Clémentine Autain : "Je propose un choc de solidarité pour les Franciliens"
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
L'île de France est la région la plus peuplée de notre pays, la plus riche aussi. C'est également l'une de celles où il y a le plus de listes pour les élections régionales de dimanche. Onze listes s'affrontent. Bonjour Clémentine Autain. Bonjour. Vous êtes la candidate de la France insoumise et vous êtes soutenue également par les communistes. Et le parti animaliste. Et le parti animaliste. Le gouvernement a présenté hier un plan pour lutter contre les violences entre bandes de jeunes. L'île de France est l'une des régions où se pose le plus ce genre de problème.
Il prévoit notamment le gouvernement le développement de médiateurs à l'école, des centres de loisirs ouverts plus tard, une plus grande surveillance des réseaux sociaux. Vous pensez que ces mesures sont un pas vers une solution ?
Nous avons besoin de davantage d'adultes pour prévenir ces violences, pour accompagner. En Ile-de-France, nous avons vu des jeunes de 14 ans capables de mettre un couteau dans le ventre d'une camarade. C'est effroyable. C'est-à-dire qu'on a des rixes et des phénomènes qui ne sont pas nouveaux, mais qui touchent visiblement des jeunes de plus en plus jeunes. Donc il faut que la puissance publique soit au rendez-vous. Et il me semble en effet que tout le volet de prévention est absolument décisif.
Et c'est d'ailleurs le budget que Valérie Pécresse a décidé de sabrer, puisqu'il y a plus de 3 millions d'euros sur deux lignes, qui auraient dû servir à recruter des médiateurs, à recruter des éducateurs, et qui malheureusement n'est plus là. Donc c'est un vrai choix que nous devons faire. Le tout répressif dans ces cas-là ne fonctionne pas.
Alors justement à propos de ça, la sécurité c'est le sujet qui est mis en avant par vos adversaires à droite, pas par vous, mais par Valérie Pécresse, Jordan Bardella ou Laurent Saint-Martin. Dans les lycées par exemple, ils veulent soit développer des brigades spéciales ou des caméras de surveillance, pareil dans les gares. Vous en pensez quoi vous ?
D'abord il faut quand même rappeler à celles et ceux qui nous écoutent que la sécurité n'est pas un champ de compétences de la région. La région ce sont les transports, les lycées, l'aménagement du territoire, le tourisme, l'activité économique. Ça c'est le cœur des 5 milliards d'euros de la région Île-de-France. Donc j'aimerais bien, enfin je regrette à ce stade, que nous n'ayons pas eu de confrontation véritablement sur ce que sont les enjeux d'aménagement, les grandes options qui sont devant les franciliennes et les franciliens.
Et vous regrettez que ce ne soit pas une prérogative de la région ? Est-ce que vous aimeriez faire quelque chose ?
Je ne suis pas d'accord avec le fait que cet enjeu régalien devienne désormais un sujet qui est traité différemment suivant l'endroit où on habite. Regardez la police municipale, c'est quand même pas une réussite, au sens où avant nous avions une police de proximité et à égalité sur tout le territoire. Dès lors que c'est chaque ville qui décide de son système de police, vous avez forcément un creusement des inégalités. Je ne suis pas d'accord sur ce sujet.
En revanche, il y a bien un choix important pour les franciliennes et les franciliens, c'est de savoir si on continue dans cette obsession de la concurrence de tous contre tous, de l'attractivité, de la compétitivité qui est le cœur de la politique de Valérie Pécresse et qui, à mon sens, et concrètement, creuse les inégalités sociales et territoriales, ou si on part des besoins des franciliennes et des franciliens pour bâtir les politiques publiques. Et vous verrez qu'à partir de là, on arrive à des résultats tout à fait différents en termes de choix budgétaires et de priorité.
Et vous, en effet, ce que vous mettez en avant, c'est le social avec ce slogan « Pouvoir vivre en Ile-de-France », c'est si difficile que ça aujourd'hui ?
Bien sûr, et c'est de plus en plus difficile. D'abord, la vie est chère, on le sait, en Ile-de-France, et en particulier au cœur de la métropole. Quand vous avez à Paris un mètre carré à plus de 10 500 euros, vous voyez bien qu'il y a quand même un problème. Je pense au logement parce que c'est une prérogative aussi de la région qui...
Justement, alors sur cette problématique-là, que peut faire la région ?
Cesser de diminuer les budgets affectés. Valérie Pécresse a divisé par 2,5 le budget logement sur la mandature. Je le répète, 2,5 en moins du budget logement, alors que nous avons plus de 750 000 dossiers de demande de logement social. C'est absolument incroyable. Et par ailleurs, 47 maires en Ile-de-France ne respectent pas la loi qui impose d'avoir 25% de logement social dans sa ville, la fameuse loi SRU. Valérie Pécresse les laisse faire et s'en prend à ceux qui ont plus de 30% de logement social en leur interdisant d'une certaine manière, en tout cas en leur rendant la tâche très difficile pour en construire davantage.
Et vous vous feriez quoi ?
Moi, je peux vous dire que je mènerai le bras de fer avec ces maires, parce qu'il faut que sur l'ensemble du territoire francilien, l'effort soit partagé pour offrir davantage de possibilités d'avoir un logement digne. Ça, c'est très important. Alors, il y a le logement, mais autre sujet essentiel dans la vie des Franciliens, ce sont les transports. Que proposer-vous ? Fondamental. Vous voyez, tout à l'heure, je vous disais, concurrence ou quotidien. Valérie Pécresse, par exemple, a soutenu le projet de Charles de Gaulle Express, c'est-à-dire c'est un train pour les riches, vous voyez, qui va de Paris à Roissy pour la modique somme de 24 euros.
Ça, c'est le choix des touristes riches et des cadres d'affaires. Pendant ce temps, les gens s'entassent, par exemple dans le RERB ou le RERD ou le RERC. Eh bien, moi, je veux que la priorité soit donnée au transport du quotidien. Il faut investir dans des flottes de bus en grande couronne, dans des extensions de lignes de tramway, dans la modernisation et la rénovation de lignes et dans la construction de nouvelles lignes. Et par ailleurs, il faut aussi que nous ayons des premières mesures de gratuité que je propose dans le choc de solidarité que je vaux.
Et notamment, à partir de la rentrée, j'aimerais que les jeunes de moins de 25 ans et tous les bénéficiaires des minima sociaux aient la gratuité dans les transports.
Vous n'allez pas aussi loin, d'ailleurs, sur le sujet qu'Audrey Pulvar, qui propose, elle, les transports gratuits pour tous. C'est excessif ?
C'est-à-dire qu'on n'a pas un budget extensible à l'infini, j'aimerais bien, mais ça n'est absolument pas le cas. La région ne lève pas l'impôt. Et je vous l'ai dit, ma priorité, c'est le développement des transports en commun, notamment en banlieue, où ça devient très, très difficile.
On l'a appris il y a quelques jours. La mairie de Paris veut faire payer le stationnement aux motos et aux scooters thermiques. Elle veut aussi rendre le centre piéton, bref, limiter au maximum les voitures les plus polluantes. Est-ce que ce sont de bonnes décisions ? Est-ce que ce sont des choses qu'il faudrait développer à l'échelle de la région ?
Il faut une stratégie régionale pour diminuer la place de la voiture. Mais voyez, aujourd'hui, on a un petit problème, c'est qu'on a l'impression que le cœur de la région, et singulièrement Paris, se ferme, en effet, à la voiture. Et que quand on habite en banlieue, déjà, ce n'est pas toujours facile, mais on a l'impression que Paris devient fermé. Et ça, ça ne peut pas fonctionner. Ce n'est pas une région qui est une région qui fait vivre l'égalité.
Donc, je pense qu'il faut une stratégie régionale, et cette stratégie régionale doit s'appuyer sur le développement des transports en commun, et sur un autre axe que je développe dans mon projet, qui est qu'il faut rapprocher les lieux d'habitation des lieux de travail. Or, aujourd'hui, vous savez très bien qu'il y a d'un côté des villes dortoirs, et de l'autre, des centres d'affaires. Et ça, ce modèle de développement... Mais comment on fait ? Ah, vous savez qu'on a un document qui est formidable, qui s'appelle le Sdrift, c'est un peu technique, mais qui est un schéma d'aménagement qui permet d'être stratège.
Et moi, je veux que la région soit stratège, et elle est prescriptive, la région, en la matière, c'est-à-dire qu'elle donne des obligations de construction, d'implantation, d'équipement, de telle sorte que, quel que soit l'endroit où on habite, on ait accès en proximité à des emplois, à des services publics, à des équipements culturels et sportifs, et à des espaces de soins.
Il ne nous reste plus beaucoup de temps, et vous savez que les temps de parole sont vraiment minutés. C'est ça. À gauche, pour le moment, vous êtes trois, au coude à coude, si l'on en croit les sondages, mais loin derrière Valérie Pécresse, est-ce que l'union se fera au deuxième tour ?
Je m'y suis engagée dès ma première interview de candidate, je suis favorable activement. Que vous soyez en tête ou pas ? Je suis pour le rassemblement, et je me suis engagée, si je suis en tête, à conduire ce rassemblement. Je ne le cache pas, je pense qu'il faut le dire aux électeurs, parce que c'est la condition de l'espoir. Nous avons aujourd'hui trois listes de gauche et écologiste, qui sont au coude à coude, mais si elles s'assemblent et qu'elles créent une dynamique, alors je vous assure que, contrairement à ce qu'on nous dit, l'histoire n'est pas écrite en Ile-de-France. Nous pouvons l'emporter.
Nous pouvons l'emporter, il faut le rassemblement, et je pense que si je suis en tête, nous aurons également une dynamique populaire, et c'est la deuxième clé pour l'emporter en Ile-de-France.
Merci Clémentine Audin, candidat de la France insoumise. Je rappelle qu'il y a onze listes en lice en Ile-de-France, et vous les avez en détail sur notre site franceinter.fr. France Inter
Clémentine Autain