Fabien Roussel est l'invité du grand entretien
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France Inter, Nicolas Demorand, le 7-9 Et avec Léa Salamé ce matin dans le grand entretien du 7-9, nous recevons le secrétaire national du PCF, Parti Communiste Français, député du Nord. Vos questions dans 10 minutes, 01 45 24 7000, les réseaux sociaux, l'application France Inter. Fabien Roussel, bonjour. Bonjour. Et merci d'être au micro d'Inter. Hier, ce fut une image et un geste solennel, l'entrée d'un même pas dans l'hémicycle de tous les présidents de groupe à l'Assemblée Nationale. Derrière Richard Ferrand, en signe d'union contre les agressions dont ont été victimes des parlementaires.
Pensiez-vous un jour, comme député Fabien Roussel, et même comme français citoyen, vivre en France le retour de cette forme d'antiparlementarisme violent ?
Non. Mais je le sentais venir, et je le sens venir, avec ce rejet des partis politiques, ce rejet même des syndicats, cette manière de pointer les élites dans lesquelles on met tout le monde dans le même sac. Et c'est un danger pour la démocratie. Comment on va faire demain s'il n'y a plus de partis, s'il n'y a plus de syndicats ? Comment on fait ? On ne règle pas ces problèmes en allant incendier ou agresser. On ne règle pas uniquement des responsables politiques, on règle les choses par le débat, jamais en attaquant les personnes. Mais vous voyez, il y a un sentiment, il y a quelque chose qui monte en France, c'est l'apologie du « tous pourris ».
Moi je préférerais qu'on fasse l'apologie du « tous ensemble ». Et ça ferait certainement du bien à notre pays, à notre démocratie.
Mais l'Assemblée Nationale a attaqué samedi un véhicule Vigie pirate brûlé, une bataille rangée dans les rues de Lyon entre ultra-droite et ultra-gauche. Est-ce que vous diriez que ces dernières semaines, le mouvement des Gilets jaunes à l'origine apolitique et spontanée est en train de muter en quelque chose qui libère les passions tristes, trans, quelque chose qui serait aussi d'une certaine manière récupéré, noyauté par les ultra-droites et gauches ?
Je sens qu'il y a un débat qui peut s'aiguiser. Je fais souvent référence au climat qu'il y avait en France dans les années 30. J'ai d'ailleurs vu que le Premier ministre faisait pareil. Et je pense effectivement que nous sommes un peu dans cette période-là où, vous savez, dans notre pays, en période de crise grave comme aujourd'hui, quand les questions sociales montent fortement, certains aiment bien faire monter des questions nationales, identitaires. Certains aiment bien pointer aussi des responsables, l'immigré, le réfugié, le juif. Et ces questions-là, parfois, elles peuvent prendre le pas sur les questions sociales.
Et c'est bien pour ça qu'il faut les dénoncer et être tous unis pour les dénoncer. Et d'ailleurs, avec les responsables politiques des forces de gauche, j'aimerais bien qu'ensemble, nous soyons unis pour dire pas ça, pas chez nous, plus jamais ça.
Mais donc, le mouvement des Gilets jaunes a muté, comme vous le disait Léa à l'instant ?
Je n'en ai pas le sentiment parce que je participe aux mobilisations des Gilets jaunes par chez moi. Je les rencontre régulièrement. J'étais encore avec eux ces derniers jours. J'organise des grands débats. Ils le disent eux-mêmes. Ils se revendiquent comme un mouvement pacifique, sans haine. Ils pointent les débordements de quelques-uns. Ils essayent de faire comme ils peuvent. Ils pointent aussi parfois la responsabilité des cadres de la police qui organisent mal le maintien de l'ordre. Mais ce n'est pas les Gilets jaunes. Je n'ai jamais vu dans une manifestation, à aucun moment, je n'ai vu des mots d'ordre qu'ils écrivent sur des bouts de carton. Oui, mais vous avez vu des...
Oui, bien sûr, mais vous avez vu, j'imagine, comme nous tous, des gens cassant avec des Gilets jaunes.
J'ai entendu des... J'ai vu, j'ai lu dans la presse qu'il y avait des réunions organisées par l'extrême droite qui disaient « On va envahir les manifestations. On va aller casser du communiste. » Il y a déjà... D'ailleurs, ce week-end, il y a eu les tags antisémites, mais il y a eu aussi des locaux du Parti communiste qui ont été tagués avec des croix nazies. Mais nous-mêmes aussi victimes de cette violence. Et donc, c'est insupportable pour le débat. Ça, c'est sûr.
Les actes antisémites sont en hausse de 74% en 2018. Le portrait de Simone Veil, vous en parliez, a été tagué. Les arbres, en mémoire d'Ilan Alimi, ont été sciés. Tout en condamnant cet antisémitisme, Alexis Corbière de la France Insoumise demande au gouvernement, je cite, de ne pas « instrumentaliser l'antisémitisme ». Vous pensez que le gouvernement instrumentalise l'antisémitisme ?
Je ne pense pas. Et je pense que sur ce sujet, ce n'est pas la peine. D'en remettre une louche, on doit parler d'une seule voix, d'une même voix, pour ne pas laisser un pouce sur ce sujet de différence entre nous. Tous unis pour dire stop, plus jamais ça, pas chez nous.
Vous êtes, pardon Fabien Roussel, excusez-moi, favorable au référendum pour sortir de cette crise ouverte par les manifestations des Gilets jaunes. Hier, Bruno Retailleau préconisait à ce micro deux questions dans un référendum éventuel. A choix multiples. Première question sur l'âge de départ à la retraite. Seconde question sur les quotas d'immigration que l'Assemblée et les assemblées pourraient voter. Quelle question, vous, si vous teniez la plume, Fabien Roussel, penseriez-vous utile à faire trancher par les Français ?
Écoutez, moi j'ai fait le choix, dès le début, d'organiser des débats, moi-même. Pas comme le fait d'ailleurs le président de la République, qui en fait un Macron chaud, un Macron tour, pour en faire son autopromo et apporter ses réponses. Je l'ai fait. Je l'ai fait pour écouter. Je sais un petit peu ce qui se dit dans le pays quand même, je suis un élu de terrain, mais je voulais l'entendre. Et j'ai distribué, rien que dans ma circonscription, 50 000 cahiers d'espérance. Montrez-les. Et les voilà. Et dans ces cahiers, j'ai donné la possibilité à chacun d'écrire ses dix priorités pour vivre au mieux.
Je commence à les recueillir et j'étais encore hier soir en débat dans un village de ma circonscription.
Et ça, ce sont donc des citoyens.
Ce sont des citoyens qui répondent en dix points. Les premiers retours que j'ai... Enfin, Retailleau, il ne doit pas vivre dans le même monde que moi, parce que moi, ce que je lis partout, c'est augmentation des salaires, respect des retraités, permettre la revalorisation des retraites au coût et au taux d'inflation de la vie courante, augmentation du pouvoir d'achat, augmentation des petites pensions, pas de retraite en dessous de 1200 euros net, suppression de la CSG pour les petites retraites en dessous de 1800 euros. Mais enfin, il y en a des tartines. Il y a même des propositions. Des transports, cars, trains, frettes, accessibles pour tous. Ruralité, mettre tout ce qui manque.
Et à chaque fois, on a retour de l'ISF, taxer les gros et pas les petits. Y compris, il y a les solutions. Où prendre l'argent ?
Vous allez faire, juste par curiosité, l'ensemble de ces réponses, de ces documents, qu'allez-vous en faire ?
Alors, nous avons invité... Le Parti communiste a invité ses élus, ses militants, là où ils peuvent, à organiser des débats. Pour participer à ceux qui s'organisent. Pour que nous-mêmes, nous ayons notre propre appréciation des sujets qui montent. Et le 16 mars prochain, nous irons à Matignon déposer l'ensemble de ces cahiers de doléances. Et en même temps, les 10 propositions qui nous semblent avoir été celles qui auront émergé pendant ce débat. Les 10 propositions pour la France et pour les Français en matière de pouvoir d'achat, de service public et de justice fiscale et de démocratie.
Alors, en cas de référendum, vous en posez une ? Deux disent des questions. Dites-nous, c'était ce que je vous demandais tout à l'heure. Qu'est-ce qui vous semble urgent à faire trancher par les Français ?
Augmenter le pouvoir d'achat, redonner du pouvoir d'achat aux Français. Donc, c'est la hausse des salaires et une vraie hausse des salaires pour les salariés du public, les catégoriser, comme pour les salariés du privé. C'est augmenter les retraites des retraités qui, eux, se sont fait ponctionner de manière insupportable ces dernières années. C'est de la justice fiscale, c'est-à-dire rétablir l'impôt de solidarité sur la fortune. Et même taxer plus le capital, puisque le gouvernement a fait tout l'inverse. Et puis, c'est aussi un plan de sauvegarde pour nos services publics et notamment les hôpitaux publics qui sont en souffrance.
C'est le sujet qui vient en troisième ou quatrième point à chaque fois. C'est les hôpitaux publics et la question du logement. Ce sont là, il y a des moyens énormes à mettre maintenant.
Mais vous espérez qu'Emmanuel Macron prenne en compte un de ces dix points que vous allez proposer ?
Ah mais ça, c'est de sa responsabilité. En tout cas, si moi, je reçois des cahiers... Avec ce type de proposition dedans. Et que lui, il en reçoit, je crois, il en a reçu 810 000 à ce jour. Mais c'est une bombe à retardement pour le président de la République. Parce que s'il n'entend pas ce qui se dit dans ce pays, mais on va aller où ? On va avoir une crise politique institutionnelle grave. Il a ouvert les portes d'un grand débat. C'est bien, moi je l'ai plutôt salué. Mais s'il n'écoute pas ce qui se dit, c'est une véritable bombe à retardement qu'il a entre les mains. Ce serait impensable, inconcevable. Le dos à ce cri de désespoir qui monte de tout le pays.
Fabien Roussel, 86 députés de tous bords, La République En Marche, Modem, PS, UDI, défendent le retour de la taxe carbone dans une tribune publiée ce matin dans le Figaro. Vous n'avez pas signé ce texte. Pourquoi ?
Parce que si moi, j'avais demandé le retour d'une taxe, ça aurait été celle de l'impôt de solidarité sur la fortune. Enfin, ils se trompent de combat. Enfin, les gars, c'est pareil. Ils écoutent pas ce qui se dit dans le pays. Ils sont hors sol, ça sert à rien. Ils sont hors sol de demander le rétablissement d'une taxe carbone, qui est cette taxe, qui a mis le feu au pays il y a plusieurs mois. Et donc, ils peuvent pas redemander ça. En revanche, ils disent une chose qui est intéressante, c'est que 100% du produit de cette taxe soit réellement attribué à la transition écologique. Et on a bien vu dans le débat sur la taxe carbone qu'en France, avec ce gouvernement, c'est pas le cas.
20% seulement du produit de la taxe carbone sert à la transition écologique. Alors pour ça, je les soutiens. Mais avant de demander de taxer de nouveau l'essence, mais qu'on attribue 100%. 100% du produit de la taxe carbone aujourd'hui, puisqu'elle existe déjà aujourd'hui pour les entreprises, qu'on attribue 100% de cette taxe carbone à la transition écologique.
D'accord, mais il faut pas l'augmenter.
Mais pas maintenant, pas là.
Mais l'urgence climatique, si on écoute le GIEC, c'est dans 12 ans la catastrophe. Donc on augmente quand la taxe carbone ?
Il y a une urgence climatique et il y a une urgence à prendre des dispositions fiscales pour redonner des ressources à l'État et engager cette transition écologique. Mais pas en le faisant. Mais en le faisant supporter par des ouvriers, des salariés, des retraités, qui n'en peuvent plus, qui sont aujourd'hui les vaches-allées de la politique du gouvernement. Pourquoi on ne taxe pas le kérosène ? Pourquoi on ne taxe pas Total, qui est un des plus gros pollueurs de France ? Pourquoi on ne taxe pas les portes-conteneurs qui polluent plus que la totalité des véhicules qu'il y a sur la planète ? Si on veut faire rentrer de l'argent pour la transition écologique, on va vous en donner des idées.
Mais là, c'est 85 députés et ils se trompent de combat.
Un mot sur les niches fiscales. Gérald Darmanin, c'était un ballon d'essai, comme on dit. N'excluez pas de supprimer les niches fiscales pour les 9% des foyers les plus riches. On verra ce qu'il adviendra de cette idée. Mais sur le fond, le principe a-t-il raison, selon vous, Fabien Roussel ?
Écoutez, je suis député de la Commission des finances. Donc les niches fiscales, on a l'habitude de les voir passer. Et il y en a une paire, effectivement, elle coûte cher au budget de l'État. Alors, je ne pense pas qu'avec mon camarade Gérald Darmanin, on parle des mêmes taxes, des mêmes niches fiscales. Il y a une niche fiscale qui coûte excessivement cher, c'est la niche Copé, par exemple, 7 milliards d'euros. D'ailleurs, ce gouvernement a voulu l'augmenter et en pleine crise des Gilets jaunes, ils ont fait un petit recul arrière.
Mais il y a des niches fiscales qui favorisent les plus aisés et qui doivent, elles, être mises à contribution pour donner des recettes supplémentaires à notre budget.
Hum. Hum. Hum. J'aimerais qu'on passe au Standard, il est 8h35 et il y a déjà de nombreux auditeurs en ligne. Et on continue avec vous, Chantal, soyez la bienvenue, bonjour. Bonjour, alors, je ne suis pas encartée, je suis de gauche. Euh, vraiment, je souhaite savoir ce que pense Fabien Roussel de la proposition de Benoît Hamon sur un vote citoyen de gauche aux européennes. Moi, ça m'intéresse. Euh, je trouve qu'il y a des papiers de cigarettes entre... Certaines listes et j'aimerais vraiment bien qu'ils s'unissent, voilà. Merci, Chantal, d'ouvrir ce grand chapitre de notre entretien.
Benoît Hamon, donc, une votation citoyenne pour trancher les têtes de liste d'une éventuelle liste d'union des gauches, ça, c'est l'idée à laquelle Chantal est favorable. Les Verts, les Insoumis ont déjà dit non. Et vous, au PC, Fabien Roussel ?
Vous avez entendu le mot que vous avez employé, Monsieur Demorand ? Votation citoyenne, j'ai dit quoi ? Non. Non. Pour trancher des têtes de liste.
Ah oui, pardon, excusez-moi. Effectivement. Pour trancher la question des têtes de liste. Effectivement, ça peut...
Ça l'arrive à vous coller, le M6. Oui, mais c'est une autre époque. Non, mais je trouve qu'effectivement, il peut y avoir de ça parce qu'il n'y a pas qu'un paquet de cigarettes, une feuille de papier de cigarette qui sépare les listes qui, aujourd'hui, sont présentes, Madame. Et d'ailleurs, depuis que les élections européennes sont élections européennes, depuis 79, il y a eu à gauche plusieurs listes parce que nous avons des visions totalement différentes de la manière dont ces traités européens ont secoué notre pays.
Et Georges Marchais, à l'époque, qui était tête de liste, avait déjà dénoncé ce que ces traités européens allaient faire à notre pays en termes de perte de souveraineté, de concurrence entre les peuples, de casse de nos services publics. Et on le voit aujourd'hui. Et donc, nous sommes complètement différents. On ne peut pas faire une votation citoyenne avec des forces politiques. Et c'est ce que je réponds à Benoît Hamon. Nous ne pouvons pas faire de votation citoyenne. Entre des forces politiques dans lesquelles certaines soutiennent les traités européens et d'autres veulent sortir des logiques de ces traités comme nous.
Mais pourquoi vous ne mettez pas les différentes voix ou les différentes listes ou les différentes options au vote des citoyens ?
Mais parce qu'on ne mélange pas les torchons et les serviettes. Parce qu'on est complètement différents. Il suffit de regarder les votes des différents groupes au Parlement européen.
Vous êtes très différent de ce que propose Benoît Hamon. Vous.
Vous êtes très différent de ce que propose Benoît Hamon. Vous. On a des différences. Mais je pense que nous aurions pu en parler. Nous sommes différents du PS sur les questions européennes, clairement. Nous sommes différents des écologistes, clairement. Mais ils le disent. Mais on assume ces différences. Nous siégeons dans des groupes différents. Par exemple, le rôle de la Banque Centrale Européenne. Qui est terrible puisque c'est elle qui prête aux banques qui ensuite prêtent aux États. aux États avec des taux d'intérêt élevés. Nous sommes le seul groupe à nous opposer à cette banque centrale européenne, parce que nous disons qu'elle doit être publique, qu'il faut reprendre la main dessus.
Les écologistes ne sont pas contre, les socialistes ne sont pas contre non plus.
Mais Fabien Roussel, Marie-Georges Buffet disait en septembre dernier qu'on ne va quand même pas arriver aux européennes avec cinq listes de gauche. En fait, au rythme où ça va, il y en aura encore plus que cinq listes. Est-ce que c'est, pour reprendre ce que dit Chantal, notre auditrice, c'est pas suicidaire ?
Écoutez, ce qui est terrible pour la gauche, c'est qu'elle soit à ce point affaiblie. Ce que je sais, c'est que quand le Parti communiste faisait 15% avant, la gauche avait d'autres couleurs. Eh bien le Parti communiste est de retour. Parti communiste is back, comme je dis. Parti communiste is back, va falloir faire avec nous.
Là, pour l'instant, vous êtes crédité de 2 ou 3% selon les sondages. On est loin des 15%.
Eh bien ça fait 11 ans que le Parti communiste n'a pas été présent à un scrutin. C'est un scrutin national et certainement qu'on le paye aussi. Eh bien aujourd'hui, parce que nous pensons que la gauche doit se reconstruire, qu'elle doit reprendre des couleurs, qu'elle doit défendre les vraies valeurs qui sont les siennes de solidarité, de fraternité, de partage des richesses, eh bien le Parti communiste est là. Et en même temps, il tend la main, il ouvre les bras pour construire avec celles et ceux qui, sur la question européenne, sont pour dénoncer ces traités européens. Donc nous allons poursuivre nos discussions. Donc avec la France insoumise.
Mais je vais continuer de rencontrer Benoît Hamon. Il aura au bout de sa votation citoyenne. Je discute toutes les semaines avec Jean-Luc Mélenchon pour lui demander de se détendre un petit peu puis qu'on puisse essayer de trouver les contours d'un rassemblement ensemble. Pourquoi qu'ils se détendent ? Parce qu'ils ont une conception du rassemblement qui n'est pas très rassembleuse. Et donc il faut qu'on arrive à un moment donné à travailler ensemble. Et ça ne veut pas dire forcément fusionner dans des listes. La gauche d'ailleurs, quand elle a gagné en 1936 avec le Front populaire, en 1980 avec Mitterrand, en 1917 avec Jospin, on ne fusionnait pas.
En revanche, on arrivait à se mettre d'accord pour défendre des idées collègues.
Mais vous mettez à la place de l'électeur de gauche qui a le choix entre le cynisme et qui ne sait plus quoi faire.
Vous avez rayé d'un trait de plume ce qu'a dit Chantal. Elle dit qu'il y a l'épaisseur d'un papier à cigarette entre les différentes chapelles de gauche. Vous vous dites pas tant que ça. Mais est-ce que vous pouvez vous mettre à la place de l'électeur et de l'électrice en l'occurrence qui voit un papier à cigarette, c'est-à-dire rien ? Voilà ce que vos électeurs voient et donc ils ne comprennent pas la division.
Mais je pense, je comprends puisque je l'entends. Je les rencontre ces personnes qui m'interpellent.
Vous êtes encore là Chantal d'ailleurs. Oui je suis encore là et je suis désespérée de ce que dit M. Roussel. Il y a des points communs entre M. Hamon et M. Roussel. Commençons par le début et voilà. Chantal, quand Fabien Roussel dit on mélange pas les torchons et les serviettes, ça vous évoque quoi ? Ça me choque. Quoi ? Ça vous choque ? Ben oui, moi je... Commençons. Il y a certaines listes à gauche de la gauche, je parle pas du Parti Socialiste. Mais à gauche de la gauche, il y a des listes qui peuvent travailler ensemble. Je ne comprends pas. Fabien Roussel vous répond Chantal.
Mais vous avez raison madame. C'est bien la raison pour laquelle je dis que le Parti Socialiste, on a des divergences trop fortes sur les questions européennes qui ne nous permettent pas de travailler ensemble. En revanche avec Benoît Hamon et avec ses militants que je rencontre aussi dans les débats, nous avons des points de convergence. Et je renouvelle mon appel à ce que nous puissions nous retrouver et construire une liste ensemble. Nous avons bâti une liste avec Yann Brossat, tête de liste, avec une femme ouvrière en numéro 2 dont nous avons l'ambition qu'elle soit élue demain. Nous avons des sortants, Marie-Pierre Vieux, Patrick Le Yerrick.
Mais nous pouvons, avec Benoît Hamon, construire une liste ensemble. Ensemble. Et pouvoir porter ce combat pour une autre Europe et contester ces traités européens. La porte reste ouverte pour notre part si ça peut vous rassurer madame.
Merci Chantal d'être intervenue. Merci d'avoir dialogué avec Fabien Roussel. Bonjour Guillaume. Bonjour. Vous nous appelez de Grenoble et Fabien Roussel vous écoute.
Oui, bonjour. Salutations camarades. Bonjour. Alors voilà, vous avez commencé cet échange sur l'histoire de la violence. Alors voilà, vous êtes bien au chaud dans votre studio parisien. Mais honnêtement, la violence, elle a été là tous les jours. Je veux dire que les gens crèvent. Les gens crèvent la gueule ouverte dans la rue tous les jours. Et forcément que la violence, elle est là. C'est une évidence. Sans elle, on serait encore sur la lancée du programme antisocial de Macron. Et ça, ce n'est pas les syndicats ou les cocos qui vont y changer quelque chose. C'est qui alors selon vous, Guillaume ?
Guillaume, s'il vous plaît. Ce n'est pas les syndicats, ce n'est pas les cocos. C'est qui du coup et de quelle manière ?
Alors justement, c'est là ma question. Est-ce que monsieur le député soutient le référendum d'initiative citoyenne qui, vu de ma fenêtre, est un des moyens, on va dire, les plus démocratiques qui puissent nous éviter justement d'aller droit dans le mur dans lequel on va actuellement ? Si on continue comme ça, sur cette lancée antisociale et sur une surdité totale du pouvoir, évidemment qu'on va vers plus de violence. Et le pire, je vais vous dire, c'est que ça va servir Macron qui va pouvoir jouer sur un aspect, ce sera moi ou les nazis en gros. Et ça, ça va le servir. Merci Guillaume.
Merci Guillaume, appel depuis Grenoble. Fabien Roussel.
Oui, nous sommes favorables au référendum d'initiative citoyenne. Nous déposons un texte de loi le 7 mars prochain dans le cadre de notre niche parlementaire qui propose le référendum d'initiative citoyenne. L'initiative populaire, c'est un texte de loi que nous avions déjà défendu l'année dernière qui permet à 500 000 électeurs de demander ou de proposer une loi ou d'abroger une loi après un an d'existence. Et nous proposons, nous, que ces référendums d'initiative citoyenne soient encadrés au moins par le principe qu'ils ne remettent pas en cause la déclaration universelle des droits de l'homme.
Léa.
Fabien Roussel, mettre un drapeau français et un drapeau européen dans chaque salle de classe, vous en pensez quoi ? Ça peut... Ça peut pas faire de mal ou c'est un gris-gris comme le dit la FCPE ?
C'est, à mon avis, l'école de la République, c'est pas de mettre un drapeau dans les classes, c'est de faire en sorte qu'il y ait des professeurs, c'est de faire en sorte qu'il y ait du chauffage dans les écoles, c'est de faire en sorte que quand un prof est absent, il soit remplacé immédiatement, c'est de faire en sorte qu'il n'y ait pas plus de 20 élèves par classe. L'école de la République, c'est l'école de l'égalité des chances, c'est de permettre qu'il y ait des personnes handicapées, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Alors, ils peuvent mettre tous les drapeaux de la République dans toutes les écoles, mais ça, c'est pas...
D'abord, ça va coûter un petit peu, c'est ce qu'on me dit d'ailleurs dans les débats, puisque je l'ai entendu, mais enfin, c'est du cinéma et on va pas ouvrir un débat là-dessus. C'est combien de profs en plus, combien de moyens en plus, combien d'AVS en plus pour accompagner les enfants handicapés. Ça, c'est l'école de la République et c'est plus qu'un drapeau.
L'Humanité, le quotidien Votre Père, Fabien Roussel, était correspondant du quotidien à Hanoï, à Hanoï, est-ce vrai ? Oui, j'ai même vécu avec lui pendant deux ans au Vietnam. Vous êtes vous-même ancien journaliste. Est-ce que vous craignez que ce quotidien disparaisse ? Il est aujourd'hui en redressement.
C'est un risque parce que l'Humanité, c'est un des rares journaux, le seul journal aujourd'hui dont les actionnaires sont ses lecteurs. Il n'a pas de planche à billets derrière, de grands groupes financiers qui vont allonger des dizaines et des dizaines de millions dès que ça va mal. Et donc, il ne peut compter que sur ses lecteurs. Et le drame, c'est que pour que cette presse pluraliste existe, je pense aussi au journal La Croix, qui subit les mêmes difficultés, c'est que nous ne pouvons, ce journal ne peut vivre, ces journaux ne peuvent vivre que s'il y a l'aide publique de la presse. Or, cette aide publique, c'est raréfié, elle a fortement diminué.
Et c'est ça qui pénalise le pluralisme de la presse et qui pénalise l'Humanité et qui, du coup, laisse des grands groupes financiers pouvoir être propriétaires de journaux et ceux qui ne peuvent vivre de leurs lecteurs sont menacés aujourd'hui.
Fabien Roussel