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Podcast / conversationLe Média (sur Podcast)· 18 janvier 2025 53 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileEurope & internationalInstitutions & électionsSécurité

Algérie-France : Tebboune vs Macron, ils jouent avec le feu | Beligh Nabli

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 12 %Attaque 62 %Défensif 26 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 91 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:41OuverteRéponse directe

    Qu'évoque pour vous l'expulsion des influenceurs franco-algériens vers l'Algérie ?

  • 2:00RelanceRéponse partielle

    Doualem n'a pas été jugé avant son expulsion. La procédure est-elle légale ?

  • 10:43OuverteRéponse directe

    Bruno Retailleau accuse l'Algérie d'humilier la France. Qu'en pensez-vous ?

  • 12:34OuverteRéponse directe

    L'escalade verbale entre la France et l'Algérie est-elle assumée par les États ?

  • 14:48OuverteRéponse directe

    Les ministres français assument-ils une confrontation avec l'Algérie ?

  • 21:16OuverteRéponse directe

    Emmanuel Macron a-t-il raison d'accuser l'Algérie de déshonorer son peuple ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 49:57Locuteur non identifiéFait
    « Le régime algérien est un régime faible, c'est pour ça que vous parliez de ça tout à l'heure, Madame de Malherbe, c'est un régime qui ne vit partiellement que de l'argent que la France lui verse. »
  • 50:49InvitéFait
    « La guerre d'Algérie n'est pas terminée, elle habite trop de responsables politiques. »

Temps de parole

  • Invité78 %
  • Présentateur16 %
  • Invité 22 %
  • Locuteur non identifié2 %

0,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

C'est l'heure de la chronique de Bélir, votre programme hebdomadaire avec Bélir Nabli, professeur des universités en droit public et cofondateur de Chronique, un collectif engagé dans le débat public. Également auteur, Bélir Nabli, de multiples ouvrages dont « L'État, droit et politique » aux éditions Armand Collin et « Relations internationales » aux éditions Pédone. Bélir Nabli nous livre donc son expertise une fois par semaine sur la politique nationale et internationale dans cette émission qui analyse sans détour des faits majeurs de l'actualité. Jusqu'où ira le bras de fer diplomatique entre l'Algérie et la France ? Nouvelle pomme de discorde entre les deux pays.

Le sujet des influenceurs Paris accuse l'Algérie de manipuler les leaders d'opinion comme Zazou Youssef, Imad Tintin ou Doualem, si vous ne connaissez pas ces noms. Il s'agit d'influenceurs reconnus en Algérie et qui sont accusés donc par Paris de faire l'apologie du terrorisme ou de s'attaquer aux opposants algériens dans l'Hexagone. Le cas de Doualem notamment a beaucoup fait parler ces derniers jours, expulsé de France mais refusé par l'Algérie. L'influenceur de 59 ans a été placé en centre de détention administrative.

Alger, de son côté, reproche à l'expuissance coloniale d'héberger des activistes anti-gouvernementaux dans une passe d'armes qui dissimule assez mal les questions comme celles concernant le Maroc et sa souveraineté sur le Sahara occidental, reconnue, je le rappelle, par la France ou encore celles concernant les questions mémorielles de la guerre d'Algérie. On en parle avec toi, Bélir. Bonsoir. Bonsoir. Alors, cette affaire des influenceurs qui sont conduits manu militari dans un avion pour retourner en Algérie dans des conditions administratives assez floues, voire pour dire les choses clairement illégales, qu'est-ce qu'elle t'évoque ?

2:00
Invité

Il y a un juge qui va trancher pour ce qui est de la légalité des procédures et des motifs avancés.

2:05
Présentateur

Parce que Doualem justement n'est pas passé devant un juge avant l'expulsion vers l'Algérie.

2:09
Invité

Le juge est saisi et on verra bien. Mais au-delà, ce qui est intéressant, ce que je trouve vraiment intéressant dans ces affaires, c'est que finalement, la France comme l'Algérie en tant qu'État perçoivent ou se perçoivent mutuellement comme étant des agents tentant de s'engérer dans les affaires internes de chacun de ces États. Donc, il y a cette perception-là, tentative d'ingérence qui serait en réalité également ou par prolongement des tentatives d'instrumentalisation et de déstabilisation. Alors, ça peut s'entendre. Parce que ce sont des États, d'abord et avant tout, en tant qu'État, ils ont à la fois une politique étrangère, des politiques bilatérales.

Et en l'occurrence, les relations franco-algériennes, elles sont tout à fait exceptionnelles à cause de leur dimension historique. Mais en même temps, il ne s'agit pas d'une affaire qui ne concerne que deux États. C'est en cela qu'il y a une autre exceptionnalité dans les relations franco-algériennes. C'est que derrière, vous avez deux sociétés civiles. Et c'est elles également – et c'est ça que je trouve très intéressant – qui sont désormais mobilisées comme étant des actrices des relations franco-algériennes, des actrices actives que tentent d'instrumentaliser chacun des États. C'est ça que révèle de manière spectaculaire l'affaire des influenceurs.

Parce qu'officiellement, ces influenceurs, ce ne sont pas des agents algériens. Ce ne sont pas des agents algériens officiellement. Mais en même temps, ce sont ce qu'on appellerait en relation internationale des acteurs transnationaux. Alors je ne sais pas s'ils sont binationaux, mais je pense qu'ils sont binationaux.

3:56
Présentateur

Il me semble que pour le cas de Doualem, il est bien franco-algérien.

3:59
Invité

Voilà. Ce sont des binationaux qui vivent et qui ont une vie sociale, j'irais à la fois en France et en Algérie, au moins à travers leur activité d'influenceurs, entre guillemets. C'est intéressant, même le qualificatif d'influenceurs à leur endroit. Et donc c'est ça que je trouve vraiment extrêmement intéressant dans cette affaire. C'est comment finalement les sociétés civiles, des individus qui incarnent finalement l'imbrication des deux sociétés, sont mobilisés, stigmatisés par les deux États, parce qu'il y a les deux influenceurs du point du français. Il y a aussi le cas Sansal, côté algérien.

Et dans les deux cas, il y a donc vraiment la mobilisation, la volonté d'instrumentaliser finalement des individus à des fins stratégiques, en vérité. C'est-à-dire qu'on peut comprendre leurs sorts respectifs qu'à travers finalement une feuille de route dressée par un monstre froid qui est l'État français et l'État algérien.

5:11
Présentateur

Je corris juste Doualem et algérien. Il est purement algérien.

5:14
Invité

Uniquement algérien. Alors c'est d'autant plus intéressant parce que ça vient étayer la thèse ou l'hypothèse de ce qu'on appelle une affaire d'ingérence. Un individu algérien sur le territoire français qui tente par des discours qui seraient susceptibles. Alors le qualificatif est extrêmement grave, mais disons au moins de porter atteinte à l'ordre public, on va dire à minima, serait donc un agent, au sens informel du terme, du pouvoir algérien. Bon, ça peut être concevable. C'est en ça que c'est aussi intéressant.

Il faut garder à l'esprit, je pense, une posture même de notre part, une posture plutôt froide et qui consiste notamment à distinguer les États qui ont leurs feuilles de route, leurs intérêts et de l'autre, les sociétés civiles.

Et là où ça devient particulièrement tendu, je trouve, aujourd'hui, c'est qu'au-delà de l'escalade diplomatique à coups de communiqués officiels, à coups de décisions diplomatiques, il y a, je pense, en plus désormais, le franchissement d'un seuil qui consiste à, d'une certaine manière, prendre nos tâches des individus ou des communautés dans cette stratégie en commun à la France et à l'Algérie qui consistent encore une fois à inclure maintenant la dimension civile, société civile, citoyenne dans leur politique bilatérale. Je trouve ça extrêmement dangereux, d'autant plus qu'on en revient à l'exceptionnalité de cette relation franco-algérienne, eu égard à l'histoire franco-algérienne.

Pourquoi ? Parce que tout simplement, et je ne cesse de le rappeler, le régime dans lequel on vit, les institutions qui régissent notre vie démocratique sont nées de la guerre d'Algérie. Il y a dans la mémoire de la République, dans la mémoire de la Vème République, des circonstances qui ont permis sa naissance. Quelles sont ces circonstances ?

Contexte général, la guerre d'Algérie et un coup d'État, une tentative de putsch à Alger de la part d'officiers qui étaient pro-Algérie française, qui refusait non seulement, qui rejetait toutes les velléités indépendantistes, mais qui en plus s'était dressée d'une certaine manière face à la République, dès lors que celle-ci semblait montrer quelques faiblesses par rapport précisément à ces velléités indépendantistes algériennes.

Donc il y a eu un coup d'État qui a nourri l'instabilité gouvernementale et l'affaiblissement de ce qu'on appelait la Quatrième République et qui a précipité le retour du général de Gaulle qui, lui, s'est imposé dans ce contexte de crise, imposé sa légitimité historique, l'homme de la résistance, et qui a imposé sa constitution, la constitution de la Ve République, la constitution du 4 octobre 1958, et qui est marquée précisément par ces circonstances. Il n'y a pas d'un côté un texte des institutions et un régime et de l'autre l'histoire qui a permis leur naissance.

Et pour illustrer encore une fois le lien entre le texte et ces circonstances, il y a l'article 16 de la constitution qui prévoit les pleins pouvoirs au président de la République en cas de circonstances exceptionnelles, qui renvoie précisément, notamment au contexte dans lequel a été rédigée la constitution, et qui a circonstances et contextes qui ont justifié d'autant plus la lecture des institutions par le général de Gaulle, à savoir le fait d'avoir un homme fort, un président fort, un président de la République fort.

Je rappellerai également que le président de la République, le général de Gaulle, a subi une tentative d'assassinat en tant que président de la Ve République, de la part signée par une organisation terroriste, l'OAS, l'organisation de l'armée secrète, pro-Algérie française, et qui commettaient des attentats non seulement en Algérie, mais également sur le territoire français. Voilà. Je le souligne d'autant plus que ça fait écho à toute cette mémoire-là, à notre présent, plus que jamais. Petit exemple.

Non seulement Jean-Marie Le Pen vient de mourir, et ses dernières déclarations, une dernière interview qu'il a faite à une journaliste du Monde a permis d'expliciter plus que jamais les actes qu'il a commis, les actes de torture en Algérie, durant la guerre d'Algérie, ou encore l'interview de M. Vall sur une radio communautaire, où il a déclaré que tous les terroristes étaient musulmans. Alors que l'histoire de France dont il se revendique, l'histoire de la République, qui l'obsède, témoigne du fait que des Français nationalistes ont porté les habits du terrorisme en qualité de terroriste.

10:43
Présentateur

Alors, on nous le voit qu'il y a une escalade verbale, en tout cas dans ces tensions qui sont assez croissantes. On va écouter Bruno Retailleau, justement, qui dit que l'Algérie essaye d'humilier la France. Écoutons le ministre français de l'Intérieur.

11:02
Invité

Je veux dire ma supéfaction. Et je pense qu'on a atteint avec l'Algérie un seuil extrêmement inquiétant. On voit bien que l'Algérie cherche à humilier la France. L'Algérie détient actuellement un grand écrivain, Boalem Sansal, qui est non seulement algérien, mais qui est aussi français. Il a 80 ans et il est malade. Est-ce qu'un grand pays, est-ce qu'un grand peuple peut s'honorer de maintenir en détention pour de mauvaises raisons quelqu'un qui est malade et quelqu'un qui est âgé ? Et désormais, c'est ce ressortissant algérien, un influenceur, qui propageait sur la toile, sur les réseaux sociaux, la haine. Les réseaux sociaux, ça n'est pas une zone de non-droit.

Et comme ministre de l'Intérieur, je ne veux rien laisser passer. Il y a, comme vous le savez, une quatrième influenceuse à Lyon, qui est actuellement, au moment où je vous parle, entendue. Il n'est absolument pas question de laisser libre cours à la haine de ces individus qui profèrent de l'antisémitisme, le meurtre, etc.

12:15
Présentateur

Alors, propos auxquels un député algérien de l'opposition, dont le nom m'échappe, je mets en excuse, a répondu en disant que la France s'est faite humilier en Israël cette année et n'a pas été capable de répondre avec la même fermeté. On a l'impression qu'au niveau étatique, en tout cas, le langage est devenu totalement décomplexé vis-à-vis de l'Algérie et qu'on assume totalement d'être dans ce face-à-face.

12:50
Invité

Deux choses. Justement, je pense qu'il ne faut pas non plus tomber dans le piège du manichéisme. Personnellement, je distingue systématiquement les États des populations ou des sociétés civiles. Dans le cas de l'Algérie, il faut aussi garder cette réalité ou cette dualité en tête. On ne doit pas assimiler absolument l'Algérie au régime qui est au pouvoir. D'ailleurs, celui-ci, il a fait et il continue de faire l'objet d'une contestation populaire qui est désormais souterraine, mais qui s'est manifestée avec force durant le Hiraq. Et ce mouvement était fondamentalement démocratique.

Et parce qu'il était fondamentalement démocratique, il critiquait le régime pour son autoritarisme, pour sa corruption et pour, finalement, la nature de ses dirigeants qui étaient illégitimes aux yeux des citoyens manifestants. Et en même temps, je dirais, ce régime qui est cynique n'hésite pas à instrumentaliser la mémoire de la guerre d'Algérie que j'ai rappelée, parce que c'est une réalité aussi, le fait que la guerre d'Algérie soit une variable de compréhension de la vie politique française, qu'elle est même obsessionnelle pour certains, dont M. Retailleau.

Mais qu'en même temps, on a véritablement un régime en Algérie qui est cynique, qui est cynique et qui n'hésitera pas, et qui n'hésite pas à instrumentaliser cette mémoire. Il l'a déjà fait par le passé. C'est même l'un de ses axes, je dirais, de politique étrangère, du moins dans ses relations avec la France. Même si, encore une fois, sur le fond, c'est-à-dire historiquement, il y a de quoi critiquer la France, pour le moins, par rapport à ce qu'elle a pu commettre durant la colonisation et la guerre de décolonisation.

14:48
Présentateur

Mais de sur quoi, quand on entend les ministres, on parle vraiment d'officiels français...

14:54
Invité

C'est le deuxième aspect. Donc là, j'étais sur le régime algérien. Du point de vue du régime français, alors, c'est moins cynique, c'est moins froid. Je pense que M. Retailleau, il fait moins... Les calculs sont moindres. Il a quelque chose d'irrationnel, lui comme d'autres responsables politiques français, qui sont animés par la passion...

15:18
Présentateur

M. Darmanin, qui propose de supprimer la dispense de visa pour la France, et du moins pour ceux qui détiennent des passeports diplomatiques algériens. Dans une interview au JDD, on a lu Sébastien Lecornu aussi accuser des responsables algériens d'utiliser les attaques contre la France comme une rente politique, de politique intérieure. Le ministre des Armées, donc, qui regrette les conséquences de la brouille actuelle, appelant à la poursuite de la coopération en matière de sécurité, tout de même. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barraud, qui menace l'Algérie de mesures de rétorsion si elle poursuit l'escalade. Chacun, dans son domaine, assume la confrontation.

16:03
Invité

Oui, alors, ça me permet en même temps de répondre à l'extrait de la déclaration d'un député algérien que tu as rappelé. Rappelons tout simplement, d'abord et avant tout, que l'Algérie n'est pas un allié de la France, contrairement à Israël. Ça, c'est un élément qu'on oublie trop rapidement. Israël est un allié stratégique des Occidentaux en général, y compris de la France. Et ça explique naturellement, notamment son statut différencié et privilégié. Ce n'est pas naturellement le seul élément qui l'explique, mais c'est un élément très important. L'Algérie n'étant pas un allié stratégique, elle ne bénéficie pas du même traitement politique.

Ce qui explique aussi, on y reviendra peut-être, le traitement différencié vis-à-vis du Maroc, qui aujourd'hui est devenu un partenaire privilégié dans la région du Maghreb, du point de vue français. Donc, quoi qu'il en soit, j'ai parlé de la situation, de la manière dont le régime algérien pouvait se mobiliser et instrumentaliser la question algérienne en France.

En France aussi, dans la vie politique, la vie publique, non seulement à cause des origines du régime, que j'ai rappelé, mais également parce qu'aujourd'hui, la question identitaire, à travers ses différentes manifestations ou les différents mots qu'elle peut revêtir pour ne pas s'exprimer explicitement, je pense à la question de l'immigration, la question de l'islam, la question de la sécurité. Finalement, la question identitaire, aujourd'hui, a pour cœur précisément la relation franco-algérienne, la question algérienne. Il y a une question algérienne en France et elle n'arrive pas à faire l'objet d'une quelconque rationalité.

Chaque fois qu'on essaye de poser les choses, de prendre du recul par rapport à l'histoire, d'établir des faits pour finalement les reconnaître et d'une certaine manière établir une forme de consensus sur ce qui s'est passé sur les bases d'une nouvelle relation, toutes ces tentatives dont même le président Macron a fait preuve, il faut le reconnaître, avec honnêteté, même si les mots qu'il a employés lors de ses dernières déclarations sont pour le moins maladroits. Il y a eu une tentative au début de sa présidence de rationaliser la relation franco-algérienne, la normaliser eu égard à un passé exceptionnel, c'est-à-dire hors du commun et très particulier.

C'est un échec, c'est un échec dont les responsabilités sont partagées, on pourrait y revenir, mais quoi qu'il en soit, cet échec en fait ne fait que nourrir la passion autour de l'Algérie, la question algérienne, encore une fois eu égard à la dimension identitaire aujourd'hui qui traverse le débat public, incarnée qui plus est par des acteurs politiques et publics de plus en plus nombreux, de plus en plus omniprésents dans les institutions, en particulier à l'Assemblée nationale, puisque le Rassemblement national est devenu un groupe dominant, dominateur à l'Assemblée nationale, et on le sait que le Rassemblement national en tant qu'héritier du Front national est un produit politique de l'Algérie française.

Il suffit de se souvenir de ses cofondateurs, certains d'entre eux en tous les cas, et de son fondateur historique Jean-Marie Le Pen. Et donc l'Algérie française, cet héritage-là, il est incarné, il est ancré au cœur des institutions. Ce n'est plus du débat intellectuel, c'est carrément quelque chose aujourd'hui qui est défendu. Si j'étais un peu taquin, je dirais même que si on allait s'intéresser aux biographies de certains responsables politiques, et pas des moindres, vous retrouverez ce lien entre l'Algérie et la France, notamment à travers précisément les anciens pieds noirs, comme on dit, voire des descendants de membres de l'OAS. Je pense qu'il y a M.

Tabarro, le ministre des Transports, dont le père était un membre éminent de l'OAS. Je le rappelle, organisation terroriste franco-française. Et naturellement, non seulement il n'a jamais pris la peine de porter un regard critique sur le passé de son père, mais lui et sa sœur, également parlementaires, députés depuis un certain nombre d'années, assument pleinement ce passé.

Donc, lorsque, notamment, tu parles du traitement différencié des États, je dirais aussi que, du point de vue des individus, il y a un traitement privilégié, dès lors que, finalement, on relève ou on correspond à ce discours dominant, qui est un discours identitaire et qui se manifeste notamment par une vraie défiance, pour ne pas dire plus, vis-à-vis de l'Algérie et des Algériens.

21:16
Présentateur

Alors, il y a le cas des influenceurs, il y a celui de l'écrivain franco-algérien Boalem Sansal, dont la France réclame donc la libération, Boalem Sansal. Et Emmanuel Macron, tu en parlais, n'y est pas allé de main morte en évoquant son cas. Écoutons-le.

21:34
Invité

L'Algérie que nous aimons tant et avec laquelle nous partageons tant d'enfants et tant d'histoires, entre dans une histoire qui la déshonore, a empêché un homme gravement malade de se soigner. Et ça n'est pas à la hauteur de ce qu'elle est. Et nous qui aimons le peuple algérien et son histoire, je demande instamment à son gouvernement de libérer Boalem Sansal.

21:56
Présentateur

Emmanuel Macron a raison d'employer ces termes. L'Algérie se déshonore. C'est assez fort comme attaque, comme façon de parler à un autre État souverain.

22:12
Invité

Mais disons que c'est une posture morale. Et en tant que simple citoyen, la posture morale, moi, je peux l'entendre. Emprisonné à titre préventif, en tout cas avant même son procès, si procès il y a un homme de 80 ans pour des propos qu'il aurait tenu, bon, ce n'est pas non plus un acte, comment dire, qui relèverait du courage politique. Et sur le principe même. Alors, si c'est pour des propos qu'il aurait tenu au sujet, ou qui relèverait de sa liberté d'expression, notamment critique du régime, bien sûr que cela, à titre personnel, me poserait problème, parce que la liberté d'expression est sacrée de mon point de vue.

Après, a priori, la qualification retenue contre lui relève plus de ce qu'on pourrait appeler un acte de trahison, parce qu'il aurait affirmé qu'une portion du territoire algérien relèverait, en réalité, historiquement parlant, de la souveraineté marocaine. Et donc une qualification encore plus sensible, qui relève presque de la raison d'État. Bon, tout cela s'entend, vous pourrez s'entendre, même du point de vue de l'État de droit, je veux dire par là que si une qualification pénale qui, effectivement, condamne ce type de prise de parole, effectivement, c'est le droit algérien qui s'applique, et la France ferait preuve d'une forme d'ingérence que de porter de telles accusations.

Sauf que c'est un binational, ce qui légitime une forme de prise de position. Et deuxièmement, encore une fois, on ne peut pas ne pas garder à l'esprit la nature du régime et donc de l'appareil d'État en question, qui est cynique et qui voit dans cette affaire également, effectivement, non seulement de régler ses comptes avec la personnalité de Boualem Sansal, dont je ne connais pas l'œuvre, dont je connais un certain nombre d'interviews et d'opinions, avec lesquels je n'ai absolument rien à voir, mais ce n'est pas une raison légitime pour l'emprisonner de manière arbitraire.

Et donc, voilà, il fait l'objet, a priori, d'une forme d'instrumentalisation dans les relations, à la fois avec le Maroc et avec la France. Tout cela est relativement cynique, dommageable, et espérons qu'on pourra trouver une solution autre que purement pénale et répressive.

24:45
Présentateur

Alors, tu en parlais déjà. Si on essaye de prendre un peu de hauteur sur la politique étrangère...

24:55
Invité

Pardon, tu sais comment je réponds ? En douze temps. Donc, j'étais à mon onzième temps. Permets-moi de te répondre en fin. Vas-y, continue. Tu m'avais demandé si les termes employés étaient justes ou critiquables. Je t'ai répondu dans un premier temps que c'était une posture morale. Bon, en tant que citoyen, c'est des propos que je peux tenir. Le problème, c'est que c'est un chef d'État, le président Macron, officiellement.

Et qu'effectivement, que des postures morales soient assumées à ce point, pour condamner moralement, donc, un autre État, ou en tout cas le fustigé, non, je trouve que c'est déplacé, que ce n'est pas adéquat, que ce n'est pas adapté dans les relations diplomatiques inter-étatiques, d'État à État.

25:43
Présentateur

Est-ce qu'on peut travailler sur le plan diplomatique à la libération de Boilem sans salle sans interpeller un État homologue de cette façon ?

25:53
Invité

Oui, parce que les mots employés placent la France dans une relation verticale. C'est le président Macron qui se permet un jugement moral sur le comportement d'un autre État. Et effectivement, je ne pense pas en plus que la séquence politique historique puisse donner une quelconque marge en la matière à la France. On n'est pas en position de donner une quelconque leçon sur le comportement d'autres États eu égard, précisément, à un comportement de la France sur la scène internationale, notamment eu égard à son silence, voire à son silence complice, par rapport à son allié stratégique qui est Israël, vis-à-vis des Palestiniens de Gaza, mais aussi de Cisjordanie.

Et dès lors, encore une fois, on l'a répété, ce qui se passe en Palestine, condamne tout magistère moral des Occidentaux. Or, le fait de céder encore à ce type de réflexe, comme celui qu'on vient d'entendre, et qui renvoie également au discours du président Macron vis-à-vis des pays africains. D'Afrique de l'Ouest. D'Afrique de l'Ouest. Ah, il a dit pays africain de l'Ouest ? J'ai entendu pays africain.

27:20
Présentateur

Pays africain, mais on sait de qui il voulait parler, des interventions. Où il y a eu des interventions militaires ?

27:25
Invité

Il y a des pays africains, et je pense qu'il faut le prendre au mot, par rapport à l'imaginaire qui l'habite. Et donc, ce type de posture, c'est encore incroyable de pouvoir ne pas prendre acte, encore une fois, à la fin du magistère moral de l'Occident, eu égard finalement à ce qui l'anime aujourd'hui, puisque jamais, à savoir la loi du plus fort, ou la loi du plus fort dès lors qu'il s'agit de ces intérêts qui sont en jeu directement, ou indirectement, à travers ses alliés.

27:55
Présentateur

Et surtout que sa politique étrangère, j'allais le dire, vis-à-vis de l'Algérie, est quand même assez incompréhensible. Tu l'as touché du doigt il y a quelques minutes. Du discours assez critique sur la colonisation en 2017, à ce genre de prise de parole aujourd'hui, est-ce que tu comprends quelque chose à la position, ou du moins aux intentions d'Emmanuel Macron vis-à-vis de l'Algérie ?

28:24
Invité

Ça reflète d'abord un élément structurant chez sa personnalité, cette volonté de faire dur en même temps sur tous les sujets de manière obsessionnelle. Donc, il a à la fois déclaré qu'effectivement, ce qui avait été commis en Algérie est relevé du crime contre l'humanité, qu'on n'a jamais entendu. Alors, à l'époque, il n'était pas encore président de la République. Il était en campagne pour le premier mandat. Il n'empêche, il a quand même continué sur cette voie au début de son premier mandat, en tentant de faire un travail mémoriel avec des historiens qui ont pris leur travail au sérieux. Il faut reconnaître qu'en vérité, cette démarche n'a pas connu de prolongement en Algérie.

Les Algériens, le régime algérien n'était pas prêt à jouer le jeu d'une coopération effective à ce sujet et a rejeté d'une certaine manière la démarche d'Emmanuel Macron. Et je pense que cela a suscité une vraie frustration. Il n'a pas accepté cet échec, alors que lui, dans son esprit, il avait voulu faire les choses correctement et lancer une page nouvelle dans les relations franco-algériennes pour rentrer dans l'histoire d'une certaine manière. Car le président français qui réussira à tourner la page restera dans l'histoire.

29:54
Présentateur

C'est une revanche, puisque vous ne m'adoubez pas en tant que président qui marque l'histoire en changeant nos relations.

30:02
Invité

J'en suis persuadé, bien sûr. Je retourne totalement ma veste. Il y a une manière de sanctionner l'Algérie en se tournant notamment vers le Maroc, tout simplement. Car en fait, les rôles ont été inversés. Le début du premier mandat du président Macron avait été au contraire marqué par une glaciation des relations franco-marocaines.

Et aujourd'hui, on insiste véritablement à une inversion, à un retournement de situation, où le Maroc se retrouve dans une situation privilégiée, de partenaires privilégiés dans la région, avec l'application d'une technique transactionnelle qu'on connaît, dans la mesure où c'est, d'une certaine manière, Donald Trump qui l'a vulgarisé et qui consiste finalement à faire du donnant-donnant. Concrètement, ce donnant-donnant fut la reconnaissance plus ou moins explicite à travers une lettre au roi du Maroc signée par le président Macron de la pleine souveraineté, en tout cas de la souveraineté marocaine sur le territoire du Sahara occidental, en échange de...

Et là, je marque un silence, car entre nous, la contrepartie, car la contrepartie devait avoir, on ne la voit pas encore se matérialiser très clairement. Ça, c'est une vraie question qui se pose. Qu'a obtenu le président Macron contre la reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ? Alors, soit les choses sont encore opaques, secrètes, ce qui n'est pas totalement surprenant en matière diplomatique, mais eu égard à ce qui a été déclaré publiquement, officiellement, côté français, on aurait pu s'attendre à quelque chose, à un geste du côté du Maroc en direction de la France.

Celui-ci n'a toujours pas été à la hauteur du geste français, donc c'est une vraie interrogation. Et Emmanuel Macron n'ayant pas démontré un savoir-faire diplomatique particulièrement remarquable, on n'est pas loin, à nouveau, si c'est un nouveau camouflet, sauf à obtenir quelque chose que je ne vois pas se dessiner actuellement. Quoi qu'il en soit, quoi qu'il en soit, cet acte unilatéral de la France a eu une répercussion directe, déstructurante, sur la relation franco-algérienne, puisque l'Algérie a ressenti cette déclaration française comme un acte d'agression, tout simplement, dans la mesure où, comme tu le sais, le Maroc est le grand concurrent dans la région.

et que dans ce jeu à trois entre le Front Polisario soutenu par l'Algérie, Front Polisario étant l'organisation, le mouvement politique qui revendique la souveraineté sur le territoire du Sahara occidental, et enfin le Maroc, qui lui aussi revendique sa souveraineté sur ce territoire, la France, du fait de son poids en tant que puissance méditerranéenne et en tant que puissance diplomatique internationale, la France est membre du Conseil de sécurité, l'ONU ayant quand même son mot à dire sur le processus qui est à l'œuvre au Sahara occidental, c'est un événement extrêmement important qui a été ressenti à la fois comme une agression et aussi un affaiblissement de l'Algérie.

33:32
Présentateur

Justement, quand disent les institutions internationales, aujourd'hui ?

33:36
Invité

Elles sont plus en retrait qu'à une certaine époque, je dirais jusqu'aux années 90-2000, où l'ONU avait tenté de prendre le dossier en main, y compris avec cet objectif à la fois ambitieux et légitime, je veux dire, rationnellement parlant, lorsqu'on a à l'esprit une logique démocratique et juridique relevant de ce qu'on appelle l'État de droit. Et quel était cet objectif ? C'était l'organisation d'un référendum d'autodétermination.

Aujourd'hui, on ne le voit plus mis en avant, il n'est plus promu, cet objectif, il n'est plus, on a l'impression même qu'il devient fictif et sans assise, sans assise, dans la mesure où, incontestablement, la stratégie marocaine n'a cessé d'engranger des succès diplomatiques. je parlais de cynisme du régime algérien. On peut aussi parler de froideur, du monstre froid qui est l'État marocain en tant qu'État, tout simplement. C'est une expression de Nietzsche pour que nos concitoyens marocains, franco-marocains, ne comprennent pas mal l'expression. C'est une expression de Nietzsche pour parler des États.

Mais oui, il y a aussi un cynisme du Maroc sur ce dossier qui a fait cynisme dans quel sens ? Dans le sens où il a appliqué également une logique transactionnelle avec un certain nombre d'acteurs de puissance internationale pour faire avancer l'idée de sa souveraineté sur ce territoire avec des succès et des événements retentissants. La reconnaissance de cette souveraineté par le président Trump durant son premier mandat et la conséquence ou le prolongement avec la normalisation

35:21
Présentateur

des relations...

35:22
Invité

Avec les accords d'Abraham également, oui. Exactement. Donc, une normalisation avec Israël qui a été admise contre, finalement, une reconnaissance de la souveraineté marocaine par la première puissance mondiale. Donc, voilà, c'est en cela qu'il y a du cynisme parce que derrière, il y a un peuple marocain et on en revient à cette dualité à laquelle je suis attaché et qui fait aussi toute la doctrine de notre maître en relation internationale, Bertrand Baddy. Cette dualité entre les États et les sociétés civiles puisque la société marocaine, elle, elle est tout sauf pro-israélienne ou elle est au contraire très solidaire, elle manifeste sa solidarité avec le peuple palestinien.

Mais on voit bien que l'État marocain, lui, tient, malgré notamment tout ce qui se passe depuis le 7 octobre, tient à cette normalisation, à ce processus qui n'est pas que d'ordre diplomatique puisqu'il a des prolongements sur le plan sécuritaire, sur le plan de la coopération des renseignements marocains et israéliens, etc. et donc ce rapprochement multidimensionnel entre le Maroc et Israël est une source de déstabilisation politique et géopolitique dans la région, notamment du point de vue algérien.

36:53
Présentateur

Il faut dire aussi, il faut faire remarquer absolument que la classe politique française n'est pas unanime sur le fait d'aller au clash, disons-le très clairement avec l'Algérie. On va écouter Olivier Faure notamment qui appelle à faire attention à la question non seulement des relations avec l'Algérie mais particulièrement du cadre et du statut du Sahara occidental et la responsabilité aussi d'Emmanuel Macron dans l'escalade diplomatique entre les deux pays. On écoute.

37:29
Locuteur non identifié

La réalité du conflit entre la France et l'Algérie aujourd'hui, ce n'est pas tellement cet influenceur, dont ils se foutent complètement. La réalité c'est qu'il y a l'affaire du Sahara et le fait que la France est de manière unilatérale sans vraiment discuter avec qui ce soit après d'autres pays mais peu importe. La réalité c'est que nous avons nous une histoire particulière avec l'Algérie. Olivier Faure. La dégradation de nos relations avec l'Algérie, la faute en est à Emmanuel Macron ? La faute elle est certainement très partagée mais je dis attention aussi. Attention. attention à la relation que nous devons maintenir avec l'Algérie.

38:07
Présentateur

Tu veux réagir Bélir ?

38:09
Invité

Je remercie Olivier Faure de me permettre de rebondir de manière constructive. Il a raison de souligner le caractère unilatéral. Je dirais par définition ce type de décision qu'on appelle la reconnaissance internationale est une décision unilatérale. c'est l'une des armes juridiques dont disposent les états en tant que sujet du droit international.

38:33
Présentateur

Il y a des cas assez particuliers aussi. Les relations comme il dit aussi avec l'Algérie ne peuvent pas être prises de manière aussi banale.

38:43
Invité

Oui, c'est de la politique mais pour parler de manière plus globale la question par exemple de la reconnaissance internationale du Sahara occidental personne ne pourra la décider seul. même l'ONU. L'ONU ne dispose pas de ce qu'on appelle un pouvoir universel de reconnaissance internationale. Si le Conseil de sécurité de l'ONU adoptait une résolution chaque état a le pouvoir de reconnaître ou non l'existence d'un autre état. Et en conséquence la France lorsqu'elle reconnaît la souveraineté du territoire sahraoui en faveur du Maroc elle n'a pas à attendre ou à soumettre cette décision à l'Algérie.

Elle peut le faire de manière politique prendre en considération ses intérêts à travers ses relations avec l'Algérie mais c'est une décision souveraine et ça c'est vrai pour tout le monde. Par contre là où c'est très intéressant et ce n'est pas la question de l'unilatéralisme c'est la question de comment aujourd'hui la politique étrangère française se fait.

traditionnellement ce qui faisait vraiment la marque de fabrique de la politique étrangère de la France depuis De Gaulle c'est de mettre au cœur de ces décisions le respect du droit international et le multilatéralisme et le multilatéralisme c'est en cela que cette décision qui ne fait pas prévaloir notamment la volonté de trouver une solution consensuelle au niveau de l'ONU le fait de ne pas reconnaître aussi le principe d'autodétermination des peuples qui est consacré par le droit international c'est en cela que cette décision est transgressive et elle vient nourrir espèce de dérive qui se dessine depuis notamment aussi la guerre si j'ose dire à Gaza c'est-à-dire le fait de relativiser dans le discours français de relativiser la portée du droit international en reconnaissant notamment qu'en dépit des obligations internationales de la France vis-à-vis de la CPI et bien le Premier ministre Netanyahou bénéficiait d'une immunité en tant que chef d'État ce qui est contradictoire avec nos obligations internationales et donc là aussi on retrouve aussi dans cette décision qui minore qui met à la marge finalement ce qu'aurait dû prévaloir à savoir la prise en compte non pas des intérêts du Maroc ou des intérêts de la France mais ce que dit le droit international à savoir qu'il faut a priori chercher une solution consensuelle qui passerait par l'organisation d'un référendum d'autodétermination toutes ces considérations étaient écartées balayées au nom finalement d'une stratégie purement individualiste et transactionnelle ça c'est c'est pas que c'est nouveau parce que naturellement le rapport entre la France et le droit international est ambivalent il suffit aussi de rappeler que encore une fois la cinquième république et la politique étrangère de la France sous De Gaulle elle est née aussi à travers ou pendant pendant la guerre d'Algérie en commettant des actes de violation du droit international au moins tendant à reconnaître la protection des individus et l'autodétermination

42:31
Présentateur

aussi s'est appuyé parfois sur le droit international pour mener des guerres coloniales des interventions coloniales l'opération licorne en Côte d'Ivoire qui s'appuyait sur une décision de l'ONU mais qui n'était pas du tout transparente tu as raison

42:48
Invité

de souligner que ça peut être même une décision même lorsqu'une intervention militaire s'appuie sur une décision internationale ou un acte international il y a une ambivalence quant à sa nature mais là c'est pas la même chose tu vois c'est pas la même chose que par exemple l'intervention américaine en Irak où là par exemple il n'y a aucun mandat onusien donc elle est formellement explicitement illégale non non là ce qui est vraiment intéressant c'est vraiment cette dérive qui s'inscrit dans un mouvement global celui du monde qui se dessine sous nos yeux et qui consiste à tourner la page de cette volonté qui s'est affirmée dans un premier temps après la première guerre mondiale avec la SDN puis surtout après la deuxième guerre mondiale avec la naissance de l'ONU sa charte etc et qui consistait à dire bon premièrement la guerre est interdite désormais et deuxièmement il va falloir mettre au coeur des relations internationales le respect des règles le respect des règles ce respect des règles comme facteur de régulation des rapports entre les états c'est ça qui est en train de s'effondrer sous nos yeux en ayant à l'esprit la première des règles qui est là le respect de la souveraineté des états l'Ukraine en a payé le prix les Sahraouis alors même si c'est pas un état voient leur autodétermination en tant que prétention et droit consacré par le droit international méconnu méprisé par les grandes puissances États-Unis et désormais la France donc c'est vraiment une nouvelle page des relations internationales qui débute sous nos yeux et c'est assez vertigineux

44:29
Présentateur

alors en 2027 il y aura un changement de pouvoir en France on peut le dire clairement puisqu'Emmanuel Macron ne pourra pas se représenter les tendances nous donnent quand même l'extrême droite

44:41
Invité

un nouveau Macron est possible comme dirait l'autre

44:42
Présentateur

un nouveau Macron est possible mais on assiste quand même à une droitisation une extrême droitisation de la vie politique et au-delà même en France et Marine Le Pen pourrait arriver pourrait très bien arriver au pouvoir est-ce qu'on assistera à une inflexion à un changement dans cette politique étrangère vis-à-vis de de l'Algérie ?

45:05
Invité

Alors je ne m'attendais pas à cette question tu as réussi à faire le lien mais c'est très bien vu en t'écoutant j'ai cette information qui me vient à l'esprit le Rassemblement national a obtenu la présidence du groupe d'amitié France-Maroc à l'Assemblée nationale et là aussi ça s'inscrit dans une histoire premier élément présider un tel un tel groupe d'amitié c'est une manière encore une fois de se positionner contre l'Algérie et deuxièmement il y a de bonnes relations entre le Front national historique canal historique et le Maroc le Maroc du roi Hassan II il y a des images qui ont refait surface d'une rencontre entre Hassan II et Jean-Marie Le Pen et depuis cette rencontre qui date du début des années 90 les relations sont cordiales ou en tout cas neutres donc il y a véritablement un élément qui est très intéressant parce qu'il renvoie à des débats sur la nature cette fois-ci de l'identité marocaine qui est complexe qui est intéressante parce que complexe parce que du côté je pense que cette position du RN elle s'explique d'abord encore une fois à travers son positionnement contre l'Algérie mais du côté marocain il y a depuis au moins Mohamed V cette volonté de cultiver une identité de trait d'union entre des civilisations et des mondes différents et c'est fait assez habilement je dois le reconnaître notamment en ne rejetant pas l'Occident et tout en s'ouvrant à l'Afrique noire il y a cette pour un pays maghrébin ça mérite d'être souligné cette volonté de reconnaître son africanité même dans l'identité marocaine outre la question berbère naturellement tout en s'inscrivant naturellement dans l'espace maghrébin donc il y a cette faculté du Maroc à cultiver une identité complexe que je trouve intéressante d'autant plus qu'elle se traduit sur le plan diplomatique et là ça devient encore plus intéressant parce que ça se traduit effectivement par une volonté de ne pas ça s'est traduit notamment même durant la guerre froide à ne pas céder à l'appel du pied de l'Union soviétique à se tourner plutôt franchement vers les Etats-Unis et l'Europe je rappelle que le Maroc d'Assane II également avait émis l'idée et exprimé la volonté d'adhérer aux communautés européennes en voyant une forme de cohérence géoculturelle c'est intéressant mais tout ça pour souligner qu'il y a une dimension identitaire dans aussi la démarche diplomatique du Maroc qui naturellement est un pays arabe musulman mais pas seulement et qui cultive sa complexité et essaye de la traduire du point de vue diplomatique pour justifier une forme d'ouverture et qui peut parfois aussi nourrir une fracture entre cette politique de l'Etat cette politique internationale de l'Etat marocain et de l'autre l'identité profonde de la société civile marocaine qui elle quand même reste attachée à la fois fondamentalement aux traditions arabo-musulmanes

48:41
Présentateur

En tout cas aujourd'hui le rassemblement national se montre hostile et appelle même Emmanuel Macron à être encore plus ferme vis-à-vis de l'Algérie je te propose d'écouter un député rassemblement national Jean-Philippe Tanguy qui s'engouffre évidemment dans la brèche

48:58
Locuteur non identifié

Il y a des rétorsions immédiates à prendre contre l'Algérie que le rassemblement national Marine Le Pen propose depuis longtemps suspension de tous les visas suspension de l'aide au développement et comment dire suspension aussi s'il le faut des flux financiers de la diaspora algérienne en France c'est-à-dire tout l'argent que les immigrés algériens renvoient dans leur pays on peut les suspendre du jour au lendemain par un claquement de doigts si on veut Il faut préciser les choses Il est algérien il n'est pas français

49:24
Invité

il est algérien d'Oilem il n'a pas la nationalité française il n'a qu'un droit de séjour un titre de séjour en France

49:31
Locuteur non identifié

Bien sûr mais on ne peut pas forcer la frontière algérienne ça ça n'existe pas tout ce que l'on peut faire c'est prendre des mesures très dures contre le régime algérien Mais vous ne feriez rien de plus vous seriez aussi vous

49:40
Invité

contraint finalement de le récupérer et de le mettre dans un centre de rétention administratif

49:43
Locuteur non identifié

Le récupérer c'est une chose ne pas prendre immédiatement depuis longtemps des mesures de rétention très dures contre l'Algérie notamment des mesures financières dire le régime algérien est un régime faible c'est pour ça que vous parliez de ça tout à l'heure Madame de Malherbe c'est un régime qui ne vit partiellement que de l'argent que la France lui verse soit sous l'aide de l'aide au développement soit sous l'aide d'un certain nombre d'importations dont on coupe les aides soit surtout sur les flux financiers

50:07
Présentateur

Alors Belir aussi légitime que soient les appels d'Emmanuel Macron à la libération notamment de Boilem Sansal on le voit bien que l'extrême droite est toujours à l'affût pour récupérer ce genre d'affaires et en faire une question très identitaire très marquée dans sa ligne politique anti-migratoire anti-tout ce qui vient du Sud et précisément sur l'Algérie il y a eu une hystérisation de la part de l'extrême droite

50:36
Invité

Oui on l'a dit l'extrême droite française contemporaine s'est construite sur l'Algérie française ce qui se traduit aujourd'hui par cette réalité laquelle c'est la poursuite de la guerre d'Algérie par d'autres moyens que la guerre c'est ça à quoi on assiste aussi dans notre vie publique la guerre d'Algérie n'est pas terminée elle habite trop de responsables politiques alors tu cites l'extrême droite franchement si c'était que l'extrême droite ça serait pas si grave ça serait circonscrit en réalité c'est beaucoup plus diffus c'est complètement diffus et c'est peut-être ça qui est le plus le plus dommageable c'est que cette diffusion de cette guerre d'Algérie qui continue habite trop d'esprit parmi nos concitoyens alors tu soulignes cette responsabilité des membres de l'extrême droite qui exploitent à souhait ce type d'affaires bon ils sont opportunistes ce sont des animaux politiques comme disait Aristote on ne pouvait pas en attendre mieux je pense par contre permets-moi aussi à nouveau de souligner la responsabilité du régime algérien parce qu'il n'est pas sans méconnaître la situation de la vie publique de la vie politique en France il n'est pas sans méconnaître l'image les représentations qui pèsent sur les binationaux en particulier des Algériens ou des Franco-Algériens et on ne peut pas dire qu'ils prennent véritablement en compte cet aspect pour tenter de les réconforter d'une certaine manière au contraire sa stratégie nourrit finalement cette tension et l'imaginaire nauséabond qui pèse sur cette sur cette population associée finalement à tout ce qui peut s'approcher de plus loin l'insécurité c'est ça en vérité qui se joue et je trouve que là il y a une part de responsabilité également à souligner et donc je le fais Merci beaucoup

52:45
Présentateur

Bélire pour ton analyse pour cette chronique cette nouvelle chronique très passionnante sur les relations Franco-Algériennes Sous-titrage Société Radio-Canada