Militaires : les tribunes et les manœuvres #cdanslair 10.05.2021
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 15 %Attaque 55 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 2:03OuverteRéponse directe
Que dit cette deuxième tribune ? Est-elle très différente de la première ?
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Cette phrase à laquelle vous faites allusion, peut-être qu'il faut s'y arrêter un instant.
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Françoise Presseau, sur le contenu de cette deuxième tribune, ce qui est intéressant, c'est de voir qu'il y a eu des menaces de sanctions.
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Dominique Reynier.
- 8:30RelanceRéponse directe
Qu'est-ce que vous voulez dire ?
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Votre avis, Jérôme Fourquet, sur cette tribune, je précise, on parlait du contenu même de cette deuxième tribune, et on le redit qui est anonyme.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:48InvitéFait
« Il est dit que les militaires français, on leur a interdit de porter l'uniforme pour, en quelque sorte, les séparer des Français, alors qu'ils sont acclamés les 14 juillet par les Français. »
- 3:56InvitéFait
« La seconde fake news, c'est d'expliquer que ce gouvernement, comme les précédents, ferait des concessions au salafisme. »
- 11:30InvitéChiffre
« 86% des sondés adhèrent à l'idée que certaines villes et quartiers ne voient plus les lois de la République être appliquées. »
- 11:33InvitéChiffre
« 84% que la violence augmente de jour en jour, 73% que le pays se délite, et 45% que la France connaîtra prochainement une guerre civile. »
- 13:25InvitéChiffre
« Il serait cette fois 2 000 signataires, tous militaires en activité. »
- 14:12InvitéChiffre
« L'appel, sous forme de pétition, a recueilli plus de 150 000 signatures en 24 heures. »
- 15:55Locuteur non identifiéFait
« Nous avons décidé d'engager les procédures visant à leur radiation. »
- 16:03InvitéFait
« Le code de justice militaire section 8 prévoit des sanctions pénales. Tout acte contraire au devoir ou à la discipline est puni de deux années de prison. »
- 17:00Locuteur non identifiéChiffre
« Plus de 1000 véhicules griffons. »
- 37:00Locuteur non identifiéChiffre
« Selon l'IFOP, les militaires et policiers ont voté environ 40% pour Marine Le Pen au premier tour en 2017. »
- 36:59Locuteur non identifiéChiffre
« Selon l'IFOP, les militaires et policiers ont voté environ 40% pour Marine Le Pen au premier tour en 2017. »
- 40:45InvitéChiffre
« C'est 4 membres des forces de sécurité sur 10 d'après les estimations qu'on a pu faire. »
- 44:58InvitéFait
« Le général Lecointre a dit qu'il y aurait une commission particulière pour examiner les cas un par un. »
- 45:11InvitéFait
« Il y a quelques militaires d'actifs qui ont signé de leur nom la première tribune. »
- 45:33InvitéFait
« Ils ont retrouvé pleinement la liberté de citoyen même s'ils signent avec leur grade en retraite. »
- 49:57InvitéFait
« Je pense qu'il y a une manipulation politique : on est à quelques mois des élections et cette immense usine à gaz qui est montée par le Front National accouche d'une petite souris judiciaire. »
- 50:08InvitéFait
« En 2020, avec 145 acquittements à son actif, le ténor du barreau devient garde des sceaux sous Emmanuel Macron. »
- 53:43InvitéChiffre
« On a entre 70 et 80% de la population qui considère que la justice est trop laxiste aujourd'hui en France. »
- 56:57InvitéChiffre
« Depuis le 11 mars 2012, il y a 294 personnes qui ont été assassinées en France par des terroristes islamistes. »
- 57:44PrésentateurFait
« Les Français vivent côte à côte, demain ils pourraient vivre face à face. »
- 58:21InvitéFait
« Nous menons une guerre contre le trafic de drogue et les policiers sont des soldats. »
- 1:00:56InvitéChiffre
« Les militaires avec leurs 200 000 pauvres hommes qui vont régler le problème en les mettant sur tout le territoire. »
Temps de parole
- Invité58 %
- Présentateur19 %
- Invité 215 %
- Locuteur non identifié2 %
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Bonsoir à toutes et à tous, nous attendons vos questions, SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion. Les menaces de sanctions n'ont pas suffi à les faire taire. Les militaires ont remis ça, une nouvelle tribune, publiée une nouvelle fois dans Valeurs Actuelles, comme une deuxième salve, mais cette fois-ci anonyme, signée par des militaires qui se présentent comme la génération du feu. Le constat est le même, un pays qui serait en plein délitement, englué dans la violence, l'islamisme, la haine de la France, un pays qui serait, disent-ils, au bord de la guerre civile. L'état-major a mis en doute le nombre et la qualité des signataires.
Le ministre de l'Intérieur dénonce de son côté ces anonymes qui manquent de courage et une manipulation politique. En tout cas, ce propos intervient dans un moment où l'actualité est saturée de faits divers et d'émotions, après la mort notamment du brigadier Éric Masson à Avignon. Alors que dit concrètement cette tribune ? Peut-elle devenir plus qu'un coup de colère ? Les militaires sont-ils instrumentalisés, si c'est le cas par le Rassemblement National ? Que craint l'Elysée ? Militaires, les tribunes et les manœuvres, c'est le titre de cette émission.
Avec nous pour en parler ce soir, Dominique Reynier, vous êtes politologue, directeur général de la Fondapol, la Fondation pour l'innovation politique. Avec nous ce soir également, Françoise Fressoz, vous êtes éditorialiste au quotidien Le Monde. Je rappelle votre dernier édito, déstabiliser la droite, reprendre le contrôle du terrain. Emmanuel Macron n'attendra pas septembre pour entrer en campagne. Et puis le monde qui fait sa une aujourd'hui avec ce titre dédiabolisé, Marine Le Pen bute sur la crédibilité. Avec un sondage que nous commenterons également ce soir. Jérôme Fourquet, vous êtes le directeur du département Opinion de l'Institut de sondage IFOP.
Je rappelle l'archipel français publié aux éditions du Seuil. Enfin, Pierre Servan, vous êtes expert militaire, consultant défense pour France Télévisions. Je cite votre dernier livre, 50 nuances de guerre, publié aux éditions Robert Laffont. Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à ce C'est dans l'air en direct. Je vais commencer avec vous, Pierre Servan. Que dit cette deuxième tribune ? Est-elle très différente de la première ? J'imagine que vous avez lu très attentivement les deux.
Oui, j'ai lu les deux. La première tribune, on sentait qu'elle avait été écrite sur un coin de table. Elle était très mal écrite. Le propos principal, c'était de dire qu'on allait tout droit à une guerre civile et que l'armée d'actifs serait obligée de s'engager. Donc, c'est une tribune qui aurait dû passer assez inaperçue, à mon sens, compte tenu de ses limites intrinsèques du côté extrêmement polémique. Celle qui est aujourd'hui sortie est plus structurée, elle est plus longue, mais elle est tout aussi étroite et contestable, parce que c'est un propos qui est assez politique et qui me semble imprégné de deux choses. Ce sont deux choses que l'on retrouve fréquemment sur les réseaux sociaux.
D'une part, les insultes, puisque ceux qui n'étaient pas d'accord avec la première tribune, notamment les responsables politiques, sont traités de félons, de lâches, de fourbes. Et puis, par ailleurs, elle contient un certain nombre de fake news, d'informations fausses, pour soutenir le propos. Je pourrais le détailler éventuellement. Par exemple, allez-y, allez-y. Eh bien, deux points notamment. Il est dit que les militaires français, on leur a interdit de porter l'uniforme pour, en quelque sorte, les séparer des Français, alors qu'ils sont acclamés les 14 juillet par les Français. Ce que je peux tout à fait confirmer pour commenter les 14 juillet depuis très longtemps.
En fait, cette interdiction de porter l'uniforme dans la rue n'est pas du tout destinée à séparer l'armée du peuple. Elle était tout simplement destinée à éviter que des militaires en uniforme dans la rue, dans les transports en commun, puissent se faire attaquer par des djihadistes. Donc, ce n'est pas du tout une volonté de séparer les militaires du peuple. C'est absurde. La seconde fake news, c'est d'expliquer que ce gouvernement, comme les précédents, ferait des concessions au salafisme.
Or, je crois que ce qu'on peut constater dans le dernier projet de loi, dans le discours général qu'on peut entendre de la part des politiques depuis un certain temps, c'est au contraire un combat très engagé contre le salafisme, qu'il soit politique ou djihadiste. Regardez les polémiques autour de la position prise par Mme Duval, la ministre de l'Enseignement supérieur, sur la recherche de postures, comment dirais-je, islamo-gauchistes dans l'université, qui a suscité beaucoup de débats. Tout ça ne ressemble pas du tout à une sorte d'abandon de terrain face au salafisme.
Donc, c'est une tribune très marquée, et je le regrette beaucoup parce que ces militaires se tirent une balle dans le pied, très marqués par ce qu'on le trouve très fréquemment dans les réseaux sociaux.
Au-delà des militaires, il y a une partie de la classe politique, Pierre Servan, qui embrasse ce discours-là, considérant qu'on ne fait pas suffisamment pour lutter contre l'islamisme radical. Cette phrase à laquelle vous faites allusion, peut-être qu'il faut s'y arrêter un instant. On rappelle que cette tribune est anonyme. Ce sont des propos qui sont publiés par Valores Actuelles, mais c'est une tribune anonyme. « Afghanistan, Mali, sans trafic ou ailleurs, un certain nombre d'entre nous ont connu le feu ennemi. Certains, ils lui ont laissé des camarades. Ils ont offert leur peau pour détruire l'islamisme, auquel vous faites des concessions sur notre sol.
» Voilà la phrase telle qu'elle est citée. Françoise Presseau, sur le contenu de cette deuxième tribune, je le disais en débutant l'émission, ce qui est intéressant, c'est de voir qu'il y a eu des menaces de sanctions. Certaines ont peut-être même été mises en application. Ça, vous me direz tout à l'heure, Pierre Servan. Mais c'est aussi une réponse à l'émoi que ça a suscité dans la classe politique et au sein de l'exécutif.
Oui, mais moi, ce que je voudrais quand même souligner, c'est quand même la démarche curieuse de Valores Actuelles qui publie une tribune d'anonyme. Vous êtes journaliste, je suis journaliste. Quand vous recevez une tribune d'anonyme, en général, vous ne publiez pas parce qu'elle n'a pas de valeur. C'est-à-dire que si ce sont des anonymes, ça peut être n'importe qui. Du coup, je suis assez perturbée par l'initiative parce qu'au fond, que cherche Valores Actuelles ? Qui sont vraiment ces signataires ? Existe-t-il en nombre ou pas ? Et quelle est la visée profonde de cette manœuvre-là ? Il y a quand même une énorme interrogation.
L'autre chose qui me frappe, c'est qu'il y a beaucoup dans les phrases que je vois dans cette deuxième tribune, les mêmes mots que Marine Le Pen. Le chaos, la violence. Au fond, l'idée, c'est que si on n'agit pas, le chaos va se propager tout seul. Et à ce moment-là, l'armée sera obligée d'intervenir parce qu'on n'aura rien fait. Et donc, vous avez toute une rhétorique où vous demandez au fond combien sont-ils, que cherchent-ils et qui est derrière eux ? Est-ce que c'est une initiative spontanée ? Est-ce que c'est manipulé par l'extrême droite ? Est-ce que c'est manipulé par Marine Le Pen ?
Et donc, vous avez toutes ces séries de questions qui, au fond, sont extrêmement dérangeantes, même pour elle, d'ailleurs. C'est-à-dire, au fond, elle a cherché à la fois à incarner l'apaisement et en même temps, on voit bien qu'elle appuie, en tout cas dans la première tribune, elle appuie, elle dit aux militaires, écoutez, ce n'est pas la peine de faire un putsch, je suis là, le débouché politique, il est chez moi. Mais c'est quand même extrêmement inquiétant de voir tout un corps qui, au fond, qui est déstabilisé et qui fait une pression sans montrer son visage.
L'État-major des armées a des doutes très sérieux sur le nombre et la qualité des signataires. C'est précisément ce que vous exprimez ce soir. Ça ne remet pas en cause l'autre qui était effectivement signé. Ce qu'ils expliquent dans cette tribune, c'est que s'ils ne peuvent pas le faire à visage découvert, c'est qu'ils craignent, puisqu'ils sont des militaires d'actifs, des sanctions disciplinaires. Dominique Reynier.
Oui, ce que disait Françoise François, c'est très important, parce que la deuxième tribune, en effet, n'a peut-être aucune valeur, au fond, de signification en tout cas. Et elle a, à mon avis, un effet problématique qui est d'écraser la séquence précédente, au cours de laquelle, avec une tribune, cette fois-ci signée, dont on a déjà parlé, on a pu avoir des mesures de l'opinion qui permettaient d'enregistrer les réactions de l'opinion. Et on a eu un soutien, en réalité, très puissant de l'opinion. Et moi, je pense qu'il faut distinguer, en fait, les deux dimensions. Il y a la dimension militaire ou pseudo-militaire.
Et puis, la dimension qui est celle de l'opinion, la réaction qu'a l'opinion devant ce qui est supposé être militaire, et qui est une réaction d'approbation, d'empathie, de compréhension. Et ça, ça me paraît être un événement considérable.
Qu'est-ce que vous voulez dire ? Ça veut dire que parce que c'est écrit par les militaires, c'est pris en considération, et, puisqu'on en parle ce soir, ça trouve un écho au sein de la population française, au sein des Français ?
Oui, il y a un écho à ce qu'une bonne partie de la société française ressent, redoute, ce qui la préoccupe, ce qu'elle ne comprend plus. Et ça a été, d'ailleurs, vous l'avez dit, ça a été, je dirais, signifié de façon tragique par la mort de Stéphanie Montfermé et à Avignon du policier Éric Masson, pardon, j'ai son nom, Éric Masson, c'est-à-dire, au fond, la mise en scène de forces de l'ordre qui sont elles-mêmes soumises à l'insécurité. Et donc, l'idée assez logique face à un tel drame, que les forces qui sont chargées de nous protéger ne sont elles-mêmes pas sûres de leur propre sécurité. Donc, cela fait appel immanquablement à l'idée d'une force supérieure qui ne peut être que l'armée.
Et il me semble qu'il ne faut pas confondre l'adhésion de l'opinion au contenu du discours avec l'adhésion de l'opinion à l'idée qu'il faut recourir à des forces plus grandes pour être sûr d'en finir avec cette violence. Ce sont deux choses différentes, je crois.
Votre avis, Jérôme Fourquet, sur cette tribune, je précise, on parlait du contenu même de cette deuxième tribune, et on le redit qui est anonyme, ils disent, nous sommes aussi les soldats de Sentinelle. Et nous avons pu aller dans cette France où certains quartiers ont été abandonnés, où on a abdiqué face à la délinquance. C'est en gros une espèce d'état des lieux qu'ils font aussi du pays.
Oui, alors bien évidemment, on est dans un contexte très particulier. Nous avons des élections régionales dans deux mois, une élection présidentielle dans un an, donc on ne peut pas écarter des éventuels calculs politiques ou des tactiques politiciennes. Mais comme le disait Dominique Régnier, il faut aussi prendre en compte la teneur du message qui est envoyé et l'écho qu'il a rencontré dans le pays. Toute une partie de la population considère ces militaires comme quelque part des lanceurs d'alerte, qui sont en première ligne, sans mauvais jeu de mots, pour être tout à fait conscients des réalités qui taraudent notre pays.
Vous le rappeliez, ce n'était pas présent dans la première tribune, c'est présent dans la seconde. Ils font référence à l'opération Sentinelle qui par rotation d'unité envoie régulièrement des milliers de militaires français patrouillés dans les rues de nos villes et de nos quartiers, protégés des lieux de culte, des lieux sensibles, et du coup, met aussi en contact une partie de cette armée d'actifs avec toute une série de mots, MAUX, de la société française. Et c'est ça aussi qui est retranscrit dans cette tribune.
Et Dominique Régnier faisait référence à un sondage qui a été réalisé par nos confrères d'Aris Interactive après la publication de la première tribune, dont les résultats étaient très très décoiffants, si je puis dire. 86% des sondés adhèrent à l'idée que certaines villes et quartiers ne voient plus les lois de la République être appliquées. 84% que la violence augmente de jour en jour, 73% que le pays se délite, et 45% que la France connaîtra prochainement une guerre civile. Donc il y a bien évidemment, sans doute, un agenda politique chez une partie des auteurs de ces deux tribunes. Mais le fait est qu'elle rencontre un véritable écho.
Et voici, nous, dans nos enquêtes, aujourd'hui, la société française est traversée par deux spectres qui la hantent. À gauche, c'est celui de l'effondrement climatique. Et donc, nous avons eu les marches climat hier. Et à droite et à l'extrême droite, c'est le spectre de la guerre civile dont on a parlé dans ces tribunes et qui rencontre un écho dans à peu près la moitié de la population. On ajoute à cela le fait que le gouvernement et le président de la République en particulier souffrent aux yeux de toute une partie de l'opinion publique d'un déficit de légitimité ou de crédibilité sur les questions régaliennes.
Et donc, ce cocktail produit un effet tout à fait détonnant et tout à fait déstabilisant dans la période très singulière que nous traversons.
En tout cas, ils ne sont pas rentrés dans le rang trois semaines après la tribune des généraux. Ce sont cette fois-ci des militaires d'actifs anonymes qui sonnent l'alerte dans une nouvelle tribune publiée par Valeurs Actuelles. Aujourd'hui, abandon des banlieues, accommodements avec la délinquance, concession à l'islamisme. Ils évoquent un risque de guerre civile. En France, l'exécutif hausse le ton, dénonce la manœuvre. Romain Besnenou, Laura Radeau avec Arnaud Faura.
Il serait cette fois 2 000 signataires, tous militaires en activité. Dans une nouvelle tribune publiée par Valeurs Actuelles, ces soldats anonymes déplorent l'effondrement et la déchéance de la France, le communautarisme et l'islamisme auxquels l'exécutif ferait des concessions. Presque tous, nous avons connu l'opération Sentinelle.
Nous y avons vu de nos yeux les banlieues abandonnées, les accommodements avec la délinquance.
Et comme dans la première tribune parue il y a 15 jours, ils alertent sur le risque d'une guerre civile.
Oui, si une guerre civile éclate, l'armée maintiendra l'ordre sur son propre sol, parce qu'on le lui demandera. C'est même la définition de la guerre civile. Personne ne peut vouloir une situation aussi terrible. N'osénez pas plus que nous, mais oui, de nouveau, la guerre civile couvre en France et vous le savez parfaitement.
L'appel, sous forme de pétition, a recueilli plus de 150 000 signatures en 24 heures. Une tribune aux accents patriotiques, offensive envers l'exécutif et dont nul ne connaît les auteurs. Le gouvernement y voit une manœuvre politique.
C'est ça le courage ? D'être anonyme ? Donc, arrêtons les tergéversations politiques. Manifestement, c'est à quelques semaines du premier tour d'élection régionale et à quelques mois du premier tour de la présidentielle, une grossière manœuvre d'impression qu'il y aurait ici des radicaux qui pourraient aider le Front National à gagner des élections.
Quand on veut être courageux, on donne son nom. Alors, qui sont ces militaires qui agacent tant la majorité ? A l'origine de la première salve au mois d'avril, cet homme, Jean-Pierre Fabre Bernadac, ex-capitaine de gendarmerie et ancien chef du service d'ordre du Front National. Ça, c'est mon képi. Alors, il est tout vieux, il est tout... Mais j'y tiens, quand même. C'est quelque chose qui a traversé des âges avec moi. Son texte, virulent, soutenu par des militaires à la retraite, est interprété par certains comme un appel à l'insurrection. Cette tribune n'est pas pour aller faire demain, descendre dans la rue avec une kalachnikov.
Ce qu'on veut, c'est devenir une espèce de lobby, une espèce de force qui nous permettra un jour de dire à des politiques, quels qu'ils soient, pour nous, vous vous trompez. Vous vous trompez, vous n'allez pas assez loin, vous n'avez pas vu ça, vous vous trompez. La grande muette sort du silence, en partie en tout cas, et risque gros. Le chef d'état-major et la ministre des Armées montent au front et promettent des sanctions.
Nous avons décidé d'engager les procédures visant à leur radiation.
Pour les soldats d'actifs qui se seraient exprimés, le code de justice militaire section 8 prévoit des sanctions pénales. Tout acte contraire au devoir ou à la discipline est puni de deux années de prison. Face à la polémique, la réponse du chef de l'État se veut symbolique. C'était samedi, lors des commémorations du 8 mai 45. Emmanuel Macron a discuté de longues minutes, entouré de ses chefs d'état-major, au pied de l'arc de triomphe. Autre mise en scène, autre ambiance. Gabriel Attal et Florence Parly ont rencontré les militaires du camp de Versailles-Satori. Fusils d'assaut, drones, blindés. L'inspection du nouvel armement commandé par l'État s'est transformée en opération séduction.
Vous avez entendu les volumes de livraison qui sont attendus. C'est considérable. Plus de 1000 véhicules griffons.
Avec ce président de la République, c'est un investissement sans précédent pour nos forces armées. Et c'est vrai que c'est important de le dire et de le montrer. L'armée recherche les militaires en activité qui auraient participé aux appels lancés dans Valeurs Actuelles. Mais cet après-midi, l'État-major dit avoir de sérieux doutes sur l'existence et la crédibilité des signataires.
Je voudrais avoir votre sentiment, Pierre Servan, sur les images qu'on vient de voir d'Emmanuel Macron entouré des chefs d'État-major pour la cérémonie du 8 mai. Vous qui avez l'habitude de ces cérémonies-là, cette image-là, est-ce qu'elle est classique ? Ou est-ce que vous y voyez un message envoyé à ces signataires de tribune ?
– Alors, il y a un message par le plan qui a été fait au-dessus. C'est-à-dire, on voit bien ce cercle autour du président-chef des armées. Là, très clairement, il y a un message qui est envoyé pour dire la cohésion de tous les grands commandeurs, les chefs d'État-major autour du président. Très clairement, on est dans cette communication. Et ce qui est dit également, c'est que, enfin, ce qui est souligné, c'est que l'armée n'est pas fracturée, fractionnée, et on n'est pas à la veille d'un coup d'État ou d'un putsch militaire. Donc, c'est cette image d'unité nationale qui est rappelée.
Et c'est important parce que jusqu'à ces tribunes, encore une fois, il faudra regarder de plus près les signataires et comment elles ont été manipulées ou non, puisque le général Benteja, ancien chef d'État-major des armées, très respecté parmi les militaires, a parlé ce soir dans le site du Point d'une manipulation de ces militaires. Donc, il faudra regarder de plus près. Mais le message, c'est que l'armée, c'est l'armée de la nation. C'est une armée unie qui est soumise au pouvoir politique parce que nous sommes en démocratie. Et ce n'est pas une armée ou une fraction d'armée pour des projets idéologiques.
Cette question qui vous est posée aussi en tant que chef des armées Macron ne doit-il pas s'exprimer ? Bruno, dans le Val-de-Marne pour vous, Pierre Servant. Alors, il s'est exprimé à sa manière, en image, mais il ne souhaite pas réagir plus directement. Et c'est une façon de rappeler qu'il est le chef des armées. Donc, ces tribunes, en réalité, c'est à Emmanuel Macron qu'elle s'adresse.
Oui, puisque d'ailleurs, c'est la seconde, très clairement, le président de la République est en tête des destinataires, parce qu'après, il y a les ministres, les parlementaires, les chefs militaires. Mais toute la difficulté, c'est de, en réagissant, c'est de donner de l'importance à quelque chose qui, à mon sens, n'en a pas en tant que manifestation politique d'anciens militaires ou de militaires d'actives, si ces militaires d'actives ont véritablement signé cela. Ce qui est important, ça a été souligné déjà dans le débat, c'est de voir quel est l'écho en termes de sensibilité patriotique qui serait froissé depuis un certain temps. Là, le politique doit regarder cela.
Mais la tribune elle-même, d'ailleurs, le général Binteja, dit à ces militaires, arrêtez, pardonnez-moi, il ne le dit pas comme ça, mais en gros, c'est arrêtez de décloner, rentrez dans le rang. Et par ailleurs, ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas discussion à voir sur les communautarismes et un certain nombre de choses. L'autre chose aussi qui est très bien montrée dans votre reportage et qui est très juste, c'est que le paradoxe, c'est que depuis le début de la présidence Macron, le budget de la défense est au rendez-vous et à un niveau très important.
Mais vous qui connaissez ça parfaitement, Pierre Servan, on voit par exemple que la police est traversée d'état d'âme, de colère, de doute. Certains ont posé les menottes, on les a vues ces images-là. Est-ce que c'est aussi ça, et on va parler de l'écho que ça peut trouver dans l'opinion, mais au sein même de l'institution militaire, est-ce qu'il y a une colère qu'on refuserait de voir et qui s'exprime par le biais de ces tribunes ?
Il y a deux choses. Cette armée d'actifs, qui est une armée jeune, une armée professionnelle, c'est une armée de jeunes. Les termes de la tribune, ce ne sont pas des termes de militaires jeunes. Donc le corps militaire aujourd'hui, il est engagé en opération sur différents théâtres, il fait son métier, il voit que les matériels sont au rendez-vous, il n'y a pas d'état d'âme. En revanche, ce qui est vrai, c'est que vous avez des militaires et des civils, ça a été dit par Jérôme Fourquet, qui sont chamboulés, qui sont heurtés, qui sont blessés par toute une série de discours anti-patriotiques, anti-France, entre guillemets, depuis un certain temps, et ça les choque profondément.
Ça les choque d'autant plus qu'en 2015, après les attentats de 2015 et ceux qui ont suivi, vous avez eu au contraire un très fort regain de patriotisme et les militaires, les policiers notamment, étaient regardés différemment. Et là, depuis un certain temps, vous avez une espèce d'agressivité dans certains discours et sur les réseaux sociaux, et j'y vois, je termine par là, un effet Covid. Je trouve qu'il y a globalement dans notre société, sur toute une série de sujets, beaucoup d'agressivité, et on le voit notamment sur le thème qui nous occupe aujourd'hui.
Je voudrais vous poser une dernière question, ensuite on fera tourner la parole sur le même thème, mais on a bien, on se souvient quand même que ça avait été très compliqué entre Emmanuel Macron, même s'il avait remonté les Champs-Elysées avec une commande car, en arrivant aux responsabilités, c'est d'abord une prise de bec avec le général de Villiers qui a marqué son entrée en fonction, général de Villiers qu'on a retrouvé en auteur de livres, alors je ne sais pas si ce sont des livres à succès, mais avec une prétendue ambition présidentielle, il y a une relation qui n'est pas totalement apaisée entre Emmanuel Macron et les militaires.
– Alors c'est plus compliqué que ça. – Alors allez-y. – Les livres sont des livres à succès du général de Villiers, il est même devenu un peu la vedette des Gilets jaunes, qui ont considéré que c'était le premier des Gilets jaunes. Il y a eu manifestement de la part du très jeune chef des armées, premier chef des armées de la Ve République à n'avoir jamais revêtu l'uniforme, une maladresse très très forte vis-à-vis du général de Villiers. J'étais présent comme d'autres personnes quand le président de la République a entre guillemets remonté publiquement les bretelles du général de Villiers pour avoir trop parlé.
C'était une erreur manifeste, et un homme comme le général de Villiers ne pouvait que déposer le képi. Donc ça a créé une certaine frustration, un certain agacement. Mais très honnêtement, depuis, ce n'est pas le son de cloche que je ressens, les militaires ne sont pas rancuniers, ils font les militaires d'actifs, ceux qui sont engagés. Ils regardent les moyens qu'ils ont, les missions qu'ils ont à remplir, et ils avancent, ils ne sont pas là à ressasser ce qui a pu se passer en 2017, même s'ils ont beaucoup d'estime pour le général de Villiers.
– En tout cas, le discours du gouvernement, de l'exécutif, était extrêmement clair. C'était envoyé, déjà dans les médias, le chef d'état-major des armées, pour demander de calmer le jeu. Et puis, la menace de sanctions,
on ne prend pas ça à la légère. – On ne prend pas ça à la légère, parce que je pense qu'effectivement, même s'il n'y a pas de problème fondamental dans l'armée, je pense que c'est ce qui se renvoie à l'extérieur. C'est-à-dire, c'est l'autorité du chef de l'État, un malaise dans l'armée, et au fond, un malaise qui est d'autant plus difficile à encaisser de la part du pouvoir, qu'au fond, ils ont fait un gros effort sur la loi de programmation militaire. Il y a eu une augmentation des crédits, à la fois pour les équipements, mais aussi pour la vie quotidienne du soldat.
Et au fond, ce qui est très paradoxal dans ce quinquennat, c'est qu'au fond, l'armée donne l'impression de grenier au moment où elle reçoit, au moment où même le ministre de la Défense est là pour dépenser les crédits qu'on lui a donnés pour qu'il y ait une amélioration de la vie quotidienne.
Ce n'est pas du tout leur sujet dans cette tribune, il n'y en a pas un mot.
Ce n'est pas du tout leur sujet. Mais donc, si vous voulez, pour Emmanuel Macron, qui va aborder des élections présidentielles avec un déficit d'autorité, peut-être parce qu'il y a eu au départ cette affaire avec Pierre de Villiers, c'est-à-dire, au fond, c'est moi le chef et l'armée qui se remit. Pierre de Villiers, il est quand même parti sous les honneurs militaires, en démissionnant cinq jours après le 14 juillet. C'était déjà vécu comme une fronde. Et c'était déjà vécu comme une fronde. Donc, il y a quand même ce différent symbolique à récupérer. Et il y a cette idée qu'au fond, il ne faudrait pas que l'armée lâche.
Et c'est pour ça que la tribune, elle est très ambiguë, c'est-à-dire qu'elle est sur un terreau qui est difficile pour le chef de l'État. Mais on a l'impression que, si la tribune devient aussi trop factueuse, ça va se retourner contre ses auteurs. parce que je ne pense pas qu'on soit dans une... Il n'y a pas une volonté du peuple français d'avoir un coup d'État militaire pour sauver les meubles. Donc, c'est très compliqué. En fait, tout le monde joue avec le feu et avoir la réalité, encore une fois, sur une tribune qui est signée par des anonymes, on est en fait un peu dans le fantasme. Il ne faudrait pas que l'armée lâche,
avez-vous dit à l'instant. Ça fait écho à ces images qu'on a vues, Jérôme Fourquet, des policiers qui, à un moment donné, avaient, je le disais tout à l'heure, plus que des États d'âme, qui souffrent, on l'a bien vu encore avec ces images ce week-end à Avignon. Il ne faudrait pas que l'armée lâche. Vous voyez, ça fait écho à ce qu'on discute souvent avec vous sur le plateau, avec cette crainte, qui est peut-être que vous pouvez lire dans l'opinion des Français, de cette espèce de vertige de « et si ça ne tenait pas ? » « Et si le régalien ? » « Et si les institutions ne tenaient pas ? » On retrouve un peu cette impression qu'on avait eue après les Gilets jaunes.
Oui, mais qu'on a, Pierre Servant, parlé d'un effet Covid, on pourrait discuter du terme. Moi, je vois un autre effet depuis quelques semaines, c'est la multiplication, quasiment tous les soirs, de scènes de guérillas urbaines dans très nombreux quartiers de France. On en a encore eu l'exemple à Fréjus, samedi soir, aux Ulysse, dans l'Essonne, un commissariat a été attaqué aux mortiers d'artifice. Des rodéos se sont produits en banlieue lyonnaise ce week-end et ont donné lieu aussi à des affrontements avec les forces de l'ordre.
Et donc ça, les Français le voient et beaucoup d'entre eux sont inquiets face au délitement du pays, mais aussi, ce que disait Dominique Régnier, au fait que ceux qui sont censés nous protéger sont aujourd'hui en première ligne et aujourd'hui, les premières victimes. Pour ce qui est des militaires en tant que tels, sur le plan symbolique, il y a quand même une date qui est très importante, ce qui s'est passé le 14 juillet 2019, où, comme chaque 14 juillet, l'armée a défilé sur les Champs-Élysées. En début d'après-midi, une manifestation de Black Bloc et d'Ultra Jaune a s'est déroulé sur cette même artère des Champs-Élysées.
Et le soir, il y a eu un déferlement de manifestants qui étaient des sympathisants, des soutiens de l'équipe de football d'Algérie avec des drapeaux algériens. Et ces manifestations de joie au début ont viré aux violences urbaines sur les Champs-Élysées où, encore une fois, on avait célébré l'armée française et l'unité de la nation quelques heures plus tôt. Donc ça fait quand même énormément de signaux envoyés qui ont de quoi inquiéter toute une partie de la population.
De ce point de vue-là, l'annonce qui a été faite ce matin d'une interpellation des auteurs supposés du meurtre du policier Éric Masson sont une bonne nouvelle si c'est confirmé que ce sont les véritables auteurs qui sont interpellés pour signifier à la société française qui est très inquiète que l'État a du répondant et qu'il est capable de maintenir la cohésion nationale mais aussi l'ordre sur tout son territoire.
Et vous parlez de l'ordre, vous savez qu'à chaque coup de chaud dans ce pays, récemment, on a toujours des questions ici même, le soir, c'est dans l'air, dire qu'il faut envoyer l'armée, c'est-à-dire, c'est vraiment le dernier recours et vous faisiez référence aux violences, aux émeutes urbaines comme vous dites ces derniers jours, ils le disent, ils le disent dans cette tribune, c'est anonyme, ils disent nos aînés ont raison, nous voyons la violence dans nos villes et nos villages.
Dominique Régnier.
Oui, je trouve que la manière dont Jérôme Fourquet rappelle ces réalités est importante parce que dans cette affaire des deux courriers des militaires, on bascule très vite dans l'idée du fantasme, de l'irréalité, même le général Bentejad, moi ça m'a étonné dans ce qu'il dit au point aujourd'hui, il dit des choses tout à fait raisonnables et pleines d'autorité, il craint d'ailleurs aussi la division au sein de l'armée et ça c'est une préoccupation qu'on partage, mais il a l'air de dire que tout ça c'est quand même plus ou moins fantasmé, ça c'est presque le plus terrible je dirais que si, toutes ces craintes, que si, c'est pour ça que je disais que Jérôme Fourquet avait raison de rappeler quand même que, voilà, même à Paris dans les 8ème arrondissements, il y a des habitants qui tirent au mortier sur des consommateurs de krach pour essayer de nettoyer un peu le quartier parce que ça ne marche pas, donc c'est quand même des choses qu'on ne voyait absolument pas.
Et si on ne l'entend pas, si on surcharge l'interprétation du type fantasmagorie, excès ou sentiments sans réalité, on va provoquer d'une autre manière mais une réaction encore plus forte. Il faut entendre cela et évidemment il faut avoir à l'esprit une sorte d'arrière-fond qui explique aussi le pourquoi de l'empathie très profonde des Français pour leur armée. Il y a la sécurité, on l'a indiqué, y compris celle des forces de l'ordre. Il y a aussi, c'était un peu ce qu'évoquait Pierre Servant, moi je parle de crise patrimoniale, on peut parler d'identité.
Il y a bien un procès à répétition depuis quelques années maintenant de l'histoire française, il y a un procès à répétition de nos grands hommes qui sont tous déboulonnés, enfin ça finit par travailler l'esprit public, ça finit par décourager, ça finit par égarer.
L'autre argument tu es de dire on peut la regarder avec les yeux d'aujourd'hui.
Oui bien sûr, mais il faut regarder l'histoire comme on sait le faire dans un pays démocratique, économique, éduqué, informé, sans fanatisme, mais aussi avec l'attachement à des grandes dates, à des grands hommes, etc. C'est aussi ça qui se joue à votre avis dans cette révélation. Ça c'est un poison, moi je le garantis, c'est un poison lent avec des effets extrêmement importants sur la société française qui, plus qu'aucune autre, n'est pas du tout préparée à vivre comme cela. Et le troisième élément que je voudrais ajouter, c'est le monde de péril dans lequel nous sommes. Ça c'est aussi nouveau et ça fait penser à l'armée. On voit bien qu'il y a un danger dans le monde.
Alors, on pensera à la Russie, on pensera à la Turquie, on pensera à la Chine, on pense au djihadisme international, international, mais il est évident... Aux pandémies ? Oui, mais je pensais à l'aspect très militaire de la chose. Il est évident que nous sommes dans une époque nouvelle où nous serons moins en tranquillité, moins en paix qu'autrefois.
C'est vrai qu'on a une partie de... On va entendre les réactions de la classe politique qui est aussi sur ce diagnostic qui est fait à la veille d'une élection présidentielle d'un déclassement, d'un délitement de la nation française.
Oui, mais moi je dirais aussi que ça participe et ça me frappe beaucoup. Vous voyez, ça me rappelle beaucoup 2002 où quand le débat politique n'est pas porté par un discours positif, un discours qui vous entraîne vers l'avenir, le problème sécuritaire redevient majeur, ça donne lieu à une surenchère droite-extrême droite et au fond, ça tue l'idée même de projet national parce qu'on est renvoyé au fond à un pays qui est en déclassement, un pays qui ne peut plus rien faire, alors que l'armée française, il y a quand même une fierté à dire que l'armée française, elle nous défend au Mali, elle est extrêmement performante et en tout cas extrêmement mobilisée sur le front du terrorisme.
Et donc c'est pour ça que moi je reviens toujours à cette idée que cette tribune de militaires, elle est quand même, à mon avis, très téléguidée par l'extrême droite et qu'au fond, ça va se retourner contre elle à un moment parce qu'au fond, on n'attend pas ça de l'armée, de l'armée, on attend qu'ils nous défendent et c'est ce qu'ils font actuellement, donc ce n'est pas à rajouter en disant mon Dieu, il faut qu'on prenne les armes, ce n'est pas possible.
Les tribunes et les manœuvres, peut-être manœuvres politiques, on y vit en tout cas, c'est toute la classe politique qui a été ébranlée par cette tribune, par les deux, en particulier la première et c'est assez inhabituel, il faut le dire que la grande muette s'invite dans le débat politique, la droite embraye sur le constat, la gauche réclame des sanctions et le Rassemblement National applaudit. Juliette Perrault, Nicolas Baudry-Dasson.
Il y a deux semaines, elle leur avait déjà apporté son soutien. Je partage leurs afflictions, je partage leurs constats. Hier, la chef de file du Rassemblement National récidive. Ce ne sont pas des pions nos soldats, c'est l'armée du peuple français et ils ont un devoir d'alerter quand ils voient s'amonceler au-dessus de notre pays des dangers plus graves les uns que les autres. Marine Le Pen qui appelle les généraux à la rejoindre dans ce qu'elle appelle sa bataille pour la France. Un message qui inquiète au sommet de l'exécutif où l'on dénonce depuis plusieurs jours une tentative de récupération politique. Chasser le naturel, il revient au galop.
Elle a soutenu une tribune qui appelait un putsch armé y compris de militaires d'actifs. C'est ce qu'il y avait écrit dans ce texte. La paix civile de Marine Le Pen se ferait au son du canon.
Un constat partagé dans les rangs de la gauche. Tous condamnent les prises de position publiques des militaires. Jean-Luc Mélenchon, le chef de file des Insoumis candidat à la prochaine élection présidentielle, demande à ce que des sanctions soient prises. La force de l'armée, c'est sa cohésion. Pour qu'elle soit cohérente, il faut y proscrire non seulement les disputes politiques
dans ses rangs, mais qui plus est, les attitudes factieuses. C'est-à-dire qui invitent des militaires à se tourner contre la population. Parce que c'est de ça dont on parle. Si je suis élu président de la République, ces crimes ne resteront pas impunis. Je pense que Macron doit faire mieux
que de discuter avec les chefs d'état-major. Il doit prendre des sanctions. Il est le chef des armées. Un président de la République exhorté à réagir, alors que son prédécesseur lui aussi y va de son commentaire. François Hollande appelle à prendre un peu plus de distance face à la seconde tribune publiée hier soir de façon anonyme. Je pense qu'il y a un vrai problème. Bien sûr que je ne nie pas ce qui peut se produire des mouvements extrémistes qui infiltrent un certain nombre de corps sociaux, y compris nos armées. mais le vrai problème est le problème de méthode.
On ne devrait même pas donner crédit à ce que vient de faire Valeurs Actuelles dans la mesure où quand il n'y a pas de signature, il n'y a pas de texte. Mais qu'en est-il de l'autre côté de l'échiquier politique ? À droite, les prises de parole ces dernières semaines sont plus ambiguës. À commencer par Rachida Dati qui, sans soutenir l'initiative des militaires, affirme être plutôt d'accord sur leurs constats.
Quand vous avez un pays qui est en proie à de la guérilla urbaine tous les jours, quand vous avez une menace terroriste très régulière et très élevée, quand vous avez de plus en plus une partie de nos compatriotes qui ne s'intègrent plus mais qui se désintègrent, j'allais dire, de la société, qui se disloquent de la société, on ne peut pas dire que le pays va bien. Un pays dans lequel il y aurait des risques d'explosion. Une analyse partagée par Michel Barnier, l'homme du Brexit, qui ne cache plus ses ambitions politiques à droite.
L'armée est une institution fondamentale où les mots d'éthique, les mots de responsabilité ont un sens. Donc ces militaires qui prennent la parole savent la responsabilité qu'ils prennent ou les sanctions qu'ils peuvent encourir. Et ce qui est dit dans cette tribune et ce qui est pensé par beaucoup de militaires et tellement de citoyens dans ce pays mérite de l'attention.
De l'attention pour préserver aussi un électorat de droite très séduit par le RN. Selon l'IFOP, les militaires et policiers ont voté environ 40% pour Marine Le Pen au premier tour en 2017. C'est deux fois plus que l'ensemble du corps électoral.
Et cette question qui nous est posée ce soir, ces sentiments de délitement de la patrie, d'insécurité et d'injustice finiront-ils par amener Marine Le Pen au pouvoir ? Dominique, dans le Haut-Rhin, Françoise Fresseuse.
Je ne peux pas répondre à cette question. Je pense que le terreau est très porteur parce qu'effectivement on est sur la question du terrorisme, on est sur la question de la sécurité et en même temps la campagne présidentielle n'a pas encore démarré. Donc, est-ce qu'il y a un message ? Au fond, on sort d'une pandémie aussi. On sort d'un choc. On est essoré. Ça fait un an qu'on est totalement essoré. On a parlé pendant un an que de la crise sanitaire. On ne sait pas dans quel état la société française va sortir de là. on ne sait pas sur quelle thématique va se jouer la campagne présidentielle.
Là, on voit bien que les régionales, au fond, c'est une préqualification entre la droite et Emmanuel Macron face au Rassemblement national. Donc, de fait, le Rassemblement national est mis en valeur. Donc, on a ce terreau-là qui est très porteur pour elle. Maintenant, la dynamique de la campagne n'est pas encore lancée. Donc, est-ce que toute une partie de la population va se dire non, il faut relativiser et puis on a quand même des motifs d'espoir et puis on peut aller vers une relance ? Soit on va rester enquister là et oui, il y a un risque.
Est-ce que cette tribune
sert Marine Le Pen, Françoise Fréceau ? Je ne sais pas. Ce que je constate, c'est qu'elle a réagi immédiatement à la première en l'approuvant, en faisant passer le message aux militaires « ce n'est pas la peine de faire la révolution, le débouché politique, c'est moi ». Donc, elle est, au fond, partie liée avec cette situation. Si ça s'intensifie, si tout d'un coup on s'aperçoit qu'il y a des manœuvres factueuses au sein de l'armée, je ne suis pas sûre que ça la serve non plus. Donc, au fond, on est dans une situation compliquée, difficile à juger. Et je vous dis, pour le moment, on est sur le terreau sécuritaire qui la porte. Après, on ne sait pas où va partir la campagne présidentielle.
Sur les liens, parce que depuis le début, on parle de manipulation, quand on entend Gérald de Damanin parler de manipulation politique, etc., il pense naturellement à l'extrême droite et à l'idée que tout ça puisse être orchestré par l'extrême droite et que cela puisse servir Marine Le Pen à la veille des élections régionales. Est-ce que ce serait un bon calcul ?
Il peut y avoir des manipulateurs qui mènent des opérations nuisant à leurs propres objectifs. Ça arrive parfois. Ça arrive parfois. Et même quand les plans sont compliqués, ça arrive plus souvent. En fait, les Français ne veulent pas du tout que l'armée fasse de la politique. C'est une protectrice pour une sorte de puissance ultime qui les rassure. Mais si c'est pour faire de la politique, ça va changer complètement le sentiment. Les Français ne veulent pas de cela. Il y a une culture républicaine qui est très puissante, très profonde dans ce pays. Et l'histoire est encore récente pour le nourrir.
Donc s'il y avait l'idée que Marine Le Pen au fond est derrière tout cela, tout son effort de normalisation serait anéanti. Elle serait à nouveau projetée du côté de la diabolisation. Elle redeviendrait la chef d'un parti d'extrême droite alors qu'elle s'efforce d'être la candidate d'une droite populaire et d'autorité en quelque sorte. Donc ce serait un calcul très risqué pour elle, voire très mauvais, que de compter sur une telle opération pour pousser encore ses pions. La période lui est favorable. Et Françoise François a raison de dire qu'on ne sait pas sur quel thème se jouera la campagne.
Aujourd'hui, ça lui est favorable parce qu'il y a toute une série de problèmes qui ont déjà été énoncés et parce que la pandémie exaspère et fatigue tout le monde, crée un mécontentement général.
Jérôme Fourquet, les liens entre Marine Le Pen et les militaires en préparant cette émission, j'ai vu qu'il y avait 4 militaires sur 10 qui votaient pour le Rassemblement national.
Alors c'est 4 membres des forces de sécurité sur 10 d'après les estimations qu'on a pu faire. Donc c'est tout corps de sécurité confondus, police, gendarmerie, armée, sachant que, comme vous le savez, ces personnels sont quand même assez peu nombreux dans la société française et donc par conséquent dans nos échantillons. Et donc il faut travailler sur des très gros échantillons pour pouvoir avoir une idée du rapport de force électorale.
On voit néanmoins pour ce qui est des militaires que dans certaines communes de garnison où le poids de la population militaire est très important, je pense notamment à Mourmelon, à Suip, dans la Marne, à Sisson, dans l'Aisne, ou des bases aériennes, à Brissy, dans le Loiret, ou Solenzara, en Corse, on a des votes en faveur de la droite et de l'extrême droite qui sont très élevés, qui sont souvent beaucoup plus élevés que ce qu'on observe dans le même département.
De la même manière, on peut aller regarder là où les deux ministres se sont fait prendre en photo ce matin à Satori, à Versailles, on a un ou deux bureaux qui sont bien connus par ceux qui s'intéressent à l'analyse électorale et qui sont composés uniquement par des membres des forces de sécurité, de la gendarmerie en l'occurrence, et leurs familles. Et donc là, on a une idée des votes qui peuvent être exprimés. C'est le cas aussi dans certains bureaux de vote qui correspondent à des casernes de la garde républicaine ou de la gendarmerie mobile.
C'est aussi assez traditionnel qu'on ait un vote d'ordre, un vote national qui soit élevé dans ces effectifs-là, même si, attention, il y a une hétérogénéité, puisque si on dit qu'on est entre 35 et 40 %, il y a 60 % de ces membres des forces de sécurité qui ne votent pas pour cette formation politique.
Pierre Servant, votre réaction à ce qu'on vient d'entendre sur la politique et les militaires ? Alors parfois, les militaires font de la politique, c'est ce qu'ils essaient de faire en ce moment, mais parfois, ils votent.
Je dois dire que je suis assez désolé par tout ce que je viens d'entendre. Pas du tout. Les commentaires qui sont faits sur le plateau ou à distance sont tout à fait pertinents, mais c'est la façon dont les politiques se jettent sur le problème. Ce que je voudrais dire avec beaucoup de force, c'est que l'armée d'actifs et la réserve opérationnelle est à des années-lumières d'une volonté factieuse de push, d'intervention hors du cadre légal. C'est vraiment quelque chose qui est tout à fait hors de la pensée et de la vue de ces militaires.
La seconde chose que je trouve très dommageable et qui est liée à la publication de ces deux tribunes, c'est pour ça que je pense que ces militaires se tirent une balle dans le pied, c'est que la force de l'armée, c'est la cohésion. Dans les unités militaires, dans les sections, les compagnies, etc., personne ne demande à son voisin quelle est son option politique, philosophique, religieuse, etc. C'est ça qui donne la force de l'armée. Et tout ce discours, tout ce débat qui est lancé est, à mon sens, absolument catastrophique. Et par rapport à ce que disait Jérôme Fourquet tout à l'heure, on peut être légitimement préoccupé par les agressions, les brutalités, les violences urbaines, etc.
C'est tout à fait une chose. Mais faire la connexion avec l'idée que l'armée serait là pour faire face à une guerre civile, je trouve que c'est quelque chose qui atténue l'image de l'armée et la force de l'armée.
Il faut qu'il y ait des sanctions et est-ce qu'il y en aura votre avis, Pierre Servan ?
Sur la première tribune, certainement, avec évidemment des gradations différentes selon la nature des militaires qui ont signé. On a beaucoup parlé des officiers généraux en deuxième section, sans être trop technique, qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire qu'un général qui est en activité, il est en première section et quand il est atteint par salaire et mit d'âge, il ne va pas être mis à la retraite. La retraite, c'est une sanction. Il va passer en deuxième section et il va continuer à bénéficier de certains avantages. Pourquoi ? Parce que le gouvernement peut lui demander de repasser en première section si on a besoin de lui.
Donc là, ces généraux en deuxième section après examen de leurs cas, le général Lecointre a dit qu'il y aurait une commission particulière pour examiner les cas un par un, avec des éléments contradictoires, eux risquent de perdre un certain nombre de petits avantages liés à leur position en deuxième section. Il y a quelques militaires d'actifs qui ont signé de leur nom la première tribune. Là aussi, il y a toute une série de mesures disciplinaires qui passent par la sanction, le rappel à l'ordre des jours d'arrêt jusqu'à la radiation éventuellement. Et puis après, vous avez d'autres militaires qui sont, eux, en retraite et à mon avis qui ne peuvent pas être sanctionnés.
Ils ont retrouvé pleinement la liberté de citoyen même s'ils signent avec leur grade en retraite.
Il y en a un qui a été très sévère, Françoise Presseau, c'est Jean-Luc Mélenchon qui les a appelés les factieux. Il a publié toute une série de tweets qui étaient très véhéments après la première tribune. On l'a entendu à l'enfant.
Moi, je nuancerais un peu la charge de Jean-Luc Mélenchon demandant des sanctions que l'armée doit... Parce qu'au fond, c'est le même Jean-Luc Mélenchon qui, pendant tout le quinquennat, a mené des mouvements de contestation très vives de la police, dénonçant les violences policières, appelant souvent à l'insurrection. La réforme des retraites, elle devait à la fois se combattre à l'Assemblée nationale et dans la rue. Et donc, au fond, je trouve qu'il se fait une publicité à bon compte en appelant le gouvernement à sanctionner l'armée après avoir déstabilisé pendant 4 ans les forces de police.
Et moi, ce qui me semble important peut-être de dire, c'est qu'il me semble qu'il peut y avoir un amalgame dans la tête des gens aujourd'hui entre la situation de la police où ils sont vraiment à cran et la situation de l'armée où ils sont, à mon avis, beaucoup moins à cran que ce que laisse penser la tribune. Mais c'est vrai que les policiers qui sont en première ligne notamment dans la lutte contre le trafic de drogue jugent insupportables de se faire contester en permanence. Et je pense que Jean-Luc Mélenchon, sur cette affaire-là, a quand même une responsabilité importante.
Nous nous sommes posés la question de savoir si cela pouvait profiter au Rassemblement national dont nous avons beaucoup parlé. Ce sondage, 42% des Français estiment que le Rassemblement national ne représente plus aucun risque pour la démocratie. Éric Dupond-Moretti pense tout le contraire. Pour le garde des Sceaux, le parti de Marine Le Pen justement reste un danger pour la démocratie. Ce sont ces mots. Le ténor du barreau a déboulé dans les Hauts-de-France, au régional, dans le Pas-de-Calais, réussissant au passage à faire sortir Marine Le Pen de sa promenade de santé. L'asso Gélabert, Stéphane Lopez.
A peine candidat déclaré, le voilà déjà en campagne dans les Hauts-de-France. Samedi, premier pas sur le marché de l'Anse pour Éric Dupond-Moretti qui a annoncé sa candidature le matin même.
A la différence de M. Bertrand, je ne veux pas chasser sur les terres du Rassemblement national. Je veux chasser le Rassemblement national de cette terre. Au même moment,
dans son fief des Nîmes Beaumont, Marine Le Pen tournant en dérision la soudaine candidature d'Éric Dupond-Moretti.
Vous savez, j'ai vu beaucoup de forts en gueule venir ici tenter de défier le Rassemblement national et opérer des redos montades. M. Tapie, en son temps, M. Mélenchon, et ils sont tous assez rapidement repartis, plutôt humiliés par l'expérience. Maintenant, l'obsession que M. Dupond-Moretti a à mon égard commence à devenir relativement étrange. Il paraît qu'il reste quelques bracelets anti-rapprochement en rabe. Je suis preneuse.
Une allusion faite quelques jours après la mort d'une femme brûlée vive par son époux. Le ministre de la Justice avait alors souhaité que ces bracelets anti-rapprochement soient davantage utilisés. Sa réplique est immédiate. Dans cette famille, ils ont le goût de la blague douteuse et du calombour de mauvaise facture. Je trouve ça d'une indécence mais incroyable, d'une grossièreté son nom. Ça me démangeait depuis longtemps de dire un certain nombre de choses et sur cette terre que j'aime passionnément et sur le front national, pardon, rassemblement national mais une lettre ne change rien qui salit cette terre.
Un duel à distance très tendu entre deux ténors médiatiques car Éric Dupond-Moretti c'est l'arme anti-rassemblement national d'Emmanuel Macron sur ses terres de Hauts-de-France. L'ex-avocat
né à Maubeuge, fils d'un ouvrier métallurgiste et d'une femme de ménage immigrée italienne fait ses armes dans les tribunaux de Lille.
Si vous suivez monsieur l'avocat général vous aurez jugé vous n'aurez pas rendu justice.
En 2007,
il croise déjà la route de Marine Le Pen
celui qu'on surnomme l'ogre du Nord défend deux hommes d'origine maghrébine accusés d'avoir menacé la vice-présidente du Front National sur le marché des Nimbomont.
Je pense qu'il y a une manipulation politique on est à quelques mois des élections et cette immense usine à gaz qui est montée par le Front National accouche d'une petite souris judiciaire. En 2020, avec 145 acquittements à son actif, le ténor du barreau devient garde des sceaux sous Emmanuel Macron et cultive une image
plus sage. Mais lorsque le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, parle d'un ensauvagement de la société, Eric Dupond-Moretti affirme sa différence. Elle a raison.
L'ensauvagement, c'est un mot qui développe, me semble-t-il, madame, le sentiment d'insécurité. L'insécurité, il faut la combattre. Le sentiment d'insécurité, c'est plus difficile, madame. C'est pour ça que je vous dis que je veux m'adresser à l'intelligence des Français et pas à leur bas instinct. Parce que le sentiment d'insécurité, c'est de l'ordre du fantasme. Sera-t-il un atout suffisant pour faire remporter les Hauts-de-France à La République En Marche ? La liste de la majorité portée par Laurent Pietraszewski est à la traîne, avec seulement 10% d'intention de vote au premier tour. Pas de quoi inquiéter Xavier Bertrand, donné gagnant avec 35% des voix.
Les annonces politiques des uns et des autres, je m'en cogne. Il y en a qui aiment bien les salons parisiens. Moi, je préfère le terrain, le terrain, le terrain et je ne changerai pas. Pour Jean-Luc Mélenchon, ancien candidat malheureux des législatives en 2012 contre la patronne du Rassemblement National, pas de doute.
Il va se faire plier parce qu'il représente à peu près tout ce que les gens détestent. C'est-à-dire ? Les avocats, fort en gueule, bavards, injurieux.
Un baptême du feu démocratique pour celui qui, il y a quelques mois encore, disait ne pas imaginer
se lancer en politique.
Jérôme Fourquet, il va se faire plier, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, plus sérieusement, l'arme anti-Rassemblement National qu'est Éric Dupond-Moretti. Est-ce que c'est une bonne manœuvre puisque nous évoquons ce soir les manœuvres ?
Écoutez, il faut être prudent. On verra ce que donneront les prochains sondages et puis, bien évidemment, le scrutin dans un mois et demi maintenant. On rappelle quand même que les Hauts-de-France sont un bastion historique du Rassemblement National. Monsieur Dupond-Moretti se présente en plus dans le Pas-de-Calais qui est le cœur du fief le péniste. Jean-Luc Mélenchon est bien placé pour faire un diagnostic puisque lui-même, pour reprendre sa terminologie, a été plié par Marine Le Pen lors de l'élection législative de 2012. C'est quand même un sacré pari qui est tenté aujourd'hui.
On peut le voir aussi quelque part peut-être comme une manœuvre ou un sauve-qui-peut de la part du gouvernement. On a eu cet accord qui a fini un petit peu en vaudeville en PACA et maintenant l'envoi de ce ministre, cette figure très médiatique, à la fois c'est peut-être un missile envoyé contre le Rassemblement National mais aussi contre une autre personnalité que vous avez mentionné dans votre reportage, Xavier Bertrand qui est potentiel concurrent d'Emmanuel Macron l'année prochaine et donc c'est peut-être aussi un des objectifs de l'envoi de ce poids lourd du gouvernement dans les Hauts-de-France et d'essayer de faire trébucher Xavier Bertrand.
Après, ce qui a été rappelé dans votre reportage c'est que M.
Dupond-Moretti est un très grand avocat pénaliste, il a fait sa notoriété sur un certain nombre de procès au cours desquels il a obtenu l'acquittement d'un grand nombre de ses clients et donc ce n'est pas forcément le type de profil qui correspond exactement au climat dans lequel la campagne se déroule et aux attentes des Français aujourd'hui dans toutes les enquêtes qui sont réalisées sur la question de la justice et de la chaîne pénale on a entre 70 et 80% de la population qui considère que la justice est trop laxiste aujourd'hui en France dit en deux mots le surnom qui était le sien Akitator ne colle peut-être pas exactement à la feuille de route qui lui a signé d'aller défier Marine Le Pen et le Rassemblement National auprès d'un électorat populaire dans cette région des Hauts-de-France
En tout cas il a déjà réussi à s'installer dans un duel face à Marine Le Pen Françoise Pressozi de la faire sortir un peu d'un discours qui était devenu très lisse très sage on a retrouvé les accents de Marine Le Pen telle qu'on la connaissait qui parle de rab de bracelet électronique au moment même où il y a eu ce fait d'hiver épouvantable et ce fait d'hiver
je trouve vous avez raison moi je trouve que l'initiative est intéressante pour deux raisons d'abord il a fait un peu redevenir ce qu'elle était avant et puis deuxièmement au fond c'est le seul qui annonce qui veut battre Marine Le Pen sur son discours sur ses propositions et je trouve que ce qui manque aujourd'hui c'est qu'au fond Marine Le Pen elle est installée dans le paysage et on parle beaucoup de race de front républicain premier tour deuxième tour mais personne ne la prend sur ses idées or elle commence à quand même par exemple sur l'islam sur l'islamisme elle dit il faut arrêter de prendre des lois torré à travers on fait une législation d'exception sur l'islamisme radical et ben prenons-la au mot qu'est-ce que c'est pour elle l'islamisme radical qu'est-ce que ça veut dire concrètement de prendre une législation d'exception ou est-ce que ça emmène le pays est-ce qu'on peut le faire et ça je trouve que dans la classe politique aujourd'hui personne ne l'affronte sur ses idées donc si Dupond-Moretti peut essayer d'avoir un...
d'ailleurs elle le fuit elle dit moi je ne veux pas débattre avec lui je veux débattre avec Emmanuel Macron donc si elle arrive à quand même à avoir à engager une confrontation sur les idées je trouve que ce sera intéressant
et nous revenons maintenant aux questions à vos questions une question pour vous Pierre Servant que réclament ces militaires exactement plus de moyens sur le terrain plus de considération
la considération oui pourquoi pas même si je pense que l'armée en bénéficie non c'est plutôt vraiment une analyse politique et politicienne des mots épouvantables planeraient au-dessus de la France et donc si on ne fait rien en termes de lutte contre les communautarismes tout un discours antipatriotique ce qui est d'ailleurs pas une mauvaise idée en soi si on ne fait pas ça la France va partir à volo et la guerre civile va se répandre un peu partout donc c'est un discours assez catastrophique très politique et qui ne demande pas des moyens supplémentaires mais qui demande une sorte de sursaut national puisqu'il se revendique même des résistants de 1940
et des poilus la guerre civile à laquelle il est fait allusion dans la tribune serait entre qui et qui ?
Je pense que c'est une idée spontanée de guerre civile ce n'est pas un concept élaboré quand on y fait référence et d'ailleurs ça résonne dans l'opinion d'une façon également spontanée c'est l'idée de la violence urbaine c'est l'idée liée au terrorisme islamiste en France moi je rappelle que depuis le 11 mars 2012 il y a 294 personnes qui ont été assassinées en France par des terroristes islamistes c'est quand même pas rien il y a eu de très grands drames Nice en particulier qui ont beaucoup marqué la société française c'est ça la guerre civile c'est aussi d'ailleurs ces images j'y pensais tout à l'heure ce sont ces images qu'on peut voir régulièrement de batailles dans des villes comme Marseille pas seulement mais notamment comme Marseille où on a des images de personnes qui se battent à la Kalachnikov ce sont des images qui font penser à la guerre civile d'une part d'autre part qui ne laissent pas imaginer que la police peut faire face parce que ce sont des armes de guerre et donc ça fait penser à l'armée ça aussi à la guerre civile
juste pour faire écho à ce qu'on vient de dire cette phrase qui avait été prononcée à l'époque par un ministre de l'Intérieur c'était Gérard Collomb puisqu'on parle de guerre civile quand il avait quitté le place Beauvau il avait dit aujourd'hui les français vivent côte à côte demain ils pourraient vivre face à face c'était une certaine manière le constat qui est fait avec d'autres mots et peut-être par les mauvaises personnes de ce climat
oui vous avez raison et d'ailleurs François Hollande dans son livre un président enfin dans son livre dans le livre d'entretien qui a été tiré d'entretien avec lui un président ne devrait pas dire ça dit la même chose et donc on a un président en exercice qui le dit à des journalistes un premier ministre qui sur le départ un ministre de l'Intérieur qui sur le départ le dit c'est quand même des personnes autorisées et informées
Jérôme Fourquet vous voulez dire à moi
oui mais juste rappeler ce qu'a dit aussi le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin lors des obsèques du policier avignonnet nous menons une guerre contre le trafic de drogue et les policiers sont des soldats ce à quoi et des guerriers ce à quoi des syndicalistes policiers ont répondu qu'ils étaient des policiers et non des soldats et donc tout ça entretient aussi cette idée d'une violence qui enfle pour reprendre les mots du président de la République et aussi comme le disait Dominique Régnier l'idée que l'armée serait l'instance de dernier recours on rappelle aussi qu'à Marseille une sénatrice de gauche Samia Ghali avait à plusieurs reprises appelé à l'armée à la rescousse pour ramener l'ordre dans un certain nombre de quartiers donc tout ça ce n'est pas des vues de l'esprit et ça fait longtemps que cet imaginaire-là circule dans toute une partie de la société française et ces tribunes viennent faire écho à toutes ces inquiétudes et ces angoisses
Justement cette question qui fait écho à ce que vous expliquez à l'instant Jérôme Fourquin une question pour Pierre Servant que ferait de mieux les militaires si on ne leur donne pas plus de pouvoir que la police rappelons la différence entre la police et les militaires peut-être
ces comparaisons je comprends très bien parce que c'est dans le sens de thème abordé dans nos missions mais c'est une confusion totale l'armée les militaires sont entraînés à faire la guerre les armes que portent les militaires de Sentinelle ce sont des fusils d'assaut qui sont extrêmement meurtriers et heureusement donc ils sont là dans la lutte contre le terrorisme parce que le terrorisme radical islamique a comment dirais-je déclaré la guerre à la France et à toute une série de pays européens et à la démocratie etc donc c'est légitime que les militaires sont là mais vous voyez bien que par rapport à toutes les violences urbaines dont on a parlé vous n'allez pas envoyer des chars Leclerc à Marseille pour lutter même contre des trafiquants qui sont équipés de kalachnikov donc il y a vraiment quelque chose de totalement absurde dans cette hypothèse par ailleurs la guerre civile la France a connu dans son histoire à l'époque des chrétiens des catholiques et des protestants une guerre civile entre catholiques et protestants à travers le pays ça veut dire quelque chose de très particulier là ce que l'on évoque depuis le début de l'émission ce sont des manifestations scandaleuses que tout citoyen comment dirais-je considère comme scandaleuse de violences urbaines d'attaques contre les policiers d'agressions contre les pompiers et ce n'est pas les militaires avec leurs 200 000 pauvres hommes qui vont régler le problème en les mettant sur tout le territoire dans tous les foyers de violence donc c'est vraiment une question absurde ça n'est pas le rôle de l'armée il faut renforcer les pouvoirs de la police de la justice de la gendarmerie et il faut vraiment une situation totalement cataclysmique pour que l'armée soit engagée sur le territoire national ce qui n'est pas une hypothèse à mon avis raisonnable aujourd'hui
vous le rappelez avec force et avec précision Pierre Sarvant mais c'est vrai qu'à chaque fois qu'il y a des émeutes comme celle-ci on a toujours y compris même dans la classe politique ce genre de proposition et tout à l'heure Jérôme Fourquet le rappelait avec la proposition de cette sénatrice socialiste qui avait dit il faut envoyer l'armée dans les quartiers c'est vrai Françoise Fresseau ce que c'était rappelé très clairement par Pierre Sarvant mais c'est une des propositions qu'on retrouve très souvent
oui c'est une proposition pas réaliste mais qu'on retrouve souvent parce qu'au fond dans l'imaginaire je pense que l'armée c'est le dernier recours effectivement le rassemblement national
pourrait-il être derrière ce coup médiatique ?
est-ce qu'on le saura ? en tout cas je pense qu'il y a des factions d'extrême droite qui sont derrière ce coup et que derrière Marine Le Pen tente de récupérer quelles sont exactement les intentions de Valeurs Actuelles ? vous posiez la question tout à l'heure bonne question je trouve ça très préoccupant moins qu'un journal publie des pétitions non signées parce que je vous dis c'est pas déontologique
comment enrayer la violence endémique et exponentielle qui sévit dans les banlieues ? alors peut-être qui peut répondre à cette question ? en tout cas peut-être Jérôme Fourquet je sais pas si vous avez en tout cas juste pour vous dire que c'est une question qui est posée à l'ensemble du pays avec une préoccupation la sécurité qui est assez haut dans vos tableaux
tout à fait et on disait tout à l'heure regardez même dans les termes et les images qui circulent aujourd'hui on parle d'attaque aux mortiers alors c'est des mortiers d'artifice c'est des fusées de feux d'artifice mais on voit qu'on a une montée en puissance d'un certain nombre de violences dans certains quartiers il y a quelques jours on a eu des vidéos de règlement de compte avec des pistolets dans un quartier de Valence et donc là aussi la société française voit tout cela entend tout cela ces images et ces faits divers passent le mur du son qui est complètement jusqu'à présent occupé par la question du Covid et si ça passe le mur du son il y a peut-être une part d'instrumentalisation mais c'est aussi parce que c'est la triste réalité que vivent toute une série de nos territoires
alors peut-être qu'on ne croit pas l'ensemble de la campagne présidentielle vous le disiez tout à l'heure sur ces thématiques là ça n'est que le début et nous sommes à la veille je le rappelle des élections régionales en tout cas merci à vous tous c'est la fin de cette émission qui sera rediffusée ce soir à minuit 5 mais vous savez vous pouvez retrouver C'est dans l'air quand vous le voulez en replay sur France.tv et en podcast car C'est dans l'air est aussi une émission qui s'écoute c'est à vous c'est maintenant