Le système de santé en France à bout de souffle ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
avec les médecins. Une partie de la loi n'a jamais été appliquée et a été abrogée 2 ans plus tard, en 2011. On en est au même point. 15 ans d'impuissance publique face à un problème qui n'a cessé de s'aggraver avec des inégalités d'accès aux soins qui n'ont cessé de se creuser. - A.-E.Lemoine: Bonsoir, Y.Favennec-Bécot.
Vous êtes élu de Mayenne. - Y.Favennec-Bécot: J'ai l'honneur d'être débuté depuis quelques années.
Tous les gouvernements, de gauche, de droite, du centre, n'ont eu qu'une seule politique: celle de l'incitation. C'est mettre sur la table des millions d'euros payés par le contribuable pour essayer de faire venir des médecins dans les territoires. - A.-E.Lemoine: Ce sont les aides à l'installation, l'exonération fiscale... - Y.Favennec-Bécot: Résultat, 8 millions de Français n'ont pas de médecin.
En Mayenne, 1 Mayennais sur 10 n'a pas de médecin. C'est une situation absolument inconcevable et insupportable pour nos concitoyens. Je reçois dans mes permanences des gens qui viennent en pleurant. "Monsieur le député, trouvez-moi un médecin demain, aujourd'hui, pas dans 10 ans!" Les propositions qui ont été faites par le ministre de la Santé, c'est du 10 ans, pas du maintenant. - A.-E.Lemoine: Pourquoi l'incitation ne marche pas? - Y.Favennec-Bécot: Il faut aller vers la régulation.
Ce n'est pas uniquement en mettant de l'argent public sur la table qu'on va y arriver. La meilleure preuve, c'est le résultat. - P.Cohen: Les opposants disent que ce n'est pas un problème de répartition, mais de pénurie.
Ils disent qu'on a besoin de davantage de médecins. - A.-E.Lemoine: On voit le problème à l'envers. - Y.Favennec-Bécot: Il faut reconnaître au gouvernement, au moins au président de la République, d'avoir supprimé le numerus clausus.
Mais il y a un creux démographique. Il va falloir y faire face. Les médecins qui vont être formés, c'est entre 10 et 15 ans.
C'est 2035. Là, on est en 2025. Les gens qui viennent me voir dans mes permanences veulent un médecin maintenant, pas dans 10 ans.
L'incitation ne fonctionne pas. C'est la raison pour laquelle nous proposons la régulation. Ce n'est pas la coercition.
Ce sont 2 mots différents. - A.-E.Lemoine: C'est une contrainte, quand même.
Avant de s'installer là où on veut, il faudra l'autorisation de l'Agence nationale de santé. - Y.Favennec-Bécot: Vous avez 87 % du territoire national qui est un désert médical. 13 %, on sait à peu près où ça se situe, sud-est de la France, côte Atlantique, sont des zones surdotées.
On dit simplement que l'installation dans ces zones surdotées ne sera possible qu'avec l'autorisation de l'ARS et à condition d'exercer la même spécialité que la personne. Le reste, c'est 87 %. Installez-vous où vous voulez.
Venez en Mayenne, par exemple. - P.Cohen: Il n'y a pas que les côtes.
Le département le mieux doté, c'est les Hautes-Alpes. - Y.Favennec-Bécot: Même dans les villes, comme Paris...
Paris devient un désert médical. - A.-E.Lemoine: En ce qui concerne la médecine générale. - Y.Favennec-Bécot: On s'adresse aux généralistes et aux spécialistes.
Le département de France où il y a le moins de médecins, c'est la Seine-Saint-Denis. Ca montre bien que ce n'est pas uniquement un problème de ruralité. C'est un problème national. - A.-E.Lemoine: Les médecins et l'Ordre des médecins estiment qu'ils ne devraient pas être les seuls à revenir dans des zones où les services publics ont déjà fermé leurs portes.
On peut les comprendre. - Y.Favennec-Bécot: On a mis en place les maisons France Services qui permettent, notamment dans les territoires comme le mien, d'avoir accès à des services publics.
J'entends beaucoup les médecins, que je respecte et dont on a besoin, qui font des études difficiles, qui ont des conditions de vie parfois difficiles...
Je les entends beaucoup parler d'eux, mais pas des patients. Ils ont signé un serment, celui d'Hippocrate, celui de soigner quoi qu'il en coûte. Il y a aussi une responsabilité de leur part.
La responsabilité, c'est d'aller soigner ceux qui ont besoin. Nous avons besoin d'eux sur 87 % du territoire national. - A.-E.Lemoine: Le ministre de la Santé, qui n'est pas favorable à cette proposition de loi, répond que la coercition, la régulation va aggraver la pénurie, que ça risque de faire déplacer des praticiens. - P.Cohen: Je suis de Rhône-Alpes.
Ils vont partir en Suisse, nos médecins. - A.-E.Lemoine: A l'étranger, entre autres. - Y.Favennec-Bécot: Le ministre de la Santé et le Premier ministre ont proposé qu'on ait des médecins solidaires.
Qu'est-ce que c'est? C'est un médecin qui va d'une zone surdotée à une zone sous-dotée. La Mayenne est un désert médical entouré par d'autres départements qui sont des déserts médicaux eux-mêmes entourés de déserts médicaux.
D'où viendront ces médecins de territoires surdotés? Ils viendront de Nice pour exercer en Mayenne? Ca va coûter combien?
En plus, ils vont avoir une prime de déplacement. - A.-E.Lemoine: Pour les 2 jours obligatoires par mois que propose F.Bayrou. - Y.Favennec-Bécot: Quand vous habitez dans une zone surdotée, vous avez 28 jours pour vous soigner.
Dans une zone sous-dotée, vous vous débrouillez sur 2 jours. Ce n'est pas normal, pas acceptable. - A.-E.Lemoine: C'est la proposition de F.Bayrou. - Y.Favennec-Bécot: Et c'est toujours avec les deniers du contribuable.
On va les payer pour faire ça. Ce n'est pas sérieux. Qu'est-ce qu'il y a de plus simple, de plus pragmatique et qu'est-ce qui ne coûte rien au contribuable que la régulation de l'installation des médecins?
C'est ce que nous proposons. Ca été voté par l'Assemblée nationale. - A.-E.Lemoine: Vous essayez de convaincre l'Ordre des médecins qui est vent debout. - Y.Favennec-Bécot: On les a tous reçus, l'Ordre des médecins, les patients, les étudiants.
On les a tous reçus. On voit bien qu'il y a beaucoup de réserves, pour ne pas dire d'opposition, des syndicats de médecins. C'est du corporatisme.
Je sais que ce n'est pas un joli mot. Je ne vais sans doute pas me faire des copains. Je défends les patients, ces gens qui souffrent, qui sont au bord du désespoir parce qu'ils ne peuvent pas se soigner. 1 Français sur 2 renonce à se soigner parce qu'il n'a pas de médecin.
Ce sont des bombes à retardement. Dans quelques années, ce sont des gens qui auront des pathologies graves qui coûteront cher à l'Assurance maladie pour les soigner. - A.-E.Lemoine: Un moyen de pallier la pénurie, c'est la création d'une 1re année de médecine dans chaque département.
C'est une bonne solution? C'est une proposition du gouvernement. - Y.Favennec-Bécot: Absolument.
C'est la proposition de loi, article 3, que nous avons déposée. Elle est cosignée par 256 députés venant de 9 groupes parlementaires. C'est du transpartisan.
Nous avons proposé la 1re année de médecine dans chaque département. Cette idée a été reprise par le gouvernement. Tant mieux.
Merci aux groupes transpartisans. - E.Tran Nguyen: Concernant la pénurie de médecins, vous n'avez pas peur...
C'est un métier difficile qui nécessite de longues études. Le quotidien d'un médecin, c'est 40, 50, 60 heures de travail par semaine. Vous n'avez pas peur qu'il y ait moins de jeunes qui ont envie de se lancer dans le métier? - Y.Favennec-Bécot: Il faut souligner le rôle des élus locaux qui ont porté à bout de bras ce que l'Etat n'a pas su faire.
Ils ont créé des maisons pluridisciplinaires de santé. C'est pour mutualiser les moyens des médecins et pour partager le temps de travail dans les territoires. Tout est fait localement pour que ces gens qui font des études difficiles, mais aussi payées par le contribuable...
Il faut mettre les choses clairement sur la table. Au travers des maisons pluridisciplinaires de santé, on fait en sorte que les conditions de travail soient améliorées dans les territoires où on leur demande beaucoup. Enfin, quand il y en a. - A.-E.Lemoine: D'après vous, pourquoi les gouvernements ont peur d'imposer la régulation?
Que craignent-ils? - Y.Favennec-Bécot: J'étais député quand R.Bachelot était ministre.
F.Fillon avait reçu un groupe de parlementaires dont je faisais partie. J'étais déjà pour cette régulation, à l'époque.
Il nous avait dit: "Je ne peux pas le faire parce que je ne veux pas voir dans la rue descendre les blouses blanches." Les blouses blanches, c'est une chose, mais les millions de Français qui n'ont pas de médecin, et qui se révolteront peut-être un jour parce qu'ils n'en ont pas, c'est aussi important de les aider. - P.Cohen: Il faut prendre en compte la difficulté du métier. - Y.Favennec-Bécot: Ce sont des études difficiles, longues et loin de nous l'idée de nous liguer contre les médecins.
On a besoin d'eux. On fait en sorte, dans nos propositions, de leur accorder davantage de temps médical. Ils ont besoin de temps médical aussi dans l'exercice de leur profession.
Nous y faisons attention, bien évidemment. Il ne s'agit pas de se mettre les médecins à dos. Il s'agit de trouver des solutions concrètes, efficaces, pour que nos concitoyens puissent se soigner. - E.Tran Nguyen: Dans les solutions, il y a le fait de confier aux infirmiers le suivi de certains patients chroniques pour décharger les médecins dans les déserts médicaux.
Les infirmiers seraient donc aptes à prescrire certains examens et médicaments. - Je suis apte à renouveler les médicaments, je peux les orienter vers des spécialistes. Mais je ne suis pas médecin.
Je ne gère pas les pathologies aiguës. - Au départ, j'avais une certaine appréhension de la découverte. Une fois que j'ai découvert et que j'ai vu comment ça se passait, c'est très bien. - Une aide précieuse pour alléger la charge des médecins dans les déserts médicaux. - Le tout est d'arriver à mettre en place des organisations qui ne soient pas des modes dégradés, où on perd de la qualité, comme les téléconsultations.
La seule façon d'arriver à prendre en charge les patients atteints de pathologies chroniques et qui perdent leur médecin traitant, c'est de travailler avec une infirmière en pratique avancée. - E.Tran Nguyen: Certes, c'est pour donner du temps aux médecins, mais l'Ordre des médecins est contre et dénonce une pratique qui fait fi de leur formation longue et difficile.
On y revient toujours. Mais le gouvernement veut aller plus loin en proposant à ces infirmiers de pouvoir réaliser de nouveaux actes. - Y.Favennec-Bécot: Ca va dans la bonne direction.
On propose une sorte de boîte à outils. Dedans, il y a les IPA, la régulation, les maisons pluridisciplinaires de santé...
Il faut piocher en fonction des besoins. Nous proposons une solution parmi d'autres. Les IPA font partie de cette solution. - E.Tran Nguyen: Ca ne dévalorise pas le travail du médecin? - Y.Favennec-Bécot: Non, je pense que ça le soulage. - A.-E.Lemoine: Merci.
Vous avez un médecin traitant? - Y.Favennec-Bécot: Il vient de partir à la retraite.
Mais je ne veux pas que l'on pénalise les gens qui n'ont plus de médecin traitant en doublant le prix de la consultation. Dans notre proposition de loi, c'est l'article 2, nous supprimons
Yannick Favennec