sur pourquoi ça ne va pas plus vite, pourquoi on n'en a pas plus alors qu'entre le laboratoire et l'étalement, et que nous, en Allemagne, on pourrait être mieux servi. Donc, voilà, il y a une tension au jour de la question du vaccin.

7:16
Présentateur

Mais il fallait que Valtou, je vais mettre les pieds dans le plat. Ce qui nous est dit par les laboratoires, je ne dis pas que c'est faux, c'est de dire que finalement, ils ont signé des contrats, mais qu'ils ne se sont pas rendus compte de ce que ça représentait en termes de fabrication. Ça, c'est la version officielle qui nous est donnée par tout le monde. J'ai lu ça. Voilà. La version officielle, c'est que, je ne dis pas en douce, mais c'est qu'ils vont vers des marchés qui sont plus porteurs ou avec d'autres contrats, et que donc, ils livrent plus tardivement ce qu'ils avaient promis à l'Union Européenne. Ce n'est quand même pas exactement la même version des choses.

7:45
Frédéric Valletoux

Oui, bien sûr. Peut-être qu'effectivement, peut-être que l'Europe a manqué de poignes, peut-être que l'Europe a manqué de réactivité en signant trop tard les contrats. La commissaire européenne, la présidente de la Commission, s'en a expliqué. Bon, mais nous, je pense qu'on a fait un choix. Il n'est pas question de revenir en arrière, de toute façon, ce serait impossible. Et ce choix, quelque part, il nous honore, parce que c'est la carte de l'Europe qu'on a jouée, c'est la carte de la solidarité.

8:11
Présentateur

Vous croyez à la possibilité que tous les Français qui veulent se faire vacciner, c'est ce qu'a toujours dit le président de la République, puissent l'être avant la fin de l'été ?

8:17
Frédéric Valletoux

D'abord, il y a d'autres vaccins qui vont arriver. Oui, il y a Johnson & Johnson qui est aujourd'hui au Mogolleguay. Exactement. Donc, il y a d'autres vaccins qui vont arriver. On voit que là... Mais le terme, vous y croyez ? Alors, je pense qu'effectivement, on aura à la fin de l'été, et il est possible qu'effectivement, tous les Français qui le veuillent puissent être vaccinés. Si on a effectivement cette montée en puissance, là, les médecins rentrent, aujourd'hui, les médecins généralistes, à partir de cette semaine, vont pouvoir, eux aussi, vacciner de l'AstraZeneca.

Donc, le système, il se déploie, et finalement, on riait sur la possibilité d'avoir notre million et demi, fin janvier, de Français qui avaient été vaccinés. Ils y étaient quasi à 1,3 million. Donc, on y arrive.

8:56
Présentateur

Vous êtes un responsable politique, vous êtes maire de Fontainebleau. Vous venez des Républicains, et maintenant, vous êtes maire Agir de Fontainebleau. Donc, d'une certaine manière, Macron compatible. C'est tombé cette nuit, enfin, cette nuit à 22h, le report des régionales. Alors, on s'y attendait un peu. Il y a le débat sur la proportionnelle qui n'en finit plus d'en finir. Si je puis dire, on ne sait pas très bien ce que va faire le Président de la République. Mais ce report des régionales, là aussi, il y a deux versions. Il y a la première version qui dit que c'est la pandémie. Soyons prudents, parce qu'il faut voter. On ne va pas créer des clusters en allant voter.

Et il y a l'autre version qui dit que c'est la débarque de la République en marche. Je ne trouve pas foutu de trouver le moindre candidat. Quel est le sentiment qui vous habite ce matin ?

9:33
Frédéric Valletoux

Je pense que les choses sont en train de se discuter. Maintenant qu'il y a effectivement la certitude que ce scrutin aura lieu au mois de juin. Après, il y a des équations régionales qui vont conduire effectivement à ce qu'il y ait ici ou là peut-être des accords et des configurations politiques qui soient différentes. Je vois effectivement que parfois, la République en marche a du mal à trouver des candidats. Et que peut-être dans ces cas-là, il vaut mieux être dans une posture de discussion avec des sortants. là où effectivement les sortants peuvent être...

10:04
Présentateur

Mais ça pourrait être la renaissance d'une sorte de front républicain. C'est-à-dire une alliance. Vous croyez à une alliance partout, dans toutes les régions, entre les LR et la République en marche, contre le Rassemblement National et la France Insoumise, ou les autres partis d'ailleurs ?

10:17
Frédéric Valletoux

Sans doute non. Je pense qu'il y a deux écueils à éviter. Le premier, c'est effectivement de mettre le Front National en possibilité de diriger une région. Et ça, ça sera effectivement une vigilance républicaine à avoir qui doit être forte. Le deuxième, effectivement, c'est d'éviter que des régions qui aujourd'hui sont bien gérées puissent basculer, notamment à la gauche. Ce qui est le cas par exemple en Ile-de-France. Et là aussi, il ne va falloir pas jouer les apprentis sorciers à se mettre dans des scénarios où, sous prétexte d'exister, on fait prendre des risques qui sont importants. Je pense que l'élection reine et l'élection capitale, c'est l'élection présidentielle de 2022.

L'élection régionale, ça reste une élection locale, certes. Mais il y a des grandes régions, elles sont plus visibles que des élections municipales. Mais ça reste quand même des élections, on dirait, à équation locale. C'est une dimension qu'il ne faut pas perdre de vue.

11:07
Présentateur

C'est en juin. Donc, au lieu de ces élections régionales, nous étions avec Frédéric Valtout, président de la Fédération hospitalière de France et maire Agir de Fontainebleau. Merci d'être venu ce matin. Merci d'avoir éclairé sur ces situations qui sont extrêmement compliquées sur les contrats vaccinaux et sur, effectivement, les perspectives qui existent entre une baisse de l'épidémie d'un côté et la crainte des variants de l'autre. Il est 8h27, vous êtes sur l'antenne de Radio Classique. Nous avons rendez-vous avec la revue de...

Frédéric Valletoux — Frédéric Valletoux · Pourquijevote