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interviewRMC — Face à Face· 1 mai 2026 19 min

Face à Face : François Ruffin - 01/05

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

0:00
Présentateur

Vous écoutez RMC, face à face, Marie Chantret. Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Et merci d'avoir accepté notre invitation. Je le rappelle, vous êtes député Picardie Debout de la Somme à l'Assemblée Nationale, candidat également à l'élection présidentielle dans le cadre d'une primaire. Quelle primaire parle-t-on vraiment ? On en parlera ensemble. Merci d'être là, oui, en ce 1er mai, en ce 1er mai, Fête du Travail. Et une fois n'est pas coutume, François Ruffin, face à face, j'ai un petit cadeau pour vous.

Un petit cadeau pour vous, des brins de muguet, comme c'est la tradition, quelques brins de muguet que je vous offre donc ce matin, que vous acceptez.

0:48
François Ruffin

Avec plaisir.

0:49
Présentateur

Avec plaisir, même si je vous dis que ce matin, je l'ai acheté ça chez un fleuriste.

0:52
François Ruffin

Je me doute que c'est la question que vous alliez me poser. Ah, vous me trouvez si prévisible.

0:56
Présentateur

Oui, je les ai achetés chez un fleuriste, qui a pu ouvrir aujourd'hui, et dont la patronne s'est dit particulièrement satisfaite de pouvoir vendre son muguet avec ses salariés. Est-ce que vous dites bravo ?

1:06
François Ruffin

Je dis, moi, la société a besoin de rites, elle a besoin de tradition. Et moi, je suis partisan de tradition. Le 11 novembre et le 8 mai, on se lèbre nos anciens combattants. Ou on se repose le dimanche. Ou, eh bien, le 1er mai, c'est un jour chômé et on manifeste pour le travail.

1:24
Présentateur

Mais vous dites quoi à cette fleuriste, justement, qui disait, moi, ce matin, en effet, je suis contente de pouvoir vendre mes brins de buguguet et mes fleurs ?

1:30
François Ruffin

Si elle, elle travaille, c'est son droit. En revanche, normalement, les salariés, eux, ne doivent pas travailler le 1er mai.

1:35
Présentateur

Mais sa salariée était volontaire ? Sa salariée payait double, en tout cas, c'est ce qu'elle m'a dit, sur ce principe-là.

1:41
François Ruffin

C'est ce qu'on a dit pour le travail du dimanche, et puis finalement, ça s'est normalisé. Mais vous savez, aujourd'hui, la grande question du travail, ce n'est pas ça. D'accord ? Je ne suis pas d'accord avec cette évolution. Je pense qu'on a besoin de rites, on a besoin de tradition de notre pays. Mais vous avez eu, en une semaine, 4 jeunes, 4 mineurs, qui sont morts, soit en apprentissage, soit en stage. Ça veut dire qu'en ce moment, il y a 4 mères qui pleurent leur enfant.

2:03
Présentateur

Effectivement, des drames personnels terribles.

2:05
François Ruffin

Et c'est 1000 morts par an en France. Nous sommes la médaille d'or en Europe pour le nombre d'accidents du travail. Mais ce n'est pas tout. Nous avons doublé, nous sommes au-delà des 100 000 personnes qui, chaque année, seront exclues du travail par inaptitude, c'est-à-dire broyées physiquement ou psychiquement. Vous avez une multiplication des burn-out dans notre pays. C'est une épidémie. Tous les épidémiologistes le reconnaissent.

2:31
Présentateur

En nous disant ça ce matin, Juste-François Riffand, vous nous dites quoi ? Que le travail le 1er mai autorisait certains commerces à ouvrir ? C'est le petit bout de la lorgnette ? Non, oui, tout à fait.

2:38
François Ruffin

Là, on doit se demander. Vous savez, le travail est le socle de notre société. Depuis 40 ans, ce travail est maltraité. Il est méprisé. Il est dévalorisé.

2:46
Présentateur

Mais quand 74% des Français se disent favorables à l'ouverture le 1er mai ?

2:50
François Ruffin

Je vous dis mon opposition, mais je vous demande, Mme Chantret, de prendre... On est le jour de la fête des travailleurs.

2:56
Présentateur

Absolument.

2:56
François Ruffin

On est le jour du droit du travail. Je vous demande ce jour-là de prendre en considération que le travail dans notre pays va très mal. Mais du coup, ce ne sont pas seulement les travailleurs eux-mêmes qui vont mal. Ou on a un taux de stress au travail qui est quatre fois supérieur à nos voisins allemands. Des burn-out en série. Mais du coup, c'est en vérité tous nos services qui vont mal. Ça va mal dans les usines. Ça va mal à l'hôpital. Ça va mal dans l'éducation nationale. Et donc, je viens dire moi, et que fait le gouvernement ? Il vient supprimer des sécurités pour les travailleurs, pour les salariés. Il a supprimé le comité d'hygiène et de sécurité sur les conditions de travail.

3:31
Présentateur

Et ça, vous le dénoncez ?

3:32
François Ruffin

Bien sûr, je dénonce ça avec force. Parce que le travail est le socle de notre société.

3:37
Présentateur

Mais quand des apprentis, et encore une fois, vous avez raison de le souligner, décèdent, ce sont des drames personnels, ce sont des drames indignes. Ça, on est bien d'accord sur ce point. Mais est-ce que le gouvernement peut être pointé du doigt ? Il ne peut pas être responsable du tout ?

3:49
François Ruffin

Oui, c'est un choix qui est fait par nos dirigeants politiques et économiques depuis 40 ans maintenant. Et qui s'est accru sous Emmanuel Macron de considérer le travail comme une variable d'ajustement. Et d'en supprimer les sécurités. Voilà. Et ne serait-ce que ça. Vous savez, je vous dis, épidémie de burn-out. Partout. J'étais avec des femmes de ménage à Vesoul. Non seulement elles ont mal au bras, elles ont mal au dos. Mais en plus, du jour au lendemain, on leur dit, vous irez travailler à Besançon. Une heure de route à l'aller, une heure de route au retour. Qu'est-ce que ça fait ?

4:18
Présentateur

Imposé.

4:19
François Ruffin

Imposé. Ça leur fait péter un câble. Ce qui vous fait dire, François Le Chouin, que pour... Elles disent, nous on est là depuis 11 ans. On est là depuis 18 ans. Ça les fait craquer. C'est comme ça ? Maintenant, il y a plein de gens en burn-out. Qu'est-ce qu'on fait face à ça ? Est-ce qu'on laisse faire ? C'est ce que fait le gouvernement. Ou est-ce qu'on dit, comme je le dis, broyeur-payeur ? Vous savez, Gabriel Attal avait dit, à propos des carreaux, tu casses, tu répares, tu payes. Eh bien, pourquoi ce qui est vrai pour un carreau, l'est pas pour l'humain ? On a des entreprises aujourd'hui qui produisent du burn-out en série. Juste précise.

Là, c'est tu casses de l'humain, tu répares l'humain et tu payes pour l'humain.

4:53
Présentateur

Tu répares, notamment les payants mieux. C'est un des actes de votre campagne. Pour la présidentielle, on en reparlera avec vos propositions que vous faites. D'ailleurs, vous parlez de Gabriel Attal, il le dit d'ailleurs dans le Figaro, il présente ses propositions économiques avec cette formule, le droit au travail, mais finalement le faciliter. C'est-à-dire que, oui, au droit du travail, mais le faciliter dans ses règles et dans ses normes. Est-ce que vous pensez là-dessus que ça va dans le bon sens ?

5:23
François Ruffin

Il a un air jeune, Gabriel Attal, mais en vérité, il vient raconter ce qu'il raconte depuis 40 ans, dans ce qu'ont raconté Thatcher et Reagan dans les années 80. Ce qu'on a mis en œuvre depuis, est-ce qu'Emmanuel Macron a fait, quand il était au ministère de l'économie, c'était les lois de travail, ce qu'il a fait encore quand il était président de la République.

5:40
Présentateur

Vos propositions, c'est un SMIC ?

5:43
François Ruffin

Mes propositions, c'est une rupture avec ça. Et un SMIC à 1 700 euros net, notamment ? C'est une rupture avec, considérer que le travail soit un coût. Le travail est pour notre société un atout, ce n'est pas un coût. Donc il faut cesser de le mépriser, cesser de le dévaloriser. Et donc, en effet, il faut... Vous savez, le SMIC en France, c'est le pays d'Europe où il a le moins augmenté ces dix dernières années.

6:02
Présentateur

Il va être valorisé normalement au mois de juin, si l'inflation se confirme, à peu près de 2 %, il va suivre l'inflation. Ce n'est pas suffisant.

6:09
François Ruffin

Vous savez, la semaine dernière, j'étais à Poitiers avec des soignantes en EHPAD. Elles touchent 1 700 euros alors qu'elles s'occupent des personnes âgées. Elles s'efforcent de leur donner de la tendresse. Même si l'ascenseur est en panne, elles courent dans les escaliers. Et à la fin, c'est 1 700 euros. Qu'est-ce qu'elles racontent ? On prend des marques éco-supermarchés, bien sûr. On n'ira pas aux vacances, on ne fera pas de resto, pas de McDo. Mais elles se sont habituées à sauter des repas. Elles ne prennent plus le petit-déjeuner. Donc aujourd'hui, vivre avec le SMIC dans le pays, essayer.

6:37
Présentateur

Et que le travail paye mieux. Même si, vous, en imposant possiblement un SMIC à 1 700 euros net, certaines petites entreprises, certains petits patrons ne pourront pas se le permettre. C'est ça aussi, peut-être, une forme de double peine.

6:50
François Ruffin

La double peine aujourd'hui, et j'en l'entends très bien, c'est qu'on a des petites entreprises qui payent plus d'impôts que les grosses, qui reçoivent moins d'aide que les grosses, alors que ces dix dernières années, elles ont créé près de 300 000 emplois. Et vous avez des grosses entreprises qui payent moins d'impôts, qui reçoivent plus d'aide, et qui ces dernières années ont supprimé 300 000 emplois.

7:11
Présentateur

François Ruffin, parlons des grosses entreprises. Parce que le temps file, et j'ai vraiment envie de vous interroger sur de nombreux sujets. Des grosses entreprises, c'est Total Energy. Total Energy, cette semaine, qui a dévoilé ses résultats. Ce mercredi, le géant français des hydrocarbures a publié un bénéfice net de près de 6 milliards de dollars, soit environ 5 milliards d'euros, en hausse de 51% sur un an. Est-ce que vous dites, comme le premier secrétaire du Parti Socialiste, qu'il y a une forme d'indécence dans ces chiffres ?

7:40
François Ruffin

Vous savez, 5 milliards d'euros, c'est ce qu'a reçu l'État quand on a privatisé cette entreprise-là, Elf Aquitaine Total. Et donc, en un trimestre, ils font le bénéfice de ce qu'on a retiré, de la vente de ça, de ce qui était un joyau pour l'État français. Donc évidemment, c'est indécent. Mais surtout, à quoi ça sert ? Ils sont très fiers d'en dire dans leurs communiqués. Voilà, nous sommes l'entreprise pétrolière qui va le plus augmenter ses dividendes pour les actionnaires. Et ils ajoutent, cette année, il y aura 1,5 milliard d'euros de rachat d'actions. Ce n'est pas cette année, c'est ce trimestre. Qu'est-ce que c'est que les rachats d'actions ?

C'est utiliser l'argent pour supprimer du capital, pour faire monter l'action. Donc c'est-à-dire que ces 6 milliards d'euros-là, ils pourraient être utilisés pour sortir des énergies fossiles, pour investir pour l'avenir.

8:28
Présentateur

C'est ce que lui demande en partie le gouvernement. Si je vous écoute, Sébastien Lecornu a dit, il faut que ces super profits soient redistribués d'une manière ou d'une autre. Une forme d'injonction.

8:38
François Ruffin

C'est ce que demande. Vous savez, on a passé des années à voir Bruno Le Maire demande, Bruno Le Maire demande, Bruno Le Maire demande. Là, il s'agit d'agir.

8:46
Présentateur

Là, c'est Sébastien Lecornu demande, Sébastien Lecornu demande.

8:48
François Ruffin

On a Sébastien qui demande.

8:49
Présentateur

Vous n'y croyez pas une seconde ?

8:51
François Ruffin

Je n'y crois pas. Vous savez, ce que ça dit tout ça, il y a une phrase dans Les Echos, le journal de mon ami Bernard Arnault, qui disait « le dividend des rois ». Voilà qui règne aujourd'hui sur le pays. En vérité, on a un travail, on a une société qui est organisée à destination des financiers.

9:05
Présentateur

Vous voterez donc la proposition de loi déposée par vos collègues socialistes, encore une fois, pour viser ces super profits. Ça va dans le bon sens, selon vous ?

9:13
François Ruffin

Je la voterai sans difficulté. Maintenant, il y a d'autres choses à faire. En matière d'énergie, et même sur tout le reste, parce que l'inflation, ça ne va pas rester là. Ça va aller sur l'alimentation. Il y a quelque chose qui a existé pendant des décennies, qui a fait notre prospérité, ça s'appelle le contrôle des prix et des marges. Ça a existé jusqu'en 1986. Ça a marché. Il y avait des inspecteurs qui allaient vérifier, qu'il n'y avait pas trop de profits, qui étaient faits à la fois sur le pain ou sur l'essence.

9:37
Présentateur

Ça a été mis en place par le gouvernement. Il y a eu des contrôles faits dans certaines stations-service.

9:41
François Ruffin

Non, il y a eu de vagues contrôles qui ont été faits, mais ce n'est pas un contrôle organisé dans la durée des prix et des marges, et sur tous les produits qui sont aujourd'hui essentiels.

9:49
Présentateur

Mais est-ce que vous pouvez dire que Total aujourd'hui est un fleuron de notre industrie française ? Quand vous entendez certains responsables politiques dire arrêtons le Total bashing, ça suffit, ça reste aussi une entreprise française dont on doit être fier, c'est une forme de réalité aussi qui fait prospérer la France aussi à l'international.

10:06
François Ruffin

Je serais fier si cette entreprise-là, elle servait à la fois les salariés, mais aussi par exemple, vous allez dans une pompe à essence. Il y a marqué Total partout. Il y a Total sur la veste, il y a Total sur la pompe, il y a Total tout ça. Vous interrogez la personne qui fait le service. Elle, elle n'est pas totale, elle est franchisée. On la paye 1300 euros en dessous du SMIC parce qu'on lui demande de faire un temps partiel. Donc quand on fait des bénéfices aussi gigantesques que ça, on a du respect. On a du respect pour la nature aussi. On a du respect pour l'avenir et on investit.

Vous savez, Eric Lombard, ministre de l'économie, ancien ministre de l'économie, qui était un banquier, il disait, voilà, quand j'ai commencé comme banquier, le taux de rentabilité exigé des actionnaires, c'était 7 à 8 %, maintenant c'est 15 %. Résultat, on ne peut pas donner en salaire. Résultat, on ne peut pas investir pour l'avenir et en particulier sur la transition écologique.

10:53
Présentateur

Juste sur ces actionnaires, une courte parenthèse, 650 000 chez Total, sur peut-être la caricature qui est faite de l'actionnaire. Il y a des milliers de tout petits actionnaires, des particuliers.

11:04
François Ruffin

C'est absolument faux, madame Chantré.

11:06
Présentateur

Moi, j'entendais des témoignages des particuliers fonctionnaires qui ont pu investir quelques centaines d'euros. Certes, ils retrouvent des dividendes, mais encore une fois, on n'a pas peut-être à les pointer du doigt. C'est aussi les jeux du marché.

11:20
François Ruffin

96 % des dividendes vont pour le pourcent qui est le plus élevé, pour le pourcent du haut. Quand on participe à des assemblées générales d'actionnaires, et ça m'arrive, les votes, ils sont à 97, 98, 99 %, et ils sont concentrés. En vérité, le capital est hyper concentré aujourd'hui entre quelques mois.

11:36
Présentateur

François Ruffin, les perspectives restent sombres. Le cours du baril du Bren, selon certains experts, pourrait exploser, attendent les 150 dollars si le détroit d'Ormousse restait bloqué. Des Français, selon un sondage élable, qui disent s'attendre à ce que le président américain frappe de nouveau, que concernant la guerre au Moyen-Orient, l'inquiétude est à 87 % chez nos compatriotes. Et puis des chiffres, une inflation à plus de 2 %. Vous pensez qu'une colère sociale, ou vous la souhaitez d'ailleurs, s'exprime dans la rue, une manifestation doit avoir lieu demain. Est-ce que vous sentez ça ?

12:08
François Ruffin

Je souhaite que les personnes passent d'une colère froide à un espoir chaud. L'espoir chaud s'exprime comment ? Mais là, on est plutôt dans des temps de résignation, d'abattement. Donc je souhaiterais qu'on sorte de ça. Mais au-delà de ça, ce qu'on doit venir dire nous, c'est qu'il y a la possibilité d'avoir une protection. Évidemment, d'avoir une protection militaire pour qu'on n'ait pas de danger, mais aussi d'avoir une protection sur le travail des gens, une protection sur les prix, une protection sur leur salaire.

12:34
Présentateur

Mais vous êtes entier, comme la majorité des Français, un sénateur socialiste disait « Notre pays est au bord d'une nouvelle explosion sociale. Le mouvement des Gilets jaunes est né dans une station-service. » C'était il y a 48 heures. Voilà ce qu'il déclarait. Est-ce que vous êtes d'accord avec ce diagnostic ? Est-ce que vous sentez... Vous êtes dans des meetings, vous étiez à Lyon, vous êtes au contact de la population. Est-ce que vous sentez cette colère monter ?

12:55
François Ruffin

Il y a une colère qui monte, mais c'est une colère froide. Mais moi, je viens dire... Il n'aura pas le mode d'expression des Gilets jaunes. Je viens dire, Mme Chantret, je viens dire, il y a des solutions qui existent si jamais on veut le faire. Si on ne veut pas laisser faire le marché. La crise Covid, la guerre en Ukraine a fait que l'inflation est venue arracher du pouvoir d'achat aux gens. Ce n'est pas une fatalité. Vous remettez l'indexation des salaires sur l'inflation qui a existé jusqu'en 1983, qui a été très utile pendant les 30 golorieuses. Vous remettez ça, les Français, ce n'est pas eux qui payent le fait qu'il y ait de l'inflation. Ça grimpe avec l'inflation.

On a eu de la prospérité. Donc maintenant, il y a un choix, le grand choix pour 2027, pour moi, il est celui-là. Est-ce qu'on laisse faire le marché ? Ou bien est-ce qu'il y a des secteurs où il n'y a pas de marché ? Nos enfants sur les crèches, nos personnes âgées sur les EHPAD. Et il y a des secteurs où le marché est régulé. Sur le logement, sur l'énergie, sur les questions qui sont essentielles pour les Français.

13:48
Présentateur

Et ce seront les thématiques principales de votre campagne.

13:50
François Ruffin

Et on a pour l'instant des dirigeants qui décident de laisser faire le marché. Ça produit une très grande instabilité.

13:56
Présentateur

À ce moment de l'interview, j'aimerais revenir sur des propos que vous avez tenus cette semaine, François Ruffin, qui ont suscité un tollé chez vos ex-amis de la France insoumise. À l'occasion, évidemment, des propos du président de la République sur ses travailleurs étrangers. Il parlait de médecins, notamment, venant de l'or, hors de l'Union européenne. Vous avez pointé du doigt les dangers d'un recours excessif à une main-d'œuvre étrangère. La France, dites-vous, ne doit pas faire appel à des médecins algériens, tunisiens, roumains. Elle doit avoir ses médecins. Et la France insoumise d'embrayer, je le cite, « Ruffin troque le rouge pour le brun en divisant les travailleurs.

Le souverainisme, le chôminisme mènent fatalement à une politique xénophobe digne du RN. » Voilà comment on parle de vous chez vos ex-amis.

14:41
François Ruffin

D'abord, je veux remercier les médecins, les médecins roumains, les médecins tunisiens, les médecins algériens qui font le travail de soin au plus près des Français et souvent dans nos campagnes, dans les endroits les plus reculés. Donc, merci à vous. Maintenant, est-ce que je considère comme normal que la France ne forme pas ses propres médecins, que la France a quelque part pillé des talents sur lesquels des gouvernements à l'étranger ont investi temps et argent ? Non, je ne trouve pas ça normal. Je souhaite que tous les gens qui sont dans notre pays, qu'ils aient des papiers ou qu'ils n'aient pas de papiers, puissent être accueillis comme il faut.

Qu'ils puissent être accueillis comme il faut sur, évidemment, le logement, sur la langue, sur l'école pour leurs enfants

15:22
Présentateur

et sur le travail.

15:23
François Ruffin

Aujourd'hui, c'est complètement désordonné, c'est complètement désorganisé. Donc, je dis que je veux l'accueil plein et entier pour les personnes qui se trouvent sur le territoire français.

15:32
Présentateur

Mais non à une émigration excessive pour le travail. En revanche,

15:35
François Ruffin

je refuse le plan d'importation massive de main-d'oeuvre étrangère sur les services que programme, par exemple, le MEDEF puisqu'il dit qu'il nous faut plus de 5 millions de travailleurs étrangers et là-dessus, il y en aura 1,5 millions naturellement et il en faut trouver notre million.

15:53
Présentateur

Vous dites quoi, François Riffin ? La gauche, sur ce point-là, a été trop naïf ces dernières années parce que vous comprenez que ça puisse, chez vos amis, des insoumis, heurter ou en tout cas surprendre.

16:03
François Ruffin

Mais je le dis parce que je le dis parce que vous savez mon attachement au métier de service, auxiliaire de vie, femme de ménage et je vois bien comment le patronat des EHPAD il réclame de la main-d'oeuvre subsaharienne pour venir sur ces métiers. Je vous dis non, construisons pour ces métiers la statue et le revenu. Mais en fait, je m'inscris dans une grande tradition. Vous savez, Madame Chantret, qui disait ce que nous ne voulons pas c'est que le capital international aille chercher la main-d'oeuvre sur les marchés où elle est la plus avide, humiliée, dépréciée pour la jeter sans contrôle et sans réglementation sur le marché français ? C'est Jean Jaurès.

16:34
Présentateur

Un grand homme de gauche, oui.

16:35
François Ruffin

Qui disait nous ne pouvons admettre une immigration qui viendrait aggraver la crise du travail ? C'est Léon Blum qui disait, là c'est beaucoup plus récent, nous disons honte à ceux qui organisent l'immigration par les traités de libre-échange et qui l'utilisent pour faire pression sur les salaires et les acquis sociaux.

16:49
Présentateur

Un certain Jean-Luc Mélenchon ?

16:50
François Ruffin

C'était Jean-Luc Mélenchon en 2018. Donc je m'inscris dans une tradition qui estime que tout le monde a sa place, tous ceux qui sont sur le territoire français ont leur place, doivent pouvoir travailler à la fois pour eux-mêmes et pour produire pour notre pays. mais qu'on ne doit pas aller chercher les talents à l'étranger pour les utiliser chez nous.

17:09
Présentateur

Et le fait que devant une circonscription à la dernière élection vous ayez été élu face à une candidate erenne à très peu de voix, finalement ça s'est joué à rien, n'explique pas aussi, je ne parle pas de changement de pied, c'est sans doute très cohérent avec ce que vous avez déjà dit,

17:22
François Ruffin

mais avec quelque chose qui va peut-être à l'encontre de ce que disent... Mais non, ça n'a rien à voir avec ça Madame Chantré. Pas du tout avec ce qu'est le RN dans le pays et avec ses propositions également. c'est que j'ai eu 20 ans avant d'entrer en politique. J'ai eu 20 ans pour mûrir ma pensée, j'ai eu 20 ans pour faire des reportages, j'ai eu 20 ans pour circuler avec des camionneurs et voir les dégâts du cabotage faits par les camionneurs des pays de l'Est.

J'ai eu 20 ans pour voir les travailleurs détachés dans le bâtiment, j'ai eu 20 ans pour assister à tout ça, j'ai eu 20 ans pour écrire des livres et me forger une pensée que je n'improvise pas du jour au lendemain ou en fonction des circonstances électorales.

17:57
Présentateur

20 ans qui, pour ces dernières secondes d'interview, vous amèneront donc à une candidature pour la présidentielle de 2027 ?

18:04
François Ruffin

Je suis candidat à l'élection présidentielle parce que j'estime nécessaire qu'il n'y ait pas de présidentielle sans les essentiels. Primaire ou pas primaire,

18:12
Présentateur

vous irez quand même ?

18:13
François Ruffin

S'il y a une primaire, j'en serai, je la souhaite, je la réclame de tous mes voeux. Maintenant, j'y vais. Nous avons recueilli 100 000 signatures en 15 jours au début de l'année sur nous, présidents et nous avons rassemblé plus de 2 000 personnes, 2 500 personnes à Lyon la semaine dernière et nous lui dirons maintenant vers les 500 maires.

18:30
Présentateur

François Ruffin, merci beaucoup d'avoir été notre invité ce matin et très bon 1er mai. Vous allez donc défiler dans les cortèges parisiens. On vous verra cet après-midi sur l'antenne de BFM TV. Merci à vous. Merci à vous, Mme Chantel. Il est 8h47 et vous êtes sur BFM et RMC.