Allocution du Président de la République Emmanuel Macron du jeudi 5 décembre 2024
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Françaises, Français, mes chers compatriotes, hier, l'Assemblée nationale a voté à la majorité absolue le rejet du budget de la Sécurité sociale et ce faisant la censure du gouvernement de Michel Barnier. Aujourd'hui, le Premier ministre m'a remis sa démission et celle de son gouvernement, et j'en ai pris acte. Je veux ici remercier Michel Barnier pour le travail qu'il a accompli pour notre pays, pour son dévouement et pour sa pugnacité. Lui, comme ses ministres, se sont montrés à la hauteur du moment quand tant d'autres ne l'ont pas été. Le 9 juin dernier, je me suis adressé à vous pour annoncer la dissolution de l'Assemblée nationale. Cette décision était à mes yeux en effet inéluctable.
D'abord, car le vote aux élections européennes avait donné une large avance au Rassemblement national et placé les extrêmes en tête. Ensuite, car de nombreux responsables politiques annonçaient déjà la censure pour cet automne. Cependant, je dois bien le reconnaître, cette décision n'a pas été comprise. Beaucoup me l'ont reproché et je sais, beaucoup continuent de me le reprocher. C'est un fait et c'est ma responsabilité. Cependant, nul ne peut dire qu'en faisant cela, je ne vous ai pas redonné la parole. Je crois que c'était nécessaire. Vous avez pris vous-même votre responsabilité en allant massivement voter aux élections législatives en juin et juillet dernier.
Et ce vote, ainsi que les désistements réciproques décidés par plusieurs partis, ont composé une Assemblée nationale sans majorité. Aucun parti, aucune coalition présentée aux électeurs, en effet, ne peut prétendre avoir seule la majorité. Et cette situation exige une nouvelle organisation politique. C'est inédit, mais c'est ainsi. Alors, durant cet été, j'ai largement consulté. D'abord pour tenter de convaincre les forces politiques de travailler ensemble, comme cela se fait chez beaucoup de nos voisins. Puis, pour choisir un Premier ministre qui ne soit pas censuré dès sa nomination.
C'est pourquoi, en septembre, mon choix s'est porté sur Michel Barnier, un responsable d'expérience, jusqu'alors dans l'opposition, parce qu'il était en effet susceptible de rassembler la majorité la plus large à l'Assemblée et au Sénat, de la droite républicaine au centre, en passant par les radicaux et les forces indépendantes et des territoires. J'ai laissé le Premier ministre gouverner, le Parlement légiférer, Et hier donc, le gouvernement a été censuré. Et cela, malgré les concessions faites par Michel Barnier à l'ensemble des groupes parlementaires.
Il a été censuré, ce qui est inédit depuis 60 ans, parce que l'extrême droite et l'extrême gauche se sont unis, dans un front anti-républicain, et parce que des forces qui, hier encore, gouvernaient la France ont choisi de les aider. Je sais bien que certains sont tentés de me rendre responsable de cette situation. C'est beaucoup plus confortable. Mais si j'ai toujours assumé toutes mes responsabilités, les bonnes choses comme parfois les erreurs que j'ai pu faire, je n'assumerai jamais les responsabilités des autres, et notamment des parlementaires qui ont choisi en conscience de faire tomber le budget et le gouvernement de la France à quelques jours des fêtes de Noël.
Les députés du Rassemblement national ont choisi de voter une motion de censure qui disait le contraire de leur programme, qui insultait leurs propres électeurs. Ce faisant, ils ont simplement choisi le désordre, qui est le seul projet qui les unit à l'extrême gauche, et cela avec la complicité du reste du nouveau front populaire. Non pas pour faire, mais pour défaire, pour créer le désordre. Pourquoi ces députés ont-ils agi ainsi ? Ils ne pensent pas à vous, à vos vies, à vos difficultés, à vos fins de mois, à vos projets, soyons honnêtes. Ils ne pensent qu'à une seule chose, à l'élection présidentielle.
Pour la préparer, pour la provoquer, pour la précipiter, et cela avec le cynisme, si c'est nécessaire, et un certain sens du chaos. Mais ce faisant, d'abord, il se garde bien de vous rappeler la réalité de notre Constitution. Quoi qu'il advienne, il ne peut pas y avoir de nouvelles élections législatives avant dix mois. Et dans ces conditions, l'Assemblée a le devoir de faire ce pour quoi vous l'avez élu, travailler ensemble au service de la France et des Français. Ensuite, personne ne peut en fait se permettre d'attendre pour agir, pour être utile. Le monde, l'Europe avance, et nous avons besoin d'un gouvernement qui puisse décider, trancher.
Et enfin, le mandat que vous m'avez démocratiquement confié est un mandat de cinq ans, et je l'exercerai pleinement jusqu'à son terme. Ma responsabilité exige de veiller à la continuité de l'État, au bon fonctionnement de nos institutions, à l'indépendance de notre pays et à votre protection à tous. Je le fais depuis le début, à vos côtés, à travers les crises sociales, l'épidémie de Covid-19, le retour de la guerre, l'inflation et tant d'épreuves que nous avons partagées. A partir d'aujourd'hui, c'est une époque nouvelle qui doit commencer, où tous devront agir pour la France et où il faudra bâtir des compromis nouveaux.
Parce que la planète avance, parce que les défis sont nombreux et parce que nous devons être ambitieux pour la France. Nous ne pouvons nous permettre ni les divisions, ni l'immobilisme. C'est pourquoi je nommerai dans les prochains jours un Premier ministre. Je le chargerai de former un gouvernement d'intérêt général, représentant toutes les forces politiques d'un arc de gouvernement qui puisse y participer ou à tout le moins qui s'engage à ne pas le censurer. Le Premier ministre aura à mener ses consultations et former un gouvernement resserré à votre service. Sa priorité sera le budget.
Une loi spéciale sera à déposer avant la mi-décembre au Parlement et cette loi temporaire permettra, comme c'est prévu d'ailleurs par notre Constitution, la continuité des services publics et de la vie du pays. Elle appliquera pour 2025 les choix de 2024. Et je compte bien qu'une majorité puisse se dégager pour l'adopter au Parlement. Les services publics fonctionneront, les entreprises pourront travailler, nos obligations seront tenues, nos maires pourront évidemment, là aussi, continuer de fonctionner. Je les remercie encore de leur dévouement pour la nation. Puis, en début d'année, ce gouvernement préparera un nouveau budget.
C'est nécessaire pour en effet protéger les Français des hausses d'impôts mécaniques liées à l'inflation parce que je refuse que les Français paient la facture de cette censure. Et c'est aussi nécessaire d'avoir ce budget en tout début d'année prochaine pour permettre au pays d'investir, comme cela a été prévu, pour nos armées, notre justice, nos forces de l'ordre, mais aussi aider nos agriculteurs en difficulté qui attendaient le budget, ou venir en soutien à la Nouvelle-Calédonie. Vous le savez, je ne pourrais pas me représenter en 2027. C'est pourquoi le seul calendrier qui m'importe n'est pas celui des ambitions, c'est celui de notre nation.
Au fond, celui qui compte pour vous, pour nous. Nous avons devant nous 30 mois. 30 mois jusqu'au terme du mandat que vous m'avez confié. 30 mois pour que le gouvernement puisse agir. Agir pour faire de la France un pays plus fort et plus juste. Innover, produire, investir dans les transitions technologiques et environnementales, instruire nos enfants et nos jeunes, prévenir et soigner, protéger. Au moment où les guerres en Europe et au Moyen-Orient nous déstabilisent, continuer de préparer nos armées, mais aussi toute la société, et agir pour la paix.
Avoir une France plus forte dans une Europe plus forte, plus indépendante, et prête peut-être à de nouveaux conflits, et à résister à toutes les pressions. Oui, les 30 mois que nous avons devant nous doivent être 30 mois d'action utile pour le pays. Et pour cela, le gouvernement devra partir du réel, et non pas des fantasmes ou des contre-vérités. Je ne crois pas pour ma part que l'avenir de la France puisse se faire avec plus d'impôts, plus de normes, ou avec quelques laxismes face au narcotrafic, ou dans la multiplication des divisions, ou dans l'abandon de notre ambition climatique.
Il faudra que le gouvernement rassemble pour agir concrètement au cours de ces 30 mois pour nous et nos enfants. Regardez, samedi, devant le monde entier, nous allons célébrer la réouverture au public de Notre-Dame de Paris. La cathédrale sera rendue aux Parisiennes et aux Parisiens, à nous tous, aux catholiques du monde entier, et aux cultes. Et ce chantier qu'on croyait impossible, rappelez-vous, nous tous, ce soir d'avril 2019, eh bien, nous l'avons fait, comme nous avons aussi réussi nos Jeux Olympiques et Paralympiques.
Nous l'avons fait parce qu'il y a eu un cap clair, une volonté, et parce que chaque femme et chaque homme a travaillé dur, responsable public, fonctionnaire, salarié, compagnon, bénévole, chacun a eu un rôle essentiel, pour une cause plus grande que nous tous. C'est la preuve que nous savons faire de grandes choses, que nous savons faire l'impossible. Et d'ailleurs, le monde entier, à deux reprises cette année, nous admire pour cela. Eh bien, c'est la même chose qu'il nous faut faire pour la nation. Avoir un cap clair pour ces 30 mois. L'école, la santé, la sécurité, le travail, le progrès, le climat, l'Europe. Des actes clairs qu'un gouvernement devra prendre au service du pays.
Un parlement qui saura trouver les compromis. Un sens des responsabilités et du respect. Partout où elle est fragilisée, rebâtir la nation. Partout où il y a des emportements, de l'insulte, remettre de la sagesse. Et partout où il y a de la division, vouloir l'unité. Partout où les uns cèdent à l'angoisse, vouloir l'espérance. Nous l'avons fait. Nous allons le montrer au monde entier. Nous sommes donc capables. Nous allons donc le faire pour notre pays et notre République. Vive la République. Vive la France. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.
Emmanuel Macron